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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 17:32

L’innocente BD par Éric Warnauts et Guy Raives

Le Lombard (2015) 76 pages.

 

Ce superbe album de la collection Signé des éditions du Lombard nous plonge sans ménagement en pleine Allemagne nazie, à Ordensburg Vogelsang, où a été construit, en 1936, un centre de formation de la future élite nationale-socialiste, « les Junkers ». Depuis 1943, y sont accueillies les adolescentes des villes d’Aix (Aachen), Düren et Köln (Cologne).

 

Nina Reuben est l’une d’entre elles. La Madelringfürher lui apprend que ses grands-parents sont morts sous les bombes, lors d’un raid aérien sur Köln. Alors qu’elle pleure, celle qui vient de lui annoncer la nouvelle croit bon d’ajouter :

« Cessez de pleurer ! Après tout, vos grands-parents représentaient l’ancienne Allemagne, celle qui avait accepté le diktat de Versailles. Nous sommes votre famille… Celle qui doit compter… »

 

 

Après s’être confiée à son amie Lisel, Nina décide de prendre l’allure d’un garçon pour partir rejoindre sa tante Heike, à Berlin. Le 4 février 1945, l’Ordensburg Vogelsang est pris par l’armée US qui enrôle Nina comme traducteur et nous suivons l’avancée américaine en terre allemande avec les crimes commis par certains comme ce viol dans une ferme. Nina sympathise avec un soldat allemand prisonnier, Wim, qui lui demande de porter un message à sa mère.

 

 

Dans Berlin dévastée et partagée en zones américaine, britannique, soviétique et française, la vie reprend peu à peu ses droits mais le marché noir se développe, les amours aussi et Nina découvre toutes les vicissitudes humaines, perdant rapidement son innocence. Le procès de Nuremberg (20 novembre 1945 – 1er octobre 1946) révèle à Nina toute l’horreur des crimes commis par les Nazis : « Oh, Bénédicte, qu’avons-nous fait ? »

 

 

Puis c’est le blocus de Berlin, les anciens nazis sont blanchis par la commission américaine de dénazification et le réalisme prime, ce que Nina ne peut accepter. Alors, elle voyage, va en Israël, en Egypte et à Megève avant de retrouver Berlin où le blocus est levé le 12 mai 1949.

 

 

La chronologie historique rythmant le récit, les auteurs listent, en fin d’ouvrage, quelques dates importantes des années 1945 et 1946. L’Innocente, une BD au dessin beau et élégant tout en restant très réaliste permet de revisiter cette période décisive pour la seconde partie du XXe siècle qui va suivre.

Jean-Paul

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 13:31

Mémoires par Beate et Serge Klarsfeld

Fayard/Flammarion (2015). 687 pages

 

Après tant d’années de luttes, de brimades, d’incompréhension mais aussi de victoires contre l’oubli, Beate et Serge Klarsfeld (photo ci-contre) ont raconté cette vie, loin d’être finie, dans un livre qu’il faut absolument lire d’abord pour ne pas laisser oublier tant de malheurs, tant de meurtrissures irréparables, ensuite pour que de tels cauchemars ne se reproduisent plus alors que tout pousse à le craindre.

 

Le récit est rythmé, alternant entre Beate et Serge, chacun dans son rôle mais tellement complémentaires. Fille de Kurt, fantassin dans l’armée allemande, et Helen Künzel, Beate est berlinoise. Ses parents avaient voté Hitler « comme les autres et ne se reconnaissaient aucune responsabilité dans ce qui s’était passé sous le nazisme. » Après 1945, ils se plaignaient de ce qu’ils enduraient : « Jamais un mot de pitié ou de compréhension à l’égard des autres peuples… »

 

C’est à Paris, en mai 1960, qu’elle rencontre Serge alors qu’elle est fille au pair : « Il me plaît tout de suite par son sérieux comme par sa fantaisie. » C’est lui qui lui apprend l’histoire de son pays et, reconnaît-elle : « C’est ainsi que j’entre en contact avec la réalité terrifiante du nazisme. » Elle voyage puis se marie, à Paris, le 7 novembre 1963. Elle travaille à l’OFAJ (Office franco-allemand de la jeunesse) et Serge est assistant de direction à l’ORTF, la télé à l’époque.

