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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 18:18

Petit piment     par   Alain Mabanckou

Seuil (2015), Points (2017) 232 pages

 

Avec Petit piment, Alain Mabanckou nous emmène au Congo dans les années 60 - 70.

 

Le narrateur est prénommé : Tokumiza Nzambe po Mose Yamoyindo abotami namboka ya Bakoko qui signifie en lingala "Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres" . Ce prénom lui a été donné par Papa Moupelo , le prêtre de l'orphelinat de Loango.

 

Moïse comme tout le monde l'appellera, nous décrit son enfance dans cet orphelinat , avec Bonaventure, son meilleur ami. Mais Papa Moupelo, le prêtre dont tous les enfants attendaient l'arrivée chaque week-end ne viendra plus et Moïse devra devenir un pionnier de la révolution socialiste.

 


Les jumeaux Songi-Songi et Tala-Tala, les frères terreurs de Loango, à qui Moïse devra son surnom de Petit Piment, l'entraîneront dans leur évasion vers Pointe Noire. L'aventure le conduira notamment chez Maman Fiat 500 et ses 10 filles...

 


C'est un récit palpitant qui nous fait découvrir la société congolaise avec entre autres la corruption, les conflits ethniques, la pauvreté, la condition des femmes.

 


Petit Piment, paru en 2015 et sorti en édition poche cette année, est un roman passionnant et très instructif.

 


J'ai découvert, avec cette lecture, Alain Mabanckou (photo ci-contre), un auteur de grand talent que je recommande fortement !

 

Ghislaine

 

 

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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 13:24

Vers la nuit    par   Isabelle Bunisset

Flammarion (2016), 132 pages.

 

Pour son premier roman, Isabelle Bunisset (photo ci-contre) qui enseigne à l’université de Bordeaux, nous conte les dernières heures de l’écrivain qu’elle connaît le mieux : Louis-Ferdinand Céline. En effet, elle est l’auteure d’une thèse sur la dérision chez Céline.

 

 

Nous sommes le 30 juin 1961, à Meudon. Il est 16 h et il fait très chaud. L’auteure fait parler, délirer souvent, Céline qui s’acharne à terminer Rigodon, son dernier roman qui ne sera publié par Gallimard qu’en 1969. Tout de suite, il parle de Lucette, son épouse, qu’il a connue en 1935 et qui l’a suivi partout. Elle a une école de danse à l’étage au-dessus.

 

Il parle des bombardements, de sa fuite, des journalistes qui tentent de le rencontrer car « le pépé acariâtre » est à la mode après avoir été traîné dans la boue : « Dumayet, Chancel, Pauwels, Brissaud, Audinet, Lazareff sont venus interroger l’oracle. »

 

 

Ce Prix Goncourt qu’il n’a pas eu en 1932, avec Le Voyage au bout de la nuit, alors qu’il était encore respectable, récoltant les faveurs de Beauvoir, de Sartre, d’Aragon et de Triolet, il ne l’a jamais digéré.

Ses souvenirs se bousculent : la taule, les maladies, l’attente du peloton d’exécution, la fuite au Danemark, sa radiation de l’Ordre des médecins… Il parle de son invalidité à 75 % à cause de sa trépanation et de cette balle qui se balade dans sa tête. Tous ses droits d’auteur mis de côté avant-guerre ont été confisqués et ces Chinois qui le hantent…

 

 

Il s’emporte contre « les écrivaillons à la mode ». Proust, Gide, Mauriac, Giono ne sont pas épargnés. La Fontaine, Stendhal, Villon, La Bruyère, La Rochefoucauld, Shakespeare, Diderot, l’abbé Brémond, Montaigne, Saint-Simon trouvent grâce à ses yeux mais ce ne sont pas vraiment des contemporains.

 

 

Les heures passent et il souffre atrocement. Il repense à ce 27 octobre 1914 : « Ça ne s’oublie jamais la guerre… », son bras inerte, sa tête, sa surdité à cause d’un obus. Il avoue : « Comme s’ils savaient guérir les médecins… » puis, un peu plus loin : « Je ne me heurte pas à la mort, je la cherche au contraire, positivement. »

 

 

Il évoque ses souvenirs d’enfance, parle de Bonaparte : « Que savait-il du courage ce fou sanguinaire ? » Ses expériences de médecin qui a toujours pris soin des pauvres ne l’empêchent pas d’être « l’antisémite n°1 depuis plus d’un demi-siècle. Bourreau de moi-même mais assassin de personne, c’est ça le vrai. »

 

 

Celui qui avait été en photo en première page du Petit Journal illustré, en grande tenu du 12e Régiment de cuirassiers avec médaille militaire, croix de guerre avec étoile d’argent, arrive à « La fin du voyage ». Il sait qu’il n’aura pas de Panthéon, « Tout le monde n’est pas Hugo » mais ajoute : « Le clochard de la littérature tire sa révérence. » Le jour se lève et nous sommes le 1er juillet 1961.

