Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 14:07

Encore et toujours,

réaffirmons les valeurs qui fondent notre République : 

LIBERTÉ 

ÉGALITÉ 

FRATERNITÉ

et surtout

LAÏCITÉ,

en SOLIDARITÉ

avec les victimes de la barbarie.

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 17:39

…Jusqu’à ce que mort s’ensuive par Roger Martin

Le Cherche-midi (2008), Pocket (2013). 477 pages

 

Dès les premières lignes, Roger Martin place le lecteur au cœur du dramatique problème posé par son livre. Ce thriller très réussi attire notre attention sur le traitement subi par les Noirs dans l’armée des États-Unis d’Amérique. Nous sommes le 14 août 1944, dans la salle de classe de l’école primaire de Derville, en Normandie, et Robert Bradley, soldat noir US, va être pendu pour des faits qu’il nie avoir commis.

 

 

Basant son récit sur des faits authentiques, l’auteur revient à l’époque actuelle, à Atlanta, pour suivre Douglas Bradley (22 ans), fils de William Bradley, Directeur des ventes de Coca-Cola. Chez lui, il n’emploie que des Noirs mais n’aime pas qu’ils revendiquent : « S’il y avait quelque chose que William Bradley détestât plus qu’un Noir paresseux, c’était un Nègre contestataire. »

 

 

Douglas, contre l’avis de son père, va entrer dans l’armée mais une lettre lui apprend que l’armée ne veut pas de lui sans lui dire pourquoi. C’est David Clarkson, son ancien professeur de physique à l’université, héros du Vietnam, qui lui apprend la vérité. Très difficilement, son père reconnaît que la tombe sur laquelle il l’emmenait enfant, était celle d’un homonyme mais rappelle qu’on le traitait comme « le fils du violeur nègre » avant qu’il rompe complètement avec sa famille.

 

 

Commence alors une quête extraordinairement haletante pour Douglas. Il retrouve sa grand-mère qu’on disait morte, sa tante, Rosa et deux cousins… Encouragé par ses découvertes incroyables, Douglas se rend à Philadelphie où le père Davis James (92 ans) lui remet le journal de son grand-père : « Soldat 2e classe Robert Bradley, armée des États-Unis, 958e Régiment noir d’infanterie. » Ce qu’il trouve ne plaît pas du tout en haut lieu et la mort rôde autour du parcours de notre homme qui va mettre en lumière les luttes des Noirs pour l’égalité. Ce n’est qu’en 1948, avec le décret Truman, que celle-ci sera reconnue mais appliquée seulement durant la guerre de Corée.

 

 

L’épopée de Douglas se poursuit en France avec des rebondissements maintenant le lecteur en haleine. L’actrice Myriam Boyer lui remet des dossiers contenant une chemise intitulée « Jusqu’à ce que mort s’ensuive… », révélant des renseignements précieux sur la mort de son grand-père et sur le lieu où il est enterré. Au fil de ses rencontres, il découvre la France, à l’opposé des clichés imposés depuis son enfance. Le thriller atteint son apogée lorsqu’il va au cimetière US de Fère-en-Tardenois et la tension ne faiblit pas lors de son passage en Belgique où Eddy, ancien compagnon d’arme de Robert Bradley livre un témoignage poignant : « On traitait mieux les prisonniers de guerre allemands ou italiens que les soldats de couleur. »

 

 

Ainsi, l’auteur nous apprend les massacres de soldats noirs dans les camps d’entraînement américains mais « on attend toujours la commission d’enquête indépendante qui permettrait d’élucider, parmi une trentaine d’affaires sanglantes, ce que certains appellent « le mystère du 364e régiment d’infanterie », qui aurait vu le massacre délibéré de plus de mille soldats noirs stationnés au camp Van Dorn, à quelques kilomètres de la petite ville de Centreville, au cœur d’un Mississipi gangrené par le racisme. »

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 12:36

Extra pure (Voyage dans l’économie de la cocaïne)

par Roberto Saviano. nrf, Gallimard (2014), 454 pages.

Traduit de l’italien par Vincent Raynaud.

