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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 22:20

 

Une année en roue libre ? (Éditorial du vendredi 11/01/2013)

 

Tout au long de l’année 2012, les temps forts n’ont pas manqué. Cela a même frisé l’indigestion avec les élections présidentielles en France mais aussi aux Etats-Unis puis les législatives, chez nous, qui ont confirmé le changement de majorité gouvernementale. La Feuille d’Hector, au fil des semaines a apporté son éclairage sur ces évènements et tenté d’envisager quelles en seraient les conséquences.

 

L’avenir de notre planète a aussi alimenté les débats, les inquiétudes ne manquant pas. La situation économique ne s’est guère améliorée, ce serait même plutôt l’inverse. Enfin l’actualité sportive a été riche avec un Euro de football consacrant la supériorité espagnole et des Jeux Olympiques remarquablement organisés à Londres, permettant à de nombreux téléspectateurs de se passionner pour des sports disparaissant du petit écran aussitôt l’évènement terminé. La France a fêté ses médaillés, mais le plus important serait que leur exemple suscite toujours plus de vocations sportives à condition que les structures soient présentes pour accueillir les volontaires. Là, nous rejoignons les problèmes économiques évoqués plus haut car l’accès au sport pour tous n’est pas évident lorsque chômage, problèmes de logement, de nourriture et d’accès aux soins s’accumulent.

 

Comme chaque année, le Tour de France a permis de mêler exploits sportifs et découverte du pays pendant trois semaines. Quelques jeunes Français ont commencé à laisser espérer l’avènement d’une nouvelle époque. Il sera pourtant difficile d’oublier les années Armstrong qui vont laisser un palmarès vierge. Malgré tout, il ne faudrait pas faire payer à un seul homme la faillite de tout un système qu’il est impératif de transformer afin de pouvoir enfin changer d’époque.

 

2013 pourrait paraître bien fade en comparaison avec l’année qui vient de se terminer mais gageons que l’actualité se chargera d’épicer notre quotidien. L’emploi pour tous sera toujours un objectif aussi nécessaire qu’idéaliste. La défense et la restauration de l’environnement  seront d’actualité avec les débats sur les sources d’énergie et l’utilisation de celle-ci afin d’optimiser son utilisation et d’éliminer les gaspillages. Les batailles déjà engagées en 2012 à propos des gaz de schiste ou de la construction du nouvel aéroport de Nantes se poursuivront en 2013.

 

Les sports collectifs passionneront toujours autant leurs aficionados jusqu’à l’attribution des titres tant convoités. La pause estivale, après Roland Garros, laissera la place à la 100ème édition du Tour de France qui innovera avec, pour la première fois, un départ et trois premières étapes en Corse. Ensuite, il sera temps de basculer vers l’automne et une nouvelle rentrée au centre socio-pédagogique où l’action éducative se poursuit. Ainsi, chaque personne détenue qui en a la volonté peut étudier, se former, se cultiver. Le programme culturel s’annonce à nouveau très intéressant avec des sorties sur le chantier de la cathédrale de Montpellier, au Musée Fabre au printemps et à l’automne, une journée de l’eau en mai, une exposition de l’Institut du Monde arabe, la fête de la musique, les ateliers théâtre et le spectacle du Théâtre des 13 Vents.

 

La feuille d’Hector ne manquera pas de vous informer de la mise en place de ces activités et souhaite à tous la meilleure année 2013 possible.

Jean-Paul

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 11:35

Oldelaf,  Le monde est beau, Roy Music, distribué par Universal, 2011

 

Le Monde est beau, titre de l’album, donne le ton d’emblée : une voix très agréable, facilement enjouée, et un humour très juste à propos de ce que l’on nomme les réseaux sociaux, dès la première chanson.

 

Oldelaf, raccourci de Olivier Delafosse, n’est pas un débutant dans le monde de la chanson puisqu’il a débuté en 2000 avec Monsieur D (Frédéric Draps). Il lui est arrivé aussi de chanter avec d’autres groupes comme les Fatals Picards. Un premier album sort en 2003. À partir de 2005, le groupe évolue puis sort un second album en 2006 et démarre une tournée qui durera trois ans. En 2008, Oldelaf et Monsieur D crée un album pour enfants (Bête et Méchant), album récompensé par l’Académie Charles Cros. En 2009, sort un troisième et dernier album et le 30 janvier 2010, c’est le dernier concert à l’Olympia. Olivier Delafosse, dit Oldelaf choisit ce moment pour repartir en solo, bien entouré par Julien Breton, Alexandre Zapata, Victor paillet et Fabrice Lemoine.

