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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 07:46

La Brigade du rire par Gérard Mordillat

Albin Michel (2015). 215 pages

 

Pierre Ramut sort de l’hôtel Westminster, au Touquet. Ce journaliste célèbre, auteur de La France debout est accosté par une admiratrice, « une jeune fille blonde, lunettes en plastique rouge, décolleté avantageux » qui lui fait dédicacer son livre puis l’emmène jusqu’à une voiture où débute une histoire extraordinaire.

 

 

La verve de Gérard Mordillat et la justesse de ses analyses à propos de notre société se révèlent une nouvelle fois très pertinentes et percutantes grâce aux retrouvailles de ces anciens camarades de lycée décidés à célébrer une victoire lors d’un tournoi scolaire de hand. Chacun a son histoire et, tout au long du livre, l’auteur nous emmène d’abord dans les pas de Kol qui vient d’être licencié. Il raconte ses batailles syndicales : « Il fallait obtenir des garanties, des primes, ces merdes ou ces hochets qui sont distribués à chaque fermeture d’entreprise. », et ses galères pour retrouver du travail.

 

 

L’Enfant-Loup, le second compère, est garagiste dans le Nord. Il ne se retrouve plus dans la vie actuelle : « La société n’était plus démocratique ni républicaine. Il n’y avait plus de vertu, que de la cupidité et du cynisme. »

 

 

Dylan est prof d’anglais. Il vit avec deux sœurs, Dorith et Muriel qui sont très délurées : « s’aimer c’est rire ensemble même quand il y a de quoi pleurer. » Arrive Zac Bergmann : « le juif rouquin qui jouait à l’arrière-centre, était devenu un gros poussah aux joues mal rasées, à la mine négligée, à la volubilité anxieuse. » Il est critique de cinéma. Puis voilà Rousseau, prof de droit du travail et Hurel, l’arrière-gauche. L’équipe serait au complet si Bob, le gardien était là mais Victoria le remplace…

 

 

Les conversations s’enchaînent et s’enflamment puis le plan se met en place pour s’occuper de l’éditorialiste de Valeurs Françaises, Pierre Ramut : « Le faire travailler dans les conditions qu’il met en exergue dans son journal. Pas les brigades rouges mais La Brigade du rire. »

 

 

Si tout se passe comme prévu, chacun se débat avec ses problèmes personnels et son histoire ce qui peut nous emmener jusqu’en Israël. Pour ne pas être reconnus plus tard, ils portent les masques des sept nains avec une combinaison de travail, des gants et des chaussures de sécurité.

 

 

Les discussions sont édifiantes car les réponses aux questions de Ramut sont les propres arguments qu’il développe à longueur d’articles. Lui qui veut supprimer les 35 h, passer à 40 ou 48 h, il va être obligé de travailler afin de perforer des pièces métalliques avec une perceuse à colonne. Il va faire les 3x8 et 600 pièces à l’heure pour gagner le Smic moins 20 % « afin de rivaliser avec les Chinois. » Un forfait nourriture, logement, eau, électricité sera déduit mais un bleu lavé et repassé lui sera fourni chaque semaine… Au bout de plusieurs semaines, L’Enfant-Loup pourra dire à Ramut : « On ne rabaisse personne en le faisant travailler… Vous travaillez et comme travailleur vous avez droit à notre respect. »

 

 

La Brigade du rire est un livre très vivant, souvent drôle avec des rebondissements et des discussions sur le cinéma qui posent « la seule question que Sautet posait quand on lui parlait d’un scénario, c’était : « Ça finit comment ? » Et bien, lisez Gérard Mordillat et vous ne serez pas déçus !

Jean-Paul

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 07:34

Profession du père par Sorj Chalandon

Grasset (2015) 315 pages

 

Retrouver Sorj Chalandon est toujours un immense plaisir mais il faut avouer que j’ai été un peu dérouté par les premières pages de son dernier roman, pages très dures, difficiles à admettre, sachant que l’auteur parle, pour l’essentiel, de ce qu’il a vécu lorsqu’il était enfant.

