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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 23:00

Syngué sabour : Pierre de patience par Atiq Rahimi,

P.O.L., 2008, 154 p.

 

synguesabour.jpg

 

La scène se passe quelque part en Afghanistan ou ailleurs. Dans une chambre très sobre, un homme gît, inerte, sous perfusion, décharné. Près de lui, une femme égrène un chapelet, devant un Coran ouvert. Dans la pièce d’à côté, deux petites filles pleurent et leur mère va les consoler. Au loin, une bombe explose et des coups de feu se rapprochent.

 

Avec sobriété, et précision, le décor est planté et nous ne nous en éloignerons guère. Atiq Rahimi, avec une immense sensibilité, nous place au cœur de la vie de cette femme qui se confie à cet homme, dans le coma depuis trois semaines. Petit à petit, elle lui avoue ses secrets et implore Dieu de venir à son secours. Elle confie sa vie intime. En dix ans et demi de mariage, ils n’ont eu que trois ans de vie commune, son mari étant absent. D’ailleurs, elle a été fiancée à lui à 17 ans puis mariée en son absence. La parole des sages lui revient : « Il ne faut jamais compter sur celui qui connaît le plaisir des armes. »

 

 

Peu à peu, l’intensité augmente. Des hommes armés surgissent. Elle s’en débarrasse en leur faisant croire qu’elle est une pute… Ce qu’écrit Atiq Rahimi sur la condition féminine est très fort. Elle dit tout à son mari. Il devient sa Pierre de patience, Synghé sabour, en référence à cette pierre noire qui se trouve à La Mecque.

 

Lui revient en mémoire un conte que disait sa grand-mère mais sans lui dire la fin. C’est son beau-père avec lequel elle s’entendait bien qui lui donne la solution. Survient un jeune homme et lui reviennent en mémoire les nuits passées avec son mari, son mépris pour elle et l’absence de plaisir. Tout, elle lui dit tout, jusqu’à ce que… Atiq Rahimi a réussi un petit chef-d’œuvre, réussissant à dérouler une véritable fresque pleine de sensibilité et d’horreur aussi.

Le Prix Goncourt avait justement couronné ce livre en 2008.

Jean-Paul

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 23:00

Quand Jean-Paul eut le plaisir de recevoir et découvrir le dernier numéro d'Hector, il eut la belle surprise de lire ce mot en première page. Appréciez-en la teneur ci-dessous :

 

 

Décidément, en ce mois de juin, l’équipe d’Hector voit nombre de ses plus anciennes signatures prendre leur envol.

 

Quel fidèle lecteur n’a pas été séduit par les «articles de une» ou amené à découvrir un ouvrage grâce aux critiques littéraires de Jean-Paul ?

 

L’homme en bleu, grand amateur de vélo, va changer de cadre. Mais tout en continuant de nous offrir, cette fois à distance et pour une poignée de semaines, son coup de plume clairvoyant sur un monde en mouvement.

 

Merci pour le travail accompli dans une constante bonne humeur… et doucement dans les côtes !

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 23:00

Avant-dernier éditorial rédigé par Jean-Paul avant les vacances estivales. Et bien évidemment celui-ci est consacré au Tour de France cycliste. Un tour qu'il pourra suivre enfin dignement...

 

Un centième rugissant (Editorial du 28/06/2013)

 

Nous y sommes ! Le centième Tour de France débute ce samedi 29 juin  et, pendant trois semaines, va occuper le devant de l’actualité. Cette année, pas de Coupe du Monde de football ou de Jeux Olympiques. C’est donc tout pour le Tour !