 

Il faut vraiment écouter encore Le Monde est beau, triste réalité d’aujourd’hui : « Ils font partie du même réseau… Chaque jour on est plus nombreux à être seul dans le bateau. » Aujourd’hui, certains n’ont jamais eu autant d’amis « qui souvent ne se connaissent pas. »

  Suivent onze autres chansons aigres-douces comme cette petite amie qu’il appelle gentiment Sparadrap, mais c’est un jeu à deux. Vous avez peut-être entendu, au hasard d’une émission télé ou radio, quelques mots de La Tristitude, chanson dans laquelle Oldelaf rappelle quelques moments désagréables de la vie ordinaire : « La Tristitude, c’est franchir le tunnel de Fourvière le 15 août… ».

Le malaise est complet avec Courseules-sur-mer, épisode tragi-comique d’un couple d’amoureux en week-end au mois de novembre sur une plage de Normandie…Danse nous emmène sur la piste au cours d’une soirée un peu arrosée où chacun se décomplexe : « Quelle chance de te voir danser comme ça. » Quant aux filles qui s’appellent Valérie, cette chanson fait penser à ce qu’écrivait Vincent Delerm. Oldelaf rythme davantage et sur une ligne mélodique enlevée, retrace toute une vie des « héritières de 68 ». Dans Vendredi, toujours avec le même humour, l’artiste décrit bien tout l’ennui d’une vie sans relief : « J’m’ennuie…Mais j’ai la clim dans la Mégane. J’m’ennuie… »  et pourtant il a tout ce dont il a rêvé.

 

Les Mains froides est un autre instantané d’une vie amoureuse, chanson pleine de retenue et de tendresse. Savoureuse Jardinière de légumes ? Enfin, pas pour Oldelaf qui prend sa petite voix pour se venger de tous ceux qui lui ont servi cette jardinière de légumes qu’il n’aime décidément pas mais qui lui a inspiré une jolie chanson : « Et avouons-le, ça va plus vite de faire de vrais légumes comme des frites, des pâtes ou des frites »…

 

J’ai chaud, tellement chaud : « J’suis un lapin dans un four à micro-ondes ». Capable de se mettre à la place du lapin en train de cuire, Oldelaf a bien du talent et se déchaîne avec ses musiciens. S’il nous emmène ensuite à Nancy, ce n’est guère réjouissant, plutôt démoralisant. Je ne crois pas que les Nancéens auront vraiment apprécié même si « Pour que passent, les heures lasses, on s’entasse sur la place Stanislas. »

Pour finir, Oldelaf rédige son Testament et ce n’est pas si triste que ça avec un refrain très chantant. Heureusement, « Tu verras que je n’pars pas vraiment » et nous devons être nombreux à attendre un nouvel album signé Oldelaf.

 

Un grand merci à Claire T. qui m’a offert ce CD ! Même si j’ai tardé pour en parler, je l’ai écouté souvent et je me régale toujours autant avec les chansons d’Oldelaf.

Jean-Paul

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 18:43

L'Equipe du blog de soutien à Jean-Paul Degache vous souhaite une heureuse année 2013. Au cours de cette nouvelle année, nous allons évidemment continuer de produire régulièrement des articles comprenant des nouvelles de la détention de Jean-Paul et bien évidemment tous les écrits qu'il nous fait parvenir par courrier.

 

L'année 2013 sera jonchée de moments cruciaux que nous vous détaillerons au fur et à mesure.

 

Comme nous l'avons toujours clamé sur ce blog, nous ne lâcherons pas dans ce combat si injuste et vous remercions du fond du coeur pour votre venue plus ou moins régulière sur le site.

 

Meilleurs voeux à tous

L'Equipe du blog

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 14:39

Clap de fin ? (Éditorial du vendredi 21/12/2012)

 

Vous tenez peut-être entre vos mains le dernier numéro de La Feuille d’Hector… si les prédictions alarmistes qui affolent certains, se confirment.