 

À son tour, il raconte une enfance marquée par la traque des Juifs par la Gestapo, parle de Nice où sa famille a cru trouver la tranquillité, de son père, Arno, qui se sacrifie pour sauver les siens. Il est emmené vers la mort, à Auschwitz, le 2 octobre 1943. Son récit foisonne d’événements, d’anecdotes révélatrices sur les conditions de vie, comme à Saint-Julien Chapteuil, en Haute-Loire, où sa mère les a emmenés avant un retour à Paris, ville enfin libérée. Leur appartement a été pillé et il est occupé. L’errance reprend.

 

 

 

Lors des obsèques de Xavier Vallat, devant les grilles du cimetière de Pailharès (Ardèche), Serge et Beate Klarsfeld étaient bien seuls, en 1972, pour rappeler le passé du Commissaire aux Questions juives du gouvernement de Vichy, (1941-1942), ayant contribué à doter la France d'une législation antisémite la plus élaborée et la plus sèvère d'Europe.

 

 

 

 

 

Ces deux vies se conjuguent et se complètent dans l’action et la recherche avec une Beate au courage incroyable lorsqu’elle réussit à hurler : « Kiesinger, Nazi, abtreten ! (démisssionne) » en plein Bundestag où l’ancien Directeur adjoint de la propagande hitlérienne vers l’étranger devenu Chancelier doit s’exprimer. Cette même année 1968, elle écrit : « La réunification est naturelle et souhaitable ; de plus, elle est inévitable… Nous voulons une réunification pacifique qui permette à l’Allemagne sans armes nucléaires d’être l’indispensable pont entre l’Est et l’Ouest. » Un peu plus tard, elle gifle cet homme en public pour « témoigner qu’une partie du peuple allemand, et surtout la jeunesse, est révoltée par la présence à la tête du gouvernement de la République fédérale d’Allemagne d’un nazi… »

 

Lister toutes les actions entreprises ensuite par Beate et Serge serait beaucoup trop long mais c’est une histoire toute récente où l’on retrouve Kurt Lischka, Herbert Hagen, Aloïs Brunner, Josef Mengele, Klaus Barbie, Paul Touvier, René Bousquet, Maurice Papon... C’est surtout un combat acharné pour que les Fils et filles de déportés ne soient pas spoliés une seconde fois après avoir tout perdu.

 

Partisan d’une vérité historique impartiale, Serge Klarsfeld remet beaucoup de choses au point en basant toujours ses affirmations sur ses sources, citées précisément, après d’intenses et énormes recherches, luttant sans cesse contre les pesanteurs administratives et les collusions politiques. Ils l’affirment tous les deux : ils militeront jusqu’à la fin, bien relayés par leurs enfants, Arno et Lida. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah rappellera toujours que, si 3 millions de Juifs ont survécu, 6 millions ont été assassinés : « Il s’agit d’un drame de la civilisation occidentale… Il s’agit d’un drame de la nature humaine ouvrant de terribles perspectives sur l’infinie capacité de l’homme « civilisé » à faire le mal. »

 

 

Concluons cette trop courte chronique mais son but n’est pas de tout dire car il faut lire et faire lire Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld en laissant la parole à ce dernier : « Comme historien, au lieu d’une mémoire floue, tronquée, mutilée, abîmée, dénaturée, bafouée, j’ai pu imposer une mémoire authentique, restituée, réhabilitée, précise et fidèle. »

Jean-Paul

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 10:34

Ce samedi 2 juillet 2016, le 103 ° Tour de France s'élance depuis le Mont-Saint-Michel pour trois semaines de course, jusqu'au dimanche 24 juillet et l'arrivée à Paris, en passant par... l'Ardèche et la Drôme. Vincent ayant eu la bonne idée de m'offrir la BD de Pat Perna et Philippe Bercovici (le tome 2 - Le sprint final - est sorti en juin), j'ai décidé de vous en faire profiter sans attendre car on ne se moque bien que de ce que l'on aime depuis toujours... et puis, il est important de se mettre tout de suite dans l'ambiance !

