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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 17:21

Suprême régal pour lecteurs (3)

 

Parmi les moments extrêmement savoureux des Correspondances, il faut être de l’Apéro et de la Sieste littéraires !

Ce samedi, jour de marché à Manosque, va nous donner l’occasion de profiter de ces moments de grâce. L’Apéro est servi par les lecteurs passionnés de la médiathèque locale, un comité de lecture qui a fait un triomphe en lisant quelques pages de Petit Pays (Grasset), de Gaël Faye, et de Désorientale (Liana Lévi), de Négar Djavadi. C’est vivant, haletant, captivant. Nathanaële Corriol et Sylvie Pezon ont bien travaillé avec leur Comité de lecture et l’émotion des deux auteurs comme la réaction du très nombreux public étaient la plus belle des récompenses.

 

Se retrouver allongé sur la moquette avec un coussin sous la tête dans la petite salle du théâtre Jean-le-Bleu en présence de Véronique Ovaldé, Négar Djavadi et Vincent Message, trois écrivains talentueux qui vous lisent des pages de leur roman qui vient de paraître est une expérience unique, inoubliable. En plus, Bastien Lallemant, Babx, JP Nataf, Maëva Le Berre, Camélia Jordana, Florent Marchet, Nicolas Martel et Valérie Leulliot nous ont gratifiés de musiques et de chansons délicieuses, planantes, douces et suaves… génialissime !

Cette sieste littéraire est très demandée et de nombreux candidats au sommeil sont restés devant la porte… hélas.

 

Malgré un orage tentant vainement de gâcher la fête, Natacha Appanah pour Tropique de la violence (Gallimard) et Ali Zamir pour Anguille sous roche (Le Tripode) répondaient aux questions de Maya Michalon, place de l’hôtel de ville.

 

 

 

 

 

Quant à l’auteur portugais, Gonçalo M. Tavarez, place Marcel Pagnol, il tenait des propos très pertinents sur l’acte de lire. Michel Abescat lui permettait de présenter son dernier livre : Matteo a perdu son emploi (Viviane Hamy). Son style est très épuré puisque lorsqu’il a écrit dix feuillets, un mois après il n’en reste plus qu’une demi-page qui sera publiée.

 

 

Luc  Lang, sobre et efficace, a commencé par la lecture de la page 14 de son dernier roman : Au commencement du septième jour (Stock).

 

 

Comme d’habitude, Maya Michalon menait cette rencontre avec beaucoup de tact et de talent, n’oubliant pas de souligner qu’il était temps que cet auteur vienne à Manosque. Ce livre qu’il voulait intituler « Préférer l’océan » lui a demandé cinq ans de travail et c’est lui qui s’est occupé de la mise en page pour qu’il soit agréable à tenir en mains et à lire. Il préfère la perception du paysage à sa description, pratique l’ellipse, comme au cinéma, pour permettre au lecteur de vivre chaque événement, d’en ressentir l’émotion.

En soirée, le théâtre Jean-le-Bleu était comble et le public attendait beaucoup de cette deuxième séance nommée « Au bonheur des lettres », un choix de lettres collectées par Shaun Usher. Hélas, Cédric Khan, acteur et réalisateur de cinéma, n’a pas été à la hauteur des attentes. Sa lecture semblait bâclée, sans relief, contrairement à Marianne Denicourt, une actrice qui avait pris son rôle à cœur et travaillé. La comparaison avec la prestation d’André Wilms, la veille, était inévitable et la déception était grande.

 

 

 

Un public nombreux se retrouvait, assis par terre, dans la salle du Café provisoire du théâtre pour écouter Maissiat, une jeune artiste étonnante qui faisait vite oublier la déception du spectacle précédent. Accompagnée de deux musiciens, elle nous entraîne dans les méandres de l’amour avec Marguerite Duras, Bilitis de Pierre Louÿs, David Hamilton, Françoise Sagan… mais l’on oublie vite ces auteurs, tellement charmés par une Maissiat absolument unique. (À suivre...)

