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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 14:50

Un repas en hiver par Hubert Mingarelli, Éditions stock, 2012, 144 pages

 

un_repas_en_hiver_mingarell1.jpgHubert Mingarelli, déjà auteur d’une dizaine de romans, réussit l’exploit de nous transporter en pleine occupation allemande de la Pologne, sans utiliser le mot guerre. Par touches successives, il nous emmène avec Emmerich, Bauer et un autre soldat servant de narrateur. Le froid et la neige sont omniprésents.

 

Afin de ne pas participer aux fusillades – nous comprendrons plus tard qu’il s’agit de la shoah par balles, étape trop longtemps ignorée de l’extermination des Juifs par les Nazis dans l’Europe de l’est – ils demandent au commandant de partir à la recherche… de qui, de quoi ? Peu à peu, nous comprenons que ce qu’ils recherchent, ce sont les Juifs ayant échappé aux rafles.

 

Leurs pensées, leurs états d’âme, leurs discussions, leurs projets sont détaillés tout au long de leur progression. Ayant débusqué un fuyard, ils occupent une maison abandonnée, tentent de se réchauffer et de préparer de quoi manger. C’est alors que surgit un Polonais décidé à se joindre à eux mais sa haine envers leur prisonnier fait réfléchir ces soldats déjà écoeurés par les massacres systématiques. Malgré cela, avec le peu qu’ils ont, quel repas ! « C’était bon, chaud et nourrissant… Tout fondait dans la bouche, les oignons, le saucisson, la semoule. » 


Hélas, les meilleurs moments ont une fin, même après avoir réuni autour d’une table trois soldats allemands, un jeune Juif et un Polonais antisémite…

 

Ce court roman se déguste assez vite et c’est un plaisir dont il ne faut pas se priver.

Bonne lecture !

Jean-Paul

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:41

L’affaire Peiper, Roger Martin (Éditions Dagorno), 1994, 173 pages

 

Il  est de notoriété publique que de nombreux nazis, auteurs d’odieux crimes de guerre comme de crimes contre l’humanité, ont réussi à échapper à la justice dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale.

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Roger Martin dont nous avions beaucoup aimé « Les Mémoires de Butch Cassidy », tente ici de faire la lumière sur la disparition, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1976, de l’ex-colonel SS Joachim Peiper, sur la commune de Traves, lieu-dit Ranfort, en Haute-Saône. Les pompiers, gênés par une moto-pompe en panne et une bouche à incendie bloquée par la rouille, ne laissent que ruines et décombres dans lesquelles on ne retrouve qu’un tronc humain de 80 cm, carbonisé. Un voisin, Erwin Ketelhut, Allemand lui aussi, est catégorique : c’est Peiper ! Mais rien n’est certain et c’est là que le travail de Roger Martin commence pour tenter de débrouiller une affaire bien compliquée. Nous suivons alors la carrière de cet homme qui fut aide de camp d’Himmler, chef de bataillon sur le front russe et à qui on reproche l’incendie du village de Boves, en Italie, y faisant assassiner 34 civils. Début 1945, pendant la bataille des Ardennes, il fit fusiller 71 prisonniers de guerre, à Malmédy (Belgique). Condamné à mort en 1946, il fut gracié et sa détention à vie se termina en 1956. Employé chez Volkswagen puis chez Porsche, il fut un dirigeant de la Hiag, une organisation d’anciens SS dans le Bade-Wurtenberg.

 

C’est en 1974 que Paul Cacheux, Alsacien expulsé par les Allemands, en 1940, reconnut Peiper dans la quincaillerie où il travaillait, à Vesoul. Il informa un journaliste de L’Humanité et son expulsion fut demandée par de nombreuses associations et organisations qui se chargèrent d’alerter l’opinion publique.