 

Profession du père débute au crématoire, le samedi 23 avril 2011, où Émile Choulans se trouve seul avec sa mère. Fadila, sa femme, et Clément, son fils, sont absents, « ce n’était pas un lieu pour eux ». Nous retrouverons cette scène à la fin du livre mais, entre-temps, Émile raconte ce que son père, le défunt, lui a fait vivre.

 

Le retour en arrière nous ramène au dimanche 23 avril 1961. Devant la télé, André, le père, insulte de Gaulle. Il appelle sa femme et son fils : « Denise, Picasso, venez ! C’est la guerre ! » Celui qu’il nomme Picasso, c’est son fils qui a 9 ans et qui raconte. Son carnet à dessin est son refuge car son père est un véritable mythomane. Au fil des pages, nous découvrons qu’il dit avoir été à l’origine de la création des Compagnons de la chanson en 1961, groupe dont il a été exclu… mais aussi parachutiste, pasteur pentecôtiste, ceinture noire de judo, footballeur professionnel, qu’il a aussi contribué à cacher Rudolf Noureev fuyant l’Urss, etc… L’imagination de cet homme est sans bornes mais, le problème, c’est qu’elle cause beaucoup de dégâts chez son fils.

 

Non seulement, il l’oblige à écrire OAS (Organisation de l’armée secrète) sur les murs après le putsch manqué des généraux à Alger, en avril 1961 mais la moindre erreur ou faiblesse de sa part lui vaut des corrections violentes de tous les styles : ceinture, martinet, coups de pied, plus les privations de nourriture et l’enfermement dans une armoire appelée « la maison de correction. »

 

Il y a aussi Ted, le fameux ami américain, toujours invisible et soi-disant parrain de l’enfant qui ne tarde pas à jouer à l’agent secret aux dépens d’un autre camarade plus crédule que lui. Finalement, son plus gros problème, il le rencontre à l’école lors du questionnaire de rentrée qui demande « Profession du père ». Que mettre ? Quand sa mère propose « Sans profession », cela plaît à son père qui déclare avec la délicatesse qui le caractérise : « Tu sais qu’elle est loin d’être conne, la vieille ? »

 

S’il n’y avait les violences physiques et tous ces traumatismes accumulés, certains épisodes seraient amusants comme la scène du meeting aérien. Lorsqu’Émile trouve un travail, après le bac, il se fait brocarder par son père qui l’appelle « l’incapable ». À 21 ans, il gagne 3,27 F de l’heure, comme apprenti ébéniste, mais le père en prend la moitié pour payer la pension.

 

« J’ai eu peur du sommeil. Peur de fermer les yeux. Peur de ne pas me réveiller. De mourir là, dans une rue en hiver. Et personne, jamais, ne m’a consolé de ces nuits. » Que dire de plus que ces mots terribles écrits par l’auteur qui avoue : « Notre famille de rien. » ?

 

« Entre l’effroi absolu et la comédie drôle », Profession du père, c’est le roman d’un fils pour son père aimé malgré tout. Comme l’a déclaré Sorj Chalandon : « S’il n’avait pas été violent, cela aurait été une enfance assez formidable. »

 

Un grand merci à Élodie pour m’avoir permis de lire ce roman d’un auteur que j’apprécie beaucoup.

Jean-Paul

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 20:03

Johnny CASH Une vie (1932 – 2003)

BD par Reinhard Kleist. Traduit de l’allemand par Fabrice Ricker

Dargaud (2008) 205 pages plus une galerie de planches superbes.

 

Raconter la vie de Johnny Cash a été fait au cinéma et magistralement par James Mangold dans Walk the line, en 2005. Reinhard Kleist, scénariste et illustrateur allemand, de manière beaucoup plus sombre, s’est lancé lui aussi dans le récit de la vie d’un homme parti des champs de coton pour triompher sur scène. S’il est tombé plusieurs fois, il a toujours su se relever pour rester une véritable légende de la chanson, de la musique populaire américaine.

 

Glen Sherley, rencontré lors de son passage à la prison de Folsom, sert de narrateur et permet de suivre la vie tumultueuse de notre héros. Cet homme, chanteur lui-même, est tiré du mauvais engrenage dans lequel il se trouve par Johnny Cash qui l’emmène en tournée et lance sa carrière. Hélas, Glen Sherley supporte mal la célébrité et se suicide en 1978.

