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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 21:02

Klemzer    BD par    Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 3. Tous des voleurs ! (122 pages + 25 pages de notes et de dessins) 2007.

 

Dans ce troisième volume, Joann Sfar abuse des petites vignettes qui impliquent un texte de plus en plus petit ne facilitant pas la lecture.

 

 

Tout se complique dans la villa quand Baron apporte trois caisses de whisky que des truands lui ont données parce qu’il avait joué pour eux. Seulement, il y a un problème : l’une d’elles contient des armes ! Les déboires s’accumulent tandis que Vincenzo en pince pour les voisines…

 

 

Comme dans les deux premiers tomes, les pages de notes, toujours avec l’écriture manuscrite de l’auteur, apportent beaucoup d’informations sur son grand-père, Arthur, qui n’évoquait la Pologne qu’en parlant de sexe.

 

Enfin, il traite du port d’Odessa, d’Israël, des juifs russes qui ont toujours fini en pogrom malgré leur intégration. En 1905, le pogrom d’Odessa fut le résultat d’un plan méthodique d’extermination.

 

à suivre...

Jean-Paul

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 15:11

Klemzer    BD   par   Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 2. Bon anniversaire Scylla (98 pages + XVII de notes) 2006.

 

Toujours avec de superbes dessins à l’aquarelle, technique que Joann Sfar détaille à la fin de ce second tome, nous suivons Vincenzo, Tchokola, Yaacov, Hava et Baron qui animent une dernière fête pour cette riche famille juive s’apprêtant à quitter Odessa au petit matin.

 

 

Hava et Yaacov nous gratifient d’une scène très mignonne dans la baignoire de la villa… les yeux bandés, tandis que Tchokola raconte des histoires juives puis de cosaques à un cosaque… Ce dernier reste avec eux dans la villa après le départ des propriétaires.

 

à suivre...

Jean-Paul

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 14:18

Klemzer    BD    par   Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 1. Conquête de l’Est (112 pages + XV de notes) 2006.

Dès le premier volume de cette série qui en compte quatre, Joann Sfar (photo ci-dessous) nous plonge dans la vie quotidienne de ces villages d’Europe de l’Est, au début du XXe siècle, dans des contrées où il faut supporter des conditions climatiques souvent extrêmes mais aussi tenter de gagner sa vie afin de pouvoir se nourrir.

 

Tout au long de Klemzer, c’est la musique et le yiddish qui vont servir de trame… avec la violence et le sort réservé aux Juifs et aux Tziganes.

 

Comme le note Marc-Alain Ouaknin dans une préface très intéressante, « Klemzer, c’est du yiddish… En fait, Klemzer est un mot yiddish dérivé de l’hébreu kéli zémèr, instrument (kéli) de musique et chant (zémèr). Klemzer c’est le yiddish de la musique ! Klemzer, c’est le jazz du yiddish ! »

 

L’histoire commence par le massacre d’un groupe de musiciens par… les musiciens du village où ils voulaient se produire. Noé Davidovitch, appelé Baron… de mes fesses, est le seul survivant. Il réussit à s’imposer grâce à son harmonica, lors d’un mariage, ce qui séduit Hava, la mariée, qui le suit.

 

Petit à petit, un groupe va se former avec le jeune Yaacov, image du grand-père de l’auteur, Vincenzo qui s’est fait renvoyer de sa Yeshiva, lieu d’étude de la Torah, pour avoir volé des pommes et un tzigane, Tchokola, qu’ils ont sauvé de la pendaison. Ce dernier est très pragmatique. Il apprend la musique à Yaacov car : « Les Juifs, ils sont toujours à se marier, à se circoncire, à se fiancer. Il y a du pognon à se faire. »

 

Tout ce petit monde se retrouve à Odessa, au bord de la mer Noire où une dame riche les emmène dans sa voiture pour qu’ils jouent toute la nuit, dans un des beaux quartiers de la ville.

 

En appendice, l’auteur publie ses notes sur Klemzer. Il reconnaît que Yaacov ressemble au chat du rabbin, que Klemzer en est le revers de la médaille. Il écrit aussi : « … j’ai grandi avec cette idée inquiétante : les idées humanistes et les utopies républicaines sont révocables à tout moment. »

à suivre...

