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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 18:42

Certaines n’avaient jamais vu la mer par Julie Otsuka

(traduit de l’anglais par Carine Chichereau)  Éditions Phébus, 2012, 144 pages

9782752906700

 

Julie Otsuka, pour son deuxième roman, nous livre un formidable concert polyphonique où se mêlent des visages, des voix, bref, les vies de toutes ces Japonaises qui ont quitté le pays avec l’espoir d’une vie meilleure.

 

Cela s’est passé au début du siècle dernier. Ces filles étaient presque toutes vierges. La plus jeune avait à peine 12 ans et la plus âgée, 37, mais elles ne voulaient pas retourner travailler dans les rizières. Leurs sœurs aînées, plus belles avaient été vendues comme geishas. Elles rêvaient d’un fiancé vivant là-bas, aux Etats-Unis, un homme qu’elles ne connaissaient qu’en photo et grâce à quelques lettres. Pour elles, « mieux valait épouser un inconnu en Amérique que de vieillir auprès d’un fermier du village. » Leur mère marchait trois pas derrière leur père, chargée de paquets alors que lui ne portait rien. Il y en a même qui ont laissé sur place un enfant…

 


La traversée jusqu’au port de San Francisco, est longue mais l’arrivée, « La première nuit », est un chapitre impressionnant. Tout y est. Comme tout au long du livre, l’auteure révèle une maîtrise extraordinaire pour nous faire suivre cette terrible expérience : « Ils nous ont prises… », pour conclure : « Ils nous ont prises en vitesse, de façon répétée, toute la nuit durant, et au matin, quand nous nous sommes réveillées, nous leur appartenions. »

 

Elles espéraient épouser des banquiers et les voilà mariées à des ouvriers agricoles qui les emmènent travailler dur dans les champs. Elles apprennent leur premier mot d’anglais : « water », pour ne pas mourir de soif. Surtout, elles appartiennent à la catégorie des invisibles. Si elles avaient su… Pour rassurer leur mère, elles écrivent que tout va bien mais elles triment, exploitées jusqu’à l’épuisement. Elles ont des enfants qui vont à l’école, apprennent l’anglais, oublient le japonais, changent leur prénom et deviennent Américains.

 

Tout cela n’est rien encore à côté de ce qui va survenir avec la seconde guerre mondiale et après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Déjà mal vus, les Asiatiques d’origine japonaise sont considérés comme des traîtres. Ils commencent à effacer leurs noms des boîtes aux lettres, des hommes disparaissent, leurs comptes sont gelés par les banques, les laitiers ne livrent plus. Tout ce qui rappelle le Japon doit disparaître. En ville, leurs fils portent un badge où il est inscrit : « Je suis Chinois. » Tous se préparent à un départ précipité. Pourtant, ils participent à l’effort de guerre en fournissant fruits et légumes pour les soldats.

 

Dès qu’ils quittent leurs maisons, celles-ci sont aussitôt pillées et dévastées. On dit qu’ils sont dans les montagnes, dans les déserts du Nevada, de l’Utah, de l’Idaho, du Wyoming… Ainsi s’achève cette histoire incroyable remarquablement racontée, comme un chant choral, permettant de rappeler le souvenir de toutes ces femmes dont la vie a été bouleversée.

 

Jean-Paul

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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 13:57

Barack Obama, les armes en priorité (Éditorial du vendredi 15/03/2013)

 

Quatre ans après la première élection d’un président noir à la tête des Etats-Unis, l’enthousiasme n’est plus le même. S’il y avait 2 millions de personnes à Washington pour la première investiture de Barack Obama, elles n’étaient plus que 800 000 le 21 janvier dernier pour fêter sa seconde prestation de serment. Malgré tout, cette baisse d’attractivité n’a rien d’inquiétant car il en est de même pour chaque début de nouveau mandat.

