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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 21:02

Modigliani, Prince de la bohème

   BD par Laurent Seksik et Fabrice Le Hénanff

Casterman (2014) 72 pages.

 

Révélé au grand public par son excellent roman, L’Exercice de la médecine, paru en 2015, Laurent Seksik se montre aussi très talentueux dans la rédaction de scénarios pour la bande dessinée. Après avoir collaboré avec le dessinateur Guillaume Sorel pour les Derniers jours de Stefan Zweig, il s’est associé à Fabrice Le Hénanff pour réaliser un album consacré à Amedeo Modigliani.

 

 

D’un format magnifique, 23 x 32 cm, cet album permet d’abord au lecteur de se régaler les pupilles grâce au dessin très soigné de Le Hénanff. Chaque page est remarquablement présentée avec une ligne suffisamment précise et des tons pastel, allant du plus sombre au plus coloré, collant bien au talent de l’artiste auquel ce livre est consacré.

 

 

L’album retrace les trois dernières années de la vie de Modigliani qui aime  qu’on l’appelle Dedo et débute donc en 1917, à Montmartre, alors qu’il neige sur Paris. Jeanne Hébuterne, reniée par sa famille, vit avec celui qu’elle aime passionnément mais sa mère tente de la ramener à la maison.

 

 

Dedo se qualifie lui-même d’ivrogne rital, lui qui aurait tant aimé réussir comme sculpteur, comme son maître, Brancusi. Il vit très mal que la presse le mette plus bas que Derain et dise qu’il est influencé par Picasso, poussant son mépris jusqu’à ajouter : « C’est un dessinateur qui colore ses dessins. »

 

 

Les bombes allemandes tombent sur Paris mais on n’a pas voulu de lui à la guerre. Les auteurs n’oublient pas ce qui se passe sur le front au même moment, les souffrances des populations bombardées et toutes ces vies sacrifiées. Léopold Zborowski, ami fidèle, tente d’être son agent et réussit à vendre un tableau : Le joueur de violoncelle mais les 500 francs qu’il rapporte suffiront à peine à régler les dettes du peintre qui a pour maîtresses : « l’absinthe, le rhum, la cocaïne, l’opium, le haschisch… »

 

 

Le conflit mondial revient lorsque Dedo parle avec Picasso des peintres allemands qui sont morts au front ou blessés. Celui-ci réplique : « Moi je ne fais pas la guerre… Je révolutionne l’art. » Les auteurs évoquent aussi cette exposition dans la galerie de Berthe Weill, le scandale qui a éclaté à cause des tableaux de nus en vitrine et donc aucun de vendu.

 

 

Avant le triste dénouement de sa vie qui n’aura duré que 36 ans, Modigliani retrouve Livourne, sa ville natale, puis Nice avant de revenir à Paris. Il apprend qu’il va être père mais la tuberculose l’emporte et sa compagne le suit dans la mort. Leur fille, prénommée aussi Jeanne, grandira en Italie, les derniers mots de la dernière planche résumant bien l’artiste : « … un géant. »

Jean-Paul

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 15:49

Le vieux qui lisait des romans d’amour   par Luis Sepúlveda

Traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero

Métailié (1992), Points (1997), À vue d’œil (2002) 233 pages.

 

Rencontrer Luis Sepúlveda, comme nous avons pu le faire lors de la dernière Fête du livre*, à Bron (Rhône), est à la fois une chance énorme et en même temps une motivation pour lire ce grand écrivain chilien. Il a grandi et milité pour que triomphe la démocratie avec Salvador Allende mais il a ensuite connu toutes les souffrances, les malheurs et l’exil lorsque la dictature s’est imposée avec force et violence. Tous ses livres témoignent peu ou prou de ce qu’il a vécu car il excelle à nous faire vivre au cœur de cette Amérique latine si diverse et si riche de contradictions.

 

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour est son premier roman. S’il y décrit bien la vie des indiens Shuars, c’est qu’il a vécu une année entière avec eux. L’action se passe à El Idilio, village créé de toutes pièces en Amazonie équatorienne. Nous faisons d’abord connaissance avec un dentiste qui ne connaît que l’anesthésie verbale… et vient sévir deux fois par an sur place. Il arrache les chicots des autochtones pour leur vendre des dentiers.

