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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:33

Le Niçois   par   Joann Sfar

Michel Lafon (2016), 279 pages.

 

Quelques semaines avant que paraisse Comment tu parles de ton père, Joann Sfar a publié Le Niçois, un livre dont on a peu parlé et qui contient pourtant aussi quelques pages émouvantes mettant en scène André Sfar, son père.

 

Cette histoire un peu folle, souvent burlesque et truculente pourrait être traduite en bande dessinée, ce qui serait assez jouissif avec un tel auteur. En attendant, elle se lit bien et offre un bon moment de détente. Quand elle a été écrite, pour donner une autre image de Nice, elle ne pouvait tenir compte du drame qui a endeuillé la ville et la France le soir du 14 Juillet 2016.

 

Bien que le héros se nomme Jacques Merenda, on pense tout de suite à Jacques Médecin (1928 – 1998) qui fut maire de Nice de 1965 à 1990 et dut fuir en Uruguay pour tenter d’échapper à la justice qui le poursuivait pour corruption.

 

Dans l’avant-propos, Joann Sfar prévient que son livre n’est pas une enquête sur l’ancien maire de sa ville mais qu’il parle de l’univers de Jacques Merenda. Ainsi, son texte est émaillé de nombreuses phrases bien senties et tellement justes : « Le Niçois, depuis toujours, payait en liquide. Cette arme l’avait sauvé tant de fois. » Un peu plus loin, il avoue : « Je ne peux pas être raciste ! J’aime tous les individus inscrits sur les listes électorales. »

 

Loin de la France, Merenda n’a qu’une obsession : revenir à Nice car il ne supporte plus cet exil fiscal. Seulement, Christian Lestrival, le maire actuel, ancien champion motocycliste, qu’on appelle Le Pitchoun, ne veut pas de ce retour. «Il n’aura pas l’investiture du RPR. Enfin, de l’UMP, enfin, des Républicains. Qu’est-ce qu’ils peuvent être cons à changer de nom tout le temps ! Le PS et la Vache qui rit ont le même label depuis longtemps et c’est plus simple pour l’usager. »

 

Jacques Merenda va chercher le soutien du Docteur Bouchoucha, chef de la délégation communiste du conseil municipal, à qui il promet de faire bien plus que les 4 % obtenus à chaque élection… Zéphyrin Éloïse Nguesso, orphelin béninois, élevé à Nice, avocat brillant mais noir et donc sans travail, est recruté par Lestrival mais se retrouve aux côtés de Merenda.

 

Ensemble, ils vont chercher André Sfar, à l’hôpital SR Roch. Merenda veut son ancien adjoint au domaine communal qui lutte depuis quinze ans contre la maladie de Parkinson. André Sfar n’a pas oublié qu’il s’était allié à Merenda pour combattre le FN mais celui-ci a reçu JM Le Pen à la mairie…

 

Ils se rendent dans le quartier de l’Ariane où Merenda n’a jamais mis les pieds. André Sfar a vu se dégrader tout l’encadrement social : « En les entassant dans les mêmes quartiers, on avait appris aux Maghrébins à haïr les Maghrébins… des habitants victimes d’un racisme sanguinaire dès qu’ils mettaient un pied en centre-ville. »

 

C’est un débat organisé par le Front de Gauche entre Edwy Plenel et Tariq Ramadan qui motive la venue de Merenda, Bouchoucha, Zéphyrin et Sfar mais Ramadan n’est pas là et le débat va se focaliser entre l’ancien maire et le journaliste…

 

Pendant ce temps, Lestrival tente de pousser les néonazis à intervenir. Après un passage chez les parrains niçois et de précises descriptions de la ville, laissons au lecteur découvrir une chute surprenante pour cette histoire pas aussi rocambolesque que cela.

Jean-Paul

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 14:49

D’après une histoire vraie    par   Delphine de Vigan

JC Lattès (2015), 478 pages.

Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2015

 

Après le succès remporté par Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan réussit une nouvelle prouesse littéraire, traitant à la fois de sa vie et des tourments d’une auteure devant la page vide et de son rapport avec la réalité.

 

En trois grandes parties, Séduction – Dépression – Trahison, l’auteure raconte sa vie avec L., cette femme dont on ne saura jamais le nom et qui n’a pas son pareil pour effacer toute trace de son passage, nous poussant même à douter de son existence réelle.

