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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 16:07

Les clés retrouvées   par   Benjamin Stora

Une enfance juive à Constantine

Stock (2015), 142 pages.

 

Le 20 août 1955, Benjamin Stora a 4 ans et demi et la guerre fait irruption dans sa vie, dans cette ville de Constantine où il a appris les lettres en hébreu, parlant l’arabe avec sa mère… Une vie en harmonie avec un environnement où chacun avait sa place, se termine.

 

 

L’auteur replonge dans cette enfance retrouvée avec les clés de leur appartement de Constantine, découvertes en 2000, au fond du tiroir de la table de chevet de sa mère qui vient de décéder.

 

 

Elle vivait au foyer pendant que son père vendait de la semoule : « La paix, la santé étaient au-dessus de tout. » Scolarisé à l’école publique, il consacre le jeudi et le dimanche à l’école talmudique dans cette ville d’Algérie bâtie sur un rocher, à 600 m d’altitude, avec ses ponts suspendus au-dessus des gorges du Rummel.

 

 

Constantine qui s’appelait Cirta lorsqu’elle était capitale de la Numidie, est une ville chargée d’histoire. C’est « une ville du sud… retranchée derrière ses remparts »« la vie était laborieuse et fastidieuse, mais aussi entraînante et gaie. »

 

 

Après avoir salué la victoire d’Alphonse Halimi, un enfant du pays, Champion du monde des poids coq, le 25 octobre 1960, Benjamin Stora insiste sur le décret Crémieux du 24 août 1870, naturalisant les juifs d’Algérie. Ils ne sont plus des dhimmis protégés mais soumis en terre d’islam, mais des Français.

 

 

Dans cette ville, la musique tient une place importante avec le maalouf aux sonorités arabo-andalouses. Au cours de ses études, l’historien qu’est devenu Benjamin Stora découvre que les juifs d’Algérie, malgré quelques racines espagnoles, sont presque tous des Berbères, « les véritables indigènes de ces terres. »

 

 

L’abrogation du décret Crémieux, par le régime de Vichy, en octobre 1940, fut un véritable traumatisme : « les juifs n’étaient plus des citoyens français mais des juifs indigènes algériens. » Ce décret est rétabli en 1943 mais deux courants se sont créés : ceux qui croient en le socialisme représenté par l’Urss et ceux qui soutiennent Israël et le sionisme. Sur place, l’auteur constate une réelle coupure entre les européens et les juifs qui ne vivent pas dans les mêmes quartiers.

 

 

À partir de 1957, les appelés du contingent sont là et il les voit comme « des touristes en uniforme kaki » dans Constantine. Comme les autres, les Stora et les Zaoui, la famille de sa mère, ne se doutent pas de ce qui va advenir. La mort se rapproche et la peur, l’angoisse augmentent.

 

 

Le 22 juin 1961, Raymond Leyris, « Cheikh Raymond », le musicien juif chantant en arabe le plus célèbre d’Algérie, est abattu sur le marché et cela déclenche une émotion considérable à Constantine où une foule énorme suit son enterrement.

 

 

À l’école, c’en est fini de la convivialité entre juifs et musulmans. Les départs sont massifs vers la France. Pour ses parents, cela était impensable mais il faut s’y résoudre le 12 juin 1962 et ressentir, à Paris ou dans sa banlieue, « un sentiment d’inquiétude et de solitude. »

 

 

L’auteur détaille toutes les difficultés rencontrées : « la solitude, le mépris, le fait d’être mal considéré, mal accepté. » Cette mémoire reste vive et douloureuse et Benjamin Stora (photo ci-jointe) a bien fait de faire revivre tout ce passé en peu trop vite mis sous l’éteignoir, l’histoire de « ces juifs d’Algérie qui se sont voulus simplement des « pieds-noirs », jetés dans l’exode de l’été 1962. »

Jean-Paul

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 10:25

Le temps est assassin   par  Michel Bussi

Presses de la Cité (2016), 531 pages.

 

Après m’être régalé en lisant Un avion sans elle, j’étais curieux de découvrir le dernier roman de Michel Bussi, roman que l’auteur est venu présenter à La Grande Librairie, lors de sa sortie.

