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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 23:01

On a beaucoup entendu dire que les avocats de Jean-Paul n’avaient pas été suffisamment offensifs et n’avaient pas assez creusé dans le passé des accusatrices qui aurait pu expliquer d’éventuelles failles dans leurs dépositions.

 

C’est l’un des mérites d'une affaire récente qui a permis de clarifier un point essentiel : dans la justice américaine, l’enquête du procureur est uniquement à charge et tous les coups sont permis du côté de la défense qui dispose de pouvoirs très larges pour prouver l’innocence de l’accusé. C’est ce que l’on peut appeler le « syndrome des séries américaines ». On connaît souvent mieux la justice d’Outre-Atlantique que celle de notre pays.

 

En France, le juge d'instruction instruit, en théorie, à charge et à décharge et décide ensuite de renvoyer l’affaire devant un tribunal ou non. Les avocats de la défense doivent, en fonction des éléments du dossier essayer de convaincre un jury (en assises) sans pour autant apporter d’éléments « déterminants », sortir des éléments « surprises » que le procureur ne connaîtrait pas et, encore moins, donner l’impression de chercher à « salir » les accusateurs.

 

Pourtant, c’est souvent dans cette direction que l’on est tenté d’aller, surtout dans le cas où c’est « parole contre parole ».

 

Dans l’affaire de Jean-Paul Degache, nous sommes en présence d’une instruction qui a, cela a été confirmé aux procès lors des dépositions des enquêteurs, beaucoup trop privilégié les éléments à charge au détriment de ceux à décharge. L’exemple le plus frappant est celui des experts psychiatres qui ont examiné Jean-Paul Degache : les deux premiers étant trop favorables à l’accusé, le parquet a fini par trouver un expert qui avait déjà pris fait et cause pour l’accusation, il avait déjà vu la principale accusatrice et était persuadé, dans son rapport, qu’elle avait été victime d’abus de la part de son ancien instituteur.

 

Les avocats de la défense ne peuvent hélas pas grand chose dans de telles situations, il est quasiment impossible d’obtenir de nouvelles expertises des accusatrices, seules celles diligentées par le parquet sont donc considérées comme telles. Ainsi, lorsque le Docteur Paul Bensussan présente les conclusions de son analyse de Jean-Paul Degache, il est considéré comme un témoin de la défense et non comme un expert indépendant, on imaginera aisément que l’effet sur un jury n’est pas le même.

 

Toute attaque contre les accusatrices est vouée au même sort : venant de la défense, elle serait forcément ressentie comme du harcèlement d’une victime tandis que l’avocat général, qui représente la société française, peut se permettre tout ce qu’il veut : il n’est pas censé favoriser un côté ou un autre.

Dans une affaire telle que celle de Jean-Paul Degache, tout s’est joué bien avant les procès en assises, critiquer le comportement des avocats ou celui de Jean-Paul est tout à fait inutile : ce procès n’était tout simplement pas gagnable en suivant les standards du procès français de la procédure pénale.

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 23:01

500 jours de prison effectués pour un innocent – Envoyez votre carte postale

 

Jeudi 16 juin prochain, Jean-Paul aura effectué son 500ème jour de détention. Pour de nouveau afficher notre soutien inconditionnel après le refus de la Cour de cassation, nous vous proposons de poster votre courrier le mardi 14 juin. Nous avons pensé qu’à cette occasion, chacun pourrait envoyer une carte postale de son lieu ou de sa région d’habitation.


Recevoir de vos nouvelles est primordial pour Jean-Paul qui est coupé de la vie de tous les jours. Recevoir plus d’une centaine de courriers le même jour, cela peut également montrer au personnel pénitentiaire qu’un innocent a été injustement condamné mais qu’il est toujours soutenu par toute sa famille et ses amis.

 

Alors nous comptons sur vous tous pour envoyer votre carte postale et pour diffuser l’information.

 

On ne lâchera jamais !

