Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 07:50

Une certaine Madame Park (Éditorial du vendredi 24/05/2013)

 

Qui connaît Madame Park Geun-hye ? En France, sûrement peu de monde.

 

Pourtant, elle dirige un pays qui compte près de 50 millions d’habitants, un pays souvent à la une de l’actualité à cause de son turbulent voisin du nord, un pays bien connu aujourd’hui avec des marques comme Samsung et Hyundai.

 

En février, Mme Park (61 ans), a été élue Présidente de la Corée du Sud avec 52 % des voix. À 22 ans, en 1974, après un diplôme d’ingénieur, elle était étudiante à Grenoble pour perfectionner son français. Un drame l’a obligée à rentrer précipitamment à Séoul, sa mère venant d’être tuée par un agent de la Corée du Nord. À ce moment-là, le général Park Chung-hee, dirigeait le pays depuis 1961. Avec des méthodes à la fois populaires et contestées, il a tenté de relever le pays de la misère, instaurant une sorte de capitalisme d’État en s’appuyant sur les grands conglomérats, les chaebol, comme Samsung et Hyundai.

 

Le développement économique spectaculaire qu’il a impulsé jusqu’en 1979, a permis au pays de multiplier par dix son produit intérieur brut (PIB). Hélas, cet homme se comportait comme un dictateur, piétinant les libertés, niant les droits civiques et faisant torturer de nombreux opposants.

 

Bien que sa fille ait succédé à Lee Myung-bak, partisan de la fermeté et refusant les négociations, on se méfie d’elle parce qu’elle privilégie l’exercice solitaire du pouvoir, prend des décisions sans consultation préalable, est entourée de gens serviles et de conseillers qui sont des militaires proches de sa famille. Pourtant, elle affirme en même temps vouloir rester fidèle à son père et être désireuse de tourner la page anti-démocratique. Coincée entre les libéraux et les conservateurs, elle aura besoin de beaucoup de courage pour assumer sa tâche.

 

Face à la Corée du Nord (25 millions d’habitants) et à ses menaces d’attaque nucléaire, elle n’a pas cédé à l’intimidation et rien ne s’est passé. Mme Park se dit favorable au dialogue mais inflexible en cas d’attaque, son meilleur allié étant le géant étatsunien. On comprend que cette femme, jamais mariée, sans enfant, qui a eu sa mère puis son père assassinés, fasse preuve d’une certaine autorité. Elle aime à affirmer : « Ma vie, ma famille, c’est vous, mes concitoyens. »  et c’est pourquoi on la surnomme « la Vierge de la république ». En 2006, elle avait été agressée, gardant une cicatrice visible sur le visage.

 

Face aux chaebol qu’elle veut réguler, elle cherche à aider les petites et moyennes entreprises (PME) et à réduire les inégalités pour sortir les plus pauvres de la misère. Dans ce pays qui compte moitié moins de militaires que son remuant voisin, Mme Park veut doter son pays de l’arme nucléaire. Pourtant, c’est la Chine qui détient la clé de cette partie du monde si sensible. En effet, Pékin exerce une grande influence sur Pyongyang, la capitale nord-coréenne, tout en étant un partenaire économique essentiel de la Corée du Sud.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 17:21

Arras-sur-Rhône et son histoire

(Réflexions sur le passé et le présent de notre village)

Par Paul Jamet – Édité par l’ASPECT (Association de Sauvegarde du Patrimoine et de l’Environnement Culturel et Touristique d’Arras-sur-Rhône)

 

Témoigner de l’histoire de son village est une tâche noble, un travail difficile auquel Paul Jamet a toujours consacré beaucoup d’énergie et de passion. Le résultat de ses recherches et de ses expériences est contenu dans ce recueil édité par l’Aspect, une association créée en 1984 par Roland Lévêque à laquelle on doit la restauration et la mise en valeur de la Tour qui surplombe le village et lui donne un caractère unique.

 

Au fil des pages, le lecteur découvre les transformations d’un village passant d’une structure héritée d’une France essentiellement rurale à une modernité que l’aménagement du barrage  par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a définitivement marquée de son empreinte.