 

Beaucoup d’éléments de cette affaire Peiper restent inexpliqués mais Roger Martin, avec minutie, tente de reconstituer le puzzle en retraçant la vie de ce Berlinois dont le père était capitaine de l’armée impériale. Toutes les pistes sont explorées car dans cette affaire, « tout n’est que doutes et faux-semblants. »

 

Après en avoir relevé toutes les invraisemblances, Roger Martin livre sa version et, en guise d’épilogue, rappelle le triste souvenir de gens comme Touvier, Papon, Bousquet, etc…, bénéficiant des plus hautes protections politiques et religieuses afin d’échapper à la justice pour les crimes dont ils sont responsables. C’est une histoire de la France qu’il ne faut pas oublier et encore moins passer sous silence. Ce n’est pas un des moindres atouts de ce livre, L’affaire Peiper, que Roger Martin m’a offert et qui a eu la bonne idée de me dédicacer. Un grand merci à lui !

Jean-Paul

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 17:52

Ce qu’il advint du sauvage blanc par François Garde, Éditions nrf – Gallimard, 2012, 336 pages

 

poster_161268.jpgDepuis Daniel Defoe et son fameux Robinson Crusoé, les aventures d’un Européen abandonné soit sur une île déserte, soit dans une contrée inconnue, dite sauvage, n’ont cessé d’inspirer les écrivains.

 

Ici, François Garde signe un premier roman en s’inspirant d’une histoire vraie : un jeune matelot français, Narcisse Pelletier, âgé de 18 ans, a été abandonné sur une côte d’Australie, au milieu du XIXe siècle. C’est en allant chercher de l’eau pour le reste de l’équipage que notre jeune marin a été « oublié » par ses compagnons qui ont regagné le bateau à bord d’une chaloupe, sans lui ! Faim, soif, espoir, désespoir l’assaillent mais une très énigmatique vieille femme le sauvera avant de le conduire au village d’une tribu où tout le monde vit entièrement nu.

 

En alternance avec le récit des premiers mois de Narcisse Pelletier dans ce monde inconnu, l’auteur nous propose de longues lettres d’un certain Octave de Vallombrun, explorateur, qui a recueilli Narcisse dix-sept ans plus tard, à Sidney. Entendant parler d’un « sauvage blanc » ramassé par un équipage et mis en prison, il se rend chez le gouverneur. Nous lisons alors le récit détaillé du retour de Narcisse à sa vie antérieure. Dans ses rapports au Président de la société de Géographie, Octave de Vallombrun détaille tout ce qu’il entreprend en faveur de son nouveau protégé, jusqu’à son retour en France. Rien n’est simple car Narcisse doit tout réapprendre mais ce qui intéresse le plus, c’est le récit qu’il pourrait faire de ses dix-sept années de vie sauvage.

 

Petit à petit, avec beaucoup de souffrances et de frustrations, Narcisse a dû tout apprendre d’une vie en complète fusion avec la nature. Il a dû oublier sa langue maternelle pour pouvoir s’exprimer comme ses hôtes. À plusieurs reprises, la question se pose de savoir s’il n’aurait pas mieux valu laisser Narcisse, baptisé Amglo (le soleil) par ceux qui l’avaient adopté, dans cette nouvelle vie où il avait fini par s’adapter. Pour narcisse, « Parler c’est mourir », et notre curiosité n’est pas satisfaite pleinement, mais est-ce possible d’expliquer l’inexplicable ? Cette histoire est passionnante, intrigante, de bout en bout. François Garde a parfaitement réussi à nous captiver, faisant réfléchir aussi à ce que nous appelons la civilisation.

Jean-Paul

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:55

Sauve-toi, la vie t’appelle par Boris Cyrulnik,  

Éditions Odile Jacob, 2012, 291 pages

 

 

Au départ, Boris Cyrulnik ne voulait pas écrire une autobiographie mais c’est « en déroulant le fil » à partir de son arrestation, à Bordeaux, le 10 janvier 1944, qu’il a finalement livré, avec talent, l’histoire de sa vie.

