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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 08:25

Le Chat du Rabbin    BD    par    Joann Sfar

Dargaud – Poisson Pilote. Couleurs : Brigitte Findakly.

 

4. Le Paradis terrestre (2005) 52 pages.

 

 

Comme il pleut à Paris, le Chat est rentré aussi à Alger pour un quatrième album qui permet de faire davantage connaissance avec un personnage à peine effleuré dans le n° 2 : Malka.

 

 

La préface est signée Moebius (Jean Giraud) qui rappelle la place particulière tenue par Joann Sfar (photo ci-dessous) dans le monde des dessinateurs : « Il fait partie de ces gens d’âme qui donnent du sens aux histoires que leurs aînés leur ont racontées. »

 

 

Dans le désert, Malka et son lion rencontrent un serpent puis un voleur. Il constate, comme des femmes le lui font remarquer, que son lion est trop vieux. Or, Malka veut toujours être admiré. Il retrouve sa femme en rêve, un passé glorieux qui vire au cauchemar. À Oran, il s’oppose vertement au maire, l’abbé Lambert, qui harangue la foule et attise la haine des juifs et des arabes, s’en prenant au gouvernement de Léon Blum qui veut accorder la nationalité française à l’élite musulmane d’Algérie.

 

 

Au passage, on a appris que « Les synagogues sont les plus vieux temples monothéistes du Maghreb… Puisque les juifs vivaient déjà là au temps de l’Empire romain. » De son côté le Chat a retrouvé les bras de Zlabya et le Rabbin prône l’étude face aux juifs qui veulent apprendre la guerre.

À suivre...

Jean-Paul

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 16:38

Le Chat du Rabbin    BD    par    Joann Sfar

Dargaud – Poisson Pilote. Couleurs : Brigitte Findakly.

 

3. L’Exode (2003) 48 pages.

 

C’est Georges Moustaki (1934 – 2013) qui ouvre ce troisième album nous emmenant de l’autre côté de la Méditerranée, jusqu’à Paris ! L’inoubliable créateur de Milord ou du Métèque rappelle : « La coexistence, longtemps pacifique, des ethnies vivant autour de la Méditerranée les a enrichies, au long des siècles, de leur connivence et leur tolérance. »

 

 

Zlabya étant mariée maintenant, le Chat doit dormir avec son maître : « Il sent moins bon que sa fille. Il ronfle… Que la vie est triste. » Le dessin est toujours réussi, les réflexions du Chat comme les dialogues toujours aussi réjouissants.

 

 

Le Chat s’acoquine même avec un chien mais la surprise est offerte par le Rabbin qui se lâche complètement dans un restaurant parisien : il mange du jambon, du boudin, des escargots, des fruits de mer, de l’espadon, des huîtres et le monde ne s’écroule pas ! C’est pourquoi, dès son retour à Alger, il surprend les fidèles de la synagogue en remettant en question les principes religieux.

À suivre...

Jean-Paul

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 13:35

Le Chat du Rabbin    BD    par    Joann Sfar

Dargaud – Poisson Pilote. Couleurs : Brigitte Findakly.

 

2. Le Malka des Lions (2002) 48 pages.

 

On se jette avec délice et impatience dans la suite des aventures du Chat du Rabbin mais une halte s’impose pour lire la préface signée Fellag, comédien, écrivain et humoriste né en Kabylie : « Par son analyse des situations alambiquées, par sa révolte contre les intolérances, sa remise en question de l’absurdité de certains dogmes qui sont de véritables étouffe-monothéistes, ce chat nous apprend à regarder la vie avec humour et philosophie. »

 

 

Le Rabbin a reçu du courrier qu’il glisse dans sa poche. « Zlabya, ma maîtresse, est curieuse de connaître le contenu de ces lettres et moi aussi, car les chats sont encore plus curieux que les filles. » Nous suivons donc le Chat qui colle à son maître. Celui-ci s’assoit à la terrasse du café L’Univers tenu par la famille Carbodel mais le serveur lui fait savoir que l’établissement ne sert ni les arabes, ni les juifs…

