Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 23:00

Voici deux articles, issus de la presse régionale, vantant le développement de la bibliothèque de la maison d'arrêt de Villeneuve-les-Maguelone.  Nous vous les proposons ci-dessous (cliquer dessus pour les agrandir), bonne lecture !


     Article du Midi Libre du 26 mars 2013article bibliothèque 2 

 

 

Article de L'Hérault du jour du 27 mars 2013article bibliothèque        

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 10:06

Rouge Brésil par Jean-Christophe Rufin, Éditions nrf, Gallimard, 2001, 601 pages

 

49428.jpg1555. alors que les Portugais, à la suite de Cabral, commençaient à s’installer au Brésil, quelques sujets du roi Henri II tentent d’aller fonder, là-bas, une nouvelle France pour pouvoir continuer à exploiter ce bois rouge qui donne la couleur aux tapisseries des frères Gobelins.

 

Le chevalier de Villegagnon (ordre de Malte) prend la tête de l’expédition mais a besoin d’enfants qui pourront apprendre très vite la langue des Indiens. Just et Colombe sont de ceux-là, tous orphelins. En pleine Renaissance, ils ont été élevés en Italie, avec leur père, disparu depuis. Leur domaine de Clamorgan est à l’abandon et la tante à qui ils ont été confiés est toute heureuse de se débarrasser des deux ados de 15 et 13 ans, leur faisant croire qu’ils pourraient retrouver leur père de l’autre côté de l’Atlantique. Pour qu’ils soient acceptés dans l’expédition, ils sont rajeunis de deux années chacun et Colombe devient Colin après avoir coupé ses cheveux car les filles ne sont pas admises.

 

La traversée n’est pas sans risque entre ceux qui complotent, avec les tempêtes, les maladies, les disputes et le rationnement d’eau comme de nourriture. Comme il le fait tout au long du livre, Jean-Christophe Rufin décrit tout ce qui se passe avec talent et la lecture n’est jamais lassante, toujours passionnante.

 

Enfin, la terre est en vue après trois mois et demi de navigation depuis Le Havre. Cinquante ans plus tôt, les Portugais qui sont arrivés dans la baie de Ganabara, au mois de janvier, ont cru voir l’estuaire d’une rivière. C’est pourquoi ils ont appelé ces lieux Rio de Janeiro.

 

Pour plus de sécurité, Villegagnon décide de débarquer sur une île déserte afin de pouvoir se mettre à l’abri de tous les dangers que recèle la forêt dense. Dès que les Français rencontrent des Indiens, leur premier souci est de les habiller…

 

Pendant ce temps, on complote contre la France, à Venise et la cour du roi du Portugal. L’histoire de cette tentative de colonisation est dense, truffée d’anecdotes. L’auteur s’attache à bien décrire la vie de ces Indiens que les Européens ne considèrent pas vraiment comme des êtres humains, ne se gênant pas pour les exploiter et les asservir. Colombe est la plus curieuse. Elle nous emmène à la découverte de quelques tribus, se fait des amis et adopte le mode de vie de ceux qui l’accueillent. Pendant ce temps, un bateau a amené des renforts sur l’île, des Calvinistes qui ont fui les persécutions dont sont victimes les Protestants en France . leur présence va créer de plus en plus de conflits et les choses vont se gâter. La France antarctique, comme il avait été décidé de l’appeler à l’époque, est un échec.

 

Jean-Christophe Rufin, basant son récit sur une histoire vraie dont il n’oublie pas de citer les sources à la fin du livre, a réussi un passionnant roman. L’adaptation télévisée diffusée par France 2 en janvier 2013, a eu le mérite de remettre en avant cette histoire mais, comme c’est souvent le cas, l’a bien trop résumée et parfois transformée. Que vous ayez vu Rouge Brésil à la télévision ou pas, la lecture du roman de Jean-Christophe Rufin s’impose.

