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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 11:11

Mourir pour Saragosse par Michel Peyramaure, Éditions Calmann-Lévy, 2012, 288 p.

 

Romancer l’histoire est bien le meilleur moyen de rendre accessible au lecteur une période du passé parfois bien aride à décortiquer et à comprendre.

 

peyramaure-michel-mourir-pour-saragosse.jpgDans Mourir pour Saragosse, Michel Peyramaure, auteur très prolifique, nous ramène ici deux bons siècles en arrière, en se basant en Périgord, « à une journée de cheval de Périgueux », chez le baron Antoine-Joseph de Barsac dont la femme, Héloïse, vient de mourir. Commence alors un retour en arrière qui va permettre de partager la vie d’un homme qui vient d’achever ses universités et qui doit travailler dans l’étude d’un notaire. Poussé à s’engager dans la Garde nationale, il refuse mais doit finalement s’y résoudre, la Patrie étant en danger. Alors qu’il aurait pu émigrer à Londres, comme son voisin le baron de Beauregard le lui suggère, le voilà, en1792, membre du 9ème régiment de Dragons où il côtoie Joachim Murat.

 

C’est lorsqu’il revient à Barsac, en permission, qu’il apprend qu’Héloïse, hélas s’est fiancée à un autre. Au fil des pages, nous suivons notre homme à Valmy, en Allemagne, à Fleurus où il est blessé puis à Amsterdam et enfin à Paris où il retrouve François Fournier, un compatriote. Celui-ci rentre d’Italie où il a combattu sous les ordres d’un certain Bonaparte. Les champs de bataille se succèdent en Autriche, à Austerlitz puis avec Murat, en Espagne.

 

Napoléon ayant arraché l’abdication du roi Charles et de Ferdinand, son fils, il place son frère, Joseph, sur le trône espagnol. Le peuple se révolte et l’armée de Murat se livre à une horrible répression. Voici enfin Saragosse et un premier siège, « une boucherie ».

 

En 1808, Antoine-Joseph participe au siège de Madrid où il rencontre la comtesse Carla, une veuve jolie et fière. Là-bas, l’hiver est très dur. Puis, Napoléon quitte l’Espagne pendant que son armée retourne assiéger Saragosse. Si le livre ne se consacre pas exclusivement au siège de cette ville insoumise, une bonne partie de l’histoire permet de prendre conscience de toutes les horreurs, de toutes les souffrances qu’une armée d’occupation peut imposer à une population refusant de passer sous ses fourches caudines.

 

Les épidémies, la faim et les armes sèment la mort et la désolation. Lorsque Saragosse capitule, on déplore 6 000 morts dans cette ville contre plusieurs centaines parmi les membres de l’armée d’un empereur qui se désintéresse alors de ce pays, ne pensant qu’à la guerre contre l’Autriche.

 

Après Saragosse, Antoine-Joseph de Barsac part pour l’Allemagne où les troupes impériales pillent, violent, incendient… De succès en succès, Napoléon va jusqu’à Vienne. Les batailles se succèdent comme celle de Wagram que l’on présente comme une grande victoire et qui fut une monstrueuse hécatombe.

 

L’aventure de notre héros se termine brutalement, ce qui l’oblige à rentrer au pays où il retrouve Héloïse. Michel Peyramaure œuvre une fois de plus pour dépoussiérer l’Histoire. La lecture de Mourir pour Saragosse donne l’occasion de comprendre d’un peu plus près tout ce qui nous a été trop souvent présenté d’une façon édulcorée, bien trop enjolivée pour être réelle.

Bonne lecture !

Jean-Paul

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 17:46

« C’est pas l’homme qui prend la mer… » (Éditorial du vendredi 15/02/2012)

 

Les derniers concurrents du Vendée Globe terminant leur fabuleux tour du monde en solitaire et sans assistance, c’est l’occasion de penser à tous ces autres marins dont naviguer est le métier.