 

Le Tour de France

1. Les coulisses du Tour de France. (La BD officielle du Tour de France)

BD de Pat Perna et Philippe Bercovici

Hachette Comics (2015. 31 pages.

 

« Vivement l’étape d’Aubenas ! », fait dire Philippe Bercovici à son coureur lors de sa dédicace recueillie par Vincent, fin mai, lors d’Aubenas BD. Le dessinateur très doué de cette nouvelle série de BD dédiée à la grande boucle a un peu simplifié les choses car les coureurs ne passeront pas du tout dans cette ville du sud de l’Ardèche. En effet, le vendredi 15 juillet, ils iront, un par un, lors d’un contre-la-montre de 37,5 km, de Bourg-Saint-Andéol à La Caverne du Pont d’Arc, tout près de Vallon mais à près de 30 km d’Aubenas…

 

 

Cette approximation n’est pas bien grave puisque l’album n° 1 (Les coulisses du Tour de France) offre une bonne détente permettant de partager les tribulations des organisateurs, les velléités d’un motard de France 2 qui se frotte à un homologue de la gendarmerie, à Benjamin et ses parents et à une fameuse Carambouille team dont les coureurs font le maximum…

 

 

Tout commence avec un nouveau sponsor très embarrassant : M. et Mme Poissard, charcutiers, qui paient très cher pour vendre leur… boudin. Chaque épisode se déroule sur une page, parfois plus mais les auteurs nous gratifient de plusieurs planches très réussies comme celle qui montre ce supporter bien installé dans un col difficile et qui hurle « Allez ! Du nerf. Feignasse ! »

 

 

L’emplacement idéal est une obsession pour le père de Benjamin dont la mère patiente en tricotant, au bord de la route, remettant vertement en place son rejeton alors que son mari commet les pires bourdes...

 

 

Si le briefing avant l’Alpe d’Huez fait réfléchir, terminons avec la réflexion du motard de la télévision : « On se traîne tellement que j’ai des moucherons à l’arrière du casque ! »…

Jean-Paul

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 14:41

L’Assassin court toujours et autres expressions insoutenables

par Frédéric Pommier

Éditions du Seuil (2014) Points (2015. 305 pages

 

Publié dans Le goût des mots, une collection dirigée par Philippe Delerm, ce livre est un vrai régal à déguster en bloc ou à petite dose pour mieux tout savourer. Frédéric Pommier (photo ci-contre), journaliste dont on peut entendre la revue de presse chaque week-end sur France Inter, détricote toutes ces expressions dont on abuse : « Ils nous parlent et tous ont leurs tics et leurs formules fétiches : formules journalistiques, formules politiques, formules d’animateurs ou bien formules plus personnelles… qui gagnent, imprègnent, contaminent le langage de la rue. » L’auteur ose même le sigle MVT (Maladies visuellement transmissibles).

 

 

Le titre du livre reprend la première formule traitée que l’auteur décortique et analyse. Il fait de même ensuite et le lecteur ne peut que sourire. Il ajoute à la fin de chaque texte un nom de maladie, un nouveau mot créé pour l’occasion, comme l’endurocriminose pour L’assassin court toujours.

 

 

L’expression Un plat très malin se voit qualifiée de cyrilignacose. La quiproquotte s’applique à Une phrase sortie de son contexte, une formule employée par Nadine Morano, David Douillet et tant d’autres responsables politiques qui ont leur version, comme le journaliste : « À qui faire confiance ? Où est le con ? Quel est le texte ? Et quel est le contexte ? »

 

 

Les formules toutes faites et utilisées mécaniquement s’enchaînent, comme Retoquer un texte, ce que fait le Conseil constitutionnel où Jacques Chirac ne va plus… « Parce qu’il devient toc-toc. Chirac débloque, il est toc-toc. Quant au Conseil, lui, il retoque. Dès qu’il tique, il retoque. Ça tient du tic, ça tient du toc. »

 

 

Ce serait trop long de les citer toutes mais il faut encore dégager Nager dans le bonheur, expression lue souvent sur les faire-part de naissance : « Les parents d’un nourrisson ne peuvent pas nager dans le bonheur ! C’est un mensonge éhonté. La réalité, c’est qu’ils nagent dans les cris, dans les pleurs, dans le stress, dans les nuits sans sommeil et, surtout, dans les couches ! Ils nagent en permanence dans le pipi et le caca de leur adorable bébé ! »

 

 

Bienvenue dans votre émission donne l’occasion d’un épisode désopilant. Prendre les matchs les uns après les autres est une « sacrée stratégie »… mais le mieux est que chacun se régale au gré d’un panorama qui n’épargne personne.