 

Un grand merci à Gwen qui m’a permis de lire ce livre.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 11:28

Coopérer pour l’eau (Éditorial du vendredi 22/03/2013)

 

22 mars, « journée mondiale de l’eau ».

 

Chaque année, sous l’impulsion de l’Organisation des nations Unies (ONU), tous les États membres sont invités à agir pour sensibiliser les populations à un problème de plus en plus critique : l’eau sur notre planète.

 

Cette année, l’ONU axe cette journée mondiale sur la coopération dans le domaine de l’eau. Vaste programme, ambition louable mais bien difficile. Comme cela a été affirmé à de nombreuses reprises, le partage de l’eau sur cette Terre est une condition essentielle à la paix. Le besoin de chaque être humain en eau est quelque chose de tellement vital qu’il faudrait bien plus d’une journée pour s’en préoccuper. Bien entendu, cette coopération conditionne le développement durable de tous les pays en difficulté.

 

S’il est difficile aujourd’hui de parler de pays riches, l’ONU peut s’adresser aux pays développés qui doivent œuvrer en faveur de la réduction de la pauvreté partout où cela est possible. Hélas, cette première partie du XXIe siècle est plutôt placée sous le signe de la crise, crise qui réveille tous les égoïsmes, jusqu’aux plus vils.

 

Cette journée de l’eau devrait être l’occasion pour chacun de se sentir un peu plus, chaque jour, citoyen du monde, pour toujours plus d’équité sur notre planète.

 

Quand tout semble s’effondrer dans nos pays développés, il n’est pas facile de penser en termes de retombées économiques alors que nous sommes capables d’élargir considérablement notre horizon en apportant nos compétences à ceux qui souffrent du manque d’eau. Préserver les ressources en eau, protéger l’environnement, ces valeurs deviennent de plus en plus indispensables et pourtant une grande majorité des êtres humains vivant sur cette terre n’a pas encore pris conscience de cette évidence, condition essentielle à la construction de la paix.

 

L’eau seule est éternelle (Yun SON-DO)

 

La tâche est tellement immense qu’une seule journée est insuffisante, c’est pourquoi l’ONU demande à ce que l’action pour la coopération dans le domaine de l’eau dure toute l’année. Le but des célébrations programmées pour ce 22 mars 2013 est de sensibiliser chaque citoyen au niveau local de la nécessité de cette coopération avec les plus démunis. Cette prise de conscience n’est pas la chose la plus aisée à obtenir au moment où tant de gens se débattent dans des problèmes semblant s’accumuler avec un malin plaisir, les riches devenant de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres.

 

Pourtant, il est certain qu’un peu partout dans le monde, des solutions innovantes existent et qu’elles ne sont pas connues. La coopération dans le domaine de l’eau devrait commencer par cette mise en commun des compétences et des savoirs en bannissant la notion de profit. Le rôle de l’ONU serait de collecter tout cela et de faciliter l’accès à la connaissance pour que ces solutions déjà trouvées et mises en œuvre profitent au plus grand nombre.

 

La tâche est immense mais elle a le mérite d’être mise en chantier alors que,  pendant trop longtemps, le problème de l’accès à l’eau a été négligé et le gaspillage de cette ressource vitale développé. La prise de conscience s’est concrétisée au sommet de Rio de Janeiro (Brésil), en 1992, et cette journée du 22 mars 2013 n’est qu’une étape dans une action qui devra continuer à s’amplifier tout au long du siècle en cours.

 

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 12:28

Nous vous proposons un nouvel extrait de courrier écrit par Jean-Paul à des amis. Merci à eux de nous l'avoir transmis et bonne lecture.

 

Vilanova da Magalona, lo 19 de mars 2013,

 

Mes chers amis,

 

Je m'étais régalé, D., en lisant ta lettre ferroviaire et je viens de la relire avec beaucoup d'intérêt. Ce n'était pas décousu et tu as bien fait de profiter de ce voyage aller-retour pour me détailler autant de choses.

