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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 17:49

Come Prima, BD d’Alfred, Delcourt, 2013, 223 p.

 

616561-comeprima.jpgPrix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2014, Come Prima est d’abord un très beau livre. Alfred soigne les couleurs et son dessin parfois très simplifié sait aller à l’essentiel.

 

L’histoire se passe au début des années 1960 quand Giovanni retrouve Fabio, son frère, sorte de brebis égarée, pour tenter de le ramener dans leur Italie natale afin d’y retrouver leur père annoncé comme mort. Des pages aux teintes étonnantes sont là pour évoquer le passé et ce pays écrasé de soleil. La déchirure familiale est toujours là, causée par les années noires du fascisme. Le père, militant syndical et politique, n’a pas supporté qu’un de ses fils passe dans le camp des chemises noires puis choisisse la fuite…

 

Voilà donc Giovanni et Fabio dont les retrouvailles sont très mouvementées, à bord d’une Fiat 500, sur la route où les aventures se succèdent en même temps que les comptes tentent de se régler au fil des discussions et des rencontres.

 

Puis, il y a Maria qui a aimé les deux frères et que Giovanni retrouve au cours d’une scène centrale du livre, un grand moment, remarquablement dessiné, sorte de valse hésitation entre les draps blancs que Maria est en train d’étendre. Alfred a beaucoup de talent et cette séquence le prouve une fois de plus.

 

Certaines scènes sont dures, d’autres très tendres mais l’espoir subsiste jusqu’au bout d’une histoire que l’auteur a voulu bâtir comme un film italien de l’après-guerre, ces films qui décrivaient remarquablement la société de l’époque.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis de découvrir et d’apprécier ce bel album.

Jean-Paul

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 11:48

Mes Utopies…,  L’avenir de l’école se conjugue-t-il au passé ?

par Claude-Alain Kleiner, Éditions Attinger, 2014, 190 p.

 

CAK.jpgNé à Bâle (Suisse), en 1951, Claude-Alain Kleiner a profité de son début de retraite pour mettre par écrit son ressenti d’enseignant et ses idées afin que cette tâche si noble favorise toujours plus la réussite et le plein épanouissement de tous les élèves.

 

D’abord instituteur-maître de stage à La Chaux-de-Fonds pendant quatorze ans, il a été chargé  de mission ensuite au Service de l’enseignement secondaire pour le canton de Neuchâtel puis a été Inspecteur d’écoles à partir de 1990, pendant une vingtaine d’années. De plus, lorsque neuf communes ont fusionné pour créer Val-de-Travers, en 2009, il a été élu membre de l’exécutif, responsable de l’éducation, de la culture, des sports et des loisirs, charge qu’il a abandonnée depuis pour se consacrer pleinement à l’écriture.

 

Dès le début du livre, il précise ses intentions : « Transmettre, empreint de ce besoin permanent de m’inspirer des Aînés. Héritier d’un passé, je me suis toujours senti comme nanti d’un inconscient devoir moral d’inventer l’avenir. Projeter, encore et toujours… Initier, expérimenter, remédier. Au service des élèves, des plus démunis d’entre eux, au service de l’institution scolaire. En acteur plutôt qu’en spectateur. »

 

Il va sans dire que nous nous retrouvons complètement dans ces lignes comme lorsqu’il affirme que sa passion est « en permanence empreinte de raison ! » Pour Claude-Alain Kleiner « L’utopie n’est-elle pas toujours ancrée dans la réalité ? » Plus loin, il affirme : « Je crois à un monde meilleur au sein duquel l’école, dans sa définition politique d’institution républicaine, continuerait de tenir un rôle majeur. »

 

Ce retour nécessaire aux fondamentaux de la mission enseignante implique « un brûlant besoin d’humanisation… Cette école du cœur et du labeur, que je prône depuis toujours. » Il ajoute que l’école doit redevenir une « institution respectée dans son autorité, une autorité reconnue auprès des parents et de la population. » Ses utopies prennent racine dans ce passé, ressourcement indispensable afin de se projeter vers l’avenir car : « seuls des êtes instruits et éduqués sauront défendre les intérêts de nos démocraties. »

 

Après avoir posé la question du sens de l’école, il s’appuie sur l’expérience de la Suisse romande pour distinguer instruction, éducation, culture et citoyenneté. Les disciplines sont passées en revue, comme l’évaluation du travail de l’élève. Le chapitre consacré à l’enseignant m’a particulièrement touché car cet être à part, très mal rémunéré, «  dont la mission est sans doute la plus déterminante pour la vie future des enfants qui lui sont confiés », n’est pas différent aujourd’hui de celui qui exerçait hier.

