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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 11:41

Vernon Subutex (1)    par    Virginie Despentes

Bernard Grasset (2015) 396 pages.

 

Ce n’est que le tome 1 d’un roman annoncé en trois volumes. Avec impatience, nous attendons la suite de ce que va vivre Vernon Subutex, ex-disquaire, roi de la play-list, devenu, en quelques semaines, sans domicile fixe, réduit à rester dans la rue comme, hélas, beaucoup trop de monde dans nos pays dits civilisés.

 

 

« Vernon garde une ligne de conduite : il fait le mec qui ne remarque rien de particulier. » Depuis qu’il a dû fermer son magasin, en 2006, il a vendu petit à petit tout ce qui lui restait, sur e-bay. Avant, il avait un véritable vivier de filles. Maintenant, plus rien ! Pourtant, ils sont encore là, ceux et celles qui tentent de l’aider mais il a du mal à supporter l’indépendance qu’il perd, passant son temps à fuir.

 

 

Alexandre Bleach est mort et c’est lui qui le dépannait. Celui que l’auteure définit comme « toxico-crooner » a laissé des enregistrements à Vernon, des rushes qui intéressent beaucoup les médias désirant exploiter la célébrité d’une vedette adulée ou détestée de son vivant. Laurent Dopalet, producteur jaloux du succès des autres, sent qu’il a un bon filon à exploiter et laisse filer ce qu’il pense, bel exemple du style percutant de Virginie Despentes : « Alex Bleach était un connard, arrogant et fragile, le prototype du poète à la con – un merdeux qui ne pensait qu’au fric mais jouait les engagés sur les photos d’album. L’artiste dans toute sa splendeur : qui se croit tout permis et méprise ceux qui se tapent le travail, le vrai. Le problème du public, souvent, c’est qu’ils adoptent les leaders les plus pathétiques. Les gens aiment qu’on les trompe. C’est un principe qu’Alex avait bien compris. Il mentait, à longueur d’interviews, et le peuple l’adorait. »

 

Sans cesse, sont présentes la drogue et la musique, avec des artistes et des groupes connus ou inconnus. Beaucoup de personnages débarquent sans crier gare mais tous ont leur importance dans la vie décousue de Vernon. On rencontre La Hyène, capable de pourrir la toile en 48 h, Pamela Kant, ex-star du X, mais aussi Xavier qui déverse ses réflexions racistes. Vernon réussit à se faire héberger chez lui, même si « Xavier a toujours été un connard de droite. » Il y a aussi Lydia, écrivain, qui a obtenu 6 000 € de son éditeur pour écrire un livre sur Alex Bleach.

 

 

Hébergé chez Kiko, un trader, grâce à Gaëlle, il s’impose comme Dj de l’appart : « Il est le Nadia Comaneci de la play-list. » Le propriétaire des lieux, ajoute, compliment ultime : « you’re a bad ass motherfucker. » Hélas, tout se gâte encore à cause de Marcia qui s’appelait Léo au Brésil… Arrive la première nuit passée dehors, les rencontres réconfortantes et les agressions. Il pense toujours à Marcia qui lui parlait de cocaïne en prenant de la cocaïne et on pense à Roberto Saviano (Extra-pure) : « Chaque ligne qu’on se met dans le nez, il faut penser qu’on sniffe le narcotrafic, le capitalisme le plus gore qu’on puisse imaginer. »

 

 

Olga est là, Xavier revient après une description dantesque du samedi dans un grand magasin de fringues mais Loïc, Julien, Noël, de Génération identitaire « L’honneur, la patrie » arrivent… Virginie Despentes (photo ci-dessus) nous laisse alors avec un Vernon Subutex qui fait défiler sa vie d’avant et constate : « je suis devenu un clodo sur un banc perché sur une butte, à Paris. »

Jean-Paul

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 14:43

Les années par Annie Ernaux.

Nrf Gallimard et À vue d’œil (2008) 352 pages, Folio (2010).

 

Toute cette mémoire accumulée par chacun de nous et qui s’efface le jour de la mort peut disparaître définitivement ou bien être conservée grâce à l’écrit, comme l’a fait avec le talent immense qu’on lui connaît, Annie Ernaux, dans Les années.