 

Que va bien pouvoir faire ce président réélu ? S’il a pu entreprendre la réforme de la santé et celle des services financiers entre 2009 et 2013, le voilà confronté au problème du contrôle des armes à feu après les dramatiques événements de newton, dans le Connecticut. 27 personnes dont 20 enfants, ont été abattues par un homme armé. Une tuerie de plus qui oblige Barack Obama à traiter un problème qui ne faisait pas partie de ses priorités. Son Vice-président, Joe Biden, tente de traiter avec le lobby pro-armes à feu, la NRA (National Rifle Association), et l’on parle d’interdire les chargeurs de grande capacité ainsi que les armes d’assaut, comme cela avait déjà été fait entre 1994 et 2004. Aussi, Joe Biden a rencontré les responsables des forces de l’ordre et des partisans du contrôle des armes.

 

Avec une majorité républicaine à la Chambre des Représentants, rien ne sera facile pour le Président réélu qui devrait annoncer la réduction automatique des dépenses publiques et faire voter l’augmentation du plafond de la dette. L’autre grande réforme attendue  porte sur la loi concernant l’immigration. En effet, si une nouvelle loi facilitant l’immigration n’est pas adoptée par le Congrès (Sénat + Chambre des Représentants) avant le mois d’août, ce sera trop tard puisque le scrutin de mi-mandat prévu en novembre 2014 fera redouter aux élus un engagement sur un sujet ne faisant pas l’unanimité. Malgré le fait que Obama a rappelé en décembre que cette réforme faisait toujours partie de son projet.

 

Aussi, il est important de s’attarder sur la nouvelle équipe entourant le Président pour savoir quelle est la tendance. Et il s’avère que la rupture avec l’époque Bush s’accentue de plus en plus : Chuck Hagel, 66 ans, vétéran du Vietnam, en charge de la Défense, s’était opposé à la guerre en Irak et a pris position contre le lobby juif. John Kerry, 69 ans, ex-candidat malheureux face à George W Bush en 2004, s’occupe pour sa part des Affaires étrangères et s’avère être un bon diplomate, porté sur le dialogue. Le responsable de la CIA, John Brennan, 57 ans, est un fervent partisan de l’utilisation de drones militaires et compte à son passif, l’approbation de l’usage de la torture sous G.W Bush… Enfin, Jack Lew, 57 ans, ex-directeur du budget, s’occupe des finances et a la réputation d’être un négociateur hors-pair. Ainsi, le Président n’a placé que des hommes blancs aux postes clés. Écartées de ceux-ci, les femmes sont cantonnées à des fonctions subalternes et cela ne manque pas d’inquiéter tous ceux qui prônent une répartition plus égalitaire des responsabilités.

Jean-Paul

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 18:59

Peste & Choléra par Patrick Deville, Éditions du Seuil collection Fiction & Cie, 2012, 219 pages

 

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Lauréat du Prix Fémina 2012, Patrick Deville méritait largement une belle récompense pour cet ouvrage passionnant, regorgeant d’informations et très bien écrit. En un peu plus de 200 pages, c’est une véritable épopée que nous vivons sur les traces d’Alexandre Yersin – bien prononcer Yersin et non Yersine – un membre trop méconnu de « la bande à Louis Pasteur. »

 

Nous faisons d’abord connaissance avec cet homme aux multiples talents dans un avion en route pour Saïgon, le 31 mai 1940. Alexandre Yersin qui a découvert le bacille de la peste en 1894, fuit la peste brune en train de ravager toute l’Europe. L’auteur revient ensuite à l’enfance, à Morges, dans le canton de Vaud, en Suisse, à sa passion pour les insectes, comme son père. Il débute ses études à Marburg, en Allemagne, puis poursuit à Berlin et ne cache pas son admiration pour Livingstone, le célèbre explorateur.