 

 

Enfin, Frédéric Pommier termine avec Je suis Charlie, rendant la paternité de l’expression à Joachim Roncin, directeur artistique de Stylist, un magazine gratuit parisien et, s’il ne faut lire qu’un chapitre, c’est vraiment celui-là !

Jean-Paul

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 15:47

L’Agenda du nouvel instit

BD par Bruno Heitz

Circonflexe (1996, réédité en 2004) 96 pages.

 

C’est en visitant de nombreuses écoles que Bruno Heitz (photo ci-dessous), déjà auteur de plusieurs livres et albums pour enfants, a eu l’idée de dessiner et d’écrire ce qu’il observait du système éducatif. L’ensemble est particulièrement savoureux, très agréable à détailler et à lire.

 

 

 

Tout commence au cours d’un repas de famille, quand tombe la réflexion inévitable de Papa à l’oncle Jef : « Vous, les instits, vous êtes tout le temps en vacances ! » Après être passé par toutes les couleurs et avoir quitté la salle à manger, l’oncle Jef revient avec son cartable. Pendant que son épouse tente un : « Reste calme, chéri. », il s’écrie : « Ah, oui ! Je suis tout le temps en vacances ! Mais vous savez ce que je fais, ENTRE LES VACANCES ?... Vous voulez voir mon agenda ? »

 

 

 

Nous voilà partis pour une année scolaire avec chaque trimestre bien marqué. Après l’évocation des bons souvenirs que chacun garde en mémoire de ses lointaines rentrées des classes, l’auteur détaille avec beaucoup d’humour le vécu des enseignants de l’école primaire. On évoque la Maif(1), le GCU(2) avec l’annonce d’un précieux lexique en fin d’ouvrage pour les non-initiés.

 

 

Bien sûr, de nombreuses situations vécues se retrouvent comme la disposition des tables dans la classe, la répartition des élèves, les travaux effectués ou pas durant l’été, la livraison du matériel pédagogique…

 

 

Les enfants arrivent enfin avec leurs réflexions et les premières heures de classe où il faut faire connaissance. Il y a aussi les parents à gérer, surtout lorsqu’ils sont réunis dans la classe pour la présentation du programme de l’année. L’auteur ne néglige aucun sujet, abordant les sorties scolaires, les réalisations en travail manuel… mais Papa qui n’en manque pas une, conclut ce premier trimestre : « Finalement, vous vous amusez bien ! »

 

 

La classe de neige, le Projet d’action éducative, les intervenants extérieurs, le carnaval, l’IEN(3), l’anniversaire du maître, l’instit remplaçant (un ZIL(4)), les séances aquatiques, la kermesse de fin d’année, les conseils des maîtres de fin d’année, les parents d’élèves rencontrés en ville, les anciens élèves ingrats ou pas… et même le départ à la retraite du collègue le plus ancien.

 

 

Tout est bien dessiné, à la limite du dessin naïf mais toujours très expressif, aux couleurs très agréables. C’est un bel hommage au métier d’instituteur, même si, maintenant, il faut dire Professeur d’école…

 

 

Merci à Vincent pour m’avoir régalé avec cette BD que je ne connaissais pas.

Jean-Paul

  1. Maif : Mutuelle assurance des instituteurs de France.
  2. GCU : Groupement des campeurs universitaires.
  3. IEN : Inspecteur de l’Éducation nationale.
  4. ZIL : Zone d’intervention limitée.
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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 17:08

Temps glaciaires par Fred Vargas

Flammarion (2015). 489 pages

 

Il faut le reconnaître, avoir tant attendu pour lire Fred Vargas (photo ci-contre) est vraiment dommage mais son dernier roman policier donnait l’occasion de réparer cette lacune et ce fut un vrai régal.