 

Avec beaucoup de sincérité, Delphine de Vigan confie son refus des étiquettes « comme des poulets sous cellophane » puis culpabilise après avoir refusé une dédicace à une lectrice retardataire, au Salon du livre, alors qu’elle est épuisée et va rencontrer L. « Le succès d’un livre est un accident dont on ne sort pas indemne, mais il serait indécent de s’en plaindre. »

 

Elle nous parle aussi de François, « l’homme qu’elle aime » mais dont elle ne partage la vie que très épisodiquement. Elle veut écrire un nouveau roman mais n’arrive pas à se décider. Ses débats avec L., leurs brouilles, leurs réconciliations permettent au lecteur de mieux appréhender tous les tourments vécus par celui ou celle qui veut écrire. Faut-il s’inspirer de la réalité ? Faut-il suivre cette mode des faits réels ?

 

Cette fameuse amie mystérieuse est là : « L. exerçait sur moi une douce emprise, intime et troublante dont j’ignorais la cause et la portée. » De menaçantes lettres dactylographiées lui arrivent et finissent d’apporter le trouble. Ses deux enfants, Louise et Paul, bac en poche, quittent le domicile où elle vit seule avant que L. la rejoigne pour empiéter encore plus sur sa vie.

 

Malgré toute sa bonne volonté, elle s’enfonce : « Écrire devenait un combat. » L. lui devient indispensable et s’occupe de tout, la sauvant de l’étouffement mais lui reproche d’ « aimer un homme qui passait son temps à recevoir et louanger d’autres écrivains… », allant jusqu’à la « comparer à une institutrice qui aurait choisi de vivre avec un inspecteur d’académie. »

 

L. étant censée écrire des biographies de gens célèbres sans que son nom apparaisse, elle se fait chiper celle de Gérard Depardieu par Lionel Duroy puis elle remplace Delphine de Vigan (photo ci-contre) dans un lycée de Tours pour une rencontre avec des élèves, se chargeant aussi d’envoyer un courriel à tous ses amis pour leur demander de la laisser tranquille parce qu’elle écrit.

 

Une chute dans un escalier va précipiter les choses et faire enfin éclore cette trahison, laissant le lecteur en suspens entre réalité et imaginaire, ce qui est finalement le lot de tout roman : « Même si cela a eu lieu, même si quelque chose s’est passé qui ressemble à cela, même si les faits sont avérés, c’est toujours une histoire qu’on se raconte. On se la raconte. »

Jean-Paul

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 10:08

Pas exactement l’amour    par   Arnaud Cathrine

Éditions Verticales (2015), 245 pages.

 

Au travers de dix nouvelles, Arnaud Cathrine (photo ci-jointe) parle d’amour avec beaucoup de talent et de tendresse. Si le texte qui ouvre le livre, lui a donné son titre, chaque nouvelle apporte un complément intéressant, un éclairage nouveau et des émotions différentes mais il est vrai que Pas exactement l’amour, le premier récit, laisse une porte ouverte à d’autres perspectives beaucoup plus optimistes que ce qui est relaté car c’est « la fin d’une démence pour lui et la fin d’une attente pour elle. »

 

 

« Mylène n’avait pas eu cette indulgence aimante : elle l’avait jeté d’un coup d’un seul, comme l’on se débarrasse d’un jouet dont on s’est lassé. » Cette Mylène qui fait toujours rêver Hervé, nous en apprenons l’identité un peu plus tard. Suit Une erreur de jeunesse, la nouvelle la plus prenante, angoissante aussi avec ces retrouvailles entre deux amis dont l’un refuse même de se souvenir de cet « amour de jeunesse » ou, selon qui parle : « une erreur de jeunesse. »

 

 

J’attendrai présente deux points de vue différents d’une même situation. Ce genre de récit est toujours étonnant et particulièrement instructif sur la façon dont nous pouvons voir les choses. Chacun compatit devant les soucis supposés de l’autre et chacun fait fausse route… ou presque.

 

 

Laissant découvrir au lecteur les autres nouvelles, il faut quand même parler de Simona. Raphaëlle parle de sa rencontre, dans le métro, avec Simona, son grand amour qui l’a quittée il y a cinq ans. Toujours amoureuse d’elle, elle est fortement troublée alors que, le soir-même, avec Nicole, sa compagne, elles doivent annoncer leur prochain mariage à la mère de celle-ci. Raphaëlle se confie, avoue tout mais la chute est très dure.

 

 

Ainsi, d’une histoire à l’autre, Arnaud Cathrine parle de l’amour, des amours, des joies, des déceptions, des ruptures et, si ne n’est pas exactement l’amour, cela y ressemble beaucoup.