 

Tout cela se propage parce que quelques spécialistes de la civilisation maya ont annoncé que nous arriverions à la fin d’un cycle, ce 21 décembre 2012. Or, avant de se lancer dans des calculs ésotériques, il faut savoir que, pour les Mayas, la notion de début ou de fin de cycle n’a aucune connotation apocalyptique. Ce sont les traditions judéo-chrétiennes qui ont greffé cette notion sur ces prédictions. Pour les Mayas qui ont inventé le calendrier le plus complexe jamais mis au point, un cycle s’achève au bout de 13 périodes de 400 fois 360 jours, ce qui fait environ 5 125 années et tomberait ce 21 décembre, ce cycle ayant débuté en 3 114 avant Jésus-Christ.

 

Il se trouve que dans le département de l’Aude, un petit village des Corbières, nommé Bugarach, monopolise l’attention. Ce bourg charmant de 200 habitants est surmonté d’un pic rocheux à la forme un peu curieuse. Comme il se raconte que des extra-terrestres auraient fait  de ce lieu tranquille une base pour leurs soucoupes volantes, les curieux affluent et certains pensent échapper à l’apocalypse annoncée en restant là-bas. C’est pourquoi le Préfet de l’Aude a interdit l’accès au pic et aux galeries souterraines de Bugarach, du 19 au 23 décembre. Au village, les tarifs de location des terrains et des maisons ont flambé. Même s’il est un peu inquiet, le maire compte bien sur les retombées touristiques de cette effervescence extraordinaire pour dynamiser sa commune durablement.

 

Voilà donc la 183e fin du monde annoncée depuis la chute de l’Empire romain, il y a environ 1 600 ans. Ce qui est certain, c’est que, depuis l’apparition de la Terre, 4,55 milliards d’années en arrière, la vie a mis 750 000 ans pour s’installer. Depuis, de multiples espèces ont disparu à cause de bombardements d’astéroïdes, de volcanisme intense et de changements climatiques. Si les dinosaures ont régné durant des centaines de millions d’années, nous savons qu’une espèce animale ne résiste que deux millions d’années environ. L’homme est donc en sursis car le Soleil n’émet pas toujours la même chaleur. Les scientifiques estiment que, dans un milliard d’années, la température sera si élevée que la vie sur Terre sera impossible. D’ici là, nos successeurs auront sûrement trouvé les moyens de déménager !

 

En attendant, il importe de ne pas céder à la panique. Observons tout simplement qu’une crise profonde est en train de bouleverser notre société. Des changements sont inévitables et c’est excitant de voir une société se transformer, être obligée d’inventer des solutions nouvelles. Si fin de cycle il y a, c’est bien dans cette évolution décisive qu’il faut la voir.

 

Jean-Paul

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 11:17

Les Onze par Pierre Michon (Éditions Folio – Gallimard), 2011, 144 pages

Grand Prix du roman de l’Académie française 2009.


Pierre-Michon-Les-onze.gifÉcartons tout de suite tout risque de confusion ou de mauvaise piste. Pierre Michon, reconnu comme un de nos meilleurs auteurs contemporains, ne traite pas ici d’un sport collectif bien connu mais d’un fameux tableau signé François-Élie Corentin et représentant le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement révolutionnaire de l’an II, ce qui entraîna la Terreur.

 

D’emblée, le lecteur est saisi par la qualité de l’écriture et par le style de l’auteur. Avec des phrases riches, denses, longues, Pierre Michon nous emmène à Combleux, en 1730, près d’Orléans pour que nous fassions connaissance avec la famille de François-Élie Corentin qu’il nomme à plusieurs reprises comme le Tiepolo de la Terreur(1). Il parle beaucoup de ces maçons limousins qui ont construit les levées de chaque côté de la Loire. Arrive enfin Anacréon, ce poète lyrique grec du Vème siècle avant J.C. et qui semble avoir beaucoup marqué l’auteur. En effet, Pierre Michon use et abuse de l’adjectif anacréontique décrivant une poésie célébrant l’amour et la bonne chère.

 

Régulièrement, l’auteur revient à cet impressionnant tableau de 4,30 mètres sur 3, exposé au Louvre, où figurent entre autres, Carnot, Robespierre, Saint-Just, Collot. Revient aussi l’enfance passée entre deux femmes, sa mère et sa sœur à l’amour dévorant. Il décrit bien la situation politique du moment, parle du récit que fait Jules Michelet de ces Onze. Le grand historien a vu dans ce tableau une cène laïque. Quant à Pierre Michon, il offre au lecteur une description détaillée, pleine de sensibilité de la période révolutionnaire.