 

L’auteur n’évite pas les épisodes peu glorieux de la vie de Johnny Cash comme lorsqu’il met le feu à la forêt du parc national de Los Padres, détruisant complètement une zone de nidification du condor californien. Glen ajoute : « Il en a choqué plus d’un avec cette histoire. »

 

On retrouve Cash avec Bob Dylan qui tente de lui proposer son porte harmonica mais : « C’est pas bon pour moi ton truc. Ça me ralentit. » Quand il ajoute : « Je vois trop d’obscurité dans ce monde. » Bob lui demande, un rien moqueur : « Oh, alors, c’est pour ça que Monsieur s’habille toujours en noir ? » La réponse est cinglante : « Tu vois beaucoup de raisons de porter les couleurs de l’arc-en-ciel, toi ? »

 

Ainsi, Une vie s’égrène, rythmée par quelques paroles de chanson et June Carter. Leurs rencontres sont toujours très animées comme lorsqu’elle lui demande ce qu’il pense du texte de Cercle de feu. Il rétorque : « Assez psychédélique. Tu t’es envoyé des trucs ? Ha ! Ha ! Ha ! » Mais June ne se laisse pas faire : « Je suis sérieuse. Cette chanson représente beaucoup pour moi et je voudrais ton avis sincère. » Et celui qui chantera si bien Ring of fire répond : « C’est une super love song. Celui à qui tu as pensé en l’écrivant peut s’estimer heureux. » L’échange se poursuit avant qu’elle lui donne des conseils pour bien chanter Jackson, leur fabuleux succès…

 

  Plus tard, elle sera à ses côtés lors d’une désintoxication qui donne l’occasion au dessinateur de créer des planches très impressionnantes comme celles, magnifiques, qu’il livre à la fin du livre. S’il est mort en 2003, quelques mois après June Carter, il faut encore et toujours écouter Johnny Cash !

 

Un grand Merci à Vincent pour m’avoir offert ce remarquable album !

Jean-Paul

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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 09:08

Cible principale de Daech, les Yézidis du Kurdistan irakien vivent un cauchemar qui dure depuis des années. SARA (Ils nous traitaient comme des bêtes), témoignage écrit avec Célia Mercier, raconte toutes les souffrances endurées par ces gens qui ne demandaient qu'à vivre en paix.

 

Sara Ils nous traitaient comme des bêtes

Avec Célia Mercier

Flammarion (2015). 231 pages

 

 

Recueillir le récit de toutes les horreurs dont on nous parle puis que nous oublions sauf si leurs auteurs viennent frapper chez nous, n’est pas chose aisée. Pourtant, il faut lire ce que Sara (les prénoms ont été changés pour des raisons évidentes de sécurité) a confié à Célia Mercier, une journaliste qui connaît bien ces pays d’Orient et du Moyen-Orient où les pires sévices sont infligés aux filles et aux femmes.

 

 

Dans ce livre, elle attire notre attention sur les drames que vivent les Yézidis depuis août 2014, dans la région du Sinjar, en Irak. Daech veut faire disparaître un peuple qui subit un soixante-quatorzième massacre en moins d’un millénaire.

 

 

Dans la première partie du livre, Sara s’attache à nous montrer combien la vie était organisée suivant les traditions dans son village de Kocho, province de Ninive. Elle nous détaille les bases d’une religion qui tente de respecter la vérité, la connaissance et le mérite. Le peuple Yézidi a résisté, subissant les persécutions de l’islam, des Kurdes musulmans, du Califat arabe, de l’empire ottoman et enfin, aujourd’hui, de Daech.

 

 

Sara est née en 1986 dans une famille qui compte onze enfants. Chaque homme de la famille a un parrain musulman sunnite. On élève principalement des ovins et l’on cultive du blé, de l’orge, récoltant aussi tomates, pommes de terre, oignons, pastèques, ail, olives…

 

 

Sara suit un enseignement en kurde mais doit arrêter l’école à la fin du primaire alors que ses frères continuent en secondaire à 30 km du village. Certains hommes partent travailler en Allemagne : « Un homme qui travaille là-bas peut faire vivre trois familles ici. » Elle détaille aussi les débuts de sa vie amoureuse.