Jean-Paul

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 18:18

Aujourd'hui, notre ami Paul Jamet a été inhumé à Arras-sur-Rhône, son village natal où il a passé l'essentiel de sa vie en se donnant à fond pour aider les autres. Toujours à nos côtés, dans les moments les plus difficiles, il m'avait dédicacé son livre présenté sur le blog le 23 mai 2013, chronique que vous pouvez retrouver ci-dessous.

Avec notre amitié la plus sincère à Marcelle, son épouse, et à toute sa famille.

Jean-Paul

Arras-sur-Rhône et son histoire

(Réflexions sur le passé et le présent de notre village) par Paul Jamet

Édité par l’ASPECT (Association de Sauvegarde du Patrimoine et de l’Environnement Culturel et Touristique d’Arras-sur-Rhône)

 

Témoigner de l’histoire de son village est une tâche noble, un travail difficile auquel Paul Jamet a toujours consacré beaucoup d’énergie et de passion. Le résultat de ses recherches et de ses expériences est contenu dans ce recueil édité par l’Aspect, une association créée en 1984 par Roland Lévêque à laquelle on doit la restauration et la mise en valeur de la Tour qui surplombe le village et lui donne un caractère unique.

 

Au fil des pages, le lecteur découvre les transformations d’un village passant d’une structure héritée d’une France essentiellement rurale à une modernité que l’aménagement du barrage par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) a définitivement marquée de son empreinte.

 

Lieu de passage le long du Rhône, le site d’Arras tirerait son nom du latin aerarium (trésor public), aeris signifiant monnaie. La découverte de pièces de monnaie à l’effigie de Vespasien et de Titus, la présence de bornes milliaires romaines prouvent que le lieu était assez sûr pour y entreposer l’argent destiné à payer les légionnaires romains. Son vieux moulin dont la roue à aubes est bien conservée, tout près du Vieux Pont permettant à la Voie Royale d’enjamber l’Ozon, sont, avec la Tour, de précieux témoignages du passé.

 

Paul Jamet nous raconte la Viguerie d’Arras, l’histoire des trois ponts, la légende du Cavalier noir, l’évolution de l’école, l’entretien de l’église et le « feuilleton » du presbytère, le développement du Foyer municipal, les transformations de la mairie, etc… Tout est parfaitement daté, bien présenté et parfaitement détaillé. L’auteur qui fut Secrétaire de mairie, de 1953 à 1987, n’oublie pas la création des places publiques, l’évolution de la voirie communale et le cadastre. Les transformations dans la vie agricole de la commune permettent de constater qu’en 50 ans, l’accélération de cette évolution a été plus rapide que pendant les dix siècles précédents. Le calendrier des travaux agricoles permet de voir passer toute la vie des habitants, loisirs compris. L’arrivée de la voie ferrée coupe la plaine en deux. Très demandée, la gare est inaugurée en 1897 alors qu’un demi-siècle auparavant, la construction de la RN 86 avait déjà facilité les déplacements. L'élevage a laissé la place aux arbres fruitiers puis la vigne, avec la zone d’appellation Saint-Joseph, retrouve toute sa place et donne leur chance à de jeunes agriculteurs.

 

Paul Jamet n’oublie pas le sport et cette première équipe de basket dont il fit partie. Sous l’impulsion de Paul Chancrin qui fut, plus tard, maire de 1959 à 1989, le tennis de table démarre en 1948 et prend un bel essor. Jeannette Chancrin, son épouse lancera, en 1977, un groupe de théâtre au sein de l’Amicale Laïque, groupe qui deviendra les Baladins de la Tour, une troupe de danses traditionnelles très appréciée partout où elle se produit. L’on constate ainsi le dynamisme de la vie culturelle locale dans un village qui a su réagir face au déclin démographique, n’oubliant pas de développer une bibliothèque municipale ouverte au public depuis le 12 avril 1988.

 

Il serait trop long de citer tous les détails qui ont attiré notre attention au cours de la lecture de cet ouvrage offert par le Comité de soutien et que Paul Jamet a dédicacé avec beaucoup de sensibilité et toute l’humanité qui le caractérise. Je tiens à remercier le C.S. et l’auteur pour leur délicate attention mais je n’oublie pas de souligner que le personnage principal de cet ouvrage est, peut-être, le Rhône… car de nombreuses pages lui sont justement consacrées.

