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22 juillet 2017 6 22 /07 /juillet /2017 14:44

Vernon Subutex 3         par      Virginie Despentes

 Bernard Grasset (2017)  398 pages.

 

La troisième partie et la fin de l’histoire de Vernon Subutex était très attendue et Virginie Despentes n’a pas déçu en livrant un nouveau roman dense, incisif, proche de l’actualité et toujours très pertinent.

 

 

Les principaux protagonistes de l’histoire se sont regroupés autour de Vernon qui ne prend plus de drogue depuis des mois, a passé un an au camp, ce fameux camp et ses convergences dont on parle tout au long du livre, et a trouvé auprès de Mariana, sa petite amie, quelqu’un qui « le rassure davantage qu’elle ne l’étouffe. » Elle n’a pas trente ans : « Elle met dans le sexe et dans la danse ce qu’elle ne formule pas avec les mots. »

 

 

Vernon a changé : « Tout ce qui concerne sa vie d’avant s’est teinté d’étrangeté, fondu dans un chaos informe et lointain. » Il est perçu comme une sorte de shaman. Kiko veut faire de lui un prophète, un gourou mais cela ne lui plaît pas. Il veut poursuivre sa vie, tranquille. C’est l’occasion pour l’auteure d’affiner ses caractères, de compléter ce que nous savions sur ses personnages et de les faire évoluer.

 

 

Surtout, il y a Charles et cette fameuse somme de plus d’un million d’euros gagnée à la loterie nationale. Avant sa mort, il en a légué une partie à sa compagne, la Véro, une ancienne prof de français qui se réfugie dans l’alcool. Au passage, quelles bonnes vérités sur l’éducation et sur le droit au travail ! L’autre partie est pour Vernon et ses amis mais c’est le début des problèmes et d’une brouille dans le groupe.

 

 

La vision de Charles, à propos des humains se révèle assez réaliste : « des menteurs, des voleurs, des prétentieux et des rapaces. » Lorsqu’on parle des pays européens en grande difficulté comme la Grèce, Virginie Despentes est catégorique : « Les gens de pouvoir ne disent jamais la vérité parce que ça leur permet de prendre des décisions en douce. » Or, Vernon n’est pas comme ça : « Il ne se sent pas capable de mentir à tous ceux qui l’entourent. »

 

 

Peu à peu, les choses s’enveniment, les menaces se précisent. D’autres problèmes sont abordés comme le tourisme à Barcelone, les yachts de ceux qui ne paient pas d’impôts, les druides de toutes les religions, le racisme et l’argent.

 

Le souvenir d’Alex Bleach, le rocker mort d’overdose dans le tome 1, est bien présent avec ce Laurent Dopalet, producteur, qui veut  à tout prix se venger de ce que lui ont fait subir Céleste et Aïcha. La musique a toute sa place avec beaucoup de titres en anglais. L’attentat du Bataclan, Nuit debout, l’échec  de la gauche au pouvoir, les réfugiés, ces événements ou ces problèmes sont abordés au hasard d’une rencontre avec de nombreux personnages qui déboussolent un peu le lecteur.

 

 

L’auteure (photo ci-contre) n’oublie pas de défendre la cause des femmes et lance un terrible avertissement : « Combien de fois faudra-t-il répéter aux filles qu’elles n’ont pas à donner rendez-vous à des inconnus dans des lieux publics ? »

 

 

La violence est aussi bien présente et l’auteure ne s’en prive pas pour arriver au bout de son histoire : « Les grenades la kalach les balles. Ces objets qui ont été fabriqués. Qui n’ont pas été détournés de leur usage. Ils sont produits dans des usines pour ça. Tuer démembrer arracher brûler. Il n’y a pas d’accident. » L’absence de virgule dans l’énumération est bien volontaire pour nous pousser à la réflexion, aller au-delà de l’émotion, comme durant toute la lecture de ce Vernon Subutex 3.