 

 

Le récit de Sara est entrecoupé par les aventures de son frère, par les histoires de Nadir, de Myriam, de Samia et se conclut avec le témoignage d’Amina Saeed, ancienne parlementaire irakienne et enfin par celui de Nada, 16 ans.

 

 

Tout au long de ces pages, les sévices subis, les assassinats en nombre perpétrés par ces hommes en noir se succèdent sans interruption et se poursuivent aujourd’hui : « Ces hommes n’ont aucune pitié, aucune humanité… Nous sommes livrées à des bêtes sauvages, des monstres. »

 

 

« Le 3 août 2014, Daech a capturé plus de 5 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants. » Les filles, à partir de 9 ans ont été violées, battues et personne n’a bougé devant ce véritable génocide, s’insurge Amina Saeed alors que le malheur continue de s’abattre sur un peuple qui ne sait plus ce que c’est que vivre en paix.

 

 

Un grand merci à Jean-Pierre S. pour m’avoir offert ce livre-témoignage terriblement actuel, hélas.

Jean-Paul

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 12:21

Le Choix BD par Désirée et Alain Frappier

La ville brûle (2015) 119 pages.

 

40 ans, jour pour jour, après le discours sur l’avortement prononcé par Simone Veil à l’Assemblée nationale, le 26 novembre 2014, Désirée et Alain Frappier envoyaient les fichiers de leur livre à l’imprimeur… Pourtant, malgré tout ce temps passé et tant de luttes menées par les femmes pour conquérir le droit de choisir de procréer ou pas, ce droit est toujours menacé par les intégrismes de toutes sortes.

 

 

 

L’histoire intime commence à la première personne du singulier. Celle qui raconte, entre en cinquième et voyage : « J’ai une carte famille nombreuse… Mais je voyage toujours seule. Je change souvent d’école… et souvent de famille. 1970 est une bonne année. C’est ma grand-mère qui me récupère sur le quai de Biarritz-la-négresse. » Elle s’appelle Désirée : « C’est curieux de s’appeler Désirée quand on ne veut pas de toi. »

 

 

Le dessin, en noir et blanc, est sobre, efficace, précis. Il permet de suivre cette adolescente qui arrive dans un lycée climatique pour jeunes filles asthmatiques où elle commence à… fumer et entend parler pour la première fois d’avortement : « Hélène, tombée enceinte d’un garçon de terminale… Elle avait trop peur d’en parler à ses parents. Elle a trouvé une adresse pour se faire avorter… Mais le soir, elle n’est pas revenue… Elle est morte ? Non, sauvée de justesse ! Une pionne l’a retrouvée baignant dans son sang, dans une chambre d’hôtel. »

 

 

Elle lit Sand, Balzac, Zola, Maupassant puis rencontre Mathilde qui fait partie du MLAC (Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception.) Elle parle de l’appel de 343 femmes qui ont eu le courage, en 1971, de signer le manifeste : « Je me suis fait avorter ». Si les actrices ou les écrivaines n’ont pas été inquiétées, les intérimaires de l’enseignement ou de l’administration ont été brutalement renvoyées après la publication du manifeste.

 

 

Ainsi, au travers du parcours de cette jeune fille, nous suivons l’actualité, les procès comme celui de Bobigny, l’opposition de l’Ordre des médecins, le combat de Gisèle Halimi, avocate, et celui de Simone Veil devant une Assemblée composée de 469 hommes et 9 femmes ! Si la loi est votée en novembre 1974, elle n’entre en application que le 17 janvier 1975 mais l’hôpital Cochin, par exemple, refuse de l’appliquer.

 

 

« Les enfants portent les silences de leurs mères. Des silences qui se transforment en chagrins qui durent » et le dessin est très noir. Annie Ernaux publie L’événement, un livre boudé par les médias. Elle écrit : « Je n’ai jamais eu honte. J’ai davantage souffert du silence autour de mon avortement. Une immense solitude entoure les femmes qui avortent. »

 

 

 

 

Les différentes méthodes pour avorter sont détaillées mais ce qui est essentiel, c’est : « connaître notre corps et ne pas l’abandonner au pouvoir médical. » Il faut enfin citer Anne Joubert, texte ajouté dans les rencontres, à la fin du livre : « Tout ce qui a été acquis par la lutte des femmes peut être remis en cause à chaque instant par l’ordre moral et le pouvoir patriarcal. »

 

Merci à Vincent pour nous avoir offert ce roman graphique si important.