Jean-Paul

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 18:49

Tropique de la violence    par    Nathacha Appanah

nrf - Gallimard (2016), 174 pages.

Prix France Télévision 2017

 

Dès les premières lignes de son sixième roman, Nathacha Appanah suit les pas de Marie qui, à 23 ans, quitte sa vallée, termine ses études d’infirmière un an plus tard et craque pour Cham, infirmier lui aussi, originaire de Mayotte. Elle l’épouse et le suit, à 28 ans, lorsqu’il revient sur cette île française nichée dans le canal du Mozambique, entre Madagascar et le continent africain.

 

L’auteure écrit simplement, de façon efficace et précise, permettant au lecteur de s’imprégner peu à peu de la vie, là-bas, où les clandestins ne cessent d’arriver sur ces embarcations de fortune, appelées kwassas kwassas. Devant la préfecture, la foule attend un permis de séjour alors qu’en face, c’est devant le dispensaire qu’une autre foule espère obtenir un ticket…

 

Marie veut avoir un enfant, sans succès. Elle donne à manger, chaque jour à une petite fille de clandestins qu’elle croise sur la plage mais sa vie bascule lorsque Cham la quitte pour une Comorienne et refuse de divorcer. Aussi, elle n’hésite guère lorsqu’une jeune fille lui donne son bébé aux yeux de couleurs différentes, un noir et un vert, l’hétérochromie. Elle le prend, l’appelle Moïse et l’élève sans oublier tous ces enfants qui naissent dans la maternité de Mamoudzou, la plus grande de France !

 

Moïse a grandi. Il lit et relit toujours L’enfant et la rivière de Henri Bosco mais sa mère qui souffre de maux de tête, rêve de revenir au pays et ses rapports avec son fils se dégradent de plus en plus.

À partir de là, Nathacha Appanah (photo ci-dessous) qui est née à Mayotte et y a vécu les premières années de sa vie, nous plonge dans le drame avec une tension grandissante sous « ce soleil de Mayotte qui fait craquer les dalles de béton et éclater le goudron. » Tour à tour, parlent Moïse, Bruce, Olivier, Stéphane puis Marie à nouveau.

 

Bruce, s’appelle en réalité Ismaël Saïd. Il est le caïd de Gaza, nom donné au quartier déshérité de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou : « Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela… » Et c’est la France !

 

Nous partageons la vie de ces clandestins toujours plus nombreux sur cette île de 200 000 habitants mais qui en compte plus du double. Nous suivons les tentatives inutiles pour sociabiliser ces gosses qui sombrent vite dans le vol, la drogue (le chimique), et la délinquance.

 

Devant un tel constat, que faire ? Tropique de la violence ne propose aucune solution miracle mais ce roman à la fois très réaliste et très poétique suscite émotion et révolte. Il brise le silence qui s’installe aussitôt après l’agitation médiatique sporadique que suscite le passage d’un politique venu de métropole.

Jean-Paul

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 11:22

Mapuche    par   Caryl Férey

Gallimard, série noire (2012), 449 pages.

 

Si ce livre n’était que passionnant, haletant, émouvant, au suspense à peine supportable, ce serait un bon polar comme d’autres… mais Caryl Férey, avec Mapuche, va bien au-delà. Il réussit une plongée indispensable dans ce que fut la dictature en Argentine, afin que l’oubli ne recouvre pas tous ces crimes, toutes ces abominations commises il n’y a pas si longtemps et dont les plaies ne cicatriseront jamais.

 

 

Le Processus de réorganisation nationale - dénomination officielle d’une dictature qui a duré de 1976 à 1983, imitant ce que l’Uruguay avait fait auparavant, avec l’aval de Gérald Ford, Président des USA, et de son secrétaire d’État, Henry Kissinger - a causé 30 000 disparitions, érigé la torture systématique, bénéficiant des conseils de militaires français rôdés en Algérie, et volé à leurs parents plus de 500 bébés élevés dans des familles proches du pouvoir.