 

Ce livre est écrit avec un style puissant, étonnant, unique, original, au vocabulaire riche et souvent très recherché, une véritable œuvre littéraire.

Jean-Paul

 

(1)    Tiepolo (1696-1770) : peintre et graveur, dernier des grands décorateurs baroques italiens.

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:32

Notre terre servira à la vie… (Éditorial du vendredi 14/12/2012)

 

« Des moutons, pas des canons, jamais nous ne partirons… », ce chant repris en chœur par des dizaines de milliers de manifestants ne s’éteindra pas malgré l’usure du temps. Pour celles et ceux qui ont connu cette lutte qui a duré plus de dix ans et surtout pour ceux qui n’en entendent que des échos assourdis et déformés par le temps, le film-documentaire réalisé par Christian Rouaud est venu à point.

 

"Tous au Larzac", en sélection officielle au dernier festival de Cannes et récompensé par le César du meilleur documentaire, a été projeté à une quarantaine de personnes très attentives et même enthousiasmées par cette lutte menée avec succès contre un projet d’agrandissement du camp militaire qui devait passer de 3 000 à 17 000 hectares. Le Conseil Général de l’Hérault, avec sa Médiathèque départementale de Pierrevives, dans le cadre du mois du documentaire, a eu la très bonne idée de s’associer au Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) pour que ce film soit projeté ici, dans la salle polyvalente de la zone socio-pédagogique de la maison d’arrêt, en présence du réalisateur.

 

Avec une maîtrise remarquable, Christian Rouaud qui a déjà à son actif une trentaine de documentaires dont « Les Lip, l’imagination au pouvoir », en 2007, a su faire revivre toutes les étapes du combat mené par quelques paysans ayant su mobiliser autour d’eux un soutien incroyable. Mai 1968 était déjà passé avec l’affirmation d’un pouvoir contestataire mais ici, sur ce plateau oublié où 103 familles de paysans étaient considérées comme quantité négligeable par le pouvoir politique de l’époque, la lutte commençait, soutenue par Lanza del Vasto, et prenait d’emblée l’option de la non violence.

 

Sur l’écran, comme l’a voulu Christian Rouaud, le plateau du Larzac vit, respire, inquiète, enchante. Bref, c’est le principal personnage du film. Avec lui, témoignent plusieurs personnes qui ont vécu cette interminable bataille : Léon Maillé, Pierre et Christine Burguière, Marizette Tarlier, Pierre Bonnefous, Michel Courtin, José Bové, Christian Roqueirol et Michèle Vincent. Ce qui pourrait paraître fastidieux devient vite passionnant car le temps passe, la lutte évolue, les obstacles s’accumulent et les images d’archives rythment les manifestations à Millau, à Rodez, à Paris, les brebis sous la Tour Eiffel, les tracteurs montant à Paris, la longue marche Larzac – Paris (710 km), la liste serait trop longue tellement les actions ont été nombreuses et, finalement efficaces.

                        

L’occupation du terrain et la construction d’une superbe bergerie à La Blaquière marquent un peu plus la volonté des paysans du Larzac de ne rien céder. Pourtant, le long processus juridique, conduisant à l’extension du camp militaire suit son cours. Les provocations visant à discréditer ou à diviser le mouvement n’obtiennent aucun résultat mais il faut une détermination et un courage immense pour résister. Une mini extension est même évoquée. Une intrusion dans les locaux du camp militaire, pour récupérer des documents, se termine par des condamnations et ils sont plusieurs à connaître la prison.

              
Malgré une mobilisation toujours forte et des actions sans cesse renouvelées, l’usure commence à faire son effet. Les organisations agricoles lâchent le mouvement, début 1981, mais un vote à bulletins secrets voit 99% des membres, tous agriculteurs, décidés à continuer. C’est enfin l’élection de François Mitterand, en mai 1981, qui scelle la victoire des paysans du Larzac, car le nouveau président tient la promesse faite lors d’une visite sur le plateau : le projet d’extension est abandonné. Depuis, le plateau du Larzac compte 120 fermes au lieu de 103 en 1970 et sa population n’a cessé d’augmenter. Les élevages ne fournissent pas seulement Roquefort en lait de brebis mais produisent de la viande et divers autres fromages. Enfin, l’actualité remet à l’honneur cette lutte avec ce qui se passe à Notre-Dame des Landes, près de Nantes.