 

Bien que créé en 1903, ce sera la 100e grande boucle car le Tour a été mis en sommeil durant les deux guerres mondiales. Pour marquer un anniversaire peu banal, les organisateurs ont réussi une première : faire rouler le peloton en Corse. Pour aussi difficile à croire que cela puisse paraître, le Tour de France n’était encore jamais allé sur l’Île de Beauté alors que tous les pays voisins ont déjà été visités. Pour faire pardonner un si long dédain, la course débutera là-bas et y restera trois jours allant de Porto-Vecchio à Bastia (213 km), ce samedi 29 juin, une étape réservée aux sprinters, puis de Bastia à Ajaccio, par Corte et le col de Vizzavona (1 163 m), et d’Ajaccio à Calvi, en suivant la côte occidentale. De merveilleux paysages  et des vues sublimes ne manqueront pas de pimenter le direct télévisé, repris par un nombre croissant de diffuseurs du monde entier

 

Le mardi 2 juillet, le Tour sera sur le continent, pour un contre-la-montre par équipes, à Nice. Après avoir fait halte à Marseille, il arrivera à Montpellier le jeudi 4 juillet, en provenance d’Aix-en-Provence. Les sprinters, Mark Cavendish en tête, devraient se régaler. Le lendemain, les vingt-deux équipes iront de Montpellier à Albi, avant de se lancer à l’assaut des Pyrénées avec une arrivée à Ax-3-Domaines après avoir franchi le col de Pailhères (2 001 m) et une autre à Bagnères-de-Bigorre après avoir escaladé cinq cols.

 

D’un coup d’ailes, le Tour se projettera en Bretagne, lors de la première journée de repos. Après Saint-Malo, un contre-la-montre individuel permettra d’admirer le site unique du Mont Saint-Michel, le 10 juillet. Tours, Saint-Amand Montrond et Lyon accueilleront la caravane avant que la course devienne de plus en plus difficile au cours de la troisième semaine.

 

Le 14 Juillet se terminera en fanfare au sommet du Mont-Ventoux. Puis Gap fera entrer la course dans les Alpes où un second contre-la-montre individuel très spectaculaire se déroulera sur les hauteurs du lac de Serre-Ponçon. Le jeudi 18 juillet, il ne faudra manquer l’étape sous aucun prétexte puisque les coureurs grimperont deux fois les 21 lacets de l’Alpe d’Huez : spectacle garanti. Le lendemain, une longue étape de 204 km, avec cinq cols, arrivera au Grand-Bornand puis les derniers ajustements au classement se feront le samedi 20 juillet avec l’arrivée en haut du Semnoz, tout près du lac d’Annecy. Pour finir, le Tour déboulera en nocturne sur les Champs-Elysées, un final exceptionnel qui sera salué par les neuf pilotes de la Patrouille de France, après 21 étapes et 3 404 km…

 

Le vainqueur sortant, Bradley Wiggins, étant forfait, son coéquipier Chris Froome est le grand favori de ce centième Tour de France. Né à Nairobi (Kenya), il est de nationalité britannique et a déjà remporté, cette saison, le Tour d’Oman, le Critérium International, le Tour de Romandie et le Critérium du Dauphiné. Son principal rival sera Alberto Contador, vainqueur en 2007 et 2009. Côté tricolore, nous attendons des exploits du très populaire Thomas Voeckler plus les confirmations de Thibaut Pinot, du sprinter Nacer Bouhanni et peut-être de Pierre Rolland.

 

Que la route soit belle et nous fasse rugir de plaisir !

Jean-Paul

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 23:00

On retrouve Jean-Paul, accompagné de Ghislaine, à l'intérieur du Musée Fabre. Voici la deuxième partie de cette journée du 25 juin... une journée bien particulière !

 

Partie 1

 

Plus nous approchions du groupe, plus l’émotion montait. Comment allais-je être reçu ? Quelle allait être la réaction des mes anciens camarades de détention ? Ghislaine aussi appréhendait ce moment des retrouvailles mais tout s’est superbement passé. Nous avons été accueillis à bras ouverts, c’est le cas de le dire ! Fred, Matthieu, Bernard et Hicham m’ont embrassé après que nous ayons salué Audrey, guide-conférencière du Musée, et les personnes du SPIP. Nous avons dit bonjour aussi aux personnes invitées par mes camarades. Hélas, nous avions manqué la présentation d’un tableau par chacun des quatre membres du groupe mais Michel était lancé dans des explications passionnantes à propos d’une oeuvre dont j’ai oublié l’auteur, encore sous le coup de l’émotion…


