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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 17:37

The Only Ones      par    Carola Dibbell

Traduit de l’anglais (USA) par Théophile Sersiron

Le Nouvel Attila (2017). 398 pages

 

J’ai eu beaucoup de mal à m’y faire. Ce style parlé bourré de fautes grammaticales, de formules toutes faites, d’abréviations ou de raccourcis difficilement compréhensibles et ce texte pratiquement privé de subjonctif afin de montrer l’inculture de Moïra, la narratrice appelée Moi, ce style était-il bien nécessaire pour toucher le lecteur et l’emmener dans ce futur improbable daté vers la fin du livre, en 2079 ? Pas sûr que cela fasse envie de vivre jusque-là…

 

 

The Only Ones, un beau livre publié par Le Nouvel Attila, est signé Carola Dibbell (photo ci-dessous) qui s’est distinguée, aux États-Unis, comme précurseur du journalisme rock et punk féminin. The Only Ones (les seules) est une dystopie. Cela se passe dans une société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire, une société ravagée par les épidémies, à la fois très en avance technologiquement mais avec des retours en arrière terribles et des humains à la recherche de solutions les plus extrêmes pour survivre.

 

 

Théophile Sersiron qui a adapté ce roman en français, a eu beaucoup de mérite. Quel travail pour faire passer le style de l’auteur dans un français de la rue, parlé par une certaine jeunesse et qui dénature beaucoup notre belle langue, comme je l’ai dit en préambule !

 

 

Pourtant, il faut aller plus loin que ce mal-être ressenti tout au long de la lecture car l’auteure trouve un angle vraiment original pour rendre hommage à la maternité, au rôle de la mère et à son dévouement qui va jusqu’à l’extrême pour son enfant, même s’il n’est pas venu au monde de manière traditionnelle : « Si tu te demandes pourquoi t’es née, c’est peut-être parce que c’était une Opportunité commerciale pour quelqu’un ou peut-être parce qu’il a changé son avis ou qu’ils ont eu des rapports sexuels non protégés, qui sait ? C’est peut-être juste un coup de chance. »

 

Moi donne des ovules, son sang, des cellules de son corps pour que Rauden, dans sa ferme où il se livre à des expériences en principe interdites, parvienne à donner vie à un être humain : « Là c’était plus une viable, c’était plus un embryon ou je ne sais pas c’était quoi avant. C’était un enfant maintenant. Un enfant ça doit habiter quelque part. Ça a besoin d’une maison, un enfant. » Ainsi, Moi raconte sa vie avec Ani « toujours vivante », cette enfant dont elle s’occupe jusqu’à l’épuisement, sacrifiant tout pour elle, travaillant nuit et jour, surmontant des obstacles incroyables pour lui donner cette éducation qu’elle n’a pas eue.

 

 

Si Moi se révèle une mère admirable, son passé ressurgit peu à peu quand il faut dire enfin la vérité à Ani, devenue une ado très rebelle parce que marginalisée dans les différentes écoles de New York et de la région où sa mère parvient à l’inscrire.

 

 

Malgré toutes ces péripéties, c’est un peu long et mon soulagement a été réel lorsque je suis parvenu au point final, content quand même d’avoir découvert un tel livre poussant au paroxysme la réflexion sur la naissance, la maternité et les évolutions technologiques qui bousculent les traditions en matière de transmission de la vie sur notre bonne vieille Terre.

 

 

Merci à Lecteurs.com (Explorateurs de la rentrée littéraire) et aux éditions Le Nouvel Attila pour ce livre qui sort des sentiers battus.

Jean-Paul

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 14:15

La légende des montagnes qui naviguent     par    Paolo Rumiz

Traduit de l’italien par Béatrice Vierne

Arthaud (2017) 461 pages

 

Il a fallu une dizaine d’années pour que La légende des montagnes qui naviguent soit enfin traduite en français et éditée chez Arthaud. Voilà une formidable occasion de découvrir Paolo Rumiz (photo ci-dessous), journaliste à La Reppublica, écrivain-voyageur qui a affronté les risques de la guerre dans l’ex-Yougoslavie, mais aussi relié Trieste, sa ville, à Vienne puis à Istanbul, chaque fois à vélo.