Neuropsychiatre de renommée internationale, Boris Cyrulnik explique qu’il est né deux fois : le 26 juillet 1937, jour où il est venu au monde, et lorsqu’il a été arrêté dans son lit par des hommes armés. Il avait 6 ans. Ce jour-là, il s’est senti « condamné à mort pour crime qu’il allait commettre… »

Au fil des pages, il détaille ses souvenirs, les confronte à d’autres témoignages et se rend compte de certaines inexactitudes, exagérations ou minorations. Quelques images lui reviennent alors qu’il avait deux ans mais il se demande si cela ne vient pas de photos vues après guerre. Ainsi, il se rend compte que nous agençons des souvenirs épars et que nous recomposons le passé. « En faisant converger ces sources différentes, je me suis fabriqué un souvenir cohérent. » Il constate aussi : Dans une même situation, chacun construit des souvenirs différents ».

 

 

Placé à l’Assistance publique par sa mère, la veille du jour où celle-ci va être arrêtée, il va ainsi passer de l’un à l’autre, encaissant traumatismes et frustrations. Les détails qu’il donne, permettent de comprendre un peu mieux cette période si difficile de notre Histoire : l’Occupation. Quand la paix arrive, rien n’est résolu pour notre garçon qui se voit obligé de se taire car on ne l’écoute pas, on ne le croit pas.

Se considérant comme un petit vieux à l’âge de 10 ans, il affirme « qu’on ne provoque pas l’attachement d’un enfant en le gavant. On l’écoeure, c’est tout. C’est en le sécurisant et en jouant avec lui qu’on tisse ce lien. »

Dès 11 ans, il voulait devenir psychiatre et l’a écrit dans une rédaction. Heureux à Paris avec Dora « la belle danseuse » et Émile «  le costaud scientifique », il constate que, dans l’après-guerre, on oublie tous les juifs qui ont combattu. Ballotté entre Dora et Margot, à Bordeaux, ayant connu aussi les institutions, il cite Georges Pérec, « son frère d’âme ». il connaît le bouillonnement artistique de Paris entre Barbès et Pigalle où il fréquente le lycée Jacques-Decoux. Boris Cyrulnik reconnaît même : Si j’avais été équilibré, je n’aurais pas eu besoin de ce rêve fou : devenir psychiatre ! »

Souvent, il revient sur ce qu’il a vécu dans son enfance avant de parler de sa carrière politique qui débute à … 14 ans, au Parti Communiste, pour cesser deux ans plus tard. Il termine en s’appuyant davantage sur l’évolution des mentalités après la guerre ; il compare le récit supportable d’Anne Frank et celui, glacial, de Primo Levi. Quand il parle du procès Papon, c’est pour affirmer que la mémoire historique n’est pas la mémoire narrative. On a encore fait taire les survivants !

Boris Cyrulnik sait que, pour s’en sortir, il vaut mieux comprendre et pardonner : « Haïr, c’est demeurer prisonnier du passé. »

Bonne lecture !

Jean-Paul

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 16:23

La Survivance par Claudie Hunzinger, Éditions Grasset, 2012 , 288 pages

 

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Sils et Jenny sont libraires, passionnés de littérature. Ils se sont spécialisés dans les livres d’occasion mais ils doivent cesser leur activité, les affaires ne marchant pas bien. Ils se réfugient alors dans une ancienne métairie abandonnée, La Survivance, dans le parc des Ballons des Vosges, à plus de 900 mètres d’altitude, au-dessus de Kayserberg. Cette bâtisse oubliée qu’ils avaient achetée 40 ans auparavant, sur un coup de cœur, leur rappelle de merveilleux souvenirs mais là, ce n’est plus pour y passer deux mois d’été… Ils ont décidé d’y vivre et s’y installent avec Betty, leur chienne, et Avanie, leur âne.

