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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 10:09

Dernier convoi pour Buchenwald  par Roger Martin,

Le cherche-midi, 2013, 427 p.

 

dernier-convoi-buchenwald-1350525-616x0.jpg« Toute ressemblance avec des événements, des lieux, des personnes ayant existé n’a rien de fortuit »… et pourtant, Dernier convoi pour Buchenwald est un roman. Roger Martin réussit à faire vivre des personnages créés pour l’occasion avec d’authentiques hommes ou femmes ayant existé et vécu les faits décrits avec beaucoup de réalisme.

 

Robert Danglars dont le nom n’a pas d’importance, est dans ce wagon, le 14 mai 1944 : « Que peut-il y avoir de pire que cet enchevêtrement de corps transformés en loques ou en pelotes de nerfs à vif… » Par les mots, par le texte, Roger Martin réussit à décrire, à faire ressentir aussi fort que cela est possible, toute l’horreur vécue par tant d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres tremblant dans ces wagons plombés… » comme l’a si bien chanté Jean Ferrat mais Dernier convoi place le lecteur là où « …l’air glacé de la nuit tétanise, où une effroyable puanteur de pisse et de merde imprègne chaque centimètre de la peau. » Si « l’homme ne peut vivre sans croire que le pire n’est jamais sûr… », il faut absolument lutter de toutes ses forces contre l’oubli et ce livre y contribue grâce au talent de l’auteur et à la précision de son récit.

 

Retour en arrière indispensable, Robert Danglars raconte sa jeunesse et sa formation à l’École Normale d’instituteurs, institution que Pétain supprime en 1941. Le récit prend corps nous ramenant à Compiègne, au camp de Royallieu où les départs se poursuivent alors que le débarquement de Normandie a déjà eu lieu.

 

Instituteur dans un village, à 12 km de Brest, il commence à militer pour un réseau de résistance de tendance trotskiste, partagé entre lutte armée et internationalisme. Arrestation, torture ne tardent pas après qu’il ait découvert l’amour auprès de Delphine. « … Rossé, battu, torturé presque quotidiennement  par des Français dans une prison française, » Robert Danglars vit ce que beaucoup d’hommes ont subi au cours de ces années terribles. Le chantage fait aussi partie de l’arsenal utilisé contre ceux qui luttent pour reconquérir la liberté.

 

Enfin, à partir du 14 mai 1944, nous découvrons la vie quotidienne à Buchenwald, « la forêt de hêtres » où les humains sont moins bien traités que des bêtes : « On ne peut dire l’indicible. On ne peut décrire l’indescriptible. On n’a pas encore trouvé les mots pour traduire l’horreur de la barbarie et du massacre de masse. »

 

Quand l’armée américaine arrive à Buchenwald, le 13 avril 1945, le camp a été libéré par les prisonniers eux-mêmes qui ont mis les SS en déroute. Ils sont encore 21 400 dont 3 000 malades et 3 000 invalides.

 

Dernier convoi pour Buchenwald est « Une plongée au cœur de l’Histoire, entre barbarie et espoir ! » comme l’a noté Roger Martin dans sa dédicace lors de notre rencontre à Vienne, pour Sang d’encre.

Jean-Paul

 

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 23:00

Journalisme, évolution en cours  (Éditorial du 27/06/2014)

 

Le déversement quotidien de l’information depuis les médias écrits et audiovisuels laisse croire que la profession journalistique peut vous caser bien tranquillement, pour de longues années. C’est principalement à la télévision que nous voyons toujours les mêmes éditorialistes ou commentateurs vedettes monopoliser micros et caméras. Derrière ce rideau de fumée, la réalité est bien différente.

 

Une enquête récente, dirigée par Christine Leteinturier, Maître de conférences en sciences de l’information à l’Institut français de presse (IFP) de l’Université Panthéon-Assas (Paris II), montre qu’une carrière moyenne de journaliste ne dépasse pas 15 ans. Dans ce métier, comme dans bien d’autres, les carrières sont courtes, la précarité est en hausse et lorsqu’un journaliste subit une vague de licenciements, il éprouve de plus en plus de difficultés à retrouver du travail.