 

Ici, il se lance dans une immense aventure : explorer l’épine dorsale européenne constituée par les Alpes et les Apennins. « Parti pour m’échapper du monde, j’ai fini, au contraire, par en trouver un autre : à ma grande surprise, mon voyage s’est transformé en révélation d’un univers vivant et secret. Je l’ai décrit avec rage et émerveillement. Émerveillé par la beauté fabuleuse du paysage humain et naturel, mis en rage par le pouvoir qui n’en tient aucun compte. »

 

 

En effet, ce livre va beaucoup plus loin qu’une description des paysages. Bien sûr, ils sont détaillés avec talent et cela donne souvent envie d’aller découvrir aussi des lieux très isolés et ignorés par les touristes. Surtout, le voyage est émaillé de tellement de rencontres, de contacts avec les humains qui vivent ou tentent de faire vivre ces montagnes, que la lecture n’est pas fastidieuse. Il a fallu de temps à autre se référer à des cartes pour visualiser le parcours mais ce n’est pas toujours nécessaire tant l’aventure est riche et variée.

 

 

Le style de Paolo Rumiz est riche, enlevé, évocateur, précis et toutes les anecdotes, rappels historiques et réflexions qui émaillent son récit, m’ont beaucoup intéressé, m’apprenant énormément. Depuis la Croatie où il doit expliquer que c’est ici que les Alpes commencent, jusqu’à la pointe sud de la botte italienne, l’auteur se déplace la plupart du temps à pied, à vélo ou dans ce fameux Topolino, Fiat 500 de 1953, affectueusement appelée Nerina. « Sur le marché, c’est celle qui se rapproche le plus de la mule. » Dans la dernière partie, elle est un véritable personnage avec ses humeurs, ses qualités et ses faiblesses.

 

 

En Slovénie, les déplacements des ours sont à l’ordre du jour car les Slovènes sont fous des abeilles dont le miel intéresse beaucoup cet animal très répandu. À Ljubljana qu’il qualifie de Prague miniature, il constate la xénophobie, ce populisme centriste qui conduit à l’américanisation ou  à l’hyper-traditionalisme.

 

 

S’il passe en Autriche, il revient en Italie pour évoquer la catastrophe du Vajont, ce barrage qui a cédé le 9 octobre 1963, emportant deux mille personnes, saccageant aussi le plus grand bassin de la Vénétie. Les Dolomites sont là et il les explore, revient en arrière, désorientant un peu le lecteur avant de franchir le col du Brenner.

 

Souvent, il compare ce qu’il voit en Autriche avec le laisser-aller italien, saluant ces services publics qui fonctionnent. Il rappelle l’histoire de l’homme des glaciers, Õtzi, découvert par Helmut Simon. Bolzano l’a réclamé et obtenu, évinçant Herr Simon qui sera enfin réhabilité.

 

 

C’est à vélo qu’il escalade le Stelvio pour écouter la montagne. Malgré ses 48 virages : « La beauté qui nous domine enlève bien deux pour cent à la pente, c’est un aimant qui nous tire vers le haut. » Hélas, le réchauffement climatique qu’il constate avec les glaciers disparus ou considérablement réduits, est alarmant : « La terre ravagée depuis des décennies ? Un désastre qui dure des décennies ne fait pas sensation. »

 

 

Bien sûr, il passe par la France et tire encore le signal d’alarme pour sauver nos vallées alpines du trafic routier qui reprend de plus belle. À Chamonix, son guide constate : « C’est la catastrophe. Trop d’eau, trop de dégel, trop de chaleur. » Puis il nous conduit du Grand Paradis jusqu’à Nice. Qualifiant le col de la Cayolle d’ « ultime Roncevaux des cyclistes », il nous égratigne quand il voit un panneau annonçant Les Grandes Alpes : « On sait bien que les Français font toujours les choses en grand. »

 

 

Il n’oublie pas de parler des loups, de l’élevage, de la désertification, de la haine des étrangers dans certaines vallées, de l’indispensable présence de femmes venues de l’est pour soigner les personnes âgées. Toutes ces montagnes qu’il voit bouger au-dessus des nuages préservent une vie en train de disparaître. L’autoroute qu’il fuit comme la peste, vide des territoires entiers mais Paolo Rumiz donne vraiment envie de sauver ces paysages encore marqués par le passage d’Hannibal jusqu’à cette mer Ionienne surchauffée qui marque la fin du voyage.

 

Un grand MERCI à Babelio (Masse Critique) et aux éditions Arthaud pour ce magnifique et très instructif voyage.