 

 

Le maire du lieu, surnommé la Limace, ne brille pas par sa clairvoyance et son sens de la diplomatie. Lorsqu’apparaît le premier cadavre d’un homme de 40 ans, blond et fort, chassant hors saison, il ne sait qu’accuser les Shuars.

 

 

Un homme a le courage de s’interposer, José Antonio Bolivar Proaño. Lors de chaque passage, le dentiste lui donne deux romans d’amour confiés par Josefina, une prostituée de Guyaquil. « Antonio savait lire mais pas écrire… Il lisait lentement, avec une loupe, bien le plus précieux… Juste après le dentier. »

 

 

Avec sa femme, ils avaient fui en Amazonie, à El Idillo où les conditions de vie sont horribles. Grâce aux Shuars, Antonio avait appris à chasser, à pêcher, à construire des cabanes, à distinguer les bons fruits, bref à vivre avec la forêt. Il les décrit ainsi : « sympathiques comme une bande de ouistitis, bavards comme des perroquets saouls et hurleurs comme des diables. »

 

Hélas, le déboisement fait fuir les Shuars. L’alcool et les chercheurs d’or causent des ravages. Antonio essaie de mettre des limites à l’action des colons puis il découvre qu’il sait lire : « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. » Ainsi, il lit les noms de villes comme Paris, Londres, Genève mais préfère les romans d’amour.

 

 

La suite nous emmène au cœur de la forêt pour tenter de mettre hors d’état de nuire une ocelote, « grand chat moucheté, pas la force des jaguars mais une intelligence raffinée », qui tue pour venger la mort de son compagnon abattu par un gringo. La lutte est intense, pleine de rebondissements et de suspense.

Jean-Paul

 

* Cette rencontre, animée par Sylvain Bourmeau, devant un public énorme, était enregistrée par France Culture et a été diffusée durant l'été 2016, au cours d’une série d’émissions consacrée à plusieurs grands écrivains étrangers.

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 17:35

Le liseur du 6h 27  par Jean-Paul Didierlaurent

Au Diable Vauvert (2014), Folio (2015) 192 pages.

 

Quand on s’appelle Guylain Vignolles, il est difficile d’échapper à la contrepèterie malheureuse qui vous poursuit toute votre enfance… « même Ghislain aurait suffi à son bonheur. » En quelques mots, Jean-Paul Didierlaurent a présenté son homme, âgé de 36 ans qui fait croire à sa mère qu’il travaille dans l’édition alors qu’il pilote une machine terrible, « La Chose » qui détruit systématiquement tous les livres engouffrés dans son antre…

 

 

Cela ne serait pas si extraordinaire si ce héros qui n’a de cesse que de se faire oublier depuis 36 ans qu’il existe, n’avait pas une passion : il lit chaque matin, à haute voix, dans son wagon du RER, assis sur un strapontin, une ou deux pages de format 13 x 20, et tout le monde l’écoute : « Comment leur expliquer qu’il ne faisait pas ça pour eux ? »

 

 

Piloter cette Chose, une Zerstor 500, du verbe allemand zerstören, détruire, est un véritable cauchemar pour Guylain qui aime tant lire et ne peut sauver que quelques pages du massacre en prenant de grands risques. « La Chose était née pour broyer, aplatir, piler, écrabouiller, déchirer, hacher, lacérer, déchiqueter, malaxer, pétrir, ébouillanter. »

 

 

Heureusement, il y a Yvon Grimbert qui, dans sa guérite, à l’entrée de l’usine, ne lit que du théâtre classique, un virtuose de l’alexandrin ! Pendant la pause de midi, avec lui, il peut oublier Lucien Brunner, « un abruti irrécupérable. Irrécupérable et dangereux. » Il peut oublier aussi Félix Kowalski, le chef de la STERN (Société de traitement et de recyclage naturel).

 

 

Petit à petit, la lecture de ce livre devient de plus en plus délicieuse malgré un réalisme difficile à accepter lorsque nous rencontrons Giuseppe Carminetti, un ancien collègue de travail dont les jambes ont été broyées par la Chose… Cela devient vraiment savoureux lorsque Guylain se laisse entraîner par deux octogénaires, les sœurs Delacôte, pour aller faire la lecture aux Glycines, une maison de retraite, chaque samedi matin.