 

Mon train à moi fait trop de sur place...

Quand je dis que l'on se plaint de la surpopulation des prisons et qu'on ne fait rien pour y remédier, on me répond que ce sont les petites peines auxquelles il faut s'attaquer. Pourtant, je vois régulièrement des gars qui reviennent et qui repartent pour quelques mois...Des habitués en quelque sorte.

Je me sens complètement démuni... Je pense très fort à Ghislaine qui n'en peut plus de tout ce temps...

Samedi dernier, j'ai pu la revoir après une interruption d'un mois parce qu'elle s'est effacée pour que nos petits-enfants viennent me voir. C'est ainsi que j'ai pu enfin faire connaissance d'Albin, mon petit-fils, né le 8 octobre dernier. Quand il m'a vu arriver, derrière la porte vitrée du box, il m'a offert un immense sourire, comme s'il me reconnaissait ! Pour moi cela a été un moment de bonheur intense qui s'est prolongé durant l'heure et quart que nous avons passée ensemble. En effet, j'ai pu le tenir dans mes bras durant tout ce temps et il s'est même endormi... Quand le moment toujours douloureux de se séparer est arrivé, il était bien réveillé et me souriait à nouveau. Ensuite, j'ai pu revoir Jeanne (4 ans), ma petite Grenobloise, avec Simon. Puis, c'est la grande soeur d'Albin, Emma (5 ans) qui est venue avec ses parents. Nous détaillons ensemble fiches et cahiers de l'école maternelle puis nous jouons un peu mais ce serait tellement mieux à la maison !

Ce matin, il y avait une conférence sur l'eau mais je n'ai pas pu la suivre parce que j'étais bloqué à la bibliothèque. Pour l'écriture tu peux m'envoyer tes chroniques que je lirai avec plaisir.

Je n'oublie pas de te remercier pour la belle carte du lac d'Annecy reçue deux jours avant mais depuis, plus rien. Comment allez-vous ? J'espère que vous avez bien surmonté les rigueurs de l'hiver et que ta maman se porte bien. Quant à A. et M., je n'ai toujours pas de leurs nouvelles mais je suppose qu'ils sont bien occupés. Donnez-leur mon bonjour dès que vous les verrez.

...

Après ces quelques nouvelles, je vous embrasse bien fort.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 18:42

Certaines n’avaient jamais vu la mer par Julie Otsuka

(traduit de l’anglais par Carine Chichereau)  Éditions Phébus, 2012, 144 pages

9782752906700

 

Julie Otsuka, pour son deuxième roman, nous livre un formidable concert polyphonique où se mêlent des visages, des voix, bref, les vies de toutes ces Japonaises qui ont quitté le pays avec l’espoir d’une vie meilleure.

 

Cela s’est passé au début du siècle dernier. Ces filles étaient presque toutes vierges. La plus jeune avait à peine 12 ans et la plus âgée, 37, mais elles ne voulaient pas retourner travailler dans les rizières. Leurs sœurs aînées, plus belles avaient été vendues comme geishas. Elles rêvaient d’un fiancé vivant là-bas, aux Etats-Unis, un homme qu’elles ne connaissaient qu’en photo et grâce à quelques lettres. Pour elles, « mieux valait épouser un inconnu en Amérique que de vieillir auprès d’un fermier du village. » Leur mère marchait trois pas derrière leur père, chargée de paquets alors que lui ne portait rien. Il y en a même qui ont laissé sur place un enfant…

 


La traversée jusqu’au port de San Francisco, est longue mais l’arrivée, « La première nuit », est un chapitre impressionnant. Tout y est. Comme tout au long du livre, l’auteure révèle une maîtrise extraordinaire pour nous faire suivre cette terrible expérience : « Ils nous ont prises… », pour conclure : « Ils nous ont prises en vitesse, de façon répétée, toute la nuit durant, et au matin, quand nous nous sommes réveillées, nous leur appartenions. »

