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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 16:21

Gouverner au nom d’Allah    par    Boualem Sansal

(Islamisation et soif de pouvoir dans le monde arabe)

nrf – Gallimard (2013), 154 pages.

 

Écrire un tel livre sur un sujet aussi complexe que vaste est à la merci des bouleversements apportés hélas par l’actualité, en particulier les événements tragiques qui ont endeuillé la France et ses pays voisins au cours des deux dernières années. Par contre, il faut lire Gouverner au nom d’Allah par Boulem Sansal (photo ci-contre) pour se remettre en mémoire toutes les implications de la nébuleuse islamique.

 

 

Écrivain algérien de langue française, Boualem Sansal connaît le monde islamique de l’intérieur puisqu’il vit en Algérie et ses romans, comme Rue Darwin, permettent de comprendre beaucoup de choses.

 

 

Gouverner au nom d’Allah débute par l’étude de l’évolution de son pays, passé du colonialisme à l’islamisme. « Des prédicateurs discrets venus du Moyen-Orient, la plupart membres des Frères musulmans… Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique, leur bigoterie empressée, leurs manières doucereuses et leurs discours pleins de magie et de tonnerre, ils faisaient spectacle dans l’Algérie de cette époque, socialiste, révolutionnaire, tiers-mondiste, matérialiste jusqu’au bout des ongles… »

 

 

Ils se sont répandu à travers le réseau des mosquées et des souks et, en 1988, après ce qu’on appela « le printemps algérien », le FIS (Front islamique du salut), parti créé de toutes pièces, remportait des élections cassées aussitôt par l’armée qui emprisonnait les principaux leaders islamistes, décrétait l’état d’urgence et instaurait le couvre-feu… et, « … en janvier 1991, le pays entrait dans une guerre civile qui allait durer une douzaine d’années. »

 

 

En 2013, la guerre est finie mais la paix n’est pas gagnée car l’islamisme radical est enraciné dans la population et dépasse largement le cadre algérien. Son pays est dans un marasme et une douleur durables.

 

 

Après cette première partie, l’auteur passe à l’étude de l’islam et du monde musulman, précisant tout de suite que l’on confond « islam, religion respectable et brillante s’il en est, et islamisme qui est l’instrumentalisation de l’islam dans une démarche politique, sinon politicienne, critiquable et condamnable. »

 

 

Les pages qui suivent sont détaillées, complexes comme le tableau qu’il brosse mais toujours important à lire et à connaître. L’auteur rappelle les quatre grands courants : le sunnisme, le chiisme, le soufisme et le kharidjisme, sans oublier l’islam populaire avec prières, ramadan, pèlerinage, aumône… Il traite aussi de la liberté en islam, pose des constats et des interrogations et rappelle les vecteurs de l’islamisme : courants religieux radicaux, États musulmans, élites intellectuelles et universités, médias, « rue arabe » et émigration avec l’échec des politiques d’intégration.

 

 

Enfin, Boualem Sansal, s’il réviserait aujourd’hui son opinion sur la Turquie, parle d’un monde arabe à la recherche d’une identité et d’un avenir. Il constate le problème posé pour l’Occident par l’islamisme mais ajoute que c’est aux musulmans qu’il fait le plus de mal : « Toutes les questions, toutes les peurs, tous les espoirs également sont possibles. »

 

 

En annexe, sont rappelés les courants, les écoles et les mouvements en islam, la répartition des musulmans dans le monde, le monde arabe avec sa population, sa langue officielle et son économie. Enfin, un texte d’Ibn Khaldoun (historien, géographe, homme politique du XIVe siècle), conclut cet ouvrage qu’il faut lire.

Jean-Paul

 

Merci à Élodie de m’avoir prêté ce livre.

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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 08:34

Je vais mieux    par    David Foenkinos

Nrf – Gallimard (2013), 329 pages.

