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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 17:29

L’homme qui aimait les chiens par Leonardo Padura, Éditions Métailié, 2013, 741 p.

traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zayas

 

l-homme-qui-aimait-les-chiens-M103571.jpgFresque foisonnant de détails historiques adroitement mêlés à la fiction, L’homme qui aimait les chiens emmène le lecteur à Cuba, d’abord, puis en Espagne, en Union soviétique (l’ex-URSS), en Turquie, en France, en Norvège et enfin au Mexique, suivant le parcours extraordinaire de Lev Davidovitch Bronstein, plus connu sous le nom de Léon Trotski.

 

L’auteur, Leonardo Padura, est un écrivain cubain confirmé qui s’est rendu célèbre grâce à ses romans policiers. Avec talent, il mène de front le récit que fait Iván, un écrivain à la peine, installé à La Havane en 2004, et la vie mouvementée de Trotski. Sans concession pour la situation de son pays, il rappelle : « …des années irréelles, vécues dans un pays obscur et lent, toujours chaud, qui s’effondrait plus chaque jour. »

 

Brusquement, on délaisse Cuba pour se retrouver à Alma-Ata, ville du Kazakhstan (Almaty aujourd’hui), le 20 janvier 1920, avec Trotski, Natalia Sedova, son épouse, leur fils, Liova, et leur chienne, Maya, de la race barzoï. Mis à l’écart, déportés par Staline, les voilà maintenant, par moins 40 degrés, près de Samarkand, en Ouzbékistan aujourd’hui.

 

Enfin, voici Ramón Mercader, en pleine guerre civile d’Espagne, avec sa mère, Caridad, qui lui demande de tout donner pour la cause. L’auteur décrit bien l’ambiance et les luttes internes entre les diverses composantes du camp républicain. Le récit foisonne d’anecdotes. Il est haletant aussi alors que chacun sait comment cela va se terminer…

 

Grand amateur des livres de Raymond Chandler, Iván, sur la plage de Santa María del Mar, lit la nouvelle intitulée « L’homme qui aimait les chiens », publiée en 1936. Sur cette même plage, il se lie avec un homme étrange qui vient faire courir là ses deux lévriers russes, des barzoïs encore. Cet homme dit s’appeler Jaime López.

 

Au fil des pages, le lecteur s’attache aux pas de Trotski, travailleur acharné qui, dans sa sévère disgrâce, réalise ses propres erreurs et comprend toute l’horreur d’une dictature stalinienne qui élimine sans cesse tous ses compagnons de route. En 1932, Trotski et sa famille perdent leur citoyenneté soviétique. Il est même déclaré : « Ennemi du peuple » alors qu’en URSS, des millions de paysans meurent de faim, des centaines de milliers d’hommes et de femmes se retrouvent dans des camps de travaux forcés, des colonies de déportation et vivent pieds nus…

 

Après une île turque, Trotski peut vivre en France, à Saint-Palais (Charente), à Barbizan et même Chamonix et Domène (Isère). Pourchassé et inquiété aussi bien par les communistes staliniens que par les « cagoulards » fascistes, il se réfugie en Norvège où il reconnaît que « le stalinisme s’avérait être la forme réactionnaire et dictatoriale du modèle socialiste. »

 

En parallèle, nous suivons le parcours de Ramón Mercader, conditionné pour commettre l’irréparable alors que disparaissent peu à peu tous les proches de Trotski. À Mexico, nous rencontrons Diego Rivera et Frida Kahlo qui hébergent le proscrit. Tout le stratagème de son futur meurtrier est méthodiquement décrit avec juste ce qu’il faut de fiction pour mener le lecteur au bout de ce qui reste inéluctable : l’assassinat.

 

L’homme qui aimait les chiens est une fresque passionnante qui donne envie d’en savoir plus sur toute cette époque et nous conte enfin ce qui fut la suite de ce drame mexicain.

 

Merci à Simon qui a eu la bonne idée de nous offrir ce livre.

Jean-Paul

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 11:00

La grogne gagne (Éditorial du 22/11/2013)

 

Au cours de ce mois de novembre, la grogne semble gagner du terrain et touche de plus en plus de catégories sociales et professionnelles.

