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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 13:58

Vers la sobriété heureuse  par Pierre Rabhi.

Babel (2014), Actes Sud (2010) 163 pages.

 

« Les limites qu’impose – par sa constitution même – la planète Terre rendent irréaliste et absurde le principe de croissance économique infinie. »

 

Il faudrait que tous nos politiques et économistes aussi distingués soient-ils réfléchissent à cette phrase de Pierre Rabhi. Surtout, qu’ils en tirent les conséquences ! Pas un jour ne passe sans que nous soyons matraqués par des propos alarmistes parlant de croissance nulle ou tellement insuffisante que nous devrions avoir honte… Pourtant, Pierre Rabhi qui est agriculteur, écrivain et penseur, connaît notre planète au plus près et rejette ce « modèle qui ne peut produire sans détruire. »

 

Afin de nous emmener vers cette sobriété heureuse, l’auteur nous fait d’abord comprendre et partager ses origines, dans cette petite oasis du sud algérien, aux côtés d’un père forgeron mais aussi poète. L’auteur décrit parfaitement la fin d’un monde séculaire et cette modernité qui ressemble à une immense imposture. Ce qu’il est coutume d’appeler « les Trente glorieuses » n’a été, en fait, qu’un pillage des ressources abondantes puisées dans ce qu’on appelait pudiquement le tiers monde : « Surabondance et bonheur ne vont pas forcément de pair ; parfois même, ils deviennent antinomiques. » Au fil des pages, l’humour n’est pas absent comme lorsqu’il compare « la cravate à un nœud coulant symbolique de la strangulation quotidienne, une laisse »

 

Le drame de l’exil et l’aliénation du monde rural tiennent une large place. Il parle de l’arrivée massive des tracteurs de plus en plus énormes, des fertilisants, des pesticides, du remembrement, des semences sélectionnées.    Ce qui est appelé progrès serait-il une imposture ?

 

Pour le monde paysan, il ne faut jamais oublier que « le lien avec la terre nourricière fondé sur la modération et le respect sera garant non seulement de leur sueur mais aussi de leur dignité. » De plus, la modernité tente de subordonner un maximum de monde à la vulgarité de la finance. S’ajoute à cela une course frénétique contre le temps alors qu’il faudrait penser à reconquérir un temps réel, convivial et solidaire. Aujourd’hui, l’exemple d’internet est révélateur car cela peut donner le pire et le meilleur, montrant que notre monde dit moderne est le plus vulnérable qui ait jamais existé.

 

Cette sobriété heureuse qu’il appelle de ses vœux, Pierre Rabhi la base sur la réussite de son aventure ardéchoise qu’il décrit avec justesse et modestie. Une autolimitation volontaire de nos besoins est indispensable à condition de placer l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations. La solidarité compassionnelle aura une fin et n’est en aucun cas une solution durable : « Si l’on veut instaurer sur notre planète commune une équité inspirée par les impératifs moraux, on est amené à dire que tant que l’ensemble des êtres humains n’a pas accès aux ressources vitales, il y a spoliation. »

 

Ne se contentant pas de paroles, Pierre Rabhi termine son ouvrage en détaillant des réalisations concrètes inspirées par lui ou créées sous son impulsion : Les Amanins, Colibris, La Ferme des Enfants, Le Hameau du Buis, les MAPIC, le Mouvement des oasis en tous lieux, la monastère de Solan, Terre & Humanisme, le mas de Beaulieu… Ainsi, l’agroécologie n’est plus une utopie mais devient une nécessité à laquelle nous devons adhérer en nombre afin que notre société soit pérenne et puisse nourrir sainement sa population. Il en va du sort des générations futures.

Jean-Paul

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6 avril 2015 1 06 /04 /avril /2015 10:01

Mars !   BD de Fabrice Erre et Fabcaro, 

Fluide Glacial, 2014, 70 p.

 

La conquête spatiale v293477025ue par Fabcaro, auteur du scénario, Fabrice Erre, le dessinateur et Sandrine Greff pour la mise en couleurs, ne manque pas de piquant. « Un petit pas pour l’homme, une belle entorse pour l’humanité », le slogan de la page de couverture donne déjà le ton.