Jean-Paul

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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 09:33

Rouvrir le roman      par     Sophie Divry

Les Éditions Noir sur Blanc (2017) 201 pages

 

Sophie Divry m’avait régalé avec La cote 400 et Quand le diable sortit de la salle de bain, deux romans originaux et superbement menés. Voilà que cette Montpelliéraine, Lyonnaise d’adoption, vient de nous livrer un essai fort instructif : Rouvrir le roman, un livre que j'ai pu lire grâce à Babelio.

 

 

« Je suis romancière, j’ai voulu réfléchir sur l’art du roman, » note-t-elle en introduction, précisant ensuite  que, contrairement à ce que l’on prétend, de grands auteurs ont été aussi de grands théoriciens : Diderot, Mme de Staël, Victor Hugo, Virginia Woolf, Marcel Proust, Jean-Paul Sartre, Paul Valéry, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Ingeborg Bachmann, Aragon, Salman Rushdie, Carlos Fuentes, Italo Calvino, Elsa Morante… excusez du peu !

 

 

Dans la première partie, Sophie Divry s’attaque courageusement aux idées  reçues et plaide pour une pluralité stylistique qui permet de changer de genre et de public. Là aussi, elle cite des exemples dont le plus célèbre, Romain Gary, publiant sous le pseudonyme d’Émile Ajar. « La personne-bloc, homogène et cohérente, n’est pas une personne humaine : c’est un personnage de roman. »

 

 

Certains ont voulu tuer le narrateur en prohibant le passé simple. Dans un petit tableau très parlant, l’auteure oppose tradition et modernité, cite Roland Barthes, Annie Ernaux, Christian Prigent en désamour avec ce temps du passé qu’il ne faut pas se priver d’utiliser si nécessaire.

 

 

L’origine sociale et professionnelle des écrivains mérite un chapitre. Si un livre peut toucher, bouleverser le cœur des lecteurs, il ne peut pas changer le monde. Il y a d’autres moyens plus efficaces. Il arrive aussi qu’un écrivain veuille « venger sa race » comme Annie Ernaux ou Pierre Michon mais ils n’étaient pas issus des milieux les plus pauvres. D’autres ont trahi leur classe en « renvoyant aux dominants un miroir insupportable. »

 

 

Sophie Divry réfute le mythe de l’autonomie absolue, de l’art pour l’art car aucun auteur n’est totalement libéré des contingences du moment. Elle rappelle que l’État est le plus grand subventionneur de la littérature mais, pour qu’il y a ait livre, il faut passer par un éditeur : « Il aide l’auteur en étant le premier à lire le manuscrit, à le juger, à l’améliorer. »

 

 

Le Nouveau Roman, même si cela date déjà, revient souvent dans les propos de l’auteure.  «Le roman ne mourra jamais » et c’est pourquoi il ne faut rien s’interdire comme la seconde partie le montre avec quelques chantiers : bousculer la typographie, le comique comme stimulant littéraire, l’utilisation de la métaphore et la comparaison, la question de la ponctuation dans les dialogues et la narration qui doit être « un ressort assez puissant pour faire tourner les pages. »

 

 

Comme elle l’a confié dans La Grande Librairie du 16 février 2017, Sophie Divry (photo ci-dessus) voulait faire un point d’étape, s’affronter à des idées reçues pour tout mettre à plat en luttant contre les conventions d’écriture. Pour cela, elle conseille de franchir quelques limites en luttant contre l’esprit de sérieux avec fantaisie. Avec Rouvrir le roman, cette jeune romancière a voulu comprendre ce qui se passait en elle tout en contribuant aussi à ouvrir les yeux et l’esprit de beaucoup d’écrivains et de lecteurs.

Jean-Paul

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 10:12

Le divan de Staline      par     Jean-Daniel Baltassat

Seuil (2013), 309 pages.