 

 

La force de Caryl Férey (photo ci-dessus) est là : emmener le lecteur dans une histoire tendue, tenant le lecteur en haleine tout en rappelant régulièrement le contexte historique, politique, économique du moment dans un pays dont il donne précisément les caractéristiques géographiques. L’auteur ne résiste pas à nous rappeler la fameuse formule caractérisant bien l’Argentine : « Les Mexicains descendent des Aztèques, le Péruviens des Incas, les Colombiens des Mayas, les Argentins descendent du bateau. »

 

 

Après une ouverture glaçante où des sbires appliquent encore les mêmes méthodes que durant la dictature pour éliminer les opposants ou, tout simplement, les gêneurs, nous faisons connaissance avec Jana, jeune sculptrice mapuche. Elle est la « fille d’un peuple sur lequel on avait tiré à vue dans la pampa… les chrétiens n’avaient pas fait de quartier… huit cent mille morts. » Son meilleur ami est Miguel Michellini, un travesti qui se fait appeler Paula, « sœur de misère et d’espoir. »

 

 

Premier drame : le corps de Luz, un autre travesti, ami de Paula, est repêché dans le port. Entre alors en scène Rubén Calderón, détective privé, fils de Daniel, un poète victime de la dictature, comme sa petite sœur. En quelques pages, dans son Cahier triste, il nous plonge dans l’horreur de sa détention, en pleine Coupe du monde de football 1978, en… Argentine ! Sa mère, Elena, fait partie des Abuelas, ces femmes qui ont défié le pouvoir sur la Plaza Mayor, à Buenos Aires, femmes qu’on a appelé folles alors qu’elles réclamaient simplement la vérité sur le sort de leurs enfants et de leurs maris.

 

 

Jana et Rubén vont lier leur sort dans une quête folle parsemée de cadavres. C’est encore l’occasion de rappeler le sort des Mapuche : « tirés comme des lapins… livrés aux écoles religieuses… parqués, acculturés, appauvris, réduits au silence, mentant sur leur origine lors de rares recensements, oubliant par honte ou désoeuvrement leur culture, les Mapuche avaient traversé le siècle comme des ombres. »

 

 

Inutile d’en dire davantage. Il faut se plonger dans la lecture de Mapuche, traverser tout le pays, se rendre dans les Andes, batailler dans les marécages du delta du Río de la Plata, passer en Uruguay, retraverser le pays, découvrir les riches vignobles établis en spoliant les propriétaires pour voir Jana devenir Kulan, la femme terrible de la tradition Mapuche.

Jean-Paul

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 11:13

Les putes voilées n’iront jamais au Paradis !

par    Chahdortt Djavann

Grasset (2016), 204 pages.

 

C’est un livre-choc, une plongée dans la vie quotidienne des filles, des femmes, en Iran. Chahdortt Djavann est née dans ce pays, y a grandi et souffert avant d’arriver en France, en 1993, à l’âge de 26 ans. Ce livre est un cri d’alarme et un constat terrifiant.

 

Mashhad, la ville aux mille visages, est située au nord-est de l’Iran, non loin de l’Afghanistan. C’est aussi une ville sacrée avec le mausolée de l’imam Reza. C’est là que sont découverts plusieurs cadavres de femmes assassinées… des putes, comme les ragots qui circulent, les qualifient. Le style direct de l’auteure est percutant, précis, sans concession. Les gens admirent l’assassin et rappellent que l’islam dit qu’il faut éliminer les prostituées comme les femmes impures.

 

Zahra et Soudabeh sont deux fillettes qui vont à l’école dans cette même ville de Mashhad. La première est voilée dès l’âge de 4 ans, mariée à 12 ans à un homme qui a deux fois et demi son âge. Après sa nuit de noces, elle confie à Soudabeh que « c’était comme enfoncer d’un coup de marteau un clou. Ça fait mal, ça déchire, ça saigne, puis ça pique. » Un peu plus tard, Zahra découvre son corps grâce à un petit miroir cassé. Elle se trouve très belle et se caresse, éprouvant enfin du plaisir… Quant à Soudabeh, elle a fui pour ne pas subir le même sort.