Jean-Paul

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 10:24

Ces rêves qu’on piétine      par    Sébastien Spitzer

Les Éditions de l’Observatoire (2017), 304 pages.

 

Débutant avec Aimé, puis Judah, Fela, Ava ensuite, dans une de ces marches de la mort qui ont suivi l’évacuation des camps de concentration par les nazis puis s’attachant à la vie de Magda, Mme Goebbels, qui vit les dernières heures du Reich dans Berlin assiégée, Ces rêves qu’on piétine m’a captivé, de la première à la dernière ligne. De plus, une postface très instructive répond à toutes les questions que je me suis posées sur la véracité des faits racontés dans ce livre.

 

 

Sébastien Spitzer, avec des phrases courtes, précises, percutantes, souvent sans verbe, colle au rythme de ses histoires parallèles, dès le début du livre. Il rappelle certes des épisodes déjà explorés dans d’autres livres ou films mais cela est rendu avec tellement de précision, de réalisme et une grande intimité avec ses personnages, que ce livre s’annonce comme une véritable sensation de la rentrée littéraire.

 

 

Tenter de comprendre cette folie meurtrière qui a embrasé le XXe siècle n’est pas chose aisée mais l’auteur a eu le courage immense, pour son premier roman, de se plonger dans les archives, dans les livres déjà publiés pour nous faire vivre les derniers moments des pires criminels que le monde ait connu. Leur passé, leur ascension, leurs bassesses, leur volonté d’extermination, rien n’est négligé.

 

 

En parallèle, Sébastien Spitzer (photo ci-dessous) montre toute l’horreur des camps que les nazis tentent d’effacer : « Après ces mois de détention, réduit à la plus simple expression de lui-même, il (Aimé) trouve la force de marcher encore, malgré ses semelle en loques… » Aimé ajoute : « Je souffre donc je suis. » Dans cette grange de Gardelegen où ces survivants sont enfermés, l’atrocité atteint son comble si cela était encore possible.

 

 

Avec l’histoire de Fela, l’auteur rappelle toutes ces grossesses imposées dans les camps, tous ces enfants sacrifiés et ces mères brisées. Il rend hommage à Stanislava Leszczynska, cette sage-femme incarcérée à Auschwitz qui a tout fait pour tenter de sauver quelques nouveau-nés de l’euthanasie. De plus, il n’évacue pas le comportement de certains prisonniers qui n’hésitaient pas à  se mettre au service des nazis, faisant même du zèle.

 

 

Pendant ce temps, Magda vit les dernières heures du bunker alors que les troupes russes envahissent Berlin. Les principaux épisodes de sa vie défilent sans occulter ses moments de faiblesse bien cachés au peuple aveuglé par la folie du parti national-socialiste.

 

 

Richard Friedländer, son père « adoptif », est prisonnier mais elle l’a évacué de ses pensées comme Haïm Viktor Arlozoroff,  son grand amour, héros du sionisme, assassiné en 1933 à Tel-Aviv. Les lettres de Friedländer, créées par l’auteur, décrivent la vie d’un Juif à Berlin dans les années 1930 et la réalité des camps, cette souffrance immense, dépassant bien le pouvoir de chaque mot et l’incompréhension de chacun.

 

 

Il faut lire Ces rêves qu’on piétine pour ne pas oublier, pour tenter de comprendre l’inimaginable et vivre ces heures de libération tant espérées et tellement incroyables alors que tant d’enfants, de femmes et d’hommes sont morts. Lee Meyer, la photographe de guerre, inspirée de Lee Miller, Gary, au volant de sa jeep, et Ava sont là pour témoigner, lutter contre l’oubli de tant de vies détruites.

 

J'ai pu découvrir ce livre dans le cadre des Explorateurs de la Rentrée littéraire de Lecteurs.com et grâce aux éditions de L'Observatoire.

Jean-Paul

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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 09:12

Le Triangle d’incertitude      par    Pierre Brunet

Calmann-Lévy (2017), 272 pages.

 

Étienne, soldat d’élite de l’armée française, est rentré du Rwanda. Il retrouve sa femme et ses enfants et, pendant deux ans, va essayer d’oublier les horreurs qu’il a vécues mais surtout essayer de vivre avec la honte et le remords d’avoir laissé massacrer mille deux-cents Tutsis, en 1994. Mais cette honte le ronge malgré les efforts déployés par sa femme, ses camarades, les psy… Il est sans cesse happé par le souvenir de ce massacre de Bisesero. Il va alors tenter de s’évader sur son voilier, Gilliat, personnage à part entière, pour fuir ce souvenir et essayer de vivre une nouvelle existence. Y parviendra-t-il ? Le suspense durera jusqu’à la fin du livre, avec une tension qui va crescendo.