 

Elles espéraient épouser des banquiers et les voilà mariées à des ouvriers agricoles qui les emmènent travailler dur dans les champs. Elles apprennent leur premier mot d’anglais : « water », pour ne pas mourir de soif. Surtout, elles appartiennent à la catégorie des invisibles. Si elles avaient su… Pour rassurer leur mère, elles écrivent que tout va bien mais elles triment, exploitées jusqu’à l’épuisement. Elles ont des enfants qui vont à l’école, apprennent l’anglais, oublient le japonais, changent leur prénom et deviennent Américains.

 

Tout cela n’est rien encore à côté de ce qui va survenir avec la seconde guerre mondiale et après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Déjà mal vus, les Asiatiques d’origine japonaise sont considérés comme des traîtres. Ils commencent à effacer leurs noms des boîtes aux lettres, des hommes disparaissent, leurs comptes sont gelés par les banques, les laitiers ne livrent plus. Tout ce qui rappelle le Japon doit disparaître. En ville, leurs fils portent un badge où il est inscrit : « Je suis Chinois. » Tous se préparent à un départ précipité. Pourtant, ils participent à l’effort de guerre en fournissant fruits et légumes pour les soldats.

 

Dès qu’ils quittent leurs maisons, celles-ci sont aussitôt pillées et dévastées. On dit qu’ils sont dans les montagnes, dans les déserts du Nevada, de l’Utah, de l’Idaho, du Wyoming… Ainsi s’achève cette histoire incroyable remarquablement racontée, comme un chant choral, permettant de rappeler le souvenir de toutes ces femmes dont la vie a été bouleversée.

 

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 13:57

Barack Obama, les armes en priorité (Éditorial du vendredi 15/03/2013)

 

Quatre ans après la première élection d’un président noir à la tête des Etats-Unis, l’enthousiasme n’est plus le même. S’il y avait 2 millions de personnes à Washington pour la première investiture de Barack Obama, elles n’étaient plus que 800 000 le 21 janvier dernier pour fêter sa seconde prestation de serment. Malgré tout, cette baisse d’attractivité n’a rien d’inquiétant car il en est de même pour chaque début de nouveau mandat.

 

Que va bien pouvoir faire ce président réélu ? S’il a pu entreprendre la réforme de la santé et celle des services financiers entre 2009 et 2013, le voilà confronté au problème du contrôle des armes à feu après les dramatiques événements de newton, dans le Connecticut. 27 personnes dont 20 enfants, ont été abattues par un homme armé. Une tuerie de plus qui oblige Barack Obama à traiter un problème qui ne faisait pas partie de ses priorités. Son Vice-président, Joe Biden, tente de traiter avec le lobby pro-armes à feu, la NRA (National Rifle Association), et l’on parle d’interdire les chargeurs de grande capacité ainsi que les armes d’assaut, comme cela avait déjà été fait entre 1994 et 2004. Aussi, Joe Biden a rencontré les responsables des forces de l’ordre et des partisans du contrôle des armes.

 

Avec une majorité républicaine à la Chambre des Représentants, rien ne sera facile pour le Président réélu qui devrait annoncer la réduction automatique des dépenses publiques et faire voter l’augmentation du plafond de la dette. L’autre grande réforme attendue  porte sur la loi concernant l’immigration. En effet, si une nouvelle loi facilitant l’immigration n’est pas adoptée par le Congrès (Sénat + Chambre des Représentants) avant le mois d’août, ce sera trop tard puisque le scrutin de mi-mandat prévu en novembre 2014 fera redouter aux élus un engagement sur un sujet ne faisant pas l’unanimité. Malgré le fait que Obama a rappelé en décembre que cette réforme faisait toujours partie de son projet.

