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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 17:57

Voici la suite et la fin du texte publié le 8 décembre :

 

Jeudi 3 décembre 2015 ( seconde partie)

 

Vous avez aussi organisé des conférences-débat marquantes et tellement importantes dans les moments si difficiles que nous vivions, grâce à Dominique Wiel, Marie-Monique Robin, Daniel Berthet et Patrick Guillot. Je dois citer aussi Bernard Devenasse qui a fait don d’un de ses superbes tableaux pour nous aider. Bien sûr, je ne peux pas rappeler les noms de toutes celles et de tous ceux qui ont donné beaucoup de temps et sacrifié de leurs loisirs pour tenter d’atténuer cette immense injustice mais ils savent combien ma reconnaissance est grande.

 

 

Sans vouloir faire l’historique du Comité de soutien, je tiens à rappeler que Michèle Mélinand a accepté la présidence au début puis que Josette Monod a assuré un court intérim avant de passer le flambeau à Jacqueline Brunière toujours admirable de conviction et de dévouement malgré les intimidations et les pressions.

 

 

Vous étiez là quand j’étais complètement privé de liberté, ma personne mise en danger chaque jour dans un environnement que je n’osais même pas imaginer. C’est pourquoi chaque courrier reçu m’était comme un ballon d’oxygène, une fenêtre, dépourvue de barreaux et de grilles, qui s’ouvrait sur l’extérieur, et il y en a eu énormément, près de 5 000 lettres et cartes postales. Simon n’hésitait pas à lancer un appel sur le blog pour marquer les étapes de ma détention et lorsque mon volumineux courrier m’était remis, cela étonnait beaucoup. Je vous lisais, vous relisais et je répondais à tout le monde, correspondants connus ou inconnus m’écrivant d’un peu partout en France mais aussi d’Espagne, de Belgique, de Suisse, de Chine, du Bénin ou du Brésil.

 

 

Ce soir, il manque plusieurs amis très chers qui ont été à nos côtés durant ces années noires et je vous demande d’avoir une pensée pour eux. Je ne les oublie pas.

 

 

Alors que se termine le second jour de ma liberté retrouvée, je veux dire un mot pour mes petits-enfants. Emma et Jeanne sont venues me voir à plusieurs reprises au parloir avec leurs parents m’apportant d’immenses bouffées d’oxygène et me présentant avec joie leur cahier d’école, ce qui me remplissait de fierté. Nous correspondions aussi en échangeant des dessins. J’ai vu Albin pour la première fois derrière la vitre du box où il m’attendait dans les bras d’Élodie et Vincent et, dès qu’il m’a vu, son sourire magnifique, comme s’il me reconnaissait, m’a donné encore plus de force pour tenir un peu avant de pouvoir le voir grandir. Enfin, Pauline venait de mettre au monde Louise lorsque j’ai pu avoir une permission de sortie pour un long week-end. Si elle dormait beaucoup quand je l’ai vue pour la première fois, à Grenoble, elle s’est bien rattrapée depuis…

 

À vous tous qui vous êtes déplacés parfois de loin pour partager ces moments tant attendus, je dis et je redis un immense, un énorme MERCI car l’amitié, la confiance et le soutien que vous avez tous déployés au cours de ces si longues années représentent le côté positif et humain d’un cauchemar qui n’aurait jamais dû exister.

Jean-Paul

 

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 10:50

Ce samedi 5 décembre 2015, nous étions très nombreux autour de Jean-Paul et de sa famille pour marquer son retour à une liberté dont il n'aurait jamais dû être privé. L'ambiance, très chaleureuse, était pleine de joie et d'émotion. Une chanson écrite tout spécialement pour l'occasion par Jean-Luc donnait la note de la soirée qui sera marquée par la remise d'un superbe cadeau à Ghislaine afin de leur permettre, à tous les deux, de découvrir d'autres paysages puis Jean-Paul disait son ressenti après tant d'années de souffrances et de luttes.

Vous pouvez en lire la première partie ci-dessous.