 

Le coup de crayon de Fabrice Erre est jouissif avec ces sortes de Pieds Nickelés, André, José et Jean-Michel… pardon… rebaptisés aussi sec par le grand général en chef aux moustaches conquérantes : Jim, Mike et John… Cela fait bien plus sérieux pour partir dans l’espace !

 

Dans une fusée, petite sœur de celle dessinée par Hergé pour l’ami Tintin, les problèmes ne manquent pas et le Président de ce pays qui ressemble étrangement au nôtre, ne digère pas ce qui arrive : « L’opposition va profiter de cet échec pour me ridiculiser ! Sans compter que ma cote de popularité va s’effondrer… » Et son conseiller de lui répondre : « Faites comme d’habitude : mettez en avant les aspects positifs ! »

 

En parallèle au décollage rocambolesque de nos trois héros… un couple de téléspectateurs revient régulièrement et leurs réflexions ne manquent pas de sel car il vaut mieux en rire... N’oublions pas la journaliste blonde qui présente le JT. Elle a du mal à suivre les événements et son humour est catastrophique.

 

La lecture de Mars ! permet de passer un excellent moment, de sourire très souvent et même de rire franchement. Cette BD éditée dans un format un peu réduit est d’excellente qualité et elle nous a permis de retrouver Fabrice Erre, sympathique professeur d’histoire-géo qui enseigne dans un lycée proche de Montpellier. Nous avions fait connaissance lors de la remise du Prix Derrière les murs du FIRN (Festival international du roman noir de Frontignan), en 2011, pour sa BD, La mécanique de l’angoisse, parue aux éditions 6 Pieds sous terre.

 

Jean-Paul

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 17:49

Dora Bruder par Patrick Modiano,

Nrf, Gallimard (1997), 146 pages.

 

Ce Prix Nobel d101402189.jpge littérature, aussi inattendu que flatteur, a motivé cette lecture car, à notre grande confusion, nous n’avions encore jamais dévoré un livre de Patrick Modiano… Cette lacune regrettable est maintenant réparée grâce à Dora Bruder, récit d’une quête bien dans le style de l’écrivain nobélisé.

 

Tout part d’une annonce parue dans le journal Paris-Soir du 31 décembre 1941 : « On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1m55, visage ovale…Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris. » et voilà Patrick Modiano lancé dans son exercice favori, la redécouverte de lieux familiers et des traces laissées par ceux qui y ont vécu :  « On se dit qu’au moins les lieux gardent une légère empreinte des personnes qui les ont habités… Ce quartier du boulevard Ornano, je le connais depuis longtemps. »

 

« Je me souviens »,écrit-il à propos du boulevard Barbès où il revient en 1996 après avoir écrit aux écoles où Dora a pu être scolarisée. Sa patience n’a pas de limites. Il lui a fallu 4 ans pour découvrir la date de naissance de son héroïne, le 25 février 1926, 2 ans de plus pour trouver dans quelle mairie elle a été enregistrée. Comme on refusait de lui communiquer l’acte de naissance, il a dû aller au Palais de justice, se perdre, se faire rabrouer et… voir remonter encore des souvenirs très personnels.

 

Le père de Dora, Ernest Bruder, est né à Vienne (Autriche) en 1899, une ville où il a vécu en 1965 : « Je me souviens des soirs d’été à Sievering et à Grinzing et dans les parcs où jouaient des orchestres. » Cécile Bruder, la mère est née dans une famille juive arrivée de Budapest et, après leur mariage, ils ont toujours vécu dans une chambre d’hôtel. Patrick Modiano retrouve même des photos de Dora à 2 ans, à 9 – 10 ans, à 12 ans et à 13 – 14 ans. Il n’a pas son pareil pour détailler ces clichés. Une cousine lui affirme que Dora était rebelle, indépendante, cavaleuse.

 

En 1940, Dora est inscrite dans un internat religieux, rue de Picpus. L’auteur reconstitue le décor, retrouve une ancienne élève, parle de ses dimanches en famille et du retour au pensionnat : « C’était comme de retourner en prison. » Obligés de se faire recenser comme juifs, ses parents ne déclarent pas Dora dont les journées sont rythmées par dortoir, chapelle, réfectoire, cour, salle de classe, chapelle, dortoir.