 

 

Temps glaciaires débute avec Alice Gauthier qui tombe, dans la rue, une lettre à la main. Non seulement, Marie-France qui se trouvait là à point nommé, sauve ce prof de math à la retraite d’un coup sérieux à la tête, mais elle ramasse les objets personnels de la malheureuse ainsi qu’une lettre qu’elle se charge de poster elle-même.

 

 

L’affaire se complique lorsque nous apprenons qu’Alice Gauthier s’est suicidée un peu plus tard et qu’un juge veut classer le dossier. Un certain Adamsberg, commissaire de police, entre en scène et va être le personnage central de l’histoire, avec son adjoint, le commandant Danglard dont la passion pour l’Histoire sera très précieuse.

 

 

Quand Marie-France se rend au commissariat pour parler de cette fameuse lettre, Danglard la mène dans le bureau d’Adamsberg et les dialogues sont savoureux. Il en sera ainsi tout au long du livre avec une foule de références historiques et un humour précieux avec les cadavres qui se succèdent.

 

 

L’Islande va prendre une importance grandissante avec le récit terrible d’un voyage dont les conséquences, des années après, sont dramatiques. La famille Masfauré et son haras sont au cœur du problème. Adamsberg lance tous les flics de son commissariat sur les pistes ouvertes et elles sont nombreuses. L’auteure sait à la perfection noter de petits détails qui agrémentent la lecture comme ces gratterons qui s’accrochent au bas du pantalon du commissaire ou ce chat de la brigade qui ne peut dormir que sur la photocopieuse et qu’il faut porter à l’étage pour qu’il consente à manger…

 

 

 

Quand l’Association d’étude des écrits de Maximilien Robespierre entre en jeu, l’enquête prend toute son ampleur et sa complexité. Le contexte historique de l’époque révolutionnaire devient primordial pendant les reconstitutions des séances de l’Assemblée Nationale, celle du 5 février 1794, 17 pluviôse an II, par exemple : « C’était l’Histoire en vrai, le président les avait prévenus, l’acteur incarnait au mieux l’Incorruptible de la Révolution. Et il y réussissait pleinement… C’était Lui ! » »

 

 

Le récit est riche de rebondissements, de surprises, de révélations et l’auteure a le mérite de ne pas ménager les explications lorsque tout se dénoue dans une scène digne des meilleurs films policiers. Temps glaciaires donne aussi envie d’aller découvrir ces terres d’Islande à la fois mystérieuses, inquiétantes et attirantes.

Jean-Paul

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 07:35

Sigmaringen par Pierre Assouline

nrf – Gallimard (2014) 359 pages.

 

Le nom de cette ville allemande située sur le Danube, au sud du pays, dans le Bade-Wurtemberg, évoque immanquablement son château qui domine la cité où se réfugièrent vichystes et collabos qui avaient pu fuir à temps la débâcle de l’armée du IIIe Reich.

 

Dans ce roman, Pierre Assouline nous invite à vivre ces quelques mois, de septembre 1944 à avril 1945, en suivant les pas de Julius Stein, majordome de la famille Hohenzollern qui a dû abandonner des lieux habités depuis quatre siècles, sur ordre de Ribbentrop, afin de laisser place libre au maréchal Pétain et sa suite. Otto Abetz, ambassadeur de France à Paris, avait dit au Führer que Sigmaringen serait la ville idéale pour abriter ceux qui avaient collaboré. Tout le personnel est resté afin que tout se passe pour le mieux.

 

 

D’une discrétion exemplaire, Julius ne se livre à aucun épanchement : « Un majordome général a vocation à tout entendre sans rien écouter. » Avec application et précision, il nous présente tous les occupants du château ainsi que cet indescriptible capharnaüm de 383 pièces dont le maréchal occupe le 7e étage, « l’Olympe », pendant que Laval n’est pas content de ses appartements.

