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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 10:26

« Oh !... »   par   Philippe Djian

nrf, Gallimard (2012), 236 pages. Folio (2014) 256 pages.

Prix Interallié 2012

 

Après avoir vu le film de Paul Verhoeven, « Elle », salué par la critique*, il fallait aller à la source et lire le roman de Philippe Djian intitulé aussi sobrement « Oh !... ».

 

 

Le film étant très fidèle à l’histoire concoctée par l’auteur, il n’y a aucune surprise, juste le plaisir de lire cet auteur qui fait parler son héroïne, Michèle, interprétée magistralement au cinéma par Isabelle Huppert, à la première personne du singulier. Celle-ci reconnaît d’emblée qu’elle est superstitieuse et qu’elle se méfie toujours des mauvais présages.

 

 

Son fils, Vincent, lui cause des soucis côté professionnel mais aussi parce que Josie, sa copine, est enceinte mais pas de lui… Il y a Richard, son ex-mari, qui excite sa jalousie en sortant avec une femme nettement plus jeune. Sa mère, Irène (75 ans), vit « avec un jeune type athlétique mais tout à fait ordinaire. » Quant à son père, un monstre qui a assassiné des enfants, il est en prison pour longtemps et Irène insiste pour que sa fille lui rende visite. Celle-ci ne veut pas en entendre parler.

 

 

Seulement, il y a ce vase cassé, cette petite goutte de sang au coin de la lèvre, sa coiffure en désordre… Il est 17 h : « J’ai tellement de mal à croire qu’une telle chose me soit arrivée par un ciel si bleu, par ce si beau temps… J’appelle le traiteur et je fais livrer des sushis. »

 

 

Pendant qu’elle se faisait agresser par cet inconnu cagoulé, son chat, Marty, n’a pas bougé : « Ce chat est resté assis à quelques mètres de moi tandis que je me faisais violer. » Le voisin d’en face, un jeune banquier, lui fait un signe amical mais cela ne la rassure pas vraiment : « En fait, je crois que je suis folle, je crois que j’aimerais qu’il soit là, tapi dans l’ombre, qu’il surgisse et que nous en venions aux mains… »

 

 

Toute l’ambiguïté de ce roman est dans cette phrase. Pendant que Michèle gère son entreprise, AV Productions, avec son amie Anna, elle reconnaît : « mon jeune banquier éveille en moi de troubles sentiments et j’y suis sensible. » Nous n’en dirons pas plus pour ceux qui n’ont pas vu « Elle » afin de leur laisser tout le plaisir de la découverte d’une histoire où amour et haine se disputent jusqu’à l’issue finale.

Jean-Paul

* Elle, de Paul Verhoeven est le film français sélectionné dans la catégorie Meilleur film étranger lors des prochains Oscars du cinéma.

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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 15:24

Le Paris de Hugo   par Nicole Savy

Éditions Alexandrines (2016), 133 pages.

 

Quelle bonne idée, cette collection consacrée au Paris des écrivains ! La série est déjà longue mais d’autres sont en préparation. Pourtant, cet ouvrage consacré à Victor Hugo était devenu indispensable comme Nicole Savy a réussi à le démontrer.

 

 

Le Paris des écrivains publie chacun de ses livres en format de poche, petits livres faciles à emporter avec soi et à lire n’importe où, comme il ne faut pas hésiter à le faire. Le seul petit reproche que nous faisons concerne les notes de bas de page dont la police est vraiment minuscule, ce qui rend leur lecture malaisée.

 

 

Nicole Savy nous plonge dans la vie d’Hugo en commençant par sa mort, au 124, avenue Victor Hugo – il habitait « en son avenue » ! - le 22 mai 1884. La foule scande « Vive Victor Hugo » et lui qui ne fut jamais baptisé, a des funérailles nationales et son cercueil est exposé sous l’Arc de Triomphe.

 

 

Déjà, pour ses 80 ans, les 9 et 10 juillet 1881, 600 000 personnes avaient défilé sous ses fenêtres. Son immense popularité avait déjà été démontrée le 5 septembre 1870, pour son retour de dix-neuf ans d’exil : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. »

 

 

Patiemment, avec beaucoup de précision, l’auteure détaille tous les lieux où Victor Hugo a vécu, depuis le Quartier Latin en passant par la Place des Vosges mais elle rappelle qu’il est né à Besançon. Lorsque ses parents se séparent, Sophie Hugo emmène ses trois fils à Paris, aux Feuillantines où Victor grandit.