 

Plongés dans une des périodes les plus noires de notre Histoire, Patrick Modiano rappelle les conditions imposées aux juifs, dans Paris, en 1941. Si Dora a fait une fugue, lui-même en a fait une, le 18 janvier 1960, en plein hiver. Même le panier à salade qui l’emmène au commissariat est du même modèle que celui utilisé en 1941 – 42 pour les rafles perpétrées par la police française : « À seize ans, elle avait le monde entier contre elle, sans qu’elle sache pourquoi. »

 

Après un hommage aux femmes déportées, et la lettre intégrale de Jean Tartakovsky écrite au camp de Drancy avant le départ, c’est celui de Dora et de son père «… le 18 septembre, avec mille autres femmes et hommes, dans un convoi pour Auschwitz. »

 Jean-Paul

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 17:44

La petite Borde  par Emmanuelle Guattari,

Mercure de France (2012), 141 p.

 

Pour bien sa729429.jpgvourer ce petit livre rempli d’anecdotes, de petites touches d’une enfance hors du commun, il faut savoir que l’auteure a grandi dans l’établissement psychiatrique codirigé par son père : La Borde, à Cour-Cheverny (Loir-et-Cher).

 

Proche de Jean Oury, le fondateur de cette clinique, Félix Guattari, psychanaliste et philosophe, très en avance pour son temps, rompait, là-bas, avec les méthodes employées jusque-là en faisant participer les malades mentaux à la vie matérielle et collective.

 

Ce château, entouré d’un parc immense avec des forêts et des étangs, était, pour « les enfants de La Borde », un fantastique terrain de jeux et d’aventures. Manou, comme on l’appelle, en faisait partie et nous fait partager ses souvenirs, alternant épisodes, anecdotes, moments de vie familiale. Ceux que l’on appelait les fous, sont bien là mais ceux qui étaient élevés avec eux les nommait « pensionnaires ».

 

Au fil des pages, on rencontre ce singe ramené d’Afrique par son père. Il adorait son maître mais détestait les enfants… Celui qu’ils appelaient « La chauffe », un pensionnaire, les menait à l’école en 2 cv, roulant au maximum à 20 km/h… Grandir avec des malades mentaux, même responsabilisés, n’est pas toujours simple et l’auteure n’oublie pas de mentionner les consignes que les enfants devaient respecter. Malgré tout, ils font des bêtises, jouent un peu partout… même au-dessus de cette « fosse à merde à ciel ouvert » : fascinante… si bien qu’un éducateur leur est affecté.

 

L’ordre n’est pas chronologique mais c’est souvent émouvant comme lorsqu’elle parle de sa mère : « Ma mère a disparu de ma vie comme une bulle de savon qui éclate. » Un peu plus loin, elle livre le fond de son cœur : « Je suis prête à faire un marché avec la vie : prenez moi dix ans, pour un quart d’heure de parloir avec ma mère. »

 

Il y a aussi cet accident de voiture, M. Belin qui ramasse des asperges et garde Emmanuelle qui n’a pas oublié le carrelage glacé et la soupe préparée par Mme Belin que Manou laissait refroidir, tellement elle avait besoin de parler… Même un rat déboule un jour : « Mon père a fait un bond prodigieux, sur place (pourtant il n’est pas très sportif). »

 

« La guerre, fond du récit familial » est présente à plusieurs reprises quand l’auteure indique que la Seconde a effacé la Première et lorsqu’elle raconte comment sa mère a sauvé son père d’une arrestation à cause de papiers compromettants, pendant la guerre d’Algérie…

 

Patchwork délicieux, étonnant, La petite Borde est un roman unique dans son format littéraire, offrant un bon petit régal de lecture.

 Jean-Paul

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4 mars 2015 3 04 /03 /mars /2015 10:19

Sans voix  par Edward St Aubyn,

Traduit de l’anglais par Jacqueline Odin,

Christian Bourgois éditeur, 2014, 217 p.

