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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 11:56

Au revoir là-haut par Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2013, 566 p.

Prix Goncourt 2013

 

au-revoir-la-haut-360508Plongé instantanément dans les derniers jours de cette Première guerre mondiale qui a débuté il y a cent ans, le lecteur ressent tout de suite la fracture entre les soldats et les officiers. Les premiers entendent parler d’armistice et, on le comprend facilement, sont impatients de voir ce cauchemar se terminer, alors que ceux qui commandent veulent toujours en découdre afin de gagner encore du galon.

 

Albert Maillard, sur le front, ne veut pas faire partie des derniers morts : « Il savait que la guerre n’était rien d’autre qu’une immense loterie à balles réelles dans laquelle survivre 4 ans tenait fondamentalement du miracle. » Alors qu’il se retrouve en très fâcheuse posture, au fond d’un trou d’obus, il pense à Cécile et lui envoie un « Au revoir là-haut » pathétique.

 

 L’autre personnage que nous suivons jusqu’au bout de cette passionnante histoire, c’est Henri d’Aulnay-Pradelle. Arriviste sans scrupules et débordant d’ambition, il n’hésite pas à déclencher l’attaque de la côte 113, le 2 novembre 1918.

 

Le troisième protagoniste se nomme Édouard Péricourt, grand jeune homme, fils d’un riche bourgeois. Jusque-là, il a eu de la chance mais « il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. »

 

Après nous avoir plongés au cœur des derniers jours de guerre, Pierre Lemaitre passe assez vite aux années qui vont suivre grâce aux aventures de ces trois héros permettant enfin d’en savoir plus sur cette période trop longtemps négligée. Qui peut imaginer qu’après l’Armistice signée en novembre 1918, nos soldats attendraient toujours leur démobilisation quatre mois plus tard ? « Voilà comment ça finit une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu’on n’est pas foutu de renvoyer chez eux proprement », écrit Albert.

 

Pourtant, le pire reste à venir car « Tout le nord et tout l’est du pays étaient constellés de tombes de fortune creusées rapidement parce que les morts ne pouvaient pas attendre, pourrissaient vite, sans compter les rats. » L’État veut regrouper les tombes dans de grands cimetières mais il faut des cercueils et l’on embauche des Chinois, des Sénégalais  pour déterrer les corps car ils travaillent pour une bouchée de pain. C’est le début d’une scandaleuse affaire que l’auteur nous fait vivre de l’intérieur : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

 

L’autre affaire concerne les monuments aux morts dont toutes les communes de France veulent se doter pour y inscrire les noms des victimes de cette guerre. Il y a aussi cette incompréhension envers ceux qui en sont revenus : « L’État refourguait aux anciens poilus de vieilles vareuses militaires reteintes à la hâte. »  Entre les démobilisés et ceux qui sont restés à l’arrière, l’incompréhension est totale : « Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants. »

 

1919. 1920. Pour faire plus de bénéfice, on fait fabriquer des cercueils trop petits, les corps sont mélangés, des soldats allemands sont inhumés sous une plaque française…

 

Pierre Lemaitre braque les projecteurs sur ces scandales d’après-guerre et, en plus, c’est passionnant à lire. Jusqu’à la dernière ligne, de rebondissement en rebondissement, le lecteur est tenu en haleine, l’épilogue et les précisions finales de l’auteur complètent parfaitement un Prix Goncourt amplement mérité et à lire d’urgence.

Jean-Paul

 

 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:14

2014  (Éditorial du 10/01/2014)

 

Après ce que nous appelons les fêtes de fin d’année, des moments pas forcément agréables pour tout le monde, une nouvelle année débute et, sans vouloir jouer les devins, il est intéressant de se tourner vers les principaux événements qui nous attendent au cours des douze mois à venir… ceux qui sont prévus, en tout cas.

 

Incontestablement, la Coupe du monde de football, au Brésil, du 12 juin au 13 juillet, monopolisera l’attention des médias. La France ayant eu la bonne idée d’y participer, nous nous sentirons un peu plus concernés dès le France – Honduras, prévu le dimanche 15 juin, à Porto Alegre. Trois jours avant, le pays hôte aura ouvert le bal contre la Croatie, dans l’Arena Corinthians, à São Paulo. Quels pays seront en finale, dans le stade de Maracanã, à Rio de Janeiro ? Les paris sont ouverts mais un tel événement doit donner l’occasion de découvrir un pays immense qui fascine et inquiète tout autant.