 

 

Dès l’arrivée de ces Français, les mesquineries reprennent. Le maréchal exige d’être le seul à pouvoir utiliser l’ascenseur car il se considère comme le plus illustre prisonnier du château. Quant au gouvernement, il se compose de deux parties : ceux qui ne veulent rien faire, regroupés autour de Laval, et ceux qui travaillent pour reprendre le pouvoir avec Brinon, Déat, Luchaire, Darnand…

 

 

Fort d’une recherche énorme et très approfondie, l’auteur qui cite toutes ses sources à la fin du livre, nous fait partager le quotidien de ces sinistres personnages qui se détestent, se jalousent. Sa lecture est formidablement instructive car Pierre Assouline décrit aussi la ville où de plus en plus de Français fuyant les libérateurs et l’inévitable épuration à venir, ont trouvé refuge : « Il y avait de tout : des collaborateurs bien sûr, mais aussi des zazous, des miliciens en armes bien que le port d’armes soit interdit en ville par crainte d’incidents avec les fidèles de Doriot, des mères de famille nombreuses, des dandys, des tueurs, des maréchalistes, des actrices, des politiciens, des enfants, d’authentiques fascistes et même des braves gens qui avaient suivi le mouvement, tombés dans le panneau de la panique en se jetant dans le flot des fuyards, craignant d’être à leur tour dénoncés par leur concierge s’ils rentraient chez eux, persuadés que les gaullistes réservaient un mauvais sort à tous ceux qui n’avaient pas rejoint la France libre, et qu’en suivant le maréchal comme ils l’avaient fait pendant quatre ans, il se plaçaient sous sa protection naturelle, des gens qui avaient trouvé dans cette ville un endroit où abriter leur terreur. »

 

 

Julius étant Allemand, il nous renseigne aussi sur les états d’âme d’un peuple en train d’être brisé mais il avoue : « Chez nous, dès lors qu’on endosse un uniforme, on se croit délesté d’une certaine responsabilité. On n’a plus à décider… On obéit, que l’uniforme soit celui d’un soldat, d’un officier, d’un postier, d’un pompier ou d’un maître d’hôtel. »

 

 

Pendant que les Alliés avancent et bombardent Dresde, Himmler décrète le Volkssturm, la mobilisation générale, soit 500 000 hommes de 16 à 55 ans. L’hiver est terriblement froid. Julius parle de l’épuration nazie dans le monde de la culture : « le pouvoir mena une guerre contre l’esprit, la sensibilité, l’intelligence, la culture. » Au moment où tout se désagrège, apparaît un personnage important, le Docteur Destouches plus connu sous le nom de Louis-Ferdinand Céline. Ayant obtenu les papiers nécessaires, il réussit à fuir à temps avec sa famille après avoir surtout pensé à soigner les plus pauvres.

 

 

Enfin, nous vivons l’arrivée de l’armée française : « La représentation de Vichy-sur-Danube, une comédie tragique et bouffonne, était terminée. » Avec talent, Pierre Assouline (photo ci-contre) réussit un livre passionnant, non dénué de sentiments et très instructif sur une période si difficile pour notre pays, période à toujours avoir en mémoire lorsque les temps redeviennent difficiles.

Jean-Paul

 

 

 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:23

Le calvaire et le pardon

Loïc Sécher et Éric Dupond-Moretti

Les ravages d’une erreur judiciaire revue et corrigée

(avec la collaboration de Julie Brafman)

Michel Lafon (2013). 301 pages

 

« Aux yeux de la justice, je suis une erreur. » Ainsi débute le texte poignant de Loïc Sécher, celui qui est « le septième condamné officiellement blanchi depuis 1945. » Condamné à 16 années de prison, il est sorti après 7 ans de cauchemar : « On a cru que j’avais violé. En cela, je suis un cas unique, une sorte de spécimen né de la malheureuse rencontre d’une victime fabulatrice et d’une justice trop crédule… D’autres s’en sont moins bien sortis. »

 

 

Loïc Sécher affirme un peu plus loin que la justice qui se veut impartiale et donc aveugle, a été sourde, dans son cas et dans bien d’autres cas aussi. Cet homme brisé par tant de souffrance et d’incompréhension écrit et répète ce qu’il n’a cessé d’affirmer, cette phrase qui reste toujours la mienne : « je ne pouvais pas reconnaître un crime que je n’avais pas commis. » Plus loin, il précise : « mon accusatrice a finalement avoué avoir menti. Huit ans plus tard. » S’il est officiellement blanchi depuis 2011, il reconnaît être toujours hanté par ce qu’il a vécu. Comment pourrait-il en être autrement ?