Jean-Paul

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 13:57

Bilqiss  par   Saphia Azzeddine

Seuil (2015). 208 pages

 

Plongés, dès la première phrase, en plein procès, nous sommes avec celle qui est jugée : « Je n’ai rien fait de mal, je n’ai donc pas à me défendre. » Bilqiss parle et se confie, faisant ce constat terrible à propos de sa vie : « Elle m’avait été confisquée à ma naissance. » D’ailleurs, ses parents auraient préféré avoir un fils…

 

 

Le pays où se déroule ce drame n’est jamais cité mais nous sommes en Orient, dans un État qui applique la charia et la lapidation est requise pour punir Bilqiss d’avoir commis les délits suivants : du maquillage, des chaussures à talons, de la lingerie féminine, un portrait d’homme, des journaux, un recueil de poésie persane, du gingembre, une bougie parfumée, des cassettes de chansons, une peluche, des collants, un parfum, une pince à épiler, etc…

 

 

L’écriture de Saphia Azzeddine est simple, précise, efficace et happe le lecteur dès la première phrase. Le juge à qui revient la décision finale, fait traîner les choses. Il vient même voir Bilqiss dans sa cellule et entame un jeu trouble avec elle. On lui reproche d’avoir, un matin, remplacé le muezzin, complètement saoul, et, du haut du minaret, d’avoir adapté le texte officiel…

 

 

Dans la salle, les téléphones portables filment et les vidéos circulent sur le net. Bilqiss devient une icône en Amérique mais, sur place, ses réponses cinglantes et tellement justes et vraies lui causent 37 coups de fouet sur la place publique. Elle décrit la douleur, la honte, l’horreur et le juge vient la soigner…

 

 

C’est d’ailleurs lui qui prend la parole ensuite. Il raconte son parcours. Charpentier d’abord, il est devenu mouchard puis prédicateur renommé. Il a épousé Nafisa, l’institutrice, qui ne supporte pas qu’il ait fait brûler les archives de l’école : « Ça s’appelle l’histoire, Hasan, l’histoire ! » Plus tard, elle avait constaté : « Vingt-deux mosquées dans le village et pas un seul hôpital… Trouves-tu cela normal ? »

 

 

Avant que Bilqiss ne reprenne la parole, nous nous retrouvons subitement aux États-Unis avec Leandra Hersham, journaliste, fille d’une mannequin et d’un ponte du cinéma, qui vient de découvrir Bilqiss sur internet et se rend aussitôt sur place où elle doit porter la burqa. Elle voit en Bilqiss une femme « pauvre, veuve et marginalisée. Personne au village ne savait quoi faire d’elle. » Dans la rue, elle note : « l’arrière-goût du spectacle avait des relents de fin du monde. »

 

 

La question est posée : « Pourquoi lapider une femme pour une faute si peu grave ? » La précision est importante : aucune trace de lapidation dans le Coran : « Historiquement, la lapidation nous vient de la Loi juive. » Enfin, elle peut rencontrer Bilqiss mais le procès continue et le juge doit rendre sa sentence…

 

 

Merci à Cathy de m’avoir permis de lire Bilqiss.

Jean-Paul

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 16:32

L’innocente BD par Éric Warnauts et Guy Raives

Le Lombard (2015) 76 pages.

 

Ce superbe album de la collection Signé des éditions du Lombard nous plonge sans ménagement en pleine Allemagne nazie, à Ordensburg Vogelsang, où a été construit, en 1936, un centre de formation de la future élite nationale-socialiste, « les Junkers ». Depuis 1943, y sont accueillies les adolescentes des villes d’Aix (Aachen), Düren et Köln (Cologne).