 

 

Enfin, il y a cette clé USB trouvée par hasard près de son strapontin. Guylain y découvre les textes d’une certaine Julie, dame-pipi dans un centre commercial : « Sainte Aude-Javel, la sainte patronne des dames-pipi. » C’est ce qu’il va lire désormais à haute voix : « Julie couchait son quotidien sur de petits calepins au milieu de 14 717 faïences qui l’entouraient. »

 

 

Foisonnant de remarques et d’anecdotes, nous emmenant de surprise en surprise, Le liseur du 6h 27 passe par du speed dating, aussi par la Médecine du travail où Guylain est accueilli par « une assistante pâlotte… » et « un toubib au bronzage pain d’épice », avant un dénouement qui ne peut que ravir le lecteur.

Jean-Paul

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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 18:04

Comment tu parles de ton père   par Joann Sfar

Albin Michel (2016), 150 pages.

 

Comment tu parles de ton père a permis à Joann Sfar de parler de son père, bien sûr mais aussi de livrer ses pensées, ses souvenirs, ses états d’âme et ses réflexions toujours très pertinentes sur ce qui se passe aujourd’hui.

 

 

André Sfar, son père, était un brillant avocat niçois né en Algérie, en 1933, l’année ou un certain Adolf prend le pouvoir en Allemagne, de la découverte du monstre du Loch Ness et de la sortie de King Kong au cinéma : « Mon père, c’est pas rien. »

 

 

Il a 42 ans et demi quand son père meurt dans ses bras : « Je n’avais jamais vu une âme quitter un corps. » Sa mère est morte alors qu’il avait trois ans et demi mais son père lui avait dit : « Tu la reverras. » C’était sa vérité mais « il ne faut pas mentir sciemment à son gosse. Sinon ensuite, il passe sa vie à raconter des histoires. » Il dessine aussi alors que Paul, son cousin qui croit en Dieu, tente de l’évangéliser : « Toi tu veux me sauver, moi je dessine. » Ses souvenirs remontent mais il n’a prononcé le kaddish, la prière des morts, que sur la tombe de son père, au lieu de le faire tous les matins, à la synagogue.

 

 

Quand il était au CM2, il tombe amoureux de la seule juive de l’école, pour faire plaisir à son père mais « Dieu, pour m’éprouver, l’avait affublée d’un nez rébarbatif… » Après une visite dans sa famille avec son grand-père : « Je lui ai dit que les Juives, c’était fini. J’adorais mon grand-père au-delà de tout. Sans lui, je serais notaire à Nice. »

 

 

Auparavant, en maternelle, il se révolte contre cette « heure des mamans » qui néglige et parfois traumatise ceux dont la mère est absente. Comme il a été circoncis, avec son copain Saïd, ils constatent que leur zizi est différent lors de la séance de pipi.

 

 

La vie sexuelle de son père est riche de rencontres dont le petit Joann profite : « J’ai vu la chatte de toutes les copines de mon père. » Lors de sa Bar-Mitsva, il lit, devant 400 personnes un « texte intégralement rédigé puis tapé à la machine par mon papa. »

 

 

C’est là que l’on retrouve le Joann Sfar entendu dans les médias après les attentats qui ont endeuillé la France : « Se sentir juif ou musulman ou chrétien, c’est décider qu’il existe des peuples et c’est le début de la guerre qui se terminera par l’extermination des uns par les autres. »

 

 

Fourmillant d’anecdotes, d’humour et de réflexions aussi savoureuses qu’utiles, ce livre est un hommage immense à un homme qui avait tous les talents mais ne savait pas dessiner : « Merci papa, d’avoir laissé un espace vierge dans lequel aujourd’hui encore je m’efforce de grandir. »

Jean-Paul

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 15:20

Je vous écris dans le noir   par Jean-Luc Seigle

Flammarion (2015). 233 pages

L’histoire tragique de Pauline Dubuisson inspire à nouveau les écrivains. Depuis La Ravageuse de Jean-Marie Fitère en 1991 et L’affaire Pauline Dubuisson de Serge Jacquemard en 1993, il a fallu attendre L’affaire Pauline Dubuisson, BD de Moca et Forton en 2012 et enfin La Petite femelle de Philippe Jaenada (2015) dont je vous parlerai bientôt. Aucun, sauf erreur, n’avait réussi à se mettre à la place de Pauline Dubuisson comme l’a fait Jean-Luc Seigle avec tout le talent que nous avons pu déjà apprécier en lisant En vieillissant les hommes pleurent.