 


Avec des phrases courtes, incisives, précises et des chapitres brefs, Patrick Deville brosse un tableau détaillé et passionnant de toute une époque pas si lointaine que cela : la fin du XIXe (19e) et le début du XXe (20e) siècle. Alexandre Yersin bouge beaucoup, profitant à chaque fois de ce que les lieux qu’il découvre peuvent lui apporter. À Iéna, chez Carl Zeiss, il achète un microscope qui ne le quittera plus. Dans cette Allemagne où il se forme, il voit aussi les persécutions contre les Juifs puis part pour Paris. Là, il se confronte à l’anti-germanisme et intègre la petite équipe de chercheurs qui se forme autour de Pasteur. Trois ans après, il est docteur en médecine, voyage encore en Allemagne, en Suisse et obtient la nationalité française pour pouvoir exercer la médecine dans notre pays.

 

Ainsi, Patrick Deville accumule les évènements, les changements dans la vie de Yersin qui n’hésite pas à devenir médecin embarqué à bord d’un bateau et part pour l’Asie, ce qui représente trente jours de navigation, de Marseille à Saïgon. Au fil des pages, nous rencontrons de nombreuses personnes devenues célèbres comme Albert Calmette qui mit au point le BCG avec Guérin, Arthur Rimbaud, le poète et sa petite bande de Sahariens, Joseph Meister, l’enfant sauvé de la rage par Pasteur, devenu concierge de l’Institut Lyautey qui lui fournit 20 chevaux comme bêtes à vaccin, Paul Doumer, gouverneur général d’Indochine à l’époque, etc…

 

Passionné par la découverte de l’Indochine, Yersin s’installe à Nha Trang, au Vietnam. On l’appelle Docteur Nam. Il est le premier médecin occidental de la région. Impossible de citer tous les lieux où passe notre homme mais c’est en Chine, à Canton (Guangzhou) qu’il réussit à sauver un jeune de 18 ans qui allait mourir de la peste. À Nha Trang, il crée un vrai paradis qu’il ne cesse de développer. Il se lance même dans la culture de l’hévéa, produisant deux tonnes de latex par mois pour Michelin. Il devient aussi, à 67 ans, le roi du quinquina mais ses amis meurent les uns après les autres et là, il n’y a pas de vaccin…

 

Alexandre décède en 1943, à 80 ans, et sa tombe, bien modeste, se trouve là-bas, au milieu de ce qui fut son domaine. Quel bel hommage a rendu Patrick Deville à Alexandre Yersin, personnage extraordinaire dont la vie et l’œuvre méritaient de sortir de l’oubli !

Jean-Paul

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 09:43

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire par Jonas Jonasson

Presses de la Cité, 2011, 454 p.

 

le-vieux-qui-ne-voulait-pas-feter-753916.jpgQue la lecture de ce livre est jubilatoire ! Chaque page fait sourire et parfois même rire franchement, tellement Jonas Jonasson excelle pour manier humour et dérision.

 

Le lundi 2 mai 2005, jour où toute la maison de retraite et la municipalité de Malmköping se préparaient à fêter son centième anniversaire, Allan Karlsson s’enfuit en sautant par la fenêtre. Il trouve tout de suite que c’est bien plus rigolo d’être en cavale, loin de Sœur Alice, que couché six pieds sous terre. C’est cocasse et notre héros nous gratifie de réflexions délicieuses alors que ses douleurs lui rappellent qu’il est toujours…vivant ! L’auteur utilise bien le comique de répétition et l’animation ne manque pas.

 

Soudain, on abandonne ce qui se passe en 2005 pour un retour en arrière important afin de découvrir ce que fut la vie d’Allan. Là, on n’est pas déçu : sa vie est proprement extraordinaire avec des rencontres, des malheurs, une chance incroyable mais notre homme, avec une espèce d’inconscience loufoque, réussit toujours à s’en sortir. Sa philosophie de la vie, elle tient dans une phrase que répétait souvent sa mère et qu’Allan va faire sienne : « Les choses sont ce qu’elles sont et elles seront ce qu’elles seront. »

 

Inutile de détailler tout ce qui arrive à Allan pendant son siècle de vie sur la Terre car ce serait déflorer ce qui fait le charme d’un récit aux multiples rebondissements. Nous pouvons simplement dire que notre héros va voyager beaucoup et côtoyer des hommes qui ont marqué l’histoire du XXe siècle.