 

Malgré l’emploi de nombreux termes techniques de marine, le lecteur est maintenu dans une tension quasi insoutenable.

 

Quel beau livre !

 

Il nous fait prendre conscience, si ce n’était pas fait, de la barbarie des hommes quelles qu’aient été les époques, malheureusement toujours d’actualité et de la culpabilité qu’on peut ressentir à rester les bras croisés devant le malheur.

 

Une formidable découverte.

Ghislaine

 

Le Triangle d’incertitude      par    Pierre Brunet

Calmann-Lévy (2017). 272 pages

 

En 2016, Gaël Faye nous a remis en mémoire, le terrible génocide rwandais dans Petit Pays. La même année, ce même drame immense était vécu dans les pas d’un enfant avec J’ai longtemps eu peur de la nuit, de Yasmine Ghata mais j’avoue que Le Triangle d’incertitude de Pierre Brunet (photo ci-dessous), publié cette année, va encore plus loin en emmenant le lecteur sur les pas des soldats français impliqués dans l’opération Turquoise, au travers du vécu d’un officier.

 

Il se nomme Étienne. Il était lieutenant de vaisseau dans les commandos de marine et, deux ans après son retour du Rwanda, voilà qu’il quitte l’écluse de Paimpol à bord de son voilier, Gilliat, et note sur son journal de bord : « Je vais tenter de trouver dans le vent marin une autre existence. »

 

Pierre Brunet alterne alors entre le carnet de bord du bateau et un narrateur qui développe davantage en prenant de la hauteur par rapport à tous ces souvenirs qui torturent Étienne et le poursuivent sans cesse. Pas un moment depuis son retour en France n’échappe à ce mois d’août 1994 où « Les hommes coupaient les gens ou volaient les vaches et les femmes pillaient les maisons de leurs anciens voisins. »

 

Impossible de s’en remettre malgré l’aide de ses proches et d’un psy de l’armée. On partage sa douleur mais l’auteur va plus loin en détaillant l’attitude de l’armée française laissant faire le massacre dans ces collines de Bisesero alors que les assassins étaient clairement identifiés et que les survivants vivaient des heures atroces pour tenter d’échapper à la mort : « Nous n’avons pas tué, là-bas, nous n’avons fait qu’être absents au moment où d’autres tuaient. »

 

De 40 000 Tutsis au début, ils n’étaient plus que 2 000 trois mois après pour seulement 800 survivants quand les opérations de secours arrivent enfin, ce qui hante toujours Étienne : « Mille deux cents vies perdues sur la conscience. » Pourtant, les hommes, sur le terrain avaient alerté leurs supérieurs qui avaient fait remonter les informations les plus alarmantes jusqu’en haut lieu… sans réaction !

 

Le récit est prenant, haletant parfois, très émouvant souvent, suffisamment précis en tout cas pour être très dérangeant pour notre pays car les appels à l’aide ont été lancés et des milliers de vies auraient pu être sauvées. Pierre Brunet ne cache pas les causes de cette indifférence coupable, expliquant très bien, au travers des cauchemars de son héros, pourquoi les militaires français laissaient faire leurs homologues Hutus qu’ils avaient formés quelques années auparavant.

Sur Gilliat, ce voilier qu’il traite comme une personne, Étienne traverse la Manche en passant par Jersey et Guernesey. Si vous avez pratiqué la voile, vous comprendrez sûrement l’avalanche de termes techniques car l’auteur détaille avec précision et délectation toutes les manœuvres. Pour moi, cela n’est pas important car j’ai frémi, tremblé, jusqu’au bout de cette mémorable scène de sauvetage dans une mer déchaînée avec, toujours, des références au drame rwandais : « Ma tête doit avoir besoin de se vider. J’ai probablement une voie d’eau quelque part, au fond de l’esprit. Il me faut écoper chaque jour et rejeter sur ces pages ce que la pompe de cale de ma raison ne parvient pas à écluser.»

 

Le Triangle d’incertitude - référence à la position en mer obtenue par triangulation, technique remplacée par le GPS - est un roman nécessaire et nous remercions Lecteurs.com (Club des Explorateurs) et les éditions Calmann-Lévy de nous avoir permis de le découvrir.