 

 

Le titre, Je vous écris dans le noir, ne laisse aucun doute : c’est elle qui s’exprime, tâche ô combien difficile menée à bien par l’auteur qui réussit parfaitement à nous faire partager la vie trop courte de cette étudiante en médecine de 21 ans qui tue son ex-fiancé, Félix Bailly, en 1950. Le lendemain, son père se suicide. Trois ans plus tard, les assises la condamnent à perpétuité alors qu’à 16 et demi, elle avait été tondue et violentée lors de la Libération.

 

 

« La guerre est un élément déterminant de la vie de Pauline, fondateur et destructeur dans le même temps, »précise l’auteur en Avant-propos. Puis il laisse parler Pauline Dubuisson tout au long de trois cahiers. Elle rappelle d’abord comme elle admirait son père. Après neuf longues années passées en prison, elle vit avec sa mère, s’est réinscrite en fac de médecine et se fait appeler Andrée…

 

 

Elle a 33 ans quand sort le film de Clouzot : La Vérité. Bien que tous les noms soient changés, elle reconnaît son histoire. C’est Brigitte Bardot qui joue son rôle mais « Au bout du compte, neuf années de prison m’avaient moins fait souffrir qu’une heure et demie dans l’obscurité d’une salle de cinéma. »

 

 

Elle quitte alors la France pour Essaouira, au Maroc. Elle parle de la maison qu’elle habite : « … l’inverse exact des prisons où il n’y a que rupture entre les murs et les corps. » Là-bas, elle tombe amoureuse de Jean, un ingénieur, qui lui fait espérer une nouvelle vie, une renaissance. Cet homme ne sait pas qui elle est. Elle veut l’épouser. Elle doit lui dire la vérité.

 

 

Pour cela, le deuxième cahier est consacré au récit de ce qu’elle a vécu, récit destiné à Jean. Elle parle du procès, de son enfance, de son père, de sa mère revigorée par la religion et revient toujours au cauchemar de la prison : « … la peur ramène toujours au même endroit, toujours à mon crime et à la prison. » et c’est là qu’elle dit : « Je vous écris dans le noir. » car « l’univers pénitentiaire était un danger permanent. » Elle est adolescente, accumule les expériences sexuelles et son père qui a refusé qu’elle parte faire médecine à Lille, la confie au Dr Domnick, officier de la Wermacht, médecin-chef de l’hôpital de Dunkerque. Si elle lui cède, elle rapporte de la nourriture à la maison mais la Libération sera son pire cauchemar car elle est tondue, humiliée, violentée par des résistants de la dernière heure. Enfin, elle détaille ce qui s’est passé avec Félix qu’elle a retrouvé à Paris et qui, après avoir fait l’amour avec elle, la traite de « pute ». Si elle tire : « C’étaient les mots que je voulais tuer, les mots qui salissent et qui blessent. »

 

 

Enfin, le troisième cahier boucle l’histoire de Pauline : « Jean m’a proposé, sans le savoir, de me ramener à la surface de cet océan où je me noyais sans m’en rendre compte. » mais son passé ressurgit et elle lâche : « Je sus à ce moment-là que je resterais à jamais tatouée de la croix gammée que l’on avait peinte sur mon crâne rasé et sur ma peau. » À 34 ans, le 22 septembre 1963, elle se suicide.

Jean-Paul

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 10:52

Suprême régal pour lecteurs (4)

 

Le dimanche est la dernière journée des Correspondances et, au petit matin, les ruelles de la vieille ville sont bien tranquilles.

 

 

Place Marcel Pagnol, Éric Vuillard est avec Michel Abescat pour son 14 Juillet (Actes Sud). Quelle bonne idée de remettre les choses en place pour sortir de cette histoire officielle qui oublie trop souvent les gens du peuple pour ne retenir que quelques noms de puissants ou de gens haut placés qui n’ont eu, finalement, qu’un rôle insignifiant ! Éric Vuillard part de l’émeute Réveillon, en avril 1789, émeute qui a causé la mort de trois cents personnes pour mettre en avant les invisibles. Son important travail sur les archives lui a permis de sortir quelques noms de l’oubli et de rappeler que ces gens travaillaient, qu’ils étaient manouvriers, passementiers, par exemple. Quant aux moments oubliés par l’Histoire, il faut les raconter, les imaginer et c’est tout le travail de l’écrivain qui rend cette Bastille et ce 14 Juillet au peuple, à tous les peuples.