 

Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, vit sous protection policière depuis plus de huit ans. À la fin d’ Extra pure, il note : « Merci à Salman Rushdie qui m’a appris à être libre même entouré de sept hommes armés. » Enfin, ces pages très émouvantes de remerciements se terminent ainsi : « Merci à ma famille qui paie par ma faute un prix exorbitant. Malgré tous les remerciements du monde, je ne pourrai jamais me faire pardonner et je le sais. »

 

 

Ces remerciements de l’auteur sont le reflet des risques pris et des souffrances endurées : « J’ai observé l’abîme et je suis devenu un monstre… Fouiller. Déchirer. S’enfoncer… Les parrains, les massacres, les procès. Les tueries, les tortures, les cartels. Les dividendes, les actions, les banques. Les trahisons, les soupçons, les délations. La cocaïne… La vie qui m’est échue est une vie de fuyard, de coureur d’histoires, de multiplicateur de récits. Une vie sous protection, une existence de saint et d’hérétique… »

 

 

Fruit d’un énorme travail de recherche et d’enquête très poussées, Extra pure commence par un constat d’une lucidité effroyable : « La coke, quelqu’un autour de toi en prend… » Suit une énumération qui n’oublie personne et balaie toutes les professions, jusqu’aux plus prestigieuses.

 

 

Après, il faut suivre l’auteur dans ses recherches, ses récits foisonnant de noms, de lieux, d’histoires terribles, sanglantes où un seul dieu règne en maître : l’argent. Il n’élude aucune responsabilité comme celle des USA ordonnant aux gomeros, paysans d’Amérique centrale, de cultiver à nouveau le pavot parce que ce pays avait besoin de morphine pour la guerre. Le Mexique a dû fournir plus d’opium et, peu à peu, se sont mis en place les cartels, groupes gérant la production de cocaïne, encaissant les profits, contrôlant prix et distribution. Les saisies policières donnent une idée bien faible par rapport à la réalité. Le Mexique est à l’origine de tout mais, comme une gangrène, la coke a contaminé le monde entier et Roberto Saviano en décortique les filières, « cette folie meurtrière sans limites vers laquelle le trafic de drogue a poussé le Mexique aujourd’hui. »

 

 

La cocaïne rapporte cent fois plus que les meilleures actions en bourse avec « un océan d’esclaves interchangeables qui perpétuent un système d’exploitation dont seuls quelques-uns profitent… L’économie de la coke croît sans limites et se glisse partout. » L’auteur n’oublie pas le blanchiment de l’argent : « Aujourd’hui, New York (Wall street) et Londres (la City) sont les deux plus grandes blanchisseries d’argent du monde. »

 

 

Enfin, il y a le continent africain : « L’Afrique est au Mexique ce qu’un hypermarché est à un grossiste de denrées alimentaires. La cocaïne est comme l’une des épidémies qui se sont répandues sur tout le continent africain à une vitesse effrayante. »

 

 

Roberto Saviano rappelle le souvenir de Christian Poveda, abattu par les maras, gangs de rue les plus dangereux du monde, après avoir tourné son fameux documentaire La vida loca. « Raconter, c’est mourir » mais devant l’ampleur du désastre, il débat du problème de la légalisation et se dit favorable à cela afin de casser la spéculation, la loi de l’offre et de la demande.

 

 

Extra pure est une livre dont on ne sort pas indemne mais Roberto Saviano note : « Du respect pour ceux qui lisent… Connaître, c’est commencer à changer. »

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 18:08

Orgasme à Moscou par Edgar Hilsenrath.

Attila (2013), 316 pages.

Traduit par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, illustré par Henning Wagenbreth.

 

Le Nazi et le barbier est un livre hors normes, tellement inhabituel et décapant qu’il était curieux de découvrir un autre ouvrage du même auteur, livre traduit et édité en France des années après puisque Edgar Hilsenrath l’a écrit en 1979.

 

Nous sommes ici dans les années 1970, en pleine guerre froide. À 65 ans, Nino Pepperoni, américain d’origine sicilienne, patron de la mafia, prend sa retraite. Il est le plus riche de son continent mais un de ses yeux a été crevé par sa femme… « par mégarde ». Il est mince, pas comme Clara, son épouse « au postérieur gigantesque »

 

Sa fille, Anna Maria, a plus de 30 ans, se dit journaliste et s’envole pour Moscou afin d’y interviewer Brejnev (chef du PC soviétique) et Kossyguine (président du Conseil des ministres). Voilà qu’elle ne rentre qu’au bout de cinq mois… enceinte ! Qui a fait le coup ? Anna Maria reconnaît que Brejnev et Kossyguine n’y sont pour rien mais que le futur père est un juif russe, fils de rabbin, Sergueï Mandelbaum. Il lui a procuré son premier orgasme : « des frissons glacés qui vous brûlent… comme un millier de bougies allumées qui vous pénètrent… »

 

Pour Nino, la décision est vite prise : ou buter le séducteur ou lui faire épouser Anna Maria. Hélas, Sergueï est un scientifique travaillant à Novossibirsk et le KGB s’opposera à ce qu’il quitte l’Urss. Il faut donc l’extraire et l’avocat de Nino propose le passeur le plus célèbre, S.K. Lopp qui est, hélas, un dépeceur sexuel s’acharnant exclusivement sur les hommes… Il faut donc le castrer !