 

Dans le port autonome de Marseille – mais cela se produit hélas dans d’autres ports comme à Sète ces derniers mois – plusieurs bateaux sont bloqués, abandonnés par leur armateur ou à cause d’autres problèmes. Le Penafiel, cargo de 90 m, est, par exemple, immobilisé dans la cité phocéenne, depuis le 29 août 2012 avec ses sept membres d’équipage toujours à bord. M. Naveiro, armateur portugais, étant ruiné, il doit plusieurs dizaines de milliers d’euros au port pour régler un stationnement qui revient à environ 900 € par jour, plus les frais de carburant nécessaire à l’entretien du navire…

 

Ils sont russes, portugais ou capverdiens mais, après sept mois sans salaire, viennent d’être payés pour cinq mois seulement et ne quitteront pas Marseille tant qu’ils n’auront pas touché leur paie complète. C’est l’Association marseillaise d’accueil des marins (Amam) qui vient au secours de ces marins abandonnés. Pour se nourrir, nos sept matelots ont récupéré de la nourriture à bord de deux paquebots de croisière, le Princesse Danae et l’Athéna, abandonnés par un autre armateur, australien celui-là, encore moins sérieux.

 

Chaque fois, le même scénario se déroule : armateur en faillite, navire saisi par les créanciers et marins laissés en plan… Depuis que Princesse Danae et Athéna ont donc été saisis, les 420 marins ont finalement pu être payés et sont rentrés chez eux. Pas loin du Penafiel, les deux bateaux attendent, le long de la digue du large.

 

Comme en Europe on s’occupe des marins abandonnés, ces navires dont les propriétaires sont proches de la faillite ont tendance à rechercher les quais des ports européens.

 

Si le Penafiel est prêt à naviguer, il n’en est pas de même pour l’Atlantic Star, un paquebot de 240 m, qui n’a plus bougé de Marseille depuis le 6 août 2009. N’ayant plus de contrat, l’armateur l’a immobilisé et mis en vente mais le rafiot étant trop vieux, il ne trouvera pas de repreneur. Par contre ses marins sont toujours payés.

             

Comme le chantait Renaud, « c’est la mer qui prend l’homme… » Aussi, de plus en plus nombreux sont les bateaux sur les mers et les océans du globe. Ceci demanderait davantage de surveillance pour limiter les actes de piraterie qui se multiplient. Pourquoi ne pas imaginer une traçabilité de tout ce qui navigue comme cela se fait dans l’espace aérien ? Il faudra sûrement y venir mais, qu’on se rassure, les Gabard, Le Cléac’h, Thomson, Dick, Le Cam, etc…sans oublier le marin languedocien Kito De Pavant, encore malheureux cette année, tous ces fameux navigateurs d’aujourd’hui feront encore rêver.

Jean-Paul

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 12:49

Les Lisières par Olivier Adam, Éditions Flammarion, 2012, 454 pages.


9782081283749.jpgVivre aux lisières de la société, de soi-même et de sa famille, ce n’est pas facile. C’est ce que démontre Olivier Adam tout au long de ce livre branché aussi sur l’actualité immédiate, l’évolution politique du moment et ce tsunami, au Japon, pays qui le fait rêver et l’attire.

 

Ce Paul Steiner, ressemblant beaucoup à l’auteur lui-même, nous fait partager sa vie de père de famille vivant seul, maintenant que Sarah a décidé de se séparer de lui. Il ne voit plus ses enfants qu’un week-end sur deux et il souffre : « J’avais le sentiment d’avoir été expulsé de moi-même. » Lui qui avait fui Paris pour vivre en Bretagne où il espérait que le vent et la mer nettoient tous ses tourments, tente un retour vers son enfance alors qu’écrivain en panne d’inspiration, il n’arrive plus à écrire.

 

Il revoit la disparition de sa grand-mère alors qu’il n’avait que dix ans, les séjours familiaux dans les Alpes, sur les routes du Tour de France où, dans les plus grands cols, il a vu évoluer de grands champions comme Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Bernard Hinault. Un jour, il a été surpris par son frère, au bord du précipice alors qu’il éprouvait l’envie de mourir.

 

Le voilà maintenant en banlieue parisienne, cette banlieue qu’il va nous faire visiter tout en croisant d’anciennes connaissances. Hélas, sa mère est hospitalisée et semble perdue, le confondant avec son frère. Sa célébrité médiatique, certains l’ont vu à la télévision dans  « une émission sur les bouquins, sur la Cinq », le dessert parfois. Ce roman foisonne de rencontres souvent décevantes parce qu’il se sent maintenant étranger parmi ceux qui l’ont vu grandir. Rien ne semble le satisfaire. Les relations avec son père, bourru, hargneux, tenté de « voter pour la Blonde », ne s’améliorent pas, au contraire. Pourtant, Paul fait des efforts mais c’est à contretemps et rien ne se passe comme il aurait pu l’espérer. « Une maladie » le ronge. Il ne cesse de la repousser. Son amour pour Sarah, la naissance de leurs enfants et la vie en Bretagne l’y ont aidé mais Sarah a tout cassé.