 

La prochaine application de l’écotaxe poids lourds a été le déclencheur de nombreuses manifestations, particulièrement en Bretagne. Cela mérite que nous nous attardions un peu sur ce que représente ce prélèvement supplémentaire décidé en 2011.

 

Tout d’abord, il faut bien préciser que l’écotaxe existe depuis plusieurs années et s’applique déjà dans plusieurs domaines car elle résulte du principe du pollueur-payeur. En avance sur le problème de l’eau, la France avait pris du retard sur la fiscalité écologique dans d’autres domaines bien que le bonus-malus appliqué aux véhicules soit une réalité depuis plusieurs années.

 

Le besoin d’explication est grand pour faciliter la compréhension. Hélas, cette nouvelle mesure vient s’ajouter à d’autres hausses ou réformes mal comprises et l’amalgame est vite fait car les revenus stagnent et régressent même.

 

L’écotaxe poids lourds vise à modifier les comportements et à trouver les financements pour le développement de transports moins polluants. Elle ne serait payée que par les transporteurs faisant rouler des camions de plus de 3,5 tonnes, soit environ 600 000 véhicules. En moyenne, cette taxe serait de 13 centimes d’euro par kilomètre mais il faut savoir que des abattements seraient appliqués : 50 % pour la Bretagne et 30 % pour Aquitaine et Midi-Pyrénées, régions excentrées. 10 000 km de nationales et 5 000 km de routes départementales ou communales seraient concernées dans 65 départements.

 

L’ensemble de cette écotaxe poids lourds devrait rapporter 1,15 milliard d’euros par an. L’État garderait 750 millions à consacrer aux voies ferrées et fluviales plus l’entretien des nationales. 150 millions iraient aux collectivités territoriales qui peinent à entretenir leur voirie et 250 millions resteraient à la société Ecomouv, choisie pour créer le système et le faire fonctionner.

 

Il faut aussi savoir que les transporteurs sont déjà taxés dans plusieurs pays comme la Suisse, l’Allemagne, la République Tchèque, la Slovaquie, avec des systèmes différents mais le même boîtier GPS sur les camions. En France, cette taxe concernant tous les poids lourds, français comme étrangers, aurait dû s’appliquer à partir du 1er janvier 2014 mais, pour l’instant, cette date est reportée.

 

Enfin, dans ce contexte de grogne presque générale, les gens qui ont hué le Président de la République en profitant de la cérémonie du 11 Novembre, sur la tombe du soldat inconnu, ont particulièrement choqué bon nombre de Français. Si chacun peut s’exprimer dans notre République, il est indispensable que tous respectent ces temps forts rappelant tant de souffrances et tant de morts.

Jean-Paul
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 18:54

La dame du Palatin par Patrick de Carolis, Plon, 2011, 442 pages

 

la_dame_du_palatin.jpgAvec ce troisième roman paru en 2011, le célèbre journaliste qui dirigea France télévisions de 2005 à 2010, fait encore honneur à sa région d’origine. Né à Arles, Patrick de Carolis réalise, dans La dame du Palatin, une formidable fresque qui emmènera son héroïne, Paulina, jusqu’à Rome.

 

D’ailleurs, le titre est un peu trompeur puisque près de la moitié du livre se passe non pas dans la capitale de l’empire romain mais au bord du Rhône, dans la bonne ville d’Arles (Arelate). Avec minutie et beaucoup de détails, l’auteur  nous permet de vivre au quotidien la vie d’une famille aisée, émaillant son récit de beaucoup de mots latins employés dans la vie courante. Les descriptions sont soignées et visiblement très documentées. Ce type de roman se révèle fort intéressant puisqu’il permet d’apprendre quantité de choses tout en se laissant prendre par le déroulement d’une vie, ses peurs, ses joies, ses intrigues et surtout ses superstitions dont le poids semble énorme.