 

Cette année nouvelle sera l’Année européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire  et  il serait bon de prendre de bonnes habitudes afin que tant de saine et bonne nourriture ne finisse plus dans nos poubelles.

 

Toujours au chapitre européen, Marseille et Košice (Slovaquie) doivent céder leur place de capitales européennes de la culture à Riga (Lettonie) et Umeå (Suède) pour 2014. Pour la présidence de l’Union européenne (UE), la Grèce succèdera à la Lituanie, de janvier à juin, puis laissera finir l’année à l’Italie. Enfin, il ne faut pas oublier les élections européennes, huitièmes du nom. 751 députés européens seront élus au suffrage universel direct et l’on votera en France le dimanche 25 mai.

Plusieurs semaines avant, les débats auront été beaucoup plus agités dans l’hexagone à l’occasion des élections municipales dont les deux tours sont prévus les dimanches 23 et 30 mars. Côté historique, le 60e anniversaire du débarquement en Normandie, le 6 juin, précèdera le Centenaire du début de la Première guerre mondiale, le 4 août.

 

Cette liste n’étant pas exhaustive, nous reviendrons au sport pour ne pas manquer les 22e Jeux Olympiques d’hiver, à Sotchi, en Russie, du 7 au 23 février, sans oublier le 101e Tour de France qui partira de Leeds, en Grande-Bretagne, sur les routes du Yorkshire, pour 21 étapes et 3 656 km.

 

Une nouvelle année est en route et c’est l’occasion d’adresser à tous de bons vœux en espérant qu’aux événements annoncés ne viennent pas s’ajouter trop de drames, forcément imprévisibles.

Jean-Paul

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 09:56

Une métamorphose iranienne, BD de Mana Neyestani.

Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran, Éditions çà et là / Arte Éditions, 2012, 196 p.

 

arton74-41289.jpgDifficiles à supporter ces premières pages avec les interrogatoires, les scènes de prison où l’on retrouve tous les mêmes travers, tous les mêmes comportements, quel que soit le pays et les conditions de détention…

 

Mana Neyestani a vécu ce qu’il raconte, ce qu’il dessine tout en gardant un ton teinté d’humour malgré le caractère dramatique du récit. Dessinateur dans les pages jeunesse du supplément week-end du journal Iran, il est inspiré par un cafard auquel il fait vivre de petites aventures. Dans une bulle, il place le mot « Namana » que les Iraniens disent souvent lorsqu’ils cherchent leurs mots. Hélas, ce mot est aussi un terme azéri et voilà que cela est mal interprété par la minorité de cette partie nord du pays en mal de revendications.

 

Au fil des pages et de la dramatisation recherchée par le régime, le lecteur comprend vite que tout cela n’est que prétexte pour faire payer à l’auteur les manifestations qui agitent cette région. Le dessinateur et son rédacteur en chef se retrouvent incarcérés, soi-disant pour les protéger…

 

Passée la moitié du livre, nous quittons les geôles iraniennes pour la fuite de Mana accompagné par Mansoureh, son épouse, car l’auteur ne peut pas supporter la menace bien réelle de retourner en prison. Commence alors un parcours incroyable d’un couple qui n’arrive pas à trouver refuge dans les pays occidentaux et se trouve toujours à la merci de passeurs sans scrupule.

 

D’abord, c’est Dubaï avec le refus du Canada de les accueillir, puis la Turquie, la Chine, la Malaisie et enfin la France où il a pu publier ce récit poignant et révélateur de tellement de souffrances inutiles.

 

Le dessin est précis, toujours en noir et blanc, parfois proche de la caricature mais très expressif. Le texte soutient bien l’action et permet de comprendre ce qui se passe. L’ensemble met souvent le lecteur mal à l’aise car cette histoire est très récente et se reproduit pour d’autres qu’ils soient journalistes, poètes, écrivains….

 

Merci à Pauline et à Simon pour ce livre à la fois instructif et très émouvant.