 

 

Ces années ont passé mais la lecture de ce livre est une revue passionnante de tout ce temps, mêlant l’intime au général, la vie familiale à celle du pays et du monde, comme chacun d’entre nous le vit, finalement. L’enfance de l’auteure qui parle d’elle toujours à la troisième personne du singulier, est marquée par les récits des adultes, à table, ce qu’ils ont vécu et ce que l’Histoire nous apprend : « Dans le temps d’avant raconté, il n’y avait que des guerres et la faim. »

 

 

Dans l’après-guerre, en Normandie, « la plupart des vies se déroulaient dans le même périmètre d’une cinquantaine de kilomètres... » En juillet, l’horizon s’élargissait car la France était « arpentée par les coureurs du Tour dont on suivait les étapes sur la carte Michelin punaisée au mur de la cuisine. » Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.

 

 

« Les garçons et les filles étaient partout séparés » et la réclame, sur Radio Luxembourg permettait de voir venir le progrès : « Il était dans le plastique et le formica, les antibiotiques et la Sécurité sociale, l’eau courante sur l’évier et le tout-à-l’égout, les colonies de vacances, la continuation des études et l’atome. » Il faudrait tout citer ou presque, parler du sexe qui « était le grand soupçon de la société qui en voyait les signes partout… Dans ces conditions, elles étaient interminables les années de masturbation avant la permission de faire l’amour avant le mariage. »

 

 

Annie Ernaux n’oublie rien, écrivant avec ce style précis qu’on lui connaît. Ses phrases peuvent être très courtes avant d’aborder de longs paragraphes, peu ou pas de points et des alinéas pour chaque idée, chaque souvenir. Chaque nouvelle étape part d’une photo retrouvée, photo qu’elle décrit minutieusement, détachant « elle » que l’on verra ainsi évoluer au fil du temps.

 

 

Mai 1968, le combat des femmes pour légaliser l’avortement et cette société qui a maintenant un nom : « société de consommation » avant « la société libérale avancée » de Giscard avec des décisions positives mais le refus de la grâce pour Ranucci… Heureusement, la lecture de Charlie-hebdo et de Libération donnent de l’air. Ainsi, le temps passe et s’accélère. Aux photos s’ajoutent les films super 8 avant la vidéo puis l’élection de François Mitterrand : « Tout paraissait possible. » Lors de sa réélection, en 1988, elle constate : « Il valait mieux vivre sans rien attendre sous la gauche que s’énerver continuellement sous la droite. » Khomeiny condamne à mort un écrivain, Salman Rushdie, coupable d’avoir offensé Mahomet mais le Pape aussi condamne à mort « en interdisant la capote mais c’était des morts anonymes et différés. »

 

 

C’est enfin le temps des repas avec ses enfants devenus adultes et ses petits-enfants pour ce qu’elle qualifie comme «une sorte d’autobiographie impersonnelle » qui permet de « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. »

Jean-Paul

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 11:00

Au nom de notre bonne foi ! par Daniel Berthet

Première guerre de religion - 1562 - De Forcalquier à Grenoble

Kariel B. éditions (2015) 234 pages

 

Délaissant l’époque récente remarquablement mise en scène dans Porteurs de rêve, Daniel Berthet revient dans la région qui lui est chère, plongeant à nouveau « dans le passé pour se détacher de l’absurde du présent… », afin de pouvoir « continuer à vivre et espérer. »

 

 

Nous nous attachons aux pas de Tienot qui n’a que 12 ans et marche aux côtés de son père, le Borgne, et des vieux Fougasse. De Forcalquier à Sisteron, ils conduisent un vieux fardier tiré par le Noiraud, un cheval qui aura son importance avant la fin du livre.

 

 

Nous voilà plongés en pleine guerre civile entre protestants et catholiques, même si certains chefs peuvent passer d’un camp à l’autre par pur opportunisme. Les premières victimes sont, bien sûr, les gens du peuple devant subir batailles, ruine de leur cité mais aussi faim et perte d’êtres chers.

 

 

Dans Sisteron, les conditions de vie sont de plus en plus dures avec la peste qui sévit toujours. Corisande de Gaussan, la châtelaine voisine, a délaissé « les parpaillots » pour le camp catholique, séduite par le comte de Tende, père de Sommerive, lieutenant-général du Roi. Corisande saura se venger de l’affront qu’elle subit mais révèle aussi l’existence d’un trésor des Templiers.