Jeudi 3 décembre 2015 (1ère partie)

Cette date si lointaine est enfin arrivée et même dépassée. Une date de « fin de peine », comme ils disent, mais pour mériter une peine pareille, il faut avoir commis ces actes que je suis incapable non seulement de commettre mais aussi de concevoir et c’est le mot INJUSTICE qui revient sans cesse à mon esprit.

 

 

Pendant près de 14 longues années, ma liberté a été entravée avec des degrés d’intensité qui ont varié mais qui ont atteint à plusieurs reprises, la limite du supportable. Supporter, il fallait supporter, ce qui a étonné certains mais j’y suis parvenu parce que je suis parfaitement clair avec ma conscience, et aussi parce que je n’ai jamais été seul. Cela est fondamental. Sans vous tous, je ne sais pas si j’aurais résisté à de pareils traumatismes.

 

 

Ghislaine d’abord, a été formidable d’amour, de patience et de constance avec, au quotidien, le soutien d’Éric et Cathy si précieux en mon absence. Sa présence à mes côtés m’a apporté stabilité, optimisme et une immense confiance bien complétée par nos enfants, leurs compagnes et nos petits-enfants. Vincent et Simon ont pris de plein fouet ce cataclysme qui s’abattait sur moi au moment où ils débutaient dans le si beau et si difficile métier d’enseignant. Tout ce temps passé à souffrir et à lutter, c’est pratiquement la moitié de leur vie qui en a été gâchée. Je n’oublie pas ma maman et mes frères et sœurs qui ont formidablement complété cet entourage familial si important pour moi. Oui, cela en a étonné plus d’un : pas une seule sœur, pas un seul frère n’a manqué pour défendre l’innocence de leur aîné.

 

 

Avec eux, il y a vous tous, le Comité de soutien, parfois décrié ou balloté mais c’était normal car rien n’était évident devant tant d’accusations mensongères. Votre présence et votre combativité, en lien étroit avec ma famille, étaient infiniment précieuses d’abord sur le plan moral puis pour nous aider à faire face aux frais exorbitants engendrés par cet incroyable cauchemar. J’estime qu’au total 100 000 € ont été dépensés car il ne faut pas oublier l’Autonome de Solidarité qui a assuré ma défense complète à Privas puis, seulement, pour le regretté Maître Vesson, à Nîmes.

 

 

Vous avez été présents durant tout ce temps en participant avec une générosité extraordinaire à toutes les manifestations organisées à Tournon, Ozon, Annonay, à Saint-Vallier, à Arras et enfin au Grand Mûrier, en septembre dernier. Déployant tous leurs talents d’artistes, Alain Hiver, Huguette Betton et Élodie Tourrel présents parmi nous ce soir, mais aussi Gérard Morel, Marc Nouaille, Patrick Mazellier, Agnès Dalençon, Alain Lescroart, Laurent et Christian Sanchez dit Quinou et le groupe Cantar, n’ont pas hésité à venir chanter ou jouer pour moi, pour nous ou même danser comme Les Pas perdus, le groupe de Roland et Dany. Je ne sais comment les remercier d’autant de générosité.

(à suivre...)

 

 

 

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 18:35

Vernon Subutex (2) par Virginie Despentes

Bernard Grasset (2015) 382 pages.

 

En attendant le troisième opus de l’histoire de Vernon Subutex, Virginie Despentes repart sur les traces de l’ancien disquaire devenu SDF. Si Vernon nous fait penser au pseudo utilisé par Boris Vian (Vernon Sullivan), Subutex n’est autre que le nom commercial d’une substance utilisée pour soigner la dépendance à l’héroïne. Dans le contexte de cette histoire, ce nom choisi par l’auteure ne manque pas de piquant…

 

 

« Il n’est habité que par la sensation de vide absolu… Il part en vrille… » Vernon ne va pas bien du tout mais, sur la butte Bergeyre, face au Sacré-Cœur, il se fait des amis comme un chef de chantier ou Charles, et Jeanine qui lui donne à manger. Tout près de là, dans le parc des Buttes-Chaumont, ce même Charles n’apprécie pas les sportifs qui « saccagent l’ambiance » alors que Laurent et Émilie cherchent Vernon comme Xavier, Patrice, Pamela, Lydia… Virginie Despentes a eu la bonne idée d’ajouter un index des personnages en début de volume. C’est bien utile pour se les remettre en mémoire.