 

Vers la nuit, roman original, agréable à lire, permet d’éclairer un peu différemment ce que nous savons d’un écrivain controversé mais au talent unique.

Jean-Paul

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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 14:47

Klemzer    BD par   Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 4. Trapèze volant ! (110 pages) 2012.

 

 

La série se poursuit avec de belles planches pleine page, toujours à l’aquarelle, contrastant avec le reproche fait au volume précédent. Joann Sfar dessine de très belles femmes avec cette trapéziste dont Vincenzo tombe amoureux. Les dessins sont pleins de mouvement, de couleurs très vivantes avec beaucoup de vitesse et de force.

 

 

 

 

En 2014, un cinquième volume est paru, intitulé Kishinev-des-Fous, la FIN du grand feuilleton slave.

 

Jean-Paul

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 21:02

Klemzer    BD par    Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 3. Tous des voleurs ! (122 pages + 25 pages de notes et de dessins) 2007.

 

Dans ce troisième volume, Joann Sfar abuse des petites vignettes qui impliquent un texte de plus en plus petit ne facilitant pas la lecture.

 

 

Tout se complique dans la villa quand Baron apporte trois caisses de whisky que des truands lui ont données parce qu’il avait joué pour eux. Seulement, il y a un problème : l’une d’elles contient des armes ! Les déboires s’accumulent tandis que Vincenzo en pince pour les voisines…

 

 

Comme dans les deux premiers tomes, les pages de notes, toujours avec l’écriture manuscrite de l’auteur, apportent beaucoup d’informations sur son grand-père, Arthur, qui n’évoquait la Pologne qu’en parlant de sexe.

 

Enfin, il traite du port d’Odessa, d’Israël, des juifs russes qui ont toujours fini en pogrom malgré leur intégration. En 1905, le pogrom d’Odessa fut le résultat d’un plan méthodique d’extermination.

 

à suivre...

Jean-Paul

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 15:11

Klemzer    BD   par   Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 2. Bon anniversaire Scylla (98 pages + XVII de notes) 2006.

 

Toujours avec de superbes dessins à l’aquarelle, technique que Joann Sfar détaille à la fin de ce second tome, nous suivons Vincenzo, Tchokola, Yaacov, Hava et Baron qui animent une dernière fête pour cette riche famille juive s’apprêtant à quitter Odessa au petit matin.

 

 

Hava et Yaacov nous gratifient d’une scène très mignonne dans la baignoire de la villa… les yeux bandés, tandis que Tchokola raconte des histoires juives puis de cosaques à un cosaque… Ce dernier reste avec eux dans la villa après le départ des propriétaires.

 

à suivre...

Jean-Paul

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 14:18

Klemzer    BD    par   Joann Sfar

Gallimard. Collection Bayon

Tome 1. Conquête de l’Est (112 pages + XV de notes) 2006.

Dès le premier volume de cette série qui en compte quatre, Joann Sfar (photo ci-dessous) nous plonge dans la vie quotidienne de ces villages d’Europe de l’Est, au début du XXe siècle, dans des contrées où il faut supporter des conditions climatiques souvent extrêmes mais aussi tenter de gagner sa vie afin de pouvoir se nourrir.

 

Tout au long de Klemzer, c’est la musique et le yiddish qui vont servir de trame… avec la violence et le sort réservé aux Juifs et aux Tziganes.

 

Comme le note Marc-Alain Ouaknin dans une préface très intéressante, « Klemzer, c’est du yiddish… En fait, Klemzer est un mot yiddish dérivé de l’hébreu kéli zémèr, instrument (kéli) de musique et chant (zémèr). Klemzer c’est le yiddish de la musique ! Klemzer, c’est le jazz du yiddish ! »

 

L’histoire commence par le massacre d’un groupe de musiciens par… les musiciens du village où ils voulaient se produire. Noé Davidovitch, appelé Baron… de mes fesses, est le seul survivant. Il réussit à s’imposer grâce à son harmonica, lors d’un mariage, ce qui séduit Hava, la mariée, qui le suit.