 

Lieu de passage le long du Rhône, le site d’Arras tirerait son nom du latin aerarium (trésor public), aeris signifiant monnaie. La découverte de pièces de monnaie à l’effigie de Vespasien et de Titus, la présence de bornes milliaires romaines prouvent que le lieu était assez sûr pour y entreposer l’argent destiné à payer les légionnaires romains. Son vieux moulin dont la roue à aubes est bien conservée, tout près du Vieux Pont permettant à la Voie Royale d’enjamber l’Ozon, sont, avec la Tour, de précieux témoignages du passé.

 

Paul Jamet nous raconte la Viguerie d’Arras, l’histoire des trois ponts, la légende du Cavalier noir, l’évolution de l’école, l’entretien de l’église et le « feuilleton » du presbytère, le développement du Foyer municipal, les transformations de la mairie, etc… Tout est parfaitement daté, bien présenté et parfaitement détaillé. L’auteur qui fut Secrétaire de mairie, de 1953 à 1987, n’oublie pas la création des places publiques, l’évolution de la voirie communale et le cadastre. Les transformations dans la vie agricole de la commune permettent de constater qu’en 50 ans, l’accélération de cette évolution a été plus rapide que pendant les dix siècles précédents. Le calendrier des travaux agricoles permet de voir passer toute la vie des habitants, loisirs compris. L’arrivée de la voie ferrée coupe la plaine en deux. Très demandée, la gare est inaugurée en 1897 alors qu’un demi-siècle auparavant, la construction de la RN 86 avait déjà facilité les déplacements. L'élevage a laissé la place aux arbres fruitiers puis la vigne, avec la zone d’appellation Saint-Joseph, retrouve toute sa place et donne leur chance à de jeunes agriculteurs.

 

Paul Jamet n’oublie pas le sport et cette première équipe de basket dont il fit partie. Sous l’impulsion de Paul Chancrin qui fut, plus tard, maire de 1959 à 1989, le tennis de table démarre en 1948 et prend un bel essor. Jeannette Chancrin, son épouse lancera, en 1977, un groupe de théâtre au sein de l’Amicale Laïque, groupe qui deviendra les Baladins de la Tour, une troupe de danses traditionnelles très appréciée partout où elle se produit. L’on constate ainsi le dynamisme de la vie culturelle locale dans un village qui a su réagir face au déclin démographique, n’oubliant pas de développer une bibliothèque municipale ouverte au public depuis le 12 avril 1988.

 

Il serait trop long de citer tous les détails qui ont attiré notre attention au cours de la lecture de cet ouvrage offert par le Comité de soutien et que Paul Jamet a dédicacé avec beaucoup de sensibilité et toute l’humanité qui le caractérise. Je tiens à remercier le C.S. et l’auteur pour leur délicate attention mais je n’oublie pas de souligner que le personnage principal de cet ouvrage est, peut-être, le Rhône… car de nombreuses pages lui sont justement consacrées.

 

Pour tout savoir, il faut absolument se lancer dans la lecture de « Arras-sur-Rhône et son histoire », de Paul Jamet.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 13:01

Orange royal (Éditorial du vendredi 17/05/2013)

 

Vue depuis notre République française, la monarchie dans un pays européen voisin, est toujours une curiosité. Récemment, notre attention a été attirée par l’abdication de Beatrix d’Orange-Nassau, reine des Pays-Bas, après 33 ans de règne. À 75 ans, cette reine, peu connue chez nous, a abandonné la couronne au profit de son fils, Willem-Alexander, âgé de 46 ans. Depuis le 30 avril, celui-ci est roi des Pays-Bas, après son couronnement à Amsterdam.

 

Dans un pays où l’on constate aussi la montée du populisme, la monarchie joue un rôle fédérateur pour ce peuple réputé paisible mais qui souffre aussi d’une crise identitaire et où l’on sent monter une désaffection pour l’Europe. Bientôt, cette dynastie des Orange-Nassau fêtera ses 200 ans de règne « par la grâce de Dieu » mais elle ne se considère pas d’essence divine. Avant Beatrix, sa mère, Juliana, et sa grand-mère, Wilhelmine, avaient déjà renoncé au trône, un signe de sagesse, assurément. Toutefois, le renoncement de Beatrix a pu surprendre car elle est réputée comme une femme énergique, cassante, perfectionniste, interventionniste et au caractère inflexible. Malgré tout, elle a décidé de laisser les responsabilités « entre les mains d’une nouvelle génération », elle qui réalisait chaque semaine, un tour d’horizon de l’actualité du royaume avec le Premier ministre, Mark Rutte, comme le faisait Juliana.