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 23:01

Après avoir lu hier l'éditorial de la Feuille d'Hector, nous vous proposons la fin de l'interview d'Annie Duclary, enseignante encadrant l'équipe du journal au sein de la Maison d'arrêt.

 

- Comment se fait le choix des sujets à traiter ? Quelles sont les sources d'information des détenus pour rédiger les articles ?

 

Le choix des sujets se fait en réunion chaque lundi matin selon des rubriques fixes. Il est exclu de parler de la prison, nous avons fait le choix de sortir des murs. J’ai tendance à bannir les faits divers, assez autoritairement j’avoue. Les sources d’information sont la presse quotidienne, les hebdomadaires, les mensuels que j’apporte, des livres (bibliothèque ou achat par mes soins), encyclopédie sur ordinateur, Internet par mon intermédiaire.

 

- Que représente cette participation au journal pour vos élèves détenus ?

 

Elle représente un espace de liberté, d’échanges, un lieu d’autonomie et de responsabilité.

 

- Nous savons qu’il s’agit de votre dernière année avant votre départ à la retraite. Votre relève est-elle d’ores et déjà assurée pour la rentrée de septembre ?

 

Non pas encore. J’espère pouvoir faire le lien avec ceux qui seront nommés en mai, en assurant des heures supplémentaires l’année prochaine.

 

- Pour clore cette interview, avez-vous une remarque à faire sur Jean-Paul, vous qui le voyez quasiment chaque semaine ?

 

Je ne peux pas vraiment répondre à cette question, à cause de ma position. Je peux juste dire que Jean-Paul est un élève sérieux, assidu, très engagé dans le journal et force de proposition.

 

- Merci infiniment pour le temps que vous nous avez consacré, et pour votre engagement auprès des détenus.

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 23:01

Géronimo, ce héros (Éditorial du 27/05/2011) 

 

L’élimination d’Oussama Ben Laden, rondement menée par les forces armées des USA, portait, comme nom de code, celui du chef apache Géronimo. En dehors de ce que chacun peut penser de ce qui s’est passé, ce choix est très choquant parce qu’il brouille l’image d’un des plus grands héros amérindiens en la superposant avec ce qui est arrivé à un homme considéré comme le plus grand ennemi des Etats-Unis.

Remonte alors le souvenir d’une fameuse chanson, du groupe Imago qui, entre 1974 et 1981, faisait le plein partout où il se produisait, mêlant la musique rock, free et country, défendant aussi, bien avant l’heure, l’écologie. Vincent Absil, qui poursuivit ensuite une carrière solo, était associé à Claude Six et Bernard Benguigui, tous les trois guitaristes, flûtistes, chanteurs et compositeurs. Dans cette chanson, « Géronimo », Imago expliquait que tout était fait pour que nos héros, les bons, soient Bill Cody ou Carson ou autres cow-boys célèbres alors que Géronimo était « le maudit ! »

 

Bien longtemps après, il est navrant de constater qu’en Amérique du Nord, rien n’a vraiment changé dans l’esprit des Yankees. Pourtant, celui qui s’est appelé à sa naissance, en 1829, Go Khla Yeh (celui qui bâille), était un enfant Apache Bedonkohe qui a grandi à Nodoyohn Canyon, au Mexique à l’époque, s’appelant maintenant Clifton au Nouveau-Mexique, près de la rivière Gila. Avant de devenir Géronimo, il a été homme-médecine (chaman) puis, en tant que guerrier reconnu et respecté, il influença les Apaches Chiricahuas à partir de 1846. Sa mère, sa femme et ses trois enfants ayant été massacrés par l’armée mexicaine, il se lança dans des raids de représailles en territoire mexicain. C’est le 30 septembre 1859, jour de la Saint-Jérôme, qu’il prit son fameux patronyme lorsqu’il vengea sa famille face aux mexicains qui imploraient…Saint-Jérôme !