 

 

Toujours avec le même style très percutant et forcément branché, l’auteure poursuit son tableau de notre société de ce début de XXIe siècle. Les sportifs en ont déjà pris pour leur grade mais personne n’est épargné : « Personne n’aime les vieux, pas même leurs propres enfants. » Charles ayant gagné au Loto et se contentant de vivre un peu mieux sans rien dire à Véro, sa compagne : « La Véro, c’est de la vieille godasse, il l’enfile et il est bien dedans. Il n’y a pas de hasard, vingt ans d’affilée avec la même greluche, si moche et si chiante soit-elle, c’est qu’on lui trouve quelque chose. »

 

 

Entrent donc en scène tous les anciens amis de Vernon. C’est l’occasion de parler politique avec Patrice, le dernier à avoir hébergé l’ex-disquaire : « Mélenchon est meilleur que Marine, sur tous les plans. Son seul problème, c’est qu’il n’est pas raciste. » Un peu plus loin : « Les bonshommes, ils doivent supporter tout ce qu’on leur impose sans jamais la ramener avec leur sensibilité… La masculinité, c’est « bande et raque » sans alternative. » Cela n’empêche pas, plus loin, une réflexion de Gaëlle : « Si les mecs avaient leurs règles, l’industrie aurait inventé depuis longtemps une façon de se protéger hig-tech…. »

 

 

Intervient La Hyène qui suit la bande à Subutex sur les réseaux sociaux et aime beaucoup Anaïs. Enfin, nous pouvons découvrir la fameuse confession d’Alex Bleach, le rocker mort d’overdose, sur ces cassettes qui inquiètent tant le producteur Dopalet : « J’ai eu du succès. Et j’ai appris que j’étais noir... » Puis la drogue s’impose : « Je n’écrivais plus de chanson. Ça n’était pas un problème : les anciennes devenaient des pubs et des sonneries pour portable. On gagne très bien sa vie comme ça. »

 

 

Peu à peu, la lumière se fait sur la descente vers la mort de Vodka Satana, star du X. Sélim se débat avec sa fille, Aïcha : « la prière, le voile et les sourates brandies à tout bout de champ… mais ça lui avait, tout de même, particulièrement déchiré le cœur de la voir se tourner vers une religion qu’il connaissait, et dont il avait passé sa vie à s’affranchir. »

 

 

Pendant que s’organise la vengeance contre Dopalet, le groupe se consolide grâce au Rosa Bonheur, un bar très accueillant où Vernon enchante grâce à ses talents de DJ et il n’a pas son pareil pour faire danser…

Jean-Paul

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 11:41

Vernon Subutex (1) par Virginie Despentes

Bernard Grasset (2015) 396 pages.

 

Ce n’est que le tome 1 d’un roman annoncé en trois volumes. Avec impatience, nous attendons la suite de ce que va vivre Vernon Subutex, ex-disquaire, roi de la play-list, devenu, en quelques semaines, sans domicile fixe, réduit à rester dans la rue comme, hélas, beaucoup trop de monde dans nos pays dits civilisés.

 

 

« Vernon garde une ligne de conduite : il fait le mec qui ne remarque rien de particulier. » Depuis qu’il a dû fermer son magasin, en 2006, il a vendu petit à petit tout ce qui lui restait, sur e-bay. Avant, il avait un véritable vivier de filles. Maintenant, plus rien ! Pourtant, ils sont encore là, ceux et celles qui tentent de l’aider mais il a du mal à supporter l’indépendance qu’il perd, passant son temps à fuir.