 

 

L’histoire se passe en Corse et il faut même dire que la presqu’île de la Revellata, près de Calvi, en est le personnage principal. Michel Bussi ne se prive pas d’évoquer toutes les batailles secrètes, toutes les terribles luttes d’influence visant à transformer l’île en rente touristique, en bétonnant une nature à la beauté incomparable.

 

 

Comme à son habitude, l’auteur s’attache à une description très détaillée des lieux, les faisant vivre et vibrer au fil de la lecture. Le lecteur aurait envie d’y être mais les mots sont là pour nous transporter dans cette bergerie d’Arcanu, en août 1989 et durant le même mois en… 2016, en alternance.

 

 

Clotilde, ado gothique et quelque peu rebelle, son casque sur les oreilles, écoute Manu Chao sans oublier de rédiger son journal, procédé déjà utilisé par Michel Bussi dans le roman précité avec le détective privé. Il faut dire que c’est un lien extraordinaire avec le passé d’autant plus que nous ignorons l’identité de la personne en train de lire les confidences de Clotilde…

 

 

Ce 23 août 1989, ses parents quittent Papé Cassanu et Mamy Lisabetta pour se rendre à un concert polyphonique corse « dans une chapelle perdue dans le maquis ». Dans leur Fuego rouge, ils emmènent Clotilde et son frère Nicolas. Survient alors l’accident, terrible, car seule Clotilde échappe à la mort.

 

 

Vingt-sept ans plus tard, nous retrouvons cette même Clotilde, avec sa fille Valentine (15 ans) et son mari, Franck, sur les lieux de la tragédie où elle demande quinze minutes « pour mon enfance ratatinée. »

 

 

L’histoire est lancée. L’auteur nous emmène et nous tient avec son style vivant, enlevé, choisi et les pages tournent vite, pas assez… Au passage, l’auteur rend un petit hommage à Fred Vargas puisque son héroïne lit Temps glaciaires.

 

Arrive ce 13 août 2016 et cette lettre remise la veille, au bungalow C 29, loué par la famille de Clotilde au camping des Euproctes. Sur cette lettre, elle reconnaît l’écriture de… sa mère ! Celle-ci est-elle vivante ? Impossible ! Clotilde a vu son corps déchiqueté sur les rochers après l’accident. Pourtant, les événements se succèdent, la tension monte et nous découvrons tout ce qui s’est passé au cours de ce mois d’août 1989, faisant connaissance avec beaucoup d’autres personnages dont chacun a son importance.

 

En dire plus serait éventer tout suspense. Tout le plaisir de cette tension que l’auteur sait mener à merveille, s’évanouirait. Alors, il ne vous reste plus qu’à dévorer Le temps est assassin pour tout savoir.

Jean-Paul

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 18:15

Isabelle Huppert a reçu dimanche le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique pour son rôle dans "Elle" de Paul Verhoeven, sacré meilleur film en langue étrangère. Dans cette adaptation d'un roman de Philippe Djian, elle interprète une femme violée qui, loin de s'effondrer, va traquer son agresseur, se lancer dans un jeu érotique, masochiste avec lui.

"Oh !..."

Le roman dont a été tiré le film est présenté ci-dessous...

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 10:33

La nuit de Zelemta   par   René-Victor Pilhes

Albin Michel (2016), 184 pages.

 

Profondément marqué par ses deux années passées sous l’uniforme en Algérie (1955 – 1957), René-Victor Pilhes, écrivain reconnu, livre à 82 ans, un roman poignant qui sort de l’oubli Abane Ramdane, « l’oublié, voire l’évacué de la révolution algérienne… Pourtant son rôle a été déterminant et capital. »

 

Pour faire revivre cet homme liquidé par les siens, au Maroc, le 27 décembre 1957, alors qu’il était le numéro 1 de la lutte pour l’indépendance de son pays, l’auteur donne la parole à un vieux curé qui a recueilli les confidences de Jean-Michel Leutier, jeune lieutenant en train de mourir de ses blessures.

 

Construisant bien son récit, l’auteur nous ramène quelques années en arrière, à Toulouse, où Leutier est élève en classe de philo car ses parents l’ont envoyé étudier en métropole. Son père est sous-officier de gendarmerie et sa mère, infirmière. Ils vivent à Aïn-Témouchent, en Oranie.