 

En parallèle à l’histoire de sa vie, l’action se poursuit jusqu’à la fin du mois de mai 2005 et là aussi, les rebondissements sont tous plus extraordinaires les uns que les autres. Bref, pour se détendre, rire, sourire, réfléchir aussi, il faut lire Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson et je remercie beaucoup John et Alex qui m’ont permis de me régaler à la lecture de ce petit bijou.

Jean-Paul

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 19:12

Vivement l’avenir par Marie-Sabine Roger, Éditions du Rouergue collection La brune, 2010, 301 p.


9782812601446_1_75.jpgQuand on s’est régalé avec Bon rétablissement et qu’on a été ému par La tête en friche, il est normal d’en demander encore.

 

Avec Vivement l’avenir, Marie-Sabine Roger ne déçoit pas, même si, au début, il est un peu difficile de plonger dans cette histoire. L’hésitation n’est pas longue car l’auteure livre sans délai ces descriptions dont elle a le secret.

 

Alex, cette « fille maigre comme un coucou » a loué une chambre chez Marlène et Bernard, un couple qui doit s’occuper de Gérard, surnommé Roswell, le frère de Bertrand. Roswell a 32 ans et il est né handicapé. Au fil des pages, grâce à l’attention que va lui porter Alex, il va se réveiller. Il n’est pas « le taré, le raté » que l’on suppose, au premier coup d’œil. Deux autres personnages, Cédric et Olivier Lemauroux, dit Le Mérou, vont bien contribuer à l’émergence progressive de Roswell. Pour Alex, ce qu’elle loue, c’est « bon, correct et propre, pas cher, avec vue sur le poulailler et l’échangeur de l’autoroute. » Son travail, un CDD de 8 mois, dans un poulailler industriel, ce n’est que de « l’esclavage moderne. » De son côté, Le Mérou s’escrime à tenter de faire un barrage avec ses cannettes de bière vides qu’il balance dans la rivière…

 

Amours déçus, couples en pleine discorde, travail abrutissant, personne handicapée alourdissant les soucis quotidiens, ce serait d’une noirceur désespérante mais il y a Roswell-Gérard qui dit des poèmes, qui s’enthousiasme pour une simple balade sur une carriole de fortune, pour une virée en side-car et Clo, enfin, pour un final plein d’optimisme, régénérant par les temps qui courent…

 

Jean-Paul

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 00:00

Tombouctou entre mystère et érudition (Éditorial du vendredi 22/02/2012)

 

Les évènements qui ont mis le Mali à la une de l’actualité de ces dernières semaines, ont eu le mérite d’attirer l’attention du monde entier sur des trésors culturels trop longtemps méprisés et entourés de mystère.

 

Tombouctou, ville classée au patrimoine mondial, recèle une quantité impressionnante de manuscrits. Leur perte définitive a été redoutée à cause d’un autodafé, une destruction par le feu de quelques livres religieux, des traces écrites très rares brulées par des « frères musulmans ». La population de Tombouctou, à majorité musulmane, n’a pas compris cet acharnement causant un tort considérable à la bibliothèque Ahmed-Baba, inaugurée en 2009. Après la destruction d’un mausolée, quelques mois auparavant, plus de 80% des manuscrits de la bibliothèque de Tombouctou avaient été placés dans des cantines métalliques et emmenés vers le sud par les responsables de trente-deux bibliothèques familiales de Tombouctou.