Par contre, nous avons beaucoup apprécié toute la séquence consacrée aux œuvres de Pierre Soulages dans les salles réservées à cet immense artiste qui dérange mais va très loin dans la recherche en peinture, celle de couleur noire en particulier. Notre guide nous a d’ailleurs ensuite menés devant un tableau du peintre espagnol, Zurbarán, dont Soulages dit s’être inspiré pour le noir. J’espérais avoir été oublié, que la visite se poursuivrait et se terminerait sans que je sois sollicité… Il n’en a rien été et j’ai dû y passer…

 

Ainsi, le petit groupe d’une vingtaine de personnes s’est retrouvé devant « Vertumne et Pomone », un tableau, chef-d’œuvre de Jean Ranc, peintre né à Montpellier en 1674 et mort à Madrid en 1735.

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Ce tableau aurait été peint au début du XVIIIe siècle et a été acquis par la ville en 1964. C’est au cours de ma deuxième visite, le 4 juin 2013, que j’ai eu un coup de cœur pour ce tableau dont les personnages sont d’une finesse remarquable, particulièrement les visages et les mains. Les couleurs acidulées, surtout le jaune et l’orangé, ravissent le regard et le fond, très sombre, met encore plus en valeur les deux personnages. Le drapé des vêtements est remarquablement rendu. L’ombrelle que tient Pomone est bien exploitée par le peintre pour renvoyer la lumière tout autour. La corbeille de fruits est là pour rappeler l’origine du mythe.


Ici, Vertumne, divinité des saisons et des arbres fruitiers, tente de séduire la belle Pomone, nymphe, considérée comme la divinité des fruits. Comme elle refusait de le laisser approcher, Ovide raconte, dans ses Métamorphoses, que Vertumne a pris l’apparence d’une vieille femme pour courtiser la belle. Après lui avoir raconté une histoire, il a repris sa véritable apparence et Pomone n’a plus résisté au beau jeune homme se trouvant devant elle. Elle accepta son amour.

Notons enfin que plusieurs autres peintres, comme Hyacinthe Rigaud, ont représenté la même scène et que Camille Claudel (Musée Rodin, à Paris) en a réalisé une superbe sculpture.

 

J’aurais aimé passer plus de temps dans ce superbe musée, en particulier devant les tableaux de Gustave Courbet mais cela nous motivera pour revenir… plus tard. La demi-journée devait se terminer par une heure réservée aux familles, le SPIP offrant un goûter sur la terrasse de L’Insensé, bar-restaurant du musée. C’était le moment de discussions informelles et amicales entre tous les participants mais surtout un temps privilégié pour resserrer encore plus les liens familiaux.

 

Avec Ghislaine, nous pensions à ce que cela aurait pu être si je n’avais pas obtenu cet aménagement de peine qui me permet d’être enfin chez moi depuis le 9 juin… Avec beaucoup d’émotion, j’ai salué mes camarades qui ont dû repartir en taxi pour Villeneuve-lès-Maguelone avec les trois conseillères du SPIP que nous avons remercié chaleureusement pour la qualité de ce qu’elles organisent afin de permettre aux gens privés de liberté de préparer leur réinsertion, leur retour dans la vie normale.

 

Enfin, nous avons exprimé beaucoup de gratitude à Audrey et à Michel, du Musée Fabre, car ils ont réalisé un magnifique travail au cours des cinq séances et surtout donné envie de revenir…

Il nous restait quelques instants pour flâner sous le soleil et dans le vent Place de la Comédie, passer par la librairie Sauramps, avant de reprendre le tram, direction Odysseum et retour à Sarras… avant 22 h.  