 

Après avoir lu La délicatesse, Les souvenirs et Charlotte, un régal à chaque fois, je suis revenu un peu en arrière dans l’œuvre de David Foenkinos pour découvrir Je vais mieux.

 

 

Le narrateur, au fil des pages, nous fait partager douleurs et sentiments d’un homme arrivé à la quarantaine et qui souffre subitement d’un terrible mal au dos, le mal « à la mode » comme il entend dire très vite. Pourtant, cette douleur qui peut atteindre un degré assez élevé – l’auteur note régulièrement de 0 à 10 son intensité – n’a aucune cause physique comme les divers examens (radios, IRM) le confirment.

 

 

Dans sa petite maison de banlieue avec jardin, il pense être heureux avec Élise, sa femme, mais leurs deux enfants volent de leurs propres ailes : Alice est avec un homme plus âgé et Paul, tout juste 18 ans, est à New York pour ses études. Cela, notre homme ne l’accepte pas : « Les enfants étaient nos romans et nous ne les écrivions plus. »

 

 

Dans son entreprise d’architecture, la rivalité avec Yann Gaillard est très forte et, avec ses parents, le courant n’est jamais vraiment passé. Après chaque épisode, il ajoute son état psychologique du moment qui va de « désespéré » à « prêt à tuer », en passant par « mystique », « russe », « marocain », « flou » ou encore « extatique », etc…

 

 

D’un examen à l’autre, rien ne résorbe sa souffrance qui peut même lui causer un malaise en pleine rue. Il consulte une magnétiseuse et un psychanalyste. Au travail, il ne peut que constater : « la vie en entreprise ressemblait à un pays sous occupation et je ne savais pas si je devais résister ou collaborer. »

 

 

Très vite, on se rend compte que la communication est quasi inexistante avec Élise qui va prendre une décision radicale après le brutal décès de son père. Sylvie, l’artiste, et Édouard, le dentiste, forment un couple d’amis fort utile mais rapidement encombrant.

 

 

Au fil des pages, David Foenkinos (photo ci-contre) démontre une belle maîtrise des dialogues, réussissant une exploitation efficace des silences. Cela en dit souvent très long sur l’état du narrateur ou sur l’impuissance de ses interlocuteurs.

 

 

Le titre étant optimiste, inutile de cacher l’issue heureuse du roman. La solution à ses problèmes de dos arrive enfin de manière très inattendue quand, enfin, il réussit à régler ses problèmes relationnels mais c’est au lecteur de découvrir tout cela.

Jean-Paul

 

Un grand merci à Élodie pour m’avoir permis de lire « Je vais mieux ».

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 17:27

Les Déferlantes    par    Claudie Gallay

Éditions du Rouergue (2008), 514 pages.

 

Majestueusement mené, de bout en bout, Les Déferlantes est un roman de Claudie Gallay qui nous fait vivre près de La Hague, dans la Manche, sur les pas d’une narratrice qui travaille pour le Centre ornithologique de Caen.

 

 

Pas à pas, par petites touches pleines de sensibilité et de délicatesse, nous vivons au bord de l’océan avec ses coups de vent, ses répits et une tension toujours palpable, un suspense maintenu délicatement jusqu’au bout.

 

 

Régulièrement, la narratrice pense à l’être cher qu’elle vient de perdre et a beaucoup de mal à exprimer ses sentiments pour ce Lambert qui est venu au village afin de vendre la maison de ses parents morts dans un naufrage alors qu’il était enfant. Ce jour-là, il a perdu aussi son petit frère, Paul, et se sent coupable de ne pas avoir été aussi sur le bateau.

 

 

« Des déferlantes d’eau se sont abattues sur la maison. » Le déluge effroyable qui s’abat sur La Griffue, le port où elle loge, n’entame pas la volonté de l’ornithologue qui accomplit consciencieusement son travail tout en essayant de comprendre les liens secrets ou avoués qui unissent les gens qu’elle côtoie.