Jean-Paul

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 00:00

Dernier éditorial pour 2013 de la Feuille d'hector et l'occasion de vous adresser nos meilleurs voeux pour 2014. Cette année écoulée aura vu la libération tant attendue de Jean-Paul, libération qui nous a comblés de joie et de bonheur. Bonne lecture !


Un si long chemin vers la Liberté  (Éditorial du 20/12/2013)

 

Nelson Mandela, après 95 années passées à lutter, à souffrir pour obtenir enfin une égalité complète entre les êtres humains, s’en est allé.

 

Tout ce temps passé au service du plus grand nombre, il l’a raconté dans une autobiographie qu’il est encore plus nécessaire de lire aujourd’hui : Un long chemin vers la liberté. Ce livre, traduit par Jean Guiloineau, publié en 1996, en France, chez Fayard, existe en Livre de Poche. Ces quelques 700 pages ont été écrites, pour la plupart, en captivité, sur l’île de Robben Island, un terrible pénitencier. Pour pouvoir sauver le témoignage d’une vie extraordinaire, il a dû tromper la vigilance de ses geôliers, comme il le raconte lui-même.

 

« Je suis né le 18 juillet 1918, à Mvezo, un petit village au bord de la rivière Mbashe, dans le district d’Umtata, la capitale du Transkei. » Dès la première page, il se présente de manière très simple et nous apprend que son père l’a appelé Rolihlahla, ce qui, en xhosa*, signifie littéralement « tirer la branche d’un arbre » mais il précise que « dans la langue courante sa signification plus précise est : celui qui crée des problèmes… » Son prénom anglais ne lui a été donné qu’au premier jour d’école par son institutrice, Miss Mdingane.

 

Excellente motivation pour dévorer toutes ces pages, un film biographique adaptant l’œuvre de Nelson Mandela, est sorti ce 18 décembre. De son vivant, celui qu’on appelle aussi Madiba, du nom de son clan, avait confié le soin de réaliser cette œuvre au producteur sud-africain, Anant Singh. Même si le film est contraint à des raccourcis et doit écarter de nombreux événements d’une vie tellement dense, il aura le mérite de sensibiliser toujours plus de monde à la lutte anti-apartheid menée par Mandela.

 

Celui qui, en 1993, a accepté de recevoir le Prix Nobel de la Paix avec Frederik De Klerk, le dernier président de l’apartheid, est considéré comme le père de la nation sud-africaine. Tout au long de sa vie politique, il est passé de la non-violence à la lutte armée pour répondre à la violence de la ségrégation raciale, avant de prôner la réconciliation, le pardon.

 

Au cours de 27 années passées en prison, il a tenté de comprendre ses ennemis afin de pouvoir négocier avec eux malgré les violences qui ont causé tant de morts, là-bas. Quand il a été libéré enfin, en 1990, il s’est bien gardé d’humilier ses adversaires, pensant d’abord au bonheur de son peuple, et c’est bien normal que les dirigeants du monde entier se soient rendus à Soweto pour lui rendre hommage.

 

Nous terminerons en citant à nouveau Madiba, en espérant que le message qu’il nous laisse, soit suivi partout dans le monde : « Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. »

Jean-Paul

* Le xhosa est la seconde langue officielle de l’Afrique du Sud, après le zoulou, et elle est parlée par 8 millions de personnes.

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 11:53

Hymne par Lydie Salvayre

Seuil (Fiction & Cie), 2011, 240 p.

 

hymne-d5a4f.jpg« On dit qu’il ne sortait de sa timidité que pour être, sur scène, l’audace même. » Lydie Salvayre nous parle, ici, de Jimi Hendrix qui, le 18 août 1969, à 9 h, sur la scène de Woodstock, s’empara de l’hymne national étatsunien : The Star Spangled Banner pour en faire un cri : « il l’empoigna, le secoua, et aussitôt en fit jaillir une liberté qui souleva l’esprit. »

 

Avant d’aller plus loin, donnons tout de suite un conseil aux éventuels lecteurs : ne commencez surtout pas ce livre ! Si vous le faites, vous serez happés, pris dans la spirale de l’écriture de l’auteure. Fille de républicains espagnols exilés en France, Lydie Salvayre décrocha une licence de lettres modernes avant d’entrer en fac de médecine pour devenir psychiatre à Marseille puis à Argenteuil. Elle a déjà publié de nombreux romans dont certains ont été adaptés au théâtre.