 

 

                                                               Une heure avant le début de la rencontre avec Magyd Cherfi, il n’y a plus une place assise de libre et c’est devant une foule énorme que Maya Michalon présente celui qui est devenu parolier et chanteur de Zebda, auteur de Ma part de Gaulois (Actes Sud). Son écriture est liée à l’urgence de tous les jours et à cette actualité féroce qui voit l’arrivée de la gauche au pouvoir et, au final, des jeunes toujours cantonnés dans leur cité. Magyd Cherfi dit son amour pour la langue française, pour la France et multiplie les anecdotes émouvantes ou désopilantes de sa vie dans la cité. Il n’hésite pas à affirmer que le droit de vote aurait dû être donné à tous les immigrés, dès 1981, que la gauche a manqué trop de rendez-vous. Lui qui avait honte d’entendre ses parents baragouiner en français ajoute : « Je suis athée. Je suis Pyrénéen, je suis Français mais on me renvoie toujours aux origines de ma famille… »

Quand il lit un extrait de son livre, c’est génial et cela se termine par un tonnerre d’applaudissements. Il faudrait vraiment tirer les leçons de tout ce qu’il écrit car son témoignage permet de comprendre ces problèmes qu’aucune solution simpliste d’exclusion ne permettra de résoudre.

Place de l’hôtel de ville, Laurent Mauvignier répond aux questions de Sophie Joubert à propos de Continuer (Minuit). L’auteur aime se mettre dans l’inconfort, changer de style d’un livre à l’autre, écrire pour le théâtre, le cinéma et se mettre en danger. Il affirme vouloir continuer tous les jours à faire ce qu’il ne sait pas faire : écrire.

 

 

 

 

C’est avec Caryl Férey que, Ghislaine et moi, nous terminons ces Correspondances 2016. D’abord place de l’hôtel de ville puis au théâtre Jean-le-Bleu pour le concert de Bertrand Cantat d’après son roman : Condor (Gallimard, série noire).

Au centre de la vieille ville, Yann Nicol rappelle Mapuche (folio policier), ce roman à propos du terrible sort réservé aux indiens Mapuche sous la dictature militaire en Argentine. Cette fois, le nouveau thriller de Caryl Férey nous entraîne au Chili, une écriture qui lui a demandé près de quatre années de travail. Là-bas, les Mapuche sont considérés comme des terroristes, leurs terres sont vendues pour exploiter la forêt et ce pays n’a pas jugé ses bourreaux, contrairement à l’Argentine.

 

Allégorique et incandescent, Condor live, le concert de Bertrand Cantat avec ManuSound et Marc Sens a transcendé l’œuvre de Caryl Férey dans un théâtre comble et complet longtemps à l’avance. L’auteur lui-même a présenté le spectacle laissant la place à un artiste étonnant de présence et à la voix aux ressources immenses. Nous étions soulevés, emportés, plongés dans l’horreur de la répression et de la fuite du Colosse et de Catalina qui traversaient les pires épreuves tout en démontrant un amour et une confiance mutuelles émouvantes. Ce final extraordinaire a laissé le public debout pour ovationner longtemps artistes et auteur réunis sur la scène faisant de ces Correspondances 2016 un rendez-vous inoubliable.

 

 

 

 

Enfin, nous remercions bien sincèrement Maëlle sans qui nous ne serions pas allés à Manosque, ainsi que Gwen pour sa présence efficace  et Dominique de lecteurs.com.

Jean-Paul

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 17:21

Suprême régal pour lecteurs (3)

 

Parmi les moments extrêmement savoureux des Correspondances, il faut être de l’Apéro et de la Sieste littéraires !

Ce samedi, jour de marché à Manosque, va nous donner l’occasion de profiter de ces moments de grâce. L’Apéro est servi par les lecteurs passionnés de la médiathèque locale, un comité de lecture qui a fait un triomphe en lisant quelques pages de Petit Pays (Grasset), de Gaël Faye, et de Désorientale (Liana Lévi), de Négar Djavadi. C’est vivant, haletant, captivant. Nathanaële Corriol et Sylvie Pezon ont bien travaillé avec leur Comité de lecture et l’émotion des deux auteurs comme la réaction du très nombreux public étaient la plus belle des récompenses.

