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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 13:28

Dans l’attente de toi       par      Alexis Jenni

L’Iconoclaste (2016) 247 pages

 

Alexis Jenni s’est livré à une tâche délicate en écrivant Dans l’attente de toi : parler d’amour en s’appuyant sur quelques tableaux, les détaillant avec précision pour révéler à son lecteur des particularités pas toujours évidentes.

 

 

Pour l’auteur, « Les livres naissent de ce que l’on ne sait pas dire. » Quant à l’amour charnel : « On sait ce qu’on a vécu intensément, et pleinement, mais ce qui a eu lieu n’est pas de la nature du langage. » Pour le toucher, les mots manquent mais il y parvient bien en se servant des tableaux comme d’un miroir.

 

 

Pierre Bonnard est à l’honneur avec cinq tableaux décortiqués. « Le cabinet de toilette au canapé rose » fait craquer l’auteur pour les fesses de Maria Boursin qui sont, d’après lui, les plus belles de toute l’histoire de la peinture : « des fesses lumineuses et denses qui sont offertes au regard dans un chatoiement de soieries. »

 

 

Pour chaque tableau, Alexis Jenni (L'art français de la guerre, La nuit de Walehammes, Les mémoires dangereuses avec Benjamin Stora) rappelle certains détails oubliés ou peu connus de la vie de l’artiste mais il ne faut pas oublier que tout ce qu’il écrit vise à dire tout son amour pour celle qui partage sa vie : « Je pose ma main sur ton ventre et j’en sens la courbe. » Il voit, il touche, il effleure, il aime.

 

 

Il nous emmène aussi dans les tableaux de Francis Bacon et nous fait partager sa complicité avec son ami George Dyer, fixée sur la pellicule par John Deakin dans l’Orient-Express ou dans l’atelier du peintre.

 

 

Quelques tableaux de Georges de la Tour, du Titien, de Rembrandt, de Fragonard, de Picasso, de Nicolas Poussin et d’Auguste Rodin (aquarelle) sont détaillés au fil du livre avec une autre photographe : Gertrude Käsebier, qui a pris le célèbre sculpteur dans son atelier : « Quel besoin a-t-on de voir, si on peut tout savoir par le bout des doigts ? »

 

 

Vers la fin du livre, Alexis Jenni (photo ci-contre) dit tout son amour pour la peau de celle qu’il désire : « Tu as un contact de fruit, un fruit lisse et gonflé à craquer, comme une cerise sous la langue ; mais la cerise est trop petite pour faire image… Ma main sur ta peau me donne le sentiment d’un kaki mûr, dont la couleur de peau paressant au soleil est aussi douce que le goût. » Difficile de rendre un plus bel hommage. Magnifique !

Jean-Paul

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2 juillet 2017 7 02 /07 /juillet /2017 10:10

Repose-toi sur moi       par       Serge Joncour

 Flammarion (2016) 426 pages.

 

Sur les pas de Ludovic et d’Aurore, Serge Joncour (photo ci-dessous) emmène son lecteur et le passionne avec toujours autant de talent. Si l’essentiel de l’action se passe à Paris, l’auteur n’en oublie pas une ruralité qu’il connaît bien et qu’il dépeint sans concession.

 

 

Ludovic mesure 1,95 m et pèse 102 kg. Cette armoire à glace au cœur tendre recouvre des dettes, un métier où il faut allier psychologie et intimidation en évitant, si possible, la violence. De son côté, Aurore est styliste de mode, créant et faisant fabriquer des vêtements à son nom. Tous les deux, ils habitent le même immeuble, l’un la partie ancienne et l’autre la partie rénovée avec des appartements vides la plupart du temps ou loués à des touristes pour de courts séjours parisiens.

 

 

Tout sépare ces deux êtres dont l’un déclare, à la fin du roman : « Repose-toi sur moi » Pas évident de deviner lequel. Entre ces deux mondes qui cohabitent, deux corbeaux ont élu domicile. Dans la cour de l’immeuble, ils impressionnent et affolent Aurore qui est sauvée par Ludovic. Commence alors un attachement improbable entre eux deux, sorte d’attraction-répulsion menant à un amour fou.

 

 

Ces deux mondes que tout oppose peuvent se voir d’un côté à l’autre et l’impression est très différente lorsqu’Aurore regarde les fenêtres de son appartement depuis celui de Ludovic. C’est une manière de se regarder vivre et de réfléchir sur son mode de vie.