Jean-Paul

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 23:00

Dans l’éditorial de La Feuille d’Hector du 7 juin, vous avez peut-être remarqué le dernier paragraphe parlant des cinq sorties au Musée Fabre de Montpellier organisées par le Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP). Juste avant son placement sous surveillance électronique, Jean-Paul a pu participer aux deux premières séances et a laissé ses quatre compagnons continuer sans lui… Traditionnellement, la dernière sortie est réservée au lien avec les familles. Mesdames les conseillères au SPIP-34 lui ont demandé de bien vouloir revenir avec Ghislaine  pour cette séance fixée au mardi 25 juin. Il ne restait plus qu’à à organiser cela avec le SPIP de l’Ardèche dont Jean-Paul dépend maintenant. Voici le récit d’une journée bien particulière…

 

A priori, tout semblait facile. Suivant les conseils de la personne du SPIP-07 qui me suit maintenant, j’ai fait une demande écrite auprès de la juge d’application des peines (JAP) de Privas. Tout s’est compliqué quand j’ai appris que cette dernière me convoquait le même jour, à 11 h !

Ne me décourageant pas complètement, j’ai tout de même demandé à pouvoir me rendre à Montpellier après le rendez-vous privadois… au cas où cela ne se termine pas trop tard. J’ai attendu une réponse pendant toute une semaine. Ce lundi 24 juin, j’avais abandonné tout espoir quand un appel du SPIP-07 m’a annoncé, en fin de journée, que la JAP m’accordait une sortie exceptionnelle de 9 h 30 à 22 h. C’était vraiment en toute dernière minute mais, avec Ghislaine, nous nous sommes quand même organisés pour prendre la direction de Montpellier, sachant que nous arriverions de toute façon en retard.

 

11 h, TGI de Privas

Retourner dans ce tribunal, après le cauchemar vécu en septembre 2007, n’a pas été chose facile. J’ai revu certains lieux que je préfèrerais oublier. Heureusement, il y avait peu de monde ce qui enlevait un peu de stress. La JAP m’a reçu juste avant 11 h. Elle m’a rappelé tout ce que je savais déjà : mes obligations et mes contraintes.

 

Après lui avoir remis quelques papiers exigés sur la convocation je suis sorti pour retrouver Ghislaine qui m’attendait dans le couloir. Sans traîner, nous avons regagné notre voiture pour rejoindre l’autoroute, à Loriol.

 

Odysseum, Comédie, Musée Fabre

Les grandes villes se sont bien organisées pour faciliter les transports en commun et c’est bien plus agréable que de se lancer dans les embouteillages urbains, surtout si l’on ne connaît pas. Pour Montpellier, je m’étais renseigné avant, au cas où… La responsable de la Médiathèque de Villeneuve m’avait fort bien conseillé : sortie 29, Montpellier-est, Odysseum, parking + Tram, ligne 1… Tout s’est bien passé. Nous avons pu profiter de la ville, très animée et admirer au passage l’Hôtel de Ville, le quartier Antigone… avant d’arriver sur la Place de la Comédie où, il y a tout juste plus d’un an, l’équipe de foot locale fêtait son titre de Championne de France sans incident… Il nous fallait marcher quelques minutes pour arriver devant le Musée Fabre. La personne du SPIP 34 nous avait déjà appelés plusieurs fois pour savoir où nous en étions et nous avons pu signaler notre arrivée pour que Michel, artiste-plasticien du Musée, vienne nous chercher à l’accueil. Il était à peine 14 h 30.

Jean-Paul

 

Partie 2

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 23:00

Le textile qui tue (Editorial du vendredi 21/06/2013)

 

Depuis la terrible catastrophe du 24 avril dernier, à Savar, près de Dacca, au Bangladesh, les choses ont-elles vraiment évolué ?