 

Ainsi est mise en place une histoire rocambolesque, pleine d’humour, déclenchant le rire à chaque page : «… le 10 juin, S.K. Lopp, alias P.D. Rodriguez, arriva à Moscou. Sans bourses mais avec un plan » et voilà que le chauffeur de taxi lui propose d’aller voir « Casse-noisettes de Tchaïkovski » !

 

 

Si ce roman n’est pas au niveau du premier cité avec des répétitions parfois lassantes et des péripéties trop détaillées, l’auteur est toujours en verve : « Le trafic autoroutier était un vrai problème. Cette société d’abondance produisait trop de voitures et trop de monde avait les moyens de s’en payer une… Le système était en cause, qui encourageait la surproduction et l’achat à crédit… » ou un peu plus loin : « Une voiture de sport n’est pas faite pour rouler vite, mais pour vous rajeunir. Elle confère à son conducteur, fût-il d’âge mûr, une aura d’intrépide jeune mâle nimbé de vent, de soleil et de pluie… La plupart des femmes s’y laissent prendre… »

 

De surprise en rebondissement, Edgar Hilsenrath nous fait beaucoup voyager jusqu’à un pays qui lui est cher, concluant sur l’absurdité de la vie : « Beaucoup se demandaient pourquoi ils avaient un orgasme, beaucoup d’autres pourquoi ils n’en avaient pas… Beaucoup coururent voir un psy parce qu’ils ne manquaient de rien, beaucoup d’autres en auraient eu grand besoin mais manquaient de moyens… »

 

Merci à Simon de m’avoir permis de lire ce livre.

Jean-Paul

 

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 13:56

Le prochain roman de Daniel Berthet va sortir au mois de novembre 2015. Pour être les premiers servis, souscrivez sans attendre et vous lirez :

Au nom de notre bonne foi !

Première guerre de religion

- 1562 -

De Forcalquier à Grenoble

 

 

Les fidèles de ce blog connaissent déjà Daniel Berthet car nous avons déjà présenté ici ses autres romans, récits toujours très bien documentés, conduits avec talent et au suspense garanti.

 

Il faut sauver le Saint-Esprit relate le combat mené par un père et son fils pour faire triompher l'INNOCENCE. Il montre bien comment l'engrenage infernal d'accusations complètement fantaisistes et sans la moindre preuve, peut détruire n'importe qui.

 

Justice aux poings complète bien le précédent, même si l'action se passe de l'autre côté de l'océan Atlantique, dans l'enfer d'une prison new-yorkaise et dans une société où les plus forts protègent d'abord les plus forts.

 

L'anneau de St-Jérôme nous ramène en Haute-Provence, à Digne,sous le règne d'Henri IV, en 1599. Il montre bien le combat quotidien que doivent mener les gens du peuple pour survivre.

 

Porteurs de rêve aborde les problèmes posés par la lutte pour l'indépendance de l'Algérie. De Marseille à Paris en passant par ce pays qui peine tant à conquérir ce qu'on lui refuse, Daniel Berthet montre bien l'évolution psychologique de ses personnages et les actes qui en découlent.

 

Voilà donc Au nom de notre bonne foi ! un livre que nous attendons impatiemment mais, comme le sous-titre le précise, Daniel Berthet est retourné au XVIe siècle, "à la recherche de l'absurdité des guerres menées au nom de la religion." Un nouvelle fois, le passé est bien utile pour éclairer le présent.

 


Daniel Berthet (à gauche) et Jean Tripodi, Pdt de Coeur de Lavande.

De plus, comme pour chacun de ses livres, Daniel Berthet gauche, sur la photo, en compagnie de Jean Tripodi, Pdt de Coeur Lavande) associe la vente à une action humanitaire. Sur chaque livre souscrit au prix de 15 €, 5 € seront reversés au Téléthon 2015, Association Coeur Lavande, en partenariat avec la ville de Digne-les-Bains. Voici le bon de commande avec le lien.