 

Chahdortt Djavann ne nous épargne rien et décrit la vie de quelques femmes obligées de se prostituer avec des mots crus. L’auteure s’arrête un moment pour expliquer sa démarche pour décrire ce qui se passe en Iran : « Les femmes sont les biens des hommes, de leur famille et elles restent jusqu’à leur mort sous tutelle masculine. » Elle veut que son livre soit un sanctuaire, un Mausolée pour ces femmes qu’on « réprime, étouffe, pend, lapide, torture, assassine sous le voile. »

 

Elle poursuit avec l’histoire parallèle de Zahra et Soudabeh mais aussi avec d’autres cas de femmes contraintes à la prostitution pour survivre simplement ou élever leurs enfants. On les retrouve étranglées avec leur tchador, pendues ou lapidées après un jugement complété par 180 coups de fouet.

 

Un commerçant gentil, attentionné pousse Zahra vers le mariage temporaire, le sigheh, « une sorte de CDD sexuel », effectué par un mollah qui n’oublie pas de prendre sa commission et de se servir d’abord. Soudabeh est entraînée dans la prostitution de luxe pour satisfaire les riches Iraniens ou un émir du Golfe ou encore des hommes d’affaires européens.

 

Hava possède une maîtrise de philosophie et a même préparé une thèse à Berlin sur l’influence du soufisme persan sur le romantisme allemand. Revenue à Téhéran, elle se prostitue comme sa sœur, divorcée, chez qui elle loge. Elle constate que « l’humiliation féminine est devenue générale et nationale dans notre pays, puisque ce sont les lois elles-mêmes qui écrasent les femmes, leur dérobent les droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes. »

 

Ces pages sont un formidable plaidoyer pour le plaisir, pour les femmes, pour l’humanité, tout simplement.

Jean-Paul

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 13:41

Dans les prairies étoilées    par    Marie-Sabine Roger

Éditions du Rouergue (2016), 301 pages.

 

La tête en friche, Vivement l’avenir et Bon rétablissement m’avaient vraiment étonné et ravi. C’est donc avec un a priori très favorable que la lecture de Dans les prairies étoilées a commencé : aucune déception bien sûr !

 

Dans ce roman, Marie-Sabine Roger nous fait partager le quotidien de Merlin Deschamps, artiste créateur de BD et illustrateur de documents sur les oiseaux. Avec Prune « drôle d’oiseau maigre », sa compagne, ils ont décidé de se retirer au calme dans une maison un peu loin de tout. Avant l’achat, la visite est un bon moment car ce n’est que la soixante-troisième bicoque que Merlin et Prune découvrent. C’est le coup de foudre pour les 300 m2 « d’une baraque plus truffée d’escaliers qu’un donjon des Corbières, avec un chantier pharaonique en perspective. »

 

Si Prune a 49 ans, Merlin en a 57 et il est l’auteur d’une série de BD, Wild Oregon, dont le tome XIII vient de paraître. Son héros se nomme Jim Oregon mais survient l’annonce de la nouvelle de la mort de son ami, Laurent et Merlin est bouleversé. C’est lui qui lui a servi de modèle pour Jim. Pour le personnage de Phoebe Plum, il s’inspire de Prune. Par contre, il dote Phoebe Plum de courbes très généreuses, beaucoup plus que dans la réalité, ce qui ne fâche pas celle qu’elle appelle aussi « sa marmotte furieuse ».

Le texte est constellé de phrases délicieuses ou de remarques très pertinentes comme : « Je préfère le dessin à la vie. On peut faire, défaire, changer à l’infini ou presque. » ou encore : « Quand on s’aime, se taire est une connivence. » Les souvenirs reviennent mais il faut se rendre à l’enterrement de Laurent.