 

Nina Reuben est l’une d’entre elles. La Madelringfürher lui apprend que ses grands-parents sont morts sous les bombes, lors d’un raid aérien sur Köln. Alors qu’elle pleure, celle qui vient de lui annoncer la nouvelle croit bon d’ajouter :

« Cessez de pleurer ! Après tout, vos grands-parents représentaient l’ancienne Allemagne, celle qui avait accepté le diktat de Versailles. Nous sommes votre famille… Celle qui doit compter… »

 

 

Après s’être confiée à son amie Lisel, Nina décide de prendre l’allure d’un garçon pour partir rejoindre sa tante Heike, à Berlin. Le 4 février 1945, l’Ordensburg Vogelsang est pris par l’armée US qui enrôle Nina comme traducteur et nous suivons l’avancée américaine en terre allemande avec les crimes commis par certains comme ce viol dans une ferme. Nina sympathise avec un soldat allemand prisonnier, Wim, qui lui demande de porter un message à sa mère.

 

 

Dans Berlin dévastée et partagée en zones américaine, britannique, soviétique et française, la vie reprend peu à peu ses droits mais le marché noir se développe, les amours aussi et Nina découvre toutes les vicissitudes humaines, perdant rapidement son innocence. Le procès de Nuremberg (20 novembre 1945 – 1er octobre 1946) révèle à Nina toute l’horreur des crimes commis par les Nazis : « Oh, Bénédicte, qu’avons-nous fait ? »

 

 

Puis c’est le blocus de Berlin, les anciens nazis sont blanchis par la commission américaine de dénazification et le réalisme prime, ce que Nina ne peut accepter. Alors, elle voyage, va en Israël, en Egypte et à Megève avant de retrouver Berlin où le blocus est levé le 12 mai 1949.

 

 

La chronologie historique rythmant le récit, les auteurs listent, en fin d’ouvrage, quelques dates importantes des années 1945 et 1946. L’Innocente, une BD au dessin beau et élégant tout en restant très réaliste permet de revisiter cette période décisive pour la seconde partie du XXe siècle qui va suivre.

Jean-Paul

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 12:31

Mémoires par Beate et Serge Klarsfeld

Fayard/Flammarion (2015). 687 pages

 

Après tant d’années de luttes, de brimades, d’incompréhension mais aussi de victoires contre l’oubli, Beate et Serge Klarsfeld ont raconté cette vie, loin d’être finie, dans un livre qu’il faut absolument lire d’abord pour ne pas laisser oublier tant de malheurs, tant de meurtrissures irréparables, ensuite pour que de tels cauchemars ne se reproduisent plus alors que tout pousse à le craindre.

 

Le récit est rythmé, alternant entre Beate et Serge, chacun dans son rôle mais tellement complémentaires. Fille de Kurt, fantassin dans l’armée allemande, et Helen Künzel, Beate est berlinoise. Ses parents avaient voté Hitler « comme les autres et ne se reconnaissaient aucune responsabilité dans ce qui s’était passé sous le nazisme. » Après 1945, ils se plaignaient de ce qu’ils enduraient : « Jamais un mot de pitié ou de compréhension à l’égard des autres peuples… »

 

C’est à Paris, en mai 1960, qu’elle rencontre Serge alors qu’elle est fille au pair : « Il me plaît tout de suite par son sérieux comme par sa fantaisie. » C’est lui qui lui apprend l’histoire de son pays et, reconnaît-elle : « C’est ainsi que j’entre en contact avec la réalité terrifiante du nazisme. » Elle voyage puis se marie, à Paris, le 7 novembre 1963. Elle travaille à l’OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse) et Serge est assistant de direction à l’ORTF, la télé à l’époque.

 

À son tour, il raconte une enfance marquée par la traque des Juifs par la Gestapo, parle de Nice où sa famille a cru trouver la tranquillité, de son père, Arno, qui se sacrifie pour sauver les siens. Il est emmené vers la mort, à Auschwitz, le 2 octobre 1943. Son récit foisonne d’événements, d’anecdotes révélatrices sur les conditions de vie, comme à Saint-Julien Chapteuil, en Haute-Loire, où sa mère les a emmenés avant un retour à Paris, ville enfin libérée. Leur appartement a été pillé et il est occupé. L’errance reprend.