 

 

Les réflexions du Chat sont toujours aussi savoureuses quand il se moque des traditions religieuses stupides qui veulent régler la vie privée des croyants. Nous apprenons que le Rabbin doit faire une dictée s’il veut être agréé par le Consistoire Israélite de France et c’est le Chat qui se charge de le préparer. Au passage, nous découvrons l’arganier, le fameux arbre à chèvres…

 

 

Entre temps, est arrivé une sorte de Tartarin, un super héros du désert, un cousin du rabbin : le Malka des Lions. Quand il s’assoit à la terrasse du café Carbodel avec son fusil et son lion près de lui, le serveur ne dit rien !

 

 

C’est le moment de partir dans le désert sur la tombe de Messaoud Sfar, beau-père du grand-père du rabbin. En chemin, nous rencontrons Cheikh Mohammed Sfar et son âne qui se rend au même endroit. Quand ils prient, c’est comique : « Tous les deux, l’un tourné vers Jérusalem, l’autre vers La Mecque. »

 

 

Enfin, nous apprenons que Zlabya va se marier et le chat n’est pas content du tout !

À suivre...

Jean-Paul

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 17:11

Le Chat du Rabbin    BD    par    Joann Sfar

Dargaud – Poisson Pilote. Couleurs : Brigitte Findakly.

 

1. La Bar-Mitsva (2002) 48 pages.

 

Il faut se lancer dans l’aventure du Chat du Rabbin sans hésiter ! Joann Sfar a produit six albums délicieux, riches de commentaires savoureux et tellement utiles dans ces temps où le religieux tente un retour en force.

 

 

Dans les cinq premiers albums, une préface très intéressante rend hommage à l’auteur. Pour La Bar-Mitsva, c’est Eliette Abécassis, romancière et philosophe, qui dit très justement : « C’est à la fois une poésie, un conte pour adulte et une discussion intelligente, pondérée, et drôle, du judaïsme. »

 

 

L’auteur nous plonge aussitôt dans les rues d’Alger, à une époque déjà lointaine, où il faisait bon vivre sans exclusion sauf que « Chez les juifs, on n’aime pas trop les chiens. Un chien, ça vous court après, ça aboie… Et ça fait tellement longtemps que les juifs se font mordre, courir après ou aboyer dessus que, finalement, ils préfèrent les chats. »

 

 

Le ton est donné et le fameux Chat entre en scène, un chat maigre, effilé, au poil très court qui tient à sa liberté mais qui, après avoir croqué un perroquet, se met à parler ! La personne qu’il aime le plus au monde, c’est Zlabya, la fille du Rabbin, « son nom évoque une pâtisserie au miel ». Hélas, le Rabbin ne veut plus que le Chat fréquente sa fille depuis qu’il parle.

 

Voilà que notre Chat veut faire sa Bar-Mitsva, cérémonie marquant le passage des jeunes garçons à la majorité religieuse. Le Rabbin lui fait étudier la Torah, le Talmud mais le Chat discute, réfute, conteste et prouve que le maître du Rabbin n’est pas omniscient. Il y a beaucoup de tendresse et de complicité entre le Chat et son maître. Finalement celui-ci accepte que le Chat retrouve Zlabya, à condition qu’il ne parle pas : « Ça vaut le coup de fermer sa gueule pour être heureux. »

 

 

Déjà, on constate combien certains jeunes hommes manipulent la religion afin de prendre pouvoir et combien les femmes sont écartées. Enfin, l’auteur rend hommage à tous les peintres d’Alger. Son dessin est original, agréable, très expressif et toujours bien coloré.

À suivre...

Jean-Paul

 

 

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 20:57

Paris-Brest    par    Tanguy Viel

Les Éditions de Minuit (2009), 189 pages.