Jean-Paul

 

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 10:49

Vera     par    Karl Geary

Traduit de l’anglais (Irlande) par Céline Leroy

Rivages (2017), 253 pages.

 

Karl Geary, auteur de son premier roman,  emploie la deuxième personne du singulier pour parler à Sonny Knolls, jeune homme de 16 ans que nous suivons tout au long d’un livre qui aurait très bien pu emprunter son prénom pour le titre.

 

 

Nous sommes en Irlande, à Dublin. Dès les premières lignes un peu intrigantes et vite captivantes, je me suis attaché à cet adolescent à la fois débrouillard, craintif, respectueux et audacieux. Les filles, les femmes, l'amour, le sexe, tout cela le travaille beaucoup mais il doit aussi affronter une vie difficile, des parents qui ne s'entendent pas, des frères indifférents. La violence est toujours prête à déchirer sa vie mais il y a Sharon, la copine, et surtout Vera...

 

 

Au rythme de quarante chapitres, bien rythmés, l’auteur plonge dans la vie quotidienne d’un jeune issu d’une famille vivant loin des beaux quartiers et j’ai pensé, au fil de ma lecture, que ce serait un excellent sujet pour un film de Ken Loach.

 

 

Justement, ces beaux quartiers, Sonny les rencontre au hasard d’un petit chantier où il donne un coup de main à son père qui claque ensuite tout au jeu. Cette femme qu’il aperçoit puis chez qui il va quémander un peu de thé, le fascine très vite.

 

 

Voilà donc Vera avec laquelle il partage un amour immense qui dérange la société. Vera est lucide : « Nous sommes des serre-livres, toi et moi. Ton esprit se projette, il va de l’avant, tu penses à l’avenir. Moi, je pense au passé, je pense… » Elle ne va pas plus loin, gardant ses secrets pour elle. Elle sait que tout ce qu’ils vivent ensemble n’est qu’une parenthèse et ne veut pas obérer l’avenir d’un jeune homme aussi sincère. Sonny est tellement épris d’elle qu’elle ne sait pas jusqu’où il pourrait aller car sa santé est chancelante et un chagrin terrible mine sa vie.

 

 

Vera nous plonge dans l’histoire émouvante d’un jeune Irlandais et de son amour fou pour une femme plus âgée mais c’est un roman qui fait réfléchir aux dégâts sociaux causés par la précarité, le chômage, un système éducatif excluant les plus faibles, l’addiction au jeu et les ravages causés par l’alcool, excluant tout souci moralisateur.

 

 

Je me suis régalé tout au long de ce livre qui n’est donc pas seulement une histoire d’amour peu ordinaire mais une plongée dans la société irlandaise d’aujourd’hui que Karl Geary (photo ci-dessus) mène de manière vivante et efficace, ménageant surprises et émotion pour son lecteur.

 

Merci à Lecteurs.com et aux éditions Rivages pour ce livre lu dans le cadre des Explorateurs de la Rentrée littéraire.

Jean-Paul

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 14:54

Un dimanche de révolution       par       Wendy Guerra

Buchet/Chastel (2017), 213 pages.

 

Le mot roman n’apparaissant nullement sur ce cinquième livre publié en France par Wendy Guerra (photo ci-contre), cela confirme la part importante sinon essentielle de vécu que comporte Un dimanche de révolution.

 

 

L’auteure s’attache à Cleo, poétesse, écrivaine, la trentaine, qui vient de perdre ses parents dans un accident. Son mal-être s’affiche d’entrée : « Je suis hors-jeu. Je n’existe pas. » Il faut dire que sa vie à Cuba ne l’y aide pas. Alors qu’elle est publiée par une éditrice de Barcelone, les segurosos, agents de sécurité de l’État, la visitent régulièrement et, pour elle, La Havane n’est plus une capitale car « devenue trop petite, trop médiocre, sa beauté ne l’empêchera pas de s’éteindre. »

 

 

Mon enthousiasme pour ce livre s’est étiolé doucement après la page 100. Je souffrais en lisant ces lignes sur la vie de Cleo dont l’existence est disséquée, examinée, privée de toute intimité par l’État, comme c’est le cas pour beaucoup de Cubains. Ce livre me rappelait beaucoup celui de Roberto Ampuero : Quand nous étions révolutionnaires.