 

 

Lors des obsèques de Xavier Vallat, devant les grilles du cimetière de Pailharès (Ardèche), Serge et Beate Klarsfeld étaient bien seuls, en 1972, pour rappeler le passé du Commissaire aux Questions juives du gouvernement de Vichy, (1941-1942), ayant contribué à doter la France d'une législation antisémite la plus élaborée et la plus sèvère d'Europe.

 

 

 

 

 

Ces deux vies se conjuguent et se complètent dans l’action et la recherche avec une Beate au courage incroyable lorsqu’elle réussit à hurler : « Kiesinger, Nazi, abtreten ! (démisssionne) » en plein Bundestag où l’ancien Directeur adjoint de la propagande hitlérienne vers l’étranger devenu Chancelier doit s’exprimer. Cette même année 1968, elle écrit : « La réunification est naturelle et souhaitable ; de plus, elle est inévitable… Nous voulons une réunification pacifique qui permette à l’Allemagne sans armes nucléaires d’être l’indispensable pont entre l’Est et l’Ouest. » Un peu plus tard, elle gifle cet homme en public pour « témoigner qu’une partie du peuple allemand, et surtout la jeunesse, est révoltée par la présence à la tête du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne d’un nazi… »

 

Lister toutes les actions entreprises ensuite par Beate et Serge serait beaucoup trop long mais c’est une histoire toute récente où l’on retrouve Kurt Lischka, Herbert Hagen, Aloïs Brunner, Josef Mengele, Klaus Barbie, Paul Touvier, René Bousquet, Maurice Papon... C’est surtout un combat acharné pour que les Fils et filles de déportés ne soient pas spoliés une seconde fois après avoir tout perdu.

 

Partisan d’une vérité historique impartiale, Serge Klarsfeld remet beaucoup de choses au point en basant toujours ses affirmations sur ses sources, citées précisément, après d’intenses et énormes recherches, luttant sans cesse contre les pesanteurs administratives et les collusions politiques. Ils l’affirment tous les deux : ils militeront jusqu’à la fin, bien relayés par leurs enfants, Arno et Lida. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah rappellera toujours que, si 3 millions de Juifs ont survécu, 6 millions ont été assassinés : « Il s’agit d’un drame de la civilisation occidentale… Il s’agit d’un drame de la nature humaine ouvrant de terribles perspectives sur l’infinie capacité de l’homme « civilisé » à faire le mal. »

 

 

Concluons cette trop courte chronique mais son but n’est pas de tout dire car il faut lire et faire lire Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld en laissant la parole à ce dernier : « Comme historien, au lieu d’une mémoire floue, tronquée, mutilée, abîmée, dénaturée, bafouée, j’ai pu imposer une mémoire authentique, restituée, réhabilitée, précise et fidèle. »

Jean-Paul

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 09:34

Ce samedi 2 juillet 2016, le 103 ° Tour de France s'élance depuis le Mont-Saint-Michel pour trois semaines de course, jusqu'au dimanche 24 juillet et l'arrivée à Paris, en passant par... l'Ardèche et la Drôme. Vincent ayant eu la bonne idée de m'offrir la BD de Pat Perna et Philippe Bercovici (le tome 2 - Le sprint final - est sorti en juin), j'ai décidé de vous en faire profiter sans attendre car on ne se moque bien que de ce que l'on aime depuis toujours... et puis, il est important de se mettre tout de suite dans l'ambiance !

 

Le Tour de France

1. Les coulisses du Tour de France. (La BD officielle du Tour de France)

BD de Pat Perna et Philippe Bercovici

Hachette Comics (2015. 31 pages.