 

Pour son neuvième roman, Jean-Daniel Baltassat (photo ci-dessous) nous emmène dans une drôle d’aventure, nous faisant partager l’intimité de Staline, trente mois avant sa mort. Le divan de Staline ayant été adapté au cinéma (sortie en janvier 2017) par Fanny Ardant, cela a motivé la lecture de ce roman très bien écrit.  

 

 

Nous sommes à la mi-novembre 1950, d’abord dans la datcha préférée de Iossif Vissarionovitch Staline, Guide et Petit Père du Monde Nouveau. Cette datcha,  avec sa « vue sur la mer scintillante est une merveille. » Pourtant, il doit quitter ce lieu enchanteur pour rejoindre, toujours en Géorgie, près de la ville de Borjomi, la villa Likani, ancien palais du grand-duc Mikhailovitch.

 

 

C’est là qu’il retrouve Lidia Semionova, la belle Vedovia, qui lui lit des pages du « Charlatan viennois » pendant qu’il s’allonge sur un divan identique à celui utilisé dans le cabinet de Sigmund Freud. Avec beaucoup de détails, l’auteur montre l’incroyable déploiement de précautions pour assurer la sécurité de Staline. Celui-ci, devant quelques témoins, affecte une immense révérence envers Lénine mais l’auteur décrit bien, un peu plus loin, tout le ressentiment qu’il éprouve.

 

 

Au même moment, nous sommes au bord d’un troisième conflit mondial avec la guerre de Corée. Chou En-Laï réclame des avions russes pour contrer les offensives américaines mais Staline dit non, ce qui ne l’empêche pas de suivre de près les opérations.

 

 

Ce séjour dans le palais Likani est destiné à présenter à Staline un projet devant le rendre éternel, projet que doit mener à bien Danilov, peintre bien en cour au contraire de Kandinsky dont « les barbouillages de fainéant de l’abstraction » ne sont pas bien vus. Ce n’est pas de l’art, pas de la peinture…

Avec un constant souci du détail, l’auteur suit Lidia qui rend visite à Danilov pour l’encourager dans son projet idolâtrant un peu plus l’homme qui dirige d’une main de fer l’Urss. Les descriptions toujours très soignées nous apprennent que « Le camarade Staline est insomniaque. Tant qu’il est debout, personne n’a le droit d’éteindre les lampes ni de se coucher. »

 

Les noms de ceux qui ont accompagné Staline dans ses combats reviennent mais les qualificatifs sont sans pitié :

« la vipère erratique Béria et l’obèse Malenkov… l’arrogance de Trotsky… » Puisqu’il y a un divan,  Staline confie des rêves à sa compagne pour « jouer au Charlatan viennois. » Ainsi, le passé remonte à la surface avec tant d’horreurs et de souffrances. Staline s’offre même une séance de cinéma avec des films américains !

 

 

Le général Vlassik interroge Danilov sans concession. Staline lui dit ce qu’il pense de son projet en lui faisant toucher le masque mortuaire en bakélite de Lénine : « voilà le vrai monument d’éternité. Ça et la momie d’Ilitch dans son tombeau de la place Rouge. »

 

 

Après ça, il lui confie un dossier confirmant les massacres de millions de déportés et révélant une vérité terrible avec d’horribles et d’inimaginables souffrances.

Jean-Paul

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 21:33

Illettré      par     Cécile Ladjali

Actes Sud (2016) 211 pages

 

L’idée est originale et surtout bien traitée : décrire la vie de Léo, un illettré de 20 ans qui habite près de la cité Gagarine, porte de Saint-Ouen. Ce jeune homme qui vit seul, ose céder aux avances de Louisa, une prostituée, mais c’est Sibylle, la jolie infirmière, qu’il aime, une voisine installée quelques étages au-dessous.

 

 

Chaque matin, Léo se lève à 5 h 45 pour pointer à l’usine à 6 h 30. Lui  qui ne sait pas lire, il travaille dur dans une imprimerie et cela depuis l’âge de 16 ans ! Hélas, son handicap éducatif lui a coûté deux doigts parce qu’il n’avait pas su déchiffrer un panneau de mise en garde, un jour où on l’avait changé de machine.