 

Poursuivant la lutte sans merci de son peuple sans cesse persécuté, poursuivi, spolié de ses terres par les Etats-Unis, Géronimo fut arrêté, libéré, s’enfuit de la réserve où on l’obligeait à résider. Puis, de concession en concession, il se convertit au christianisme pour finir sa vie à Fort Sill, en Oklahoma, en 1909. Auparavant, il participa quand même à la parade d’inauguration de Théodore Roosevelt, en 1905. Depuis, son arrière-petit-fils, mène le combat pour la réhabilitation complète de Géronimo mais, après ce qui vient de se passer, nous sommes convaincus qu’il lui reste encore beaucoup à faire.

 

Les chiffres de la semaine

 

70%, c’est le taux moyen de remplissage des TGV.

 

26 prix différents peuvent être pratiqués par Air France pour un même vol (20 en classe éco et 6 en classe affaires).

 

66,8 millions d’entrées au cinéma ont été enregistrées en France entre le 1er janvier et le 30 avril 2011.

 

904 salles de cinéma, en France, sont équipées d’un écran numérique.

 

Jean-Paul

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:01

Nous vous avions proposé pendant les dernières vacances scolaires des chroniques de livres portant sur le Mexique. Rappelons que ces ouvrages viennent d'être récemment acquis par la bibliothèque de la Maison d'arrêt. C'est ainsi que Jean-Paul s'est porté volontaire pour donner envie aux autres détenus de les lire mais également à nous tous.

 

1492, Les Aventures de Juan Cabezón de Castille

par Homero Aridjis

Seuil, 1990, 367pages.

 

Quel livre extraordinaire ! C’est un écrivain mexicain, Homero Aridjis, né dans le Michoacan, en 1940, qui a écrit cette fresque mêlant au plus près vie quotidienne et actualité politique dans l’Espagne des Rois catholiques, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. En pleine Reconquista, ce sont les Juifs qui sont la cible de toutes les persécutions, les Maures n’étant pas ménagés non plus.

Cette plongée dans ce XVème siècle de toutes les horreurs mais aussi des grandes découvertes ne peut pas laisser insensible. Immanquablement, le parallèle sera fait avec la Shoah. Le lecteur ne pourra que faire un terrible constat : les nazis n’ont rien inventé. Bien avant eux, les Juifs ont été persécutés, obligés de porter un signe distinctif (décision du Conseil municipal de Madrid, le 22 janvier 1491), réduits dans des quartiers réservés puis exterminés. Au passage, leurs biens, cible de toutes les convoitises, étaient récupérés.

Juan Cabezón, est né à Madrid. Ses parents, Juifs convertis, avaient fui Séville et de terribles inondations. Le récit est à la fois romanesque et constellé de références, de repères historiques. La mort rôde partout. La violence, le plus souvent menée par les responsables religieux et politiques, règne. Le sang coule à flot.

Luxure et truculence jalonnent aussi le récit comme les descriptions flamboyantes avec profusion de détails. Notre héros parcourt l’Espagne et rencontre même un certain Cristobal Colón, dans une taverne, à Tolède où le fameux Gênois tentait de rencontrer les Rois catholiques pour leur parler de son projet…

Le 31 mars 1492, ces mêmes rois décident d’expulser tous les Juifs d’Espagne alors que, depuis des années, l’Inquisition assure son œuvre de torture et de mort. Partout, des centaines d’honnêtes gens sont dénoncés, arrêtés, torturés et, la plupart du temps brûlés vifs (autodafés) pour la plus grande joie de la populace qui ne veut pas manquer une occasion de se distraire…

Jusqu’au bout, Homero Aridjis s’attache aux pas de Juan Cabezón qui recherche partout sa femme, Isábel de la Vega, et son fils. En appendice, l’auteur nous livre même le texte intégral du procès d’Isábel de la Vega et de son frère, Gonzalo, procès tenu par la Sainte Inquisition, à Ciudad Real, en l’absence des deux accusés.