 

Auteur britansans-voix.jpgnique sachant manier l’humour, Edward St Aubyn s’attaque ici au grotesque ou au charme désuet, comme on veut, des prix littéraires. Bien sûr, tout cela se passe de l’autre côté de la Manche et ne nous concerne guère… quoique…

 

Ici, il s’agit de décerner le prix Elysian, du nom d’une firme agrochimique faisant bien penser à un géant des pesticides dont Marie-Monique Robin a démontré tout le mal qu’il cause à la planète. Sir David Hampshire demande à Malcolm Craig de présider le comité dont il a déjà choisi les membres. On y trouve Jo Cross, « une garce condescendante », Vanessa Shaw, universitaire d’Oxford, Penny Feathers, ancienne maîtresse d’Hampshire, et Tobias Benedict, filleul du même Sir David…

 

Tour à tour, l’auteur nous présente les membres du jury avec beaucoup d’humour mais ne cache pas toutes les interférences existant forcément dans ce petit monde. Nous savons tout : que la fille de Vanessa est anorexique, qu’Alan Oaks, éditeur, couche avec Katherine Burns qui, elle-même, auteure à succès a bien d’autres amants mais que son livre n’a pas été sélectionné.

 

Chaque membre du jury a choisi de défendre un livre différent mais le président compte bien imposer son choix en tentant de s’allier les voix de Penny et de Tobias. Tout se complique avec l’arrivée de Sonny qui fut Maharaja de Badanpur, en Inde et qui est l’auteur d’un roman à succès : L’éléphant de Mulberry

 

L’auteur ou plutôt sa traductrice utilise le mot peu utilisé et pourtant judicieusement formé : un tapuscrit, pour désigner les textes remis par les écrivains aux éditeurs. À plusieurs reprises, Edward St Aubyn se moque des logiciels facilitant l’écriture et n’hésite pas à citer des extraits très amusants des livres en lice pour le fameux prix.

 

Dans ce véritable jeu de quilles, la tante du Maharaja, Tantine, risque bien de jouer les trouble-fête avec La cuisine du palais que certains qualifient de roman mais que Vanessa traite de simple livre de cuisine ! Didier Leroux, un Français, joue aussi son rôle dans une remise du prix Elysian complètement rocambolesque : « Les invités allaient fourmiller dans le Salon officiel, buvant du champagne, regardant les portraits royaux, examinant le plan de table posé sur un chevalet non loin  de la porte. »

 

Nous laisserons la conclusion à Katherine et à Sam… sur l’oreiller :

« J’en ai marre des prix, dit-elle.

-          Comparaison, compétition, envie et souci, dit Sam.

-          Faisons juste l’amour et soyons heureux.

-          Vaste programme, dit Sam, comme de Gaulle a répondu au perturbateur qui avait crié : « Mort aux cons ! » »

 

Merci à Jean-Pierre et Mireille S. pour m’avoir offert ce livre un peu dérangeant et très drôle.

Jean-Paul

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 23:50

ARELATE          

BD de Laurent Sieurac et Alain Genot, Cleopas,

T1 Vitalis, T2 Auctoraus (2012) et T3 Atticus (2013) 63 pages chacun, dossier compris.

 

Travailler en commarelate03.jpgun pour un scénariste – dessinateur et un archéologue est une excellente idée car le résultat est d’une très grande qualité, fournissant un récit passionnant et instructif à la fois. Se basant sur les découvertes les plus récentes, les auteurs battent en brèche pas mal d’idées reçues, sur les gladiateurs, par exemple.

 

Comme site, ils ont eu la très bonne idée de choisir Arles (Arelate), souvent appelée la petite Rome ou la Rome des Gaules. De plus, au cours des trois premiers albums (premier cycle), ils s’attachent à décrire le quotidien des gens du peuple, sans oublier le rôle des femmes. L’histoire débute à la fin du premier siècle après Jésus-Christ et nous sommes tout simplement sur le chantier des arènes, ces arènes qu’il faut d’urgence visiter comme le musée de l’Arles antique, si cela n’a pas encore été fait !

 

Le dessin est précis, impressionnant de justesse et de technique, et les teintes de brun renforcent encore le caractère unique de cette bande dessinée. Nous nous permettrons juste un petit bémol concernant les visages des personnages dont certains se ressemblent un peu trop, ce qui gêne la lecture.