 

L’implication de l’enseignant dans la vie de la collectivité à laquelle il appartient renforce les liens entre l’école et la communauté. Il n’oublie pas le transfert affectif indispensable aux apprentissages, l’apport efficace des nouvelles technologies et cette « relation pédagogique placée sous le sceau de l’autorité de l’enseignant, » qui « vise le plein épanouissement de la personnalité de l’enfant, dans le respect de son autonomie. »

 

Claude-Alain Kleiner donne aussi son avis sur ce système scolaire que l’élève devrait quitter par choix et non par exclusion, sur la formation des enseignants, sur les moyens et termine avec deux textes : la lettre de François Guizot aux instituteurs primaires, datée du 18 juillet 1833 et la circulaire de Jules Ferry du 17 novembre 1883. Dans la première, cet extrait me touche personnellement :  «  Destiné à voir sa vie s’écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l’injustice ou l’ingratitude de l’ignorance… »

 

Enfin, je remercie vraiment du fond du cœur Claude-Alain Kleiner pour ses longues lettres si précieuses durant les années d’enfermement et pour avoir cité mon nom en préambule de mes Utopies…, le complétant par : Instituteur à Sarras en Ardèche.

Jean-Paul

 

Pour commander ce livre au prix de 29 € (frais d’envoi compris), merci de le faire par courriel directement auprès de l’auteur à kleiner@valtra.ch

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 20:36

 

Un brillant avenir  par Catherine Cusset,

Gallimard (2008), Folio (2010), 366 p.

 

fiche-de-code-160.jpgJonglant d’une époque à l’autre, de 2003 à 1941, puis 1988 ou en encore de 2008 puis à 1958, en passant par 1975 et 1998 et j’en passe, l’auteure raconte l’histoire d’une famille déchirée entre sa Roumanie d’origine, un échec israëlien et sa vie nouvelle aux États-Unis.

 

D’ailleurs, tout commence là-bas, à Manhattan, en 2003. Helen trouve Jacob, son mari, âgé de 72 ans, en fâcheuse posture… Nous apprenons qu’ils ont une petite-fille de 4 ans, Camille qui les relie à la France.

 

La saga familiale étant lancée, brusquement, nous sommes en Bessarabie (territoire partagé aujourd’hui entre la Moldavie et l’Ukraine), en 1941, avec Elena, petite-fille orpheline, obligée de suivre la famille qui lui reste, toujours en fuite, pour aboutir en Roumanie où son oncle et sa tante l’adoptent. Elena Cosma devient Elena Tiberescu.

 

Les époques se succèdent, s’entremêlent mais l’auteure maîtrise superbement tout cela, réussissant à maintenir son lecteur en haleine tout en éclaircissant petit à petit son tableau, les pièces du puzzle prenant leur place.

 

Les conflits ne manquent pas, tout au long de cette histoire mouvementée. Lorsqu’Elena annonce à ses parents adoptifs qu’elle veut épouser Jacob dont la famille est juive, cela se passe très mal : « Il n’y avait aucune relation entre eux et elle. Ils étaient brutaux et vulgaires. » La société roumaine étant antisémite, Jacob doit dire qu’il est Arménien pour pouvoir épouser Elena et ils devront porter son nom de famille à elle.

 

Le séjour parisien d’Elena, en 1968, décrit bien l’émerveillement ressenti par cette jeune Roumaine qui découvre Paris, Versailles et doit utiliser un stratagème afin de pouvoir rapporter au pays une paire de bottines pour Alex, son fils.

 

Ce fils, nous le retrouvons au USA, et ses amours avec Marie, la petite Française, animent une bonne partie de l’histoire assez tumultueuse entre Helen Tibb et sa belle-fille…Tout cela donne l’occasion à Catherine Cusset de bien décrire diverses sociétés à des époques différentes mais elle aurait pu nous épargner cette cigarette envahissante et omniprésente.

 

Si Catherine Cusset est née à Paris, elle vit à New-York. Elle prouve, tout au long du livre, qu’elle connaît bien la ville et le pays. Un brillant avenir est son neuvième roman et a été couronné, en 2008, par le Prix Goncourt des Lycéens, une récompense toujours significative.