 

Pour tout savoir, il faut absolument se lancer dans la lecture de « Arras-sur-Rhône et son histoire », de Paul Jamet.

Jean-Paul

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 10:12

Le Livre des Baltimore   par   Joël Dicker

Éditions de Fallois (2015), 475 pages.

 

Pratiquement jusqu’au bout de ce livre, Joël Dicker (photo ci-dessous)l’auteur cite ce Drame, avec un D majuscule, et tente d’amener son lecteur aux explications décisives en maintenant le suspense mais en délivrant quand même, petit à petit, des éléments d’information sur cette histoire de famille qui se déroule encore aux États-Unis, comme La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, son excellent second roman, après Les Derniers jours de nos pères (2010).

 

 

« Je suis l’écrivain, » affirme tout de suite Marcus Goldman, le narrateur, qui, en février 2012, quitte New York pour la Floride afin d’y écrire son nouveau roman. Là-bas, grâce à un chien fort utile, il retrouve son grand amour, Alexandra Neville, dont il est séparé depuis huit ans, après le Drame. Les souvenirs commencent à remonter. Son oncle Saul Goldman, avocat à Baltimore, qui vient de mourir, vivait seul, séparé d’Anita, sa femme, médecin. Doucement, nous faisons connaissance avec toute la famille, surtout ses cousins : Hillel et Woody, qui, avec lui, tournaient autour d’Alexandra.

 

 

La famille de Marcus habite Montclair et se trouve inférieure à, celle de son oncle Saul, les Goldman-de-Baltimore. Devant ses grands-parents, pas de doute : « Les compliments étaient pour les Baltimore, les blâmes pour les Montclair. » Nous sommes à fond dans la bonne société aisée des USA avec tous les ingrédients : la maison à la montagne, la résidence à la mer, les appartements en ville, le football américain et le train de vie qui va avec.

 

 

Joël Dicker adore jouer avec les dates et change souvent d’époque, ce qui perturbe la lecture. Bonds en avant, retours en arrière, épisode dans la période intermédiaire, etc… Woody est un enfant recueilli par la famille de Saul et considéré comme un frère d’Hillel. Avec Marcus, de 1990 à 1998, ils ont formé « une entité fraternelle triface, triade ou trinité… Le gang des Goldman. » Ils avaient entre 10 et 18 ans et Marcus était ravi de revenir chaque week-end à Baltimore dans « la tribu des riches »« tout était beau, luxueux, colossal. »

 

 

Hélas, tout va se gâter quand arrive le temps de l’université. Marcus retrouve Alexandra à New York : « Le gang des Goldman me passionna moins et elle devint mon unique obsession. » Tout se fissure peu à peu. Woody était appelé à devenir une star du football US mais ça tourne mal et, de révélation en révélation, nous arrivons enfin au Drame dont il ne faut rien révéler, bien sûr.

 

 

Un grand Merci à Simon pour nous avoir offert ce livre.

Jean-Paul

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 14:26

Victor Hugo vient de mourir   par   Judith Perrignon

L’Iconoclaste (2015), 246 pages.

 

Au 50, de l’avenue qui porte déjà son nom, Victor Hugo va mourir… L’émotion, la crainte, l’appréhension sont à son comble car le grand poète s’est enrhumé dans la cour de l’Académie, le jour de la réception de son ami, Ferdinand de Lesseps. Victor Hugo à 83 ans : « …on dirait qu’un astre va s’éteindre dans le ciel. »

 

Peu de temps après avoir lu Le Paris de Victor Hugo, de Nicole Savy puis Le banquet des affamés de Didier Daeninckx, ce petit bijou signé Judith Perrignon (photo ci-dessous) venait à point. Au fil des pages, elle nous fait vivre les dernières heures du grand homme, toutes les tensions, les luttes d’influence, la surveillance policière et nous permet de partager les sentiments des proches. L’auteure s’exprime avec une écriture simple, agréable, touchante, précise.

 

Le clergé attend que Victor Hugo réclame un confesseur mais il ne cèdera pas. Sa famille proche est réduite : «… tous ces morts chez cet ogre qui a enterré femme et enfants… » Ses vieux amis, Auguste Vacquerie et Paul Meurice sont là : « Ils ont tout connu, tout partagé… un mélange d’amitié et d’allégeance. » Georges et Jeanne, ses petits-enfants, l’appellent « Papapa ». Ce sont les enfants de Charles et Alice, leur mère, devenue Mme Lockroy, depuis huit ans. Nous suivrons Édouard, son mari, député à l’Assemblée Nationale.