 

 

C’est en 1832, que Victor, Adèle et leurs enfants s’installent au deuxième étage du 6, Place Royale, notre Place des Vosges, aujourd’hui musée Victor Hugo, un musée qu’il faut visiter, même si les locaux ont été redistribués depuis. C’est là qu’il a pris l’habitude d’écrire debout, sur une table haute.

 

 

Au fil des chapitres dont le titre est un simple verbe très bien choisi, nous suivons la vie assez tumultueuse du grand écrivain mais aussi poète et homme politique engagé pour défendre la liberté et « définitivement hostile à la peine de mort ». S’il ne se joint pas à la Commune, il se bat pendant dix ans pour l’amnistie.

 

Nicole Savy s’attache logiquement au détail des lieux décrits dans Les Misérables et toutes les précisions apportées sont très intéressantes. Victor Hugo connaît bien sa ville parce qu’il marchait beaucoup dans Paris : « Il marche pour écrire, il marche parce qu’il est poète. » C’est en exil, à Guernesey, qu’il décrit Paris, de mémoire. Ne négligeant pas sa vie amoureuse, l’auteure salue aussi son art d’être grand-père.

 

 

« Le Paris de Victor Hugo frissonne, pétille, pleure, saigne, se couche, rit et gronde ; mais il éclaire le monde car il est un être pensant. ».

Jean-Paul

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 14:25

L’école des colonies   par   Didier Daeninckx

Hoëbeke (2015), 135 pages.

 

Ce magnifique livre des éditions Hoëbeke est bien dans la ligne choisie par cette maison d’édition qui ose sortir des sentiers battus. Son grand format permet de découvrir, d’apprécier, de comprendre et aussi d’être choqué par ce qui était présenté comme la vérité dans les écoles de ce qu’on nommait « nos colonies ».

 

 

Quoi de mieux que la plume précise et alerte de Didier Daeninckx pour nous emmener au début du mois de septembre 1945, au cœur de la Kabylie, sur les pas du nouvel instituteur, Roger Arvenel, arrivant à Tigali ? C’est lui qui raconte, à la première personne du singulier.

 

 

Les formules toutes faites, les a priori fleurissent et sont véhiculés par les plus hauts responsables : « les caractéristiques de leur race résistent à toutes nos entreprises. Paresse, envie, simulation, agressivité… » L’administrateur communal poursuit et prévient l’enseignant : « En donnant l’illusion à nos protégés qu’ils peuvent être nos égaux, on ne fait que fabriquer des déclassés, des aigris. »

 

 

Heureusement, il y a les superbes cartes Vidal-Lablache, les tableaux Rossignol mais on trouve aussi des extraits de livres de lecture ou de ce livre de géographie du cours moyen (1925) : « Une grande puissance comme la France ne peut se passer de colonies. Les colonies constituent un marché important où la métropole se procure à bon compte les matières premières et les produits alimentaires dont elle a besoin… » Tout est dit.

 

 

Le jeune enseignant ne comprend pas pourquoi ses élèves, habillés de guenilles et dont deux seulement sont chaussés, s’endorment en classe. Il découvre pourquoi un peu plus tard alors que l’armée débarque dans le village à la recherche de bandits et que les cours sont suspendus.

 

 

Il correspond avec ses camarades de l’École Normale et voilà qu’Armand lui répond du Sénégal. Il lui décrit une situation encore pire car ses élèves sont utilisés comme des bêtes de somme et il reconnaît que l’instituteur ne fait que du dressage.