Jean-Paul

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 09:09

Suprême régal pour lecteurs (2)

 

 Devant cette incroyable scène constituée d’une montagne de livres rangés ou dérangés dans une bibliothèque unique, nous retrouvons, place de l’hôtel de ville,

Arnaud Cathrine et Clémentine Beauvais qui répondent aux questions de Sophie Quetteville. Le débat est traduit en langue des signes et mêmes les fauteuils sont des livres !

 

Arnaud Cathrine situe A la place du cœur (Robert Laffont) dans la semaine sanglante de janvier 2015 en pensant à ce que ressentaient les ados devant ces morts, ce sang versé et cette mise en spectacle par les chaînes d’info. Dans Songe à la douceur (Sarbacane) Clémentine Beauvais s’est inspirée du grand roman d’Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine. Elle aussi écrit en vers libres pour nous faire vivre l’amour, sans voyeurisme, montrant qu’il est souvent plus doux de rêver à une personne que d’être avec elle.

Manosque s’anime de plus en plus. Les amateurs de lecture arrivent très nombreux et il ne faut pas être en retard si l’on veut une place pour écouter Serge Joncour et Guy Boley, une rencontre animée par Julien Bisson.

 

Tous les deux, ils s’inspirent des terres qui les ont vus grandir. Guy Boley, dans Fils du feu (Grasset), parle d’une France révolue. Lui, l’ancien funambule dont le maître est Pierre Michon, a trouvé son équilibre dans l’écriture et annonce déjà trois nouveaux romans prêts à être publiés. Avec toujours beaucoup de bon sens, dans Repose-toi sur moi (Flammarion) Serge Joncour parle de son immeuble, de son quartier et de cette régulation qui se fait naturellement à la campagne alors qu’en ville, il faut aller dans l’immeuble d’en face pour se voir vivre…

Catherine Poulain est très attendue à Manosque mais elle n’est pas très bavarde et ceux qui ont lu Le Grand Marin (L’Olivier), restent un peu sur leur faim. Pourquoi « Manosque-les-couteaux » ? Les explications promises par Sophie Quetteville ne viennent pas vraiment.

 

Avec Thierry Vila, Le Cri (Grasset), ils ont en commun la mer et une femme pour héroïne : Lily pour Catherine Poulain et Lil pour Thierry Vila. L’une est dans la réalité pour aller jusqu’au bout de ce qu’elle veut, l’autre est dans l’intensité et refuse de se soumettre aux représentations dominantes.

 

 

 

 

 

Vincent Message, Prix Orange du livre 2016, avec Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil), et Jean-Baptiste Del Amo en écrivant Règne animal (Gallimard), ont en commun de pousser très loin notre réflexion sur ce que nous faisons subir à ce que nous nommons les bêtes.

C’est très dérangeant et provoque une réflexion fort utile, allant de l’anticipation politique pour le premier à un questionnement indispensable sur la condition animale pour le second. Yann Nicol a bien su faire ressortir les qualités de ces deux romans dont la lecture s’avère urgente.

 

En soirée de ce vendredi 23 septembre, André Wilms prouve, s’il en est besoin, qu’il est vraiment « Un type bien », comme le titre de la correspondance de Dashiell Hammet l’indique. Accompagné par le saxophone ou la clarinette de Leandro Guffanti, il nous subjugue, nous captive, nous émeut, tellement sa lecture est vivante. La comparaison avec la soirée du lendemain sera édifiante mais n’anticipons pas.

 

En fin de soirée, Frère Animal – second tour aurait mérité une pleine salle car la création d’ Arnaud Cathrine, Florent Marchet, Valérie Leulliot, Nicolas Martel et Benjamin Vairon est d’une actualité brûlante. C’est un spectacle absolument nécessaire, indispensable pour nous faire réfléchir devant certaines tentations à l’écoute de discours prônant la haine et le rejet de l’autre. Musicalement très riche, Frère Animal est en tournée, il ne faut pas le rater. (À suivre...)

Jean-Paul

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 10:11

Suprême régal pour lecteurs (1)

 

Découvrir Manosque et les Correspondances en même temps est un immense privilège. À chaque pas, le plaisir se renouvelle, les surprises abondent et le bain de littérature offert est absolument exceptionnel.

François Bégaudeau.