 

Déjà au cours des années 1990, un trafic de manuscrits en direction de Genève et de New York avait été dénoncé sans que les autorités maliennes ne réagissent. Il faut remonter encore plus loin dans le temps pour comprendre la méfiance de la population de Tombouctou, bien obligée de protéger ses trésors. En 1591, le sultan du Maroc Ahmed El-Mansour a occupé la ville, pillant et massacrant. Ahmed Baba (1556 – 1627), le savant le plus célèbre de l’époque avec sa bibliothèque de 1 600 volumes est arrêté et emprisonné à Fès, avec ses livres.  Depuis, la population a peur et cache ses manuscrits écrits en ajami, langue mélangeant l’arabe avec l’haoussa, le bambara, le tamasheq, le sonhai et le peul. Ils traitent de quantité de sujets allant de l’astronomie à la chimie en passant par l’astrologie, les mathématiques, les recettes médicinales, l’émancipation des esclaves, le statut des femmes, l’activité sexuelle des couples, la géomancie, une technique divinatoire, la philologie, étude critique de textes par comparaison, mais aussi des actes notariés, des poèmes rimés, des récits épiques… Tout cela est le fruit d’un mélange extraordinaire entre les cultures arabes, berbères et d’Afrique noire.

 

Tout ce qui s’est passé ces dernières semaines, à Tombouctou, n’a donc pas été trop grave pour ces trésors restés cachés depuis si longtemps et dont les Africanistes français de XXe siècle ignoraient l’existence. Cela aura eu le mérite de créer un sursaut salutaire pour accélérer leur numérisation, leur traduction et leur catalogage afin qu’ils soient enfin vraiment accessibles. Cela permettrait  de faire reconnaître enfin la mémoire écrite  de l’Afrique, prouvant si besoin était  que ce continent a une Histoire.

Jean-Paul

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 11:11

Mourir pour Saragosse par Michel Peyramaure, Éditions Calmann-Lévy, 2012, 288 p.

 

Romancer l’histoire est bien le meilleur moyen de rendre accessible au lecteur une période du passé parfois bien aride à décortiquer et à comprendre.

 

peyramaure-michel-mourir-pour-saragosse.jpgDans Mourir pour Saragosse, Michel Peyramaure, auteur très prolifique, nous ramène ici deux bons siècles en arrière, en se basant en Périgord, « à une journée de cheval de Périgueux », chez le baron Antoine-Joseph de Barsac dont la femme, Héloïse, vient de mourir. Commence alors un retour en arrière qui va permettre de partager la vie d’un homme qui vient d’achever ses universités et qui doit travailler dans l’étude d’un notaire. Poussé à s’engager dans la Garde nationale, il refuse mais doit finalement s’y résoudre, la Patrie étant en danger. Alors qu’il aurait pu émigrer à Londres, comme son voisin le baron de Beauregard le lui suggère, le voilà, en1792, membre du 9ème régiment de Dragons où il côtoie Joachim Murat.

 

C’est lorsqu’il revient à Barsac, en permission, qu’il apprend qu’Héloïse, hélas s’est fiancée à un autre. Au fil des pages, nous suivons notre homme à Valmy, en Allemagne, à Fleurus où il est blessé puis à Amsterdam et enfin à Paris où il retrouve François Fournier, un compatriote. Celui-ci rentre d’Italie où il a combattu sous les ordres d’un certain Bonaparte. Les champs de bataille se succèdent en Autriche, à Austerlitz puis avec Murat, en Espagne.

 

Napoléon ayant arraché l’abdication du roi Charles et de Ferdinand, son fils, il place son frère, Joseph, sur le trône espagnol. Le peuple se révolte et l’armée de Murat se livre à une horrible répression. Voici enfin Saragosse et un premier siège, « une boucherie ».

 

En 1808, Antoine-Joseph participe au siège de Madrid où il rencontre la comtesse Carla, une veuve jolie et fière. Là-bas, l’hiver est très dur. Puis, Napoléon quitte l’Espagne pendant que son armée retourne assiéger Saragosse. Si le livre ne se consacre pas exclusivement au siège de cette ville insoumise, une bonne partie de l’histoire permet de prendre conscience de toutes les horreurs, de toutes les souffrances qu’une armée d’occupation peut imposer à une population refusant de passer sous ses fourches caudines.