 

 

Alexandre Bleach est mort et c’est lui qui le dépannait. Celui que l’auteure définit comme « toxico-crooner » a laissé des enregistrements à Vernon, des rushes qui intéressent beaucoup les médias désirant exploiter la célébrité d’une vedette adulée ou détestée de son vivant. Laurent Dopalet, producteur jaloux du succès des autres, sent qu’il a un bon filon à exploiter et laisse filer ce qu’il pense, bel exemple du style percutant de Virginie Despentes : « Alex Bleach était un connard, arrogant et fragile, le prototype du poète à la con – un merdeux qui ne pensait qu’au fric mais jouait les engagés sur les photos d’album. L’artiste dans toute sa splendeur : qui se croit tout permis et méprise ceux qui se tapent le travail, le vrai. Le problème du public, souvent, c’est qu’ils adoptent les leaders les plus pathétiques. Les gens aiment qu’on les trompe. C’est un principe qu’Alex avait bien compris. Il mentait, à longueur d’interviews, et le peuple l’adorait. »

 

 

Sans cesse, sont présentes la drogue et la musique, avec des artistes et des groupes connus ou inconnus. Beaucoup de personnages débarquent sans crier gare mais tous ont leur importance dans la vie décousue de Vernon. On rencontre La Hyène, capable de pourrir la toile en 48 h, Pamela Kant, ex-star du X, mais aussi Xavier qui déverse ses réflexions racistes. Vernon réussit à se faire héberger chez lui, même si « Xavier a toujours été un connard de droite. » Il y a aussi Lydia, écrivain, qui a obtenu 6 000 € de son éditeur pour écrire un livre sur Alex Bleach.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hébergé chez Kiko, un trader, grâce à Gaëlle, il s’impose comme Dj de l’appart : « Il est le Nadia Comaneci de la play-list. » Le propriétaire des lieux, ajoute, compliment ultime : « you’re a bad ass motherfucker. » Hélas, tout se gâte encore à cause de Marcia qui s’appelait Léo au Brésil… Arrive la première nuit passée dehors, les rencontres réconfortantes et les agressions. Il pense toujours à Marcia qui lui parlait de cocaïne en prenant de la cocaïne et on pense à Roberto Saviano (Extra-pure) : « Chaque ligne qu’on se met dans le nez, il faut penser qu’on sniffe le narcotrafic, le capitalisme le plus gore qu’on puisse imaginer. »

 

 

Olga est là, Xavier revient après une description dantesque du samedi dans un grand magasin de fringues mais Loïc, Julien, Noël, de Génération identitaire « L’honneur, la patrie » arrivent… Virginie Despentes nous laisse alors avec un Vernon Subutex qui fait défiler sa vie d’avant et constate : « je suis devenu un clodo sur un banc perché sur une butte, à Paris. »

Jean-Paul

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 14:43

Les années par Annie Ernaux.

Nrf Gallimard et À vue d’œil (2008) 352 pages, Folio (2010).

 

Toute cette mémoire accumulée par chacun de nous et qui s’efface le jour de la mort peut disparaître définitivement ou bien être conservée grâce à l’écrit, comme l’a fait avec le talent immense qu’on lui connaît, Annie Ernaux, dans Les années.

 

 

Ces années ont passé mais la lecture de ce livre est une revue passionnante de tout ce temps, mêlant l’intime au général, la vie familiale à celle du pays et du monde, comme chacun d’entre nous le vit, finalement. L’enfance de l’auteure qui parle d’elle toujours à la troisième personne du singulier, est marquée par les récits des adultes, à table, ce qu’ils ont vécu et ce que l’Histoire nous apprend : « Dans le temps d’avant raconté, il n’y avait que des guerres et la faim. »

 

 

Dans l’après-guerre, en Normandie, « la plupart des vies se déroulaient dans le même périmètre d’une cinquantaine de kilomètres... » En juillet, l’horizon s’élargissait car la France était « arpentée par les coureurs du Tour dont on suivait les étapes sur la carte Michelin punaisée au mur de la cuisine. » Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.