 

 

L’intérêt de ce livre est double puisqu’il livre le vécu de Loïc Sécher ainsi que les impressions de Maître Dupont-Moretti, son avocat qui n’intervint que lorsque la demande de révision fut mise en route. Très justement, il décortique le cheminement des magistrats et des jurés qui condamnent : « … parce que acquitter au bénéfice du doute, reconnaître qu’on n’a pas suffisamment d’éléments et qu’on va peut-être relâcher un coupable, demande davantage de courage. » Il cite enfin Voltaire qui affirmait si justement : « Mieux vaut cent coupables acquittés qu’un innocent en prison. »

 

 

Commence alors le récit du cauchemar vécu par Loïc Sécher qui a 40 ans et vit dans un petit village de Loire-Atlantique, à La Chapelle-Saint-Sauveur. Gardé à vue pour agression sexuelle, il détaille l’enchaînement des événements qui rappellent pour l’essentiel ce que j’ai vécu : la peur, l’angoisse, les trois gendarmes interrogateurs, chacun dans un rôle différent, la nuit, la cellule sordide et froide, les menaces à 3 h du matin : « Tu es un violeur, il faut avouer ! »

 

 

Son avocat décrit bien « une escalade angoissante d’insinuations » et parle des procès : « Revoilà donc le gendarme Rouault drapé dans son uniforme et dans sa bonne conscience qui s’avance d’un pas décidé à la barre. » Il ajoute ce qu’avait déclaré un président de cour d’assises : « Quand une enquête est mal faite, dans la police c’est par défaut et chez les gendarmes, c’est par excès. »

 

 

Loïc Sécher se confie avec beaucoup de franchise et de sincérité, parle du cauchemar de la prison où l’on traite les violeurs de pointeurs plus les sévices corporels qui suivent. Pourtant, il précise : « Au fond, la véritable peine, c’est peut-être la disparition du silence. »

 

 

Il faut lire Le calvaire et le pardon car il est impossible de détailler tout ce qu’il révèle du « fiasco de la dictature de l’émotion » comme l’écrit Maître Dupont-Moretti qui ajoute : « L’affaire Sécher montre que les psychiatres sont devenus les nouvelle pythies judiciaires. À partir du moment où ils établissent qu’une plaignante est crédible, c’est un verdict de culpabilité… cela arrange tout le monde : ils se délectent de leur puissance. »

 

 

Laissons enfin la conclusion à Loïc Sécher parlant du procès en révision : « Ce procès m’a rendu l’innocence, pas l’insouciance… Je suis un chanceux, il y a des centaines d’innocents qui continuent à crier derrière les murs des prisons. »

 

 

Un grand Merci à Roland et à Claudette qui m’ont permis de lire ce livre.

Jean-Paul

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 13:38

L’Événement par Annie Ernaux

Gallimard (2000) Folio (2001). 132 pages

 

Ce livre d’un réalisme poignant commence à l’hôpital Lariboisière où l’auteure qui s’exprime toujours à la première personne du singulier, se rend pour connaître le résultat d’un dépistage du Sida. Le sourire de la docteure qui l’accueille, la rassure aussitôt mais ce qu’elle vient de vivre lui remet en mémoire « l’attente du verdict du docteur N., en 1963, dans la même horreur et la même incrédulité. Ma vie se situe donc entre la méthode Ogino et le préservatif à un franc dans les distributeurs. »

 

 

Commence alors le récit de son avortement déjà évoqué dans Les Armoires vides : les règles qui n’arrivent pas, le docteur N. qui lui annonce qu’elle est enceinte et sa décision de ne pas garder l’enfant ce dont elle informe le géniteur. Elle rappelle la loi en vigueur à l’époque, cette clandestinité obligatoire et son désir immense d’écrire ce qu’elle a vécu : « ce qui poussait en moi c’était, d’une certaine manière, l’échec social. »

 

 

Elle cherche, se renseigne, parle de la chanson de Sœur Sourire et de sa fin tragique, de ces médecins qui ont trop peur de se mouiller. Elle continue ses études mais « avec mon corps embourbé dans la nausée », elle n’arrive plus à travailler. À chaque étape, elle note ses commentaires entre parenthèses, disant ses difficultés à écrire, à raconter cela.