 

Voilà qu’il retrouve Sophie, un amour de jeunesse, dans sa maison bien rangée, dans sa vie monotone… Au lieu de le satisfaire, cet amour enfin consommé lui fait dire : « Je me suis méprisé pour ça, d’être devenu ce sale con méprisant, arrogant, capable de la (Sophie) plaindre sans rien savoir de sa vie, ne se fiant qu’aux apparences, au vernis, à la surface. »

 

Au hasard de photos retrouvées, remonte à la surface un secret de famille qu’il ignorait et le voilà tourmenté jusqu’au bout. L’inspiration qu’il a puisée dans ses souvenirs, pour ses livres, l’a fait parler d’anciens camarades de lycée et de sa famille. Cela le gêne beaucoup maintenant d’autant qu’on lui en fait le reproche parfois. Toujours aux lisières de la vie, éternel insatisfait, fou de jalousie à l’égard d’un potentiel rival, ce qui va donner quelques passages animés et assez savoureux, notre homme ne se sent bien que sur une île évoquée tout au long du livre. Là-bas, il espère avoir trouvé enfin calme et sérénité.

Bonne lecture !

Jean-Paul

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 00:01

Nous vous proposons en ce début de semaine des extraits d'un courrier écrit par un ancien collègue de travail de Jean-Paul, Michel, qui nous a tout de suite donné son accord afin de les publier. Merci à lui car son témoignage est riche pour de multiples raisons...

 

Courrier du 30 janvier 2013

 

Cher Jean-Paul,

Traumatisé (vraiment) par les évènements de Pojot et Étables, je suis resté sidéré (vraiment) lors de l’annonce de ton arrestation. Et, crois-moi, convaincu de ton innocence mais dans l’expectative (de quoi ? je ne sais pas), j’attendais un dénouement proche et favorable bien entendu. L’enthousiasme et la ferveur des participants aux assemblées de Sarras me donnaient la conviction que cette situation ne pouvait durer. De même la multitude des témoignages en ta faveur me disaient que ta libération ne pouvait tarder. Les 1 000 jours m’ont marqué en ce sens, que j’assistais sans réagir à la privation de liberté d’un collègue que je connais depuis si longtemps. (Je me souviens encore de ta réussite au CAP où, un peu imbibé tu nous avais chanté… et en plusieurs langues dont le japonais !  Zut le titre m’échappe, tu t’en souviens ?). Mais ensuite grâce à l’USEP dont tu t’occupais avec un militantisme admirable, que de rencontres ! La plus belle, la plus extraordinaire étant cette Vel’USEP qui nous a fait traverser l’Ardèche avec nos élèves et de nombreux parents accompagnateurs qui en gardent un formidable souvenir.

 

Et puis je n’ai pas pu assister à la dernière assemblée de Sarras et là, je me suis senti coupable et perturbé par mon attitude. Je ne pouvais sans régir, assister à la détresse d’un collègue que j’avais côtoyé sans ne jamais rien remarquer qui puisse me faire douter, sans ne jamais rien entendre sur son sujet, et pourtant dans une période où, suite à différentes affaires, les langues se déliaient vite, trop vite parfois et où il était impossible de passer à travers - et, où il était donc possible d’être accusé du jour au lendemain. Mais, sur toi rien, jamais rien. Je n’ai jamais eu que les témoignages de ton implication remarquable dans ton métier, tes activités périscolaires, associatives ou citoyennes.

 

Dans nos villages où les agissements des « instits » sont toujours archi commentés, même d’un village à l’autre (dans les familles, sur les lieux de travail), jamais rien n’est parvenu jusqu’à moi.

Comment la justice a-t-elle pu ne pas en tenir compte ?

Je viens de lire le livre de Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t’appelle où il met en lumière le fait que notre mémoire n’est jamais fiable, qu’elle est toujours une interprétation de la réalité. Il le met en évidence avec son propre cas, en ayant confronté ses souvenirs d’enfant avec la réalité des faits rapportés par des documentaires de l’époque.

 

Sans vouloir nier la sincérité des anciennes élèves, mais en tenant compte de cette non-fiabilité de la mémoire, comment la justice a-t-elle pu prendre en compte, sans hésiter, ces témoignages ?