 

Pompeius Paulinus, le père de Paulina, est un riche armateur, qui décide de fiancer sa fille, âgée de 14 ans, à un questeur du Sénat, afin de favoriser ses propres espoirs de promotion. Le mariage arrive et elle devient une jeune matrone avant de donner naissance à un garçon. Le livre devient alors un vrai manuel de puériculture avec tant de traditions à respecter où l’on voit se mêler le passé de ces peuples occupant la Gaule et la modernité romaine. Pauline va voir un Vieux sage, une sorte de druide, grâce à sa tante, Bubate, et une phrase pleine de sagesse a retenu notre attention : « La vie ressemble à une roue qui roule, un jour dans l’herbe tendre, un autre dans le sable, un autre dans le marais. L’essentiel est qu’elle ne se brise ou ne s’enlise pas. »

 

Après divers événements, Pauline découvre enfin la réalité romaine, les intrigues, une ville « étrange, grouillante, pétrie d’orgueil. » Le retour de Sénèque qui était exilé en Corse, va changer la vie de l’héroïne : « Rome est un théâtre où l’on peut jouer toutes les pièces et se livrer aux pires folies, » déclare Sénèque qui parle d’expérience.  Nous sommes en 54 après J.C, soit en l’an 807 pour les Romains,  et l’empereur Claude décède à l’âge de 64 ans. L’auteur nous fait vivre alors toutes les vicissitudes de ces gens assoiffés de pouvoir avec Agrippine aux commandes puisqu’elle réussit à mettre Néron, son fils, sur le trône. Il n’a que 17 ans.

 

Sénèque, qui avait été le précepteur du nouvel empereur, voit celui-ci dégénérer de plus en plus. Il organise des fêtes, flattant son talent supposé d’artiste, chante, joue de la lyre, écrit des poèmes mais n’hésite pas à supprimer tous ceux qui pourraient le gêner : « Nul n’ignore la cruauté de Néron. Que reste-t-il à celui qui a assassiné son frère et sa mère, sinon à se faire le bourreau du maître qui l’a instruit ? », s’exclame Sénèque qui ajoute : « Rien de plus inégal que la destinée. Le terme de chaque vie est fixé d’avance et rien ne peut le modifier. »

 

Jean-Paul

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 18:46

Un centenaire se prépare (Éditorial du 15/11/2013)

 

Même le prestigieux prix Goncourt est dans le ton. En couronnant « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre, ce prix littéraire attire l’attention sur l’après 1914 – 1918 et permet de comprendre un peu mieux ce qu’a été ce terrible affrontement et surtout ses conséquences pour le quotidien des Français.

 

2014 sera donc l’année du centenaire du déclenchement de ce que l’on appelle communément la Première guerre mondiale et qui devait être « la der des ders »… Pendant ces quatre années, 60 millions de soldats ont été concernés et l’on a dénombré environ 9 millions de morts, plus 20 millions de blessés. Une course aux armements avait précédé le conflit et, dans les principaux pays d’Europe, un impérialisme conforté par de nombreuses colonies, surtout en Afrique et en Asie, renforçait des nationalismes de plus en plus exacerbés.

 

D’énormes changements géopolitiques ont découlé de cette guerre. La Société des Nations (SDN), précurseur de l’Organisation des nations unies (ONU), a été créée afin de maintenir une paix bien fragile. Hélas, nous savons ce qui s’est passé ensuite et que les conflits armés sont toujours d’actualité.

 

Afin de préparer au mieux cet anniversaire, une grande collecte de souvenirs familiaux est organisée du 9 au 16 novembre. Tous les documents (lettres entre soldats ou avec des proches, carnets de croquis, souvenirs écrits, photos ou objets) seront numérisés puis rendus à leurs propriétaires car ils racontent une histoire qui ne doit pas s’évanouir et disparaître.

 

Intéressante à plus d’un titre, cette collecte, il faut le souligner, est européenne. En effet, menée par Europeana 1914 – 1918, elle a déjà été réalisée en Allemagne, en 2013. C’est au tour de la France, cette année, et elle est organisée par les Archives nationales, la Bibliothèque nationale et la Mission du centenaire. Espérons que la date limite ne soit pas trop stricte car ce n’est pas toujours facile de se plonger dans les archives familiales et de rechercher des documents précis. Pour faciliter cette grande collecte, il faut noter aussi que l’Éducation nationale a été mobilisée et que tous les établissements, de l’école primaire au lycée, devraient servir de relais avec les Archives de chaque  département.

 

Enfin, il faut signaler que le 101e Tour de France marquera aussi ce centenaire, le 10 juillet 2014, puisque l’étape Arras – Reims passera par le département de l’Aisne, empruntant le tristement fameux Chemin des Dames où de sanglantes batailles ont opposé les armées allemande et française. Pour l’occasion, des bandes de bleuets seront plantées le long de cette route chargée d’histoire. Cette fleur a été choisie comme le symbole de la mémoire et de la solidarité envers les Anciens combattants et les autres victimes de la guerre.