Dans cette ville de plus de 22 000 habitants - où les transports en commun sont gratuits - située à l’extrémité est du massif du Lubéron, tout près de la Durance, écrivains et artistes sont conviés à rencontrer leur public sous le soleil, sur les belles places de la vieille ville. Ici, l’écrit est valorisé en permanence. D’abord, avec ces écritoires disséminés un peu partout et approvisionnés en enveloppes, papier à lettre et cartes postales. Ils offrent, à qui le désire, la possibilité d’écrire à la personne de son choix, un plaisir devenu de plus en plus rare de nos jours. Les Correspondances se chargent d’expédier le courrier avec la complicité de La Poste. Ces écritoires sont multiples et originaux, de la simple cabine au perchoir dans un arbre… Il y a aussi ces citations collées sur les murs, d’immenses panneaux portant un texte et une couverture de livre mais, surtout, ici, les écrivains sont rois… comme les lecteurs d’ailleurs, incroyablement gâtés et choyés par des bénévoles toujours à l’écoute.

 

Marie-Sophie Ferdane et Françoise Fabien lisent Cannibales de Régis Jauffret.

 

 

Au hasard des places, on rencontre un François Bégaudeau très à l’aise pour répondre aux questions à propos de Molécules (Verticales). Il parle même des BD auxquelles il collabore.

 

 

 

Notre première soirée se termine au théâtre Jean-le-Bleu qui rappelle le fameux roman de Jean Giono qui a inspiré La femme du boulanger à Marcel Pagnol dont une place de Manosque porte le nom, bien sûr. Régis Jauffret est à l’honneur puisque Françoise Fabian et Marie-Sophie Ferdane impressionnantes, lisent les lettres échangées entre Jeanne et Noémie dans Cannibales (Seuil), son dernier roman. Amour et haine se croisent et s’entrecroisent avec une musique utile pour détendre ou électriser l’atmosphère.

 

L’heure est tardive mais le public bien présent pour se repaître de la voix chaude et sensuelle d’ Arthur H qui, accompagné par Nicolas Repac, nous emmène sur des terres érotiques connues ou inconnues. L’Or d’Éros permet d’apprécier ou d’être remué par des textes signés Guillaume Apollinaire, André Breton, Pierre Louÿs, James Joyce, Georges Bataille, Ghérasim Luca… C’était chaud, chaud !!! (À suivre...)

Arthur H et Nicolas Repac pour l'Or d'Éros.

Jean-Paul

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 10:22

Un avion sans elle   par Michel Bussi

Presses de la Cité (2013) 532 pages.

 

 Ce roman a obtenu le Prix Maison de la Presse ainsi que celui du Roman populaire. De plus, on parle d’adaptation au cinéma… Cela n’est pas dû au hasard comme nous avons pu le vérifier. Ouvrez Un avion sans elle, commencez à lire et vous aurez du mal à aller vous coucher. Michel Bussi est un maître du suspense, un artiste du retournement de situation et le roi de la fausse piste. Le lecteur se régale donc jusqu’à la dernière ligne et c’est tant mieux ! 
 

L’histoire commence, le 23 décembre 1980, dans l’Airbus 5403, Istanbul – Paris, de Turkish Airlines. Au-dessus du Jura, de turbulences en décrochages, c’est la catastrophe. L’avion s’écrase sur le Mont Terrible qui se nomme aujourd’hui le Mont Terri (804 m). Il se trouve entre Porrentruy et Montbéliard à la frontière franco-suisse.

 

Projetés dix-huit ans plus tard, nous sommes le 29 septembre 1998, à 23 h 40, chez un détective privé au nom improbable de Crédule Grand-Duc… Il est devant L’Est républicain du 23 décembre 1980 qui titre à la une : « La miraculée du mont Terrible. » En effet, s’il y a eu 178 morts ce jour-là, un bébé a été éjecté et a survécu… Son prénom n’étant pas certain, la presse l’avait baptisé Libellule.

 

Depuis 18 ans, Grand-Duc, payé par la famille de Carville, enquête, va sur place, à Dieppe et même en Turquie. Pourquoi ? Pour connaître la véritable identité de ce bébé réclamé par deux familles car il y avait deux bébés de moins de trois mois dans l’avion et, bien sûr, les parents ont péri !