Malheureusement, d’autres procès nous montrent que c’est possible, et que le seul moyen de montrer son innocence, c’est malgré l’immense difficulté (inimaginable pour qui ne l’a pas vécu), c’est de rester « JUSTE ». Tu as su le faire jusqu’à présent, tous ceux qui t’entourent le font jour après jour. (Et j’admire les collègues qui t’apportent un soutien sans faille).

Je ne vais pas te souhaiter une bonne année, mais je vais formuler le vœu que mon soutien, ajouté à tous ceux qui t’apportent le leur, puisse enfin faire que l’on te rende justice.

C’est une terrible épreuve que tu vis là (pourquoi ?) ; tu en sortiras blessé, meurtri bien sûr, mais plus fort.

Avec toute mon amitié.

Michel

Et un 2ème bravo pour tes multiples articles publiés sur ton blog !

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 16:56

Pas rentables (Éditorial du vendredi 8/02/2013)

 

Les amateurs n’ont pas manqué d’être surpris en constatant toutes ces tribunes vides ou bien peu garnies lors des premiers matchs de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui a débuté au mois de janvier, en Afrique du Sud.

 

Se pose alors la question de l’utilisation de ces grands ensembles voués au sport et au spectacle et construits pour la Coupe du Monde 2010. Dans cet immense pays où la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté avec moins de 50 € par mois, il est facile de comprendre les difficultés rencontrées par les gens pour acquérir des places au stade.

 

L’exemple le plus surprenant vient du Cap qui a refusé d’accueillir le moindre match parce que cela lui aurait coûté 5,2 millions d’euros. Là-bas, on n’a pas oublié que ce bel écrin est revenu à 440 millions d’euros dont 60 à la charge de la ville et que son entretien, en 2012, s’est monté à 3,4 millions d’euros. À Polokwane, dans le nord du pays, ce même entretien demande une dépense de 2 millions d’euros chaque année et c’est ainsi pour chaque infrastructure sportive. Dans le stade de Mpuwalanga (ex-Nelspruit), près du Mozambique, où quatre matchs de la Coupe du monde avaient été joués, 45 rencontres de foot ou de rugby se sont disputées depuis avec 15 000 spectateurs de moyenne pour 45 000 places.

 

Finalement, le seul grand stade rentable est Soccer City à Johannesburg, avec ses 90 000 places. S’y sont déroulés deux matchs de poule avant d’abriter la finale de la CAN mais aussi un concert des Red Hot Chili Peppers. Tout au long de l’année, ce stade accueille les matchs des Springbocks, l’équipe de rugby d’Afrique du Sud, et différentes finales nationales mais aussi des séminaires.

 

Revenons au Cap et à Durban où les grands clubs de rugby (Sharks, Western Province) n’ont pas été consultés avant la mise en place de ces nouvelles infrastructures sportives et refusent de déménager. Malgré tout, l’enceinte Moses-Mabhida de Durban coûte deux millions d’euros par an mais elle a un bon impact économique sur la région pour les commerçants, les jours de rencontres et de concerts. De plus, au bord de l’Océan Indien, la construction de Moses-Mabhida avait permis la réhabilitation du front de mer et l’élimination de l’insécurité.

 

Enfin, même si c’est désagréable, il faut rappeler Knysna et la visite d’une demi-heure, par les bleus, au township de Dam Se Bos. Nos représentants avaient promis, ce jour-là, de financer la réfection du terrain avec installation d’une pelouse synthétique là où, chaque semaine, jouent huit équipes. Tous les financements n’étaient pas trouvés mais la Fédération Française de Football (FFF) devait verser 100 000 € en deux fois, pour un coût total de 500 000 €, la ville, l’État et le privé devant compléter. En septembre 2010, la FFF a versé 50 000 €, somme qui a permis de rénover sanitaires et vestiaires. La suite du projet ayant été abandonnée, le solde ne sera pas versé mais le gouvernement français a envoyé trois entraîneurs qui ont formé trente cadres locaux pour un coût total de 200 000 €.