 

Pourtant, cette monarchie ne fait pas l’unanimité puisque des élus de gauche ont refusé de prêter serment au nouveau roi pour ne pas cautionner cette « République avec à sa tête un monarque héréditaire », suivant la définition du Prince Claus.

Ainsi, les Pays-Bas entretiennent la monarchie peut-être la plus forte d’Europe. La magie du conte fonctionne toujours avec sa théâtralité, ses palais, ses princes et ses princesses. Le mystère qui l’entoure entretient une sorte de miracle que la couleur orange, adoptée sur les maillots des sportifs néerlandais, se charge de promouvoir. Pourtant, il faut savoir que, si les deux tiers des élus des 1ère et 2e chambres votaient la fin de la monarchie, celle-ci cesserait. Beatrix a réussi à écarter cette menace et les Orange-Nassau sont tranquilles pour un moment. Chaque année, l’État néerlandais réserve 40 millions d’euros pour sa monarchie alors que Béatrix, en bon chef d’entreprise, est à la tête d’une fortune avoisinant les 190 millions d’euros. Quant à Willem-Alexander, le nouveau roi, s’il a été bien préparé par sa mère, il n’oriente plus la formation du gouvernement. Son point faible aurait pu être son épouse, Maxima Zorreguita, fille d’un ancien ministre du dictateur argentin Videla mais Beatrix veillait. Le beau-père n’a été invité ni au mariage en 2002, ni au couronnement.

 

Ainsi va la vie d’une monarchie européenne qui maîtrise complètement tout ce qui est médiatisation ou peopolisation et qui semble en place pour longtemps encore…

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 20:42

Tristes tropiques par Claude Lévi-Strauss, Éditions Terre humaine Poche, 2001, 502 pages

 

647CD20B-5E8B-420D-87FB-194B70B0523E.image.JPGQuand Claude Lévi-Strauss embarque à Marseille, en 1941, avec, entre autres, André Breton, il sait ce qui l'attend s’il reste en France parce qu’il est Juif. Il part pour le Brésil où il était déjà allé avant guerre, mais ce n’est que 15 ans après, en 1954 et 1955 qu’il écrira ce qui restera un chef d’œuvre de l’ethnologie contemporaine.

Aller au Brésil, à cette époque, n’a rien de simple car il faut faire escale aux Antilles, embarquer sur un bananier suédois, débarquer à Porto Rico, y rester bloqué, être inspecté par le FBI, être enfin accepté aux USA avant de repartir de New York et arriver enfin à Rio de Janeiro. Après avoir tenté d’expliquer sa vocation d’ethnographe, il réalise une description extraordinaire d’un coucher de soleil. Il repense à Christophe Colomb et à ses successeurs qui se demandaient si les Indiens étaient des hommes : « Il vaut mieux pour les Indiens devenir des hommes esclaves que de rester des animaux libres… »

Bien sûr, c’est avec un esprit tout autre que Claude Lévi-Strauss aborde ce pays et ses habitants. À plusieurs reprises, il compare ce qu’il observe avec ce qu’il a vu en Asie du Sud, tropicale, pauvre et surpeuplée, un continent sacrifié. L’Amérique du nord possède de vastes ressources avec une population restreinte, l’Europe a des ressources restreintes et une population élevée. En Amérique amazonienne, la pauvreté est partout et les hommes peu nombreux.


Commence alors son voyage à l’intérieur du pays à la rencontre des Indiens du Tibagy puis de plusieurs autres tribus. Consciencieusement, il observe et note tous les détails de la vie quotidienne de ces gens car il sait se faire accepter. Il ne néglige rien, relève le plan de chaque village, détaille le système social et religieux de chaque groupe avec lequel il partage la vie pendant plusieurs semaines. Il dessine aussi les objets usuels, les parures, les armes, les statuettes. Comme ces groupes sont nomades, il est amené à les suivre dans leurs pérégrinations. Il n’oublie pas de décrire la nature, souvent hostile mais à laquelle il faut bien s’adapter. La forêt primaire « semble vous immerger dans un milieu plus dense que l’air : la lumière ne perce que verdie et affaiblie et la voix ne porte pas. »