Jean-Paul

 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 12:15

Mauvais genre, BD de Chloé Cruchaudet, Éditions Delcourt, 159 pages

d’après « La garçonne et l’assassin » de Fabrice Virgili et Danièle Voldman (Éditions Payot)

  

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C’est d’abord un beau livre, très agréable à prendre en mains, un superbe roman graphique.

 

Dans Mauvais genre, Chloé Cruchaudet nous conte, à partir de faits réels et d’après le livre de deux historiens, Fabrice Virgili et Danièle Voldman (La garçonne et l’assassin), l’histoire de Paul Grappe et de Louise Landy.

 

Les premières pages placent le lecteur en pleine cour d’assises, un procès qui ne manque pas d’intriguer. « Reprenons au commencement » demande le président et l’histoire défile au rythme des dessins au tracé toujours fin et subtil. Au travers de toutes les nuances du noir au blanc, seul le rouge intervient de temps à autre, surtout pour du sang ou quelques vêtements féminins.

 


L’histoire est prenante, émouvante, dramatique aussi car Paul, pour échapper à l’enfer des tranchées, a déserté et il est devenu… Suzanne Landgard. Se transformer en femme n’est pas chose facile mais Paul - Suzanne va aimer ça et les rencontres, plutôt cocasses au début, frôlent rapidement le drame car l’on touche à l’homosexualité, au changement de genre : « Elle était plusieurs partenaires à la fois, un être complet et magnifique », déclare un témoin, à la barre.

 

La jalousie aussi déchire ce couple avant que Suzanne ne puisse retrouver sa véritable identité suite à l’amnistie des déserteurs, en 1925. Hélas, cela ne règle rien, bien au contraire. En effet, les traumatismes du front ne sont jamais effacés, ce que l’auteure a su si bien illustrer dans une série de doubles-pages d’une force incroyable.

 

Le texte est présent, seulement si nécessaire, prouvant tout le talent de Chloé Cruchaudet. Au moment où débute la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale, Mauvais genre est encore plus d’actualité.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis de découvrir ce magnifique ouvrage.

Jean-Paul

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 15:57

Hier jeudi, le Goncourt des Lycéens 2013 a été attribué à Sorj Chalandon pour Le quatrième mur, livre dont vous aviez pu lire la chronique très récemment. Nous vous la proposons à nouveau.

 

Le quatrième mur par Sorj Chalandon, Grasset, 2013, 325 pages

 

sorj-chalandon-le-quatrieme-mur.jpgUne fois de plus, Sorj Chalandon sort de l’ordinaire. Après avoir traité de la mort dans un petit village de Mayenne (Une promesse) puis nous avoir éclairé sur  la terrible histoire des indépendantistes de l’Irlande du nord (Mon traitre  et Retour à Killybegs), il nous emmène cette fois au Liban. L’auteur qui fut journaliste à Libération puis au Canard enchaîné, était présent à Beyrouth en 1982 et a vécu ce qu’il décrit.

 

Si l’on commence par une scène dramatique avec un tank syrien qui tire sur un taxi, à Tripoli, le jeudi 27 octobre 1983, le retour en arrière permet de faire connaissance avec Samuel Akounis, Sam, un résistant grec d’origine juive qui se lie d’amitié avec Georges, le narrateur, un double de l’auteur puisque Georges est son second prénom.

 

« Lui la gaieté, moi le chagrin. Lui, le cœur au printemps, moi, la gueule en automne. » C’est ainsi que Georges les définit tous les deux, Sam ajoutant : « J’ai trop souffert pour être malheureux. » À 34 ans, Sam a décidé de faire jouer Antigone, de Jean Anouilh, par des acteurs libanais dont les camps se font la guerre et nous apprenons que « le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public ». Cette paroi invisible sépare la scène de la salle mais certains rôles permettent de la franchir. Dans Antigone, c’est le Chœur qui brise ce quatrième mur.

 

Ils sont palestinienne, sunnite, druze du Chouf, maronite du Yemmayzé, chiites, chaldéenne et catholique arménienne. Sam a mis deux ans pour réussir le casting mais la maladie le cloue au lit et il demande à Georges de partir là-bas pour réaliser la mise en scène.