 

Aussi, il est important de s’attarder sur la nouvelle équipe entourant le Président pour savoir quelle est la tendance. Et il s’avère que la rupture avec l’époque Bush s’accentue de plus en plus : Chuck Hagel, 66 ans, vétéran du Vietnam, en charge de la Défense, s’était opposé à la guerre en Irak et a pris position contre le lobby juif. John Kerry, 69 ans, ex-candidat malheureux face à George W Bush en 2004, s’occupe pour sa part des Affaires étrangères et s’avère être un bon diplomate, porté sur le dialogue. Le responsable de la CIA, John Brennan, 57 ans, est un fervent partisan de l’utilisation de drones militaires et compte à son passif, l’approbation de l’usage de la torture sous G.W Bush… Enfin, Jack Lew, 57 ans, ex-directeur du budget, s’occupe des finances et a la réputation d’être un négociateur hors-pair. Ainsi, le Président n’a placé que des hommes blancs aux postes clés. Écartées de ceux-ci, les femmes sont cantonnées à des fonctions subalternes et cela ne manque pas d’inquiéter tous ceux qui prônent une répartition plus égalitaire des responsabilités.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 18:59

Peste & Choléra par Patrick Deville, Éditions du Seuil collection Fiction & Cie, 2012, 219 pages

 

peste-cholera.jpg

 

Lauréat du Prix Fémina 2012, Patrick Deville méritait largement une belle récompense pour cet ouvrage passionnant, regorgeant d’informations et très bien écrit. En un peu plus de 200 pages, c’est une véritable épopée que nous vivons sur les traces d’Alexandre Yersin – bien prononcer Yersin et non Yersine – un membre trop méconnu de « la bande à Louis Pasteur. »

 

Nous faisons d’abord connaissance avec cet homme aux multiples talents dans un avion en route pour Saïgon, le 31 mai 1940. Alexandre Yersin qui a découvert le bacille de la peste en 1894, fuit la peste brune en train de ravager toute l’Europe. L’auteur revient ensuite à l’enfance, à Morges, dans le canton de Vaud, en Suisse, à sa passion pour les insectes, comme son père. Il débute ses études à Marburg, en Allemagne, puis poursuit à Berlin et ne cache pas son admiration pour Livingstone, le célèbre explorateur.

 


Avec des phrases courtes, incisives, précises et des chapitres brefs, Patrick Deville brosse un tableau détaillé et passionnant de toute une époque pas si lointaine que cela : la fin du XIXe (19e) et le début du XXe (20e) siècle. Alexandre Yersin bouge beaucoup, profitant à chaque fois de ce que les lieux qu’il découvre peuvent lui apporter. À Iéna, chez Carl Zeiss, il achète un microscope qui ne le quittera plus. Dans cette Allemagne où il se forme, il voit aussi les persécutions contre les Juifs puis part pour Paris. Là, il se confronte à l’anti-germanisme et intègre la petite équipe de chercheurs qui se forme autour de Pasteur. Trois ans après, il est docteur en médecine, voyage encore en Allemagne, en Suisse et obtient la nationalité française pour pouvoir exercer la médecine dans notre pays.

 

Ainsi, Patrick Deville accumule les évènements, les changements dans la vie de Yersin qui n’hésite pas à devenir médecin embarqué à bord d’un bateau et part pour l’Asie, ce qui représente trente jours de navigation, de Marseille à Saïgon. Au fil des pages, nous rencontrons de nombreuses personnes devenues célèbres comme Albert Calmette qui mit au point le BCG avec Guérin, Arthur Rimbaud, le poète et sa petite bande de Sahariens, Joseph Meister, l’enfant sauvé de la rage par Pasteur, devenu concierge de l’Institut Lyautey qui lui fournit 20 chevaux comme bêtes à vaccin, Paul Doumer, gouverneur général d’Indochine à l’époque, etc…

 