 

Comme l’indique le titre du tome 1, Vitalis en  est le héros. Tailleur de pierre joueur, buveur et belliqueux se fait renvoyer du chantier et doit d’urgence retrouver du travail car Carmilia, son épouse, est sur le point d’accoucher. Nous faisons aussi connaissance avec Neiko qui rêve de devenir naute pour naviguer d’abord sur le Rhône puis en mer.

 

S’étant engagé (Auctoratus) pour être gladiateur, Vitalis a perdu sa liberté mais ce tome 2 permet de comprendre que la gladiature n’était pas une infâme boucherie. Au premier siècle après J-C, les gladiateurs étaient des athlètes de haut niveau comme le détaille très bien la documentation qui termine l’album.

 

Dans le tome 3, Vitalis peut enfin combattre sur le sable de l’amphithéâtre d’Arles, une nouvelle fois magnifiquement dessiné. Atticus, son entraîneur, tente de gagner son affranchissement mais le drame guette cet homme si bon et si courageux. Les dernières pages apportent quantité d’informations et d’explications d’autant plus pertinentes qu’elles sont accompagnées d’illustrations, de photos de fouilles montrant au lecteur où les auteurs ont pris leurs informations.

 

ARELATE, après trois tomes, devrait connaître une suite mais il faut, sans attendre, dévorer ces premiers volumes, témoignages précieux d’une antiquité romaine dont nous avons encore beaucoup à apprendre.

 

Un grand merci à Vincent qui m’a permis cette passionnante remise à niveau riche en découvertes.

Jean-Paul

 

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 18:17

La cote 400    par   Sophie Divry

10/18 (2013), Les Allusifs (2010) 94 pages.

 

Il fallait oser ! É41TP-08uMaL. SY344 BO1,204,203,200crire à propos de la classification décimale des livres mise au point par Melvil Dewey, Sophie Divry l’a réussi superbement avec un humour qui fait du bien.

 

Les amateurs de lecture qui fréquentent les bibliothèques n’y font pas forcément attention mais tous les documents sont cotés et le système adopté est valable partout : « Parce que, théoriquement, que vous alliez à Paris, à Marseille, à Cahors, à Mazamet ou à Dompierre-sur-Besbre, vous devez trouver toujours le même livre au même endroit… À tous les coups ça marche. »

 

L’auteure, par l’intermédiaire de sa narratrice, détaille ce qui a permis de classer «méthodiquement l’ensemble du savoir humain. » Tout cela est agrémenté de phrases très fortes sur les livres : « Eux, ils m’élèvent. » Les confidences se poursuivent avec sincérité et justesse, sans concession pour les lecteurs qu’elle surveille de près : « Ils déclassent, ils volent, ils écornent, ils dérangent. Il y en a même qui arrachent des pages »… sans oublier ceux qui ne se gênent pas pour surligner, pour annoter…

 

Au passage, notre bibliothécaire livre ses sentiments sur la Révolution et cite les trois événements qui, pour elle, ont façonné notre histoire : la Révolution, les massacres de la guerre de 14 et la pilule. Napoléon en  prend pour son grade, qualifié de fossoyeur de la lecture : « Faire lire le peuple, ce n’était pas son truc, il préférait trucider la jeunesse en marchant dans la neige. Saviez-vous que les guerres napoléoniennes ont tué plus de petits Français que la Première guerre mondiale ?... Quand je vois tous les bouquins qui sortent chaque année sur ce nabot mal élevé, je ne comprends pas cette fascination…»

 

La vie au jour le jour, au milieu des livres, peut réserver des surprises, comme ce Martin qui revient régulièrement et dont elle ne comprend pas l'indifférence. Elle peste contre ceux qui n’empruntent que des « dévédés », explique que, pendant l’hiver, le chauffage attire les plus démunis mais ajoute aussi : « C’est fou le nombre de chômeurs, retraités, Cotorep, érémistes qu’on croise ici, l’été. » Ce qui l’amène à déplorer : « Quand je pense que certains maires osent fermer les bibliothèques au mois d’août ! »

 

La cote 400 est donc un petit trésor de réflexions bien senties comme cet encouragement pour la lecture qu’il faut citer encore : « Empruntez, car autant l’accumulation matérielle appauvrit l’âme, autant l’abondance culturelle l’enrichit. » Voilà une petite sucrerie bien délicieuse qui apporte plaisir, réflexion et sourire… ingrédients fort précieux.