 

 

« Les garçons et les filles étaient partout séparés » et la réclame, sur Radio Luxembourg permettait de voir venir le progrès : « Il était dans le plastique et le formica, les antibiotiques et la Sécurité sociale, l’eau courante sur l’évier et le tout-à-l’égout, les colonies de vacances, la continuation des études et l’atome. » Il faudrait tout citer ou presque, parler du sexe qui « était le grand soupçon de la société qui en voyait les signes partout… Dans ces conditions, elles étaient interminables les années de masturbation avant la permission de faire l’amour avant le mariage. »

 

 

Annie Ernaux n’oublie rien, écrivant avec ce style précis qu’on lui connaît. Ses phrases peuvent être très courtes avant d’aborder de longs paragraphes, peu ou pas de points et des alinéas pour chaque idée, chaque souvenir. Chaque nouvelle étape part d’une photo retrouvée, photo qu’elle décrit minutieusement, détachant « elle » que l’on verra ainsi évoluer au fil du temps.

 

 

Mai 1968, le combat des femmes pour légaliser l’avortement et cette société qui a maintenant un nom : « société de consommation » avant « la société libérale avancée » de Giscard avec des décisions positives mais le refus de la grâce pour Ranucci… Heureusement, la lecture de Charlie-hebdo et de Libération donnent de l’air. Ainsi, le temps passe et s’accélère. Aux photos s’ajoutent les films super 8 avant la vidéo puis l’élection de François Mitterrand : « Tout paraissait possible. » Lors de sa réélection, en 1988, elle constate : « Il valait mieux vivre sans rien attendre sous la gauche que s’énerver continuellement sous la droite. » Khomeiny condamne à mort un écrivain, Salman Rushdie, coupable d’avoir offensé Mahomet mais le Pape aussi condamne à mort « en interdisant la capote mais c’était des morts anonymes et différés. »

 

 

C’est enfin le temps des repas avec ses enfants devenus adultes et ses petits-enfants pour ce qu’elle qualifie comme «une sorte d’autobiographie impersonnelle » qui permet de « sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. »

Jean-Paul

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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 11:00

Au nom de notre bonne foi ! par Daniel Berthet

Première guerre de religion - 1562 - De Forcalquier à Grenoble

Kariel B. éditions (2015) 234 pages

 

Délaissant l’époque récente remarquablement mise en scène dans Porteurs de rêve, Daniel Berthet revient dans la région qui lui est chère, plongeant à nouveau « dans le passé pour se détacher de l’absurde du présent… », afin de pouvoir « continuer à vivre et espérer. »

 

 

Nous nous attachons aux pas de Tienot qui n’a que 12 ans et marche aux côtés de son père, le Borgne, et des vieux Fougasse. De Forcalquier à Sisteron, ils conduisent un vieux fardier tiré par le Noiraud, un cheval qui aura son importance avant la fin du livre.

 

 

Nous voilà plongés en pleine guerre civile entre protestants et catholiques, même si certains chefs peuvent passer d’un camp à l’autre par pur opportunisme. Les premières victimes sont, bien sûr, les gens du peuple devant subir batailles, ruine de leur cité mais aussi faim et perte d’êtres chers.

 

 

Dans Sisteron, les conditions de vie sont de plus en plus dures avec la peste qui sévit toujours. Corisande de Gaussan, la châtelaine voisine, a délaissé « les parpaillots » pour le camp catholique, séduite par le comte de Tende, père de Sommerive, lieutenant-général du Roi. Corisande saura se venger de l’affront qu’elle subit mais révèle aussi l’existence d’un trésor des Templiers.

 

 

Furmeyer et Mauvans, capitaines protestants, font appel au baron des Adrets, François de Beaumont, et partent pour libérer Grenoble. Quand la troupe quitte Sisteron pour le Dauphiné, Tienot s’engage. Le passage par Gap n’est pas sans souci. L’attaque de Tallard donne l’occasion à l’auteur de nous livrer une scène mémorable.

 

 

Peu de temps après, Tienot sympathise avec le fils du notaire des Disguières. Il l’appelle les Disguières et c’est sous ce nom que François de Bonne passera à la postérité. Corps, La Mûre, Laffrey, Vizille, Tienot supervise les attelages et se lie avec Joue-creuse et Cœur-en-joie qui lui apprennent une incroyable nouvelle.