 

 

Rien n’a été facile pour Léo, même s’il a régulièrement trouvé des gens pour l’aider comme Adélaïde, sa grand-mère, qui a remplacé ses parents disparus subitement alors qu’il était au CP. Ce traumatisme a bloqué ses apprentissages mais il a suivi tant bien que mal une scolarité au minimum. Le peu qu’il a appris a été oublié et il invente tous les stratagèmes possibles pour masquer ce qui est une véritable infirmité dans notre monde dit civilisé.

 

 

Avec beaucoup de tact, Cécile Ladjali (photo ci-dessous) nous fait partager le quotidien d’un jeune homme qui ne cesse de souffrir : « Le secret des hommes qui lisent et qui écrivent lui a longtemps fait envie. » Heureusement, une autre personne vient à son secours, Mme Ancelme, la concierge, qui lui permet même de voter avec un conseil très simple : « Deux mots seulement, mon Léo, il n’y a que deux mots sur le bulletin de vote que tu dois choisir. » Et il s’en sort très bien.

 

 

Un retour en arrière fait la chronique d’un drame, l’enfance et la jeunesse de Léo avec, en plus, la journée d’appel pour le Service national pour lequel il est réformé, ce qui ne lui plaît pas du tout. 

 

 

C’est avec sa grand-mère que se déroulent des moments très forts jusqu’à cette cérémonie d’adieu au cimetière de Saint-Ouen : « Devant la tombe d’Adélaïde et l’absence définitive, Léo inspire profondément. Il voit le ciel et se demande si les livres content autant de balivernes que les dieux, puis si les dieux sont aussi menteurs que les hommes qui les ont inventés parce qu’ils avaient peur du vide. »

 

 

Pourtant, Léo ne veut plus rester Illettré. Il travaille avec Sibylle, se rend aux cours du Centre d’insertion médicosocial, accompagné par Mme Ancelme, la première fois. Ici, nous mesurons toute l’inadéquation de telles opérations vouées à l’échec, comme son parcours scolaire. Le choc est dur à encaisser lorsqu’il constate que Violette, la fille de Sibylle, sait lire.

 

 

Toutes les aides ont échoué, un homme se noie, ne peut plus rien tout seul. Même le chômage s’en mêle ! Terrible bilan d’une vie pourtant bien du XXIe siècle.

 

 

Merci à Marisette pour m’avoir permis de lire ce livre.

Jean-Paul

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 09:23

Cannibales       par      Régis Jauffret

Seuil (2016), 185 pages.

 

En écrivant Cannibales, Régis Jauffret s’est lancé dans une aventure périlleuse, très difficile en tout cas : mener un roman avec uniquement un échange de lettres. Noémie et Jeanne en sont les personnages principaux mais Geoffrey, fils de Jeanne qui a quitté Noémie, fournit aussi quelques missives.

 

 

Noémie est une artiste peintre  de 24 ans qui rêvait d’être chanteuse d’opéra. Elle écrit à Jeanne (Chère Madame) qui lui répond (Chère Noémie) en lui disant que son mari s’appelait Poutine ( !), qu’elle a 85 ans et qu’elle fait de l’ostéoporose. Elle lui demande de ne plus lui écrire. Son cynisme perce déjà.

 

 

Noémie enchaîne en lui avouant : « Vous devez avec raison préférer le silence qui est au langage ce que la paix est au conflit. » Elle décrit Geoffrey sans complaisance : « Un être intelligent qu’aucune femme ne regrettera jamais d’avoir connu. » Ajoutant  un peu plus loin que Jeanne est « chanceuse d’avoir mis Geoffrey au monde. Aujourd’hui, je regrette que vous ne vous soyez pas tenue à la plus grande chasteté le soir où vous l’avez conçu. »

 

 

Les amabilités continuent. Les premières lettres sont les meilleures mais Régis Jauffret distille tout au long du livre quantité de formules assassines réussissant le tour de force, après un week-end à Cabourg, de réunir ces deux femmes que tout oppose au départ, autour d’un projet fou : tuer et manger Geoffrey !