 

La police surveille tout le monde, journalistes, anarchistes, ouvriers, avec ses infiltrés car la mort du poète représente un danger. Il ne faudrait pas que Les Misérables, le peuple de Paris se réveille. Cinq cents personnes restent en permanence devant sa maison mais, après une dernière rémission, à 1 h 20 de l’après-midi, Victor Hugo, meurt le 22 mai 1885 !

 

Dès que la nouvelle se répand, la foule devient de plus en plus considérable. Les officiels viennent saluer sa dépouille. « Hugo, ne le pleurons pas ! » affirme Maxime Lisbonne, l’ancien colonel de la Commune, condamné aux travaux forcés, homme de théâtre aussi, que Didier Daeninckx a su sortir de l’oubli. « Il écrivait si bien mais pas une ligne sur la semaine sanglante et ses 40 000 cadavres. Il nous a abandonnés. » Maxime Lisbonne « saigne encore, le bagne, ses fers, ses fouets, ses tortures lui font mal. »

 

Depuis, « la République s’est installée, elle est bourgeoise, elle combat Dieu et les tyrans, mais elle vénère l’argent. » Malgré les pressions, les décrets sont tombés : « Le Panthéon est rendu à sa destination première et légale. Le corps de Victor Hugo y sera déposé. » L’extrême-gauche réclame de pouvoir défiler avec le drapeau de son choix mais ce sera impossible, la police sera intraitable.

 

Son corps est embaumé. Les obsèques ont lieu le lundi 1er juin et non le dimanche comme les ouvriers auraient aimé pour pouvoir être présents car ce lundi ne sera pas férié : « La République avait fait fermer écoles, théâtres et magasins mais avait préféré les travailleurs à l’usine plutôt que sur les trottoirs. »

 

Sur le parcours, on loue fenêtres, balcons, escabeaux, gradins… L’Arc de Triomphe est voilé, le cercueil de plomb y est déposé pour un dernier hommage populaire mais c’est un modeste corbillard qui le transporte. « La République, ce jour-là, étouffait l’homme révolté. » Mais reste « la phrase », les mots du poète qu’il ne faut pas réduire et laisser vivre.

Jean-Paul

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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 14:23

Quand nous étions révolutionnaires   par  Roberto Ampuero

Traduit de l’espagnol (Chili) par Anne Plantagenet

JC Lattès (2013), 492 pages.

 

Quand nous étions révolutionnaires est le reflet de ce qu’a vécu l’auteur qui qualifie son livre de roman autobiographique. Mario Vargas Llosa, l’immense écrivain péruvien, a d’ailleurs confié : « C’est une description honnête, véridique et lucide de cette illusion que nous avons partagée. »

 

Né au Chili en 1953, Roberto Ampuero a dû fuir la dictature de Pinochet pour vivre en Allemagne, à Cuba et aux États-Unis avant de retrouver son pays et d’assurer un temps la responsabilité du ministère de la Culture.

 

 

Ce roman débute à Leipzig en RDA dans les années 1970. C’est là qu’il rencontre Margarita Cienfuegos, fille d’un commandant haut placé du régime cubain. Pour l’épouser, il doit quitter l’Europe pour La Havane. Là-bas, Fidel Castro consolide son pouvoir face aux USA et aux contre-révolutionnaires.

 

 

Avant de plonger dans la vie cubaine, le narrateur détaille sa vie chilienne quand il faisait partie des Jeunesses Communistes et après le coup d’état sanglant de Pinochet : « Je n’avais qu’un seul désir : fuir le Chili, sa violence, ses armes, ses édits précédés d’hymnes martiaux et ses camions militaires pleins de soldats et de prisonniers. » Il part certain que la dictature ne durera pas plus d’un an…

 

 

Sur l’île de la révolution, du socialisme latino-américain, avec l’amour de Margarita, tout débute bien. Le jeune couple s’installe à Miramar, dans une des villas abandonnées par les riches bourgeois cubains qui ont fui. Dans « la routine humide et étouffante de La Havane », il voit que chaque personne a un carnet de rationnement pour la nourriture et les vêtements. Lui, on l’appelle toujours « le Chilien » et il a du mal à se faire accepter par ses compatriotes exilés qui se méfient de lui à cause de son beau-père qui intervient en sa faveur.