 

En 1990, 8,4 % des journalistes travaillaient en CDI (contrat à durée indéterminée) mais dix-huit ans plus tard, ce pourcentage a chuté à 1,9 % ! Sur les 36 000 journalistes français titulaires d’une carte de presse, un tiers seulement peut espérer faire une longue carrière. Les autres doivent se contenter de contrats précaires, travaillant à la pige, c’est-à-dire seulement payés pour les reportages, textes ou photos diffusés ou publiés, ou encore avec un CDD (contrat à durée déterminée) mais aussi, de plus en plus, avec des contrats de qualification et des stages…

 

La réalité économique et l’évolution des habitudes obligent la presse écrite à hausser ses tarifs comme l’ont fait récemment Le Parisien, Libération et surtout Le Monde qui a atteint le seuil symbolique de 2 euros. Si cela apporte de l’argent dans les caisses, les ventes continuent de chuter. Devant ces transformations et cette crise permanente de la presse écrite victime d’une désaffection croissante des lecteurs, une enquête comme celle de l’IFP, publiée sous le titre « Les journalistes français et leur environnement (1990 – 2012) » ouvre d’autres horizons.

 

En effet, est constatée une diminution de la production d’informations dans tous les médias où l’on confond de plus en plus information et communication. De plus, le champ d’action des journalistes se limite trop à l’information générale et politique alors que des besoins réels existent, tant sur le web que sur papier, dans les secteurs spécialisés comme le social, le juridique, l’économique et le scientifique. Un nouveau modèle de presse se prépare mais reste à encore à inventer.

Jean-Paul

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 23:00

Du Yorkshire aux Champs-Élysées  (Éditorial du 4/07/2014)

 

Le Tour de France semble prendre goût aux départs insulaires car, pour sa 101e édition, ce samedi 5 juillet, il s’élance depuis le centre du Royaume-Uni, à Leeds, capitale du Yorkshire. Les trois premières étapes d’un feuilleton comptant 21 épisodes auront donc l’accent anglais car les coureurs visiteront en plus Harrogate, York, Sheffield, Cambridge et Londres.

 

Retrouvant le continent au départ du Touquet pour Villeneuve-d’Asq, les trois étapes qui suivront marqueront le centenaire du déclenchement de la Première guerre mondiale. Ypres, ville belge tristement célèbre pour les attaques au gaz moutarde appelé depuis ypérite, lancera la 5e étape, redoutée par tous les grimpeurs puisque 9 secteurs pavés de Paris-Roubaix sont au menu avant l’arrivée à Arenberg. Entre Arras et Reims, les coureurs traverseront un champ de bleuets, au Chemin des Dames, nouvel hommage aux Poilus morts sur les champs de bataille, comme le lendemain, entre Épernay et Nancy  en passant par Verdun.

 

Si une cinquantaine de coureurs ayant disputé le Tour depuis sa création, en 1903, ont été tués entre 1914 et 1918, trois anciens vainqueurs ont disparu au cours des combats : Lucien Petit-Breton (1907 et 1908), François Faber (1909) et Octave Lapize (1910).

 

Entre Tomblaine et Gérardmer, le Tour abordera les Vosges, continuant dans ce massif jusqu’à Mulhouse plus, le 14 Juillet, une terrible étape se terminant au sommet de La Planche des Belles Filles.

 

Après une journée de repos à Besançon, la course piquera au sud jusqu’à Oyonnax pour honorer le Jura. Elle s’offrira un bref échantillon de Massif Central avec l’arrivée à Saint-Étienne, une étape partie de Bourg-en-Bresse car deux journées alpestres se profilent avec l’arrivée à Chamrousse puis l’étape GrenobleRisoul, le samedi 19 juillet, avec le col d’Izoard (2 360 m), toit du Tour 2014.

 

Entre Tallard et Nîmes, les sprinters pourront se défouler avant une seconde journée de repos programmée à Carcassonne, ville qui lancera l’assaut des Pyrénées avec la plus longue étape (237,5 km) se terminant à Bagnères-de-Luchon après le terrible Port de Balès. Le 23 juillet, de Saint-Gaudens au Pla d’Adet, il y aura 4 cols au programme. Le lendemain, en Pau et Hautacam, le col du Tourmalet rappellera le souvenir d’Octave Lapize, déjà cité, premier coureur du Tour à avoir franchi ce col en tête.