 

 

Se confiant à Lesdiguières, Tienot lâche : « Mais moi, simple fils de charretier, je n’ai jamais fait confiance qu’en ma bonne Étoile, à l’image de mon père. » Il ajoute qu’il n’est « ni huguenot, ni catholique » et pose la question : « Pourquoi se battre pour une religion ? » Son ami lui confirme ce qu’il pressent : « La religion n’est qu’un moyen de convaincre le peuple d’aller se faire tuer, pas une fin en soi ! L’histoire des croisades le prouve. » D’ailleurs, quelques années plus tard, Lesdiguières se convertira au catholicisme pour devenir connétable de France.

 

 

Tout au long du livre comme au fil des péripéties qui nous mènent jusqu’à la fin de l’aventure où une certaine Adèle prend une grande importance, Daniel Berthet sait bien mettre son lecteur dans l’ambiance de l’époque, utilisant un vocabulaire adapté. C’est ainsi qu’il nous parle d’éfourceau, de haquet, d’absconse, de souquenille, de fourquine, d’andrônes, etc…

 

 

Ainsi, Au nom de notre bonne foi, tout en nous faisant revivre quelques siècles en arrière, donne de belles leçons pour les temps si difficiles que nous vivons.

Jean-Paul

PS : Pour tout renseignement complémentaire, se reporter à notre chronique du 20 octobre dernier.

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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 14:07

Encore et toujours,

réaffirmons les valeurs qui fondent notre République : 

LIBERTÉ 

ÉGALITÉ 

FRATERNITÉ

et surtout

LAÏCITÉ,

en SOLIDARITÉ

avec les victimes de la barbarie.

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 17:39

…Jusqu’à ce que mort s’ensuive par Roger Martin

Le Cherche-midi (2008), Pocket (2013). 477 pages

 

Dès les premières lignes, Roger Martin place le lecteur au cœur du dramatique problème posé par son livre. Ce thriller très réussi attire notre attention sur le traitement subi par les Noirs dans l’armée des États-Unis d’Amérique. Nous sommes le 14 août 1944, dans la salle de classe de l’école primaire de Derville, en Normandie, et Robert Bradley, soldat noir US, va être pendu pour des faits qu’il nie avoir commis.

 

 

Basant son récit sur des faits authentiques, l’auteur revient à l’époque actuelle, à Atlanta, pour suivre Douglas Bradley (22 ans), fils de William Bradley, Directeur des ventes de Coca-Cola. Chez lui, il n’emploie que des Noirs mais n’aime pas qu’ils revendiquent : « S’il y avait quelque chose que William Bradley détestât plus qu’un Noir paresseux, c’était un Nègre contestataire. »

 

 

Douglas, contre l’avis de son père, va entrer dans l’armée mais une lettre lui apprend que l’armée ne veut pas de lui sans lui dire pourquoi. C’est David Clarkson, son ancien professeur de physique à l’université, héros du Vietnam, qui lui apprend la vérité. Très difficilement, son père reconnaît que la tombe sur laquelle il l’emmenait enfant, était celle d’un homonyme mais rappelle qu’on le traitait comme « le fils du violeur nègre » avant qu’il rompe complètement avec sa famille.

 

 

Commence alors une quête extraordinairement haletante pour Douglas. Il retrouve sa grand-mère qu’on disait morte, sa tante, Rosa et deux cousins… Encouragé par ses découvertes incroyables, Douglas se rend à Philadelphie où le père Davis James (92 ans) lui remet le journal de son grand-père : « Soldat 2e classe Robert Bradley, armée des États-Unis, 958e Régiment noir d’infanterie. » Ce qu’il trouve ne plaît pas du tout en haut lieu et la mort rôde autour du parcours de notre homme qui va mettre en lumière les luttes des Noirs pour l’égalité. Ce n’est qu’en 1948, avec le décret Truman, que celle-ci sera reconnue mais appliquée seulement durant la guerre de Corée.