 

Tanguy Viel (photo ci-contre) parle un peu de Paris, sort quelques méchancetés sur le Languedoc-Roussillon mais l’essentiel du roman se passe à Brest, avec vue sur la rade… Le narrateur n’en peut plus des tensions familiales. Pour évacuer tout ça, il veut écrire un roman familial mais, dans ce cas-là, rien n’est simple, surtout avec sa mère !

 

 

Brest, ville entièrement détruite après la seconde guerre mondiale, devait être reconstruite pour que tout le monde voie la mer mais « quelques riches grincheux » ont voulu récupérer leur emplacement… « Alors, à Brest, comme à Lorient, comme à Saint-Nazaire, on n’a rien réinventé du tout, seulement empilé des pierres sur des ruines enfouies. »

 

 

Le décor est planté. Restent les personnages avec Louis, le narrateur, Marie-Thérèse, la grand-mère, les parents de Louis, le fils Kermeur et sa mère, femme de ménage chez la grand-mère. Chaque semaine, Louis, en bon petit-fils, accompagne celle-ci jusqu’au cimetière puis mange avec elle au Cercle Marin où l’on retrouve « une France antique et royaliste ».

 

 

Le père de Louis, ancien vice-président du Stade Brestois, a dû déménager à Palavas-les-Flots où sa femme tient une boutique pour touristes. Suite à un trou de 14 millions de francs dans la caisse du club, il ne pouvait plus rester dans sa ville surtout qu’il avait recruté un attaquant brésilien, Juan César, avec un faux passeport… Pourtant, il marquait des buts mais le procureur n’aimait pas le foot…

 

 

Le 20 décembre 2000, Louis revient de Paris à Brest, en train, pour passer Noël en famille dans la maison achetée sur la côte sauvage depuis le retour de Palavas, grâce à la fortune de la grand-mère, heureuse héritière d’un vieillard rencontré au Cercle Marin. Après un mariage et trois ans de vie commune, elle a récupéré tout l’argent qui tente bien le fils Kermeur. « Ami » du petit-fils, il a, à son passif, un épisode au supermarché.

 

 

Justement, un chapitre est consacré à lui. Voyant la mère de Louis lui faire la tête, il nous gratifie d’une formule originale : « Ma parole, mais ta mère a avalé un cimetière ! » Le ton du livre est là, souvent aigre-doux comme lorsque Louis sussure, encore à propos de sa mère : « Elle m’a caressé la joue, et pour moi c’était comme une lame de rasoir qui m’arrachait la peau. »

 

 

Footballeur ou écrivain, Louis n’a eu que le second choix au contraire de son frère. L’écriture de son roman familial « pour effacer le mal » parviendra à rendre la dignité au père mais, pour le fils, Paris-Brest sera plutôt Brest-Paris.

Jean-Paul

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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 07:49

Ghislaine vous l'avait présenté le 19 décembre 2016 puis j'ai pris le relais le 21 avril dernier et nous apprenons ce matin que

Règne animal , de   Jean-Baptiste Del Amo, un auteur que nous avions découvert, rencontré, écouté et apprécié aux

Correspondances de Manosque 2016,

est le Livre Inter 2017 !!!

Photo : Jean-Baptiste Del Amo est au centre, entre Yann Nicol (à gauche) et Vincent Message.

Jean-Paul

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 17:04

J’ai longtemps eu peur de la nuit    par    Yasmine Ghata

Robert Laffont (2016), 155 pages.

 

Yasmine Ghata (photo ci-contre) confirme son grand talent dans ce cinquième roman qu’elle mène avec beaucoup d’originalité, un style qui touche beaucoup son lecteur tout en évitant longueurs et surcharges. J’ai longtemps eu peur de la nuit permet de comprendre au plus près ce que vivent les déracinés ayant vécu au plus près les violences les plus extrêmes.