 

 

Nous faisons connaissance avec Raphaël, le sculpteur, avec Morgane, sa sœur, dont Max est très amoureux mais qu’elle peine à repousser. Il y a aussi la vieille Nan qui a perdu les siens en mer. Elle semble chercher un certain Michel parmi les gens qui regardent les dégâts causés par la tempête, sur la plage. Autrefois, elle tenait un refuge pour orphelins.

 

 

Lili possède le seul bar du village et la Mère radote au fond de la salle. Elle croise aussi La Cigogne, une sauvageonne, M. Lambert qui parle de Prévert qui a fini sa vie dans sa maison du Val à Omonville-la-Petite. Surtout, il y a Théo, père de Lili. Il assurait les relevés ornithologiques avant et assurait des permanences dans ce phare qui s’est éteint, dit-on, la nuit du naufrage de la famille de Lambert.

 

 

« Les désirs, ici, sont mis à vif par les vents. C’est une affaire de peau, La Hague. Une affaire de sens. » Petit à petit, les fils se dénouent. On tente de sauver les oiseaux alors que « du village, on voyait les grandes cheminées, le monstre tapi… l’usine de retraitement nucléaire. »

 

 

Les déferlantes continuent leur travail de sape jusqu’à ce que les défenses tombent. Les mensonges s’effacent pour laisser place à la vérité et Claudie Gallay (photo ci-contre) offre toujours de très belles pages où l’air marin cèdera finalement la place à un autre air pur…

Jean-Paul

 

Un grand merci à Pauline qui nous a permis de lire ce livre.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 10:08

14 Juillet    par   Éric Vuillard

Actes Sud, un endroit où aller (2016), 200 pages.

 

S’appuyant sur les archives, Éric Vuillard (photo ci-dessous) a réussi un livre aussi important que nécessaire sur ce fameux 14 Juillet 1789 qui a tant marqué notre histoire, démontrant que les événements ayant permis la prise de la Bastille avaient commencé quelques mois plus tôt.

 

 

La Folie Titon, cette maison de plaisance, avait connu la gloire avec le premier décollage d’une montgolfière emportant deux hommes dans sa nacelle. L’enveloppe de papier venait de la manufacture Réveillon, boulevard Saint-Antoine, à Paris.

 

 

Le 23 avril 1789, J.-B. Réveillon réclame une baisse des salaires à l’assemblée électorale de son district… « Or, le peuple avait faim. » Des émeutes ont lieu à Besançon, Dax, Meaux, Pontoise, Cambrai… mobilisant femmes, enfants, chômeurs.

 

 

Paris, 600 000 habitants, compte 80 000 sans emploi et sans ressources. « L’après-midi du 27 avril, une foule percola de Saint-Marcel, réclamant le pain à deux sous et criant : Mort aux riches ! » La maison d’Henriot, fabricant de salpêtre, est saccagée. Le lendemain, la foule s’amasse devant la folie Titon et s’y engouffre.

 

 

Le style d’Éric Vuillard nous emporte dans ce débordement qui lance vraiment la Révolution française : « Le produit dérobé du travail doit être gaspillé, sa délicatesse meurtrie, puisqu’il faut que tout brille et que tout disparaisse. » Les gendarmes arrivent, tirent et font plus de 300 morts, autant de blessés, certains sont pendus, d’autres marqués au fer rouge puis envoyés aux galères… Après le 10 août 1792, c’est la journée la plus meurtrière de la Révolution.

 

 

Pendant ce temps, « le délectable et le gourmand prennent la direction de Versailles, le fade et le maigre celle des faubourgs… Tout Versailles joue… Le royaume frise la banqueroute. » 1 500 personnes sont chargées de la bouche du roi, les ministres des finances se succèdent à une cadence effrénée. On spécule en Bourse et le peuple a faim.