 

 

Furmeyer et Mauvans, capitaines protestants, font appel au baron des Adrets, François de Beaumont, et partent pour libérer Grenoble. Quand la troupe quitte Sisteron pour le Dauphiné, Tienot s’engage. Le passage par Gap n’est pas sans souci. L’attaque de Tallard donne l’occasion à l’auteur de nous livrer une scène mémorable.

 

 

Peu de temps après, Tienot sympathise avec le fils du notaire des Disguières. Il l’appelle les Disguières et c’est sous ce nom que François de Bonne passera à la postérité. Corps, La Mûre, Laffrey, Vizille, Tienot supervise les attelages et se lie avec Joue-creuse et Cœur-en-joie qui lui apprennent une incroyable nouvelle.

 

 

Se confiant à Lesdiguières, Tienot lâche : « Mais moi, simple fils de charretier, je n’ai jamais fait confiance qu’en ma bonne Étoile, à l’image de mon père. » Il ajoute qu’il n’est « ni huguenot, ni catholique » et pose la question : « Pourquoi se battre pour une religion ? » Son ami lui confirme ce qu’il pressent : « La religion n’est qu’un moyen de convaincre le peuple d’aller se faire tuer, pas une fin en soi ! L’histoire des croisades le prouve. » D’ailleurs, quelques années plus tard, Lesdiguières se convertira au catholicisme pour devenir connétable de France.

 

 

Tout au long du livre comme au fil des péripéties qui nous mènent jusqu’à la fin de l’aventure où une certaine Adèle prend une grande importance, Daniel Berthet sait bien mettre son lecteur dans l’ambiance de l’époque, utilisant un vocabulaire adapté. C’est ainsi qu’il nous parle d’éfourceau, de haquet, d’absconse, de souquenille, de fourquine, d’andrônes, etc…

 

 

Ainsi, Au nom de notre bonne foi, tout en nous faisant revivre quelques siècles en arrière, donne de belles leçons pour les temps si difficiles que nous vivons.

Jean-Paul

PS : Pour tout renseignement complémentaire, se reporter à notre chronique du 20 octobre dernier.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 14:07

Encore et toujours,

réaffirmons les valeurs qui fondent notre République : 

LIBERTÉ 

ÉGALITÉ 

FRATERNITÉ

et surtout

LAÏCITÉ,

en SOLIDARITÉ

avec les victimes de la barbarie.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 17:39

…Jusqu’à ce que mort s’ensuive par Roger Martin

Le Cherche-midi (2008), Pocket (2013). 477 pages

 

Dès les premières lignes, Roger Martin place le lecteur au cœur du dramatique problème posé par son livre. Ce thriller très réussi attire notre attention sur le traitement subi par les Noirs dans l’armée des États-Unis d’Amérique. Nous sommes le 14 août 1944, dans la salle de classe de l’école primaire de Derville, en Normandie, et Robert Bradley, soldat noir US, va être pendu pour des faits qu’il nie avoir commis.

 

 

Basant son récit sur des faits authentiques, l’auteur revient à l’époque actuelle, à Atlanta, pour suivre Douglas Bradley (22 ans), fils de William Bradley, Directeur des ventes de Coca-Cola. Chez lui, il n’emploie que des Noirs mais n’aime pas qu’ils revendiquent : « S’il y avait quelque chose que William Bradley détestât plus qu’un Noir paresseux, c’était un Nègre contestataire. »

 

 

Douglas, contre l’avis de son père, va entrer dans l’armée mais une lettre lui apprend que l’armée ne veut pas de lui sans lui dire pourquoi. C’est David Clarkson, son ancien professeur de physique à l’université, héros du Vietnam, qui lui apprend la vérité. Très difficilement, son père reconnaît que la tombe sur laquelle il l’emmenait enfant, était celle d’un homonyme mais rappelle qu’on le traitait comme « le fils du violeur nègre » avant qu’il rompe complètement avec sa famille.

 

 

Commence alors une quête extraordinairement haletante pour Douglas. Il retrouve sa grand-mère qu’on disait morte, sa tante, Rosa et deux cousins… Encouragé par ses découvertes incroyables, Douglas se rend à Philadelphie où le père Davis James (92 ans) lui remet le journal de son grand-père : « Soldat 2e classe Robert Bradley, armée des États-Unis, 958e Régiment noir d’infanterie. » Ce qu’il trouve ne plaît pas du tout en haut lieu et la mort rôde autour du parcours de notre homme qui va mettre en lumière les luttes des Noirs pour l’égalité. Ce n’est qu’en 1948, avec le décret Truman, que celle-ci sera reconnue mais appliquée seulement durant la guerre de Corée.