 

La violence est présente d’abord avec les batailles d’étudiants militants d’extrême-gauche de la fac de Jussieu dont faisait partie Georges, et les membres d’Ordre nouveau, groupuscule d’extrême-droite. Parallèlement à ça, ce que va vivre le narrateur, au Liban, est d’une horreur incroyable. : « Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l’acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées, les unes après les autres, les klaxons des voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore, encore, encore. » Terrible description du bombardement de Chatila que complètera Georges par sa visite de ce quartier après le massacre… Le comble de l’horreur.

 

Il y croit jusqu’au bout par amitié pour Sam, par fidélité pour ces jeunes Libanais pleins d’espoir mais embourbés dans leurs contradictions et dans les obligations de leur camp. Enfin, la conclusion est d’une froideur terrible lorsque Georges répond : « Personne ne quitte ce monde vivant. »

 

Le quatrième mur est poignant, terriblement émouvant. Sorj Chalandon a ramené un sac de pierres du Liban et il en remet une à chacun de ses lecteurs, comme il nous l’a confié à la Fête du livre de Saint-Étienne. Ce roman faisait partie de l’avant-dernière sélection pour le Prix Goncourt 2013.

Jean-Paul

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 00:00

Après une interruption liée aux vacances scolaires, nous retrouvons l'éditorial de la Feuille d'Hector que Jean-Paul continue de rédiger. Bonne lecture.

 

Gaz de schiste : c’est non (Éditorial du 8/11/2013)

 

Depuis que 64 permis d’exploitation du gaz de schiste ont été délivrés en 2010 par le gouvernement français, la bataille fait rage entre opposants et partisans de cette source d’énergie.

 

Après des débats houleux et de nombreuses manifestations montrant la ferme opposition des populations concernées, principalement dans le sud de la France, la loi du 13 juillet 2011 a interdit la fracturation hydraulique des sols, seule technique permettant d’extraire le gaz et le pétrole de schiste. Situé entre 2 000 et 3 000 mètres de profondeur, ce gaz est piégé dans la roche. Pour l’extraire et le faire remonter à la surface, il faut injecter à haute pression de 7 à 15 milliards de litres d’eau mélangée à du sable et à des produits chimiques. Partout où cette technique a été utilisée, des dégâts sérieux sur l’environnement ont été constatés. Cette loi répond donc à un principe de précaution et  surtout de prévention bien réel.

 

Or, la société texane Schuepbach contestait l’annulation de ses permis d’exploitation à Nant (Aveyron) et à Villeneuve-de-Berg (Ardèche). Espérant obtenir gain de cause, elle avait déposé une question prioritaire de constitutionalité (QPC) contre la loi de 2011 mais le Conseil constitutionnel a validé récemment la loi. Maintenant, cette société étatsunienne réclamerait un milliard d’euros d’indemnisation à la France…

 

En Europe, la France est le pays le plus radical sur ce sujet car la multiplication de petits forages serait un véritable désastre. L’Allemagne en est encore au stade de la réflexion alors qu’en Pologne, la ressource est exploitée et se révèle d’ailleurs inférieure aux prévisions.

 

La loi de 2011 n’interdisant pas l’expérimentation, il est évident que les pétroliers ne lâcheront pas leur proie et tenteront de s’engouffrer dans cette brèche en faisant du lobbying à tous les niveaux.

 

Il est donc important que tous les citoyens fassent preuve d’une vigilance extrême et s’intéressent au débat qui n’est pas terminé, loin de là. D’autres sources d’énergie existent et beaucoup d’autres ne sont encore qu’à peine explorées. C’est le moment de faire preuve d’imagination.

Jean-Paul

 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 23:00

Ma vie n’a pas commencé par Leny Escudero,

Le Cherche midi, 2013, 424 p.

 

9782749115696.jpgTout au long de cette autobiographie qui sera complétée par un second volume, Leny Escudero, par petites touches, nous fait entrer dans ce qui fut son aventure, une vie riche en douleurs et en joies.