 

 

L’auteur insiste sur la multitude des petits métiers : porteur d’eau, marchand de ferraille ou de peaux de lapin, cocher, tailleur de pierre, tonnelier, loueuse de chaises, vendeuse de harengs ou de betteraves, papetier, serrurier, tapissier, imprimeur, vannier, brouetteur… Il n’oublie pas non plus de citer un maximum de noms, ceux qu’il a pu trouver dans les archives.

 

 

Le 11 juillet, Necker est remercié. Camille Desmoulins prononce son premier discours et il bégaye. La troupe charge mais les gardes-françaises se rallient aux émeutiers : « Paris est désormais au peuple. »

 

 

Le 13 juillet, à l’Hôtel de Ville, les bourgeois créent une milice armée alors qu’au même moment, le roi part à la chasse et que la reine cueille des capucines au Trianon, à 20 km de Paris. On cherche des armes. On dévalise le garde-meuble de la couronne et « la nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longues de tous les temps. » La chaleur était écrasante après un hiver très froid.

« Le 14 juillet 1789, la Bastille est assiégée par Paris. » Le récit est dense, détaillé, au ras du peuple avec des morts, des blessés, des notables qui se ridiculisent et des gens modestes qui se comportent en héros.

 

Contrairement à ce que nos livres d’Histoire laissent supposer, la prise de cette forteresse demanda beaucoup de sacrifices et fit 98 victimes plus d’innombrables blessés. Sa destruction commença aussitôt : « Une immense allégresse s’empara de la ville. »

Jean-Paul

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 19:04

L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis

par    Jonas Jonasson

Traduit du suédois par Laurence Mennerich

Presses de la Cité (2016), 381 pages.

 

Après l’énorme succès de son premier roman, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, Jonas Jonasson (photo ci-contre), écrivain suédois, a poursuivi dans la même veine avec L’Analphabète qui savait compter puis un troisième opus : L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis.

 

 

Comme il est facile de le constater, les éditeurs ne changent pas une formule qui gagne avec une couverture qui fait penser aussitôt à un livre de Jonas Jonasson. Il est vrai que l’auteur poursuit dans le même style, un humour un peu loufoque d’où surgissent beaucoup de travers de notre société.

 

 

Ici, il nous fait rire à propos de la crédulité des foules prêtes à s’enthousiasmer pour des croyances non fondées. Sous couvert de religion et de textes qu’il n’est pas possible de discuter, on peut faire avaler n’importe quoi à beaucoup de monde.

 

 

Per Persson dont l’histoire familiale est un peu compliquée, est réceptionniste d’un hôtel quand débarque Dédé le meurtrier qui a passé presque toute sa vie en prison à cause de trois homicides. Per rencontre le troisième héros de l’histoire sur un banc public : une femme pasteur qui fait une prière pour lui et… lui réclame 10 couronnes (kr), soit 1 euro (€) ! Hélas, la traductrice n’a fait aucune conversion en euro de la monnaie suédoise et c’est dommage car les sommes d’argent vont se succéder tout au long du récit.

 

 

Cette femme pasteur se nomme Johanna Kjellander et a une influence énorme sur toute l’histoire qui s’emballe lorsque Dédé ne reçoit que 5 000 kr (500,90 €), soit la moitié de ce qu’il attendait du comte… Pourquoi ? Parce qu’il n’a cassé qu’un bras, en deux endroits quand même, à un client indélicat de ce comte qui doit 700 000 kr (70 126 €) au Trésor Public. Il dirige cinq entreprises de vente de voitures d’occasion à Stockholm et reviendra plusieurs fois dans le déroulement de l’histoire.