 

 

Noémie détaille toutes ses idées sur l’amour, rêvant de voir pleurer ceux qu’elle écarte : « Les pleurs abondant des hommes sont beaucoup plus troublant que leur pauvre semence. » Jeanne se moque d’elle : « Votre gentillesse superficielle et fourbe m’a séduite. » les lettres commençant par « Chère Jeanne » ou « Petit ange ».

 

 

L’humour est bien présent, même un peu macabre : « nous le mangerons bien grillé et il croquera sous la dent comme les croquantes endives dont vous raffolez. » Geoffrey, un architecte de 52 ans, entre dans la danse et parle de son enfance, demandant à sa mère de l’oublier puisqu’elle n’a pas su l’aimer.

 

Si Jeanne ordonne « Aimez-le avec autant d’attention qu’une femme chérit le porcelet qu’elle sacrifiera à la Saint-Sylvestre », Noémie lâche : « Nous n’avons pas comme vous, la chance  de bénéficier des douceurs de la religion. Pauvres athées que nous sommes. » L’histoire  se termine de façon macabre mais avec une pirouette amusante.

 

 

Pour arriver au bout de son roman, Régis Jauffret (photo ci-dessus) a dû étirer son histoire, développer des aspects annexes et imaginer des issues assez improbables mais l’essentiel est dans cet humour féroce, ces formules incroyables qu’il a su écrire avec talent et beaucoup d’à propos.

Jean-Paul

 

PS : Lors des Correspondances de Manosque 2016, Marie-Sophie Ferdane et Françoise Fabian avaient remarquablement lu une partie de ce courrier échangé entre Noémie et Jeanne, en présence de Régis Jauffret.

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 16:48

Le pouvoir de la pédale      par     Olivier Razemon

Comment le vélo transforme nos sociétés cabossées

Rue de l’échiquier (2014) 189 pages

 

Tenter de promouvoir la pratique du vélo n’est pas toujours chose facile comme l’a constaté l’auteur. Dans un débat improvisé, il se trouve toujours quelqu’un pour brocarder ce moyen de transport avec une réaction très  vive qualifiant notre pauvre deux-roues de  « véhicule du pauvre, d’instrument difficile à manier ou encore de talisman écolo pour bourgeois rêveur. »

 

 

Pourtant, Olivier Razemon l’affirme, c’est un moyen de locomotion rapide, fiable, bon marché, sain, peu consommateur d’espace, économe en énergie et non polluant afin d’assurer des déplacements entre 500 m et 10 km. Tout au long du livre, la démonstration est très convaincante.

En cinq chapitres, toutes les possibilités, toutes les solutions mais aussi tout ce qui existe déjà est passé au crible avec une argumentation très précise étayée de nombreux exemples pris surtout en Europe mais aussi sur d’autres continents.

 

 

Partant de la machine à courir du baron Karl Drais von Sauerbronn, en 1817, l’auteur détaille les diverses évolutions de ce vélocipède qui a séduit toutes les couches de la société sans jamais s’imposer définitivement. « Dès les années 1910, émerge l’automobile, mode de transport individuel, rapide et protégé des intempéries. » Dans les années 1950, « il devient bientôt inconcevable d’effectuer un déplacement autrement qu’au volant. » On produit toujours plus de voitures, d’autres deux-roues sont motorisés et envahissent l’espace de circulation.