 

 

Une autre lettre lui arrive du Vietnam, d’Indochine où Jean-Pierre enseigne à Lao Bang, à 300 km d’Hanoï. La situation est très compliquée car Hô Chi Minh a proclamé l’indépendance. Comme le général Giap, tous ces hommes sont issus de nos plus grandes écoles…

 

 

Depuis Madagascar, Patrick parle de l’insurrection pour l’indépendance. La France envoie des tirailleurs sénégalais, algériens, marocains pour tenter de mater les Malgaches qui veulent simplement la liberté et qui sont massacrés…

 

 

Après avoir expliqué la fabrication du vin à ses élèves, Roger Arvenel se demande pourquoi on produit ici des millions d’hectolitres d’une boisson que les gens du pays ne consomment pas alors que le blé manque pour faire du pain…

 

 

Enfin, c’est Marie-Joëlle qui lui écrit de Nouvelle-Calédonie. Elle est en poste à Nouméa et sa première visite a été « pour la modeste maison où Louise Michel, après son incarcération à la presqu’île Ducos, a enseigné aux enfants des communards déportés. » Elle apprenait aussi le français et le calcul aux gamins canaques. Là-bas, « le Code de l’indigénat… supprimé par l’Assemblée nationale… impose toujours sa loi. »

 

Revenu en Charente-Maritime, Roger Arvenel répond à ses amis le 17 octobre 1957. En Algérie, c’est la guerre : « Je pars dans la lueur des incendies, dans les hurlements des martyrs, moi qui était venu là pour apporter la lumière et la poésie. »

 

 

Ce livre est d’une importance immense au moment où l’on déplore, comme l’historien Benjamin Stora, que la France n’ait toujours pas réglé son passé colonial, cette « mémoire du sud » qui pèse toujours aussi lourd aujourd’hui.

Jean-Paul

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 14:21

Règne animal    par   Jean-Baptiste Del Amo

nrf – Gallimard (2016), 418 pages.

 

Je lis beaucoup, beaucoup de romans superbes, mais je suis rarement touchée par un livre comme je l’ai été avec Règne animal.

 

 

Il me semble qu’on ne peut pas sortir indemne après la lecture d’un tel livre ! Je ne mangerai plus une côte de porc ou une tranche de jambon sans penser à ce bouquin ! Mais ça ne s’arrête pas là, l’écriture est dense, riche et nous étreint tout au long de ce roman qui couvre une période de la vie d’une famille paysanne de 1898 à nos jours et si la vie a bien évolué, il n’est pas sûr que l’homme soit plus heureux et les animaux non plus.

 

 

La vie au début du XXe siècle est décrite de telle manière qu’il nous semble être dans cette masure et partager la vie de la petite Éléonore que nous allons continuer à accompagner pendant la guerre de 1914 – 1918, guerre que l’auteur va dépeindre de manière exceptionnelle avec le rôle des femmes et le retour de quelques rescapés de l’horreur, horreur qu’ils ramènent avec eux.

 

 

Enfin, dans la seconde et la troisième partie, nous retrouvons Éléonore et sa descendance dans cette nouvelle ferme et surtout ce nouveau bâtiment tout neuf construit pour l’élevage des cochons. Cette porcherie va devenir quasiment le lieu de vie de ces agriculteurs. Un film, des images, seraient moins parlants que ces magnifiques lignes nous décrivant l’enfer dans lequel vivent ces animaux, ces hommes et ces femmes. Seul Jérôme semble épargné en vivant dans son monde à lui. Beaucoup de philosophie dans ce roman.

 

 

 

 

 

Pourquoi ce livre n’a-t-il pas figuré sur la liste des goncourables ? Il le méritait certainement. Aucun prix, rien ! Dérangerait-il trop nos consciences ?

 

Ghislaine

 

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17 décembre 2016 6 17 /12 /décembre /2016 10:48

La vie est ailleurs    par   Milan Kundera

Traduit du tchèque par François Kérel

Gallimard (1973), Folio (2005) 473 pages.

Prix Médicis étranger 1973

 

Milan Kundera, né à Brno (Moravie), seconde grande ville de la République Tchèque, vit en France depuis 1975, pays dont il a obtenu la nationalité en 1981. La vie est ailleurs a donc été écrit dans son pays d’origine et c’est par petites touches que l’auteur nous fait sentir tout ce qui, finalement, l’a incité à fuir.