 

De Maubourguet à Bergerac, ce sera presque plat, juste avant la seule étape contre-la-montre au programme, une première depuis 1953 : 54 km entre Bergerac et Périgueux. Les coureurs ne traîneront pas ensuite pour gagner Évry, lieu de départ de la dernière étape, le dimanche 29 juillet, pour Paris, les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe dont les coureurs feront à nouveau le tour, comme en 2013.

 

Christopher Froome se succèdera-t-il à lui-même ? Alberto Contador ne semble pas d’accord. Côté tricolore, ce serait encourageant de faire mieux que le jeune Romain Bardet, 15e en 2013…

Jean-Paul

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 15:00

En finir avec Eddy Bellegueule  par Edouard Louis,

Seuil, 2014, 219 p.

 

À 21 ans, Édouard Louis ne s’appelle plus Eddy Bellegueule, un nom qu’il a porté pendant une vingtaine d’années. Dans son premier roman, il se livre à un exercice très difficile puisqu’il parle de ce qu’il a vécu, de toutes les souffrances qu’il a endurées mais aussi de ce qui lui a permis de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouvait.

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« De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. » Dès la première phrase, il est difficile au lecteur de ne pas être en empathie avec ce garçon qui subit les crachats dans la figure, qui voit son père ivre très souvent et qui se sent un squelette dans une famille d’obèses…

 

Eddy Bellegueule est un nom de dur mais, « Très vite, j’ai brisé les espoirs et les rêves de mon père ». Ses manières sont féminines et ses goûts aussi. Ses parents le traitent de « gonzesse ».

 

Toujours avec cette souffrance à fleur de peau, ce mal-être qui l’empêche de répondre à ce qu’on attend de lui, Eddy fait pourtant des efforts : « On essaye dans un premier temps d’être comme les autres et j’ai essayé d’être comme tout le monde. » Chaque matin, il se dit : « Aujourd’hui, je serai un dur. » Ses tentatives avec Laura puis avec Sabrina sont un échec. Eddy ne peut qu’accepter et vivre cette homosexualité qu’il a découverte et appréciée avec d’autres camarades de son village.

 

C’est au collège qu’il reçoit coups et crachats de la part de deux garçons qui l’ont pris en grippe : « J’appréciais l’école. Pas le collège, la vie du collège : il y avait les deux garçons. Mais j’aimais les enseignants. Ils ne parlaient jamais de gonzesses ou de sales pédés. Ils nous expliquaient qu’il fallait accepter la différence, les discours de l’école républicaine, que nous étions égaux. »

 

Pauvreté, manque d’argent, la vie quotidienne dans son village de Picardie n’est pas facile. Eddy n’a plus qu’une issue : la fuite, n’ayant pas réussi à être comme les autres. « Il fallait fuir. » Son talent pour le théâtre lui permet de partir pour un lycée d’Amiens et l’internat.

 

En finir avec Eddy Bellegueule est un livre dérangeant et terriblement émouvant. Si son auteur l’a qualifié de roman et non d’autobiographie, c’est qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. Par contre, sa lecture donne l’occasion d’une réflexion salutaire sur l’acceptation des différences et sur les souffrances que peuvent causer certaines réflexions et attitudes.

Jean-Paul

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 14:42

Xénia  par Gérard Mordillat, Calmann-Lévy, 2013, 375 p.

 

1480317-gf.jpgGérard Mordillat l’a déjà prouvé à de nombreuses reprises, comme dans Les vivants et les morts, il n’a pas son pareil pour nous plonger dans la vie telle que tant de nos concitoyens la connaissent et dont on parle bien peu.

 

Xénia a 23 ans et un bébé, Ryan, qu’elle doit le plus souvent emmener avec elle sur son lieu de travail, dans ces ménages qu’elle fait très tôt le matin ou tard le soir. Travers, patron sans scrupule de la POP (Propre en Ordre Partout), bafoue les lois du travail mais s’en moque. Xénia fait front car les catastrophes s’enchaînent.