 

Ébloui par Rolande Jouli, sœur de son meilleur ami, il se fait inviter chez eux, à Albi. Or, Mme Jouli assure un soutien aux personnes emprisonnées, avec sa fille. Jean-Michel, pour gagner leurs faveurs, les accompagne et tombe sur Abane Ramdane avec qui il va parler de l’Algérie…

 

C’est l’occasion, pour l’auteur, de rappeler ce que furent ces huit années, de 1954 à 1962, avec 1 350 000 conscrits mobilisés pour deux ans, 13 000 morts, 70 000 blessés et des milliers de traumatisés, « sale guerre, honteuse, inavouable, vécue comme quasi déshonorante et perdue. » La torture est pratiquée par les services spéciaux et les unités de choc des paras.

Les colons sont environ 40 000 pour 3 millions d’indigènes mais le drame de Sétif, le 8 mai 1945 annonce ce qui va suivre. L’assassinat du couple Monnerot, deux instituteurs, montre que « les Algériens ne voulaient plus qu’on les éduque mais, désormais, aspiraient à s’éduquer eux-mêmes. »

 

Avec Abane Ramdane, Leutier parle de l’Algérie : « le comble, c’est qu’il éveillait ma compassion alors qu’il aurait dû me terrifier. » Plus loin, il ajoute : « Cet Abane m’avait flanqué brutalement à la figure ma famille, mon pays natal, mon enfance, mon adolescence, avec une agressivité étrange. » Loin d’Aïn-Trémouchent et de la grande plage de Béni-Saf, il aurait aimé avoir son père près de lui mais le doute instillé par ce cadre politique qui lit Marx, Mao, Lénine, fera son chemin dans la tête du jeune homme…

 

Lorsqu’il retourne à Aïn-Trémouchent, il constate que ses copains arabes ont changé, que le « syndrome d’Abane » fait son chemin alors que les « pieds-noirs » restent « joyeux et insouciants. »

Au lieu de se consacrer à une carrière d’avocat, Leutier résilie son sursis et devient Aspirant dans le 2ème Peloton du 6ème Chasseurs dans le grand Oranais. Il se bat, prend des risques excessifs mais n’y croit plus jusqu’à cette fameuse nuit où il patrouille dans le massif de Zelemta…

Jean-Paul

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 17:03

Le banquet des affamés   par   Didier Daeninckx

Nrf - Gallimard (2012), 232 pages.

 

Qui connaît Maxime Lisbonne (1839 – 1905) ? Ce héros de la Commune, compagnon de Louise Michel, méritait d’être sorti de l’oubli, ce qu’a fait Didier Daeninckx avec son talent habituel dans Le banquet des affamés.

 

 

Sans tergiverser, l’auteur donne la parole à son héros qui s’est toujours dressé contre le mensonge. « Bohème, mauvais soldat, criminel vulgaire, incendiaire et assassin », l’a qualifié le capitaine Charrière, commissaire du gouvernement auprès du conseil de guerre. Cela a beaucoup choqué notre homme qui ne reconnaît qu’un mot dans cette liste : bohème.

 

 

Dès l’âge de 16 ans, il était engagé dans la troupe de Napoléon III au siège de Sébastopol où le choléra faisait plus de victimes que la guerre. Affecté au théâtre Zouave, il découvre sa vraie vocation et il signe pour sept ans ce qui l’emmène en Italie puis en Syrie où un officier découvre que son nom cache un changement de patronyme effectué par son père, juif expulsé de Lisbonne, changeant son prénom, Jacob, pour Auguste.

 

 

Conter toutes les aventures vécues par Maxime Lisbonne serait bien trop long. Il faut noter simplement qu’il épouse Élisa Dodin en 1866 et reconnaît leur fils, Félix, qui a déjà 10 ans. Il se lance dans l’organisation de spectacles mais la situation politique de la France est très chaotique. Paris est assiégée le 1er septembre 1870 et Napoléon III hisse le drapeau blanc à Sedan. La République est proclamée. Victor Hugo revient après dix-huit ans d’exil.