 

 

Les mots frappent dur : « bêtes de somme, abîme, douleur, brutalité, sottise incohérente, vulgarité…  supportant le peu qui subsistait de cette utopie née dans les années soixante. » Malgré ce qu’elle endure à Cuba, ailleurs elle est suspecte, rejetée par les Cubains exilés. La lettre très confidentielle qui lui est confiée à Mexico, pour être acheminée jusqu’à Cuba, est une humiliation extrême. Elle prouve combien l’exil exacerbe ceux qui ont choisi cette voie et ce qu’ils sont capables de faire pour rabaisser ceux qui tentent quand même de vivre au pays.

 

 

Certaines ouvertures se font tout de même sentir comme cette fête où elle est invitée. Des exilés sont présents et l’accueillent à leur table ce qui ravive encore plus la surveillance policière dont elle fait l’objet et les brimades à venir.

 

Wendy Guerra nous fait comprendre le drame des auteurs et créateurs, dans son pays. Elle détaille les différentes façons de fouiller un appartement, les modes de surveillance avec la femme de ménage puis le seguroso de la famille qui s’invite régulièrement… Sa poésie est une protection magique contre la peur mais : « Sur cette île, la vie privée est comme l’hiver ou la neige, juste une illusion. »

 

 

Cleo aime Cuba. Malgré les escapades qu’elle réussit à faire à Mexico, Barcelone, Paris, Cannes, New York, elle veut toujours revenir tout en dénonçant ce flicage permanent dont sont victimes les artistes voulant garder leur indépendance : « je vais me chercher là-bas, j’appartiens à cette terre. C’est mon odeur et ma lumière. »

 

 

Bien conscient de tout cela, j’ai été décontenancé par tout ce qu’a ajouté l’auteure pour densifier son livre, cette recherche de parents impliquant des services secrets et ce fameux Gérónimo pour déboucher sur un film présenté sur la Croisette…

 

 

Pour finir, j’ai bien lu « Les poèmes de Cleo » à la fin du livre et j’ai trouvé très bon « Lance Massaï ». texte original et émouvant, même si la mise en page est un peu gênante à cause de ces renvois en bout de ligne déséquilibrant parfois la lecture.

 

J'ai pu découvrir ce livre dans le cadre des Explorateurs de la rentrée littéraire de Lecteurs.com que je remercie ainsi que les éditions Buchet/Chastel.

 Jean-Paul

 

 

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 12:11

Îles flottantes      par    Jean-Luc Cattacin

Phébus (2017). 171 pages

 

Ce livre me laisse dubitatif, partagé entre un sentiment de grand plaisir durant sa lecture et un goût amer se mêlant sans cesse au récit avec cet engrenage de la drogue et ses effets si bien décrits avec une sorte de bienveillance, même si l’auteur ne manque pas d’en détailler tout de même les conséquences néfastes.

 

 

Îles flottantes de Jean-Luc Cattacin se passe sur une île, proche du continent, dans l’océan atlantique. Il ne la nomme jamais et tous les noms semblent sortir de son imagination. Tout irait bien en cette seconde partie d’été si la famille du narrateur, encore lycéen, ne le laissait terminer ses vacances, avec son ami Ficelle, dans leur grande maison avec belle vue sur l’océan…

 

 

Dès le début, celui que nous appellerons Rouquin, comme l’a surnommé Ficelle qui ne va pas tarder à débarquer, acquiert une plaque de bois venant de l’île de Pâques. Il l’a achetée sur un marché, séduit et intrigué par les caractères énigmatique gravés sur ce qui se révèlera être une copie.

 

 

C’est idyllique au début : « Depuis aussi loin que je me souvienne je suis heureux d’être ici, dans la lumière d’argent du ciel, les parfums mêlés des pins et des ulves, les formes arrondies de la dune et, montant de derrière elle, le battement lent du cœur d’eau de l’océan. »

 

 

L’auteur aurait pu se contenter de la quête passionnante du jeune homme pour cette culture si lointaine et de ses recherches à la bibliothèque. Il y rencontre, heureux hasard, Elizabeth, bibliothécaire et spécialiste de Rapa Nui, nom donné à l’île de Pâques par les derniers autochtones avant que n’arrivent des navigateurs européens.