 

Alors que remontent les souvenirs de l’époque où leur âne s’appelait Utopie, la dure réalité les rattrape. Il faut rendre à nouveau habitable ce lieu chargé de souvenirs. Ce livre est un véritable hymne à la nature, présenté ici sans concession. Le tout est agrémenté presque à chaque page de références à la littérature, aux livres, pendant qu’à près de 60 ans, nos deux ex-libraires luttent contre le froid, la pluie et les intrusions des animaux sauvages auxquels ils doivent s’habituer.

 


Le trou dans le toit est colmaté. Petit à petit, la vie devient plus facile. Ils retrouvent même le lit commun pour soigner mutuellement leurs corps endoloris. Jenny crée un jardin potager, tente d’élever des poules malgré le renard et les buses pendant que Sils fait du bois pour l’hiver. Quelques voisins imposent peu à peu leur présence : une troupe de cerfs ! Jenny les étudie et ils vont devenir des compagnons réguliers, source de passages de plus en plus savoureux.

 

« Nous étions redevenus deux et c’était très bien. On respirait, on riait, on vivait, on s’engueulait. On savait qu’on passerait notre vie ensemble. Nous avions fait alliance depuis longtemps. » Claudie Hunzinger, en même temps qu’un hymne à la nature, réalise un superbe tableau d’une vie de couple confronté à la dureté mais aussi à la magie de la nature. Si  « des libraires existent encore pour les veilleurs et les esthètes », heureusement que nous avons toujours des écrivains pour réaliser d’aussi délicieux ouvrages.

 

Bonne lecture.

Jean-Paul

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 20:19

Cette semaine, c’est un éditorial de la Feuille d’Hector un peu particulier que nous vous présentons : Jean-Paul traite ainsi de l’agriculture et des possibilités qu’il existe pour nourrir la planète dans les années à venir. Il fait ainsi référence à l’agroécologie, sujet mis en exergue par Marie-Monique Robin dans son dernier documentaire : Les moissons du futur. Ceux qui suivent l’affaire de Jean-Paul depuis ses débuts connaissent les différents ouvrages et reportages consacrés aux dérives des accusations de pédophilie dans le domaine de l’éducation. On peut citer notamment L’école du soupçon (2007) qu’elle était venue présentée lors d’une soirée organisée par le Comité de soutien. On la remercie une nouvelle fois car c’est elle qui nous a fait parvenir le DVD de son dernier documentaire afin de le transmettre à Jean-Paul lors d’un parloir. Bonne lecture.

 

L’urgence de l’agroécologie (Éditorial du vendredi 19/04/2013)

 

Alors que nous savons que la Terre produit assez de denrées alimentaires pour nourrir tous les êtres humains, il est impensable aujourd’hui de voir tant de personnes souffrir de la faim et en mourir.

 

v_les_moissons_du_futur.jpgS’appuyant sur un rapport présenté le 8 mars 2011 par Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, Marie-Monique Robin, journaliste indépendante, démontre l’urgence de basculer vers l’agroécologie, dans un film intitulé Les moissons du futur. Ce film a été diffusé sur Arte, il y a quelques semaines.

 

Depuis longtemps, l’agriculture industrielle a atteint ses limites et cause tellement de dégâts qu’une prise de conscience générale est indispensable. Le meilleur moyen de convaincre est d’aller voir ce qui fonctionne et réussit un peu partout dans le monde. Que ce soit au Mexique, au Malawi, au Kenya, en Allemagne, en Pennsylvanie (USA), au Sénégal, au Japon ou même tout près de chez nous, dans le département de l’Hérault, les réussites existent. Des femmes et des hommes prouvent chaque jour qu’il est possible de retrouver une harmonie entre l’homme et la nature, tout en obtenant de quoi nourrir le plus grand nombre.