 

1 1247 travailleurs ont été tués dans l’effondrement de l’immeuble abritant leurs ateliers, le Rana Plaza. L’horreur d’une telle catastrophe ne doit pas faire oublier que, depuis 30 ans, des ouvriers du textile meurent chaque jour, en Asie. Les responsables d’une telle tragédie sont principalement le gouvernement bangladais qui ne fait pas appliquer les lois, l’Association bangladaise des fabricants et exportateurs de textile (BGMEA) qui ferme les yeux sur la dangerosité des bâtiments, mais aussi les marques qui recherchent constamment le produit le moins cher possible pour toujours plus de profit. S’ajoute aussi la corruption mais ce n’est pas une exclusivité asiatique…

 

Dans ces ateliers bondés, les journées sont longues. Les employés sous-payés, mal nourris, envoient le peu qu’ils gagnent à leur famille restée à la campagne. Passant des heures à travailler dans la même position, la main d’œuvre, essentiellement féminine, développe des maladies et les femmes font des fausses couches.

 

Vu d’Europe occidentale où le chômage s’accentue chaque jour, il est tentant de réclamer le rapatriement de ces fabrications. Pourtant, il faut savoir que les Bangladais ont besoin de ce travail pour vivre. Là-bas, en cinq ans, le textile a triplé ses exportations avec 5 400 usines employant quatre millions d’ouvriers rapportant 20 millions de dollars par an. Seule la Chine fait mieux. Il faudrait que les travailleurs puissent se syndiquer afin de défendre leurs droits mais, au Bangladesh, la liberté d’association est très limitée.

 

Les consommateurs que nous sommes seraient-ils responsables ? Oui, parce que nous possédons le pouvoir de décider ou non d’acheter tel produit. Non, parce que le manque d’argent disponible pousse les gens à rechercher toujours le produit le moins cher, à qualité égale. Par contre, ces mêmes consommateurs qui savent s’unir s’ils le veulent, ont la possibilité de faire pression sur les marques pour les pousser à changer leur façon de produire.

 

Enfin, il est édifiant de détailler comment se répartissent les 20 € que coûte une chemise confectionnée au Bangladesh. La marque étrangère se réserve 64 % du prix, ce qui laissera 25 % de bénéfice net après déduction de toutes les dépenses. La marque est obligée de passer par un acheteur, étranger lui aussi, et celui-ci prend 8,3 % du prix de la chemise. Ainsi, 72 % du tarif de cette pièce textile partent à l’étranger. Localement, les fournisseurs de matières premières prennent 16,3 %. L’acheteur et l’industriel locaux gardent 6,9 % et, pour la main d’œuvre, il ne reste plus que 4,5 %. Au final, nous savons que ce sont ceux qui laissent leur santé mais aussi leur vie qui paient vraiment la note…

Jean-Paul

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 23:00

Mille six cents ventres par Luc Lang (Éditions Fayard), 1998, 333 p.

 

93876_2653562.jpgQuelle histoire ! Henry Blain est chef-cuisinier et habite près de Strangeways, une immense prison britannique où s’entassent 1 600 personnes détenues et où il travaille… À cause des conditions de vie et de la surpopulation, une révolte a obligé les forces de l’ordre à évacuer les lieux mais un groupe d’irréductibles résiste.

 

Encore une histoire de prison ! Cela commence à faire beaucoup mais Luc Lang sait être original et captive très vite son lecteur, ce qui lui a valu le Prix Goncourt des lycéens, en 1998.

 

Comme, de sa maison, Henry a un point de vue idéal sur la prison assiégée, il en profite pour louer la place aux journalistes et aux curieux. Il a fait connaissance avec Louise Baker qui travaille pour l’Anglican Tribune, le journal de l’église anglicane du Yorkshire. Souvent grivois et truculent, l’auteur se lance dans le récit de la vie de ce cuisinier qui n’avait pas son pareil pour mener les ventres à sa guise… Comme la valeur de ses compétences est remise en cause par les derniers résistants, à l’intérieur de la prison, il raconte comment il savait faire la pluie et le beau temps sur les bateaux où il a travaillé auparavant.

Diarrhée galopante ou constipation générale, il sait s’y prendre pour obtenir la punition qu’il désire. Il est capable aussi de rendre l’air irrespirable dans la prison en faisant péter 1 600 personnes…

 

Pendant que l’assaut final se prépare, le lecteur va de surprise en surprise grâce aux révélations croustillantes sur le passé de ce cuisinier. C’est l’occasion aussi de mettre en exergue tout ce qui ne va pas dans les conditions de vie imposées en prison, principalement la surpopulation. Le rôle de la télévision et des médias en général n’est pas négligé jusqu’au coup de théâtre final.