 

« Vivement l’étape d’Aubenas ! », fait dire Philippe Bercovici à son coureur lors de sa dédicace recueillie par Vincent, fin mai, lors d’Aubenas BD. Le dessinateur très doué de cette nouvelle série de BD dédiée à la grande boucle a un peu simplifié les choses car les coureurs ne passeront pas du tout dans cette ville du sud de l’Ardèche. En effet, le vendredi 15 juillet, ils iront, un par un, lors d’un contre-la-montre de 37,5 km, de Bourg-Saint-Andéol à La Caverne du Pont d’Arc, tout près de Vallon mais à près de 30 km d’Aubenas…

 

 

Cette approximation n’est pas bien grave puisque l’album n° 1 (Les coulisses du Tour de France) offre une bonne détente permettant de partager les tribulations des organisateurs, les velléités d’un motard de France 2 qui se frotte à un homologue de la gendarmerie, à Benjamin et ses parents et à une fameuse Carambouille team dont les coureurs font le maximum…

 

 

Tout commence avec un nouveau sponsor très embarrassant : M. et Mme Poissard, charcutiers, qui paient très cher pour vendre leur… boudin. Chaque épisode se déroule sur une page, parfois plus mais les auteurs nous gratifient de plusieurs planches très réussies comme celle qui montre ce supporter bien installé dans un col difficile et qui hurle « Allez ! Du nerf. Feignasse ! »

 

 

L’emplacement idéal est une obsession pour le père de Benjamin dont la mère patiente en tricotant, au bord de la route, remettant vertement en place son rejeton alors que son mari commet les pires bourdes...

 

 

Si le briefing avant l’Alpe d’Huez fait réfléchir, terminons avec la réflexion du motard de la télévision : « On se traîne tellement que j’ai des moucherons à l’arrière du casque ! »…

Jean-Paul

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 13:41

L’Assassin court toujours et autres expressions insoutenables

par Frédéric Pommier

Éditions du Seuil (2014) Points (2015. 305 pages

 

Publié dans Le goût des mots, une collection dirigée par Philippe Delerm, ce livre est un vrai régal à déguster en bloc ou à petite dose pour mieux tout savourer. Frédéric Pommier, journaliste dont on peut entendre la revue de presse chaque week-end sur France Inter, détricote toutes ces expressions dont on abuse : « Ils nous parlent et tous ont leurs tics et leurs formules fétiches : formules journalistiques, formules politiques, formules d’animateurs ou bien formules plus personnelles… qui gagnent, imprègnent, contaminent le langage de la rue. » L’auteur ose même le sigle MVT (Maladies visuellement transmissibles).

 

 

Le titre du livre reprend la première formule traitée que l’auteur décortique et analyse. Il fait de même ensuite et le lecteur ne peut que sourire. Il ajoute à la fin de chaque texte un nom de maladie, un nouveau mot créé pour l’occasion, comme l’endurocriminose pour L’assassin court toujours.

 

 

L’expression Un plat très malin se voit qualifiée de cyrilignacose. La quiproquotte s’applique à Une phrase sortie de son contexte, une formule employée par Nadine Morano, David Douillet et tant d’autres responsables politiques qui ont leur version, comme le journaliste : « À qui faire confiance ? Où est le con ? Quel est le texte ? Et quel est le contexte ? »

 

 

Les formules toutes faites et utilisées mécaniquement s’enchaînent, comme Retoquer un texte, ce que fait le Conseil constitutionnel où Jacques Chirac ne va plus… « Parce qu’il devient toc-toc. Chirac débloque, il est toc-toc. Quant au Conseil, lui, il retoque. Dès qu’il tique, il retoque. Ça tient du tic, ça tient du toc. »

 

 

Ce serait trop long de les citer toutes mais il faut encore dégager Nager dans le bonheur, expression lue souvent sur les faire-part de naissance : « Les parents d’un nourrisson ne peuvent pas nager dans le bonheur ! C’est un mensonge éhonté. La réalité, c’est qu’ils nagent dans les cris, dans les pleurs, dans le stress, dans les nuits sans sommeil et, surtout, dans les couches ! Ils nagent en permanence dans le pipi et le caca de leur adorable bébé ! »

 

 

Bienvenue dans votre émission donne l’occasion d’un épisode désopilant. Prendre les matchs les uns après les autres est une « sacrée stratégie »… mais le mieux est que chacun se régale au gré d’un panorama qui n’épargne personne.

 

 

Enfin, Frédéric Pommier termine avec Je suis Charlie, rendant la paternité de l’expression à Joachim Roncin, directeur artistique de Stylist, un magazine gratuit parisien et, s’il ne faut lire qu’un chapitre, c’est vraiment celui-là !

Jean-Paul

Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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