 

D’un côté, il y a Léonce de Carville, riche industriel, et sa femme Mathilde qui affirment que le bébé se nomme Lyse-Rose et que c’est leur petite-fille. Depuis Dieppe, un couple modeste, Pierre et Nicole Vitral, se manifeste car Émilie, leur petite-fille du même âge était aussi dans l’avion avec ses parents. Lyse-Rose a une sœur aînée, Malvina, et Émilie, un grand frère, Marc, qui joueront un rôle très important tout au long du livre.

 

À l’époque, les tests ADN n’existent pas puisque les premiers seront faits en 1987. C’est donc après une bataille judiciaire que la famille du bébé sera décidée… Impossible d’en dire plus car ce serait déflorer les premiers rebondissements de l’histoire.

 

Comme le titre le suggère, la fameuse chanson de Charlélie Couture Comme un avion sans aile, un grand succès à l’époque, va et revient tout au long du roman durant lequel Marc Vitral découvre le récit de Grand-Duc tout en tentant de retrouver Lylie (condensé de Lyse-Rose et d’Émilie) qui vient d’avoir 18 ans.

 

Michel Bussi, politologue et professeur de géographie à l’université de Rouen, excelle dans la conduite de ce genre de thriller. Son récit est émaillé de descriptions très précises, les lieux étant très importants dans le déroulement de l’intrigue. De plus, chaque chapitre est daté et l’heure exacte est précisée car cela a son importance.

Jean-Paul

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 12:56

L’Exercice de la médecine par Laurent Seksik

Flammarion (2015). 339 pages

 

Déjà auteur de six romans, d’une biographie d’Albert Einstein et d’une pièce de théâtre (Les Derniers jours de Stefan Zweig), Laurent Seksik confirme son grand talent avec L’Exercice de la médecine.

L’auteur commence en alternance entre Ludichev (1904) et Paris (2015) où le docteur Léna Kotev doit dire la vérité au mari d’une femme dont la vie est menacée par un cancer implacable.

 

Plus d’un siècle auparavant, Pavel Alexandrovitch rentre de sa tournée de médecin, à cheval. Il repense à ses patients et aux maladies qui les frappent : apoplexie, diphtérie, typhus, vérole : « les tourments de la peste et choléra réunis dans une lenteur programmée. »

 

À plus de 40 ans, il se sent bientôt un vieillard : « Il avait soigné des légions de patients, empli un cimetière entier de ses semblables. » Rivka, son épouse voudrait qu’il travaille en ville mais Pavel est juif et les lois antisémites de 1882, promulguées par Alexandre III et renforcées par Nicolas II, lui imposent une zone de résidence. Qu’importe ! Il aime son travail et les gens qu’il soigne : « On l’aimait. Il était le dépositaire de la misère et des splendeurs de Ludichev. » Il pense à Mendel, son fils aîné, parti étudier en Allemagne : « Berlin était un nouveau monde, ouvert et libre, une terre accueillante pour les Juifs. »

 

Léna, arrière-petite-fille de Pavel est une femme en tension perpétuelle car elle se trouve à un carrefour où tout se joue. Prise entre passé et présent, elle est ouverte sur le monde extérieur et doit préserver son père, seule trace vivante d’un passé qu’elle porte sur ses épaules.

 

Peu à peu, Laurent Seksik nous fait partager tout un siècle où les malheurs se succèdent avec des gens qui, malgré tout, tentent de faire le bien autour d’eux. Il nous entraîne aussi à Berlin, entre 1920 et 1933, sur les traces de Mendel. Il nous parle des Thérapeutes, cette tribu juive d’Alexandrie massacrée sous le règne de Caligula, en 38 : « Leur Dieu avait créé la vie, prolonger la vie, c’était servir Dieu. Guérir, c’était servir Dieu. Et si – sait-on jamais ? – Dieu n’existait pas, c’était servir l’humanité. »

 

Natalia Kotev, sœur de Mendel, vient à Berlin où « Les parades militaires étaient aux Berlinois ce que la musique d’opéra était aux Viennois et le bal musette aux Français. » Elle est aussi médecin à Moscou et fera partie des victimes de Staline dans ce qui fut appelé « le complot des blouses blanches », en 1953.