C’est dans cette Espagne violente et intolérante que se trouvent les racines de la colonisation des terres que va découvrir Cristobal Colón. Ceux qui suivront n’hésiteront pas à asservir et massacrer les indigènes pour s’approprier leurs richesses…un éternel recommencement…

 

Jean-Paul

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 23:01

Le rejet de mon pourvoi en cassation ne m’étonne pas vraiment.

 

Quand j’ai pris connaissance du dossier déposé par le cabinet d’avocats spécialisé et agréé par la Cour de cassation, j’ai compris qu’il faudrait un miracle pour que le procès de Nîmes soit cassé. Ce miracle n’a pas eu lieu parce que cette instance n’a pas examiné le fond du dossier mais juste le fait que la Présidente de la cour d’assises n’avait pas expliqué pourquoi j’étais condamné, se contentant d’annoncer juste ce verdict prononcé sans la moindre preuve et, bien sûr, comme c’est le cas en France, sans que personne ne justifie le pourquoi de cette décision de culpabilité.

 

Pour être complet, il faut dire que, dès l’ouverture du procès en appel, lorsque cette même Présidente a relu toutes les conclusions du premier verdict, cette liste interminable de questions auxquelles la réponse était « oui », j’avais craqué parce que j’estimais que c’était une insupportable torture morale. Je pense que, si elle ne l’a pas renouvelé, le 26 mars 2010, c’était peut-être pour abréger ces moments très pénibles pour tout le monde mais surtout pour moi et ma famille. Je m’abstiendrai d’évoquer de moins nobles motivations.

 

Si j’ai signé ce pourvoi en cassation dans le délai très bref de cinq jours, c’est parce que c’était la dernière possibilité qui me restait pour hurler mon INNOCENCE, pour affirmer encore et encore que je n’avais pas eu droit à une instruction ni à un procès équitables. La preuve la plus évidente est le refus obstiné de la Présidente de visionner la vidéo de l’école et de ce que fut ma classe, un document agréé par un expert auprès des tribunaux, pendant les débats, pendant qu’il était encore possible de poser des questions, de rechercher la vérité.

 

Le même refus a concerné mon bureau que nous demandions à produire dès le premier jour parce que nous entendions n’importe quoi à son sujet, certains témoins à charge le décrivant comme un « véritable monument » !

 

En dernier recours, Maître Vesson, un de mes deux avocats, a produit ces preuves irréfutables de l’impossibilité de commettre ce qui m’est reproché au cours de sa plaidoirie finale mais tout était bouclé. Il était trop tard car le débat était clos et mon sort était déjà plié. Il suffit de se souvenir de la brièveté relative de la délibération.

 

Enfin, pour ma santé morale et mentale, physique aussi sûrement, il est heureux que je ne me sois pas bercé d’illusions durant ces quatorze mois qui viennent de s’écouler. J’avais dit et écrit que je n’attendais rien de la cassation et que l’éventualité d’un troisième procès ne me laissait espérer rien de bon tant que la principale accusatrice ne reconnaîtrait pas, enfin, qu’elle a menti…

 

Jean-Paul

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 23:01

Nous retrouvons la suite de l'interview d'Annie Duclary qui revient sur les différentes publications de la Maison d'arrêt de Villeneuve-lès Maguelone et sur son rôle d'intervenant.

 

- A combien d’exemplaires l'hebdomadaire et les hors-série sont-ils tirés et comment sont-ils financés ?

 

L’hebdomadaire est tiré à 700 exemplaires. Le magasine est tiré à 100-150exemplaires. Les financements sont multiples : subventions de la région Languedoc-Roussillon, de la ville de Montpellier, du département Hérault, de l’association la Muscade, du S.P.I.P. et de l’administration pénitentiaire.

 

- Comment La feuille d'Hector est-elle perçue à l’intérieur de la prison ?