 

Un grand merci à Gwen qui m’a offert ce livre qu’elle a aussi beaucoup aimé.

Jean-Paul

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 12:56

Fleur de tonnerre  par Jean Teulé,

Julliard, 2013, 282 p.

 

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À Plouhinec (Morbihan), au hameau de Kerhordevin, vit « Fleur de tonnerre – très jolie petite Hélène, blonde, coiffée comme un pissenlit et aux pattes maigres sous son jupon violet ». Voici sûrement la plus grande tueuse en série de tous les temps que Jean Teulé nous fait suivre dans ce roman qui sort encore de l’ordinaire.

 

Hélène Jégado baigne dans un monde peuplé de légendes et de contes permettant d’agrémenter les longues veillées, au coin du feu. Sa mère, Anne, ne cesse de parler de l’Ankou, « l’ouvrier de la mort », et des Poulpiquets, vilains nains velus et noirs qui hantent la lande et dansent autour des menhirs.

 

Dans la chapelle des Caqueux, Hélène a rendez-vous avec l’Ankou. « Dieu paraît vaincu en cette église dégénérée qu’éclaire un rayon de lune traversant un vitrail. » C’est ainsi que cette fillette s’identifie à celui qui donne la mort, se déplaçant avec sa karriguel, cette carriole qui grince et annonce son passage.

 

La première victime de Fleur de tonnerre, c’est sa mère dont elle prend bien soin : « Elle est devant quelqu’un qui va mourir… C’est comme la naissance d’une vocation. » Le père vend alors sa ferme et place sa fille au presbytère de Bubry, chez l’abbé Riallan, mais, au passage, elle a déjà empoisonné Michelet, l’homme qui l’a conduite jusque-là.

 

L’auteur a cru bon d’ajouter deux Normands dès le début de l’histoire. De mésaventure en mésaventure, nous les retrouvons tout au long du cheminement macabre de notre empoisonneuse qui cuisine partout où elle est placée. Ainsi, de lieu en lieu, à une époque où les moyens de communication sont rares, elle sème la mort et s’en va avant d’être soupçonnée.

 

Cette histoire romancée par l’auteur est véridique. Fleur de tonnerre a tué au moins 60 personnes, des gens qu’elle appréciait la plupart du temps et qui étaient bons avec elle. Lorsqu’on lui parle du retour des cendres de Napoléon en France, un instituteur lui dit qu’on lui doit 2 millions de morts. Elle s’exclame : « Combien ? » Interloquée, humiliée, elle ajoute : « Je ne sais pas ce qu’il cuisinait celui-là mais ce devait être un fameux tambouilleur. »

 

Utilisant l’arsenic, efficace à l’époque contre les rats, elle va ainsi jusqu’à Rennes où, comble de l’ironie, un ancien juge, professeur de droit, l’embauche comme cuisinière. C’est là, après une mort de trop, qu’elle est arrêtée : « Ah, je l’aurais manqué de peu, l’expert en affaires criminelles. » Hélène est confondue avec son lieu de naissance et les petits souvenirs qu’elle conservait de ses victimes.

 

Son procès commence quatre jours après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte du mardi 2 décembre 1859. C’est pourquoi on en a si peu parlé. Bien que son avocat ait plaidé la folie, elle est guillotinée le 26 février 1852 puis disséquée : « C’est incroyable, son cerveau est normal, ce qui met à mal la théorie du tueur né. Elle n’a pas la bosse du crime… »

Jean-Paul

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 09:45

Bleus horizons  par Jérôme Garcin,

Gallimard, 2013, Feryane, 2014, 244 p.

 

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La commémoration d’un centenaire comme celui de la Première guerre mondiale, effroyable massacre de toute une jeunesse, réserve quelques surprises comme celle de sortir de l’oubli ce poète oublié au nom à rallonge : Jean de la Ville de Mirmont.

 

Pourtant, François Mauriac qui fit ses études avec lui et fut son ami, avait célébré son talent. Gabriel Fauré avait mis en musique ses poèmes réunis sous le titre : L’horizon chimérique, ces mêmes poèmes qui inspirèrent plus tard Julien Clerc.