Passionné par la découverte de l’Indochine, Yersin s’installe à Nha Trang, au Vietnam. On l’appelle Docteur Nam. Il est le premier médecin occidental de la région. Impossible de citer tous les lieux où passe notre homme mais c’est en Chine, à Canton (Guangzhou) qu’il réussit à sauver un jeune de 18 ans qui allait mourir de la peste. À Nha Trang, il crée un vrai paradis qu’il ne cesse de développer. Il se lance même dans la culture de l’hévéa, produisant deux tonnes de latex par mois pour Michelin. Il devient aussi, à 67 ans, le roi du quinquina mais ses amis meurent les uns après les autres et là, il n’y a pas de vaccin…

 

Alexandre décède en 1943, à 80 ans, et sa tombe, bien modeste, se trouve là-bas, au milieu de ce qui fut son domaine. Quel bel hommage a rendu Patrick Deville à Alexandre Yersin, personnage extraordinaire dont la vie et l’œuvre méritaient de sortir de l’oubli !

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 09:43

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire par Jonas Jonasson

Presses de la Cité, 2011, 454 p.

 

le-vieux-qui-ne-voulait-pas-feter-753916.jpgQue la lecture de ce livre est jubilatoire ! Chaque page fait sourire et parfois même rire franchement, tellement Jonas Jonasson excelle pour manier humour et dérision.

 

Le lundi 2 mai 2005, jour où toute la maison de retraite et la municipalité de Malmköping se préparaient à fêter son centième anniversaire, Allan Karlsson s’enfuit en sautant par la fenêtre. Il trouve tout de suite que c’est bien plus rigolo d’être en cavale, loin de Sœur Alice, que couché six pieds sous terre. C’est cocasse et notre héros nous gratifie de réflexions délicieuses alors que ses douleurs lui rappellent qu’il est toujours…vivant ! L’auteur utilise bien le comique de répétition et l’animation ne manque pas.

 

Soudain, on abandonne ce qui se passe en 2005 pour un retour en arrière important afin de découvrir ce que fut la vie d’Allan. Là, on n’est pas déçu : sa vie est proprement extraordinaire avec des rencontres, des malheurs, une chance incroyable mais notre homme, avec une espèce d’inconscience loufoque, réussit toujours à s’en sortir. Sa philosophie de la vie, elle tient dans une phrase que répétait souvent sa mère et qu’Allan va faire sienne : « Les choses sont ce qu’elles sont et elles seront ce qu’elles seront. »

 

Inutile de détailler tout ce qui arrive à Allan pendant son siècle de vie sur la Terre car ce serait déflorer ce qui fait le charme d’un récit aux multiples rebondissements. Nous pouvons simplement dire que notre héros va voyager beaucoup et côtoyer des hommes qui ont marqué l’histoire du XXe siècle.

 

En parallèle à l’histoire de sa vie, l’action se poursuit jusqu’à la fin du mois de mai 2005 et là aussi, les rebondissements sont tous plus extraordinaires les uns que les autres. Bref, pour se détendre, rire, sourire, réfléchir aussi, il faut lire Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson et je remercie beaucoup John et Alex qui m’ont permis de me régaler à la lecture de ce petit bijou.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 19:12

Vivement l’avenir par Marie-Sabine Roger, Éditions du Rouergue collection La brune, 2010, 301 p.


9782812601446_1_75.jpgQuand on s’est régalé avec Bon rétablissement et qu’on a été ému par La tête en friche, il est normal d’en demander encore.

 

Avec Vivement l’avenir, Marie-Sabine Roger ne déçoit pas, même si, au début, il est un peu difficile de plonger dans cette histoire. L’hésitation n’est pas longue car l’auteure livre sans délai ces descriptions dont elle a le secret.