L’auteur nous fait vivre aussi à Nice, en 1943, un îlot de paradis pour 25 000 Juifs, grâce aux Italiens. Tobias, fils de Mendel, raconte ce qu’il a vécu le 10 mai 1933, place de l’Opéra, à Berlin où les nazis brûlèrent des tonnes de livres de Zweig, Freud, Einstein, Werfel, Döblin, Marx ainsi que ceux d’autres auteurs communistes ou socialistes : « Le nazisme est une œuvre collective, pas le projet solitaire d’un dément, chacun dans son rôle, à sa place, peuple gangréné par la folie. »

 

L’Exercice de la médecine est un livre dense, passionnant, très instructif avec des pages pathétiques, une belle réussite littéraire signée Laurent Seksik (photo ci-contre) qui est lui-même médecin et donc aussi, un excellent écrivain.

Un immense merci à Ghislaine pour m’avoir offert ce livre aussi captivant qu’instructif.

Jean-Paul

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 09:33

Une forêt d’arbres creux par Antoine Choplin

La fosse aux ours (2015) 115 pages.

 

Fidèle à lui-même, Antoine Choplin, avec Une forêt d’arbres creux, livre encore un petit bijou de littérature. Après Le héron de Guernica, La nuit tombée et L’impasse, nous sommes à nouveau sous le charme de cette écriture simple, efficace, allant à l’essentiel et toujours terriblement émouvante.

 

 

Nous sommes à Terezin, en République Tchèque, en décembre 1941, jour de l’arrivée de Bedrich, accompagné de sa femme, Johanna, et de leur fils, Tomi, qui n’a même pas un an. Les voilà enfermés dans un ghetto, un camp de concentration peut-être un peu moins sévère que d’autres, là où mourut l’immense poète Robert Desnos.

 

 

Bedrich « regarde les arbres… Il songe à leur constance, qu’ils soient d’ici ou de là-bas, du dehors ou du dedans. Il se dit : vois comme ils traversent les jours sombres avec cette élégance inaltérée, ce semblable ressort vital. Ceux bordant la route qui relie la gare au ghetto, et qui s’inclinent à peine dans la nudité ventée des espaces. Ceux des forêts au loin… » Avec quelques autres, il se retrouve dans une salle pour dessiner des plans de bâtiments et même d’un futur crématorium…

 

 

Ce travail permet d’échapper à la faim qui fait mourir tant de personnes détenues. Quand tombe la nuit, ils dessinent la vérité de Terezin, cachant ces œuvres destinées à témoigner de la réalité alors que les nazis s’ingénient à mystifier la Croix-Rouge internationale qui vient d’annoncer, plusieurs mois à l’avance, une visite du camp.

 

 

Au fil des pages, l’auteur livre des instantanés de la vie de Bedrich, les rares moments où il peut retrouver Johanna et Tomi, cette intimité à jamais perdue et les drames du quotidien, d’une banalité que les tortionnaires s’ingénient à faire accepter comme normale…

 

 

Pendant ce temps, les convois partent vers l’est. On évacue les plus faibles. Le vieux Kurt refuse d’aller se faire soigner à l’infirmerie parce qu’il sait ce qui l’attend. Les nazis font vider l’hôpital de ses malades afin d’y faire jouer le Requiem de Verdi, chanté par les Juifs. Les chefs SS de Prague et de Berlin sont là ainsi que Eichmann…

 

 

Bedrich imagine un tableau montrant ce qu’il voit : «… à leurs traits marqués, à leurs orbites profondes, à la courbure légère de leur échine… les inquiétudes, la souffrance des jours, l’envie d’une miche de pain. » Il espère malgré tout : « …on pourrait bien finir par échapper aux convois vers l’Est, et il faudrait bien qu’un de ces jours tous ces murs s’effondrent. » Et nous, il nous reste à ne pas oublier, l’être humain n’ayant de cesse de répéter les mêmes atrocités, une barbarie toujours d’actualité.