Jean-Paul

 

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 14:57

7 femmes par Lydie Salvayre.

Perrin (2013), 230 pages.

 

« Sept folles. Pour qui vivre ne suffit pas… Sept allumées… Sept insensées… Sept imprudentes pour qui écrire ne consiste pas à faire une petite promenade touristique du côté de la littérature et puis, hop, retour à la vraie vie, comme on l’appelle... » Lydie Salvayre (photo ci-dessous), Prix Goncourt 2014 avec Pas pleurer, avait écrit, un peu avant, à propos de ces femmes : Emily Brontë, Djuna Barnes, Sylvia Plath, Colette, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf et Ingeborg Bachmann, 7 femmes pour qui « écrire et vivre étaient une seule et même chose. » Même si elles « vécurent presque toutes un destin malheureux », leur parcours méritait bien d’être rappelé ou tout simplement sorti de l’oubli, avec talent, ce qui ne gâte rien.

 

Elle commence avec Emily Brontë (1818 – 1848), qui a écrit Les Hauts du Hurlevent, lu par l’auteure à l’âge de 15 ans, un livre qui horrifie les salons londoniens car traitant d’amour passionné. Emily Brontë a écrit cela à Haworth (Yorkshire), en 1846, depuis un village triste, même quand il fait beau… Son père était pasteur et sa mère est morte alors qu’elle avait 3 ans. Comme ses sœurs Charlotte (Jane Eyre) et Anne, elle écrit des poèmes mais « Emily, l’obstinée parvient toujours à ses fins » et son chef-d’œuvre sera qualifié, un siècle plus tard, de « plus grand roman d’amour de tous les temps » par Georges Bataille.

 

Djuna Barnes (1892 – 1982) est beaucoup moins connue. Elle suit l’École des Beaux-Arts de New York, devient journaliste et dessinatrice de talent. « Belle comme la nuit, élégante et sombre, toujours enveloppée dans sa fameuse cape noire, elle séduisit les hommes en nombre. » Installée à Paris à partir de 1920, elle écrit Le Bois de la nuit mais sombre dans l’alcoolisme et la détresse. « Elle devint une emmurée », avant de mourir à 90 ans.

 

Sylvia Plath (1932 – 1963) est née près de Boston et reste célèbre pour ses poèmes toujours d’une ironie féroce : « La poésie est un jet de sang. » Son talent ne sera reconnu qu’après sa mort qu’elle se donne à Londres. Le Prix Pulitzer lui est accordé à titre posthume, en 1982.

 

Le talent de Colette, prénommée Sidonie-Gabrielle (1875 – 1954) n’est pas discuté. L’auteure est fascinée par elle depuis son adolescence malgré les défauts qu’elle lui trouve : « Colette est ambigüe, retorse, merveilleusement complexe et femme de tous les paradoxes. » Elle ajoute qu’elle est « l’écrivain des éclosions. »

 

Poète russe, amie de Boris Pasternak, Marina Tsvetaeva (1892 – 1941) est inclassable, hors de toute caste, de toute profession, de tout rang. Considérée par les Bolcheviks comme la pire ennemi de la Révolution : « Puisque n’appartenant à aucun camp, elle devint la pestiférée de tous » avec « une liberté d’esprit que rien ni personne ne pouvait museler. »

 

Quand sa mère meurt, Virginia Woolf (1882 – 1941) ne montre aucune émotion. Elle a des difficultés à publier, elle qui travaille, lit, écrit sans relâche. Enfin, Orlando (le livre préféré de Lydie Salvayre), Flush et Trois guinées sont des jaillissements mais, trop dépendante des critiques, elle sombre vite dans la mélancolie : « L’œuvre est toujours en défaut, toujours décevante au regard de la perfection de son projet. »

 

Enfin, Ingeborg Bachmann (1926 – 1973) est née à Klagenfurt, en Autriche et son père est membre du parti nazi. Elle écrit des poèmes, des nouvelles, des pièces radiophoniques et connaît le succès. Elle a compris très tôt « que la bête immonde était loin d’être morte, que le nazisme gangrenait encore la société viennoise. » Elle a vécu à Paris, Londres, Berlin, Francfort, Zurich, Naples et Rome où elle mourut.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 13:51

Le début... la suite... la fin

 

Lorsque, le 1er octobre, nous mettions en ligne l'annonce pour le second tome de l'autobiographie écrite par Leny Escudero, nous étions loin de nous douter que son titre deviendrait aussi réel avec la disparition de cet immense artiste, un homme d'une valeur exceptionnelle.