 

C’est dans l’État de Oaxaca, au Mexique, dans le pays où est né le maïs, il y a 9 000 ans, qu’un groupe de paysans donne le plus bel exemple d’agroécologie avec la milpa. Ce système agricole était déjà utilisé avant la conquête espagnole. On sème en même temps des graines de maïs, de haricots et de citrouilles. Le maïs sert de tuteur au haricot qui fixe l’azote de l’air et l’apporte au maïs pendant que les citrouilles gardent l’humidité du sol. Ainsi, les parcelles sont en parfaite santé. Il n’existe pas de mauvaises herbes car chacune a sa fonction pour nourrir les animaux, ceux-ci entretenant la fertilité du sol. La milpa fonctionne en circuit fermé. C’est un modèle d’agriculture durable.

 

Les chercheurs en agroécologie comme Miguel Altieri, professeur à l’université de Berckeley, en Californie, s’appuient sur des principes refusant les intrants (engrais chimiques, pesticides) utilisés en monoculture. Ils poussent à la bio-diversité, au recyclage, à l’augmentation des matières organiques du sol et à l’intégration des animaux. Ils prouvent que les petites fermes produisent plus que les grandes.

 

Nous savons que l’agriculture chimique utilise des pesticides détruisant insectes, oiseaux et poissons. L’eau et l’air sont pollués et de nombreux cancers en résultent. Au Malawi, petit état d’Afrique orientale, on augmente la fertilité du sol en enfouissant des feuilles de gliciridia trois fois par an. Cela s’appelle l’agroforesterie et se pratique aussi au Kenya. Sur le domaine de Restinclières, propriété du Conseil Général de l’Hérault, on cultive du blé sous des érables, des frênes, des micocouliers et des aulnes qui fixent l’azote, donnent une litière qui enrichit le sol, humidifient l’air, résistant ainsi au réchauffement climatique. Cela apporte un gain de 40% si l’on associe arbres (revenu à long terme) et cultures (revenu à court terme).

 

Ces quelques exemples prouvent qu’une autre agriculture est possible comme cette vente directe se développant en France grâce aux Amap (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) ; ce système créé au Japon, les Teikei, voit collaborer producteurs et consommateurs car la nourriture n’est pas un produit comme les autres.

 

Enfin, pour que les choses évoluent vraiment, il faudrait que les États cessent d’être au service de quelques multinationales qui monopolisent le pouvoir dans le système agricole. Ce qui doit primer avant tout, c’est le bien-être des populations et une vision à long terme ; un modèle de développement au moindre coût, tirant l’économie vers le haut.

Jean-Paul

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 13:50

La vérité sur l’affaire Harry Quebert  par Joël Dicker,

Éditions de Fallois, 2012, 670 pages.

 

Joel-Dicker-La-Verite-sur-lAffaire-Harry-Quebert.pngTenir le lecteur en haleine pendant près de 700 pages, le mener de rebondissement en rebondissement jusqu’à la dernière ligne de la dernière page, voilà l’exploit réalisé par Joël Dicker, jeune écrivain Genevois, pour son deuxième roman.

 

Tout commence le jour de la disparition de Nola Kellergan (15 ans), le samedi 30 août 1975, à Aurora, New Hampshire (USA). À partir de cette fin tragique, l’auteur mène son lecteur à la fois sur les traces  d’une enquête criminelle et, en même temps, dans les méandres du monde de l’édition. Sur les pas de Marcus Goldman, jeune écrivain qui vient de remporter un immense succès dès son premier roman, nous plongeons immédiatement dans les affres de la production littéraire car, malgré les relances incessantes de son éditeur, il n’arrive pas à démarrer son second livre. Commence alors un jeu étrange avec son ancien professeur de lettres, Harry Quebert, chez qui on vient de découvrir, trente ans après, un squelette, enterré dans le jardin. Celui-ci est aussitôt accusé de meurtre mais Marcus n’y croit pas et va entamer un combat extraordinaire pour faire éclater la vérité.