 

Nous faisons alors connaissance avec Tante Foune et Oncle Albert, un couple pas vraiment assorti. Tante a pris « des dispositions » et Laurent, athée, qui voulait être incinéré se retrouve enterré au cimetière catholique après une messe et une bénédiction ! Cela nous gratifie de scènes désopilantes et donne l’occasion à l’auteure de nous apprendre que l’expression vouer aux gémonies vient de cet escalier, à Rome, qui reliait le Capitole au Forum. C’est là qu’on exposait les corps des suppliciés avant de les jeter dans le Tibre…

 

La suite de l’histoire est un régal pour les amateurs de whisky. Les noms des oiseaux ou autres animaux cités sont toujours complétés par leur désignation officielle en latin et l’auteure réussit à nous faire partager les moments de doute ou d’exaltation d’un auteur en recherche d’inspiration. En effet, Laurent a fait part de ses dernières volontés et comme « les morts ne meurent pas tant que l’on pense à eux », Merlin doit aller au bout de sa série avec, à ses côtés, une Prune toujours vigilante et prévenante.

Jean-Paul

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 18:57

Peine perdue    par   Olivier Adam

Flammarion (2014), 413 pages.

 

En 23 chapitres et une vingtaine de portraits, Olivier Adam réussit un très bon roman choral, une fresque sociétale d’une petite ville du bord de la mer méditerranée, au pied de l’Estérel, une ville qui passe son année à attendre les touristes, les vacanciers pour deux mois pleins de l’année, plus quelques retraités aisés qui tentent de s’y retirer.

 

Antoine en est le personnage principal auquel l’auteur consacre le premier et le dernier chapitre mais dont la présence ne quitte pas une ligne du livre. Star locale du foot, Antoine assure un petit boulot dans un camping désert. Lors du dernier match de son équipe, il a craqué : « le plomb qu’il a pété et la gueule du défenseur avec, les os qui craquent et le sang qui a giclé… » Il ne sait pas quand il rejouera mais le drame surgit avec deux types qui l’agressent.

 

Marion est son ex. Elle élève Nino avec Marco son nouveau compagnon. Il y a Jeff aussi qui a donné les mobil-home à repeindre à Antoine. Arrivent deux retraités, Paul et Hélène. Ils avaient une maison en haut de la falaise et « C’est elle qui lui a réclamé de venir ici une dernière fois. » Les souvenirs d’une vie reviennent : « Elle était son guide de tous les instants. »

 

Ainsi, petit à petit, les personnages défilent et les liens se tissent dans la tête du lecteur même si, de prime abord, cela n’est pas toujours évident. Une tempête aussi subite que brutale s’abat sur la petite ville, déclenchant drames et remises en cause.

 

Sarah, Coralie, Delphine, Serge, Anouck, Éric, Alex, Laure, Clémence, Léa, Floriane, Louise, Perez qui possède tous les hôtels plus le camping, les boîtes, les restos, la paillote, les entrepôts, le club de foot… mais aussi Mélanie, Cécile, Grindel nous accompagnent un moment avant de retrouver Antoine.

 

Un chapitre est consacré à l’équipe de foot locale, niveau CFA, qui va affronter le FC Nantes en quarts de finale de la Coupe de France. Ce match fait entrevoir à ces joueurs ce qu’ils ont raté mais la glorieuse incertitude du sport laisse planer le suspense…

 

Les joies, les peines, les fins de vie choisies ou subies n’empêchent pas le drame qui fait dire à Antoine : « Pardon d’avoir tout gâché. Pardon de n’avoir jamais été à la hauteur. »

Jean-Paul

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 09:12

L'étourdissement   par   Joël Egloff

Buchet-Chastel (2004) - Folio (2006) 140 pages

 

Après avoir rencontré Joël Egloff au 34éme Festival International du 1er film à Annonay (Ardèche) qui présentait en compagnie de Gérard Pautonnier, le réalisateur, le film : "GRAND FROID" (le scénario de ce film est inspiré du livre de Joël Egloff "Edmond Ganglion et fils"), j'ai eu très envie de relire L'étourdissement de ce même auteur. J'avais déjà lu ce livre ( Prix du livre INTER 2005) lors de sa parution.

 

C'est un superbe bouquin à l'humour irrésistible et d'une réelle poésie.
L'auteur décrit le quotidien d'une micro-société coincée entre un abattoir et un aéroport. Malgré les horreurs de la société industrielle poussées à l'extrême, le narrateur reste debout et digne quoiqu'il advienne.