 

 

L’épopée de Douglas se poursuit en France avec des rebondissements maintenant le lecteur en haleine. L’actrice Myriam Boyer lui remet des dossiers contenant une chemise intitulée « Jusqu’à ce que mort s’ensuive… », révélant des renseignements précieux sur la mort de son grand-père et sur le lieu où il est enterré. Au fil de ses rencontres, il découvre la France, à l’opposé des clichés imposés depuis son enfance. Le thriller atteint son apogée lorsqu’il va au cimetière US de Fère-en-Tardenois et la tension ne faiblit pas lors de son passage en Belgique où Eddy, ancien compagnon d’arme de Robert Bradley livre un témoignage poignant : « On traitait mieux les prisonniers de guerre allemands ou italiens que les soldats de couleur. »

 

 

Ainsi, l’auteur nous apprend les massacres de soldats noirs dans les camps d’entraînement américains mais « on attend toujours la commission d’enquête indépendante qui permettrait d’élucider, parmi une trentaine d’affaires sanglantes, ce que certains appellent « le mystère du 364e régiment d’infanterie », qui aurait vu le massacre délibéré de plus de mille soldats noirs stationnés au camp Van Dorn, à quelques kilomètres de la petite ville de Centreville, au cœur d’un Mississipi gangrené par le racisme. »

Jean-Paul

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 12:36

Extra pure (Voyage dans l’économie de la cocaïne)

par Roberto Saviano. nrf, Gallimard (2014), 454 pages.

Traduit de l’italien par Vincent Raynaud.

 

Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, vit sous protection policière depuis plus de huit ans. À la fin d’ Extra pure, il note : « Merci à Salman Rushdie qui m’a appris à être libre même entouré de sept hommes armés. » Enfin, ces pages très émouvantes de remerciements se terminent ainsi : « Merci à ma famille qui paie par ma faute un prix exorbitant. Malgré tous les remerciements du monde, je ne pourrai jamais me faire pardonner et je le sais. »

 

 

Ces remerciements de l’auteur sont le reflet des risques pris et des souffrances endurées : « J’ai observé l’abîme et je suis devenu un monstre… Fouiller. Déchirer. S’enfoncer… Les parrains, les massacres, les procès. Les tueries, les tortures, les cartels. Les dividendes, les actions, les banques. Les trahisons, les soupçons, les délations. La cocaïne… La vie qui m’est échue est une vie de fuyard, de coureur d’histoires, de multiplicateur de récits. Une vie sous protection, une existence de saint et d’hérétique… »

 

 

Fruit d’un énorme travail de recherche et d’enquête très poussées, Extra pure commence par un constat d’une lucidité effroyable : « La coke, quelqu’un autour de toi en prend… » Suit une énumération qui n’oublie personne et balaie toutes les professions, jusqu’aux plus prestigieuses.

 

 

Après, il faut suivre l’auteur dans ses recherches, ses récits foisonnant de noms, de lieux, d’histoires terribles, sanglantes où un seul dieu règne en maître : l’argent. Il n’élude aucune responsabilité comme celle des USA ordonnant aux gomeros, paysans d’Amérique centrale, de cultiver à nouveau le pavot parce que ce pays avait besoin de morphine pour la guerre. Le Mexique a dû fournir plus d’opium et, peu à peu, se sont mis en place les cartels, groupes gérant la production de cocaïne, encaissant les profits, contrôlant prix et distribution. Les saisies policières donnent une idée bien faible par rapport à la réalité. Le Mexique est à l’origine de tout mais, comme une gangrène, la coke a contaminé le monde entier et Roberto Saviano en décortique les filières, « cette folie meurtrière sans limites vers laquelle le trafic de drogue a poussé le Mexique aujourd’hui. »

 

 

La cocaïne rapporte cent fois plus que les meilleures actions en bourse avec « un océan d’esclaves interchangeables qui perpétuent un système d’exploitation dont seuls quelques-uns profitent… L’économie de la coke croît sans limites et se glisse partout. » L’auteur n’oublie pas le blanchiment de l’argent : « Aujourd’hui, New York (Wall street) et Londres (la City) sont les deux plus grandes blanchisseries d’argent du monde. »

 

 

Enfin, il y a le continent africain : « L’Afrique est au Mexique ce qu’un hypermarché est à un grossiste de denrées alimentaires. La cocaïne est comme l’une des épidémies qui se sont répandues sur tout le continent africain à une vitesse effrayante. »

 

 

Roberto Saviano rappelle le souvenir de Christian Poveda, abattu par les maras, gangs de rue les plus dangereux du monde, après avoir tourné son fameux documentaire La vida loca. « Raconter, c’est mourir » mais devant l’ampleur du désastre, il débat du problème de la légalisation et se dit favorable à cela afin de casser la spéculation, la loi de l’offre et de la demande.