 

Petit à petit, un groupe va se former avec le jeune Yaacov, image du grand-père de l’auteur, Vincenzo qui s’est fait renvoyer de sa Yeshiva, lieu d’étude de la Torah, pour avoir volé des pommes et un tzigane, Tchokola, qu’ils ont sauvé de la pendaison. Ce dernier est très pragmatique. Il apprend la musique à Yaacov car : « Les Juifs, ils sont toujours à se marier, à se circoncire, à se fiancer. Il y a du pognon à se faire. »

 

Tout ce petit monde se retrouve à Odessa, au bord de la mer Noire où une dame riche les emmène dans sa voiture pour qu’ils jouent toute la nuit, dans un des beaux quartiers de la ville.

 

En appendice, l’auteur publie ses notes sur Klemzer. Il reconnaît que Yaacov ressemble au chat du rabbin, que Klemzer en est le revers de la médaille. Il écrit aussi : « … j’ai grandi avec cette idée inquiétante : les idées humanistes et les utopies républicaines sont révocables à tout moment. »

à suivre...

Jean-Paul

 

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2 mars 2017 4 02 /03 /mars /2017 18:49

Tropique de la violence    par    Nathacha Appanah

nrf - Gallimard (2016), 174 pages.

Prix France Télévision 2017

 

Dès les premières lignes de son sixième roman, Nathacha Appanah suit les pas de Marie qui, à 23 ans, quitte sa vallée, termine ses études d’infirmière un an plus tard et craque pour Cham, infirmier lui aussi, originaire de Mayotte. Elle l’épouse et le suit, à 28 ans, lorsqu’il revient sur cette île française nichée dans le canal du Mozambique, entre Madagascar et le continent africain.

 

L’auteure écrit simplement, de façon efficace et précise, permettant au lecteur de s’imprégner peu à peu de la vie, là-bas, où les clandestins ne cessent d’arriver sur ces embarcations de fortune, appelées kwassas kwassas. Devant la préfecture, la foule attend un permis de séjour alors qu’en face, c’est devant le dispensaire qu’une autre foule espère obtenir un ticket…

 

Marie veut avoir un enfant, sans succès. Elle donne à manger, chaque jour à une petite fille de clandestins qu’elle croise sur la plage mais sa vie bascule lorsque Cham la quitte pour une Comorienne et refuse de divorcer. Aussi, elle n’hésite guère lorsqu’une jeune fille lui donne son bébé aux yeux de couleurs différentes, un noir et un vert, l’hétérochromie. Elle le prend, l’appelle Moïse et l’élève sans oublier tous ces enfants qui naissent dans la maternité de Mamoudzou, la plus grande de France !

 

Moïse a grandi. Il lit et relit toujours L’enfant et la rivière de Henri Bosco mais sa mère qui souffre de maux de tête, rêve de revenir au pays et ses rapports avec son fils se dégradent de plus en plus.

À partir de là, Nathacha Appanah (photo ci-dessous) qui est née à Mayotte et y a vécu les premières années de sa vie, nous plonge dans le drame avec une tension grandissante sous « ce soleil de Mayotte qui fait craquer les dalles de béton et éclater le goudron. » Tour à tour, parlent Moïse, Bruce, Olivier, Stéphane puis Marie à nouveau.

 

Bruce, s’appelle en réalité Ismaël Saïd. Il est le caïd de Gaza, nom donné au quartier déshérité de Kaweni, à la lisière de Mamoudzou : « Gaza c’est un bidonville, c’est un ghetto, un dépotoir, un gouffre, une favela… » Et c’est la France !

 

Nous partageons la vie de ces clandestins toujours plus nombreux sur cette île de 200 000 habitants mais qui en compte plus du double. Nous suivons les tentatives inutiles pour sociabiliser ces gosses qui sombrent vite dans le vol, la drogue (le chimique), et la délinquance.

 

Devant un tel constat, que faire ? Tropique de la violence ne propose aucune solution miracle mais ce roman à la fois très réaliste et très poétique suscite émotion et révolte. Il brise le silence qui s’installe aussitôt après l’agitation médiatique sporadique que suscite le passage d’un politique venu de métropole.

Jean-Paul

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 11:22

Mapuche    par   Caryl Férey

Gallimard, série noire (2012), 449 pages.

 

Si ce livre n’était que passionnant, haletant, émouvant, au suspense à peine supportable, ce serait un bon polar comme d’autres… mais Caryl Férey, avec Mapuche, va bien au-delà. Il réussit une plongée indispensable dans ce que fut la dictature en Argentine, afin que l’oubli ne recouvre pas tous ces crimes, toutes ces abominations commises il n’y a pas si longtemps et dont les plaies ne cicatriseront jamais.