Jean-Paul

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 12:43

Némésis par Philip Roth

traduit de l’anglais (USA) par Marie-Claire Pasquier

nrf-Gallimard (2012). 225 pages

 

Avec pour titre, Némésis, nom d’une déesse grecque de la juste colère des dieux pour évoluer ensuite et désigner cette force obscure envoyant la mort comme juste punition, ce roman de Philip Roth emmène à nouveau le lecteur dans Newark, immense ville jouxtant New York. L’auteur connaît bien les lieux puisqu’il y est né en 1933, dans le quartier de Weequahic où il situe une partie de l’histoire.

 

 

Nous sommes en 1944, le 4 juillet, et quarante cas de poliomyélite viennent de se déclarer dans une ville ayant connu pareille épidémie en 1916. Il n’existe alors aucun remède, aucun vaccin et la polio frappe de paralysie surtout les enfants mais aussi les adultes. Il fait très chaud cet été-là et nous allons suivre le destin de Bucky (Eugène) Cantor, professeur d’éducation physique de 23 ans, de petite taille mais excellant en gym, au lancer de javelot et en haltérophilie. Son engagement dans l’armée US avait été refusé à cause d’une vue trop basse. Il vivait cela comme une frustration énorme, pensant souvent à ses deux meilleurs amis, Jake et Dave, en train de combattre en France.

 

 

« Son visage était le visage robuste, indestructible, intrépide d’un jeune homme vigoureux sur qui on pouvait compter », le décrit un des enfants du quartier devenu adulte. La mère de Bucky était morte en couches et il n’avait pas connu son père, un escroc. Élevé par une grand-mère parfaite et un grand-père ayant immigré depuis un village juif de Galicie polonaise, il trouve dans l’amour de Marcia un réconfort important et surtout l’espoir d’une vie bien meilleure.

 

 

Hélas, la maladie frappe aveuglément. Mr Cantor rassure les parents affolés, résiste courageusement à la provocation de dix jeunes Italiens venus cracher sur le terrain de sport pour donner la polio dans son quartier. Le père de Marcia, le Dr Steinberg lui parle : « Moins il y aura de peur, mieux cela vaudra. La peur fait de nous des lâches. La peur nous avilit. Atténuer la peur, c’est votre job et le mien. »

 

Par amour pour Marcia, il quitte son poste et la rejoint dans le camp de vacances des Pocono Mountains où tout semble idyllique. Ce Dieu que l’on invoque lors des obsèques du jeune Alan lui pose question lorsqu’il entend : «…la prière louant la toute-puissance de Dieu, louant sans bornes ni raison ce Dieu même qui permettait à la mort d’anéantir toutes choses, y compris les enfants. » Il est en colère contre ce Dieu et en débat avec Marcia : « Mais comment un Juif peut-il prier un dieu qui a jeté sa malédiction sur un quartier peuplé de milliers et de milliers de Juifs ? »

 

 

L’issue de cette histoire est terrible et magnifique à la fois. Philip Roth pose bien tout le problème de l’intégration des personnes handicapées dans notre société, un problème qui, des années après, est loin d’être résolu malgré beaucoup d’améliorations.

Jean-Paul

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 20:49

Mystères à Vienna  par Martial Fiat

Edition 7 (2013). 118 pages

 

Se balader dans les rues de Vienne à l’époque romaine, découvrir le théâtre antique en construction, assister à une cérémonie au temple d’Octave Auguste, aller aux thermes, traverser le Rhône, découvrir la vie sur les quais et naviguer avec quelques mariniers sans oublier les ruelles les plus obscures de la ville et les plus belles villas des riches citoyens romains, les surprises ne manquent pas dans ce roman de Martial Fiat : Mystères à Vienna.

 

L’action se déroule au milieu du premier siècle, en pleine époque gallo-romaine. Vienne était une des plus grandes villes de Gaule, lieu de passage très important. D’ailleurs, dans le livre, nous côtoyons un jeune Grec, Akileos, et un géant germain, Proctor, offert par Servius Repentinus à son fils Claudius, pour ses dix ans.

 

Les mariniers s’affairent sur les quais quand le jeune Claudius entend le bruit d’une chute dans l’eau du Rhône… Le mystère est complet mais le danger rôde avec des Gaulois fraîchement romanisés et des notables avides de gains faciles.