 

Heureusement, il y a Blandine, sa voisine, mère de Samuel, ado métis, qui souffre beaucoup de perpétuels contrôles d’identité et qui n’arrête pas de lire Malcom X et Frantz Fanon. Avec 700 euros par mois, au mieux, Xénia, se bat pour survivre : « Xénia a des abdominaux solides, des bras et des cuisses musclés par les ménages, c’est sa force, son capital. » Mais « Xénia vit perdue dans un tunnel dont elle ne peut apercevoir l’issue. C’est un oiseau affolé qui court d’un côté, tantôt de l’autre, espérant retrouver l’air libre, la lumière du ciel. »

 

Dans sa cité des Proverbes, il y a aussi Aziz et sa mère. Tous sont très solidaires comme ce pauvre garagiste surnommé Biglouche. Au fil des événements, l’auteur dépeint avec justesse tous les problèmes dont souffre notre société : les sans papiers, le monde de la finance, la violence, le racisme ordinaire, l’ouverture des magasins le dimanche et les journées de travail ne respectant même pas un rythme de vie décent.

 

Les drames familiaux sont aussi présents dans ce quotidien qui défile et que personne ne maîtrise vraiment. Arrive enfin Gauvain qui va ouvrir d’autres horizons à Xénia qui sait se donner sans retenue. L’intime description des quatre points cardinaux qu’il réalise pour elle, est tout à fait charmante.

 

Xénia est un roman très actuel, un véritable document sur notre époque qui se lit d’un trait. Malgré un constat très sombre, Gérard Mordillat ne perd pas tout espoir car, avant d’ouvrir une fenêtre assez optimiste, il montre ce que la lutte commune peut obtenir quand chacun met de côté l’individualisme forcené.

Jean-Paul

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 15:28

Croquer le millefeuille  (Éditorial du 20/06/2014)

 

Le découpage administratif de la France en 27 régions (22 en métropole et 5 outre-mer) avec ses 101 départements, sa quinzaine de métropoles, ses 2 581 communautés de communes et ses 36 681 communes va sûrement évoluer au cours des années à venir.

 

Cela couve depuis longtemps avec son lot d’annonces et de démentis mais la fermeté du Président de la République, François Hollande,  et de Manuel Valls, son Premier Ministre, semble lancer enfin ce toilettage indispensable qui commencerait à croquer le millefeuille administratif de la France.

 

Rien ne sera simple. Chaque fois que des limites de territoire sont tracées, surgissent des mécontents qui ont souvent de bons arguments à faire valoir. Il faudra écouter, débattre et surtout trancher pour que cette réforme, souhaitée par tous mais voulue par trop peu, devienne enfin effective.

 

La carte présentée au début de ce mois de juin, fait passer la France métropolitaine de 22 à 14 régions. Outre-mer, La Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Mayotte ne sont pas concernées. Avec Île-de-France, la plus peuplée de toutes les régions de l’Union européenne (12 millions d’habitants), 6 autres régions ne bougeraient pas : Aquitaine, Bretagne, Nord-Pas-de-Calais, Corse, Pays-de-Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Si certaines régions ne bougent pas, cela change ailleurs… Le gouvernement propose 7 regroupements, tous discutables sauf celui des deux Normandie. Il ne touche pas aux limites déjà définies, procédant ainsi à des collages : Poitou-Charentes avec Centre et Limousin, Basse et Haute-Normandie, Alsace et Lorraine, Picardie et Champagne-Ardenne, Auvergne et Rhône-Alpes, Bourgogne et Franche-Comté, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

 

Apparaissent alors de grands blocs dont le plus étendu serait Centre-Poitou-Limousin (81 903 km2), Guyane mise à part avec ses 83 534 km2. Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon arriverait au troisième rang avec 72 724 km2, devant Auvergne-Rhône-Alpes (69 711 km2, la plus petite restant Mayotte avec 376 km2.

Côté population sur le plan de l’UE, Île-de-France déjà citée devancera toujours Lombardia et Andalucía mais Auvergne-Rhône-Alpes serait au 4e rang avec 7,7 millions d’habitants et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait propulsée à la 8e place avec 5,7 millions de personnes.