Toute sa vie témoigne pour lui, depuis ce qu'il a vécu, enfant, en plein guerre civile espagnole - Vivre pour des idées avec une vie de réfugié tellement actuelle aujourd'hui. Quand il écrivait Le siècle des réfugiés, il ignorait que sa chanson serait toujours aussi actuelle au XXIsiècle, tant d'années plus tard. Si vous lisez Ma vie n'a pas commencé, vous suivrez Leny apprenti terrassier puis carreleur, lui qui écrivait des chansons pour les proposer à d'autres qui n'en voulaient pas et qui se mit à les chanter lui-même, pour notre plus grand bonheur : "Si mes chansons apportent l'émotion, alors c'est la merveille des merveilles." déclare-t-il dans ce superbe documentaire qu'il faut prendre le temps de regarder.

Il rêvait d'être instituteur mais lorsqu'il voulut passer le concours de l'École Normale, il était encore espagnol et il eut beaucoup de difficultés à obtenir la nationalité française ensuite. Il a subi la xénophobie et cela lui a donné la rage d'apprendre. Sa culture était immense.

Impossible de citer toutes ses chansons. C'est à chacun de prendre le temps d'aller à la découverte de titres aussi beaux que poignants, à la poésie toujours à fleur de peau. Soulignons quand même encore un titre peu connu car il dérange : La grande farce. Il parle du Christ avec une émotion et un réalisme à couper le souffle, précisant lui-même que "le Christ a été trahi par tous les siens alors qu'il avait chassé les marchands du Temple."

Reste à lire le dernier livre de Leny qui disait : "La vie n'est pas assez longue pour réaliser un grand dessein" ou, dans Le vieux Jonathan : "Partir, c'est jamais le bon moment."

Jean-Paul

 

 

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 10:35

Rouge dans la brume par Gérard Mordillat.

Calmann-Lévy (2011), 434 pages.

 

Quelle extraordinaire fresque sociale a réussi, une fois de plus, Gérard Mordillat, en écrivant Rouge dans la brume ! Dans ce livre, il y a tous les drames qui bouleversent notre société dévorée par un capitalisme sans scrupule, cette « doctrine économique reposant sur l’exploitation des plus faibles par les plus riches. »

 

Les vivants et les morts nous avait enthousiasmé par sa justesse et sa force mais il faut reconnaître que, dans ce roman écrit six ans plus tard, cet écrivain prolifique qui est aussi un réalisateur talentueux, a réussi une œuvre encore plus forte et plus complète.

 

L’action se déroule dans le Nord. Carvin en est le moteur et le héros. Comme un symbole, tout commence en pleine tempête alors que tout le personnel de Mékamotor vient de recevoir une lettre annonçant la fermeture de leur usine, courrier expédié avec un timbre de la Saint-Valentin !

 

Chantal, l’épouse de Carvin veut divorcer. Elle affirme : « Pas de combat, pas de lutte ! Du confort, de l’argent, de la tranquillité. » Tout l’opposé de ce qui motive son mari. L’auteur mène en parallèle les vies familiales et amoureuses de ses personnages, leur activité professionnelle et la lutte pour préserver un emploi menacé : « Leurs actions sont pilotées par la colère d’être foutus à la porte alors qu’ils font bien leur boulot et que l’usine est rentable. »

 

Weber, délégué CGT, demande à Carvin d’être le porte-parole des ouvriers de cette entreprise dont le groupe, trois mois auparavant, a reçu 55 millions d’euros d’aide de l’État, plus 2 000 € de la municipalité… Pour Carvin, il n’est pas question de se battre pour de meilleures indemnités : « … se mettre sur le terrain de l’argent, c’est se placer sur le terrain que les patrons préfèrent… Réclamer une prime, c’est signer notre défaite avant même d’avoir mené la bataille. » Il s’agit d’abord et avant tout de conserver son travail et sa dignité.

 

Toute l’histoire est d’une justesse extraordinaire. Il faudrait recopier des pages entières lorsque chacun développe ses arguments. Le mot « fatalité » doit être rayé du vocabulaire et les dirigeants ne brillent pas par leur courage, ceux qui décident étant aux États-Unis, sous le couvert d’un fonds de pension.