 

D’ouvrier du bâtiment à auteur-compositeur-interprète, cet homme a bouleversé tous ceux qui ont entendu ses chansons. Lui qui ne cherchait pas le succès et n’aimait pas sa voix, a connu la célébrité avec des titres comme Pour une amourette, Parce que tu lui ressembles, L’arbre de vie, À Malypense, Ballade à Sylvie, La grande farce, Le Bohémien, Fils d’assassin… mais il faudrait les citer tous et surtout l’écouter, le réécouter.

 

Avec sincérité, toujours beaucoup d’émotion et des remarques très justes sur les rapports humains, il raconte son arrivée à Paris alors qu’il n’a pas 20 ans. On l’embauche comme manœuvre terrassier. Ce fils de républicains espagnols réfugiés en France va de boulot en boulot et attend sa naturalisation, surpris d’apprendre qu’il faut donner une enveloppe bien garnie pour que son dossier soit enfin examiné… C’est finalement un député chez qui il travaille, qui règle son problème alors que Leny ne nous cache rien de ses amours et de sa vie familiale.

 

Il commence à chanter dans une arrière salle de café : « Ce sont mes premiers contacts de faiseur de chansons avec des gens que je ne connais pas. Ils ont l’air d’apprécier… » Plus loin, il avoue : « Je ne connais rien à la musique. »

 

Tout en continuant à travailler sur des chantiers, il avance peu à peu dans le monde de la chanson, rencontre Maurice Fanon. Christian Sarral, son guitariste, ne veut pas qu’il envoie ses textes à d’autres chanteurs pour qu’il ne soit pas classé comme auteur.

 

Les chapitres, moments de vie intenses et souvent très émouvants, se succèdent. Jacques Canetti, chez Philips, croit en lui. Félix Leclerc le conseille. Il part en tournée avec Raymond Devos et Juliette Gréco, se heurte à l’hostilité de Jacques Brel : « Jacques Brel m’a haï tout de suite. Longtemps. Je n’ai jamais su pourquoi. » Peut-être était-il jaloux de son passé qu’il trouvait « Trop beau pour être vrai ! » Philips vire Canetti, Boris Vian aussi, et veut faire de Leny un chanteur de rock !

 

Leny reprend alors les petits boulots aux Halles de La Villette mais il tente sa chance à L’Échelle de Jacob. À Vichy, où ça se passe mal sur scène, c’est Fernand Raynaud qui vient à son secours et restera l’un de ses meilleurs amis. Léo Messir, directeur artistique chez Barclay, lui permet d’enregistrer à nouveau. Le succès est là mais Leny s’en va faire le tour du monde. Il aide même à construire une école en Afrique.

 

Après avoir tourné dans « Une femme flic » d’Yves Boisset, il refuse de signer avec Artmédia, voulant garder toute son indépendance et cette agence bloque toutes les propositions qui lui sont faites ensuite pour le cinéma.

 

Après avoir refusé la médaille des Arts et Lettres que Jack Lang voulait lui décerner, il n’accepte pas d’aller au « Grand Échiquier » de Jacques Chancel parce qu’on veut qu’il remplace « La Grande Farce » par deux autres chansons moins dérangeantes…

 

Personnage entier, Leny Escudero est un formidable artiste, inspiré par Gaston Couté, le fameux poète libertaire. Ma vie n’a pas commencé permet de le découvrir et de mieux le connaître en attendant impatiemment la seconde partie… et le polar qu’il a promis d’écrire…

Jean-Paul

 

Un immense merci à Bernard D. Il nous a offert ce livre magnifique dédicacé par l’auteur  qui a noté son expression préférée : « VIVE  LA  VIE ,  VIVE  L’AMOUR ».

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 17:59

Lampedusa, porte d’entrée (Éditorial du 18/10/2013)

 

Le drame de Lampedusa braque les projecteurs de l’actualité sur des gens qui fuient leur pays d’origine au péril de leur vie dans l’espoir d’une vie meilleure. Ils quittent tout pour tenter d’entrer dans cette Europe qui les fait rêver et que des passeurs sans scrupule réussissent à leur vendre.

 

Dans ce récent naufrage, plus de 300 personnes ont péri, tout près de l’île de Lampedusa, une île italienne en pleine mer méditerranée, située plus près de la côte tunisienne que de la Sicile et à 220 km de Malte. Ses 6 000 habitants vivent grâce à la pêche et au tourisme. Le seul lieu habité de ce territoire de 20 km2, c’est la ville portuaire de Lampedusa, le reste de l’île étant aride et assez désertique.