 

Un grand merci à Muriel qui m’a offert ce livre choisi avec beaucoup d’à-propos.

 Jean-Paul

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 00:00

Mémé    par   Philippe Torreton

L’iconoclaste, 2014, 143 p.

 

meme2.jpgC’était l’époque où nous appelions notre grand-mère « Mémé » et cela, Philippe Torreton ne l’a pas oublié. Aujourd’hui, les petits-enfants les appellent « Mamie »… le plus souvent. C’est plus sympa, ça vieillit moins et cela permet de réserver l’appellation « Mémé » à l’arrière-grand-mère, ce qui est une bonne chose.

 

Comédien célèbre, excellent acteur aussi bien au théâtre qu’au cinéma, Philippe Torreton n’en est pas à son premier ouvrage puisqu’il a déjà publié deux livres auparavant. Dans ce texte rempli forcément de quantités de souvenirs, il nous emmène en Normandie et nous fait partager la maison de mémé, l’humidité, la pluie : « L’énergie, comme le sang dans les jambes de mémé, circulait mal. Sa maison avait froid aux arpions. »

 

Dans cet inventaire charmant, doucereux, nostalgique de l’enfance et de l’adolescence, c’est l’amour qui ressort à chaque page pour cette femme, « fille de la campagne ». Petit à petit, l’histoire familiale défile mais le petit-fils n’a pas oublié la venue de mémé à Paris lorsque, pour la première fois, il a joué à la Comédie française, dans Le Barbier de Séville. C’est l’occasion de faire un parallèle : « La Comédie française, c’était ma ferme, mes champs, mes prés, c’était là que je m’usais chaque jour… »

 

Au cours de cette seconde partie du XXe siècle, tout évolue très vite : « Tu as vu la France s’enrichir de Noël en Noël… Tu es passée de Noëls en terre battue à des Noëls de parquets cirés. »  La vie de mémé aussi a changé lorsqu’elle a dû abandonner la ferme pour l’usine afin de permettre à ses trois filles de poursuivre leurs études.

 

Au fil des pages, l’auteur aborde un peu tous les sujets : l’argent, la politique, les syndicats, les naissances, les décès. C’est une vie qui défile : « Jeune on t’a donné le nécessaire, adulte tu n’avais que l’utile et à la fin de ta vie il ne te restait que l’indispensable. »

 

Dans la dernière partie, Philippe Torreton revient à la naissance de mémé, en 1914, décrivant en termes savoureux son époque, la comparant avec la modernité, ce respect du vivant, cette écologie au naturel  alors que le mot n’existait pas. On ne prélevait que le nécessaire et « Rien n’était gâché, jamais. »

 

C’est avec une infinie tendresse que se termine l’histoire de mémé, une histoire intimement liée à l’amour de son petit-fils…

 

Merci à Simon pour ce livre.

Jean-Paul

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 20:18

L’impasse   par   Antoine Choplin

La Fosse aux ours, 2006, 152 p.

 

9782912042811.jpgLire Antoine Choplin est toujours très agréable. C’est pourquoi, après Le héron de Guernica et La nuit tombée, nous n’avons pas hésité à nous plonger dans un roman antérieur, son sixième texte édité.

 

Dans L’impasse, nous ne savons pas où nous nous trouvons. Est-ce la Tchétchénie comme évoqué sur la quatrième de couverture, est-ce un autre territoire dévasté par la haine des hommes envers leurs semblables ? Cela n’a que peu d’importance tant les mêmes scènes peuvent se reproduire ici ou là sur notre planète.

 

Le capitaine Kalinski et ses trois hommes (Romanov, Vologuine et Youssov) nous plongent d’emblée, sans ménagement, dans une scène horrible avec deux vieillards ridiculisés, maltraités, torturés simplement pour le plaisir.