 

Enfin, il faudra trouver des noms un peu plus courts et s’attaquer aussi aux départements dont la disparition est annoncée pour 2020, sans oublier que la lutte pour l’emploi, la recherche et la formation devront être les priorités de ces nouvelles structures réclamant toujours plus de compétences.

Jean-Paul
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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 19:53

Un homme est mort,

BD de Kris et Étienne Davodeau, Futuropolis, 2006, 63 p. plus un dossier.

 

Un-Homme-Est-MortReprenant le titre d’un poème de Paul Éluard en hommage au journaliste résistant, Gabriel Péri, Un homme est mort sort de l’ombre les événements graves qui se sont produits à Brest, en 1950.

 

Sobre et efficace, Étienne Davodeau a accepté d’apporter tout son talent au projet ambitieux de Kris : raconter la lutte très courageuse des ouvriers chargés de reconstruire la ville, rasée après avoir été détruite par les bombardements de la seconde guerre mondiale. Les patrons refusant d’accorder de meilleurs salaires, les dockers, les traminots et les ouvriers de l’arsenal ont rejoint le mouvement.

 

Cinéaste engagé après avoir été jeune Résistant dès 15 ans, René Vautier arrive à Brest alors qu’il est recherché par la police pour ses documentaires dénonçant le colonialisme ou soutenant les mineurs en grève et les Algériens luttant pour leur indépendance.

 


Le 17 avril 1950, après un mois d’affrontements de plus en plus violents, alors que deux députés communistes ont  été emprisonnés, les forces de l’ordre tirent sur les manifestants. Plusieurs sont grièvement blessés par balle comme Pierre Cauzien qui doit être amputé de la jambe. Édouard Mazé, un militant de base de la CGT, est tué.

 

René Vautier est à Brest le lendemain et filme aussitôt la vie de ces hommes bouleversés par ce qui vient d’arriver. Il tourne le jour des obsèques d’Édouard Mazé. Une page entière, dans  Un homme est mort, est saisissante d’émotion grâce au talent d’Étienne Davodeau. L’immense foule rendant hommage à la victime est bien là, présente. Les visages sont graves, tous différents, un moment très fort de cette BD.

 

Si le film est réalisé et monté dans des conditions plus qu’artisanales, il s’agit ensuite de le montrer à Brest et dans la région. Commence alors une aventure épique de projections en plein air avec, pour bande son, le poème de Paul Éluard :

 

 Un homme est mort qui n’avait pour défense

Que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autre route

Que celle où l’on hait les fusils… 

 

Enfin, un dossier très complet a été ajouté au récit dessiné et sa lecture apporte tous les éléments nécessaires à la compréhension de ce qui s’est passé. De plus, il détaille toutes les difficultés rencontrées par Kris pour mener à bien ce projet. Ainsi, le souvenir de ceux qui se sont battus pour leur dignité n’est pas tombé dans l’oubli.

Jean-Paul

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 13:10

Immortelle randonnée (Compostelle malgré moi)  par Jean-Christophe Rufin,

Éditions Guérin, 2013, 258 p.

 

90081357_p.jpgJean-Christophe Rufin n’avait pas prévu de raconter son Chemin. D’ailleurs, en rentrant, il s’est lancé dans l’écriture du livre consacré à Jacques Cœur, Le Grand Cœur. Puis, cédant à l’insistance d’amis chamoniards, il a rédigé cette Immortelle randonnée, un petit régal de lecture ne donnant pas forcément envie de se lancer mais qui offre un récit savoureux.

 

Lui, il n’a pris aucune note tout au long de ces 800 km menant d’Hendaye à Santiago de Compostela et il plaignait même ceux qu’il voyait, le soir, noircir les pages d’un carnet… Ce sont ses souvenirs que nous découvrons dans ce livre toujours aussi bien écrit, comme Jean-Christophe Rufin sait le faire, avec un humour omniprésent.