 


Juste avant la disparition de Nola, Harry Quebert a connu la gloire littéraire avec « Les origines du mal », un fameux roman dont nous ne connaîtrons l’explication que bien plus tard. Dans un compte à rebours passionnant, l’auteur distille trente conseils du professeur de littérature, Harry Quebert, à son élève, Marcus Goldman, les clés du succès en quelque sorte ; ces clés, Joël Dicker sait parfaitement les utiliser.

 

Ainsi, d’un coup de théâtre à l’autre, avec un sens du suspense incroyable, l’auteur nous conduit au bout d’une histoire révélatrice des lâchetés ordinaires des habitants d’une petite ville, lâchetés pouvant mener au drame. Il serait vain de tenter de présenter tous les personnages intervenant tout au long du récit. Mieux vaut vous conseiller de vous précipiter, toutes affaires cessantes, sur « La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert », livre que le jury du Prix Goncourt des Lycéens a eu la bonne idée de distinguer.

 

Bonne lecture et bon suspense !

Jean-Paul

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 23:00

Le terroriste noir par Tierno Monénembo, Éditions du Seuil, 2012, 224 pages

 

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Voilà une histoire qui méritait d’être racontée, celle d’Addi Bâ, jeune Guinéen qui réussit à mettre en place la Résistance dans les Vosges. Son compatriote, l’écrivain Tierno Monénembo surprend par la façon employée pour nous faire vivre une épopée rendant hommage aux Africains venus défendre notre pays et si injustement méprisés ou ignorés.

 

Dans le village de Romaincourt, au cœur des Vosges, on n’avait jamais vu un « Nègre » avant ce jour de 1940 où un homme blessé, en uniforme de l’armée française, est découvert près d’un bois. Les gens se disputent, hésitent mais lui portent secours et le nourrissent malgré les risques, la peur des Boches. On l’appelait « le nègre » quand il n’était pas là et on disait « Monsieur » en face de lui. C’est Germaine, une fille qui avait 17 ans à l’époque, qui raconte cette histoire tellement humaine et dramatique à la fois. 

 

 

Addi Bâ était-il un héros ? Non. Il était « l’ami ou le père que tout le monde ou presque aurait voulu avoir. » Rapidement, le lecteur est surpris de rencontrer des mots inconnus qui fleurissent tout au long du récit. L’auteur semble bien maîtriser le patois vosgien et nous régale de cheûlards, de pâquis, de Mâmiche et Pâpiche, nonon, bâbette, affûtiaux, etc… Il y a aussi des expressions comme « une aouatte de chicorée », « la chaouée du matin », « il faisait le nâreux », etc… rendant bien l’ambiance du pays où les rivalités familiales sont tellement vivaces qu’elles peuvent conduire à la catastrophe.

 

Dans ces Vosges qui l’ont adopté, Addi Bâ recrute, organise, transmet les messages, s’appuyant sur les jeunes des Chantiers de jeunesse et surtout du STO, ce travail obligatoire au profit de l’occupant. Au fil des pages, nous découvrons aussi le rôle méconnu joué par la mosquée de Paris dans la Résistance et pour sauver de nombreux juifs. Hélas, tout n’est pas parfait car il y a les lettres de dénonciation et les jalousies inévitables. Addi Bâ bouge beaucoup et se fait une réputation de Don Juan. Les Allemands qui le recherchent activement, l’ont baptisé « Der Schwarzee Terrorist ! », le Terroriste noir.

 

Une phrase résume bien toute la valeur de cet homme : « Quand les Allemands l’ont fusillé, nous n’avions pas perdu un nègre des colonies tombé ici en s’échappant des bois mais un frère, un cousin, un élément essentiel du clan, un même sang que nous. »

 

Nous apprenons enfin comment Addi Bâ est venu en France et une phrase de cet auteur guinéen nous a bien fait sourire. À propos du destin et des hasards de la vie, il écrit : « Une pomme tombe en Ardèche et c’est le tsunami au Pérou ! »

 

Le terroriste noir est un livre étonnant, bien écrit par un auteur qui n’hésite pas à sortir des modes conventionnels du récit, n’oubliant pas de détailler les recherches longues et difficiles pour retrouver la famille d’Addi Bâ.