 

 

Johanna lui ayant dit que « le Seigneur montre la voie à quiconque le craint… Le réceptionniste répliqua qu’il n’avait jamais rien entendu de plus stupide et lui suggéra de se servir de sa tête au lieu de débiter des citations bibliques par cœur. Surtout que la propriétaire du cœur en question ne croyait ni en Dieu ni au message divin. »

 

 

De subterfuges en stratagèmes, Per et Johanna, maintenant amants, utilisent les dons de Dédé pour récolter un maximum d’argent mais ce dernier boit beaucoup et il n’est possible de discuter avec lui qu’entre « la gueule de bois carabinée de la veille et l’orgie du jour. » Or, voilà que Dédé le meurtrier, séduit par la religion, ne veut plus tabasser les gens. Il faut « éloigner Dédé de Dieu, du Christ et de la Bible, ce trio qui avait une si mauvaise influence sur lui, pour le ramener à sa trinité habituelle : la bibine, le bistrot et la bringue. »

 

 

Impossible d’en dire plus sans dévoiler les nombreux rebondissements de l’histoire avec une fuite en camping-car, des dons généreux, une église peu ordinaire, une île au milieu de la mer Baltique et le Père Noël… L’auteur glisse régulièrement observations et remarques sur les habitudes de son pays. S’il a beaucoup d’imagination, un don évident pour amuser son lecteur, cela ressemble un peu trop à ce qu’il a écrit auparavant et l’effet de surprise en est, bien sûr, amoindri.

Jean-Paul

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 11:09

Défaite des maîtres et possesseurs   par   Vincent Message

Seuil (2016), 298 pages

Prix Orange du livre 2016

 

Quel livre !

 

Surprenant au début, un peu angoissant et, au fil de la lecture, déstabilisant. En effet, on apprend que des extra-terrestres comme nous les nommerions, nous les hommes, ont peu à peu pris possession de notre Terre et mis les humains sous leur coupe.

 

Au chapitre 6, le narrateur nous dit : "Il y a, pour résumer, trois catégories d'hommes : ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s'efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons."

 

Ainsi, on se rend bien compte que le traitement infligé aux hommes est le même que celui que nous infligeons aux animaux et ceci à quel titre ?

 

C'est vraiment un beau sujet que traite Vincent Message (photo ci-dessous), et la fin du roman nous invite à une vraie leçon de philosophie que chacun d'entre nous devrait méditer.

 

 

Ce livre a été récompensé par le Prix Orange 2016, prix amplement mérité ! Je suis même étonnée qu'il n'ait pas été dans la liste des goncourables... Serait-il trop dérangeant ?

 

Ghislaine

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:03

Jean le Bleu    par   Jean Giono

Bernard Grasset (1932), Le Livre de Poche (2008) 219 pages.

 

Ce n’est pas le livre le plus connu de Jean Giono (photo ci-contre) mais Jean le Bleu est un récit très important car il concerne tout simplement l’enfance et l’adolescence de l’auteur, dans sa bonne ville de Manosque (Alpes de Haute-Provence).

 

 

Il égrène ses souvenirs avec sa mère, Pauline, qui tient un atelier de repassage au rez-de-chaussée, aidée par deux ouvrières, et son père, au troisième étage, qui est cordonnier.

 

 

 

 

Très croyante, sa mère l’a inscrit à l’école des sœurs et il se souvient de Louisa, « lisse, douce et blanche comme une dragée » qui le conduisait… Il y eut une Louisa seconde qui menait aussi « le beau petit garçon » à l’école mais Giono précise aussitôt qu’il n’avait de beau que l’habit : « j’avais une ingrate figure allongée et maigre où se voyaient seuls des yeux tendres. »

 

 

 

Tout au long du livre, il nous gratifie de somptueuses descriptions que ce soit en parlant des gens, des rues de sa ville ou des paysages. Il tient aussi à expliquer pourquoi sa mère l’a mis à l’école couventine… pour les clients : « Mais, à cette époque, pour être sûr de marcher sur du cuir, il fallait être de la « haute ». On lui avait gentiment mis le marché en main. » Il fait preuve ensuite d’un bel humour sur Dieu et la religion.

 

On peut voir aujourd'hui, dans la Rue Grande de Manosque, la maison où Jean Giono a passé son enfance (photo ci-contre).