 

Pour finir, au retour de son séjour brésilien, il se lance dans une comparaison entre les principales religions. Si l’ethnologue doit toujours remonter aux sources, Claude Lévi-Strauss affirme que « le monde a commencé sans l’homme et s’achèvera sans lui. »

 

Merci à Jean-Pierre et à Mireille de m’avoir donné l’occasion de découvrir ce chef-d’œuvre pas toujours facile à lire mais souvent passionnant et très instructif.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 17:54

De l’énergie (Éditorial du vendredi 10/05/2013)

 

Les apparences sont trompeuses. La progression des énergies renouvelables n’est pas en panne. Bien au contraire.

 

Prenons d’abord le vent pour constater la hausse de l’éolien de 19 %, soit 45 gigawatts (GW) au cours de l’année 2012. Pour l’instant, cette source d’énergie permet de fournir 280 GW, soit l’équivalent de ce que produiraient 85 réacteurs nucléaires ou bien encore la consommation électrique de 450 millions d’Européens. Les spécialistes pensent que la part de l’éolien devrait doubler d’ici 2020. Au cours de l’année écoulée, on a installé plus d’éolien dans l’Union Européenne (UE) que d’autres sources d’énergie comme le charbon, le nucléaire ou le gaz.

 

Hélas, il faut vite modérer l’enthousiasme car nous partons de tellement loin qu’il est facile de progresser. Aujourd’hui, le réalisme nous oblige de constater que l’éolien ne représente que 2,5 % de la consommation mondiale d’électricité. En 1999, cette part était proche de zéro et les espérances visent 8 % en 2020. En Europe qui concentre 37 % du parc mondial d’éoliennes, les pays ne sont pas à égalité, loin de là. Les meilleurs élèves sont l’Allemagne (11 %), l’Espagne (16 %), le Portugal (16 %) et le Danemark (30 %). Quant à la France, elle dépasse à peine les 3 % avec 4 500 éoliennes. Largement en tête, le Danemark ne souhaite pas en rester là puisque ce pays vise 50 % d’électricité d’origine éolienne en 2020 !

 

Un autre pays mérite notre attention par sa taille et son impact sur l’ensemble du monde : la Chine. Cet immense pays s’est mis à l’éolien et a installé 13 GW en 2012. Son parc de 75 GW en éolien représente 27 % du parc mondial contre 21 % pour les USA. Il reste beaucoup à faire puisque le charbon fournit encore 80 % du total d’électricité au pays. Malgré tout, avec une progression aussi rapide, la Chine pourrait bientôt disposer du tiers de la capacité mondiale en éolien. La dégradation de ses écosystèmes, la pollution galopante de l’air, de l’eau et des sols, l’exploitation toujours accrue de ses ressources naturelles, la contamination des aliments et l’explosion de la circulation routière poussent les autorités chinoises à adopter un programme ambitieux. Sachant que la pollution des villes est vingt fois supérieure à ce que nous connaissons en Europe, l’urgence est absolue.

 

Enfin, au niveau mondial, le solaire s’est fait une place avec plus de 100 GW, l’équivalent de 15 réacteurs nucléaires. Sa croissance est même plus forte que l’éolien : 30 GW ont été installés en 2012. Hélas, le recul des investissements dans les énergies renouvelables est déjà sensible. Les soutiens publics sont réduits ou suspendus ; la crise économique n’arrange rien. L’engouement dangereux pour les gaz de schiste aux USA s’ajoute au marasme des marchés dans le photovoltaïque à cause des fabricants chinois aux pratiques déloyales sur le plan commercial.

 

Rien n’est donc acquis dans le domaine des énergies renouvelables même si, au Japon, après Fukushima, la hausse des investissements a été de 75 %. Les dangers sont toujours là avec les gaz à effet de serre, l’épuisement des ressources fossiles et la tentation du gaz de schiste offrant des facilités à court terme mais causant des dégradations irréversibles et mettant en danger les populations vivant près des gisements.

Jean-Paul

         

                           

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 14:50

Un repas en hiver par Hubert Mingarelli, Éditions stock, 2012, 144 pages

 

un_repas_en_hiver_mingarell1.jpgHubert Mingarelli, déjà auteur d’une dizaine de romans, réussit l’exploit de nous transporter en pleine occupation allemande de la Pologne, sans utiliser le mot guerre. Par touches successives, il nous emmène avec Emmerich, Bauer et un autre soldat servant de narrateur. Le froid et la neige sont omniprésents.