 

Les épidémies, la faim et les armes sèment la mort et la désolation. Lorsque Saragosse capitule, on déplore 6 000 morts dans cette ville contre plusieurs centaines parmi les membres de l’armée d’un empereur qui se désintéresse alors de ce pays, ne pensant qu’à la guerre contre l’Autriche.

 

Après Saragosse, Antoine-Joseph de Barsac part pour l’Allemagne où les troupes impériales pillent, violent, incendient… De succès en succès, Napoléon va jusqu’à Vienne. Les batailles se succèdent comme celle de Wagram que l’on présente comme une grande victoire et qui fut une monstrueuse hécatombe.

 

L’aventure de notre héros se termine brutalement, ce qui l’oblige à rentrer au pays où il retrouve Héloïse. Michel Peyramaure œuvre une fois de plus pour dépoussiérer l’Histoire. La lecture de Mourir pour Saragosse donne l’occasion de comprendre d’un peu plus près tout ce qui nous a été trop souvent présenté d’une façon édulcorée, bien trop enjolivée pour être réelle.

Bonne lecture !

Jean-Paul

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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 17:46

« C’est pas l’homme qui prend la mer… » (Éditorial du vendredi 15/02/2012)

 

Les derniers concurrents du Vendée Globe terminant leur fabuleux tour du monde en solitaire et sans assistance, c’est l’occasion de penser à tous ces autres marins dont naviguer est le métier.

 

Dans le port autonome de Marseille – mais cela se produit hélas dans d’autres ports comme à Sète ces derniers mois – plusieurs bateaux sont bloqués, abandonnés par leur armateur ou à cause d’autres problèmes. Le Penafiel, cargo de 90 m, est, par exemple, immobilisé dans la cité phocéenne, depuis le 29 août 2012 avec ses sept membres d’équipage toujours à bord. M. Naveiro, armateur portugais, étant ruiné, il doit plusieurs dizaines de milliers d’euros au port pour régler un stationnement qui revient à environ 900 € par jour, plus les frais de carburant nécessaire à l’entretien du navire…

 

Ils sont russes, portugais ou capverdiens mais, après sept mois sans salaire, viennent d’être payés pour cinq mois seulement et ne quitteront pas Marseille tant qu’ils n’auront pas touché leur paie complète. C’est l’Association marseillaise d’accueil des marins (Amam) qui vient au secours de ces marins abandonnés. Pour se nourrir, nos sept matelots ont récupéré de la nourriture à bord de deux paquebots de croisière, le Princesse Danae et l’Athéna, abandonnés par un autre armateur, australien celui-là, encore moins sérieux.

 

Chaque fois, le même scénario se déroule : armateur en faillite, navire saisi par les créanciers et marins laissés en plan… Depuis que Princesse Danae et Athéna ont donc été saisis, les 420 marins ont finalement pu être payés et sont rentrés chez eux. Pas loin du Penafiel, les deux bateaux attendent, le long de la digue du large.

 

Comme en Europe on s’occupe des marins abandonnés, ces navires dont les propriétaires sont proches de la faillite ont tendance à rechercher les quais des ports européens.

 

Si le Penafiel est prêt à naviguer, il n’en est pas de même pour l’Atlantic Star, un paquebot de 240 m, qui n’a plus bougé de Marseille depuis le 6 août 2009. N’ayant plus de contrat, l’armateur l’a immobilisé et mis en vente mais le rafiot étant trop vieux, il ne trouvera pas de repreneur. Par contre ses marins sont toujours payés.