 

Elle est perçue plutôt positivement par l’ensemble des institutionnels. Quant aux personnes détenues, elles sont essentiellement intéressées par la page info prison, le programme télé mais le reste du journal est lu par tous les bons lecteurs… qui ne sont pas majoritaires en prison.

 

- Le journal compte-t-il des lecteurs, réguliers ou occasionnels, à l’extérieur de la prison ? Qui sont ces lecteurs, et que pensent-ils de la feuille d'Hector ?

 

Pas mal de lecteurs à l’extérieur, environ une cinquantaine : d’anciens rédacteurs du journal pour qui il est essentiel de recevoir le journal, des associations qui le mettent à disposition de leur public, des institutionnels qui, en général, ne réagissent (assez rarement heureusement) que lorsque c’est négatif.

 

- Comment constituez-vous votre équipe rédactionnelle ? Combien de personnes en moyenne participent au journal ?

 

10 à 12 personnes constituent l’équipe rédactionnelle. Je reçois tous ceux qui se portent candidats. Il suffit d’avoir un petit niveau en français mais ce qui constitue l’essentiel des critères de choix est la capacité à être autonome.

 

- Pouvez-vous travailler sur la durée ?

 

Oui, je peux travailler sur la durée. Je suis en quelque sorte la mémoire du journal et je fais ainsi le lien avec les nouveaux arrivants. Mon ancrage dans l’institution me permet de trouver des solutions face aux problèmes qui surgissent.

 

A suivre...

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 23:01

Bonjour Annie Duclary,


Les lecteurs du blog de soutien à Jean-Paul Degache ne connaissent pas votre nom et pourtant ils lisent chaque week-end un ou plusieurs articles rédigés par Jean-Paul dans le cadre de la classe atelier journal que vous encadrez au centre de détention de Villeneuve-lès-Maguelone.


Nous vous remercions d’avoir accepté de répondre à nos questions.


- Notre première question porte sur votre métier au sein du ou des centres de détention.

En quoi consiste votre travail auprès des détenus, depuis combien de temps l’exercez-vous et quelles sont vos motivations ?


Je travaille à la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone depuis six ans en tant qu’enseignante de l’Education Nationale (professeur des écoles spécialisé). Il s’agit donc d’enseignement allant du Français Lettres Etrangères, en passant par la lutte contre l’illettrisme, la passation de diplômes tels que le CFG, le Brevet des collèges, le DAEU et, par correspondance (CNED) des diplômes universitaires (et dans ce cas, je suis le tuteur des étudiants concernés). Ces dernières années, j’ai assuré tous ces niveaux, mais depuis trois ans, je prends essentiellement en charge une classe atelier journal : un hebdomadaire distribué aux 650 personnes détenues ainsi qu’un magazine publié tous les 2-3 mois. J’ai toujours été passionnée par la question de l’enfermement étant lectrice de Michel Foucault et de biens d’autres dans les années 1970 qui réfléchissaient philosophiquement et politiquement à cette question. Je crois qu’au fond ma motivation est sociale, politique et humaine bien sûr au sens de « qu’est-il encore possible de construire d’humain au sein d’un monde inhumain ? »

 

- Quel est l'historique du nom du journal, La feuille d'Hector, qui paraît chaque semaine ?

 

La feuille d’Hector a été créée par le responsable précédent du centre scolaire, parti à la retraite. Mais sa création a été le fruit d’une réflexion pluridisciplinaire (psy, universitaires, enseignants) pour élaborer des outils spécifiques pédagogiques en milieu carcéral. Quant au nom du journal, c’est pour souligner le fait qu’on peut parfois être plus forts en sortant des murs. Hector sortant de la cité pour combattre.

 

A suivre...

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 23:01

Ce mardi, nous souhaitions revenir sur une chronique judiciaire réalisée le vendredi 13 mai sur France Inter concernant un point central de l'affaire Degache : "la parole de l'enfant". Merci au lecteur qui nous a transmis le lien.