 

Se retrouver allongé sur la moquette avec un coussin sous la tête dans la petite salle du théâtre Jean-le-Bleu en présence de Véronique Ovaldé, Négar Djavadi et Vincent Message, trois écrivains talentueux qui vous lisent des pages de leur roman qui vient de paraître est une expérience unique, inoubliable. En plus, Bastien Lallemant, Babx, JP Nataf, Maëva Le Berre, Camélia Jordana, Florent Marchet, Nicolas Martel et Valérie Leulliot nous ont gratifiés de musiques et de chansons délicieuses, planantes, douces et suaves… génialissime !

Cette sieste littéraire est très demandée et de nombreux candidats au sommeil sont restés devant la porte… hélas.

 

Malgré un orage tentant vainement de gâcher la fête, Natacha Appanah pour Tropique de la violence (Gallimard) et Ali Zamir pour Anguille sous roche (Le Tripode) répondaient aux questions de Maya Michalon, place de l’hôtel de ville.

 

 

 

 

 

Quant à l’auteur portugais, Gonçalo M. Tavarez, place Marcel Pagnol, il tenait des propos très pertinents sur l’acte de lire. Michel Abescat lui permettait de présenter son dernier livre : Matteo a perdu son emploi (Viviane Hamy). Son style est très épuré puisque lorsqu’il a écrit dix feuillets, un mois après il n’en reste plus qu’une demi-page qui sera publiée.

 

 

Luc  Lang, sobre et efficace, a commencé par la lecture de la page 14 de son dernier roman : Au commencement du septième jour (Stock).

 

 

Comme d’habitude, Maya Michalon menait cette rencontre avec beaucoup de tact et de talent, n’oubliant pas de souligner qu’il était temps que cet auteur vienne à Manosque. Ce livre qu’il voulait intituler « Préférer l’océan » lui a demandé cinq ans de travail et c’est lui qui s’est occupé de la mise en page pour qu’il soit agréable à tenir en mains et à lire. Il préfère la perception du paysage à sa description, pratique l’ellipse, comme au cinéma, pour permettre au lecteur de vivre chaque événement, d’en ressentir l’émotion.

En soirée, le théâtre Jean-le-Bleu était comble et le public attendait beaucoup de cette deuxième séance nommée « Au bonheur des lettres », un choix de lettres collectées par Shaun Usher. Hélas, Cédric Khan, acteur et réalisateur de cinéma, n’a pas été à la hauteur des attentes. Sa lecture semblait bâclée, sans relief, contrairement à Marianne Denicourt, une actrice qui avait pris son rôle à cœur et travaillé. La comparaison avec la prestation d’André Wilms, la veille, était inévitable et la déception était grande.

 

 

 

Un public nombreux se retrouvait, assis par terre, dans la salle du Café provisoire du théâtre pour écouter Maissiat, une jeune artiste étonnante qui faisait vite oublier la déception du spectacle précédent. Accompagnée de deux musiciens, elle nous entraîne dans les méandres de l’amour avec Marguerite Duras, Bilitis de Pierre Louÿs, David Hamilton, Françoise Sagan… mais l’on oublie vite ces auteurs, tellement charmés par une Maissiat absolument unique. (À suivre...)

Jean-Paul

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 09:09

Suprême régal pour lecteurs (2)

 

 Devant cette incroyable scène constituée d’une montagne de livres rangés ou dérangés dans une bibliothèque unique, nous retrouvons, place de l’hôtel de ville,

Arnaud Cathrine et Clémentine Beauvais qui répondent aux questions de Sophie Quetteville. Le débat est traduit en langue des signes et mêmes les fauteuils sont des livres !

 

Arnaud Cathrine situe A la place du cœur (Robert Laffont) dans la semaine sanglante de janvier 2015 en pensant à ce que ressentaient les ados devant ces morts, ce sang versé et cette mise en spectacle par les chaînes d’info. Dans Songe à la douceur (Sarbacane) Clémentine Beauvais s’est inspirée du grand roman d’Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine. Elle aussi écrit en vers libres pour nous faire vivre l’amour, sans voyeurisme, montrant qu’il est souvent plus doux de rêver à une personne que d’être avec elle.

Manosque s’anime de plus en plus. Les amateurs de lecture arrivent très nombreux et il ne faut pas être en retard si l’on veut une place pour écouter Serge Joncour et Guy Boley, une rencontre animée par Julien Bisson.