 

 

Il s’attache au pas de Jaromil qu’il appelle « le poète », un enfant couvé par sa mère : « elle veillait sur toutes les activités du petit corps avec passion… L’animalité de son fils, élevée au-dessus de toute laideur, purifiait et justifiait à ses yeux son propre corps. »

 

 

L’enfant grandit : « il comprenait qu’il était un enfant qui prononce des paroles remarquables. » S’il a un an d’avance à l’école, « l’amour de sa maman le distingue des autres » et ses meilleurs amis sont son papa, son grand-père et Alik, « un petit chien fou. »

 

 

Hélas, arrive la guerre et les chars allemands sont à Prague. Son grand-père meurt. Dans une station thermale, Jaromil fait la connaissance d’un professeur de dessin, un peintre, et dessine des hommes à tête de chien… Plus tard, il choque sa mère en dessinant des femmes nues sans tête.

 

 

L’assassinat du maître allemand de la Bohême déclenche la répression de la Gestapo pendant que Jaromil fantasme sur Magda, la bonne, et sa mère culpabilise à cause d’une histoire d’amour avec le peintre. Son fils lit Eluard, Nerval, Desnos, Bieble et d’autres grands poètes tchèques surréalistes. Il écrit à leur manière « sans rythme et sans rime. » Quand il trouve un poème beau, il le tape à la machine et en écrit d’autres, inspiré par Magda.

 

 

Jaromil a beaucoup de problèmes avec les filles car il ne supporte pas son visage puéril : « Il marchait avec une tête triste et étrangère sur son épaule et avec un clown étrange et railleur entre ses jambes. » Sa mère est jalouse des femmes aimées par son fils : « elle se disait que les maîtresses peuvent être innombrables mais qu’une mère est unique. »

 

 

Arthur Rimbaud obsède le jeune poète qui milite à l’Union de la jeunesse et observe les profs non communistes : « C’était en fait l’examinateur plutôt que l’examiné qui subissait un examen. » Une jeune fille rousse, simple caissière, lui accorde ses faveurs mais elle ne plaît pas à maman…

 

 

Enfin, La Revue littéraire publie ses poèmes qu’il a lu « pendant la soirée chez les flics !... Au fond, qu’est-il resté de ce temps lointain ? Aujourd’hui ce sont pour tout le monde les années des procès politiques, des persécutions, des livres à l’index et des assassinats judiciaires… Le poète régnait avec le bourreau. »

Jean-Paul

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 09:16

La petite femelle   par Philippe Jaenada

Julliard (2015). 714 pages

 

« Les défenseurs de la Loi, les chevaliers intègres de la Justice, je crois qu’ils ont menti sciemment, en toute connaissance de cause puisqu’ils ont lu le dossier (espérons) : ils ont triché dans l’enceinte du plus grand tribunal de France, pour écraser une jeune femme de vingt-six ans comme une punaise. »

 

 

Philippe Jaenada est clair dès le début de ce livre passionnant tellement il foisonne de détails, de précisions recherchées et trouvées grâce à un énorme travail, d’humour aussi ce qui détend bien le lecteur découvrant l’engrenage infernal de la vie de celle qui fut « une éclaireuse » qui a vaincu finalement car « les rues sont pleines de paulines. »

 

 

Le cinéma et d’autres auteurs se sont déjà emparé de l’histoire de Pauline Dubuisson et Philippe Jaenada n’hésite pas à se confronter à ceux qui l’ont précédé, sans complaisance et avec un souci constant de la vérité, écartant tout ce qui a été romancé, même si cela était fait avec talent, comme par Jean-Luc Seigle dans Je vous écris dans le noir, livre « volontairement faux », récréant Pauline.

 

 

Au cours de son récit, l’auteur n’hésite pas à citer des événements, à raconter d’autres histoires, à détailler d’autres vies inspirées par son enquête qui commence dans la villa Les Tamaris, à Malo-les-Bains, commune détachée de Rosendaël puis rattachée à Dunkerque en 1969.

 

 

Pauline qui est née le 11 mars 1927, « dix mois après Marylin Monroe, quatre avant Simone Veil… », aura bientôt 14 ans. Il décrit minutieusement sa famille, détaille ses ascendants. André Dubuisson, son père, l’a élevée. Cet ingénieur revenu de la Première guerre mondiale comme colonel et officier de la Légion d’honneur a déjà eu trois garçons avec Hélène Hutter, son épouse, membre d’une famille où « il y a plus de pasteurs que de saucisses à Francfort » et aussi de la consanguinité.