 

 

L’épopée de Douglas se poursuit en France avec des rebondissements maintenant le lecteur en haleine. L’actrice Myriam Boyer lui remet des dossiers contenant une chemise intitulée « Jusqu’à ce que mort s’ensuive… », révélant des renseignements précieux sur la mort de son grand-père et sur le lieu où il est enterré. Au fil de ses rencontres, il découvre la France, à l’opposé des clichés imposés depuis son enfance. Le thriller atteint son apogée lorsqu’il va au cimetière US de Fère-en-Tardenois et la tension ne faiblit pas lors de son passage en Belgique où Eddy, ancien compagnon d’arme de Robert Bradley livre un témoignage poignant : « On traitait mieux les prisonniers de guerre allemands ou italiens que les soldats de couleur. »

 

 

Ainsi, l’auteur nous apprend les massacres de soldats noirs dans les camps d’entraînement américains mais « on attend toujours la commission d’enquête indépendante qui permettrait d’élucider, parmi une trentaine d’affaires sanglantes, ce que certains appellent « le mystère du 364e régiment d’infanterie », qui aurait vu le massacre délibéré de plus de mille soldats noirs stationnés au camp Van Dorn, à quelques kilomètres de la petite ville de Centreville, au cœur d’un Mississipi gangrené par le racisme. »

Jean-Paul

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 12:36

Extra pure (Voyage dans l’économie de la cocaïne)

par Roberto Saviano. nrf, Gallimard (2014), 454 pages.

Traduit de l’italien par Vincent Raynaud.

 

Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, vit sous protection policière depuis plus de huit ans. À la fin d’ Extra pure, il note : « Merci à Salman Rushdie qui m’a appris à être libre même entouré de sept hommes armés. » Enfin, ces pages très émouvantes de remerciements se terminent ainsi : « Merci à ma famille qui paie par ma faute un prix exorbitant. Malgré tous les remerciements du monde, je ne pourrai jamais me faire pardonner et je le sais. »

 

 

Ces remerciements de l’auteur sont le reflet des risques pris et des souffrances endurées : « J’ai observé l’abîme et je suis devenu un monstre… Fouiller. Déchirer. S’enfoncer… Les parrains, les massacres, les procès. Les tueries, les tortures, les cartels. Les dividendes, les actions, les banques. Les trahisons, les soupçons, les délations. La cocaïne… La vie qui m’est échue est une vie de fuyard, de coureur d’histoires, de multiplicateur de récits. Une vie sous protection, une existence de saint et d’hérétique… »

 

 

Fruit d’un énorme travail de recherche et d’enquête très poussées, Extra pure commence par un constat d’une lucidité effroyable : « La coke, quelqu’un autour de toi en prend… » Suit une énumération qui n’oublie personne et balaie toutes les professions, jusqu’aux plus prestigieuses.

 

 

Après, il faut suivre l’auteur dans ses recherches, ses récits foisonnant de noms, de lieux, d’histoires terribles, sanglantes où un seul dieu règne en maître : l’argent. Il n’élude aucune responsabilité comme celle des USA ordonnant aux gomeros, paysans d’Amérique centrale, de cultiver à nouveau le pavot parce que ce pays avait besoin de morphine pour la guerre. Le Mexique a dû fournir plus d’opium et, peu à peu, se sont mis en place les cartels, groupes gérant la production de cocaïne, encaissant les profits, contrôlant prix et distribution. Les saisies policières donnent une idée bien faible par rapport à la réalité. Le Mexique est à l’origine de tout mais, comme une gangrène, la coke a contaminé le monde entier et Roberto Saviano en décortique les filières, « cette folie meurtrière sans limites vers laquelle le trafic de drogue a poussé le Mexique aujourd’hui. »

 

 

La cocaïne rapporte cent fois plus que les meilleures actions en bourse avec « un océan d’esclaves interchangeables qui perpétuent un système d’exploitation dont seuls quelques-uns profitent… L’économie de la coke croît sans limites et se glisse partout. » L’auteur n’oublie pas le blanchiment de l’argent : « Aujourd’hui, New York (Wall street) et Londres (la City) sont les deux plus grandes blanchisseries d’argent du monde. »