 

L’auteur nous emmène au théâtre, à l’Odéon, où l’on joue des fables de « Phèdre, né en Thrace, une contrée lointaine de l’Orient, paraît-il. C’était un ancien esclave affranchi par l’empereur Auguste. » Mais Claudius est trop curieux et il se laisse entraîner.

 

 

 

Akileos fait un saut à Lugdunum mais les coups durs s’enchaînent jusqu’au triomphe de la vérité qui donne l’occasion à l’auteur de nous faire prendre conscience du statut des esclaves car tous ces beaux monuments que nous admirons encore ont été bâtis par des centaines d’entre eux au prix de sacrifices énormes.

 

Enseignant à la retraite, Martial Fiat (photo ci-contre) vient de publier son cinquième livre : Le Templier du Pape (Edition 7) qu’il situe à l’époque médiévale, en plein concile de Vienne qui supprima l’ordre des Templiers. Ses trois premiers romans s’intitulent : Jonathan et le fantôme blanc, Jonathan et la grande île et Jonathan et les roses. Bien que ces romans s’adressent plus particulièrement à des jeunes, ils régalent les lecteurs de tous les âges.

 

Un grand merci à Bernadette et Patrick qui nous ont permis de lire Mystères à Vienna.

Jean-Paul

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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 09:09

Fuck America (Les Aveux de Bronsky) par Edgar Hilsenrath

traduit par Jörg Stickan. Attila (2009). 286 pages

 

Après Le Nazi et le Barbier et Orgasme à Moscou, revoici Edgar Hilsenrath, un écrivain juif allemand né en 1926 qui prend à chaque fois le lecteur aux tripes en associant toujours humour et dérision dans des récits dont sa vie constitue la trame.

Fuck America (Les Aveux de Bronsky) commence très fort avec des courriers échangés entre Nathan Bronsky, le 10 novembre 1939, et le Consul Général des États-Unis d’Amérique à Berlin. Devant un appel au secours afin d’obtenir des visas pour fuir le nazisme, la réponse est terrible après… huit mois d’attente : ces autorisations si vitales seront délivrées, promis, en… 1952 ! Il est vrai que l’antisémitisme, gangrène toujours bien réelle aujourd’hui, n’est pas l’apanage de l’Allemagne : « …les gouvernements de tous les pays de cette planète se foutent royalement de savoir si vous vous faites tous massacrer ou non. Le problème juif leur casse les pieds, à vrai dire, personne ne veut se mouiller. »

Après beaucoup d’épreuves et de souffrances, Jakob Bronsky, fils de Nathan, se retrouve aux États-Unis mais ses yeux ont perdu leur éclat emporté par les six millions de victimes de la Shoah. Pour retrouver un peu de lueur dans son regard, Jakob n’a qu’une possibilité : écrire. Comme l’auteur l’a vécu, il assure de petits jobs de serveur, de livreur ou de gardien de nuit afin d’avoir un peu d’argent. C’est la nuit, dans la cafétéria des émigrants, qu’il peut enfin laisser revenir ses souvenirs à la surface.

Ainsi, chaque fois qu’il gagne un peu d’argent, il peut avancer son livre qui s’intitulera « Le Branleur », comme le lui a conseillé un voisin de table mais c’est sa frustration sexuelle qui le hante. Il rêve, il fantasme : « Tu vas enfin avoir l’occasion de baiser une authentique secrétaire de direction. » mais « Dans ce pays, la pauvreté et la solitude sont une infamie. »

Après plusieurs aventures et quantité de dialogues menés avec brio et efficacité, Edgar Hilsenrath, par la voix de Jakob Bronsky, raconte sa naissance, en 1926, avec déjà deux nazis dans le jardin « Quand il sera grand, on le fourra dans une chambre à gaz ». Lorsqu’il est circoncis, les mêmes sbires se réjouissent : « Avec cette queue mutilée, il ne fera croire à personne qu’il est aryen. »