 

 

Malgré tout, avec son habituelle précision, elle décrit tout son cheminement, le voyage de Rouen à Paris, le mercredi 15 janvier, en train, chez Mme P.-R., la faiseuse d’anges, comme on nommait ces femmes obligées d’accomplir leur tâche dans des conditions précaires : « Il y eut une douleur atroce. Elle disait : « arrêtez de crier, mon petit » et « il faut bien que je fasse mon travail »… L’avorteuse la raccompagne jusqu’à la gare la plus proche, sollicitude ou précaution ? Annie Ernaux n’occulte rien et fait partager ses doutes, ses souffrances, ses douleurs insupportables et l’expulsion du fœtus : « la vie et la mort en même temps. Une scène de sacrifice » Un amie l’aide heureusement mais il faut partir à l’hôpital : « J’avais un sexe exhibé, écartelé, un ventre raclé, ouvert à l’extérieur. Un corps semblable à celui de ma mère. »

 

 

Finalement fière d’être allée jusqu’au bout, elle se repose à Y. sans rien dire à ses parents puis reprend à Rouen son mémoire sur La femme dans le surréalisme : « J’étais ivre d’une intelligence sans mots. » Un peu plus tard, elle entre dans une église « pour dire à un prêtre que j’avais avorté. Je me suis rendu compte de mon erreur. Je me sentais dans la lumière et pour lui j’étais dans le crime. En sortant, j’ai su que le temps de la religion était fini pour moi. »

 

 

Enfin, elle conclut L’Événement en écrivant : « les choses me sont arrivées pour que j’en rende compte. Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l’écriture, c’est-à-dire quelque chose d’intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et la vie des autres. »

Jean-Paul

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 08:59

La Honte    par   Annie Ernaux

Gallimard (1997), Folio (1999). 144 pages

 

Cela commence un dimanche de juin 1952, le 15 exactement, à midi : « Mon père a voulu tuer ma mère. » C’est l’année du renouvellement de sa communion. Elle a 12 ans et s’en souvient encore. Les photos, peu nombreuses, alimentent ses souvenirs comme la liste des objets datant de cette année. Des cartes postales, un album, une petite trousse, la partition d’une chanson Voyage à Cuba, un missel… et son père qui disait : « tu vas me faire gagner malheur ». Elle se rend aux Archives de Rouen pour consulter Paris-Normandie de 1952, le journal de ses parents et redécouvre ce qui faisait l’actualité « Je connaissais la plupart des événements évoqués, la guerre d’Indochine, de Corée, les émeutes d’Orléansville, le plan Pinay mais je ne les aurais pas situés spécialement en 52… »

 

 

Elle passe ensuite à sa ville d’Y., une ville qu’elle ne peut nommer « le lieu d’origine sans nom où, quand j’y retourne, je suis aussitôt saisie par une torpeur qui m’ôte toute pensée, presque tout souvenir précis, comme s’il allait m’engloutir de nouveau. » Cela ne l’empêche pas de détailler la topographie de cette ville : rues, quartiers pour arriver « chez nous », l’épicerie-mercerie-café. Elle recense les expressions et les gestes du quotidien, se souvient « Tous les soirs de la semaine, à 7 h 20, La famille Duraton » et ajoute « Ici, rien ne se pense, tout s’accomplit. »

 

 

Elle nous livre un tableau détaillé, très complet de la société qui l’a vue grandir, décrit la politesse et la conduite à tenir pour une fille de commerçants, n’oubliant pas de confier ses sentiments. L’école privée catholique tient une grande place avec cette religion omniprésente, le mot laïc étant synonyme vague de mauvais. Sa mère est très assidue alors que son père fait le minimum.

 

 

Mêlée aux filles de l’école privée, petit à petit, elle a de plus en plus honte du métier de ses parents : « comme d’une conséquence inscrite dans le métier de mes parents, leurs difficultés d’argent, leur passé d’ouvriers, notre façon d’être. Dans la scène du dimanche de juin. La honte est devenue un mode de vie pour moi. »

À suivre...

Jean-Paul

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