 

 

Suzanne mène un atelier d’écriture dans le collège où elle a été elle-même élève. Elle demande aux élèves de 3ème qui sont en face d’elle, de parler d’un objet familier présent depuis longtemps dans la famille. Un adolescent noir a fini le premier et fixe Suzanne.

 

 

C’est Arsène et le récit va alterner entre récit classique et texte écrit à la deuxième personne du singulier. L’objet qu’il a choisi est une valise, cette valise qui l’a accompagné et sauvé durant sa fuite du génocide rwandais : « Tu te rappelles la faim, la soif, les nuages au loin qui barraient la route à tout espoir… Pour toi, elle loge un cadavre ; celui de ton enfance pillée, en lambeaux. »

 

 

Grâce à la confiance de Suzanne qui retrouve aussi des souvenirs douloureux, Arsène parle de Willy, Flora et Trésor, ses frères et sœurs. Il avait 8 ans et, grâce à sa grand-mère, il a pu fuir à temps, avec cette valise : « vous étiez deux sur ce chemin. Seul, tu n’aurais pas survécu. » Encore près de chez lui, il a entendu les rafales, les cris, les hurlements et vu « des silhouettes familières traînant les corps, récupérant le bétail. »

 

 

Suzanne est patiente mais se comporte avec rigueur, bienveillance, exigence et familiarité. Arsène continue : « Inséparable de ta valise, tu as dormi sept nuits dedans, le lit neuf te terrorisait. Une parcelle du Rwanda respirait encore à travers les lambeaux de cuir. » Le rapport de l’enfant avec sa valise est étonnant mais se comprend très bien : « Ta survie ne dépendait plus que d’elle, elle était ton toit, tes murs et ton plancher. »

 

 

Si Yasmine Ghata a choisi cette façon de raconter à la seconde personne du singulier, c’est parce qu’Arsène n’arrive pas à écrire son histoire. Il raconte à Suzanne qui rencontre le couple d’enseignants qui l’a adopté après beaucoup de temps et de précautions. Il le fallait car Arsène, dans le camp de réfugiés où il a enfin pu être recueilli, n’arrive pas à dormir : « Leurs cris, leurs pleurs, hantaient la nuit. » C’est pourquoi, il a longtemps eu peur de la nuit. Heureusement, dormir dans sa valise tenait les morts à distance…

Jean-Paul

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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 07:57

Au nom des pères     par     Oliver Bottini

traduit de l'allemand par Didier Debord (titre original : Im Aufrag der Väter)

Éditions de l'Aube (2017) 393 pages

 

Un inconnu pénètre dans la propriété des Niemann et dit à Paul, le père, d'un ton menaçant, qu'il a 7 jours pour partir avec sa famille car c'est sa maison, maintenant.

 


Louise Boni, tout juste sortie d'une addiction à l'alcool, flic à la fois forte et fragile est chargée de l'enquête. Elle va se donner à fond, toujours de façon très humaine, en se fiant souvent à ses intuitions pour tenter de découvrir qui est cet homme et quelle est son histoire.

 


Elle a une approche psychologique de chaque personnage, très nuancée, très progressive qui nous permet de comprendre peu à peu leur personnalité très difficile à cerner.

 


Oliver Bottini qui signe là, avec " Au nom des pères" son 3ème roman noir aux Éditions de l'Aube, nous livre un polar très réussi qui nous tient en haleine du début à la toute dernière ligne.

 


Outre le suspens très bien entretenu, la force de ce livre tient aussi au fait que l'auteur nous fait découvrir certains faits de l'histoire de l'Allemagne très méconnus, que, pour ma part, j'ignorais. Il aborde, dans ce polar, la souffrance sans nom endurée par ces populations déplacées contre leur gré, parfois même à plusieurs reprises, en tout cas, d'êtres blessés par la vie.

 

 

 

 

Plus qu'un roman noir, Au nom des pères d'Oliver Bottini est un livre riche et magnifique, très bien écrit , à lire sans retenue.