 


C'est un roman sombre qui se déroule dans un décor sinistre, glauque, lugubre, morose, déprimant. Pourtant, la lecture de " L'étourdissement " nous emballe, nous fait rire, nous séduit, nous bouleverse... Je l'ai lu d'une seule traite!

 


Humour et poésie décrivent à merveille ce roman. Un petit bijou !

Ghislaine

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 18:32

7   par   Tristan Garcia

nrf – Gallimard (2015), 569 pages.

Prix du livre Inter 2016

 

Récompensé, avant l’été, par le Prix du livre Inter 2016, 7 est « un livre hybride » comme le reconnaît Tristan Garcia, son auteur. Personnellement, je l’ai trouvé très long à lire avec des développements peut-être utiles mais rendant la lecture fastidieuse…

7 romans se succèdent, semblent indépendants mais ont en commun un sens de la fiction très développé. Évoquons-les le plus succinctement possible.

 

Hélicéenne nous emmène dans le monde de la drogue, une drogue miracle qui permet de retrouver ses années passées. Le style est vif, prenant, enjoué et l’auteur montre comment jeune on aspire à être adulte et comment adulte, on regrette la jeunesse. « Une nouvelle drogue attire toujours du monde » et son succès est foudroyant avec des conséquences de plus en plus inquiétantes.

 

Les rouleaux de bois m’a paru complètement artificiel et m’a bien peu intéressé, même si l’on comprend que les morceaux de musique ont sûrement tous préexistés et qu’aucun compositeur ne crée réellement quelque chose de nouveau.

 

Sanguine qui est le nom du top-modèle de cette histoire, traite de la beauté et de la laideur et nous emmène à Mornay, une commune que nous retrouverons dans La Septième« …les quelques hommes heureux qui l’avaient déshabillée revenaient sans cesse, comme de petits garçons perdus, vers son visage… Étrangement, son con et son cul les excitaient moins. » Quand elle rencontre Ossian, un homme défiguré, un drôle de jeu commence entre eux.

 

La Révolution permanente nous attache aux pas d’Hélène, la soixantaine, qui vient de quitter le PC, et son mari, militant convaincu, ne l’a pas retenue. Elle se souvient et compare le monde dont on rêve et ce qu’il devient. Ici encore, l’auteur fait place au rêve, à un ailleurs qui permet de vivre dans le passé ou le futur.

 

L’Existence des extraterrestres suit une drôle de famille avec Moon, un enfant qui tente de comprendre le jeu auquel se livre son grand frère, Marlon et sa copine, Anaïs. Ils font partie d’une sorte de secte et font disparaître ceux qui ne veulent plus les suivre dans leur délire sur les extraterrestres : les dieux, comme les extraterrestres n’existent que pour ceux qui y croient.

 

Hémisphères est la nouvelle la plus courte et sûrement la plus instructive car elle révèle ce que peut devenir un monde dans lequel chaque groupe politique, religieux intégriste, secte… s’isole. Ne restent plus que les universalistes qui ont bien du mal à gérer tout ça.

 

Enfin, nous voici à La Septième qui va dérouler 7 vies pour un narrateur livrant bien des enseignements sur les choix que nous aurions pu faire au cours de notre existence. Il y a Fran, cet ami mystérieux qui possède le fameux élixir permettant d’arrêter le saignement de nez révélateur de l’immortalité et surtout Hardy, le seul véritable amour du héros. D’abord à l’Office français des réfugiés politiques, il est ensuite savant de renommée mondiale titulaire du Prix Nobel de médecine à 35 ans. Une troisième vie le confronte à la guerre et cela fait penser à ce qui se passe en Syrie et en Irak. Dans la suivante, il est une sorte de « petit Christ de province », un gourou suscitant un véritable culte pour, lorsqu’il revit, tenter de passer une vie ordinaire avant que la septième ne le ramène enfin à l’état de mortel.

 

Ce dernier récit aurait pu constituer un seul roman mais Tristan Garcia a choisi de publier ces nouvelles ensemble car, tout en alliant un côté fantastique évident, elles apportent une réflexion salutaire sur le monde dans lequel nous vivons.

Jean-Paul

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