 

 

Le Processus de réorganisation nationale - dénomination officielle d’une dictature qui a duré de 1976 à 1983, imitant ce que l’Uruguay avait fait auparavant, avec l’aval de Gérald Ford, Président des USA, et de son secrétaire d’État, Henry Kissinger - a causé 30 000 disparitions, érigé la torture systématique, bénéficiant des conseils de militaires français rôdés en Algérie, et volé à leurs parents plus de 500 bébés élevés dans des familles proches du pouvoir.

 

 

La force de Caryl Férey (photo ci-dessus) est là : emmener le lecteur dans une histoire tendue, tenant le lecteur en haleine tout en rappelant régulièrement le contexte historique, politique, économique du moment dans un pays dont il donne précisément les caractéristiques géographiques. L’auteur ne résiste pas à nous rappeler la fameuse formule caractérisant bien l’Argentine : « Les Mexicains descendent des Aztèques, le Péruviens des Incas, les Colombiens des Mayas, les Argentins descendent du bateau. »

 

 

Après une ouverture glaçante où des sbires appliquent encore les mêmes méthodes que durant la dictature pour éliminer les opposants ou, tout simplement, les gêneurs, nous faisons connaissance avec Jana, jeune sculptrice mapuche. Elle est la « fille d’un peuple sur lequel on avait tiré à vue dans la pampa… les chrétiens n’avaient pas fait de quartier… huit cent mille morts. » Son meilleur ami est Miguel Michellini, un travesti qui se fait appeler Paula, « sœur de misère et d’espoir. »

 

 

Premier drame : le corps de Luz, un autre travesti, ami de Paula, est repêché dans le port. Entre alors en scène Rubén Calderón, détective privé, fils de Daniel, un poète victime de la dictature, comme sa petite sœur. En quelques pages, dans son Cahier triste, il nous plonge dans l’horreur de sa détention, en pleine Coupe du monde de football 1978, en… Argentine ! Sa mère, Elena, fait partie des Abuelas, ces femmes qui ont défié le pouvoir sur la Plaza Mayor, à Buenos Aires, femmes qu’on a appelé folles alors qu’elles réclamaient simplement la vérité sur le sort de leurs enfants et de leurs maris.

 

 

Jana et Rubén vont lier leur sort dans une quête folle parsemée de cadavres. C’est encore l’occasion de rappeler le sort des Mapuche : « tirés comme des lapins… livrés aux écoles religieuses… parqués, acculturés, appauvris, réduits au silence, mentant sur leur origine lors de rares recensements, oubliant par honte ou désoeuvrement leur culture, les Mapuche avaient traversé le siècle comme des ombres. »

 

 

Inutile d’en dire davantage. Il faut se plonger dans la lecture de Mapuche, traverser tout le pays, se rendre dans les Andes, batailler dans les marécages du delta du Río de la Plata, passer en Uruguay, retraverser le pays, découvrir les riches vignobles établis en spoliant les propriétaires pour voir Jana devenir Kulan, la femme terrible de la tradition Mapuche.

Jean-Paul

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 11:13

Les putes voilées n’iront jamais au Paradis !

par    Chahdortt Djavann

Grasset (2016), 204 pages.

 

C’est un livre-choc, une plongée dans la vie quotidienne des filles, des femmes, en Iran. Chahdortt Djavann est née dans ce pays, y a grandi et souffert avant d’arriver en France, en 1993, à l’âge de 26 ans. Ce livre est un cri d’alarme et un constat terrifiant.

 

Mashhad, la ville aux mille visages, est située au nord-est de l’Iran, non loin de l’Afghanistan. C’est aussi une ville sacrée avec le mausolée de l’imam Reza. C’est là que sont découverts plusieurs cadavres de femmes assassinées… des putes, comme les ragots qui circulent, les qualifient. Le style direct de l’auteure est percutant, précis, sans concession. Les gens admirent l’assassin et rappellent que l’islam dit qu’il faut éliminer les prostituées comme les femmes impures.

 

Zahra et Soudabeh sont deux fillettes qui vont à l’école dans cette même ville de Mashhad. La première est voilée dès l’âge de 4 ans, mariée à 12 ans à un homme qui a deux fois et demi son âge. Après sa nuit de noces, elle confie à Soudabeh que « c’était comme enfoncer d’un coup de marteau un clou. Ça fait mal, ça déchire, ça saigne, puis ça pique. » Un peu plus tard, Zahra découvre son corps grâce à un petit miroir cassé. Elle se trouve très belle et se caresse, éprouvant enfin du plaisir… Quant à Soudabeh, elle a fui pour ne pas subir le même sort.