 

Ici, elle utilise une écriture à rebonds qui donne au lecteur l’impression d’être au cœur du tourbillon qui emporta Jimi Hendrix, sacrifié par la crapulerie financière. Elle n’hésite pas à dénoncer Jefferey, son immonde manager, qui l’obligea à faire 255 concerts en 1967 et presque autant l’année suivante tout en lui fournissant drogues et psychotropes qu’il décomptait d’ailleurs en frais généraux !

 

Pour nous faire davantage comprendre la personnalité de Jimi Hendrix, Lydie Salvayre nous emmène au cœur de ce qui fut son enfance avec un père qui « interdit à ses deux fils d’aller à l’enterrement d’une mère qu’il jugeait indigne. » Toute sa vie, Jimi fut inconsolable, se sentant même coupable de la triste fin  de sa mère.

 

« Sa guitare fut sa raison de vivre. » Son père lui avait acheté la première pour 5 dollars mais il la remplaça très vite par une guitare électrique et c’est ainsi qu’il créa, peu à peu, ce style inimitable : « trop pittoresque, trop osé, trop abondant, trop outré, trop inconvenant, son rock... irrecevable » mettant Jimi Hendrix « out, dehors, hors catégorie, hors norme… Sa guitare électrique était sa femme et sa maison et sa patrie. »

 

Jimi Hendrix joua jusqu’à sa mort, à 27 ans, le 18 septembre 1970, d’un excès de barbituriques. Une fois de plus, nous citerons l’auteure, à propos de ce fameux hymne qu’il joua à Woodstock : « Un Hymne qui portait en lui le refus véhément de tout ce qui amputait et saccageait la vie, mais qui disait aussi son désir de bataille, et l’espoir que la hideur et la violence puissent par la musique être converties en beauté. »

Jean-Paul

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 00:00

L’Ukraine européenne ?  (Éditorial du 13/12/2013)

 

Sur une carte, la place occupée par l’Ukraine est importante mais, à l’est, la Russie est imposante, presque écrasante. Tout au long de l’histoire, le puissant voisin a tenté de dominer ce pays qu’on appelait autrefois « le grenier à blé » de l’ex-Union soviétique.

 

Alors que le gouvernement ukrainien s’apprêtait à signer un accord de libre échange avec l’Union européenne (UE), Moscou s’est fâché, menaçant de sanctions commerciales un pays qui réalise le quart de ses exportations avec la Russie. Gazprom, premier producteur et exportateur de gaz naturel au monde, menace à nouveau de sanctions, parlant de factures en retard et même de fermer le robinet… en plein hiver…

 

Lorsque Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie, a convoqué son homologue ukrainien, Viktor Ianoukovitch, pour le sermonner, ce dernier a rapidement cédé tout en refusant d’adhérer au pacte de sécurité collective que Poutine voudrait imposer à une sorte d’union slave, la Biélorussie s’ajoutant à ses deux voisins.

 

Aussitôt après ce renoncement, la colère d’une partie des Ukrainiens s’est exprimée dans la rue. Les heurts ont été violents entre les manifestants et les forces de l’ordre. De nombreux blessés dont une quarantaine de journalistes, ont été dénombrés alors que la foule tentait de bloquer le siège du gouvernement afin d’obtenir le départ du Président Ianoukovitch.

 

Devant de tels débordements, la Lituanie qui assure en ce moment la présidence semestrielle de l’UE, a demandé une enquête sur les violences survenues à Kiev, la capitale. Le Président François Hollande et Donald Tusk, le Premier ministre polonais, ont condamné les  violences et appelé le pouvoir ukrainien et ses opposants à dialoguer rapidement. Enfin, Laurent Fabius, Ministre des affaires étrangères, a affirmé : « Il n’y a pas d’opposition entre le fait d’avoir un accord d’association avec l’Union européenne et le fait d’être proche de la Russie, il n’y a pas de contradiction. »

 

Dans ce pays de 46 millions d’habitants, indépendant depuis 1991, où l’on parle ukrainien  et russe, Ioulia Tymochenko, ancien Premier ministre, est en prison pour 7 ans depuis 2011 alors que la Cour européenne des droits de l’homme a jugé sa détention « illégale ». C’est aujourd’hui Vitali Klitschko, triple champion du monde de boxe poids lourd, qui s’affirme comme le leader de l’opposition et futur candidat aux présidentielles de 2015.