 

Parallèlement, l’auteur nous fait vivre dans l’intimité d’une famille où plusieurs générations cohabitent : grand-mère Aïchat, Magomed et Zarema sa femme, Moumadi, Timour, Louisa, sans oublier Hard-rock, le lapin…

Heureusement, il y a la rencontre assez magique entre Timour et Oleg Youssov, un type bien, un géant, athlète lanceur de poids. Tous les deux, ils ont en commun une passion pour l’athlétisme et Giacometti. C’est dans la bibliothèque de l’Institut dévasté par la guerre qu’ils font connaissance et se retrouvent.

 

Malgré cela, la tension est palpable à chaque page : « La guerre est finie, peut-être, déclare Timour, mais il y a partout sa marque, pour longtemps, et le feu des canons brûle au fond des crânes. Il y brûlera encore et encore. Les regards des hommes seront vides et asséchés. »

 

L’atmosphère devient de plus en plus pesante dans cette impasse que Kalinski veut « nettoyer ». On apprend que Timour et sa famille se sont installés ici après la destruction de leur immeuble. Les drames et l’angoisse sont encore bien présents dans tous les coins de la ville. Malgré tout, la rentrée peut avoir lieu à l’Institut… sous surveillance militaire mais même si Louisa danse remarquablement pour « oublier  tout ça », Kalinski menace toujours…

 

Fidèle à son habitude et à son style d’écriture, Antoine Choplin démontre, une fois de plus, tout son talent pour décrire et faire ressentir toute la complexité des rapports humains. Enfin, même dans les moments les plus graves, il laisse percer quelques lueurs d’espoir.

Jean-Paul

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 09:49

Michel Vaillant 

1.Au nom du fils  2.Voltage 

BD de Graton, Lapière, Bourgne et Benéteau

Graton Editeur / Dupuis (2012 vol. 1 ; 2013 vol. 2) 56 et 54 pages.

 

Nostalgique de bandes dessinées lues passionnément au début de l’adolescence, quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre que tout renaissait ! Jean et Francine Graton avaient fait vivre les aventures de Michel Vaillant dans Le journal de Tintin dès 1957 puis, à partir de 1959, pendant la bagatelle de 70 albums. Alain Prost avait même dit s’être lancé dans la compétition automobile, inspiré par Michel Vaillant ! L’aventure s’était terminée en 2007, Philippe Graton, troisième fils de la famille, devenu scénariste, a mis fin à ce que l’on peut appeler aujourd’hui, la première saison.

 

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C’est en 2012 que renaît enfin ce héros des circuits automobiles dont la vie colle à l’actualité. Marc Bourgne et Benjamin Benéteau dessinent ce que Philippe Graton et Denis Lapière scénarisent.

 

Deux albums sont déjà sortis et c’est avec plaisir et émotion que nous retrouvons Michel Vaillant, son père, son frère, bref, toute la famille. Nos héros n’ont guère vieilli mais le fameux constructeur est aux prises avec les évolutions technologiques. D’importantes décisions doivent être prises.

 

« Il est bougon, il râle sur tout, il n’est jamais content… Dès que je touche de près ou de loin à ce qui ressemble à une voiture, il s’emporte immédiatement ! » Voilà ce que déclare Madame Vaillant mère à propos de son mari qui ne supporte plus de ne plus voir de Vaillante sur les circuits de Formule 1.

 

Intrigue sentimentale avec une journaliste curieuse et très présente, gros soucis avec Patrick, son fils qui s’est lancé dans un projet très innovant, les aventures de Michel Vaillant sont toujours palpitantes, le second album nous emmenant sur le Lac Salé, aux USA, pour une tentative mouvementée de record de vitesse en véhicule électrique. C’est d’ailleurs l’occasion de retrouver Steve Warson que les fidèles de Michel Vaillant n’ont pas oublié. De plus, un drame se produit…

 

D’autres albums suivront sûrement pour rassurer, intriguer et permettre toujours d’apprécier ce dessin simple et bien construit, fidèle à ce qu’avaient créé Jean et Francine Graton.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis cette petite cure de rajeunissement…

Jean-Paul

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