 

Tout commence avec l’acquisition du crédencial et la découverte de cette radinerie qui fait le jacquet : « … que le pèlerin aille ou pas vers Dieu (c’est son affaire), il doit toujours le faire en tirant le diable par la queue. »

 

Au départ d’Hendaye, c’est évident : « Le Chemin est une alchimie du temps sur l’âme. » Un peu plus loin, il précise : « Le Chemin… Il est une force. Il s’impose, il vous saisit, vous violente et vous façonne… Il ne vous donne pas la parole mais vous fait taire. »

 

Hésitant entre el Camino francés, par Burgos et León,  et celui du Nord, par San Sébastián, Bilbao, Santander, Gijón et Oviedo, il choisit ce dernier car il sait qu’il rencontrera peu de monde. Cela ne l’empêche pas de constater assez rapidement que le Chemin est un lieu de drague car certains le font pour chercher l’amour et parfois, le trouvent…

 

Dès la traversée de sa première ville, il remarque que le pèlerin ne compte pas. On ne le voit pas. Lui, l’académicien, l’ambassadeur, devient vite un sauvage, obligé d’obéir à certaines lois naturelles, pour se soulager, par exemple. Il campe aussi le plus souvent, toujours très  solitaire : « Barbe en broussaille, pantalon taché, chemise imprégnée de sueurs recuites, j’étais bien calé dans ma crasse, éprouvant la jouissance d’être protégé par elle comme par une armure. »

 

Son principal problème vient vite de ses pieds. Dès qu’il arrive à l’étape, le pèlerin se déchausse et évolue en tongs, en sandales ou en crocs mais ses chaussures sont de mauvaise qualité. À Guernica, il doit acheter de bonnes chaussures : « Les pingres paient toujours deux fois ! »

 

 

Après avoir voulu arrêter au bout de huit jours, il poursuit en Cantabrie où le Chemin est « monotone, déprimant, mal tracé : trop de passages le long des routes, trop de paysages industriels, trop de lotissements déserts, constellés de panneaux À vendre ». Ses réflexions l’amènent à parler du christianisme avant d’être rejoint par Azeb, son épouse qui termine avec lui.

 

L’arrivée n’est pas très emballante car l’entrée de Santiago de Compostela est un cauchemar pour le marcheur. Enfin, il doit faire la queue pour obtenir la fameuse Compostela délivrée à tout marcheur ayant accompli au moins 100 km ou à tout cycliste ayant roulé 200 km. Jean-Christophe Rufin méritait huit fois le diplôme… avant de replonger dans une vie quotidienne à nouveau trépidante.

 

Merci à Marisette de m’avoir permis de faire ce Chemin dans les pas de Jean-Christophe Rufin.

Jean-Paul

 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 19:34

Tourné vers l’été  (Éditorial du 13/06/2014)

 

La mi-juin est déjà là et l’actualité se tourne résolument vers l’été. Du côté du sport, la coupure est nette. Les différents championnats de sports collectifs ont bouclé leur palmarès 2013 – 2014, Roland-Garros est terminé, mais surtout la Coupe du Monde de football a débuté ce jeudi 12 juin, au Brésil où l’Espagne remet son titre en jeu.

 

Cet événement, mobilise, tous les quatre ans, l’attention des médias du monde entier et passionne aussi, bien au-delà des habituels aficionados qui suivent le football. Là-bas, les problèmes signalés il y a quelques mois n’ont pas été réglés et il faut peut-être s’attendre à quelques vagues durant ce mois consacré à la compétition puisque la finale est prévue le dimanche 13 juillet, à Rio de Janeiro.

 

Ici, nous sommes bien loin avec un décalage horaire de 5 heures et même 6 h pour Manaus et Cuiabá. Quand il est 17 h à Brasilia, la capitale, il est déjà 22 h à Paris ou à Montpellier. Aussi, là-bas, les matchs se joueront pour la plupart en fin d’après-midi, comme la finale qui débutera à 16 h au Brésil alors qu’il sera 21 h en France. Voilà pourquoi certains matchs des huit groupes qualificatifs pour les huitièmes de finale commenceront à minuit ou même 3 h du matin, heure française.