 

Après plusieurs salves d’applaudissements nourris et mérités, Christian Roaud et son épouse se faisaient un plaisir de répondre à de nombreuses questions très pertinentes montrant tout l’intérêt et toute l’attention portés par les participants à ce film. L’on apprenait même que le journal « Gardarem lo Larzac », créé en 1975, avait gagné 500 abonnés supplémentaires grâce au film et apporte aujourd’hui son soutien à d’autres luttes.

 

« Notre terre servira à la vie… », ces paroles ne sont pas seulement des mots en l’air mais une formidable leçon de vie que ce film a l’immense mérite de faire partager au plus grand nombre et que toutes les personnes présentes à la projection ont particulièrement apprécié.

Jean-Paul

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 18:42

Anquetil tout seul par Paul Fournel, Éditions du Seuil, 2012, 148 pages

 

Une fois de plus, Paul Fournel laisse parler sa passion pour le sport cycliste et c’est un véritable bonheur de lire de telles pages sous l’excellente plume d’un aussi bon écrivain.

 

Comme le titre et la photo de couverture l’indiquent, c’est à Jacques Anquetil que se consacre l’auteur. Ce grand champion « fait pour rouler seul » fut son modèle et son contraire. Comme tous les cyclistes débutants, le jeune Paul Fournel s’identifie au champion mais il fait parler aussi Anquetil : «  J’ai mal, la nuque, les épaules, les reins et puis l’enfer des fesses et des cuisses. Il faut résister à la brûlure… si je souffre tant, il n’est pas possible que les autres tiennent le coup. » Dans le contre la montre entre Bourgoin et Lyon (62 km), Anquetil rattrape Poulidor, son éternel rival et Antonin Magne, le directeur sportif de celui qui fut dénommé à tort l’éternel second, ordonne à son coureur de se garer et de regarder passer la caravelle…

 

Né à Saint-Étienne, Paul Fournel, président de l’OuLiPo, rêve d’être coureur cycliste et son premier vélo est vert, comme celui d’Anquetil. Il a été fabriqué dans la préfecture de la Loire qui fut la capitale du cycle.

 

Au fil du livre, les exploits mémorables du champion sont retracés, vécus de l’intérieur mais le lecteur profite, en prime, de l’humour de l’auteur qui se prend pour Jacques Anquetil. Il détaille aussi ses rapports avec les autres coureurs, lui qui n’aime pas rouler en peloton. Il hait Darrigade qui vient le chercher en queue de paquet pour le remonter en tête. En fait, Anquetil n’aime le peloton que quand il est loin derrière ! Pourtant, il déclare : «  Je n’aime pas le vélo. Le vélo m’aime. Il va le payer. »

 

Présent le 12 juillet 1964 sur les pentes du Puy-de-Dôme, à 2 km du sommet, Paul Fournel prend en photo, tour à tour, Poulidor et Anquetil, le premier ayant décroché le second, mémorable évènement  faisant la gloire du Tour de France. Quelques questions simples permettent de tenter de mieux comprendre l’homme et le champion. Il faut savoir ce qui motive Anquetil. Généreux et modeste, il recherche avant tout l’exploit alors qu’Alfredo Binda aimait vraiment le vélo, que Roger Walkowiak était indifférent à l’argent, que Raphaël Géminiani acceptait la douleur et que Louison Bobet savait la gérer au mieux. Paul Fournel n’élude pas le problème de la drogue et du dopage. Il raconte ce grand prix de Forli contre la montre où avec Ercole Baldini, ils avaient décidé de se contenter d’eau minérale, de ne pas prendre d’amphétamines. Ils ont fait premier et deuxième, mais à une moyenne inférieure, en souffrant le martyre, trouvant l’épreuve interminable.

 

Toutes les questions sont posées et abordées avec passion et franchise, même sa vie de couple avec Janine dont l’auteur nous révèle le rôle prépondérant joué par elle auprès du champion : « Janine veille, elle conduit, elle compte, elle accompagne. Elle assure aussi le spectacle… Leur couple est si perfectionné qu’il est inséparable. Ils ne s’écartent l’un de l’autre qu’au moment où Jacques doit pédaler. » Enfin, il détaille l’incroyable histoire familiale de cet homme hors du commun sans oublier de brosser le portrait des hommes qui ont accompagné sa carrière : Jean Stablinski, le lieutenant, André Darrigade, son ami, son capitaine de route, son mentor, son tourmenteur, Raphaël Géminiani, son antithèse et Raymond Poulidor avec qui il partage finalement une amitié respectueuse et durable.