 

 

Olivier Razemon (photo ci-dessous) s’attache ensuite à casser les fausses images du vélo qui n’est pas qu’un engin de souffrance ni la voiture du pauvre, encore moins un talisman écolo ou une lubie de bobo. Les cyclistes ne sont pas des dangers publics : « Plus il y a de cyclistes, moins ils ont d’accidents. » C’est la plus belle conquête de l’homme : « Pédaler, c’est une affaire de plaisir, de santé et de tranquillité. »

 

 

Il prétend que le port du casque obligatoire est encouragé par le lobby automobile et qu’il faut laisser les gens libres d’en porter un ou pas. Là, je ne suis pas d'accord, le casque pouvant vous sauver la vie, même en ville... où, bien sûr, le casque devient encombrant dès qu’on pose le vélo.

 

Le vélo représente un marché prometteur avec beaucoup d’emplois non délocalisables et des économies à venir pour la Sécurité sociale. À vélo, comme à pied, « on se croise, on se salue, on discute. » Cela rend la vie plus agréable. Beaucoup d’aménagements restent à réaliser à l’exemple de la ViaRhôna, à condition de ne pas laisser des liaisons aussi absurdes que ce pont reliant Sarras (07) à Saint-Vallier (26) où l’on est incapable de réserver un des deux larges trottoirs aux cyclistes (ndlr)…

 

 

Olivier Razemon affirme : «  il ne s’agit pas de s’attaquer aux automobilistes ou aux motards. Il s’agit en revanche de les convaincre – quitte à passer par la contrainte – d’effectuer certains trajets autrement. » Pour que la France devienne enfin un pays cyclable, le chantier est vaste car il est déjà indispensable d’assurer l’entretien et le nettoyage de ce qui existe.

 

 

Le pouvoir de la pédale foisonne d’idées, de conseils, de pistes à explorer, d’initiatives à développer. Le livre se termine avec une nouvelle se passant en 2039, un cauchemar possible, à éviter…

Jean-Paul

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 17:56

Aphorismes sous la lune     par     Sylvain Tesson

Et autres pensées sauvages (Illustrations de Bertrand de Miollis)

Éditions des Équateurs (2008) 109 pages.

 

Chaque soir, en voyage, devant un paysage, après une rencontre, Sylvain Tesson a piégé sa pensée et l'a épinglée dans son carnet. C'est ainsi qu'il définit un aphorisme.


Il a donc écrit ce recueil d'aphorismes qui est un magnifique bouquin d'une centaine de pages seulement, mais qui est un vrai petit bijou et se lit avec délice.

 

Il y a dans ces aphorismes beaucoup de poésie, d'humour, de philosophie mais aussi beaucoup de légèreté. En le lisant, j'ai eu presque l'impression de déambuler dans une exposition de peinture au milieu de tableaux, de photos mais aussi d'odeurs...Chaque pensée ouvre la porte à d'autres perceptions.

 


En résumé, un livre qui pourrait bien devenir mon livre de chevet.

 

Ghislaine

 

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 12:53

Défaite des maîtres et possesseurs      par    Vincent Message

Seuil (2016), 297 pages.

Prix Orange du livre 2016

 

Vincent Message (photo ci-contre), jeune écrivain, en est déjà à son second roman. Après Les Veilleurs, publié en 2009, il réussit une œuvre marquante qui incite à une profonde réflexion sur nos habitudes de vie et de consommation. Justement récompensé par le Prix Orange du livre 2016, Défaites des maîtres et possesseurs est une fiction complètement d’actualité.

 

 

Le narrateur se nomme Malo Claeys et nous comprenons petit à petit qu’il vient d’ailleurs, que la société dans laquelle il vit est fliquée et qu’il est très inquiet à cause de la disparition d’Iris, une clandestine qui vivait à son domicile. Saskia, son ex-épouse, est partie avec Yanis, leur fils. Aurait-elle dénoncé Iris ?

 

 

Retrouvée inanimée au bord de la route, Iris doit être amputée puis greffée mais son bracelet est détérioré et il faut absolument lui en procurer un autre car elle sera piquée puisqu’il y a trop d’hommes sur cette terre…

 

 

Peu à peu, nous comprenons ce qui s’est passé et l’incompréhension devant la situation sur Terre : « autant de gâchis, de morts inutiles, un pareil consentement à faire souffrir et à détruire sans retour. » Que c’est bien observé ! Malo constate que nous recherchons des êtres vivants ailleurs mais que nous massacrons les animaux sur terre, dans les mers.