 

 

Enfin, il y a le continent africain : « L’Afrique est au Mexique ce qu’un hypermarché est à un grossiste de denrées alimentaires. La cocaïne est comme l’une des épidémies qui se sont répandues sur tout le continent africain à une vitesse effrayante. »

 

 

Roberto Saviano rappelle le souvenir de Christian Poveda, abattu par les maras, gangs de rue les plus dangereux du monde, après avoir tourné son fameux documentaire La vida loca. « Raconter, c’est mourir » mais devant l’ampleur du désastre, il débat du problème de la légalisation et se dit favorable à cela afin de casser la spéculation, la loi de l’offre et de la demande.

 

 

Extra pure est une livre dont on ne sort pas indemne mais Roberto Saviano note : « Du respect pour ceux qui lisent… Connaître, c’est commencer à changer. »

Jean-Paul

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 18:08

Orgasme à Moscou par Edgar Hilsenrath.

Attila (2013), 316 pages.

Traduit par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, illustré par Henning Wagenbreth.

 

Le Nazi et le barbier est un livre hors normes, tellement inhabituel et décapant qu’il était curieux de découvrir un autre ouvrage du même auteur, livre traduit et édité en France des années après puisque Edgar Hilsenrath l’a écrit en 1979.

 

Nous sommes ici dans les années 1970, en pleine guerre froide. À 65 ans, Nino Pepperoni, américain d’origine sicilienne, patron de la mafia, prend sa retraite. Il est le plus riche de son continent mais un de ses yeux a été crevé par sa femme… « par mégarde ». Il est mince, pas comme Clara, son épouse « au postérieur gigantesque »

 

Sa fille, Anna Maria, a plus de 30 ans, se dit journaliste et s’envole pour Moscou afin d’y interviewer Brejnev (chef du PC soviétique) et Kossyguine (président du Conseil des ministres). Voilà qu’elle ne rentre qu’au bout de cinq mois… enceinte ! Qui a fait le coup ? Anna Maria reconnaît que Brejnev et Kossyguine n’y sont pour rien mais que le futur père est un juif russe, fils de rabbin, Sergueï Mandelbaum. Il lui a procuré son premier orgasme : « des frissons glacés qui vous brûlent… comme un millier de bougies allumées qui vous pénètrent… »

 

Pour Nino, la décision est vite prise : ou buter le séducteur ou lui faire épouser Anna Maria. Hélas, Sergueï est un scientifique travaillant à Novossibirsk et le KGB s’opposera à ce qu’il quitte l’Urss. Il faut donc l’extraire et l’avocat de Nino propose le passeur le plus célèbre, S.K. Lopp qui est, hélas, un dépeceur sexuel s’acharnant exclusivement sur les hommes… Il faut donc le castrer !

 

Ainsi est mise en place une histoire rocambolesque, pleine d’humour, déclenchant le rire à chaque page : «… le 10 juin, S.K. Lopp, alias P.D. Rodriguez, arriva à Moscou. Sans bourses mais avec un plan » et voilà que le chauffeur de taxi lui propose d’aller voir « Casse-noisettes de Tchaïkovski » !

 

 

Si ce roman n’est pas au niveau du premier cité avec des répétitions parfois lassantes et des péripéties trop détaillées, l’auteur est toujours en verve : « Le trafic autoroutier était un vrai problème. Cette société d’abondance produisait trop de voitures et trop de monde avait les moyens de s’en payer une… Le système était en cause, qui encourageait la surproduction et l’achat à crédit… » ou un peu plus loin : « Une voiture de sport n’est pas faite pour rouler vite, mais pour vous rajeunir. Elle confère à son conducteur, fût-il d’âge mûr, une aura d’intrépide jeune mâle nimbé de vent, de soleil et de pluie… La plupart des femmes s’y laissent prendre… »

 

De surprise en rebondissement, Edgar Hilsenrath nous fait beaucoup voyager jusqu’à un pays qui lui est cher, concluant sur l’absurdité de la vie : « Beaucoup se demandaient pourquoi ils avaient un orgasme, beaucoup d’autres pourquoi ils n’en avaient pas… Beaucoup coururent voir un psy parce qu’ils ne manquaient de rien, beaucoup d’autres en auraient eu grand besoin mais manquaient de moyens… »

 

Merci à Simon de m’avoir permis de lire ce livre.