 

Alex, cette « fille maigre comme un coucou » a loué une chambre chez Marlène et Bernard, un couple qui doit s’occuper de Gérard, surnommé Roswell, le frère de Bertrand. Roswell a 32 ans et il est né handicapé. Au fil des pages, grâce à l’attention que va lui porter Alex, il va se réveiller. Il n’est pas « le taré, le raté » que l’on suppose, au premier coup d’œil. Deux autres personnages, Cédric et Olivier Lemauroux, dit Le Mérou, vont bien contribuer à l’émergence progressive de Roswell. Pour Alex, ce qu’elle loue, c’est « bon, correct et propre, pas cher, avec vue sur le poulailler et l’échangeur de l’autoroute. » Son travail, un CDD de 8 mois, dans un poulailler industriel, ce n’est que de « l’esclavage moderne. » De son côté, Le Mérou s’escrime à tenter de faire un barrage avec ses cannettes de bière vides qu’il balance dans la rivière…

 

Amours déçus, couples en pleine discorde, travail abrutissant, personne handicapée alourdissant les soucis quotidiens, ce serait d’une noirceur désespérante mais il y a Roswell-Gérard qui dit des poèmes, qui s’enthousiasme pour une simple balade sur une carriole de fortune, pour une virée en side-car et Clo, enfin, pour un final plein d’optimisme, régénérant par les temps qui courent…

 

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 00:00

Tombouctou entre mystère et érudition (Éditorial du vendredi 22/02/2012)

 

Les évènements qui ont mis le Mali à la une de l’actualité de ces dernières semaines, ont eu le mérite d’attirer l’attention du monde entier sur des trésors culturels trop longtemps méprisés et entourés de mystère.

 

Tombouctou, ville classée au patrimoine mondial, recèle une quantité impressionnante de manuscrits. Leur perte définitive a été redoutée à cause d’un autodafé, une destruction par le feu de quelques livres religieux, des traces écrites très rares brulées par des « frères musulmans ». La population de Tombouctou, à majorité musulmane, n’a pas compris cet acharnement causant un tort considérable à la bibliothèque Ahmed-Baba, inaugurée en 2009. Après la destruction d’un mausolée, quelques mois auparavant, plus de 80% des manuscrits de la bibliothèque de Tombouctou avaient été placés dans des cantines métalliques et emmenés vers le sud par les responsables de trente-deux bibliothèques familiales de Tombouctou.

 

Déjà au cours des années 1990, un trafic de manuscrits en direction de Genève et de New York avait été dénoncé sans que les autorités maliennes ne réagissent. Il faut remonter encore plus loin dans le temps pour comprendre la méfiance de la population de Tombouctou, bien obligée de protéger ses trésors. En 1591, le sultan du Maroc Ahmed El-Mansour a occupé la ville, pillant et massacrant. Ahmed Baba (1556 – 1627), le savant le plus célèbre de l’époque avec sa bibliothèque de 1 600 volumes est arrêté et emprisonné à Fès, avec ses livres.  Depuis, la population a peur et cache ses manuscrits écrits en ajami, langue mélangeant l’arabe avec l’haoussa, le bambara, le tamasheq, le sonhai et le peul. Ils traitent de quantité de sujets allant de l’astronomie à la chimie en passant par l’astrologie, les mathématiques, les recettes médicinales, l’émancipation des esclaves, le statut des femmes, l’activité sexuelle des couples, la géomancie, une technique divinatoire, la philologie, étude critique de textes par comparaison, mais aussi des actes notariés, des poèmes rimés, des récits épiques… Tout cela est le fruit d’un mélange extraordinaire entre les cultures arabes, berbères et d’Afrique noire.

 

Tout ce qui s’est passé ces dernières semaines, à Tombouctou, n’a donc pas été trop grave pour ces trésors restés cachés depuis si longtemps et dont les Africanistes français de XXe siècle ignoraient l’existence. Cela aura eu le mérite de créer un sursaut salutaire pour accélérer leur numérisation, leur traduction et leur catalogage afin qu’ils soient enfin vraiment accessibles. Cela permettrait  de faire reconnaître enfin la mémoire écrite  de l’Afrique, prouvant si besoin était  que ce continent a une Histoire.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article