À partir de 1933, tout s’enchaîne. Il est battu à l’école. Puis c’est le boycott des commerçants juifs et la Nuit de cristal. La famille vit maintenant dans un appartement miteux après avoir connu l’aisance. Certains veulent fuir mais son père refuse alors que son oncle affirme : « Le peuple allemand est complètement hypnotisé. » Un Jakob Bronsky est mort avec les six millions de Juifs alors que l’autre Jakob fuit, connaît les ghettos, la peur, la faim, le froid mais affirme : « c’est l’espoir qui m’a fait vivre. »

Edgard Hilsenrath écrit sur tout ce qu’il a refoulé. Il répète : « Ils auraient dû nous sauver en 1939. » Pour être enfin publié dans son pays d’origine, il lui a fallu déployer beaucoup d’efforts. Maintenant, il peut dire aux jeunes Allemands : « lisez mon livre… Mon livre contre la violence et la barbarie. »

Jean-Paul

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 14:15

Rue des voleurs par Mathias Énard

Actes Sud/ Leméac (2012). 251 pages

 

Entre les prix du livre Inter (Zone) et Goncourt (Boussole), Mathias Énard (photo ci-dessous) a réussi une fresque passionnante sur les pas d’un jeune Tangérois, terriblement attiré par l’Europe mais profondément attaché aux écrits des poètes arabes et à sa terre marocaine.

 

« Nous sommes des animaux en cage qui vivons pour jouir, dans l’obscurité… entre les putes, le Coran et Dieu qui était devenu un deuxième père, les coups de pied au derche en moins. » Lakhdar parle, raconte sa vie quotidienne, ses dix mois de cavale, 300 jours de honte après avoir fui sa famille car il avait été surpris avec sa cousine Meryem, nus tous les deux…

 

Son meilleur ami, Bassam, l’envoie dans une mosquée, chez des islamistes qui l’accueillent. Le Cheikh Nouredine lui confie le rôle de libraire du groupe. Le narrateur décrit son quotidien, les livres qu’il vend à la sortie de la mosquée, internet « Quand je me fatiguais du porno sur le web (un peu de péché ne fait de mal à personne), je passais des heures confortablement allongé sur les tapis », la lecture de l’arabe classique ainsi que des polars français achetés d’occasion.

 

Nous sommes en plein dans les révolutions arabes. Pour les amis de Lakhdar, le but est simple : prendre le pouvoir avec les élections libres puis islamiser les constitutions et les lois avec pour modèle, l’Égypte mais les agissements du Cheikh et de ses hommes vont plus loin. Des idées, on passe aux actes et le terrorisme fait de plus en plus de victimes.

 

Heureusement, il y a la rencontre avec Judit, étudiante barcelonaise dont Lakhdar tombe amoureux. Elle lui parle de Mohamed Choukri (1) : « J’ai été surpris d’apprendre qu’on étudiait ses romans en littérature arabe moderne à l’université de Barcelone. » Hélas, quand il se promène avec elle, à Tanger, « c’était recevoir, à à chaque coin de rue, une sérieuse quantité de mollards symboliques. »

 

Ibn Battûta, grand voyageur et écrivain du XIVe siècle, revient souvent dans le récit de Lakhdar qui se fait embaucher dans la zone franche pour travailler devant un écran douze à seize heures par jour : « On avait l’impression que toute la France, tout le verbiage de la France atterrissait ici, en Afrique. » Quand il demande à son employeur un travail dans son entreprise, en France, la réponse est cinglante : « Mais justement, si on est implantés ici c’est pour que ça coûte moins cher, pas pour envoyer les travailleurs en France ! »

 

Pour retrouver Judit, à Barcelone, Lakhdar devient homme à tout faire sur un ferry, employé de pompes funèbres clandestin pour les noyés du détroit de Gibraltar avant d’échouer dans cette carrer Robadors, la rue des voleurs.

 

Mais la violence monte, ce que l’auteur appelle « la spirale de la bêtise ». Hanté par ses souvenirs, profondément humain, il ne peut sombrer avec ces drogués, ces pouilleux, ces barbus de la mosquée, il dépasse toutes les cases dans lesquelles on tente de l’enfermer. Marocain, Français, Espagnol, musulman ? « Je suis plus que ça. »

Jean-Paul

 

1 : Le Pain nu, grand roman de Mohamed Choukri, a été traduit en français par Tahar Ben Jelloun (Éditions François Maspero).

 

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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