 

Les semaines à venir permettront peut-être de renouer le dialogue mais l’Ukraine balancera toujours entre l’est et l’ouest alors que sa population est très attirée par notre Union européenne.


Jean-Paul

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 21:33

Fausto Coppi  BD de Davide Pascutti,

Traduit de l’italien par Samuel Delerue, Éditions Cambourakis, 2013, 105 p.

 

couv-coppiDe sa naissance, le 15 septembre 1919, à sa mort, le 2 janvier 1960, victime de la malaria contractée au Burkina-Faso qu’on appelait à l’époque la Haute-Volta, la vie de Fausto Coppi est un véritable roman. Davide Pascutti, l’auteur de cette BD, a vite laissé tomber l’idée d’une autobiographie pour se concentrer sur l’année 1949 qui rend au mieux toute la personnalité de celui qui restera le Campionissimo.

 

Le dessin est soigné, précis, délicatement ombré et nous commençons par vivre l’étape Cuneo – Pinerolo, la dix-septième du Giro 1949. Deux gamins, Gianni et Vittorio attendent les coureurs sur le bord de la route. Ils patientent en suivant l’étape sur un poste de radio. L’auteur précise : « D’un côté, les supporters du vieux lion catholique, le sanguin et le provocateur (Gino Bartali, ndlr). De l’autre, ceux du jeune Fausto, le laïc et le taciturne. »

 

Pages suivantes, une superbe planche, toujours en noir et blanc, offre un impressionnant décor de montagne, au milieu des sapins et des rocailles, et, au loin, un cycliste minuscule qui s’en va seul.

 

Des commentaires des suiveurs aux pensées du coureur, nous suivons, col après col, la chevauchée fantastique. Davide Pascutti nous livre même un extrait du Corriere della Sera, du 11 juin 1949, signé Dino Buzzatti.

 

Biaggio Cavanna, le masseur aveugle, est là aussi. Il livre ses conseils et ses prédictions se vérifient. Il encourage le Campionissimo à tenter le doublé Giro – Tour de France, performance encore jamais réalisée. Une chute semble tout compromettre et les planches montrant le coureur brisé en mille morceaux font froid dans le dos.

 

Le 18 juillet 1949, dans l’étape Cannes – Briançon, les deux champions que tout le monde veut opposer, font preuve d’une amitié très forte : « Moi, j’ai un goût de boue dans la bouche. Je tombe un million de fois mais je remonte toujours en selle. Gino souffre avec moi, se relève avec moi. » Fausto pense ainsi dans les rampes difficiles de l’Izoard et laisse gagner son coéquipier car c’est son anniversaire. C’est le lendemain que le Tour bascule définitivement en faveur du Campionissimo, Bartali lui ayant donné l’ordre de continuer alors qu’il était à terre.

 

Pour finir, l’auteur se confie avec beaucoup de franchise. Il n’oublie pas de présenter les principaux protagonistes de l’histoire avant de laisser une chronologie de la vie de Fausto Coppi qui complète bien l’ouvrage.

 

Fausto Coppi en BD, ça se lit, ça se relit et s’apprécie encore. Un grand merci à Simon pour ce bel album paru en 2009 en Italie sous le titre : Fauto Coppi. L’Uomo e il Campione.

Jean-Paul

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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 00:00

Intérimaire mais plein d’espoir (Éditorial du 6/12/2013)

 

Sous l’impulsion de Hassan Rohani, Président élu en juin 2013, l’Iran sort peu à peu d’un isolement qui commençait à lui coûter très cher. La question du nucléaire, au centre de tous les problèmes, vient de se débloquer grâce à l’accord intérimaire signé récemment à Genève.

 

Les négociations ont été menées avec l’Iran par les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies (USA, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne), plus l’Allemagne. Il s’agit d’un accord pour six mois permettant d’obtenir des garanties sur le caractère pacifique du programme nucléaire iranien. L’enrichissement de l’uranium pouvant déboucher sur l’arme nucléaire, l’Iran a promis de ne pas dépasser 5 % au lieu de 20 % auparavant, ce qui faisait craindre un usage militaire aux pays occidentaux et à Israël.