 

Afin de ne pas participer aux fusillades – nous comprendrons plus tard qu’il s’agit de la shoah par balles, étape trop longtemps ignorée de l’extermination des Juifs par les Nazis dans l’Europe de l’est – ils demandent au commandant de partir à la recherche… de qui, de quoi ? Peu à peu, nous comprenons que ce qu’ils recherchent, ce sont les Juifs ayant échappé aux rafles.

 

Leurs pensées, leurs états d’âme, leurs discussions, leurs projets sont détaillés tout au long de leur progression. Ayant débusqué un fuyard, ils occupent une maison abandonnée, tentent de se réchauffer et de préparer de quoi manger. C’est alors que surgit un Polonais décidé à se joindre à eux mais sa haine envers leur prisonnier fait réfléchir ces soldats déjà écoeurés par les massacres systématiques. Malgré cela, avec le peu qu’ils ont, quel repas ! « C’était bon, chaud et nourrissant… Tout fondait dans la bouche, les oignons, le saucisson, la semoule. » 


Hélas, les meilleurs moments ont une fin, même après avoir réuni autour d’une table trois soldats allemands, un jeune Juif et un Polonais antisémite…

 

Ce court roman se déguste assez vite et c’est un plaisir dont il ne faut pas se priver.

Bonne lecture !

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 18:41

L’affaire Peiper, Roger Martin (Éditions Dagorno), 1994, 173 pages

 

Il  est de notoriété publique que de nombreux nazis, auteurs d’odieux crimes de guerre comme de crimes contre l’humanité, ont réussi à échapper à la justice dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale.

412T8889M4L

 

Roger Martin dont nous avions beaucoup aimé « Les Mémoires de Butch Cassidy », tente ici de faire la lumière sur la disparition, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1976, de l’ex-colonel SS Joachim Peiper, sur la commune de Traves, lieu-dit Ranfort, en Haute-Saône. Les pompiers, gênés par une moto-pompe en panne et une bouche à incendie bloquée par la rouille, ne laissent que ruines et décombres dans lesquelles on ne retrouve qu’un tronc humain de 80 cm, carbonisé. Un voisin, Erwin Ketelhut, Allemand lui aussi, est catégorique : c’est Peiper ! Mais rien n’est certain et c’est là que le travail de Roger Martin commence pour tenter de débrouiller une affaire bien compliquée. Nous suivons alors la carrière de cet homme qui fut aide de camp d’Himmler, chef de bataillon sur le front russe et à qui on reproche l’incendie du village de Boves, en Italie, y faisant assassiner 34 civils. Début 1945, pendant la bataille des Ardennes, il fit fusiller 71 prisonniers de guerre, à Malmédy (Belgique). Condamné à mort en 1946, il fut gracié et sa détention à vie se termina en 1956. Employé chez Volkswagen puis chez Porsche, il fut un dirigeant de la Hiag, une organisation d’anciens SS dans le Bade-Wurtenberg.

 

C’est en 1974 que Paul Cacheux, Alsacien expulsé par les Allemands, en 1940, reconnut Peiper dans la quincaillerie où il travaillait, à Vesoul. Il informa un journaliste de L’Humanité et son expulsion fut demandée par de nombreuses associations et organisations qui se chargèrent d’alerter l’opinion publique.

 

Beaucoup d’éléments de cette affaire Peiper restent inexpliqués mais Roger Martin, avec minutie, tente de reconstituer le puzzle en retraçant la vie de ce Berlinois dont le père était capitaine de l’armée impériale. Toutes les pistes sont explorées car dans cette affaire, « tout n’est que doutes et faux-semblants. »

 

Après en avoir relevé toutes les invraisemblances, Roger Martin livre sa version et, en guise d’épilogue, rappelle le triste souvenir de gens comme Touvier, Papon, Bousquet, etc…, bénéficiant des plus hautes protections politiques et religieuses afin d’échapper à la justice pour les crimes dont ils sont responsables. C’est une histoire de la France qu’il ne faut pas oublier et encore moins passer sous silence. Ce n’est pas un des moindres atouts de ce livre, L’affaire Peiper, que Roger Martin m’a offert et qui a eu la bonne idée de me dédicacer. Un grand merci à lui !