 

Une note positive en entraînant une autre, nous conclurons en soulignant que l’impact d’une belle enceinte sportive, dans tous les pays, ne se mesure pas qu’en rentabilité. Cela peut être source de fierté pour la population et permettre d’organiser de grandes célébrations ou manifestations culturelles…

Jean-Paul

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 08:15

Le sermon sur la chute de Rome par Jérôme Ferrari  Éditions Actes Sud, 2012, 208 pages

 

le-sermon-sur-la-chute-de-rome-jerome-ferrari-9782330012595.gif« Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt… Dans sa vieillesse, l’homme est donc rempli de misères, et le monde dans sa vieillesse est aussi rempli de calamités. »Saint-Augustin écrivait cela en l’an 410… Jérôme Ferrari, ce professeur de philosophie qui enseigne aujourd’hui au lycée français d’Abou Dabi, note cet extrait du sermon de ce grand homme avant de nous présenter d’abord Marcel Antonetti observant une photo de sa famille prise en 1918, dans la cour de l’école de son village. Il est là, avec sa mère et ses cinq frères et sœurs, pendant que son père est prisonnier en Allemagne dont il ne rentrera qu’en février 1919. Marcel revoit son enfance, ses maladies, l’école qu’il adore et son frère Jean-Baptiste, parti sur les océans. Avec de longues phrases, sans paragraphe, l’auteur emmène le lecteur au rythme de son style fluide et prenant.

 

Dans ce village de moyenne montagne, pas très loin de Propriano, comme celui dont est originaire Jérôme Ferrari, le bar n’a pas ouvert ce matin-là. La gérante est partie au milieu de la nuit et la propriétaire décide de le mettre en gérance. Libero, fils d’immigrés sardes, a grandi ici et rêve du continent. Mathieu, petit-fils de marcel Antonetti, est né à Paris mais rêve de revenir en Corse. Ils ont fait tous les deux des études de philosophie et ont partagé ensemble toutes leurs vacances.ils décident de tout plaquer pour diriger ce bar où ils espèrent créer un monde idéal.

 

Rapidement, ils mettent tout en place, grâce à Marcel qui accepte de payer les deux premières années de gérance. Annie, serveuse expérimentée, fidélise la clientèle masculine et quatre étudiantes en vacances sont recrutées pour le service. Un bachelier tout frais émoulu de terminale se charge de l’animation musicale, à la guitare, et Annie sait bien le récompenser… Malgré l’arrivée brutale de l’hiver, le bar poursuit son activité et ne désemplit pas. Hélas, Mathieu boit de plus en plus et passe ses nuits avec les serveuses. Sa sœur, Aurélie, voit juste lorsqu’elle revient du chantier de fouilles qu’elle mène en Algérie…

 

Ainsi, se développe toute une histoire qui est émaillée de retours en arrière pour découvrir la vie de Marcel au Mont-Cassin, en Afrique et à Paris, ainsi que l’histoire d’amour des parents de Mathieu. Au final, Jérôme Ferrari délaisse un peu la Corse pour nous ramener à Hippone, à l’époque où Saint-Augustin pense que « ce monde est mauvais et ne mérite pas que l’on verse des larmes sur sa fin » mais que « les mondes passent l’un après l’autre, des ténèbres aux ténèbres et que leur succession ne signifie peut-être rien. »

 

Finalement, ce Sermon sur la chute de Rome, livre peu impressionnant par sa taille, foisonne d’évènements et d’épisodes toujours décrits avec justesse et humour, une histoire empreinte d’une juste philosophie de la vie.

Bonne lecture !

Jean-Paul

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 00:01

L’incertitude malienne (Éditorial du vendredi 1/02/2013)

 

Le continent africain monopolise l’attention depuis le début de cette année. L’intervention militaire de la France, à la demande du gouvernement malien, risque de durer tant que la menace des rebelles islamistes pèsera sur le pays. Rendue nécessaire par l’avancée d’une coalition constituée autour d’Al-Qaida au Magreb islamique (Aqmi), c’est une véritable guerre qui se déroule sur le terrain.

 

Le Mali faisait partie de l’Afrique occidentale française (Aof), une fédération de huit colonies françaises qui dura de 1895 jusqu’en 1958. C’est en 1960 que le Mali est devenu indépendant, semblant installer une démocratie stable, surtout depuis 1992, année des premières élections libres et ceci malgré les coups d’état ou renversements du pouvoir. En mars 2012, peu avant l’élection présidentielle, le capitaine Amadou Haya Sanogo a pris le contrôle de la présidence, dissous les institutions et suspendu la Constitution. Le président en place depuis 2003, Amadou Toumani Touré, a dû s’en aller et c’est Dioncounda Traoré qui assure l’intérim.