 

 

Hélas, la famine sévit dans Paris et Maxime Lisbonne ne peut rester indifférent : « Je n’avais qu’un désir en combattant : aider à la conclusion d’une paix honorable et rentrer la tête haute dans la vie civile, consacrer mon existence au théâtre. »

 

 

Commence alors une lutte sans merci entre la Commune et les Versaillais dirigés par Adolphe Thiers. « Ferry l’affameur » a fui et notre homme déplore un attentisme qui se révèlera néfaste. Thiers fait tirer sur Paris. C’est la guerre civile. Maxime Lisbonne (photo ci-dessous) est un meneur d’hommes, se battant au milieu des cadavres et des ruines.

 

 

 

Pour protéger Henri Bauër, fils naturel d’Alexandre Dumas, il se laisse accuser d’avoir fait brûler la rue Vavin et cela va le poursuivre longtemps. Blessé grièvement, il a la gangrène et demande à ce que soit inscrit, sur sa tombe : « Maxime Lisbonne, Colonel de la Commune, membre du Comité central. »

 

Le 25 janvier 1873, il embarque, à Toulon, avec 360 forçats de droit commun et 60 déportés de la Commune pour Nouméa et l’île de Nou, matricule 4589, où il retrouve Louise Michel quelques mois plus tard. Il est choqué par ce qui est écrit sur la Commune par George Sand, Flaubert, Théophile Gautier, les Goncourt, Dumas fils.

 

 

Les conditions de vie sont très dures mais, en France, Hugo, Zola, Raspail, Jules Guesde, Clémenceau, Naquet… demandent la clémence pour les déportés de la Commune. Enfin, après sept ans, il revient, prend la parole à la gare Montparnasse et retrouve Élisa. Tous les deux, ils reprennent la vie théâtrale, organisant ce fameux Banquet des affamés pour les malheureux du VIIIe arrondissement.

 

 

Retiré à La Ferté-Alais, il meurt à 66 ans, peu après Louise Michel et seul, le journal L’Humanité lui rendra vraiment hommage.

Jean-Paul

 

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 10:26

« Oh !... »   par   Philippe Djian

nrf, Gallimard (2012), 236 pages. Folio (2014) 256 pages.

Prix Interallié 2012

 

Après avoir vu le film de Paul Verhoeven, « Elle », salué par la critique*, il fallait aller à la source et lire le roman de Philippe Djian intitulé aussi sobrement « Oh !... ».

 

 

Le film étant très fidèle à l’histoire concoctée par l’auteur, il n’y a aucune surprise, juste le plaisir de lire cet auteur qui fait parler son héroïne, Michèle, interprétée magistralement au cinéma par Isabelle Huppert, à la première personne du singulier. Celle-ci reconnaît d’emblée qu’elle est superstitieuse et qu’elle se méfie toujours des mauvais présages.

 

 

Son fils, Vincent, lui cause des soucis côté professionnel mais aussi parce que Josie, sa copine, est enceinte mais pas de lui… Il y a Richard, son ex-mari, qui excite sa jalousie en sortant avec une femme nettement plus jeune. Sa mère, Irène (75 ans), vit « avec un jeune type athlétique mais tout à fait ordinaire. » Quant à son père, un monstre qui a assassiné des enfants, il est en prison pour longtemps et Irène insiste pour que sa fille lui rende visite. Celle-ci ne veut pas en entendre parler.

 

 

Seulement, il y a ce vase cassé, cette petite goutte de sang au coin de la lèvre, sa coiffure en désordre… Il est 17 h : « J’ai tellement de mal à croire qu’une telle chose me soit arrivée par un ciel si bleu, par ce si beau temps… J’appelle le traiteur et je fais livrer des sushis. »

 

 

Pendant qu’elle se faisait agresser par cet inconnu cagoulé, son chat, Marty, n’a pas bougé : « Ce chat est resté assis à quelques mètres de moi tandis que je me faisais violer. » Le voisin d’en face, un jeune banquier, lui fait un signe amical mais cela ne la rassure pas vraiment : « En fait, je crois que je suis folle, je crois que j’aimerais qu’il soit là, tapi dans l’ombre, qu’il surgisse et que nous en venions aux mains… »

 

 

Toute l’ambiguïté de ce roman est dans cette phrase. Pendant que Michèle gère son entreprise, AV Productions, avec son amie Anna, elle reconnaît : « mon jeune banquier éveille en moi de troubles sentiments et j’y suis sensible. » Nous n’en dirons pas plus pour ceux qui n’ont pas vu « Elle » afin de leur laisser tout le plaisir de la découverte d’une histoire où amour et haine se disputent jusqu’à l’issue finale.