Jean-Paul

 

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 13:56

Le prochain roman de Daniel Berthet va sortir au mois de novembre 2015. Pour être les premiers servis, souscrivez sans attendre et vous lirez :

Au nom de notre bonne foi !

Première guerre de religion

- 1562 -

De Forcalquier à Grenoble

 

 

Les fidèles de ce blog connaissent déjà Daniel Berthet car nous avons déjà présenté ici ses autres romans, récits toujours très bien documentés, conduits avec talent et au suspense garanti.

 

Il faut sauver le Saint-Esprit relate le combat mené par un père et son fils pour faire triompher l'INNOCENCE. Il montre bien comment l'engrenage infernal d'accusations complètement fantaisistes et sans la moindre preuve, peut détruire n'importe qui.

 

Justice aux poings complète bien le précédent, même si l'action se passe de l'autre côté de l'océan Atlantique, dans l'enfer d'une prison new-yorkaise et dans une société où les plus forts protègent d'abord les plus forts.

 

L'anneau de St-Jérôme nous ramène en Haute-Provence, à Digne,sous le règne d'Henri IV, en 1599. Il montre bien le combat quotidien que doivent mener les gens du peuple pour survivre.

 

Porteurs de rêve aborde les problèmes posés par la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. De Marseille à Paris en passant par ce pays qui peine tant à conquérir ce qu'on lui refuse, Daniel Berthet montre bien l'évolution psychologique de ses personnages et les actes qui en découlent.

 

Voilà donc Au nom de notre bonne foi ! un livre que nous attendons impatiemment mais, comme le sous-titre le précise, Daniel Berthet est retourné au XVIe siècle, "à la recherche de l'absurdité des guerres menées au nom de la religion." Un nouvelle fois, le passé est bien utile pour éclairer le présent.

 


Daniel Berthet (à gauche) et Jean Tripodi, Pdt de Coeur de Lavande.

De plus, comme pour chacun de ses livres, Daniel Berthet gauche, sur la photo, en compagnie de Jean Tripodi, Pdt de Coeur Lavande) associe la vente à une action humanitaire. Sur chaque livre souscrit au prix de 15 €, 5 € seront reversés au Téléthon 2015, Association Coeur Lavande, en partenariat avec la ville de Digne-les-Bains. Voici le bon de commande avec le lien.

Jean-Paul

 

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 14:57

7 femmes par Lydie Salvayre.

Perrin (2013), 230 pages.

 

« Sept folles. Pour qui vivre ne suffit pas… Sept allumées… Sept insensées… Sept imprudentes pour qui écrire ne consiste pas à faire une petite promenade touristique du côté de la littérature et puis, hop, retour à la vraie vie, comme on l’appelle... » Lydie Salvayre (photo ci-dessous), Prix Goncourt 2014 avec Pas pleurer, avait écrit, un peu avant, à propos de ces femmes : Emily Brontë, Djuna Barnes, Sylvia Plath, Colette, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf et Ingeborg Bachmann, 7 femmes pour qui « écrire et vivre étaient une seule et même chose. » Même si elles « vécurent presque toutes un destin malheureux », leur parcours méritait bien d’être rappelé ou tout simplement sorti de l’oubli, avec talent, ce qui ne gâte rien.

 

Elle commence avec Emily Brontë (1818 – 1848), qui a écrit Les Hauts du Hurlevent, lu par l’auteure à l’âge de 15 ans, un livre qui horrifie les salons londoniens car traitant d’amour passionné. Emily Brontë a écrit cela à Haworth (Yorkshire), en 1846, depuis un village triste, même quand il fait beau… Son père était pasteur et sa mère est morte alors qu’elle avait 3 ans. Comme ses sœurs Charlotte (Jane Eyre) et Anne, elle écrit des poèmes mais « Emily, l’obstinée parvient toujours à ses fins » et son chef-d’œuvre sera qualifié, un siècle plus tard, de « plus grand roman d’amour de tous les temps » par Georges Bataille.

 

Djuna Barnes (1892 – 1982) est beaucoup moins connue. Elle suit l’École des Beaux-Arts de New York, devient journaliste et dessinatrice de talent. « Belle comme la nuit, élégante et sombre, toujours enveloppée dans sa fameuse cape noire, elle séduisit les hommes en nombre. » Installée à Paris à partir de 1920, elle écrit Le Bois de la nuit mais sombre dans l’alcoolisme et la détresse. « Elle devint une emmurée », avant de mourir à 90 ans.