 

 

Pourtant, malgré tous ces problèmes, la révolution « tenait toujours debout… conservant un soutien populaire majoritaire au nez et à la barbe de l’empire et ses objectifs – éducation et santé gratuites, travail garanti, équité et solidarité avec le tiers-monde – se révélaient d’une noblesse indiscutable. » Hélas, l’essentiel vient à manquer, Raúl Castro rêve de « rééduquer les homosexuels », des livres sont détruits, des visages effacés des photos officielles…

 

 

Alors que Margarita conserve une loyauté aveugle envers la révolution, il devient sarcastique, sinon cynique. Ils ne sont plus d’accord. Il refuse de devenir Cubain comme le lui demande son beau-père car il tient à sa nationalité chilienne. « L’île est figée dans le temps » mais cela n’empêche pas les cadres de bien se servir et aux réceptions officielles d’entretenir l’illusion…

 

 

Cuba fournit des armes aux guérillas d’Amérique latine et envoie des troupes combattre en Angola ce qui aggrave la pénurie. Après bien des souffrances, un divorce inévitable et de nombreuses tentatives, notre homme réussit à quitter Cuba où son roman est interdit mais circule clandestinement : « la censure de la mémoire est la censure qui vise le plus intime et le plus profond de l’être humain. »

 

 

Roberto Ampuero a voulu « transformer la douleur en souvenirs, en littérature, en résistance. » Il n’admet pas que Michelle Bachelet, Présidente du Chili (2006 – 2010 et depuis 2014) ait gardé le silence lors de sa visite à Cuba : « Je n’aurais jamais cru qu’un chef d’État chilien, qui a été victime de la dictature militaire et a lutté pour le rétablissement de notre démocratie, fût incapable d’élever la voix devant le dictateur qui maintient la censure sur les œuvres de Pablo Neruda, de Jorge Edwards, du poète Heberto Padilla et sur les miennes. »

Jean-Paul

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:06

Le pilon   par   Paul Desalmand

Quidam éditeur (2011), 161 pages.

 

Dans Le liseur du 6 h 27, Jean-Paul Didierlaurent nous emmenait dans les entrailles de ce terrible pilon que redoutent tous les livres… ce que ne manque pas de nous faire vivre et ressentir, avec beaucoup de talent et d’originalité, Paul Desalmand dans Le pilon.

 

C’est un livre qui raconte, un livre de valeur, numéroté, sorti des presses de la Mayenne le 17 juillet 1983 mais qui regrette d’être affublé d’un code-barres : « J’ai l’impression de ressembler à un camembert. » D’emblée, il confie : « Quoi qu’il puisse m’arriver, j’estime ma vie réussie parce que j’ai été lu. »

 

 

Sa vie commence dans un entrepôt, trois mois à attendre la rentrée de septembre et à redouter les souris qui grignotent… « je veux être dévoré dans le bon sens du terme. » Puis c’est la première librairie avec des anecdotes savoureuses comme cette séance de dédicace, ces lycéens, ce garçon porté de bonne volonté et sa mère qui le décourage… Ce livre faisant partie des « office », il est retourné dans son carton d’origine sans avoir vu le jour et commence à redouter le pilon.

 

 

Ainsi, nous apprenons que 100 millions de livres sont broyés sur 500 millions fabriqués mais notre ami y échappe pour se retrouver chez « un libraire qui lit » où le livre est seulement aimé : « il ne manquait pas de lecteurs, il manquait seulement de bons libraires… le rôle de l’écrivain, de l’éditeur, du libraire, du livre qui est, tout simplement, d’apporter du bonheur. »

 

 

Dans la première partie de son livre, Paul Desalmand pose bien le problème, définit tous les éléments qui font la vie de son héros, de façon très vivante. Suivent encore des péripéties complètées par des réflexions très pertinentes sur la vie de notre société.

 

 

Nous rencontrons un écrivain en mal de reconnaissance, un ancien champion de ski, le monde des librairies d’occasion et surtout, ce que l’auteur réussit bien : les discussions entre ouvrages se retrouvant sur la même étagère. Après un temps sous les ponts de Paris, le livre est le compagnon d’une « mignonne » adepte du bronzage intégral… mais qui abandonne son livre dans un taxi : « le meilleur de ma vie était derrière moi. »

 

 

Son retour en librairie permet de détailler les différents positionnements d’un livre pour qu’il ait les meilleures chances d’être acheté : la vitrine, le tourniquet, le présentoir ? Chez les lecteurs, il y a le chasseur qui cherche dans un rayon et le pêcheur qui ne regarde que les livres posés à plat mais, ici, les rôles sont inversés : « le poisson doit hameçonner le pêcheur. » L’idéal semble être le dessus d’une pile mais « la librairie n’est pas un commerce comme les autres, du moins celle digne de ce nom. » Enfin, un livre peut être acheté mais sera-t-il lu ?