 

L’équipe de France, emmenée par Didier Deschamps devra se montrer supérieure au Honduras, à la Suisse et à l’Équateur pour espérer finir en tête ou à la seconde place du groupe E. Il n’est pas trop risqué de parier sur un meilleur parcours qu’en Afrique du sud, en 2010…

 

Puisque nous ne ferons pas partie de 17 000 Français qui seront au Brésil pour assister à un ou plusieurs matchs, il faut bien se pencher sur ce que va retransmettre la télévision. Seule la chaîne payante BeINSports, filiale du groupe qatarien Al Jazeera, diffusera la totalité des matchs. TF1, chaîne privée généraliste gratuite, a acquis le droit de diffuser 28 rencontres : les trois matchs de groupe de l’équipe de France après le match d’ouverture, puis des matchs concernant les équipes d’Espagne, des Pays-Bas, d’Angleterre, d’Italie, de Suisse, Allemagne, du Portugal, de Belgique, d’Algérie, du Brésil, du Ghana, du Cameroun, etc… Elle pourra choisir 5 matchs de 1/8 de finale puis 3 des ¼, donnera les deux ½ finales et la finale.

 

Lorsque tout sera joué, l’été sera déjà bien entamé. Le Tour de France cycliste sera déjà lancé depuis 8 jours mais il sera bien temps d’en reparler…

Jean-Paul

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 13:52

La nuit tombée  par Antoine Choplin,

La Fosse aux ours, 2012, 121 p.

 

La-nuit-tombee-choplin.jpegAprès Le héron de Guernica, un livre étonnant plein de sensibilité et de justesse à propos d’un drame absolu, Antoine Choplin prouve une nouvelle fois tout son talent dans un autre petit bijou : La nuit tombée.

 

Cette fois-ci, l’auteur nous emmène loin, à l’est, en Ukraine, pas très loin de Kiev, tout près de Tchernobyl, dont le nom, sauf erreur, n’est jamais cité. Avec sa délicatesse habituelle, Antoine Choplin, nous plonge tout doucement dans l’horreur d’après catastrophe, avec Gouri qui, sur sa moto attelée d’une remorque, se rapproche de « la zone ».

 

Au fil des pages, les éléments s’accumulent. On apprend qu’il ne faut pas boire le lait des vaches. À Bober, les maisons sont désertées, les fenêtres brisées, les portes défoncées, d’autres barricadées.

 

Enfin, le voici à Chevtchenko où il retrouve Vera qui lui confirme : « Tout le monde est parti. » Les souvenirs de cet été 1986 reviennent, se mélangent avec ce qu’était la vie avant puis ce qu’il a fallu faire ensuite. Son mari, Iakov, est très malade. Avec Gouri, ils se souviennent de leur travail sur le toit du réacteur où il ne fallait pas rester plus de 40 secondes…

 

« Certaines nuits, les arbres se mettaient à rougeoyer », des équipes devaient « enterrer la terre. Autrement dit, enlever la couche supérieure du champ et l’enfouir profondément… et après, répandre partout, à la place, du sable de dolomie, un truc d’un blanc tel qu’on se serait cru sur la lune. »

 

Avec ces détails d’un réalisme glaçant, l’auteur mène tous ses dialogues sans tirets mais cela ne gêne pas la lecture, lui donnant même une fluidité naturelle assez agréable. Au cours d’un repas, Kouzma raconte la destruction de sa maison, séquence impressionnante, très émouvante. Vera chante, s’accompagne à l’accordéon et Iakov dit des poèmes. Cela évoque les musiciens du Titanic continuant à jouer alors que le bateau coule…

 

Gouri veut revenir à Pripiat, dans son appartement pour récupérer la porte de la chambre de sa fille, Ksenia, morte depuis. Dessus, elle avait peint et la progression de sa taille est restée gravée. Kouzma l’accompagne et lui permet d’échapper à la surveillance interdisant l’accès à « la zone ».

 

Les souvenirs d’un monde disparu se bousculent. Avec un seul bagage par personne, ils avaient été évacués le troisième jour : « Ce n’était pas la guerre, ni un tremblement de terre. Nul effondrement, nul cratère d’obus. N’empêche, il fallait partir. » Ainsi, une ville animée est devenue catacombe, une tombe où il faut prendre garde de ne pas trop remuer la poussière et mettre des gants.

Jean-Paul

 

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