 

 

La recherche menée par Malo l’amène à se souvenir comment il a sauvé Iris et nous emmène dans une ferme humaine d’élevage… scènes difficilement soutenables mais l’écriture de Vincent Message permet au lecteur le plus sensible de passer au-dessus du premier réflexe épidermique pour aller au-delà. Une réflexion salutaire.

 

 

La colonisation menée par ces êtres venus d’ailleurs ne peut que rappeler ce que nous avons fait sur d’autres continents : les guerres, les nombreuses victimes, les virus apportés, les espèces disparues, la pollution… Ils ont pris notre habitude de tout nommer, pour mieux dominer ?

 

 

Nous apprenons que les hommes ont été classés en trois catégories par ceux qu’ils nomment « les démons » : « ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. Nous les traitons, tous, comme des êtres à notre service, que nous utilisons pour combler autant que faire se peut nos désirs et avec lesquels nous pouvons en user comme bon nous semble, pour peu que cela contribue à améliorer notre sort, ou l’agrément que nous prenons à la vie. Nous sommes durs avec cette espèce, sans doute, mais c’est pour le plus grand bien de la nôtre. Nous savons tous, parce que c’est une affaire d’instinct, ou de bon sens, que les intérêts de notre espèce sont des intérêts supérieurs. »

 

 

Cette longue citation ne vous rappelle rien ? Vincent Message va loin dans le parallèle avec ce que nous faisons subir aux autres espèces et cela doit nous faire réfléchir et modifier nos comportements.

D’autres débats animent la quête de Malo et l’histoire devient de plus en plus palpitante. Un seul mot s’impose : défaite. « Qui veut être le maître se perd ; qui veut par-dessus tout compter au nombre des possesseurs ne se maintiendra qu’en dépossédant tous les jours, tous les autres. »

Jean-Paul

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 13:28

Dans l’attente de toi       par      Alexis Jenni

L’Iconoclaste (2016) 247 pages

 

Alexis Jenni s’est livré à une tâche délicate en écrivant Dans l’attente de toi : parler d’amour en s’appuyant sur quelques tableaux, les détaillant avec précision pour révéler à son lecteur des particularités pas toujours évidentes.

 

 

Pour l’auteur, « Les livres naissent de ce que l’on ne sait pas dire. » Quant à l’amour charnel : « On sait ce qu’on a vécu intensément, et pleinement, mais ce qui a eu lieu n’est pas de la nature du langage. » Pour le toucher, les mots manquent mais il y parvient bien en se servant des tableaux comme d’un miroir.

 

 

Pierre Bonnard est à l’honneur avec cinq tableaux décortiqués. « Le cabinet de toilette au canapé rose » fait craquer l’auteur pour les fesses de Maria Boursin qui sont, d’après lui, les plus belles de toute l’histoire de la peinture : « des fesses lumineuses et denses qui sont offertes au regard dans un chatoiement de soieries. »

 

 

Pour chaque tableau, Alexis Jenni (L'art français de la guerre, La nuit de Walehammes, Les mémoires dangereuses avec Benjamin Stora) rappelle certains détails oubliés ou peu connus de la vie de l’artiste mais il ne faut pas oublier que tout ce qu’il écrit vise à dire tout son amour pour celle qui partage sa vie : « Je pose ma main sur ton ventre et j’en sens la courbe. » Il voit, il touche, il effleure, il aime.

 

 

Il nous emmène aussi dans les tableaux de Francis Bacon et nous fait partager sa complicité avec son ami George Dyer, fixée sur la pellicule par John Deakin dans l’Orient-Express ou dans l’atelier du peintre.