 

 

Il est indispensable d’insister sur ce que fut l’enfance de Pauline avec une mère qui ne sort pratiquement pas de chez elle et un père « intelligent et cultivé, rude, exigeant et directif… par conséquent autoritaire… Le colonel Dubuisson est austère, il est à l’austérité ce que l’eau est à l’humidité… Dès les premiers jours, il l’aime comme la mère juive de légende aime son fils. Il va en faire son double féminin, en l’améliorant. »

 

 

Elle ne va pas à l’école. C’est une préceptrice qui s’occupe d’elle avant que son père prenne le relais. Il lui inculque que la vie est un combat et qu’il faut être fort parmi les forts, contrôler ses réactions spontanées, réprimer ses élans. Il « en fait à la fois sa prisonnière et la reine de la maison. » Elle n’a que 7 ans et sera inscrite au collège l’année suivante avec deux ans d’avance mais « elle choque élèves et profs, on la trouve anormale, sèche, brutale, déjà cynique… » Précisons que sa mère l’appelle Paulette car Pauline, elle n’aime pas ce prénom. Les temps ont bien changé…

 

 

L’histoire de Pauline Dubuisson est lancée et elle se poursuit, très détaillée. Les Allemands occupent Dunkerque, une ville qui sera la dernière libérée, en France, le 9 mai 1945 et Pauline a le tort de vouloir vivre sa vie…

 

 

Une vie comme la sienne est très difficile à résumer car les drames qui la jalonnent méritent des explications fouillées, ce que Philippe Jaenada réussit parfaitement. Il faut lire La petite femelle pour enfin connaître la vérité sur une histoire qui a défrayé la chronique, en France, pendant plus de dix ans.

Jean-Paul

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 09:47

Abraham et fils   par  Martin Winckler

P.O.L. (2016). 575 pages

 

Une maison ancienne dans un bourg du centre de la Beauce sert non seulement de cadre à ce nouveau roman de Martin Winckler mais elle est un véritable personnage qui prend la parole de temps à autre et fait le lien entre les divers protagonistes de cette histoire dans laquelle l’auteur a mis beaucoup de lui-même.

 

 

Pour revivre ou découvrir l’ambiance d’une petite ville de province au début des années 1960, ce roman est idéal. On constate par exemple que les immenses plaies ouvertes par l’occupation nazie sont loin d’être refermées.

 

 

Tout commence avec l’arrivée d’une Dauphine jaune dans le centre de Tilliers, « ma petite ville au milieu des blés ». Abraham Farkas en descend et laisse un moment son fils, Franz, dans l’auto où il dévore Tintin ou Mickey… Ainsi, le roman sera épicé de références concernant les lectures de ce garçon, lectures qui lui seront fort utiles, comme on pourra le constater.

 

 

Son père est médecin et vient prendre la succession du Docteur Fresnay. L’histoire d’Abraham Farkas se dévoile peu à peu éclairant ce que ressent Franz après cet accident qui l’a plongé dans le coma et qui lui a fait oublier beaucoup de choses dont le souvenir de sa mère. À ce sujet, son père reste muet.

Il parle de son cabinet d’Alger, d’une tentative avortée aux États-Unis, à Rochester. Son apparence physique est trompeuse : « le nouveau médecin de Tilliers faisait volontiers penser à un gangster… Pendant quinze secondes... » Très vite, il gagne la confiance des habitants puis arrive Claire Délisse : « Un nom de gâteau au citron. Ou de sablé sucré. »

 

 

Franz va à l’école et doit subir les brimades d’un certain Gérald mais : « J’étais à l’école, je ne pouvais pas m’ennuyer. » Il découvre aussi la bibliothèque et devient un habitué de la librairie où on le laisse lire presque à sa guise. Il pense à la mort : « Je sais que tout le monde meurt. J’ai juste un peu de mal à penser que moi je vais mourir… J’imagine que la mort c’est l’ennui pour toujours. »

 

 

De courts chapitres se succèdent dans cette maison que Franz découvre peu à peu et qui lui livre ses mystères. Il est maintenant au CM2, s’intéresse de plus en plus à l’histoire récente, une histoire qui peut lui apporter les réponses qu’il recherche.

 

 

Abraham s’est fait quelques amis et, dans leur petit groupe, « Les Compagnons de la vérité », on parle de ces deux familles juives cachées dans la maison habitée maintenant par Franz. Ces gens ont été dénoncés, arrêtés et déportés. Qui a commis l’irréparable ?