 

Dans le nord du pays, depuis longtemps, les Touaregs, un peuple berbère constitué principalement de pasteurs nomades, revendique l’indépendance de l’Azawad, un territoire couvrant les régions de Tombouctou, Kidal et Gao.

À ce mouvement de libération, se sont joints plusieurs mouvements islamistes pour le jihad en Afrique regroupant les combattants venus d’autres pays que le Mali. Leur avancée vers le sud commençait à menacer la capitale, Bamako, et s’accompagnait de l’application de la charia en lieu et place des institutions maliennes.

 

La France a déployé 2 500 hommes pour soutenir l’armée malienne et, plus important encore, la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), commandée par le général nigérian, Sheghu Abdulkadir, est active sur place avec des hommes venus du Nigéria, du Togo, du Niger, du Burkina Faso, du Bénin, du Ghana, de Guinée et du Sénégal, soit environ 3 000 soldats auxquels s’ajoutent 2 000 Tchadiens. L’assistante technique des pays occidentaux facilite le déploiement de ces forces africaines dont la présence est importante tant au niveau politique que symbolique.

 

Liée directement ou non à cette opération de reconquête, la tragique prise d’otages sur le site gazier de In Amenas, en Algérie, à 1 300 km au sud-est d’Alger, est venue montrer, si besoin en était, toute la gravité de la situation au Sahel.

 

Guerres et batailles s’enchaînent sans cesse sur notre planète mais il y a quelques jours, la France et l’Allemagne fêtaient solennellement 50 ans d’amitié et de coopération. Bien qu’imparfaite, cette réussite, après les guerres parmi les plus meurtrières que notre monde ait  connues, mérite d’être soulignée. Il faut écouter les chansons de Barbara (À Göttingen) et Jean-Jacques Goldman (Né en 17 à Leidenstadt) et sans cesse réactiver les liens tissés entre deux pays qui constituent la base de l’Union européenne. L’Office franco-allemand pour la jeunesse (Ofaj) s’y emploie avec constance et efficacité depuis longtemps et son action mériterait d’être plus souvent valorisée.

 

Jean-Paul

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 15:52

OMBLINE  de Stéphane Cazes (2012)

 

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Le Festival International du 1er film d’Annonay (07) programme un film passé relativement inaperçu lors de sa sortie en septembre 2012, à cause d’une programmation limitée à 38 salles dans l’hexagone, tout en triomphant dans tous les festivals où il est projeté.

 

Pourtant, pour son premier film, Stéphane Cazes signe une œuvre forte, avec une description du milieu carcéral particulièrement réaliste.

 

Ombline Morin, incarnée avec brio par Mélanie Thierry, condamnée à 3 ans de prison, accouche en Maison d’Arrêt de son fils Lucas. Comme le prévoit la loi, elle décide de le garder jusqu’à ses 18 mois, au bout desquels elle souhaite que sa meilleure amie, Rita, s’en occupe. Elle va passer ainsi dans le quartier de la nurserie, où  elle côtoie d’autres jeunes mères,  elles aussi détenues.

 

 

S. Cazes a collaboré avec l’administration pénitentiaire pour monter ce film dans lequel on retrouve sa prédilection pour le documentaire, tout en tenant le spectateur en haleine quant au devenir d’Ombline et de Lucas. Il a tourné dans la prison désaffectée de Saint-Michel, à Toulouse, mais a aussi réalisé durant deux semaines, un atelier théâtre, avec Mélanie Thierry, à la prison de Fleury-Mérogis. Depuis 2002, il s’est imprégné du milieu carcéral à travers ses rencontres, ses lectures, la participation à plusieurs colloques, et chaque plan, chaque séquence sonne juste. Le milieu de la prison est décrit avec justesse, entre résignation et espoirs. De la vie en cellule au trop court moment du parloir, Ombline permet ce que le documentaire peut difficilement donner : appréhender la prison avec le regard du détenu.

 

Corinne Masiero (qui s’était révélée au grand public dans Louise Wimmer), qui interprète Sonia, détenue violente et au vocabulaire fleuri, vient marquer de son talent la 2ème partie du métrage.

Sans jamais sombrer dans le pathos, ni dans les grandes envolées larmoyantes, Ombline prend aux tripes, tout en gardant présent l’espoir de la sortie, et le retour à une vie loin des barreaux et des souffrances.

 

Le film est programmé au cinéma Les Nacelles, à Annonay, aux dates et horaires suivants :

 

Dimanche 10 février, à 10H00

Lundi 11 février, à 18H30

 

Le nombre de places dans la salle étant relativement restreint, il est conseillé d’arriver tôt !