 

Une nuit, arrive un homme qui vient se réfugier chez eux après avoir échappé aux gendarmes et l’on comprend que son père n’hésite pas à s’engager pour soutenir ceux dont les idées déplaisent. Il élève aussi des oiseaux dans cinq cages mais surtout, il cherche un jardin car : « La tranquillité, on ne l’avait qu’en partant de cette maison. »

 

 

Tout au long de son enfance, Jean Giono fait de nombreuses rencontres, vit au contact des animaux très présents un peu partout dans ce centre-ville, ce qui est difficilement imaginable aujourd’hui. Dans la petite cour, derrière sa maison, on élève des moutons puis des cochons.

 

 

Dans cette atmosphère trop confinée, la santé du petit Giono n’est pas brillante. Aussi, il est confié quelque temps au berger Massot qui l’emmène à Corbières, village possédant les meilleures aires de vannage. Là-bas, Mme Massot l’appelle « mon perdreau ». Il reprend des forces mais assiste aussi à des scènes assez violentes et découvre un peu plus « l’odeur des femmes ».

 

 

Un homme lui donne L’Iliade à lire et il aime bien Anne à qui il ne peut dire au revoir lorsqu’il revient à Manosque où l’hiver est terrible. C’est quand il travaille dans une banque avec une livrée bleue qu’on le nomme Jean le Bleu. Son père lui confie alors : « Si, quand tu seras un homme, tu connais ces deux choses : la poésie et la science d’éteindre les plaies, alors tu seras un homme. »

 

 

Presque adulte maintenant, avec Marie-Jeanne il apprend à faire l’amour et se lie d’amitié avec Louis David. Hélas, on entre dans l’année 1914 sans s’en apercevoir : « Les hommes trop nourris avaient oublié leurs génitoires ; ils faisaient l’amour avec du pétrole et des phosphates, des choses sans hanches ; ça leur donnait envie de sang. »

Jean-Paul

 

Merci à Élodie de m’avoir permis de lire ce livre.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 10:19

Comme une respiration…   par   Jean Teulé

Julliard (2016), 153 pages.

 

Peut-être en panne d’idées ou voulant publier une série de courts récits, certains difficiles à nommer nouvelles, Jean Teulé qui m’a régalé avec Le Montespan, Mangez-le si vous voulez, Charly 9 et Fleur de tonnerre, offre une respiration avec quarante petits morceaux assez inégaux.

 

 

Impossible, bien sûr, de tout passer en revue mais il faut citer Le petit compagnon de madame Verbesque avec ce taxidermiste qui vend aussi des appâts pour la pêche. C’est excellent car l’on y retrouve la verve de l’auteur.

 

 

Dans Chevreuil à tribord, il nous livre une belle histoire. Le viaduc de Dinan, c’est pas mal. Dans Lui, c’est la belle histoire d’Arthur et de l’animatrice qui réussit à sortir un enfant de la DDASS du puits de l’anonymat dans lequel il est maintenu.

 

 

Joli-Thorax aux commandes nous plonge dans le monde des sous-marins où « un connard à barrettes » est incompétent et dangereux. Éric, 18 ans, bon mécanicien naval, va demander sa mutation car il ne veut plus « de ce destin de sardine en boîte dirigé par un taré comme Joli-Thorax. »

 

 

Vive la mariée fait bien sourire… sauf Jean-Pierre qui devait épouser Sylvie. Il est suivi de Joyeux Noël, un petit conte sur les urnes funéraires puis d’Une préface où l’auteur constate : « D’une religion l’autre, oh les empêcheurs d’aimer en rond. C’est la revanche des cons. »

 

 

Enfin, Canard + se passe « à l’intérieur d’un monde de vapeur tiède aux parfums de sel, de chlore », dans cette piscine où l’auteur a bien du mal à comprendre toutes les subtilités de l’organisation des cours afin de « copatauger en bonne intelligence. »

 

 

Comme une respiration… mérite bien son titre car cela permet de passer de bons moments de détente mais il faudra attendre pour que Jean Teulé (photo ci-contre) nous livre un nouveau livre méritant vraiment le détour.