 

Louis Gémon, narrateur créé par l’auteur, rentre du front. À Paris, en permission, il retrouve la mère de son ami, Jean de la Ville de Mirmont « parti pour le front avec le pressentiment qu’il n’en reviendrait pas. » Il lui raconte leur première rencontre, à Libourne, le 12 septembre 1914 puis les combats, les villages rasés, les fermes détruites, les forêts brûlées : « La guerre puait. » Toujours avec beaucoup de réalisme sur leur vie, il ajoute : « L’avantage des mains noires de saleté, c’est qu’elles dissuadent de se ronger les ongles. »

 

Un obus allemand met fin à la vie de ce poète qui périt le 28 novembre 1914, à Verneuil, sur le Chemin des Dames. Jérôme Garcin n’oublie pas de parler aussi de Charles Péguy, tué à 41 ans et Alain-Fournier, mort aussi sur le front, à presque 28 ans, comme Jean de la Ville de Mirmont. Il évoque en plus Louis Pergaud, instituteur disparu à 33 ans, près de Verdun, Prix Goncourt en 1910 avec De Goupil à Margot et toujours célèbre aujourd’hui grâce à La guerre des boutons, roman adapté plusieurs fois au cinéma.

 

Hanté par le souvenir de cet ami, le compagnon d’armes imaginaire du poète disparu se lance dans une quête interminable de ce que fut cet homme fauché en pleine jeunesse comme tant d’autres. Il en sacrifie même sa vie sentimentale.

 

Jérôme Garcin est un passionné de littérature et son livre le confirme. C’est aussi un formidable hommage à l’amitié qui va bien au-delà de la mort. Avant de mourir à la guerre, Jean de la Ville de Mirmont avait été fonctionnaire à la Préfecture de la Seine, chargé de s’occuper des vieillards : « La littérature le dédommageait de l’ennui qu’il éprouvait à brasser du vide et à obéir aux ordres de bureaucrates qu’il méprisait. »

Jean-Paul

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 10:51

Tourner la page  (Éditorial du 26/09/2014)

 

Avec ces quelques lignes, s’achève une série d’éditos entamée dans la foulée de Jacques, mon prédécesseur, que je tiens à remercier pour ses conseils toujours rassurants. Il avait su me donner envie d’intégrer l’équipe du Journal Hector pilotée, à l’époque par Annie Du Clary, une enseignante toujours à l’écoute qui poursuivait l’œuvre entreprise par Tony Chavard que j’ai eu aussi la chance de rencontrer quand Annie a passé le témoin à Damien Calmel.

 

Ainsi, depuis le numéro 718 du vendredi 14 janvier 2011, nous avons contribué à faire « La Une » d’Hector à 130 reprises et cela nous a permis de traiter des sujets abordant tous les genres, touchant à l’actualité comme à l’évolution de notre société.

 

Chaque fois, nous avons cherché des raisons d’espérer, de conserver un optimisme indispensable si l’on veut résister et poursuivre sa route mais il faut bien le reconnaître, les événements de ces dernières semaines assombrissent de plus en plus l’horizon. Il semble que l’être humain, pourtant doté de mémoire, oublie régulièrement les leçons du passé. De plus, il se complaît dans des luttes incessantes de pouvoir et de territoire, causant ainsi le malheur de beaucoup de gens ayant tout à perdre alors qu’ils n’étaient pas concernés directement par des enjeux toujours bien dérisoires au vu des dégâts qu’ils causent.

 

Malgré tout, chaque jour, des initiatives sont révélées, de bonnes idées surgissent et vous avez pu en découvrir de nombreuses au fil des pages de ce journal grâce au travail d’une équipe de rédacteurs trouvant auprès de Damien Calmel écoute, dynamisme et compréhension. De plus, il sait, chaque fois que c’est utile, rappeler la rigueur nécessaire à tout travail d’écriture.

 

Chercher le bon sujet, écrire, relire, corriger, peaufiner son texte, voilà ce que vont continuer à faire ceux qui travaillent autour de cet enseignant aujourd’hui et qui ont décidé de modifier le contenu éditorial du journal. Nous leur souhaitons bonne route, comme à ceux qui leur succèderont en espérant que les aides nécessaires au fonctionnement de ce précieux outil d’information et de réflexion se poursuivent et même s’amplifient.

Jean-Paul

 

A l'intérieur de ce n°846, on peut retrouver quelques lignes très touchantes du rédacteur en chef concernant la participation de Jean-Paul à cet hebdomadaire :

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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 09:45

Porteurs de rêve   (D’une rive à l’autre : Algérie – France)

par Daniel Berthet, Kariel B. Edition, 2014, 217 p.