Jean-Paul

* Elle, de Paul Verhoeven est le film français sélectionné dans la catégorie Meilleur film étranger lors des prochains Oscars du cinéma.

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 15:24

Le Paris de Hugo   par Nicole Savy

Éditions Alexandrines (2016), 133 pages.

 

Quelle bonne idée, cette collection consacrée au Paris des écrivains ! La série est déjà longue mais d’autres sont en préparation. Pourtant, cet ouvrage consacré à Victor Hugo était devenu indispensable comme Nicole Savy a réussi à le démontrer.

 

 

Le Paris des écrivains publie chacun de ses livres en format de poche, petits livres faciles à emporter avec soi et à lire n’importe où, comme il ne faut pas hésiter à le faire. Le seul petit reproche que nous faisons concerne les notes de bas de page dont la police est vraiment minuscule, ce qui rend leur lecture malaisée.

 

 

Nicole Savy nous plonge dans la vie d’Hugo en commençant par sa mort, au 124, avenue Victor Hugo – il habitait « en son avenue » ! - le 22 mai 1884. La foule scande « Vive Victor Hugo » et lui qui ne fut jamais baptisé, a des funérailles nationales et son cercueil est exposé sous l’Arc de Triomphe.

 

 

Déjà, pour ses 80 ans, les 9 et 10 juillet 1881, 600 000 personnes avaient défilé sous ses fenêtres. Son immense popularité avait déjà été démontrée le 5 septembre 1870, pour son retour de dix-neuf ans d’exil : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. »

 

 

Patiemment, avec beaucoup de précision, l’auteure détaille tous les lieux où Victor Hugo a vécu, depuis le Quartier Latin en passant par la Place des Vosges mais elle rappelle qu’il est né à Besançon. Lorsque ses parents se séparent, Sophie Hugo emmène ses trois fils à Paris, aux Feuillantines où Victor grandit.

 

 

C’est en 1832, que Victor, Adèle et leurs enfants s’installent au deuxième étage du 6, Place Royale, notre Place des Vosges, aujourd’hui musée Victor Hugo, un musée qu’il faut visiter, même si les locaux ont été redistribués depuis. C’est là qu’il a pris l’habitude d’écrire debout, sur une table haute.

 

 

Au fil des chapitres dont le titre est un simple verbe très bien choisi, nous suivons la vie assez tumultueuse du grand écrivain mais aussi poète et homme politique engagé pour défendre la liberté et « définitivement hostile à la peine de mort ». S’il ne se joint pas à la Commune, il se bat pendant dix ans pour l’amnistie.

 

Nicole Savy s’attache logiquement au détail des lieux décrits dans Les Misérables et toutes les précisions apportées sont très intéressantes. Victor Hugo connaît bien sa ville parce qu’il marchait beaucoup dans Paris : « Il marche pour écrire, il marche parce qu’il est poète. » C’est en exil, à Guernesey, qu’il décrit Paris, de mémoire. Ne négligeant pas sa vie amoureuse, l’auteure salue aussi son art d’être grand-père.

 

 

« Le Paris de Victor Hugo frissonne, pétille, pleure, saigne, se couche, rit et gronde ; mais il éclaire le monde car il est un être pensant. ».

Jean-Paul

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 14:25

L’école des colonies   par   Didier Daeninckx

Hoëbeke (2015), 135 pages.

 

Ce magnifique livre des éditions Hoëbeke est bien dans la ligne choisie par cette maison d’édition qui ose sortir des sentiers battus. Son grand format permet de découvrir, d’apprécier, de comprendre et aussi d’être choqué par ce qui était présenté comme la vérité dans les écoles de ce qu’on nommait « nos colonies ».