 

"10 ans après le fiasco de l'enquête sur le drame d'Outreau, la question de la parole de l'enfant ne semble toujours pas réglée pour la Justice...


Oui, quand un enfant accuse ou quand il se rétracte, la justice semble soudain plongée dans un profond désarroi. Faut-il le croire ou pas ? Le croire totalement ou partiellement ? Peut-on douter ? Comment savoir ?

 

Et, à la décharge des magistrats qui parfois se trompent, les cas qui leur sont soumis sont d'une complexité vertigineuse1.

Cette semaine, le jeune Gabriel a écrit au procureur de Grasse pour lui dire que tout était faux. Que son grand père ne l'a jamais violé. Pourtant, Gabriel avait auparavant, et depuis plus de 10 ans, systématiquement raconté les mêmes souvenirs d'enfant abusé, d'ailleurs, des médecins avaient relevé des cicatrices indicatives de sévices sexuels, et ils avaient conclu à la crédibilité de sa parole. Jusqu'au procès il y a 3 mois, Christian, lui, avait toujours crié son innocence : "je suis incapable de toucher un gosse, je suis même incapable de l'imaginer"2 avait il dit aux jurés. Il avait été condamné à 9 années de prison. Cette semaine donc, Gabriel a dit que son grand-père n'avait rien fait, qu'il avait été violé mais qu'il ne se souvenait plus par qui. Et maintenant, qui faut-il croire ? Et quand doit on croire Gabriel ? Dans ses accusations invariables ou dans ses rétractations subites ? Est-ce que la vérité s'est enfin imposée à lui, comme il l’a écrit aujourd’hui, ou se retrouve-t-il soudainement submergé par le remords d'avoir envoyé son grand père en prison ?


- Qui va répondre à toutes ces questions maintenant ?

Et bien toujours la même institution : la justice, avec les mêmes moyens, c'est à dire de nouvelles expertises médicales et psychologiques. Et la Cour de Révision dira dans quelques années s'il faut innocenter le grand père ou s'il faut s’en tenir à ce qui a déjà été jugé.


- Que fait la Cour de Révision en pareil cas ?

Alors, il n'y a pas de jurisprudence. Il y a 5 ans, Virginie Madeira a ainsi voulu innocenter son père qu'elle avait accusé d'inceste et qu'elle avait fait condamner à 12 années de réclusion. Elle a même écrit un livre, "j'ai menti", elle a écrit qu'elle avait dénoncé son père parce qu'elle était en colère, puis qu'on l'avait enfermée dans la spirale du mensonge. Tout le monde, les enseignants, les enquêteurs, les médecins, les experts, tout le monde l'avait crue d'emblée parce qu'une enfant, ça ne fait pas de mensonges aussi gros. Virginie va finalement demander qu'on innocente son père mais la cour de révision dira NON. Elle expliquera en substance que des rétractations ne lui suffisent pas, qu'il lui faut des preuves de l'innocence du père.


- En revanche, la Cour de révision va avoir une analyse inverse dans un autre dossier ?

Oui, c'est pourtant un dossier similaire. Une fillette violée. Son agresseur condamné à 16 ans de réclusion. Et au bout de 9 ans, la victime reconnait son mensonge. Dans cette affaire, il n'y a pas de preuve non plus, rien que des rétractations, mais les magistrats de la même Cour vont pourtant accorder la révision. 2 poids, 2 mesures, preuve supplémentaire du malaise persistant de la justice avec la parole de l'enfant."

 

Jean-Philippe Deniau

1 L'affaire Degache est un parfait exemple. (Cf chronologie des faits)

2 Jean-Paul crie son innocence depuis le début des accusations.

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 23:01

Nous débutons cette semaine par un témoignage extrêment fort. Il s'agit d'une lettre, reçue il y a un peu plus d'un mois, d'une de ses anciennes élèves qui fut amenée à témoigner lors des deux procès.