             

Comme le chantait Renaud, « c’est la mer qui prend l’homme… » Aussi, de plus en plus nombreux sont les bateaux sur les mers et les océans du globe. Ceci demanderait davantage de surveillance pour limiter les actes de piraterie qui se multiplient. Pourquoi ne pas imaginer une traçabilité de tout ce qui navigue comme cela se fait dans l’espace aérien ? Il faudra sûrement y venir mais, qu’on se rassure, les Gabard, Le Cléac’h, Thomson, Dick, Le Cam, etc…sans oublier le marin languedocien Kito De Pavant, encore malheureux cette année, tous ces fameux navigateurs d’aujourd’hui feront encore rêver.

Jean-Paul

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 12:49

Les Lisières par Olivier Adam, Éditions Flammarion, 2012, 454 pages.


9782081283749.jpgVivre aux lisières de la société, de soi-même et de sa famille, ce n’est pas facile. C’est ce que démontre Olivier Adam tout au long de ce livre branché aussi sur l’actualité immédiate, l’évolution politique du moment et ce tsunami, au Japon, pays qui le fait rêver et l’attire.

 

Ce Paul Steiner, ressemblant beaucoup à l’auteur lui-même, nous fait partager sa vie de père de famille vivant seul, maintenant que Sarah a décidé de se séparer de lui. Il ne voit plus ses enfants qu’un week-end sur deux et il souffre : « J’avais le sentiment d’avoir été expulsé de moi-même. » Lui qui avait fui Paris pour vivre en Bretagne où il espérait que le vent et la mer nettoient tous ses tourments, tente un retour vers son enfance alors qu’écrivain en panne d’inspiration, il n’arrive plus à écrire.

 

Il revoit la disparition de sa grand-mère alors qu’il n’avait que dix ans, les séjours familiaux dans les Alpes, sur les routes du Tour de France où, dans les plus grands cols, il a vu évoluer de grands champions comme Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Bernard Hinault. Un jour, il a été surpris par son frère, au bord du précipice alors qu’il éprouvait l’envie de mourir.

 

Le voilà maintenant en banlieue parisienne, cette banlieue qu’il va nous faire visiter tout en croisant d’anciennes connaissances. Hélas, sa mère est hospitalisée et semble perdue, le confondant avec son frère. Sa célébrité médiatique, certains l’ont vu à la télévision dans  « une émission sur les bouquins, sur la Cinq », le dessert parfois. Ce roman foisonne de rencontres souvent décevantes parce qu’il se sent maintenant étranger parmi ceux qui l’ont vu grandir. Rien ne semble le satisfaire. Les relations avec son père, bourru, hargneux, tenté de « voter pour la Blonde », ne s’améliorent pas, au contraire. Pourtant, Paul fait des efforts mais c’est à contretemps et rien ne se passe comme il aurait pu l’espérer. « Une maladie » le ronge. Il ne cesse de la repousser. Son amour pour Sarah, la naissance de leurs enfants et la vie en Bretagne l’y ont aidé mais Sarah a tout cassé.

 

Voilà qu’il retrouve Sophie, un amour de jeunesse, dans sa maison bien rangée, dans sa vie monotone… Au lieu de le satisfaire, cet amour enfin consommé lui fait dire : « Je me suis méprisé pour ça, d’être devenu ce sale con méprisant, arrogant, capable de la (Sophie) plaindre sans rien savoir de sa vie, ne se fiant qu’aux apparences, au vernis, à la surface. »

 

Au hasard de photos retrouvées, remonte à la surface un secret de famille qu’il ignorait et le voilà tourmenté jusqu’au bout. L’inspiration qu’il a puisée dans ses souvenirs, pour ses livres, l’a fait parler d’anciens camarades de lycée et de sa famille. Cela le gêne beaucoup maintenant d’autant qu’on lui en fait le reproche parfois. Toujours aux lisières de la vie, éternel insatisfait, fou de jalousie à l’égard d’un potentiel rival, ce qui va donner quelques passages animés et assez savoureux, notre homme ne se sent bien que sur une île évoquée tout au long du livre. Là-bas, il espère avoir trouvé enfin calme et sérénité.

Bonne lecture !