 

Sylvia Plath (1932 – 1963) est née près de Boston et reste célèbre pour ses poèmes toujours d’une ironie féroce : « La poésie est un jet de sang. » Son talent ne sera reconnu qu’après sa mort qu’elle se donne à Londres. Le Prix Pulitzer lui est accordé à titre posthume, en 1982.

 

Le talent de Colette, prénommée Sidonie-Gabrielle (1875 – 1954) n’est pas discuté. L’auteure est fascinée par elle depuis son adolescence malgré les défauts qu’elle lui trouve : « Colette est ambigüe, retorse, merveilleusement complexe et femme de tous les paradoxes. » Elle ajoute qu’elle est « l’écrivain des éclosions. »

 

Poète russe, amie de Boris Pasternak, Marina Tsvetaeva (1892 – 1941) est inclassable, hors de toute caste, de toute profession, de tout rang. Considérée par les Bolcheviks comme la pire ennemi de la Révolution : « Puisque n’appartenant à aucun camp, elle devint la pestiférée de tous » avec « une liberté d’esprit que rien ni personne ne pouvait museler. »

 

Quand sa mère meurt, Virginia Woolf (1882 – 1941) ne montre aucune émotion. Elle a des difficultés à publier, elle qui travaille, lit, écrit sans relâche. Enfin, Orlando (le livre préféré de Lydie Salvayre), Flush et Trois guinées sont des jaillissements mais, trop dépendante des critiques, elle sombre vite dans la mélancolie : « L’œuvre est toujours en défaut, toujours décevante au regard de la perfection de son projet. »

 

Enfin, Ingeborg Bachmann (1926 – 1973) est née à Klagenfurt, en Autriche et son père est membre du parti nazi. Elle écrit des poèmes, des nouvelles, des pièces radiophoniques et connaît le succès. Elle a compris très tôt « que la bête immonde était loin d’être morte, que le nazisme gangrenait encore la société viennoise. » Elle a vécu à Paris, Londres, Berlin, Francfort, Zurich, Naples et Rome où elle mourut.

Jean-Paul

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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:51

Le début... la suite... la fin

 

Lorsque, le 1er octobre, nous mettions en ligne l'annonce pour le second tome de l'autobiographie écrite par Leny Escudero, nous étions loin de nous douter que son titre deviendrait aussi réel avec la disparition de cet immense artiste, un homme d'une valeur exceptionnelle.

Toute sa vie témoigne pour lui, depuis ce qu'il a vécu, enfant, en plein guerre civile espagnole - Vivre pour des idées avec une vie de réfugié tellement actuelle aujourd'hui. Quand il écrivait Le siècle des réfugiés, il ignorait que sa chanson serait toujours aussi actuelle au XXIsiècle, tant d'années plus tard. Si vous lisez Ma vie n'a pas commencé, vous suivrez Leny apprenti terrassier puis carreleur, lui qui écrivait des chansons pour les proposer à d'autres qui n'en voulaient pas et qui se mit à les chanter lui-même, pour notre plus grand bonheur : "Si mes chansons apportent l'émotion, alors c'est la merveille des merveilles." déclare-t-il dans ce superbe documentaire qu'il faut prendre le temps de regarder.

Il rêvait d'être instituteur mais lorsqu'il voulut passer le concours de l'École Normale, il était encore espagnol et il eut beaucoup de difficultés à obtenir la nationalité française ensuite. Il a subi la xénophobie et cela lui a donné la rage d'apprendre. Sa culture était immense.

Impossible de citer toutes ses chansons. C'est à chacun de prendre le temps d'aller à la découverte de titres aussi beaux que poignants, à la poésie toujours à fleur de peau. Soulignons quand même encore un titre peu connu car il dérange : La grande farce. Il parle du Christ avec une émotion et un réalisme à couper le souffle, précisant lui-même que "le Christ a été trahi par tous les siens alors qu'il avait chassé les marchands du Temple."

Reste à lire le dernier livre de Leny qui disait : "La vie n'est pas assez longue pour réaliser un grand dessein" ou, dans Le vieux Jonathan : "Partir, c'est jamais le bon moment."

Jean-Paul

 

 

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