 

 

Hélas, arrive Ficelle… « Ficelle était par nature un garçon rêveur et fantaisiste, un lycéen pacifique mais hésitant entre ne rien faire et s’amuser. Tout le monde l’aimait bien même si derrière les incessants coups de menton sur le côté pour ranger la mèche de cheveux qu’il avait éternellement dans les yeux il y avait un donneur de fil à retordre, un repousseur des limites, un équilibriste de l’insolence, un jongleur du mauvais goût, un cancre fulgurant. » Ces quelques lignes campent bien le personnage et son arrivée fait remonter les souvenirs de leur vie à Préterny, ville de banlieue dont ils sont originaires où l’engrenage de la drogue a commencé et empiré.

 

 

Pourtant, il y a la nature, l’océan, Elizabeth qui trouble et fascine Rouquin. Quelle douceur ! On a envie d’y être sur ces plages immenses comme la plage des Belles où il se baigne tout seul. Dans certaines pages, l’auteur abuse de termes compliqués, de mots rares empruntés à la botanique. Surtout, il nous maintient sur le fil du rasoir, toujours prêt à basculer dans la catastrophe comme lors de cette virée à moto sur le tansad de la moto de Ficelle.

 

 

Difficile d’imaginer quelle sera ensuite la vie de Rouquin à cause de cette amitié aussi perverse que dangereuse. Îles flottantes sous l’effet des psychotropes, beauté de la nature, recherches sur un peuple et son langage si mystérieux, Jean-Luc Cattacin (photo ci-contre) a réussi un roman qui ne m’a plu qu’à moitié et m’a un peu laissé sur ma faim.

 

Merci à Masse Critique de Babelio et aux éditions Phébus pour m’avoir permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas.

Jean-Paul

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 16:27

Désobéir      par    Frédéric Gros

Albin Michel (2017), 219 pages.

 

En dédiant ce livre à Gérard Mordillat, Frédéric Gros (photo ci-dessous) place d’emblée son essai sur le plan de la contestation de l’ordre établi, de tout ce qui va de travers dans notre bas monde et devrait nous inciter à Désobéir. D’ailleurs, le premier chapitre s’intitule : « Nous avons accepté l’inacceptable. »

 

 

Personne ne peut nier que les inégalités de fortune augmentent, que les injustices sociales se creusent et que tout cela s’accélère. Aussi, l’auteur affirme que le problème n’est pas la désobéissance mais l’obéissance. Tout au long du livre, s’appuyant sur les textes d’écrivains, de philosophes, de l’antiquité à nos jours, il tente de décrypter tout cela et de dégager une ligne de conduite à tenir.

 

 

L’enrichissement des riches, l’appauvrissement des pauvres, l’effondrement de la classe moyenne, la dégradation progressive de notre environnement, tout cela devrait nous inciter à désobéir, à nous révolter pour inverser la tendance. Or, il n’en est rien… pour l’instant.

 

 

Pourquoi avons-nous laissé faire ? Obéissons-nous ? Comment ? Les questions ne manquent pas car « L’enrichissement se fait au détriment de l’humanité à venir. » Pour Frédéric Gros, désobéir est une déclaration d’humanité, une victoire sur soi, une victoire sur le conformisme généralisé et l’inertie du monde.

 

 

Après ce constat accablant et inquiétant, l’auteur rappelle la fable d’Ivan, dans Les frères Karamazov de Dostoïevski, à propos de l’Inquisiteur. Les gens qui ont le pouvoir, comme lui, ont pris en charge notre liberté car ils savent bien que nous sommes incapables d’en assurer toutes les conséquences.

 

 

Hanna Arendt, La Boétie, Simone Weil, Michel Foucault, Hobbes, Aristote, Augustin, Sophocle, Lacan, Henri-David Thoreau, Kant, Socrate, Platon, d’autres encore, sont disséqués ou simplement évoqués, l’auteur ne manquant pas de rafraîchir la mémoire de son lecteur à chaque citation.

 

 

Au passage, Frédéric Gros s’attarde sur l’année 1961 avec d’abord, le procès d’Adolf Eichmann, « le planificateur logistique de la Solution finale, son maître d’œuvre. » Si, au cours de son procès, le criminel nazi s’est réfugié derrière son serment, il n’a pu nier qu’il se démenait pour trouver des solutions : « Chacun est responsable de sa surobéissance. »