 

En contrepartie d’une levée partielle des sanctions, la République islamique iranienne promet que cet uranium servira uniquement à son réacteur de recherche et à des fins médicales. Dans ce pays d’Asie de l’ouest qui compte 78 millions d’habitants, le soulagement est grand car les premiers touchés sont les Iraniens eux-mêmes : perte de pouvoir d’achat, classe moyenne étranglée, fossé de plus en plus grand entre les riches et les pauvres, chômage pour plus de 30 % de la population…

 

Pour l’État iranien, la note de cet embargo s’élevait à 89 millions d’euros depuis 2010. Les exportations de pétrole avaient chuté de 45 %. La croissance était négative (- 1,5 %) et l’inflation s’envolait à + 41,6 %. Ce n’est pas étonnant que la nouvelle de la levée limitée, ciblée et réversible des sanctions économiques envers leur pays ait déclenché des scènes de joie à Téhéran.

 

En effet, ce pays était exclu du système financier et bancaire international, ce qui rendait importation et exportation très difficiles. Aussi, la contrebande se développait et les prix grimpaient malgré des tentatives de troc avec la Chine.

 

S’il faudra du temps à l’Iran pour se relever du catastrophique mandat d’Ahmadinejad, élu en 2005 et réélu en 2009 malgré de fortes contestations, l’accord qui a été signé à Genève, va relancer l’industrie automobile iranienne, le commerce de l’or et des métaux précieux ainsi que les exportations pétrolières.

 

Ainsi, ce mois de novembre 2013 aura apporté un signe fort permettant d’espérer une paix de plus en plus solide dans cette partie du monde très sensible. Le contrôle et le suivi de l’efficacité de cet accord qui seront assurés dans les prochains mois, confirmeront ou non l’optimisme raisonnable auquel nous voulons bien souscrire.

 

Jean-Paul

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 15:24

S’ils savaient par Laurent Brochard et Matthieu Lambert, Éditions Idoines, 2013, 226 p.

 

La rencontre avec Laurent Brochard, le dernier champion du monde français, lors de la Fête du livre de Saint-Étienne, le 19 octobre dernier, a été une belle surprise. Avec beaucoup de simplicité, il présente S’ils savaient…, une autobiographie écrite avec le jeune journaliste, Matthieu Lambert.

 

Tout au long de ce livre, il est possible de cerner la personnalité de ce sportif aux capacités physiques très au-dessus de la moyenne. « Je ne conçois pas la vie sans le sport », écrit-il et il le prouve puisqu’il est revenu à sa première passion : la course à pied. Après avoir couru le Marathon de Paris en 2009, il se consacre maintenant à l’ultra-trail mais ne néglige pas le vélo. Après avoir découvert les cyclosportives, il avoue : « Ma plus grande considération va donc définitivement aux cyclos qui me réservent un très bon accueil, me portant cette reconnaissance que je n’ai plus dans le monde pro. »

 

Une mauvaise chute, à 39 ans, en 2007, au Tour de Pologne, l’a contraint à arrêter sa carrière. Aîné de trois garçons, il se définit comme un enfant timide qui s’exprime d’abord par le sport. Il abandonne l’école à 15 ans pour apprendre la menuiserie puis se met au vélo, dans la roue de son père, à 17 ans.

 

Sa progression est très rapide car les résultats suivent ce qui ne l’empêche pas de décrocher des CAP de menuiserie, d’ébénisterie et de sculpture sur bois. L’équipe de France amateur le fait remarquer et Cyrille Guimard lui promet un contrat. Hélas, un contrôle positif bizarre à la nandrolone vient gâcher cette perspective mais il réussit à faire établir son innocence, lui qui ne conçoit même pas l’existence du dopage.