 

Tous les deux, ils s’inspirent des terres qui les ont vus grandir. Guy Boley, dans Fils du feu (Grasset), parle d’une France révolue. Lui, l’ancien funambule dont le maître est Pierre Michon, a trouvé son équilibre dans l’écriture et annonce déjà trois nouveaux romans prêts à être publiés. Avec toujours beaucoup de bon sens, dans Repose-toi sur moi (Flammarion) Serge Joncour parle de son immeuble, de son quartier et de cette régulation qui se fait naturellement à la campagne alors qu’en ville, il faut aller dans l’immeuble d’en face pour se voir vivre…

Catherine Poulain est très attendue à Manosque mais elle n’est pas très bavarde et ceux qui ont lu Le Grand Marin (L’Olivier), restent un peu sur leur faim. Pourquoi « Manosque-les-couteaux » ? Les explications promises par Sophie Quetteville ne viennent pas vraiment.

 

Avec Thierry Vila, Le Cri (Grasset), ils ont en commun la mer et une femme pour héroïne : Lily pour Catherine Poulain et Lil pour Thierry Vila. L’une est dans la réalité pour aller jusqu’au bout de ce qu’elle veut, l’autre est dans l’intensité et refuse de se soumettre aux représentations dominantes.

 

 

 

 

 

Vincent Message, Prix Orange du livre 2016, avec Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil), et Jean-Baptiste Del Amo en écrivant Règne animal (Gallimard), ont en commun de pousser très loin notre réflexion sur ce que nous faisons subir à ce que nous nommons les bêtes.

C’est très dérangeant et provoque une réflexion fort utile, allant de l’anticipation politique pour le premier à un questionnement indispensable sur la condition animale pour le second. Yann Nicol a bien su faire ressortir les qualités de ces deux romans dont la lecture s’avère urgente.

 

En soirée de ce vendredi 23 septembre, André Wilms prouve, s’il en est besoin, qu’il est vraiment « Un type bien », comme le titre de la correspondance de Dashiell Hammet l’indique. Accompagné par le saxophone ou la clarinette de Leandro Guffanti, il nous subjugue, nous captive, nous émeut, tellement sa lecture est vivante. La comparaison avec la soirée du lendemain sera édifiante mais n’anticipons pas.

 

En fin de soirée, Frère Animal – second tour aurait mérité une pleine salle car la création d’ Arnaud Cathrine, Florent Marchet, Valérie Leulliot, Nicolas Martel et Benjamin Vairon est d’une actualité brûlante. C’est un spectacle absolument nécessaire, indispensable pour nous faire réfléchir devant certaines tentations à l’écoute de discours prônant la haine et le rejet de l’autre. Musicalement très riche, Frère Animal est en tournée, il ne faut pas le rater. (À suivre...)

Jean-Paul

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 10:11

Suprême régal pour lecteurs (1)

 

Découvrir Manosque et les Correspondances en même temps est un immense privilège. À chaque pas, le plaisir se renouvelle, les surprises abondent et le bain de littérature offert est absolument exceptionnel.

François Bégaudeau.

Dans cette ville de plus de 22 000 habitants - où les transports en commun sont gratuits - située à l’extrémité est du massif du Lubéron, tout près de la Durance, écrivains et artistes sont conviés à rencontrer leur public sous le soleil, sur les belles places de la vieille ville. Ici, l’écrit est valorisé en permanence. D’abord, avec ces écritoires disséminés un peu partout et approvisionnés en enveloppes, papier à lettre et cartes postales. Ils offrent, à qui le désire, la possibilité d’écrire à la personne de son choix, un plaisir devenu de plus en plus rare de nos jours. Les Correspondances se chargent d’expédier le courrier avec la complicité de La Poste. Ces écritoires sont multiples et originaux, de la simple cabine au perchoir dans un arbre… Il y a aussi ces citations collées sur les murs, d’immenses panneaux portant un texte et une couverture de livre mais, surtout, ici, les écrivains sont rois… comme les lecteurs d’ailleurs, incroyablement gâtés et choyés par des bénévoles toujours à l’écoute.

 

Marie-Sophie Ferdane et Françoise Fabien lisent Cannibales de Régis Jauffret.

 

 

Au hasard des places, on rencontre un François Bégaudeau très à l’aise pour répondre aux questions à propos de Molécules (Verticales). Il parle même des BD auxquelles il collabore.