Jean-Paul

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 00:01

Nous vous proposons en ce début de semaine des extraits d'un courrier écrit par un ancien collègue de travail de Jean-Paul, Michel, qui nous a tout de suite donné son accord afin de les publier. Merci à lui car son témoignage est riche pour de multiples raisons...

 

Courrier du 30 janvier 2013

 

Cher Jean-Paul,

Traumatisé (vraiment) par les évènements de Pojot et Étables, je suis resté sidéré (vraiment) lors de l’annonce de ton arrestation. Et, crois-moi, convaincu de ton innocence mais dans l’expectative (de quoi ? je ne sais pas), j’attendais un dénouement proche et favorable bien entendu. L’enthousiasme et la ferveur des participants aux assemblées de Sarras me donnaient la conviction que cette situation ne pouvait durer. De même la multitude des témoignages en ta faveur me disaient que ta libération ne pouvait tarder. Les 1 000 jours m’ont marqué en ce sens, que j’assistais sans réagir à la privation de liberté d’un collègue que je connais depuis si longtemps. (Je me souviens encore de ta réussite au CAP où, un peu imbibé tu nous avais chanté… et en plusieurs langues dont le japonais !  Zut le titre m’échappe, tu t’en souviens ?). Mais ensuite grâce à l’USEP dont tu t’occupais avec un militantisme admirable, que de rencontres ! La plus belle, la plus extraordinaire étant cette Vel’USEP qui nous a fait traverser l’Ardèche avec nos élèves et de nombreux parents accompagnateurs qui en gardent un formidable souvenir.

 

Et puis je n’ai pas pu assister à la dernière assemblée de Sarras et là, je me suis senti coupable et perturbé par mon attitude. Je ne pouvais sans régir, assister à la détresse d’un collègue que j’avais côtoyé sans ne jamais rien remarquer qui puisse me faire douter, sans ne jamais rien entendre sur son sujet, et pourtant dans une période où, suite à différentes affaires, les langues se déliaient vite, trop vite parfois et où il était impossible de passer à travers - et, où il était donc possible d’être accusé du jour au lendemain. Mais, sur toi rien, jamais rien. Je n’ai jamais eu que les témoignages de ton implication remarquable dans ton métier, tes activités périscolaires, associatives ou citoyennes.

 

Dans nos villages où les agissements des « instits » sont toujours archi commentés, même d’un village à l’autre (dans les familles, sur les lieux de travail), jamais rien n’est parvenu jusqu’à moi.

Comment la justice a-t-elle pu ne pas en tenir compte ?

Je viens de lire le livre de Cyrulnik, Sauve-toi, la vie t’appelle où il met en lumière le fait que notre mémoire n’est jamais fiable, qu’elle est toujours une interprétation de la réalité. Il le met en évidence avec son propre cas, en ayant confronté ses souvenirs d’enfant avec la réalité des faits rapportés par des documentaires de l’époque.

 

Sans vouloir nier la sincérité des anciennes élèves, mais en tenant compte de cette non-fiabilité de la mémoire, comment la justice a-t-elle pu prendre en compte, sans hésiter, ces témoignages ?

Malheureusement, d’autres procès nous montrent que c’est possible, et que le seul moyen de montrer son innocence, c’est malgré l’immense difficulté (inimaginable pour qui ne l’a pas vécu), c’est de rester « JUSTE ». Tu as su le faire jusqu’à présent, tous ceux qui t’entourent le font jour après jour. (Et j’admire les collègues qui t’apportent un soutien sans faille).

Je ne vais pas te souhaiter une bonne année, mais je vais formuler le vœu que mon soutien, ajouté à tous ceux qui t’apportent le leur, puisse enfin faire que l’on te rende justice.

C’est une terrible épreuve que tu vis là (pourquoi ?) ; tu en sortiras blessé, meurtri bien sûr, mais plus fort.

Avec toute mon amitié.

Michel

Et un 2ème bravo pour tes multiples articles publiés sur ton blog !

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans "L'affaire DEGACHE"
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