 

Lettre du 4 mars 2011

Cher Jean-Paul, cher instit,

 

J’ai si honte de ne t’écrire que maintenant… Je m’en excuse mais, comme on dit : « Mieux vaut tard que jamais. » J’ai beaucoup pensé à toi et je pense encore souvent à toi et à ta famille. Je ne sais pas trop quoi t’écrire…Ce qui t’arrive est si injuste ! J’espère que tu tiens le coup, toi et ta famille. Il le faut !

C’est si dur pour moi de t’écrire à toi, mon instituteur, mon instituteur avec qui j’ai tellement de bons souvenirs, un instituteur excellent, un instit génial…C’est si dur de t’envoyer cette lettre en prison.

Je crois bien…c’est même certain…les deux procès, tes procès m’ont à jamais traumatisée et, je crois, que c’est pour ça que je ne t’ai jamais écrit plus tôt.

Témoigner à la barre, face à des hommes de loi et à des jurés, je m’en souviendrai toute ma vie mais ce dont je me rappellerai toujours, ce sont les verdicts…injustes…incompréhensibles…les réactions de tes proches, ta femme et tes enfants invincibles face à la fatale décision de cette « justice française » qui se dit juste et la dernière image de toi « instit génial » (ne l’oublie jamais) s’effondrant !

La vie est parfois dégueulasse et si dure ! En fait, ton histoire résume bien l’Homme. L’Homme est mauvais en soi, il détruit tellement de choses autour de lui. Je ne comprends toujours pas ces filles, ces femmes aujourd’hui ! M… qui l’aurait cru ?...

Jean-Paul, je veux que tu saches que je n’ai jamais douté ! Tu es innocent ! Et, pour moi, tu restes l’instit de mes souvenirs…Un instit super ! Qui savait être sévère quand il le fallait et qui savait être attentionné quand il le fallait… Tu nous as tellement fait faire de choses : sport, théâtre, chanson, poésie, sorties…Tu avais des idées plein la tête !

Je pense à toi à chaque fois que la pub du PMU passe à la télé…Je t’explique : on est dans un stade de foot et les footballeurs chantent : « Il s’appelait Stewball…C’était un cheval blanc…Il était mon idole…Et moi j’avais dix ans… » Je pense à toi. J’aime beaucoup aussi : « Les copains d’abord » ou encore « Chante, la vie chante…Comme si tu devais mourir demain… » Je te revois faire le chef d’orchestre !!!

Par contre, j’aimais moins quand tu me disais d’arrêter de papoter !!!

Je me souviens de la sortie en Ardèche où on a essayé de faire du feu comme les hommes de Cro-Magnon. Je me souviens des diapositives que tu faisais défiler pour les cours d’histoire. J’entends encore le bruit de la machine à diapos.

Je me rappelle aussi du Pradet avec le voyage en train et la voile. Je veux que tu te souviennes aussi de tout ça. Je ne veux pas que ces accusations salissent tes souvenirs…Les miens sont intacts. Tu étais un super instit.

Je me souviens du calcul mental avec les ardoises et les dictées que je n’aimais guère. Tu nous as tellement appris !

Et pour tout ça, je voulais te dire merci, cher instit ! C’est en partie grâce à toi que je suis ce que je suis aujourd’hui.

Il faut que tu sois fort, Jean-Paul, pour ta liberté, pour tes proches. Il faut continuer de vivre malgré tout.

Je sais que tu as demandé la cassation de ton procès. Sache que je suis, moi et toute ma famille…nous sommes derrière toi et je serai toujours présente pour un nouveau témoignage en procès1.

Sois fort. Sois libre dans ta tête.

Je t’embrasse et à très vite. Je pense à toi et à ta famille. Sois fort. Ne jamais lâcher.

Claudie

 

1 La lettre a été rédigée avant le résultat négatif de la Cour de cassation.

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