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 17:52

Ce qu’il advint du sauvage blanc par François Garde, Éditions nrf – Gallimard, 2012, 336 pages

 

poster_161268.jpgDepuis Daniel Defoe et son fameux Robinson Crusoé, les aventures d’un Européen abandonné soit sur une île déserte, soit dans une contrée inconnue, dite sauvage, n’ont cessé d’inspirer les écrivains.

 

Ici, François Garde signe un premier roman en s’inspirant d’une histoire vraie : un jeune matelot français, Narcisse Pelletier, âgé de 18 ans, a été abandonné sur une côte d’Australie, au milieu du XIXe siècle. C’est en allant chercher de l’eau pour le reste de l’équipage que notre jeune marin a été « oublié » par ses compagnons qui ont regagné le bateau à bord d’une chaloupe, sans lui ! Faim, soif, espoir, désespoir l’assaillent mais une très énigmatique vieille femme le sauvera avant de le conduire au village d’une tribu où tout le monde vit entièrement nu.

 

En alternance avec le récit des premiers mois de Narcisse Pelletier dans ce monde inconnu, l’auteur nous propose de longues lettres d’un certain Octave de Vallombrun, explorateur, qui a recueilli Narcisse dix-sept ans plus tard, à Sidney. Entendant parler d’un « sauvage blanc » ramassé par un équipage et mis en prison, il se rend chez le gouverneur. Nous lisons alors le récit détaillé du retour de Narcisse à sa vie antérieure. Dans ses rapports au Président de la société de Géographie, Octave de Vallombrun détaille tout ce qu’il entreprend en faveur de son nouveau protégé, jusqu’à son retour en France. Rien n’est simple car Narcisse doit tout réapprendre mais ce qui intéresse le plus, c’est le récit qu’il pourrait faire de ses dix-sept années de vie sauvage.

 

Petit à petit, avec beaucoup de souffrances et de frustrations, Narcisse a dû tout apprendre d’une vie en complète fusion avec la nature. Il a dû oublier sa langue maternelle pour pouvoir s’exprimer comme ses hôtes. À plusieurs reprises, la question se pose de savoir s’il n’aurait pas mieux valu laisser Narcisse, baptisé Amglo (le soleil) par ceux qui l’avaient adopté, dans cette nouvelle vie où il avait fini par s’adapter. Pour narcisse, « Parler c’est mourir », et notre curiosité n’est pas satisfaite pleinement, mais est-ce possible d’expliquer l’inexplicable ? Cette histoire est passionnante, intrigante, de bout en bout. François Garde a parfaitement réussi à nous captiver, faisant réfléchir aussi à ce que nous appelons la civilisation.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 10:55

Sauve-toi, la vie t’appelle par Boris Cyrulnik,  

Éditions Odile Jacob, 2012, 291 pages

 

 

Au départ, Boris Cyrulnik ne voulait pas écrire une autobiographie mais c’est « en déroulant le fil » à partir de son arrestation, à Bordeaux, le 10 janvier 1944, qu’il a finalement livré, avec talent, l’histoire de sa vie.

Neuropsychiatre de renommée internationale, Boris Cyrulnik explique qu’il est né deux fois : le 26 juillet 1937, jour où il est venu au monde, et lorsqu’il a été arrêté dans son lit par des hommes armés. Il avait 6 ans. Ce jour-là, il s’est senti « condamné à mort pour crime qu’il allait commettre… »

Au fil des pages, il détaille ses souvenirs, les confronte à d’autres témoignages et se rend compte de certaines inexactitudes, exagérations ou minorations. Quelques images lui reviennent alors qu’il avait deux ans mais il se demande si cela ne vient pas de photos vues après guerre. Ainsi, il se rend compte que nous agençons des souvenirs épars et que nous recomposons le passé. « En faisant converger ces sources différentes, je me suis fabriqué un souvenir cohérent. » Il constate aussi : Dans une même situation, chacun construit des souvenirs différents ».

 

 

Placé à l’Assistance publique par sa mère, la veille du jour où celle-ci va être arrêtée, il va ainsi passer de l’un à l’autre, encaissant traumatismes et frustrations. Les détails qu’il donne, permettent de comprendre un peu mieux cette période si difficile de notre Histoire : l’Occupation. Quand la paix arrive, rien n’est résolu pour notre garçon qui se voit obligé de se taire car on ne l’écoute pas, on ne le croit pas.