 

 

 

Notre première soirée se termine au théâtre Jean-le-Bleu qui rappelle le fameux roman de Jean Giono qui a inspiré La femme du boulanger à Marcel Pagnol dont une place de Manosque porte le nom, bien sûr. Régis Jauffret est à l’honneur puisque Françoise Fabian et Marie-Sophie Ferdane impressionnantes, lisent les lettres échangées entre Jeanne et Noémie dans Cannibales (Seuil), son dernier roman. Amour et haine se croisent et s’entrecroisent avec une musique utile pour détendre ou électriser l’atmosphère.

 

L’heure est tardive mais le public bien présent pour se repaître de la voix chaude et sensuelle d’ Arthur H qui, accompagné par Nicolas Repac, nous emmène sur des terres érotiques connues ou inconnues. L’Or d’Éros permet d’apprécier ou d’être remué par des textes signés Guillaume Apollinaire, André Breton, Pierre Louÿs, James Joyce, Georges Bataille, Ghérasim Luca… C’était chaud, chaud !!! (À suivre...)

Arthur H et Nicolas Repac pour l'Or d'Éros.

Jean-Paul

 

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 10:22

Un avion sans elle   par Michel Bussi

Presses de la Cité (2013) 532 pages.

 

 Ce roman a obtenu le Prix Maison de la Presse ainsi que celui du Roman populaire. De plus, on parle d’adaptation au cinéma… Cela n’est pas dû au hasard comme nous avons pu le vérifier. Ouvrez Un avion sans elle, commencez à lire et vous aurez du mal à aller vous coucher. Michel Bussi est un maître du suspense, un artiste du retournement de situation et le roi de la fausse piste. Le lecteur se régale donc jusqu’à la dernière ligne et c’est tant mieux ! 
 

L’histoire commence, le 23 décembre 1980, dans l’Airbus 5403, Istanbul – Paris, de Turkish Airlines. Au-dessus du Jura, de turbulences en décrochages, c’est la catastrophe. L’avion s’écrase sur le Mont Terrible qui se nomme aujourd’hui le Mont Terri (804 m). Il se trouve entre Porrentruy et Montbéliard à la frontière franco-suisse.

 

Projetés dix-huit ans plus tard, nous sommes le 29 septembre 1998, à 23 h 40, chez un détective privé au nom improbable de Crédule Grand-Duc… Il est devant L’Est républicain du 23 décembre 1980 qui titre à la une : « La miraculée du mont Terrible. » En effet, s’il y a eu 178 morts ce jour-là, un bébé a été éjecté et a survécu… Son prénom n’étant pas certain, la presse l’avait baptisé Libellule.

 

Depuis 18 ans, Grand-Duc, payé par la famille de Carville, enquête, va sur place, à Dieppe et même en Turquie. Pourquoi ? Pour connaître la véritable identité de ce bébé réclamé par deux familles car il y avait deux bébés de moins de trois mois dans l’avion et, bien sûr, les parents ont péri !

 

D’un côté, il y a Léonce de Carville, riche industriel, et sa femme Mathilde qui affirment que le bébé se nomme Lyse-Rose et que c’est leur petite-fille. Depuis Dieppe, un couple modeste, Pierre et Nicole Vitral, se manifeste car Émilie, leur petite-fille du même âge était aussi dans l’avion avec ses parents. Lyse-Rose a une sœur aînée, Malvina, et Émilie, un grand frère, Marc, qui joueront un rôle très important tout au long du livre.

 

À l’époque, les tests ADN n’existent pas puisque les premiers seront faits en 1987. C’est donc après une bataille judiciaire que la famille du bébé sera décidée… Impossible d’en dire plus car ce serait déflorer les premiers rebondissements de l’histoire.

 

Comme le titre le suggère, la fameuse chanson de Charlélie Couture Comme un avion sans aile, un grand succès à l’époque, va et revient tout au long du roman durant lequel Marc Vitral découvre le récit de Grand-Duc tout en tentant de retrouver Lylie (condensé de Lyse-Rose et d’Émilie) qui vient d’avoir 18 ans.

 

Michel Bussi, politologue et professeur de géographie à l’université de Rouen, excelle dans la conduite de ce genre de thriller. Son récit est émaillé de descriptions très précises, les lieux étant très importants dans le déroulement de l’intrigue. De plus, chaque chapitre est daté et l’heure exacte est précisée car cela a son importance.

Jean-Paul

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