 

Bonne lecture avec Mille six cent ventres et bon appétit !

Jean-Paul

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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 11:14

Trois fois par semaine puis plus qu'une seule fois, les parloirs ont inexorablement marqué les 1223 jours d’incarcération que Jean-Paul a vécus. Ces moments chargés d’intensité et d'émotion ont été un moyen pour Jean-Paul, sa famille et ses amis de tenir. Dans ces lieux très impersonnels et exigus, Jean-Paul a vu quasiment chaque semaine son épouse, Ghislaine. Il a également vu grandir ses petites filles qui n’ont pas manqué de lui rendre visite lors de chaque période de vacances scolaires. C’est aussi dans ce cadre-là qu’il a fait connaissance de son premier petit-fils, début 2013.

 

Les principaux liens physiques avec le monde extérieur ont eu lieu entre quatre murs et deux portes (avec une petite vitre pour chacune d’elle) fermées à clé. A propos de l’importance des parloirs pour les détenus, on peut se rappeler de l’intervention de Dominique Wiel à Tournon en 2007 dans laquelle il avait longuement souligné le fait que sa famille n’avait jamais raté une seule semaine de parloir malgré la distance entre domicile et prison !

 

Entre mars 2010 et le dimanche 9 juin 2013, chaque semaine, famille et amis de Jean-Paul se sont rendus aux parloirs. Jusqu’au refus du pourvoi en cassation en mai 2011, Jean-Paul avait droit à trois parloirs hebdomadaires ; après cette date, ce nombre fut réduit à un.

 

Au total, nous comptabilisons 205 parloirs d’assurés que ce soit à Nîmes et à Villeneuve lès Maguelone :

            - 30 à Nîmes en 2010

            - 101 en 2011 dont 80 à Nîmes et 21 à Villeneuve

            - 52 en 2012

            - 22 en 2013 et un dernier trajet pour aller chercher et ramener Jean-Paul

 

A ce chiffre, il faudrait rajouter les parloirs ayant eu lieu à Privas, soit une quinzaine.

 

Si nous calculons le nombre de kilomètres parcourus entre Sarras et Nîmes (280km aller-retour) puis Montpellier (500km aller-retour), nous arrivons à près de 78 300 kilomètres !

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 23:00

Le sumo qui ne pouvait pas grossir par Éric-Emmanuel Schmitt, Éditions Albin Michel, 2009, 112 p.

 

9782226190901-j-copie-1Après le régal offert par  Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran et  Oscar et la dame rose, toujours dans le cycle de l’Invisible, ce régal s’est prolongé, voire amplifié avec Le sumo qui ne pouvait pas grossir.

 

Jun a 15 ans et vit à Tokyo, vendant quelques bricoles à la sauvette sur un trottoir. Shomintsu, un homme d’âge mûr, maître sumo, passe par là et lui répète tous les jours : « Je vois un gros en toi. » Rachitique et mal dans sa peau, Jun ne veut pas du ticket pour assister à une compétition de sumo que lui donne Shomintsu : « Je n’irai jamais voir un match de sumo, le sommet de ce que je haïssais au Japon, le pic du ringard, le Fuji-Yama de l’horreur… Des tas de lard de deux cents kilos, en chignon, quasi nus, un string de soie dans le cul… »

 

Ainsi l’auteur prête sa plume à Jun qui raconte à la première personne, avec un humour caustique omniprésent, le cheminement qui va suivre. Shomintsu n’abandonne pas et, après plusieurs rebondissements, Jun décide de cesser sa vie errante et d’aller au sumo. Écoeuré d’abord par « ce chapelet de saucisses multicolores » dont le plus léger pèse 95 kg et le plus lourd 280 kg, il est conquis et éjecte ses préjugés.