 

Délaissant les déboires des habitants de la Haute-Provence à la fin du XVIe siècle, Daniel Berthet, pour son quatrième roman, après Il faut sauver le Saint-Esprit, Justice aux poings et L’anneau de Saint-Jérôme, traite de la guerre d’Algérie et de ses conséquences. Sa façon d’aborder un sujet très délicat est vivante, passionnante et riche d’enseignements.

 

Tout commence à l’hôpital de la Timone, à Marseille, le 15 janvier 2009. Nous sommes dans la chambre de Béjan, à 4 h du matin et notre homme qui fut sergent en Algérie, se réveille d’un cauchemar lui ayant fait revivre les tortures appliquées dans une villa dominant Alger. Ce Cantalien d’origine a abandonné la ferme familiale pour l’armée, à 18 ans. Parachutiste, il est passé de « l’Amen du curé » à « Oui, Chef ! » Appréciant d’aller « casser du fell, dans le djebel », il se souvient de la réalité du terrain : « Arrestations arbitraires, interrogatoires musclés, détentions administratives, torture, viols, exécutions remplacèrent  nos rêves d’accrochages nocturnes avec les fellaghas. »

Sans titre

L’autre personnage essentiel de l’histoire arrive très vite mais nous sommes maintenant le 25 juin 1957, dans la forêt de Bouarfa, et on l’appelle El Batar ! Ce qu’il vit est terrible car « chaque millième de seconde est une éternité quand tu attends le coup fatal ! » Dans le Bordj Medeira, il est rejeté par tous car il n’a pas de parents. Un colporteur, El Moutanabi, lui a révélé ses origines et il est parti rechercher sa mère dans les bordels du pays ce qui lui a valu d’être arrêté et torturé pendant trois jours : « La torture n’est pas que blessure de chair, c’est aussi anéantissement de l’esprit… La torture tue définitivement  le droit au repos. »

 

Ainsi, l’histoire se poursuit, haletante, alternant entre ce qui s’est passé en 1957, là-bas, et Marseille. L’auteur maîtrise bien son sujet, situant précisément chaque scène, chaque épisode, en indiquant la date et le lieu. L’action se déplace aussi à Nanterre, à Paris où l’on côtoie ceux qui militent pour le Front de libération nationale, le FLN, et subissent une répression policière  qui s’abat sans discernement ni pitié. Daniel Berthet nous fait vivre de l’intérieur le massacre du 17 octobre 1961 et comment le Préfet de police, Maurice Papon, publia son communiqué outrancièrement mensonger.

 

Les rêves s’envolent pour les harkis comme Ben Gouasmi cherchant sa famille dans les camps de Saint-Maurice l’Ardoise (Gard), de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et du Larzac (Aveyron). L’histoire se termine par un croisement de destins peu ordinaire que nous laisserons découvrir au lecteur.

 

Il fallait du courage et une profonde connaissance du terrain pour aborder un sujet aussi délicat mais la lecture de Porteurs de rêves permet d’avoir un autre regard sur la vie quotidienne de personnes assez ordinaires prises dans une tourmente qui les dépassait mais dont ils étaient les acteurs.

Jean-Paul

 

 

« Pour que vive la Liberté retrouvée » a écrit Daniel Berthet dans sa dédicace d’un livre dont la publication, comme il l’a fait pour ces ouvrages précédents, est associée à une action de solidarité en rapport avec le thème de son récit. Porteurs de rêves  parlant de la lutte contre la colonisation, chaque livre vendu permettra d’apporter 5 € à l’Association France – Palestine Solidarité pour participer au financement  de la rénovation de 45 maisons de Bédoins palestiniens, dans trois villages du sud de la vallée du Jourdain.

 

Voici le lien vous permettant de commander le livre. Et pour toute autre information :

www.danielberthet.com

Page Facebook : Porteurs de rêves

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 21:26

Trop de conflits  (Éditorial du 19/09/2014)

 

Les semaines qui viennent de s’écouler n’ont rien apporté de bien réjouissant et les deux mois d’été, assez pluvieux, n’ont pas vraiment joué leur rôle pour rehausser le moral des Français de plus en plus désorientés par les maladresses et  l’impopularité de leurs dirigeants.

 

Nos tracas hexagonaux ne seraient pas bien graves si, un peu partout sur la planète, drames et souffrances ne s’accumulaient. Alors qu’en Syrie la lutte pour le pouvoir s’éternise, l’extension ultra-rapide d’un État islamique en Irak et au Levant (EIIL) a relégué en arrière-plan le remplacement ou non de Bachar el-Assad. Ces jihadistes font de plus en plus la une de l’actualité en utilisant les atrocités qu’ils commettent, comme un fer de lance afin de terroriser les États-Unis et leurs alliés.