 

Ainsi, tout migrant ayant mis le pied sur cette île se trouve de fait en Europe et à la charge du gouvernement italien qui dénombre 30 000 arrivées depuis début 2013. Le problème est donc permanent et il a fallu une catastrophe, une fois de plus, pour que l’on en parle…

 

1000 personnes s’entassent dans un centre d’accueil de 250 places. Après les Tunisiens en 2012, ce sont donc maintenant, avec des Syriens, des Somaliens et des Érythréens qui tentent de venir vivre en Europe. Depuis ce qu’on appelle la Corne de l’Afrique, quel voyage ont donc effectué ces gens ? Quelles souffrances ont-ils endurées ?

 

Depuis les accords de Schengen mis en place en 1995, les conditions d’entrée et les visas sont harmonisés dans vingt-deux pays de l’Union européenne (UE) plus quatre autres : Islande, Norvège, Suisse et Lichtenstein. Il n’y a normalement plus de contrôles aux frontières, sauf cas particuliers. Pour les trois pays du sud de l’Europe (Grèce, Italie et Espagne), cet afflux permanent de migrants est devenu trop lourd à gérer.

 

Il serait temps, là aussi, que la solidarité devienne effective entre tous les pays de l’UE afin que tous ces gens qui fuient guerres et persécutions soient enfin accueillis comme des être humains.

 

Jean-Paul

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 23:00

Les Roms, un problème européen (Éditorial du 11/102013)

 

Intolérance, suspicion, amalgame, peur de l’autre, tout y est dès que l’on entend parler des Roms, un terme adopté en 1971, à Londres, puis confirmé en 2002 par l’Union romani internationale (IRU), lors de son congrès à Paris. Ce mot employé sans discernement désigne officiellement : « des hommes et des femmes mariés et parents faisant partie d’un groupe de voyageurs, gitans ou tziganes. » C’est bien sûr un terme générique car les Roms sont constitués de nombreux groupes et sous-groupes.

 

Lorsque cela se passe mal à proximité d’un camp de Roms, il ne faut pas oublier que ces gens sont contraints à une tragique errance et il faudrait essayer de comprendre pourquoi la délinquance explose au sein de ces populations venues de l’Europe de l’est, principalement de Roumanie et de Bulgarie.

 

Ces deux pays ont adhéré à l’Union européenne (UE), en 2007, avant que le sort des Roms soit réglé, alors que plusieurs millions d’entre eux étaient déjà maltraités, discriminés, la plupart du temps considérés comme des sous-hommes. Alors que l’UE privilégie les droits, les valeurs communes, les principes européens, chaque État se confronte à du concret et tente de gérer la situation à sa manière.

 

Entre 2007 et 2013, Bruxelles a mis 20 milliards d’euros à la disposition de la Roumanie pour « l’insertion des groupes vulnérables » sans se préoccuper de ce qu’on faisait de cet argent. Alors, les Roms s’en vont et cherchent une terre d’accueil la plus convenable possible. C’est ainsi qu’on les retrouve dans des campements dits illégaux et que c’est à chaque fois un drame humain lorsqu’il faut démanteler tout ça et, parfois, expulser ces gens.

 

Depuis 2007, Roumains et Bulgares peuvent circuler librement dans toute l’Union européenne. Ils peuvent rester trois mois en France sans avoir à justifier leur activité. Pour pouvoir rester plus longtemps, il faut soit être étudiant, soit être employé dans un secteur en demande. Le 1er janvier 2014, ces restrictions tomberont, Bulgarie et Roumanie  devenant membres à part entière de l’UE.

 

Une fois de plus, la solution européenne est la seule pour sortir de l’impasse car il faut dire et répéter que les Roms sont des gens nés en France, en Espagne, en Bulgarie, en Roumanie et dans tant d’autres pays. D’ailleurs, les membres d’une même famille peuvent avoir vu le jour dans plusieurs pays différents.  Ainsi, pays d’origine, pour les Roms, n’a guère de sens et il serait temps que « l’Europe sociale » que promettait Jacques Delors*, soit réellement mise en place.

Jean-Paul

 

* Jacques Delors : homme politique français qui fut président de la Commission européenne, de 1985 à 1994.

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La Feuille d'Hector après le 9 juin 2013
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