 

 

La suite livre peu à peu ses secrets. La perspicacité de Franz bien aidé par ses lectures permet de connaître l’histoire de Marie et Marcel, deux amoureux en pleine tourmente (1941 – 1942) dont le titre, trouvé par Franz, résume tout : « Un amour résistant ».

 

 

L’auteur nous promet une suite à venir : Les Histoires de Franz. Patientons encore un peu.

Jean-Paul

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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 10:41

Le début… la suite… la fin     par   Leny Escudero

Autoédition (2015) 375 pages

 

D’une terrible cruauté, le titre du dernier livre de Leny Escudero, paru quelques mois avant sa mort, nous renvoie à la disparition d’un artiste si injustement boudé par les médias qui n’hésitent pas à nous inonder de rétrospectives, d’émissions hommages, pour d’autres.

 

Si nous ne contestons pas cela, cette inégalité de traitement nous fait hurler à l’injustice. Leny Escudero, dans la chanson française, fait partie des plus grands. Espérons que ce temps qui passe si inexorablement finira par lui rendre justice.

 

Dans cette seconde partie de sa biographie, il remonte à l’histoire terrible de ses parents, Julian et Braulia, dans un petit village des Pyrénées espagnoles, à 1 500 m d’altitude où la forêt appartient à un châtelain. son père est bûcheron.

 

Leny raconte alors ce qu’il a vécu à quatre ans et qu’il a écrit dans une chanson bouleversante : Vivre pour des idées. « Le châtelain a eu la confirmation que dans cette maison personne ne sait lire et écrire. Et c’est bien, parce que quand les pauvres savent lire et écrire ça leur donne des envies et c’est pas bon pour les châtelains quand les pauvres ont des envies. »

 

Puis c’est la fuite devant l’avancée des franquistes après que sa mère en ait tué deux qui s’en prenaient à sa sœur aînée, âgée de douze ans. « Mon p’tit père a expliqué que le Général Franco avait trahi son serment fait à la République. Que c’était un coup d’état militaire… Maintenant, nous allons essayer d’aller à Irun. »

 

Comment ne pas être marqué à vie par de telles épreuves vécues si jeune. Nous sommes en 1939 et Leny a à peine six ans. À Barcelone : « Les Catalans nous traitent comme des étrangers. » Braulia met au monde Rosina, son huitième enfant. Il faut fuir encore car « la République est morte. »

 

Il faut passer en France « le pays des Droits de l’Homme », fuir les mitrailleuses de l’aviation de Mussolini et de la Légion Condor… Leny se retrouve seul et vit des épreuves qui s’accumulent. Devant autant de souffrances pour lui et les siens, il confie : « Je n’ai pas la foi et je ne l’ai jamais eue et je sais que je ne l’aurai jamais, parce que pour cela il me faudrait me reconstruire entièrement. Que ça ne serait plus moi. »

 

Seul avec sa petite sœur, il sait que « des réfugiés républicains espagnols ont été reconduits à la frontière pour être livrés aux assassins de Franco… ces mêmes uniformes arrêteront des français parce que juifs, résistants, communistes ou pas. » Un commissaire de police « seulement républicain » a monté une filière d’évasion du camp d’Argelès et son père a pu s’échapper.

 

 

Seul, il apprend à parler et à lire le français : « …je lis tout ce que je trouve. » La famille s’est retrouvée et Leny a très tôt une conscience politique : « J’ai su à neuf ans que Staline assassinait la révolution. »

 

Les chapitres sont souvent courts car Leny égrène ses souvenirs. À la Libération, il assiste à « la sale besogne » des « Résistants de la dernière heure » transformés en « tortionnaires ».

 

Le temps passe et les amours aussi. Il passe le brevet pour tenter le concours d’entrée à l’École Normale d’Instituteurs. Hélas, sa nationalité espagnole ne lui permet pas de se présenter à ce concours et sa vie prend une autre tournure avec les métiers du bâtiment mais il a raconté la suite dans Ma vie n’a pas commencé (Le Cherche-midi).