 

Les premières victimes de EIIL sont les populations elles-mêmes, obligées de fuir ou de se laisser massacrer sur place. Les exécutions sommaires se sont multipliées, l’État irakien étant incapable de surmonter ses divisions afin d’assurer la sécurité. Ces massacres causaient peu d’émotion dans le monde occidental jusqu’au moment où les décapitations barbares de journalistes américains ont profondément choqué. Ces mises à mort guerrières niant l’humanité des otages ne correspondent en rien aux principes de l’islam car ces hommes ont été traités comme des bêtes, la souffrance en plus.

 

Les problèmes que nous ne parvenons pas à résoudre chez nous déstabilisent tellement certains qu’ils sont prêts à tout lâcher pour rejoindre ce jihad. Ils commettent ainsi une grave erreur car ce mot ne signifie pas « guerre sainte ». Dans le Coran, le jihad « prescrit à l’être humain de lutter et de faire l’effort constant afin d’atteindre et de demeurer dans le droit chemin. »

 

D’autres conflits ne manquent pas d’inquiéter, révélant toutes les difficultés des êtres humains à dialoguer et à s’entendre. L’État palestinien promis depuis longtemps n’existe pas et les extrémistes de chaque camp poussent à la guerre. Les missiles partent de Gaza et Israël riposte en ratissant, détruisant mais ne se prive pas de continuer à créer des colonies sur des territoires palestiniens, au mépris de tous les accords internationaux.

 

Sur le flanc est du continent européen, l’appétit de Vladimir Poutine ne semble pas avoir de limites, mettant en péril la souveraineté de l’Ukraine après avoir annexé la Crimée. Les pays occidentaux punissent la Russie et ce pays ne se laisse pas faire… un engrenage bien dangereux.

 

En Lybie, il est bien tard pour comprendre que ce pays que l’on croyait libéré d’un dictateur, est en complète perdition, divisé par les factions avec, là encore, d’immenses souffrances pour la population. Sur ce même continent africain, le virus Ebola cause de plus en plus de ravages, montrant qu’il n’y a pas besoin des hommes pour apporter le malheur.

 

Difficile aujourd’hui de trouver une note optimiste pourtant indispensable mais ce repli identitaire qui gagne de plus en plus avec l’Écosse, bientôt la Catalogne mais aussi en France, n’est en aucun cas la solution au moment où union, coopération et compréhension devraient s’imposer.

Jean-Paul

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 08:42

Lambeaux  par Charles Juliet,

POL (1995) et Folio (2011),154 p.

 

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Charles Juliet a écrit Lambeaux à la seconde personne du singulier, un récit consacré à sa mère biologique d’abord avant de devenir carrément autobiographique ensuite. Ainsi, il touche particulièrement le lecteur, le faisant entrer dans une intimité pleine de délicatesse, même si la réalité est souvent très dure à vivre.

 

Aînée de quatre filles, sa mère s’occupe de la ferme, travaille du matin au soir. Classée meilleure élève du canton, elle doit pourtant abandonner l’école et parle de son instituteur : « Ces phrases qui s’écoulaient de ses lèvres. Simples, aisées, passionnantes. Et  qui, bien souvent, exprimaient exactement ce que tu souhaitais entendre. »

 

Toute la rudesse de la vie à la campagne est là avec ce père à qui elle a envie de parler sans y parvenir. Il a ses colères, jamais un remerciement, un encouragement : « Il ne te pardonne pas d’être une fille. »

 

 

Heureusement, il y a ce colporteur qui la fait rêver à un départ. La Bible est le seul livre qu’elle possède. Elle note et tient un journal sans s’en rendre compte. Puis il y a ce jeune étudiant qui lui permet d’ « aimer, oui, mais aimer sans contrôle, sans mesure, dans un don de soi éperdu. »

 

Finalement, elle épouse Antoine qui travaille dans une scierie et s’absente de plus en plus. Après avoir donné naissance à deux garçons et une fille, elle met au monde un quatrième enfant, ce qu’elle ne supporte pas, tant sa solitude est grande. Après une tentative de suicide, elle est internée en psychiatrie : « Une fosse où croupissent des démolis, des effondrés, les crucifiés de l’interminable souffrance. » Abandonnée par tous, elle meurt de faim sous l’occupation nazie, à 38 ans, sort que subirent 40 000 personnes, au moins, dans notre pays.