Jean-Paul

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 23:00

Venir au livre (Éditorial du vendredi 12/04/2013)

 

Depuis plusieurs mois, il se disait qu’une inauguration officielle de la bibliothèque se préparait. Certains se sont demandés pourquoi une telle manifestation alors que la bibliothèque ne vient pas d’ouvrir, existant depuis bien longtemps.

 

Il se trouve que, récemment, le local qui propose plus de 6 500 ouvrages, a subi d’importantes transformations. Après la cure de jouvence réservée aux murs tout en préservant la superbe fresque réalisée en 2005, le sol a été bien carrelé par une équipe en formation au métier. Le mobilier a suivi grâce au Conseil Général de l’Hérault : chauffeuses colorées, bacs à BD, tables de travail et chaises. Tout cela a été réalisé pour offrir un cadre agréable et accueillant pour ceux qui font l’effort de venir jusqu’au livre afin d’élargir leurs horizons.

 

Grâce à des partenariats avec le Conseil Général, l’Agglo de Montpellier, le Musée Fabre, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), l’Opéra de Montpellier…, le Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation), avec l’aide du surveillant et des auxiliaires, avait bien préparé cet après-midi. Cela a permis à une trentaine de personnes venues de l’extérieur de découvrir tout ce qui est mis en œuvre pour amener au livre des personnes privées de liberté.

 

Comme pour toute inauguration qui se respecte, un ruban tricolore a été coupé par Nicole Bigas, Vice-présidente de l’Agglo, et André Vézinhet, Président du Conseil Général. Après le mot d’accueil de la Directrice, plusieurs allocutions ont ensuite permis à chacun de préciser le rôle de leur institution. C’est Charles Forfert, Directeur départemental du Spip, qui rappelait que, jusqu’en 2009, les livres étaient portés jusqu’aux cellules alors que, maintenant, tout est fait pour permettre à chacun de venir faire son choix. S’il n’y a pas tout, l’éventail est très large, régulièrement complété et renouvelé. La fréquentation de la bibliothèque ne cesse d’augmenter mais le travail est immense, encore, pour favoriser la lecture. Les activités scolaires de formation et de remise à niveau sont là pour permettre à chacun de progresser et de pouvoir accéder toujours davantage au plaisir de lire.

 

D’ailleurs, les invités ne quittaient pas la zone socio-pédagogique sans rendre visite à l’équipe d’Hector, hebdomadaire et magazine, aux ateliers d’écriture et d’arts plastiques. Après que Guylaine Hervy-Perrau, directrice adjointe interrégionale de l’administration pénitentiaire, ait mentionné sa volonté de transformer peu à peu la bibliothèque en médiathèque, volonté freinée par des budgets à la baisse, André Vézinhet se faisait un plaisir d’offrir un lot de superbes livres au nom de la Médiathèque départementale Pierresvives.

 

À la fin de sa dédicace, une phrase a attiré particulièrement notre attention : « À ceux qui sont privés de la liberté d’aller et de venir dans notre territoire, je souhaite qu’ils puissent trouver une forme d’évasion qu’ils méritent comme tant d’autres. »

Jean-Paul

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 23:00

Promenons-nous dans les bois par Bill Bryson – Éditions Payot

Traduit de l’anglais (USA) par Karine Chaunac, 2012, 346 pages

 

promenons-nous-dans-les-bois-bill-bryson-9782228907507.gifSi la randonnée pédestre est en vogue dans notre pays, nous ne sommes pas les seuls à marcher… Il existe aux Etats-Unis un sentier mythique qui longe la côte est sur 3 500 km, de la Géorgie au Maine, à travers 14 états : le sentier des Appalaches, l’Appalachian Trail (A.T.).