 

 

 

Merci à Lecteurs.com et aux Éditions de l'Aube pour m'avoir fait découvrir ce superbe bouquin que j'ai dévoré.

Ghislaine

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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 15:43

1851 Marianne des Mées    par    Daniel Berthet

Kariel B. Edition (2017) 249 pages.

 

Il ne faut pas oublier ces événements importants qui ont marqué l’histoire de notre pays. La menace d’un renversement de la République plane toujours puisque nous voyons des faits identiques se produire pas si loin de nous. Un homme politique au pouvoir, démocratiquement mis en place suivant les critères de l’époque, décide brutalement de confisquer ledit pouvoir, réalisant ce qui est pudiquement nommé un Coup d’État.

 

Cela s’est passé en France le 2 décembre 1851 et Daniel Berthet (photo ci-contre) nous plonge dans la vie de l’époque dans ce département nommé les Basses-Alpes jusqu’en 1970 avant de prendre le nom actuel : Alpes-de-Haute-Provence. Pour que le tableau soit complet, il ne néglige pas le camp des puissants, de cette haute bourgeoisie où l’on se gargarise de titres de noblesse jamais complètement disparus depuis la Révolution.

 

 

Le récit, passionnant de bout en bout, débute en mai 1850 avec la légende du Pas de Marie, un lieu devenu arrêt de messagerie entre Manosque et Digne. C’est là qu’arrive la patache, la diligence que Marianne va prendre. Elle marche en sabots. « Enfoncé sur ses oreilles, un vieux bonnet phrygien dont le rouge avait pris la couleur de la terre à force de sueur et d’intempéries lui donnait des allures de sorcière. Ses mâchoires vides de dents accentuaient le trait lorsqu’elle ouvrait la bouche par saccades pour retrouver un peu d’air… »

 

 

C’est elle l’héroïne de 1851, Marianne des Mées. Ce bonnet phrygien était porté par son père assassiné par une bande de royalistes sous « la monarchie de juillet dans les années trente alors qu’il s’opposait au remplacement du drapeau tricolore par le drapeau blanc au fronton de la mairie de Digne. »

 

 

Les mots du terroir fleurissent « fan de chichourle, fan de pute » dans la bouche du père Laburlière et de Jules Sainfoure qui détaillent Marianne. Les descriptions sont savoureuses. À bord de la patache, Cunégonde De Louvion de Saint-Cyr est avec son mari, M. Dupré qui vient d’être nommé préfet dans ce département lointain.

 

 

Le décor est planté mais c’est à Digne que les événements se bousculent avec l’arrivée de ce nouveau préfet, un procureur et un colonel de gendarmerie n’hésitant pas à arrêter et condamner des innocents pour préserver les intérêts d’une caste regroupée dans l’Ordre de Pentacrine, des nostalgiques de l’Empire.

 

 

Les trois parties qui suivent portent des titres évocateurs : Haro sur la justice ! Haro sur l’assemblée ! Haro sur le peuple ! Le récit est haletant, plein de rebondissements, nous emmène jusqu’au palais de l’Élysée où le Président Louis-Napoléon, surnommé Badinguet, prépare son Coup d’État. Au passage, l’auteur ne néglige pas les amours de Cunégonde et de Magloire.

 

 

Lantoine, le fils de Marianne, côtoie Ailhaud qui mena la seule révolte pour le maintien de la République. Farouches partisans de la démocratie, ils avaient pris la préfecture de Digne et jeté les bases d’un fonctionnement juste, respectant les droits de tous les habitants de leur département. Hélas, la répression fut très dure.

 

 

Daniel Berthet raconte cela très bien car « Pendant ces journées de communion du peuple dans la révolte, Marianne des Mées fut le symbole même de la lutte pour la liberté. »

Jean-Paul

Livres de Daniel Berthet déjà présentés sur le blog :

- Il faut sauver le Saint-Esprit.