 

Dans la seconde partie, Charles Juliet rend hommage à son autre mère, celle qui l’a élevé et lui a donné beaucoup d’amour. Toujours à la deuxième personne du singulier, il raconte en fait son parcours qui le voit passer de la vie à la campagne à l’École des enfants de troupe d’Aix-en-Provence puis à Lyon, au service de santé militaire.

 

Son cheminement vers l’écriture est long et difficile car il se heurte à trois principaux obstacles : la violence de ses émotions, le trop grand désir de bien faire et l’admiration qu’il porte aux grands écrivains.

 

Charles Juliet termine ces Lambeaux en se posant beaucoup de questions, demandant aussi pardon à cette mère que, bien involontairement, il dit avoir poussée dans la tombe. Malgré tout, il conclut ainsi : « Et tu sais  qu’en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu’elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie. »

 

Un immense merci à Fred, Amandine, Josette et Jeannot pour ce livre plein de sensibilité et d’espoir.

Jean-Paul

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 09:37

Un nouveau départ  (Éditorial du 12/09/2014)

 

Une nouvelle rentrée est une belle occasion pour prendre un nouveau départ afin de bonifier ce temps passé privé de liberté. La zone socio-pédagogique est là pour offrir un maximum de chances à tous ceux qui veulent se mettre au travail afin de pouvoir retrouver le monde extérieur plus forts, nantis d’un bagage intellectuel et culturel plus riche et plus diversifié.

 

Les activités, coordonnées par le surveillant, sont suffisamment nombreuses pour que chacun trouve le cours ou l’atelier qui le fera progresser. Amaury Champetier, responsable local d’éducation (RLE) qui animera des cours de secourisme, a autour de lui une équipe d’enseignants de l’Éducation Nationale assurant 28 modules ou classes de 12 élèves, proposant des cours en français, anglais, espagnol, philosophie, histoire, géographie, niveau collège ou lycée. Ces cours sont complétés par la remise à niveau en Français langue étrangère (FLE), apprentissage de la lecture et de l’écriture dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme, l’atelier du journal Hector sans oublier les cours d’informatique. Chaque année, de nombreuses personnes détenues réussissent et obtiennent des diplômes comme le DILF (Diplôme d’initiation à la langue française) réservé aux étrangers, le CFG (Certificat de formation générale), le DNB (Brevet), le DAEU (équivalent du Bac) mais aussi des licences ou des BTS (Brevet de technicien supérieur).

 

Les étudiants du GENEPI (Groupe étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) viendront compléter l’équipe éducative avec du soutien scolaire en langues et divers ateliers. Enfin, il est possible pour chacun de s’inscrire à des cours par correspondance au CNED (Centre national d’éducation à distance) et à Auxilia, avec possibilité d’aide financière.

 

Le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) offre, tout au long de l’année, des actions culturelles (échecs, écriture, dessin, modelage, slam, théâtre, sorties au Musée Fabre, à l’Opéra).

 

Toujours dans la zone socio-pédagogique, l’entreprise Sodexo assure les entretiens pour le travail, les séances d’emploi-formation, des cours d’informatique et de rédaction de CV et l’Unité Sanitaire (US) de VLM anime des groupes de parole à propos de l’alcool, de la drogue. Il ne faut pas oublier le Relais Parents-Enfants qui ne cesse de renforcer les liens familiaux mais aussi Pôle-emploi et ses rendez-vous pris par l’intermédiaire du Spip, la permanence de la CAF (Caisse d’allocations familiales) le 3e jeudi de chaque mois, d’autres groupes de parole du CIDF (Centre d’information sur les droits des femmes et de la famille) et les cultes catholique, protestant, gitan et musulman qui accueillent les croyants.

 

Tout au long de l’année, Hector vous tiendra au courant de l’évolution de toutes ces activités pour lesquelles il est nécessaire de s’inscrire en utilisant les coupons de l’avant-dernière page du journal. Le planning de la bibliothèque, partie importante de la zone socio-pédagogique, où plus de 6 000 livres et documents vous attendent, sera aussi présent dans Hector, chaque semaine, pour permettre à chacun de pouvoir lire et s’informer.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La Feuille d'Hector après le 9 juin 2013
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