 

L’AT permet de traverser l’une des plus grandes forêts de feuillus du monde, une forêt en grand danger à cause du réchauffement climatique. Le décor présenté, venons-en à notre homme, l’auteur, qui n’a pas son pareil pour décrire, raconter avec beaucoup d’humour tout l’environnement qui l’attend au cours de son périple. Bill Bryson n’hésite pas à utiliser l’humour noir, imaginant tout ce qui peut lui arriver, les animaux dangereux mais aussi les maladies et les assassinats.

 

Les achats dans un magasin spécialisé ne sont pas tristes. Avant de partir, il cherche un accompagnateur et c’est un ami d’école, Stephen Katz, qui se propose. Cela fait 25 ans qu’ils ne se sont pas vus. Il découvre un homme très gros qui s’essouffle pour rien et… qui a besoin de manger toutes les heures pour ne pas avoir de convulsions !

 

Bill Bryson profite des préparatifs de sa randonnée pour détailler l’histoire de ce sentier, nous permettant de faire connaissance avec les pionniers comme Benton Mac Kaye à qui on attribue la paternité du sentier, et Myron Avery, le premier à le cartographier. Enfin, un 9 mars, par – 11°, les voilà partis. Mais que c’est dur !  Que c’est lourd ! Katz est à la traîne mais ils avancent. Au fil du récit toujours truffé d’anecdotes savoureuses, l’auteur nous parle de l’écrivain étatsunien Henry-David Thoreau qu’il qualifie « d’inestimable et pénible moralisateur » et détaille l’état des forêts nord-américaines.

 

Il y a aussi la rencontre avec Mary Ellen que Katz appelle un « vrai boulet ». Après des jours de privation, la première boutique rencontrée est un véritable bonheur. Ils sont « à la limite de l’orgasme avec un morceau de pain de mie ». Après avoir réussi à semer Mary Ellen, ils font de l’auto-stop pour se rendre jusqu’à un motel. Ils sont dans la région où James Dickey situe son fameux roman, Délivrance, et où a été tourné le film encore plus célèbre avec cette fameuse descente de rivière et ces notes de banjo inoubliables.

 

La neige, la tempête, les refuges à partager, le dortoir parfois, nos deux marcheurs progressent quand même, arrivant dans leur troisième état, le Tenessee. Ils sont maintenant dans les Great Smocky Mountains où la flore et la faune sont très riches et où vivent jusqu’à 25 variétés de salamandres. C’est l’occasion pour Bryson de faire le point sur l’évolution des espèces naturelles aux USA…évolution pas très encourageante.

 

Il n’oublie pas de rendre  hommage à  Earl V. Shaffer, le premier à avoir effectué l’AT de bout en bout en 1948, après 123 jours de marche. C’est Stewart Udall, ministre de l’Intérieur, amateur de marche, qui, en 1968, fit voter le National Trail System Act sauvant l’AT.

 

Ainsi, tout au long du livre, les informations foisonnent, permettant de connaître un peu plus l’histoire de ce continent et le mode de vie de ses habitants. Malgré une volonté immense, nos deux marcheurs doivent interrompre leur randonnée mais cela n’empêche pas Bill Bryson de partir seul à la découverte du Mont Lafayette (1 597 m), dans les White Mountains, et du Mont Washington (1 916 m) où l’on peut même monter en voiture ! Finalement, ils se retrouvent tous les deux pour mettre un point final à ce qui demeure un exploit et qui permet au lecteur une escapade extraordinaire dans des lieux qui attirent et effraient à la fois.

 

Merci à Damien qui, grâce à Aurélie, m’a motivé pour partir à la découverte de l’Appalachian Trail. Comme le sujet traité, Bill Bryson, l’auteur, vaut vraiment le détour. Promenons-nous dans les bois est un régal. Bonne rando !

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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