 

 

Extra pure est une livre dont on ne sort pas indemne mais Roberto Saviano note : « Du respect pour ceux qui lisent… Connaître, c’est commencer à changer. »

Jean-Paul

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28 octobre 2015 3 28 /10 /octobre /2015 18:08

Orgasme à Moscou par Edgar Hilsenrath.

Attila (2013), 316 pages.

Traduit par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, illustré par Henning Wagenbreth.

 

Le Nazi et le barbier est un livre hors normes, tellement inhabituel et décapant qu’il était curieux de découvrir un autre ouvrage du même auteur, livre traduit et édité en France des années après puisque Edgar Hilsenrath l’a écrit en 1979.

 

Nous sommes ici dans les années 1970, en pleine guerre froide. À 65 ans, Nino Pepperoni, américain d’origine sicilienne, patron de la mafia, prend sa retraite. Il est le plus riche de son continent mais un de ses yeux a été crevé par sa femme… « par mégarde ». Il est mince, pas comme Clara, son épouse « au postérieur gigantesque »

 

Sa fille, Anna Maria, a plus de 30 ans, se dit journaliste et s’envole pour Moscou afin d’y interviewer Brejnev (chef du PC soviétique) et Kossyguine (président du Conseil des ministres). Voilà qu’elle ne rentre qu’au bout de cinq mois… enceinte ! Qui a fait le coup ? Anna Maria reconnaît que Brejnev et Kossyguine n’y sont pour rien mais que le futur père est un juif russe, fils de rabbin, Sergueï Mandelbaum. Il lui a procuré son premier orgasme : « des frissons glacés qui vous brûlent… comme un millier de bougies allumées qui vous pénètrent… »

 

Pour Nino, la décision est vite prise : ou buter le séducteur ou lui faire épouser Anna Maria. Hélas, Sergueï est un scientifique travaillant à Novossibirsk et le KGB s’opposera à ce qu’il quitte l’Urss. Il faut donc l’extraire et l’avocat de Nino propose le passeur le plus célèbre, S.K. Lopp qui est, hélas, un dépeceur sexuel s’acharnant exclusivement sur les hommes… Il faut donc le castrer !

 

Ainsi est mise en place une histoire rocambolesque, pleine d’humour, déclenchant le rire à chaque page : «… le 10 juin, S.K. Lopp, alias P.D. Rodriguez, arriva à Moscou. Sans bourses mais avec un plan » et voilà que le chauffeur de taxi lui propose d’aller voir « Casse-noisettes de Tchaïkovski » !

 

 

Si ce roman n’est pas au niveau du premier cité avec des répétitions parfois lassantes et des péripéties trop détaillées, l’auteur est toujours en verve : « Le trafic autoroutier était un vrai problème. Cette société d’abondance produisait trop de voitures et trop de monde avait les moyens de s’en payer une… Le système était en cause, qui encourageait la surproduction et l’achat à crédit… » ou un peu plus loin : « Une voiture de sport n’est pas faite pour rouler vite, mais pour vous rajeunir. Elle confère à son conducteur, fût-il d’âge mûr, une aura d’intrépide jeune mâle nimbé de vent, de soleil et de pluie… La plupart des femmes s’y laissent prendre… »

 

De surprise en rebondissement, Edgar Hilsenrath nous fait beaucoup voyager jusqu’à un pays qui lui est cher, concluant sur l’absurdité de la vie : « Beaucoup se demandaient pourquoi ils avaient un orgasme, beaucoup d’autres pourquoi ils n’en avaient pas… Beaucoup coururent voir un psy parce qu’ils ne manquaient de rien, beaucoup d’autres en auraient eu grand besoin mais manquaient de moyens… »

 

Merci à Simon de m’avoir permis de lire ce livre.

Jean-Paul

 

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache
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