 

 

D’étape en étape, la vie de ce héros peu ordinaire se poursuit et permet à l’auteur de nous gratifier de quelques petits bijoux : « La lecture comme l’amour est la pierre à aiguiser de l’âme. » ou encore : « L’écrivain n’est vraiment mort qu’avec son dernier lecteur. » ou enfin : « Une maison sans livres est une âme morte. »

 

 

Un grand Merci à Élodie qui m’a incité à lire ce livre.

Jean-Paul

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 09:57

Le grand marin   par   Catherine Poulain

Éditions de l’Olivier (2016), 372 pages.

 

« Je pars pêcher en Alaska »… avec « un petit sac de l’armée pour tout bagage ». Depuis Anchorage, un petit avion l’amène sur l’île de Kodiak où la vie de celle qui se fait appeler Lili, va se dérouler.

Catherine Poulain, pour son premier roman, sait de quoi elle parle puisqu’elle a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle veut travailler comme un homme, avec les hommes mais, pour cela, elle doit beaucoup endurer, se blesser, souffrir, se défendre et… boire.

 

Après trois semaines de préparation du bateau, le Rebel, où elle a réussi à se faire embaucher, elle part sur ce palangrier pour pêcher la morue noire au large, un travail dur et dangereux, avec des matelots endurcis.

 

 

« Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui, » dit un marin qui ajoute : « Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi… jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande. » C’est exactement ce que vit Lili, ce « moineau » qui redoute les services d’immigration et fuit un passé dont on ne connaît jamais l’exacte explication.

 

 

Sa première campagne sur le Rebel est, sans conteste, la meilleure partie du livre car l’auteure écrit en phrases courtes, d’un style tendu, efficace. On est sur le bateau et on a de la peine à respirer. Avec Simon, l’étudiant, ils sont les greenhorns, les débutants à peine payés mais qui doivent accepter beaucoup de choses comme dormir par terre car il n’y a que six couchettes pour neuf membres d’équipage.

 

 

Lorsque l’on remonte la palangre, ce long cordage garni d’hameçons, ce sont des poissons bien vivants qui arrivent sur le pont. Il faut trancher les têtes, éventrer, racler l’intérieur des ventres et elle n’hésite pas à avaler la poche de laitance comme, plus tard, elle mangera le cœur tout palpitant du flétan qu’elle a réussi à nettoyer.

 

 

Sur ce bateau, un homme l’impressionne et la fascine : Jude, l’homme-lion. C’est lui le seul vrai pêcheur, « le grand marin ». Ils se retrouvent pour la pêche au flétan et elle ne cache pas que les poissons trop jeunes ou non homologués sont rejetés à la mer mais sont morts ! Lorsque les flétans arrivent sur le pont, « Il faut tuer au plus rapide. Le temps est de l’argent, les poissons des dollars, et quand paraît une étoile de mer, souvent plus grosse que mes deux mains réunies, qu’elle retombe flasque sur le plan de travail, accrochée à l’hameçon qu’elle suce avidement, il l’envoie s’écraser contre un montant d’acier. »

 

Pour effacer la fatigue, oublier l’incroyable dureté du travail, l’alcool est omniprésent sous toutes les formes et cela va s’amplifier jusqu’à la fin du livre. L’amour qu’elle porte au grand marin s’avère vite sans issue, même s’il offre un intermède permettant au lecteur de souffler.

 

 

Elle retourne sur l’île de Kodiak, elle qui ne veut que courir : « Je suis une runaway, une bête coureuse des routes, je pourrai pas changer. » Elle sait aussi que Jude : « Jamais il ne sera rassasié d’amour, de sexe, d’alcool. »

 

 

Le récit foisonne de rencontres. Le lecteur se perd avec tant de noms, tout cet alcool ingurgité, souffre mais Lili s’affirme et reconnaît : « Il faudrait trouver un équilibre, je dis, entre la sécurité, l’ennui mortel et la vie trop violente. » Enfin, elle peut écrire : « Je pose devant moi mes belles mains de pêcheur, les paluches informes que je ne peux plus plier. Je n’aurai plus peur de personne et je bois comme un vrai pêcheur. »

 

Photo ci-jointe : Catherine Poulain aux Correspondances de Manosque 2016.