 

Enfin, le voilà parmi les meilleurs et il ne tarde pas à récolter les victoires. Il dispute son premier Tour de France en 1993 : « Je suis ébloui : tout est gigantesque, démultiplié. Lors des premières étapes, je reste subjugué par l’affluence incroyable. » Il quitte Guimard pour Bruno Roussel et l’équipe Festina où il côtoie un certain Virenque : « Richard cristallise toute l’aura autour de sa personne. Volubile, exubérant, fantasque, le chouchou du public entend montrer qu’il est présent, veut exercer son monopole sur tout ce qui l’entoure. »

 

En 1997, il décroche ses plus grands exploits : une étape du Tour de France et le titre de Champion du monde, à San Sebastian. C’est l’année suivante que tout s’effondre. Laurent Brochard ne cache rien : «…la peur de devoir répondre aux légitimes interrogations de mon épouse, totalement ignorante de mes pratiques dopantes. » Comme il y avait un fossé entre ceux qui se dopaient et les autres, « se doper est faire acte de professionnalismecomme tout le monde : EPO, hormones de croissance, cortico, testostérone. » Il ajoute : « Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait. J’aurais pu hypothéquer ma santé, jouer avec ma vie. »

 

D’un scandale à l’autre, le sport cycliste n’est pas détruit. Il est rehaussé, assaini. Les trois saisons passées chez Jean Delatour lui redonnent un peu de bonheur : « Le cyclisme redevient un jeu. » Hélas, des changements d’équipe répétés ne lui permettront pas d’avoir la fin de carrière qu’il méritait.

 

Sincère jusqu’au bout, Laurent Brochard nous fait partager sa vie familiale, ses opinions parfois mal comprises et ses projets. S’ils savaient…est un témoignage à lire pour sortir des idées toutes faites et tenter de comprendre ce qui a été le quotidien de ce champion.

Jean-Paul

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 00:00

Un typhon pour avertissement  (Éditorial du 29/11/2013)

 

Au-delà d’une querelle un peu morbide sur le nombre de victimes, la catastrophe causée par le typhon Huyan, aux Philippines doit nous pousser à réfléchir davantage sur nos modes de vie et, conséquence indispensable, agir pour préserver la vie sur Terre.

 

Cette zone de l’ouest de l’océan Pacifique est celle qui concentre le plus ce type de cyclone tropical, appelé ouragan dans l’Atlantique et typhon en Asie de l’est. La source d’énergie principale de ces événements météorologiques est la chaleur dégagée par l’océan. Le typhon qui a frappé l’est des Philippines était le plus puissant jamais enregistré avec des vents de plus de 300 km/h et des vagues hautes de 5 m. Sur l’île de Leyte, Tacloban, une des villes les plus meurtries, est incapable de compter ses morts. Tous les habitants du cœur de la ville ont disparu.

 

Territoire morcelé, l’archipel Philippin compte 7 107 îles dont 2 000 seulement sont habitées. D’ailleurs, 2 400 autres n’ont même pas de nom. La capitale, Manille, se trouve sur la plus grande des îles, Luçon, qui ne semble pas avoir subi trop de dégâts. On y parle environ quatre-vingts langues différentes mais le tabalog est l’officielle alors que l’anglais est la première à être enseignée dans ce pays qui fut colonie espagnole puis sous domination étatsunienne.

 

Depuis le 8 novembre, les survivants n’ont plus de voitures, plus de carburant et cherchent de la nourriture. On campe, on s’abrite comme on peut et il faut supporter l’odeur terrible que dégagent les si nombreux cadavres. L’arrivée du typhon ayant été annoncée deux ou trois jours avant, les plus riches avaient pu évacuer les lieux mais ceux qui restent cherchent de l’eau potable et sont victimes d’épidémies de diarrhées.

 

Si loin de tout ça, il est difficile d’imaginer ce que furent ces jours, cette semaine d’attente pour voir arriver les premiers secours. Depuis, grâce à la solidarité internationale, des tonnes de nourriture, de l’eau, des tentes sont distribuées mais la tâche est immense car 13 millions de personnes ont été touchées. On compte 1,9 millions de déplacés, 2,5 millions de personnes ayant besoin d’urgence de nourriture plus les communautés isolées, sur de petites îles.

 

Au-delà du constat terrible et qui ne cesse d’évoluer, il va falloir enfin prendre vraiment au sérieux cet avertissement abominable que nous donne la nature. Le changement climatique est en marche. Nous ne pouvons que nous associer à ce qu’a déclaré Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations unies : «Il faut agir avant qu'il soit trop tard. La menace d'une augmentation de seulement 2° de la température du globe nous affectera tous. La menace est bien réelle et nous avons tous la responsabilité de l'empêcher. »


Jean-Paul

 

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La Feuille d'Hector après le 9 juin 2013
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