 

 

Quelques tableaux de Georges de la Tour, du Titien, de Rembrandt, de Fragonard, de Picasso, de Nicolas Poussin et d’Auguste Rodin (aquarelle) sont détaillés au fil du livre avec une autre photographe : Gertrude Käsebier, qui a pris le célèbre sculpteur dans son atelier : « Quel besoin a-t-on de voir, si on peut tout savoir par le bout des doigts ? »

 

 

Vers la fin du livre, Alexis Jenni (photo ci-contre) dit tout son amour pour la peau de celle qu’il désire : « Tu as un contact de fruit, un fruit lisse et gonflé à craquer, comme une cerise sous la langue ; mais la cerise est trop petite pour faire image… Ma main sur ta peau me donne le sentiment d’un kaki mûr, dont la couleur de peau paressant au soleil est aussi douce que le goût. » Difficile de rendre un plus bel hommage. Magnifique !

Jean-Paul

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 10:10

Repose-toi sur moi       par       Serge Joncour

 Flammarion (2016) 426 pages.

 

Sur les pas de Ludovic et d’Aurore, Serge Joncour (photo ci-dessous) emmène son lecteur et le passionne avec toujours autant de talent. Si l’essentiel de l’action se passe à Paris, l’auteur n’en oublie pas une ruralité qu’il connaît bien et qu’il dépeint sans concession.

 

 

Ludovic mesure 1,95 m et pèse 102 kg. Cette armoire à glace au cœur tendre recouvre des dettes, un métier où il faut allier psychologie et intimidation en évitant, si possible, la violence. De son côté, Aurore est styliste de mode, créant et faisant fabriquer des vêtements à son nom. Tous les deux, ils habitent le même immeuble, l’un la partie ancienne et l’autre la partie rénovée avec des appartements vides la plupart du temps ou loués à des touristes pour de courts séjours parisiens.

 

 

Tout sépare ces deux êtres dont l’un déclare, à la fin du roman : « Repose-toi sur moi » Pas évident de deviner lequel. Entre ces deux mondes qui cohabitent, deux corbeaux ont élu domicile. Dans la cour de l’immeuble, ils impressionnent et affolent Aurore qui est sauvée par Ludovic. Commence alors un attachement improbable entre eux deux, sorte d’attraction-répulsion menant à un amour fou.

 

 

Ces deux mondes que tout oppose peuvent se voir d’un côté à l’autre et l’impression est très différente lorsqu’Aurore regarde les fenêtres de son appartement depuis celui de Ludovic. C’est une manière de se regarder vivre et de réfléchir sur son mode de vie.

 

 

Autre mode de vie, celui de la ferme que Ludovic a quittée après la mort de Mathilde, victime d’un cancer causé par les pesticides, ces produits appelés phytosanitaires pour faire moins peur. Régulièrement, il retourne dans la vallée du Célé, fait 600 km pour voir sa mère, sa sœur, son beau-frère et ses neveux qui ne rêvent que de Paris : « Une famille, c’est comme un jardin, si on n’y fout pas les pieds ça se met à pousser à tire-larigot, ça meurt d’abandon. » Là-bas, il connaît tout alors qu’à Paris, « il distinguait à peine les appartements d’en face, celui de la belle énervée, la brune revêche qu’il voyait fumer, le soir dans la cour… »

 

 

Aurore se bat pour produire ses modèles en France, se déplace à Annonay, ville citée à trois reprises, puis à Troyes pour rattraper une fabrication ratée alors que Fabian, son associé fait tout pour augmenter les profits et délocaliser en Asie.

 

 

L’action s’emballe peu à peu, la lecture du livre devient haletante et il est très difficile de le fermer. Serge Joncour ne déçoit jamais son lecteur (L’Amour sans le faire, L’écrivain national) avec un suspense bien mené et toujours des instantanés très judicieux sur cette société qui est la nôtre. Aurore va au bout de son amour : «… elle embrassait l’amour et le diable, la peur et le désir, la mort et la gaîté… »

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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