 

Le voilà maintenant élève de l’école de Shomintsu. Jun a beau se gaver, il se remplume juste et ne devient pas gros. Il se sent « un perroquet prisonnier dans une cage à préjugés ». Remontent alors les souvenirs de son enfance, la souffrance de ses parents et cette mère, un ange qui console tout le monde sauf son fils. Shomintsu lui apprend la méditation, le zen, comme au yoga et Jun se révèle à lui-même.

 

Le sumo qui ne pouvait pas grossir est une formidable leçon de vie et d’amour. La grosse surprise finale réservée par l’auteur est un grand moment de bonheur qui fait venir les larmes aux yeux.

 

Merci à Sylvie de la Médiathèque de Villeneuve-Lès-Maguelone qui nous a permis de lire Le sumo qui ne pouvait pas grossir.

Jean-Paul

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 23:00

Aujourd'hui, nous vous proposons des extraits de la lettre de Marc, écrite le 5 juin 2013, reçue le 7 juin et lue le 9 juin, dans la voiture ramenant Jean-Paul chez lui… Nous le remercions d'avoir accepté la publication de son courrier et lui souhaitons évidemment beaucoup de courage car Marc continue d'être incarcéré.

 

Mon très cher Jean-Paul,

 

Avant de regarder Uruguay – France, il est 18 h 30, je suis dans ma cellule. Je me suis dit : « Je vais écrire à mon petit Jean-Paul. » Je voudrais tellement que cette lettre t’arrive ce samedi 8 et que tu la lises à ton arrivée.

 

Cet après-midi, j’ai marché avec toi. Je me disais : « C’est la dernière fois que je suis avec lui sur ce stade sans gazon… » À un moment, je t’ai dit : « Regarde bien cette montagne en face de toi, les grilles, le béton et les barbelés. Tu ne reverras plus tout cela… » Mais je te rassure, on fera un jour des randonnées sur l’Aubrac ou ailleurs. Je vais continuer à m’entraîner tous les lundis et mercredis après-midi pour que je sois en forme. Toi et ta petite femme, vous allez reprendre le vélo et je sais que vous allez garder la condition.

 

Dimanche, ton jour venu, vive la liberté pour toi ! Ta famille, tes amis t’attendent. Fini grilles, portes, serrures verrouillées, l’attente d’un surveillant pour ouvrir sa cellule et prendre une bonne douche et toute cette patience qu’il faut avoir. J’ai mon imagination et mon esprit tout remplis de toi. Je ne puis t’oublier. Partout où j’irai, dans cette maison d’arrêt, ton ombre me suivra mais je te l’avais dit déjà de vive voix. Tu es devenu un grand ami. Comme tu as pu le voir, sur les 750 détenus présents, il en a eu un qui est sorti du lot : mon Jean-Paul !... Tu es quelqu’un avec de grandes valeurs, honnête et un grand cœur. Je ne sais pas comment te dire un grand merci pour les services que tu m’as rendus. Quand j’avais besoin de faire une lettre, tu as été toujours présent. Je n’oublierai jamais les bons week-ends passés ensemble. On parlait beaucoup de sport. On partageait quand même de bons moments.

 

Maintenant, je serai loin de toi. Tu seras loin de mes yeux qui sont bien malheureux mais la chose que je peux te dire, malgré la distance, c’est qu’il n’y a qu’à toi que je portais une grande estime.

 

Pour toi, une nouvelle vie va commencer : un peu de jardinage, bientôt le Tour de France. Fais attention aux premiers verres de vin ! Bois avec modération !

 

Je vais m’arrêter là pour ce soir car je vais manger et puis regarder le match de foot : « Allez la France ! » Surtout, profite de la vie. Fais le plein d’un maximum de forces, profite bien de ta famille et de tes proches. Sache que tu vas beaucoup me manquer mais je suis super content pour toi que tu retrouves la liberté et, on peut le dire, tout ça pour rien.

Je t’embrasse bien fort.

Marc

 

PS : et dire qu’on a regardé un derby Lyon/ASSE ensemble, c’est beau !

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