Cette même année, à l’université de Yale (États-Unis), Stanley Milgram menait son expérience de psychologie sociale pour constater jusqu’où un être humain peut aller pour infliger une punition à un autre humain, ici une impulsion électrique de plus en plus forte. Dans ce cas, « le moi de responsabilité a déserté ». L’auteur note alors : « La séparation de l’âme et du corps n’est pas un problème métaphysique. C’est une fiction politique. » Ainsi Hanna Arendt appelle cette déresponsabilision : « bêtise. Mais c’est une bêtise active, délibérée, consciente. Cette capacité à se rendre soi-même aveugle et bête, cet entêtement à ne pas vouloir savoir, c’est cela, la « banalité du mal ». »

 

 

Désobéissance civile, dissidence civique face à l’Administration, l’Église, l’Armée, les trois foyers de l’obéissance aveugle en Occident, nous imposent d’avoir « le courage de la vérité, le courage de penser en notre nom propre. » Ceci est « indélégable : personne ne peut penser à votre place, personne ne peut raisonner à votre place. »

 

 

Désobéir nous rappelle qu’obéir engage et que la réponse, l’acceptation ou l’attitude que nous prenons ne peut venir que de nous-même : « penser, juger, désobéir et aider » pour accéder à l’universel, quitte à s’engager dans la désobéissance.

 

 

Un grand MERCI à Babelio (Masse Critique) et aux Éditions Albin Michel pour cette lecture poussant à la réflexion et à la remise en cause de la pensée dominante.

Jean-Paul

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 16:36

Parmi les miens      par     Charlotte Pons

Flammarion (2017) 190 pages.

 

Un accident de voiture et ses conséquences tragiques : « Je ne pouvais pas, s’agissant de maman, imaginer l’œil vide et mort qu’elle nous jetait lorsqu’on lui donnait la becquée, imaginer les soliloques que l’on tiendrait en espérant qu’un mot l’atteigne. » Manon, sa fille aînée, s’exprime et elle est catégorique : « Autant qu’elle meure. »

 

 

Charlotte Pons, pour son premier roman, écrit avec précision, de façon concise, efficace, touchant le lecteur à chaque mot, par chaque phrase. Elle traite remarquablement de problèmes délicats, de moments familiaux difficiles, dramatiques et durs à vivre.

 

 

Manon connaît ces fins de vie chaotiques car elle a travaillé un mois, à 18 ans, pour un job d’été, dans un service gériatrique, comme aide-soignante, et ne veut pas revivre la même chose.

 

 

Petit à petit, nous faisons connaissance avec le reste de la famille : Adèle, sa sœur qui a treize ans de moins et Gabriel, son frère, ingénieur, psychologiquement très fragile. Le père a 70 ans et exerce toujours comme médecin généraliste. La montagne et son cabinet sont ses deux passions.

 

 

Pendant que l’espoir d’une sortie du coma s’amenuise, les failles et les blessures familiales ressurgissent, sans se résoudre, bien au contraire. Manon a un mari, un fils, mais les délaisse pour rester dans la ville où elle a grandi, au bord d’un lac, avec casino, thermes et montagnes dont les premières falaises ont tendance à s’écrouler. Des vies sont menacées, bouleversées, comme celle de Manon et de ses proches.

 

 

« Mais voilà que l’imminence de sa mort bouleverse la donne et que je commence à compter tous les ratés et les trop tard. » Manon découvre des secrets, des non-dits malgré l’hostilité de sa sœur et de son frère, le mutisme de son père. Certains épisodes non expliqués de l’enfance reviennent à la mémoire sans apporter de réelle solution.

 

L’histoire d’une femme, d’une mère, sans connaissance se révèle tout de même car l’auteure manie tout cela avec beaucoup de délicatesse et de tact, même si ses personnages sont régulièrement au bord du vide : « Souvent, trop souvent, je me fais l’effet d’un charognard attendant que sa proie cède. »

 

Parmi les miens est un premier roman très maîtrisé, sensible et dur à la fois car Charlotte Pons (photo ci-contre) a su parler de la fin de vie avec tact, sans évacuer le moindre problème ni la moindre conséquence tout en maintenant jusqu’au bout l’intérêt du lecteur.

 

 

Je remercie beaucoup Masse Critique de Babelio et les éditions Flammarion pour m’avoir confié ce roman de la rentrée littéraire 2017.

Jean-Paul

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 16:27

Cette année, grâce à Babelio et à Lecteurs.com, nous avons pu découvrir neuf livres avant leur sortie en librairie. Aussi, sans plus attendre, dès demain, je vous ferai profiter de nos impressions et, peut-être, vous donner aussi envie de les lire...

Jean-Paul

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