 

                   

 
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 20:48

La tête en friche par Marie-Sabine Roger,

Éditions du Rouergue-Collection La brune, 2008, 217 pages

 

Quelle bonne surprise de découvrir le livre qui a inspiré le film de Jean Becker où Gérard Depardieu joue le rôle principal !

 

Ici, Germain Chazes nous raconte son histoire qui est à la fois simple et extraordinaire. Ce quadragénaire d’1,89m pour 110 kg de muscles adopte Margueritte qui aura bientôt 86 ans : « Valait mieux ne pas trop attendre. Les vieux ont tendance à mourir. » Il est heureux de ces liens qui se tissent, pour avoir des obligations familiales… Bien sûr, il a une mère mais mieux vaut laisser au lecteur le soin de découvrir ce qu’il en dit. Quant à son père, il ne l’a jamais connu : « il a fait son affaire à ma mère et basta ! »

 

Avec Margueritte, il découvre la tendresse et l’affection, sentiments qu’il ignorait auparavant. Il y avait bien Annette mais il lui restait encore beaucoup de chemin à faire… Marie-Sabine Roger, comme à son habitude, distille les réflexions savoureuses. C’est émouvant et pathétique parfois. Elle sait aussi être sensuelle, drôle et triste à l’occasion.

 

Germain étant fâché avec l’école, il est analphabète, et voilà que Margueritte commence à lui lire des extraits de livres, des citations sélectionnées pour lui. Elle commence par La Peste  d’Albert Camus. Elle lit et il est piégé, un véritable cinéma se déroule dans sa tête. Quand elle lui offre le livre, c’est la première fois que ça lui arrive et il le lit par morceaux, privilégiant les passages soulignés en rouge par Margueritte.

 

C’est le début d’une formidable aventure qui va déboucher sur l’utilisation du dictionnaire, un livre qui fait voyager parce que chaque mot renvoie à d’autres et que cela peut être sans fin. Voilà que Germain découvre la bibliothèque municipale où, pour la première fois, il va emprunter un livre, un épisode qui vaut le détour. Ainsi, au fil des découvertes, Germain se révèle à lui-même et aux autres. Certaines séances, au bar « Chez Francine », ne manquent pas de piquant. De rencontre en rencontre, l’amitié entre Germain et Margueritte grandit : « Et je me dis que tenir à une grand-mère, ce n’est pas plus reposant que tomber amoureux. »

 

Ce n’est qu’une des nombreuses réflexions dont Marie-Sabine Roger régale le lecteur. Il faut alors, sans délai, lire La tête en friche !

Jean-Paul

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 21:18

Jean-Paul a reçu, il y a une dizaine de jours, sa 3000ème lettre depuis mars 2010. Leurs auteurs, Damien et Sonia, ont accepté la diffusion de plusieurs extraits de ce courrier et nous les en remercions sincèrement. Merci également à vous tous qui utilisez votre plume pour soutenir Jean-Paul.

 

22 janvier 2013

"Bonjour Jean-Paul,

Tout d’abord, nous te souhaitons avec Sonia tous nos vœux de santé, de bonheur et d’espérance. La santé car comme tout le monde le dit : quand la santé va tout va, et quand on a connu quelques pépins, on comprend mieux tout le sens de cette expression ! Le bonheur, car j’espère que malgré la situation, tu ne te prives pas de connaître quelques moments de bonheur, quels qu’ils soient. Que ce soit avec tes proches lors des visites ou les amitiés que tu as pu nouer, tous ces bons moments sont importants. Et enfin l’espérance, celle qui nous fait continuer le combat pour qu’un jour, le plus rapidement possible, tu retrouves ta liberté. […]

 

D’ailleurs cela nous fait penser qu’on ne t’a pas félicité pour ta nouvelle prise de grade, celle d’être papi pour la 3ème fois ! J’ai vu Albin pendant les fêtes et les parents ont bien travaillé. Je ne  sais pas si tu as déjà pu le voir, mais tu dois avoir hâte de pouvoir le serrer dans tes bras.

 

Le soutien est toujours inépuisable et le combat permanent. On prend toujours de tes nouvelles et on espère toujours que le temps passe plus vite ou que la peine soit réduite. Tout le monde a hâte de te voir libre !"

Damien et Sonia

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
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