 

Enfin, je note une petite erreur concernant l’abandon de Jacques Anquetil lors de son dernier Tour, lors de l’étape qui arrivait à Saint-Étienne. Ce 11 juillet 1966, il mit pied à terre dans la côte de Serrières (Ardèche), comme le note Christian Lacroix, dit Lax, dans l’avant-propos de sa passionnante BD, « L’Aigle sans orteils » (Aire Libre, Dupuis). Ce n’était pas « dans un obscur trou de pluie, au milieu d’une descente, sous un orage froid. » Ce jour-là, je me trouvais sur le Cours Fauriel, à Saint-Étienne, où je m’étais rendu, sur mon demi-course Winster, pour assister à l’arrivée de l’étape remportée par Ferdinand Bracke, un coureur belge qui battra aussi le record de l’heure. Le grand Jacques pouvait se retirer l’esprit tranquille, ayant assuré la victoire de son coéquipier, Lucien Aimar.

 

Après André Darrigade, mon éternel favori qui me le rendait bien en collectionnant les victoires d’étapes, je supportais Jacques Anquetil. C’est pourquoi, à 14 ans, après m’être cassé le poignet gauche en jouant au foot, je portais ma montre au bras droit. Lorsqu’on me demandait pourquoi, je répondais invariablement : « Mais… comme Jacques Anquetil ! »

 

Pour finir, je n’oublie pas de remercier de tout cœur l’ami Jean-Pierre S. qui m’a offert ce livre. Ghislaine et moi, nous nous sommes régalés.

Jean-Paul

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 10:03

Le héron de Guernica par Antoine Choplin, Éditions du Rouergue, 2011, 158 pages

 

9782812602481.jpgParis. 1937. Exposition internationale des arts et techniques. Pablo Picasso va présenter son fameux tableau « Guernica », dans le pavillon espagnol. Il a peint cette toile monumentale que l’on peut voir aujourd’hui au musée Reina Sofia de Madrid, en hommage aux habitants de cette ville du Pays basque bombardée par l’aviation allemande au service des franquistes, pendant la guerre civile.

Basilio, jeune peintre, ouvrier agricole à Guernica, veut rencontrer Picasso et fait le voyage à Paris. Il se pose une question : «  Picasso était-il à Guernica ? »

 

Basilio avait bien tenté de s’enrôler dans l’armée républicaine mais on ne l’avait pas accepté parce que son unique passion, Celestina mise à part, est de passer des heures dans les marais, en bordure de la ville, à observer et à peindre les hérons cendrés.

 

Antoine Choplin décrit superbement les lieux, l’affût du peintre attendant le héron qu’il faut apprivoiser. « Comme chaque fois, il s’émerveille de la dignité de sa posture… C’est d’abord ça qu’il voudrait rendre par la peinture. Cette sorte de dignité qui tient aussi du vulnérable, du frêle, de la possibilité du chancelant. »

 

Il y a le bal, le marché, la vie toute simple d’une petite ville mais… « Lentement, le bruit s’intensifie et change de texture. Gagne dans les graves… » Un Heinkel allemand passe, revient et largue ses bombes sur Guernica. Trois bombardiers pilonnent la ville, semant terreur et désolation. Basilio, au lieu de rester caché dans les marais, court porter secours au vieux Julian qui l’emploie, à son oncle Augusto et surtout à Celestina. « Avant même qu’il y ait porté le regard, il devine les blessures de la ville. Les béances de ses plaies, de ses amputations. »

 

Antoine Choplin signe là un livre étonnant, émouvant, tout en simplicité, en beauté, en poésie, en retenue. Sa sensibilité lui permet de décrire le drame avec des mots toujours justes, même si son écriture n’est pas toujours conventionnelle.

 

Le héron de Guernica est un petit bijou de littérature. À ne pas laisser passer !

Jean-Paul

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 18:34

Auprès de mon arbre… (Éditorial du vendredi 7/12/2012)

 

Parmi tous les signaux d’alarme déclenchés régulièrement concernant la dégradation de la nature, en voilà un auquel nous pensions échapper : le dépérissement des arbres partout dans le monde.

 

Toutes ces belles forêts, qu’elles soient boréales, de montagne, en zones tempérées, de type méditerranéen ou encore tropicales ou sous forme de savanes, toutes ces forêts ne suscitaient jusque là que les inquiétudes classiques : leur disparition par déboisement ou à cause des incendies. Voilà qu’une récente étude scientifique, publiée dans la revue Nature, nous alerte sur le dépérissement des poumons de la Terre : les forêts.