Se considérant comme un petit vieux à l’âge de 10 ans, il affirme « qu’on ne provoque pas l’attachement d’un enfant en le gavant. On l’écoeure, c’est tout. C’est en le sécurisant et en jouant avec lui qu’on tisse ce lien. »

Dès 11 ans, il voulait devenir psychiatre et l’a écrit dans une rédaction. Heureux à Paris avec Dora « la belle danseuse » et Émile «  le costaud scientifique », il constate que, dans l’après-guerre, on oublie tous les juifs qui ont combattu. Ballotté entre Dora et Margot, à Bordeaux, ayant connu aussi les institutions, il cite Georges Pérec, « son frère d’âme ». il connaît le bouillonnement artistique de Paris entre Barbès et Pigalle où il fréquente le lycée Jacques-Decoux. Boris Cyrulnik reconnaît même : Si j’avais été équilibré, je n’aurais pas eu besoin de ce rêve fou : devenir psychiatre ! »

Souvent, il revient sur ce qu’il a vécu dans son enfance avant de parler de sa carrière politique qui débute à … 14 ans, au Parti Communiste, pour cesser deux ans plus tard. Il termine en s’appuyant davantage sur l’évolution des mentalités après la guerre ; il compare le récit supportable d’Anne Frank et celui, glacial, de Primo Levi. Quand il parle du procès Papon, c’est pour affirmer que la mémoire historique n’est pas la mémoire narrative. On a encore fait taire les survivants !

Boris Cyrulnik sait que, pour s’en sortir, il vaut mieux comprendre et pardonner : « Haïr, c’est demeurer prisonnier du passé. »

Bonne lecture !

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article
26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 16:23

La Survivance par Claudie Hunzinger, Éditions Grasset, 2012 , 288 pages

 

La-Survivance.jpg

 

Sils et Jenny sont libraires, passionnés de littérature. Ils se sont spécialisés dans les livres d’occasion mais ils doivent cesser leur activité, les affaires ne marchant pas bien. Ils se réfugient alors dans une ancienne métairie abandonnée, La Survivance, dans le parc des Ballons des Vosges, à plus de 900 mètres d’altitude, au-dessus de Kayserberg. Cette bâtisse oubliée qu’ils avaient achetée 40 ans auparavant, sur un coup de cœur, leur rappelle de merveilleux souvenirs mais là, ce n’est plus pour y passer deux mois d’été… Ils ont décidé d’y vivre et s’y installent avec Betty, leur chienne, et Avanie, leur âne.

 

Alors que remontent les souvenirs de l’époque où leur âne s’appelait Utopie, la dure réalité les rattrape. Il faut rendre à nouveau habitable ce lieu chargé de souvenirs. Ce livre est un véritable hymne à la nature, présenté ici sans concession. Le tout est agrémenté presque à chaque page de références à la littérature, aux livres, pendant qu’à près de 60 ans, nos deux ex-libraires luttent contre le froid, la pluie et les intrusions des animaux sauvages auxquels ils doivent s’habituer.

 


Le trou dans le toit est colmaté. Petit à petit, la vie devient plus facile. Ils retrouvent même le lit commun pour soigner mutuellement leurs corps endoloris. Jenny crée un jardin potager, tente d’élever des poules malgré le renard et les buses pendant que Sils fait du bois pour l’hiver. Quelques voisins imposent peu à peu leur présence : une troupe de cerfs ! Jenny les étudie et ils vont devenir des compagnons réguliers, source de passages de plus en plus savoureux.

 

« Nous étions redevenus deux et c’était très bien. On respirait, on riait, on vivait, on s’engueulait. On savait qu’on passerait notre vie ensemble. Nous avions fait alliance depuis longtemps. » Claudie Hunzinger, en même temps qu’un hymne à la nature, réalise un superbe tableau d’une vie de couple confronté à la dureté mais aussi à la magie de la nature. Si  « des libraires existent encore pour les veilleurs et les esthètes », heureusement que nous avons toujours des écrivains pour réaliser d’aussi délicieux ouvrages.

 

Bonne lecture.

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article