- Justice aux poings !

- L'anneau de Saint-Jérôme.

- Porteurs de rêves.

- Au nom de notre bonne foi !

 

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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 08:28

Désorientale    par    Négar Djavadi

Liana Levi (2016) 349 pages

Prix du Style 2016

 

Le récit commence devant un escalator que le père de Kimiâ refusait de prendre. Pour Darius Sadr, « ce genre de luxe se méritait, sinon c’était de l’abus, voire du vol… L’escalator, c’est pour eux. » Négar Djavadi (photo ci-contre) nous prévient : « ces pages ne seront pas linéaires… La mémoire sélectionne, élimine, exagère, minimise, glorifie, dénigre. Elle façonne sa propre version des événements, livre sa propre réalité. »

 

 

Nous voilà donc embarqués jusqu’aux rives de la mer Caspienne, à Mazandaran où débute cette saga familiale permettant de couvrir l’histoire de l’Iran, au XXe siècle. Petit à petit, nous faisons connaissance avec la famille de Kimiâ alors que celle-ci se morfond dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin, attendant la dernière étape d’une PMA (procréation médicalement assistée). Ainsi, les époques vont se croiser, s’entrechoquer, se mélanger parfois dans ce roman dense, très bien écrit et dont la propre vie de l’auteure sert de canevas.

 

 

Nour est la grand-mère paternelle de Kimiâ. Elle épouse Mirza-Ali en 1911. Tous les deux, ils font partie de la bourgeoisie iranienne. Sa grand-mère maternelle, Emma Aslanian, est d’origine arménienne. Avec sa famille, elle a fui la Turquie avant le génocide arménien, en 1915. Darius et Sara Sadr sont les parents de Kimiâ et ont eu deux filles avant elle : Leïli et Mina. Enfin, il y a les oncles numérotés de 1 à 7, les frères de Darius, numéro quatre de la fratrie.

 

 

Au fil du roman, les chocs se succèdent. Darius est un opposant politique heureux de voir la chute du Shah et l’avènement de la démocratie mais cela ne dure pas car la France a abrité un certain Khomeiny, ayatollah, qui revient au pays pour en faire une république islamique : « Depuis que le régime islamique gouvernait ce pays, tous les noms des rues et des quartiers avaient été changés, ayatolahisés, brouillant les repères et les mémoires. »

 

 

Heureusement, Saddeq, Oncle Numéro 2 raconte l’histoire de la famille à Kimiâ et à ses sœurs. Sara, leur mère, voue une passion immodérée pour la France alors que Darius est recherché par la Savak, la police politique du Shah. Nous partageons aussi bien les catastrophes que les moments de bonheur du quotidien d’une famille qui avait tout pour bien vivre mais frappée par le malheur à plusieurs reprises.

 

 

Avant qu’il ne soit trop tard, Sara a pris ses enfants et elle est partie. En route pour Tabriz, à 500 km : « Dans ces rues, des femmes ont été lapidées, des hommes ont été pendus sur la place publique… Rien n’a changé. Comment tant d’espoir a-t-il pu être anéanti ?... On nous a volé notre pays. »

 

 

À pied ou à cheval, dans les montagnes enneigées du Kurdistan, Sara et ses filles passent la frontière Iran-Turquie et, après bien des péripéties, arrivent à Paris, à 5 276 km de Téhéran. En Europe de l’ouest, Kimiâ peut enfin vivre son homosexualité mais rien n’est simple : « Le déracinement avait fait de nous non seulement des étrangers chez les autres, mais des étrangers les uns pour les autres. »

 

 

Désorientale, quel titre superbement choisi ! C’est un roman passionnant, déroutant parfois, extrêmement dense, mais tellement émouvant et utile pour remettre en place ces événements qui ont marqué notre monde et qui continuent d’être d’actualité en Iran et ailleurs.

Jean-Paul

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