 

Le responsable a pour nom sécheresse, plus précisément ces épisodes qui se répètent maintenant à intervalles réguliers et de plus en plus rapprochés. Ce qui est difficile à réaliser, c’est que toutes les forêts sont concernées, feuillus et conifères, en climat sec ou humide.

 

Pour vivre, un arbre a besoin d’eau et ce sont ses racines qui vont chercher plus ou moins profond ce qui va permettre à l’arbre de faire circuler la sève jusqu’à l’extrémité de ses branches. Or, le manque d’eau crée des bulles d’air qui finissent par boucher les vaisseaux de l’arbre, ce qui accentue ses risques de mortalité, un phénomène qui n’est pas encore pris en compte dans les scénarios climatiques.

 

Dans la forêt méditerranéenne, les arbres sont habitués à ces épisodes de sécheresse et réduisent d’ailleurs leur taille et leur envergure pour pouvoir résister mais il y a des limites. Les chercheurs ont constaté qu’en vingt ans, les superficies connaissant un dépérissement de la forêt ont quadruplé, ce qui a d’autres conséquences. Nous savons tous que les arbres absorbent le carbone, ce fameux CO 2 sans cesse en augmentation et dont les océans captent la moitié. S’il y a moins d’arbres à la surface de la Terre et de plus en plus de CO 2, ceux qui restent vont souffrir d’indigestion.

 

Il n’y a bien sûr aucune solution miracle à ce phénomène qui risque de s’amplifier encore dans les années à venir. C’est un signal d’alarme supplémentaire sur cette planète où l’être humain n’est que de passage. Des conditions de vie favorable ont permis notre évolution et notre développement. Tout cela s’accélère constamment et l’empilement de toutes ces dégradations ne suffit pas encore pour que des mesures vraiment efficaces soient prises.

«Auprès de mon arbre, je vivais heureux… »  chantait Georges Brassens. Mais si les arbres disparaissent ?

Jean-Paul

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 12:54

Bon rétablissement par Marie-Sabine Roger, Éditions du Rouergue, 2012, 208 p.

 

120820roger.jpgQuelle superbe découverte ! Comment Marie-Sabine Roger peut-elle écrire aussi bien en se mettant dans la peau d’un homme, Jean-Pierre Fabre, veuf, sans enfant, retraité, né en 1945 ?

 

Notre héros a été repêché dans la Seine et, comateux, il se retrouve à l’hôpital… Auparavant, avec un humour et une verve qui régalent le lecteur, il nous a présenté sa famille et raconté son enfance… histoire de bien faire connaissance. Son père l’a tellement marqué qu’il écrit : « Il était tellement quelqu’un que, devant lui, je me sentais personne. »

 

Au fil des pages et de son séjour à l’hôpital, tous les sujets sont abordés : la politique, la religion, la solitude et la mort, « cette vieille salope »… Pour notre homme, « Bon rétablissement » est une « formule à la con ! » et l’auteure n’a pas son pareil pour nous régaler de formules et de réflexions savoureuses. Les visiteurs, la famille, personne n’est épargné. Puis il y a cette ado, « la pisseuse », qui vient perturber les certitudes de Jean-Pierre, en s’appropriant son ordinateur. D’autres personnages jouent un rôle non négligeable, comme Maxime, le flic qui vient régulièrement le voir et qui enquête sur son accident. Camille, jeune étudiant qui se prostitue pour payer  ses études, l’a sauvé et Marie-sabine Roger nous ouvre les yeux sur une des absurdités de notre époque. L’ado revient toujours à la charge et se voit affublée de sobriquets peu agréables : « la chieuse, le caneton obèse, la plaie d’Égypte »…jusqu’à la surprise finale.

 

Si « la vie est un escroc sans scrupules », Bon rétablissement  est  un régal à ne pas laisser passer. La vie de Jean-Pierre défile jusqu’à sa sortie de l’hôpital. Il rentre chez lui : « Il fait un temps de merde, le taxi sentait le chien mouillé et le halle de l’immeuble est froid comme une tombe… » Contrairement à  ce que l’on pourrait croire, l’issue est pleine d’optimisme.

 

Bon rétablissement est un livre SA-VOU-REUX, à lire d’urgence !

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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