 

 

Quoi de mieux que la plume précise et alerte de Didier Daeninckx pour nous emmener au début du mois de septembre 1945, au cœur de la Kabylie, sur les pas du nouvel instituteur, Roger Arvenel, arrivant à Tigali ? C’est lui qui raconte, à la première personne du singulier.

 

 

Les formules toutes faites, les a priori fleurissent et sont véhiculés par les plus hauts responsables : « les caractéristiques de leur race résistent à toutes nos entreprises. Paresse, envie, simulation, agressivité… » L’administrateur communal poursuit et prévient l’enseignant : « En donnant l’illusion à nos protégés qu’ils peuvent être nos égaux, on ne fait que fabriquer des déclassés, des aigris. »

 

 

Heureusement, il y a les superbes cartes Vidal-Lablache, les tableaux Rossignol mais on trouve aussi des extraits de livres de lecture ou de ce livre de géographie du cours moyen (1925) : « Une grande puissance comme la France ne peut se passer de colonies. Les colonies constituent un marché important où la métropole se procure à bon compte les matières premières et les produits alimentaires dont elle a besoin… » Tout est dit.

 

 

Le jeune enseignant ne comprend pas pourquoi ses élèves, habillés de guenilles et dont deux seulement sont chaussés, s’endorment en classe. Il découvre pourquoi un peu plus tard alors que l’armée débarque dans le village à la recherche de bandits et que les cours sont suspendus.

 

 

Il correspond avec ses camarades de l’École Normale et voilà qu’Armand lui répond du Sénégal. Il lui décrit une situation encore pire car ses élèves sont utilisés comme des bêtes de somme et il reconnaît que l’instituteur ne fait que du dressage.

 

 

Une autre lettre lui arrive du Vietnam, d’Indochine où Jean-Pierre enseigne à Lao Bang, à 300 km d’Hanoï. La situation est très compliquée car Hô Chi Minh a proclamé l’indépendance. Comme le général Giap, tous ces hommes sont issus de nos plus grandes écoles…

 

 

Depuis Madagascar, Patrick parle de l’insurrection pour l’indépendance. La France envoie des tirailleurs sénégalais, algériens, marocains pour tenter de mater les Malgaches qui veulent simplement la liberté et qui sont massacrés…

 

 

Après avoir expliqué la fabrication du vin à ses élèves, Roger Arvenel se demande pourquoi on produit ici des millions d’hectolitres d’une boisson que les gens du pays ne consomment pas alors que le blé manque pour faire du pain…

 

 

Enfin, c’est Marie-Joëlle qui lui écrit de Nouvelle-Calédonie. Elle est en poste à Nouméa et sa première visite a été « pour la modeste maison où Louise Michel, après son incarcération à la presqu’île Ducos, a enseigné aux enfants des communards déportés. » Elle apprenait aussi le français et le calcul aux gamins canaques. Là-bas, « le Code de l’indigénat… supprimé par l’Assemblée nationale… impose toujours sa loi. »

 

Revenu en Charente-Maritime, Roger Arvenel répond à ses amis le 17 octobre 1957. En Algérie, c’est la guerre : « Je pars dans la lueur des incendies, dans les hurlements des martyrs, moi qui était venu là pour apporter la lumière et la poésie. »

 

 

Ce livre est d’une importance immense au moment où l’on déplore, comme l’historien Benjamin Stora, que la France n’ait toujours pas réglé son passé colonial, cette « mémoire du sud » qui pèse toujours aussi lourd aujourd’hui.

Jean-Paul

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 14:21

Règne animal    par   Jean-Baptiste Del Amo

nrf – Gallimard (2016), 418 pages.

Prix du Livre Inter 2017

 

Je lis beaucoup, beaucoup de romans superbes, mais je suis rarement touchée par un livre comme je l’ai été avec Règne animal.

 

 

Il me semble qu’on ne peut pas sortir indemne après la lecture d’un tel livre ! Je ne mangerai plus une côte de porc ou une tranche de jambon sans penser à ce bouquin ! Mais ça ne s’arrête pas là, l’écriture est dense, riche et nous étreint tout au long de ce roman qui couvre une période de la vie d’une famille paysanne de 1898 à nos jours et si la vie a bien évolué, il n’est pas sûr que l’homme soit plus heureux et les animaux non plus.