Jean-Paul

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 15:14

Les mémoires dangereuses  « De l’Algérie coloniale à la France d’aujourd’hui »

par   Benjamin Stora  avec  Alexis Jenni

Albin Michel (2016) 231 pages.

 

Quelques entretiens avec Alexis Jenni (photo ci-jointe), entre l’été 2014 et février 2015 puis les massacres qui ont suivi, ont motivé l’historien Benjamin Stora à publier Les mémoires dangereuses, un livre indispensable afin de comprendre l’utilisation de la violence pour parvenir à ses fins, la montée des extrêmes identitaires, la place de l’islam dans la République et cette autre guerre d’Algérie (1991 – 2001). Pour ne pas céder à la haine, il faut mener une bataille culturelle contre la radicalisation et l’obscurantisme puis se mobiliser pour la fraternité.

 

 

Dans un entretien vivant et bien argumenté, Benjamin Stora et Alexis Jenni explorent ce « sudisme à la française » dont on ne parle pas et qui propose des explications aux problèmes qui se posent.

 

 

Menacé par des groupes islamistes, Benjamin Stora était au Vietnam en 1996 pendant la montée inexorable du Front National, avec les mêmes thèmes développés au temps de l’Algérie française. Trois ans plus tard, il publiait Transfert d’une mémoire, au mauvais moment et son livre n’avait pas d’écho. Quant à Alexis Jenni, c’est dans L’art français de la guerre (Prix Goncourt 2011) qu’il explore les plaies toujours ouvertes des guerres coloniales.

 

 

Le Transfert d’une mémoire (nouvelle édition)De « l’Algérie française » au racisme anti-arabe rappelle d’emblée l’analyse indispensable de 132 ans de présence française, de cette colonisation, si on veut comprendre la montée de l’extrême-droite.

 

 

Le parallèle entre la guerre de Sécession et celle d’Algérie révèle beaucoup de similitudes avec des espaces à conquérir, une mythologie du sud vu comme un Eldorado, une nouvelle Terre promise… L’auteur n’oublie pas de préciser que ceux qui ont été appelés pieds-noirs constituent un véritable melting-pot où se sont brassées toutes les populations de la Méditerranée occidentale.

 

 

« L’ennui »… ce sont « les indigènes qu’il a fallu écraser, soumettre puis protéger et éduquer… La guerre d’Algérie est cette guerre historique particulière renouant avec le passé des guerres de conquête coloniales, moment de rattachement d’un Sud à la France métropolitaine. »

 

 

Il ne faut pas oublier que l’Algérie faisait partie du territoire français depuis 1948, avec ses trois départements mais avec une « législation ni française (parce que menaçant sa suprématie à terme, par stricte application des principes républicains), ni algérienne (puisque risquant de provoquer un « ressourcement » dangereux). »

 

 

En 1954, il était hors de question d’abandonner un territoire rattaché à la France, avant même la Savoie, plus le pétrole, plus les essais nucléaires et l’on y envoie donc le contingent, les jeunes nés entre 1932 et 1943.

 

 

L’auteur détaille le parcours de Le Pen accusé d’avoir torturé en 1957. Celui qui avait été le plus jeune député de France, partit combattre là-bas pour garder l’Algérie française. Farouchement anti De Gaulle, il n’est pas réélu en 1962.

 

 

Le Front National est l’héritier des émeutiers de 1934, des collabos des années 1940 et des factieux de la guerre d’Algérie. Il regroupe « des fascistes, des pétainistes et des intégristes religieux. » Aujourd’hui, « l’extrême-droite tire sa force principale des représentations de l’islam des immigrés. »

 

Cette mémoire du Sud doit être sans cesse rappelée car elle touche les pieds-noirs et leurs enfants, les soldats partis en Algérie, les immigrés algériens, enfants, petits-enfants et les harkis, soit un total de 5 millions de personnes qui ont une mémoire du Sud avec plusieurs Algérie qui se superposent.

 

 

Benjamin Stora (photo ci-contre) livre encore quantité d’analyses pertinentes qu’il serait trop long de détailler ici mais il conclut en rappelant que les petits-enfants de l’immigration algérienne demandent : « l’égalité des chances pour tous les citoyens quelle que soit leur origine. » plus « des mesures économiques dans les domaines du travail, du logement, de l’école. »

Jean-Paul

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