 

Chahdortt Djavann ne nous épargne rien et décrit la vie de quelques femmes obligées de se prostituer avec des mots crus. L’auteure s’arrête un moment pour expliquer sa démarche pour décrire ce qui se passe en Iran : « Les femmes sont les biens des hommes, de leur famille et elles restent jusqu’à leur mort sous tutelle masculine. » Elle veut que son livre soit un sanctuaire, un Mausolée pour ces femmes qu’on « réprime, étouffe, pend, lapide, torture, assassine sous le voile. »

 

Elle poursuit avec l’histoire parallèle de Zahra et Soudabeh mais aussi avec d’autres cas de femmes contraintes à la prostitution pour survivre simplement ou élever leurs enfants. On les retrouve étranglées avec leur tchador, pendues ou lapidées après un jugement complété par 180 coups de fouet.

 

Un commerçant gentil, attentionné pousse Zahra vers le mariage temporaire, le sigheh, « une sorte de CDD sexuel », effectué par un mollah qui n’oublie pas de prendre sa commission et de se servir d’abord. Soudabeh est entraînée dans la prostitution de luxe pour satisfaire les riches Iraniens ou un émir du Golfe ou encore des hommes d’affaires européens.

 

Hava possède une maîtrise de philosophie et a même préparé une thèse à Berlin sur l’influence du soufisme persan sur le romantisme allemand. Revenue à Téhéran, elle se prostitue comme sa sœur, divorcée, chez qui elle loge. Elle constate que « l’humiliation féminine est devenue générale et nationale dans notre pays, puisque ce sont les lois elles-mêmes qui écrasent les femmes, leur dérobent les droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes. »

 

Ces pages sont un formidable plaidoyer pour le plaisir, pour les femmes, pour l’humanité, tout simplement.

Jean-Paul

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 13:41

Dans les prairies étoilées    par    Marie-Sabine Roger

Éditions du Rouergue (2016), 301 pages.

 

La tête en friche, Vivement l’avenir et Bon rétablissement m’avaient vraiment étonné et ravi. C’est donc avec un a priori très favorable que la lecture de Dans les prairies étoilées a commencé : aucune déception bien sûr !

 

Dans ce roman, Marie-Sabine Roger nous fait partager le quotidien de Merlin Deschamps, artiste créateur de BD et illustrateur de documents sur les oiseaux. Avec Prune « drôle d’oiseau maigre », sa compagne, ils ont décidé de se retirer au calme dans une maison un peu loin de tout. Avant l’achat, la visite est un bon moment car ce n’est que la soixante-troisième bicoque que Merlin et Prune découvrent. C’est le coup de foudre pour les 300 m2 « d’une baraque plus truffée d’escaliers qu’un donjon des Corbières, avec un chantier pharaonique en perspective. »

 

Si Prune a 49 ans, Merlin en a 57 et il est l’auteur d’une série de BD, Wild Oregon, dont le tome XIII vient de paraître. Son héros se nomme Jim Oregon mais survient l’annonce de la nouvelle de la mort de son ami, Laurent et Merlin est bouleversé. C’est lui qui lui a servi de modèle pour Jim. Pour le personnage de Phoebe Plum, il s’inspire de Prune. Par contre, il dote Phoebe Plum de courbes très généreuses, beaucoup plus que dans la réalité, ce qui ne fâche pas celle qu’elle appelle aussi « sa marmotte furieuse ».

Le texte est constellé de phrases délicieuses ou de remarques très pertinentes comme : « Je préfère le dessin à la vie. On peut faire, défaire, changer à l’infini ou presque. » ou encore : « Quand on s’aime, se taire est une connivence. » Les souvenirs reviennent mais il faut se rendre à l’enterrement de Laurent.

 

Nous faisons alors connaissance avec Tante Foune et Oncle Albert, un couple pas vraiment assorti. Tante a pris « des dispositions » et Laurent, athée, qui voulait être incinéré se retrouve enterré au cimetière catholique après une messe et une bénédiction ! Cela nous gratifie de scènes désopilantes et donne l’occasion à l’auteure de nous apprendre que l’expression vouer aux gémonies vient de cet escalier, à Rome, qui reliait le Capitole au Forum. C’est là qu’on exposait les corps des suppliciés avant de les jeter dans le Tibre…

 

La suite de l’histoire est un régal pour les amateurs de whisky. Les noms des oiseaux ou autres animaux cités sont toujours complétés par leur désignation officielle en latin et l’auteure réussit à nous faire partager les moments de doute ou d’exaltation d’un auteur en recherche d’inspiration. En effet, Laurent a fait part de ses dernières volontés et comme « les morts ne meurent pas tant que l’on pense à eux », Merlin doit aller au bout de sa série avec, à ses côtés, une Prune toujours vigilante et prévenante.

Jean-Paul

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