 

 

La vie au début du XXe siècle est décrite de telle manière qu’il nous semble être dans cette masure et partager la vie de la petite Éléonore que nous allons continuer à accompagner pendant la guerre de 1914 – 1918, guerre que l’auteur va dépeindre de manière exceptionnelle avec le rôle des femmes et le retour de quelques rescapés de l’horreur, horreur qu’ils ramènent avec eux.

 

 

Enfin, dans la seconde et la troisième partie, nous retrouvons Éléonore et sa descendance dans cette nouvelle ferme et surtout ce nouveau bâtiment tout neuf construit pour l’élevage des cochons. Cette porcherie va devenir quasiment le lieu de vie de ces agriculteurs. Un film, des images, seraient moins parlants que ces magnifiques lignes nous décrivant l’enfer dans lequel vivent ces animaux, ces hommes et ces femmes. Seul Jérôme semble épargné en vivant dans son monde à lui. Beaucoup de philosophie dans ce roman.

 

 

 

 

 

Pourquoi ce livre n’a-t-il pas figuré sur la liste des goncourables ? Il le méritait certainement. Aucun prix, rien ! Dérangerait-il trop nos consciences ?

 

Ghislaine

 

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 10:48

La vie est ailleurs    par   Milan Kundera

Traduit du tchèque par François Kérel

Gallimard (1973), Folio (2005) 473 pages.

Prix Médicis étranger 1973

 

Milan Kundera, né à Brno (Moravie), seconde grande ville de la République Tchèque, vit en France depuis 1975, pays dont il a obtenu la nationalité en 1981. La vie est ailleurs a donc été écrit dans son pays d’origine et c’est par petites touches que l’auteur nous fait sentir tout ce qui, finalement, l’a incité à fuir.

 

 

Il s’attache au pas de Jaromil qu’il appelle « le poète », un enfant couvé par sa mère : « elle veillait sur toutes les activités du petit corps avec passion… L’animalité de son fils, élevée au-dessus de toute laideur, purifiait et justifiait à ses yeux son propre corps. »

 

 

L’enfant grandit : « il comprenait qu’il était un enfant qui prononce des paroles remarquables. » S’il a un an d’avance à l’école, « l’amour de sa maman le distingue des autres » et ses meilleurs amis sont son papa, son grand-père et Alik, « un petit chien fou. »

 

 

Hélas, arrive la guerre et les chars allemands sont à Prague. Son grand-père meurt. Dans une station thermale, Jaromil fait la connaissance d’un professeur de dessin, un peintre, et dessine des hommes à tête de chien… Plus tard, il choque sa mère en dessinant des femmes nues sans tête.

 

 

L’assassinat du maître allemand de la Bohême déclenche la répression de la Gestapo pendant que Jaromil fantasme sur Magda, la bonne, et sa mère culpabilise à cause d’une histoire d’amour avec le peintre. Son fils lit Eluard, Nerval, Desnos, Bieble et d’autres grands poètes tchèques surréalistes. Il écrit à leur manière « sans rythme et sans rime. » Quand il trouve un poème beau, il le tape à la machine et en écrit d’autres, inspiré par Magda.

 

 

Jaromil a beaucoup de problèmes avec les filles car il ne supporte pas son visage puéril : « Il marchait avec une tête triste et étrangère sur son épaule et avec un clown étrange et railleur entre ses jambes. » Sa mère est jalouse des femmes aimées par son fils : « elle se disait que les maîtresses peuvent être innombrables mais qu’une mère est unique. »

 

 

Arthur Rimbaud obsède le jeune poète qui milite à l’Union de la jeunesse et observe les profs non communistes : « C’était en fait l’examinateur plutôt que l’examiné qui subissait un examen. » Une jeune fille rousse, simple caissière, lui accorde ses faveurs mais elle ne plaît pas à maman…

 

 

Enfin, La Revue littéraire publie ses poèmes qu’il a lu « pendant la soirée chez les flics !... Au fond, qu’est-il resté de ce temps lointain ? Aujourd’hui ce sont pour tout le monde les années des procès politiques, des persécutions, des livres à l’index et des assassinats judiciaires… Le poète régnait avec le bourreau. »

Jean-Paul

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