Jean-Paul

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 16:21

Un petit cadeau sympa pour les fêtes ?... Ghislaine vous conseille :

Agenda 2017  par Tripode

Le Tripode (Littérature – Arts - Ovnis)

 

Le superbe Agenda 2017 des éditions du Tripode est d’une prise en main très facile et d’un format idéal pour le sac à main.

Ce véritable livre présente une belle couverture, sobre et originale, avec ce dessin naïf du renard qui s’échappe et qui évoque la Liberté. Ce sera d’ailleurs la couverture du prochain roman de Bérengère Cournut : Née contente à Oraibi, à paraître dès ce mois de janvier. De plus, elle annonce bien le manifeste de Jean-Jacques Pauvert, intitulé Liberté, que Lucie Eple, Juliette Maroni et Frédéric  Martin, les concepteurs de l’agenda, ont placé judicieusement en introduction.

 

J’apprécie bien le calendrier vacances qui me sera très utile pour suivre le rythme scolaire de mes petits-enfants.

 

Je relève aussi une autre originalité : les Saints littéraires.

 

C’est un agenda très pratique du fait qu’il commence en décembre et qu’une place suffisamment importante est consacrée aux notes, chaque jour.

 

D’autre part, chaque semaine, il y a une pensée : c’est sympa !

 

Les dessins d’oiseaux illustrent bien cet agenda et l’unité des tons ocre et bleu est très réussie. L’éditeur met l’eau à la bouche des amateurs passionnés de lecture en annonçant les livres à paraître chaque mois pour l’année qui vient.

 

Quant aux conseils pour les dépressifs : hilarant ! Rien de tel pour sortir de la morosité. Bref, c’est un agenda que j’ai adopté immédiatement.

Ghislaine

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 14:59

Une éducation catholique   par  Catherine Cusset

nrf, Gallimard (2014). 131 pages

 

Catéchisme, confession, Marie, la narratrice, comme dans Un brillant avenir, raconte, s’attachant cette fois à l’enfance et à l’adolescence, à cette éducation catholique imposée par son père alors que sa mère est athée.

 

 

Dès la première page, le ton est donné. Elle a beaucoup de mal à dire « mon père » à l’aumônier qu’elle croise : « Ces mots, associés à la longue robe noire qu’il portait, avaient quelque chose d’intime et d’obscène comme un sexe aperçu à travers une braguette entrouverte par inadvertance. »

 

 

Elle est très croyante mais, influencée par son amie, Nathalie, elle vole dans le supermarché. Arrive la confession et elle lâche un petit larcin : « Un crayon, quand il s’agit de trousses entières. Le ciel ne s’est pas effondré… De sa voix douce, il me demande de réciter dix fois le Notre Père, et m’absout. Je sors du confessionnal, infiniment soulagée et fière. »

 

 

Marie s’oppose à sa sœur qui a trois ans et demi de plus : « Elle est courageuse, dégourdie, hardie. Je suis une trouillarde. »  Quand sa mère la soutient alors qu’elle préfère lire un roman plutôt que d’aller à la messe, « le mal est fait… le Dieu de papa, le Dieu de mon enfance, ce jour-là a perdu sa grandeur… J’ai compris, ce jour-là, que le croyant avait besoin de la protection d’un dieu parce qu’il était fragile.»

 

 

Ximena dont la mère est grecque et le père chilien, arrive dans sa vie et « n’a aucune religion, aucune éducation religieuse. » Avec cette nouvelle amie, elle découvre l’amour, le plaisir : « Je l’aime d’un amour passionné, brûlant, comme je n’ai jamais aimé personne. » De 13 à 17 ans, elles sont indissociables : « la brune et la blonde, le démon et l’ange… son amour est lucide, tendu et sévère. »

 

 

Les études, les amours s’enchaînent. Ximena est toujours là malgré les jalousies. D’un sentiment à l’autre, d’une passion à une autre, l’âge adulte s’installe et Marie se demande toujours : « Qu’est-ce que l’amour ? »

 

 

Avec Samuel, enfin, elle constate : « On ne pouvait vivre et aimer qu’en étant débarrassé de la peur – la peur d’être seul, la peur de vivre, la peur de faire du mal à l’autre, la culpabilité. Cette peur que j’appelle Dieu. » C’est sûrement cela qui reste d’une éducation catholique.

Jean-Paul

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