 

 

Merci à Élodie qui m’a permis de prendre ce bol d’air…

Jean-Paul

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 10:49

Ma circoncision   BD   par   Riad Sattouf

L’Association, collection espôlette (2008).

 

Riad Sattouf (photo ci-contre) a beaucoup d’humour et de talent. Il l’a prouvé, une fois de plus, il y a quelques années, dans ce petit album, bande dessinée très originale : ma circoncision.

 

 

Des textes très sérieux accompagnent les dessins agrémentés de bulles et de précisions qui permettent de suivre le jeune Riad (8 ans), à l’époque où il vivait en Syrie, dans un petit village nommé Ter Maaleh, près de Homs. Il joue souvent avec ses cousins, Majid et Amin, et ils sont fans absolus de Conan le Barbare qu’ils ont vu dix fois sur cassette vidéo.

 

 

Conan étant né en Cimmérie, pays barbare et nordique, dans la fiction de Robert E. Howard, ils veulent être de vrais Cimmériens mais lorsqu’ils font pipi côte à côte pour comparer la longueur de leur jet, Riad ne peut que constater : son zobi est une trompe alors que celui de ses cousins est un champignon !

 

Voilà même qu’on le traite d’Israëlien, la pire insulte ! Les choses s’aggravent lorsque son père décide de le circoncire. Celui-ci, titulaire d’un double doctorat à la Sorbonne est venu enseigner l’Histoire à l’université de Damas.

 

 

C’est l’occasion, pour l’auteur, de nous faire un état des lieux sur l’école, en Syrie, au milieu des années 1980 : « Tout était prétexte à frapper les enfants. » Il lui arrive aussi de voir plusieurs hommes pendus sur une grande place de la ville voisine. Il constate aussi que, dans cette société traditionnelle : « Nous avions beaucoup de mal à communiquer. »

 

 

Il avait bien la promesse de l’achat d’un Goldorak géant mais son père l’envoie balader après l’opération qui est suivie d’une infection… Même s’il est enfin devenu un vrai Cimmérien, il tombe de haut lorsqu’il apprend que les Israëliens aussi sont circoncis !

 

 

Enfin, la dernière question qui le taraude, c’est la destinée de son prépuce… et il envisage cinq possibilités…

Jean-Paul

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 18:18

Petit piment     par   Alain Mabanckou

Seuil (2015), Points (2017) 232 pages

 

Avec Petit piment, Alain Mabanckou nous emmène au Congo dans les années 60 - 70.

 

Le narrateur est prénommé : Tokumiza Nzambe po Mose Yamoyindo abotami namboka ya Bakoko qui signifie en lingala "Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres" . Ce prénom lui a été donné par Papa Moupelo , le prêtre de l'orphelinat de Loango.

 

Moïse comme tout le monde l'appellera, nous décrit son enfance dans cet orphelinat , avec Bonaventure, son meilleur ami. Mais Papa Moupelo, le prêtre dont tous les enfants attendaient l'arrivée chaque week-end ne viendra plus et Moïse devra devenir un pionnier de la révolution socialiste.

 


Les jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala, les frères terreurs de Loango, à qui Moïse devra son surnom de Petit Piment, l'entraîneront dans leur évasion vers Pointe Noire. L'aventure le conduira notamment chez Maman Fiat 500 et ses 10 filles...

 


C'est un récit palpitant qui nous fait découvrir la société congolaise avec entre autres la corruption, les conflits ethniques, la pauvreté, la condition des femmes.

 


Petit Piment, paru en 2015 et sorti en édition poche cette année, est un roman passionnant et très instructif.

 


J'ai découvert, avec cette lecture, Alain Mabanckou (photo ci-contre), un auteur de grand talent que je recommande fortement !

 

Ghislaine

 

 

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