 

Régulièrement, l’auteur intercale des « Paroles de dirigeants » et c’est édifiant de lire ces déclarations authentiques signées Sarkozy, Brousse (Medef), Hamon, Estrosi, Dassault, Parisot, Copé, Woerth, Trichet, Cohn-Bendit, Lagarde, etc… Tout cela nous rappelle que nous ne sommes pas dans la fiction mais dans ce que vivent ou ont vécu tant d’hommes et de femmes, bernés par de fausses promesses et niés dans leur humanité.

 

Maîtrisant parfaitement le suspense et l’enchaînement des faits et des actions qui voient les ouvriers en lutte de trois usines différentes se retrouver sur le terrain malgré leurs divergences, Gérard Mordillat montre aussi le rôle joué par les médias, la police et les sociétés dites de sécurité, sans oublier de révéler ce que cachent les discours officiels faussement rassurants.

 

Comment peut se terminer une telle histoire vécue au plus près des dégâts commis par « une doctrine économique reposant sur l’exploitation des plus faibles par les plus riches » ? Pour le savoir, il suffit de se plonger dans Rouge dans la brume, un livre qui, avec ses 434 pages, se dévore trop vite.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 19:32

 

Le 25 octobre 2013, nous vous avions présenté Ma vie n'a pas commencé, le premier tome de l'autobiographie écrite par cet immense artiste et homme de grande valeur qu'est Leny Escudero.

L'information que nous communiquons ci-dessous,nous a paru trop importante et si nécessaire que nous avons décidé de vous en faire part.... À nous d'agir pour que ce nouveau livre de Leny Escudero se vende.

Jean-Paul

 

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article
23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 12:55

La délicatesse  par David Foenkinos.

Gallimard (2009), Folio (2013). 209 pages.

 

Qu’on ait vu le film avant ou après avoir lu ce livre, cela n’a guère d’importance mais il ne faut se priver ni de l’un, ni de l’autre, d’autant plus que l’auteur s’est impliqué à fond dans la mise en images de son roman, avec son frère Stéphane.

 

 

Tout commence avec la vie plutôt tranquille de Nathalie et le récit plein d’humour et de sensibilité de sa première rencontre avec François. Mariage, bonheur complet pour cette jeune femme qui travaille depuis cinq ans dans son entreprise suédoise : « Charles était très heureux de la compter parmi ses proches collaborateurs. Il n’était pas rare qu’il l’appelle dans son bureau juste pour la féliciter… Il éprouvait beaucoup de tendresse pour elle, et appréciait ces moments où ils se retrouvaient seuls…. »

 

 

Un drame vient interrompre une vie semblant s’écouler si tranquillement et voilà Charles qui se fait plus pressant. Il arrive que l’auteur, fidèle à son habitude, insère des événements pris dans l’actualité comme le 11 septembre 2001 ou des résultats de Ligue 1… Il nous présente aussi Chloé, la bonne copine, et enfin, Markus, originaire d’Uppsala, en Suède : « Pour lui, Nathalie représentait cette sorte de féminité inaccessible, doublée d’un fantasme que certains développent à l’endroit de tout supérieur hiérarchique. »

 

 

Jusqu’à ce fameux baiser qui bouleverse tout, surtout Markus, « un acte gratuit ». Nathalie ne sait pas pourquoi elle a fait ça : « Ce baiser était comme de l’art moderne… Elle l’avait juste embrassé comme ça. »

 

 

La délicatesse, ce roman mérite alors vraiment son titre. D’abord grâce au style de l’auteur qui confirme, de livre en livre, tout son talent, mais aussi par l’enchaînement des événements jusqu’au coup de théâtre qui amène la scène finale, chez la grand-mère de Nathalie, Madeleine : « Chez les grands-parents, le bonheur émerveillé de voir leurs petits-enfants ne s’accompagne pas forcément de longues tirades. »

 

 

 

 

 

Les souvenirs de l’enfance remontent chez Nathalie qui n’oublie pas François et imagine même la femme âgée qu’elle pourrait être pendant que Markus, alors qu’il se fait tout petit, se cache et éprouve une délicatesse infinie, … « Chose étrange pour ce jour où il se sentait grand comme jamais. »

 

 

Un grand merci à Élodie qui m’a permis de lire La délicatesse et l’envie de revoir le film.

 Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
commenter cet article