 

 

Autre mode de vie, celui de la ferme que Ludovic a quittée après la mort de Mathilde, victime d’un cancer causé par les pesticides, ces produits appelés phytosanitaires pour faire moins peur. Régulièrement, il retourne dans la vallée du Célé, fait 600 km pour voir sa mère, sa sœur, son beau-frère et ses neveux qui ne rêvent que de Paris : « Une famille, c’est comme un jardin, si on n’y fout pas les pieds ça se met à pousser à tire-larigot, ça meurt d’abandon. » Là-bas, il connaît tout alors qu’à Paris, « il distinguait à peine les appartements d’en face, celui de la belle énervée, la brune revêche qu’il voyait fumer, le soir dans la cour… »

 

 

Aurore se bat pour produire ses modèles en France, se déplace à Annonay, ville citée à trois reprises, puis à Troyes pour rattraper une fabrication ratée alors que Fabian, son associé fait tout pour augmenter les profits et délocaliser en Asie.

 

 

L’action s’emballe peu à peu, la lecture du livre devient haletante et il est très difficile de le fermer. Serge Joncour ne déçoit jamais son lecteur (L’Amour sans le faire, L’écrivain national) avec un suspense bien mené et toujours des instantanés très judicieux sur cette société qui est la nôtre. Aurore va au bout de son amour : «… elle embrassait l’amour et le diable, la peur et le désir, la mort et la gaîté… »

Jean-Paul

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 10:22

Manuel du puceau     BD    par Riad Sattouf

L’Association, collection espôlette (2009).

 

Sorti en 2003, Manuel du puceau a été réédité six ans plus tard. Cette même année 2009, sortait le film Les Beaux gosses, ces deux œuvres étant signées par Riad Sattouf, l’une inspirant beaucoup la seconde.

 

 

« Il y a quelques mois à peine, tu jouais aux Lego. L’école était un lieu tranquille où l’essentiel était de plaire à la maîtresse en ayant de bonnes notes. Tu connaissais tout le monde depuis la maternelle et tu ne pensais pas à l’avenir. Seulement voilà, tu es entré au collège et en même temps que ton visage se couvrait de boutons et que ta voix devenait insupportable, un nouveau sentiment s’est développé en toi ! – Je veux coucher avec des femmes ! »

 

 

Le ton est donné dès la première page. L’auteur oscille entre humour, féroce parfois, et réalisme, avec des textes pleins de philosophie. C’est toujours bien observé et dessiné avec cette tendresse apparemment naïve qui caractérise Riad Sattouf (photo ci-dessous).

 

 

Comme le note l’auteur, « ce manuel existe pour essayer de survivre jusqu’au premier rapport sexuel. »  L’adolescence bouleverse tout. Filles et garçons ne sont pas à égalité : « Les filles sont quand même plus présentables. » Le mot frustration est très important. Le suicide est à éviter…

 

 

Surtout, il y a les autres, les beaux qui sortent ensemble et ce Kader, un dur qui se sert, raquette, représente la rébellion avec des copains complètement cons et a du succès avec « les meufs ».

 

 

Quand la mère trouve du sperme sur le pyjama, le sexe paraît sale, alors que non ! « La sexualité, c’est non seulement excellent pour la santé, mais c’est un des plaisirs de l’existence. » Ensuite, il y a Lola, la boum, le slow, une fille sympa mais, catastrophe, sa mère vient le chercher…

 

 

Le voyage en Angleterre accentue la mélancolie. Ses parents divorcent et son père « un connard » lui présente Caroline… « Le destin n’existe pas si tu en prends conscience » car, quelque part sur terre, son futur amour attend de rencontrer notre puceau qui se voit à trente ans et peut se dire : « En route pour la vie ! »

Jean-Paul

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 12:48

Vous n’aurez pas ma haine       par      Antoine Leiris

Fayard (2016), 138 pages.

 

Cette « nuit de barbarie » du 13 novembre 2015, personne ne l’a oubliée. Ce soir-là, Antoine Leiris est seul avec Melvil, bébé encore, qui dort. Maman n’est pas là. Hélène est au Bataclan. Des appels demandant s’ils sont « en sécurité » l’intriguent et c’est la stupeur quand il découvre le bandeau défilant sur les chaînes d’info : « Attentat au Bataclan ».

 

 

Il appelle Hélène au moins cent fois… pas de réponse. Son frère, sa sœur, la mère d’Hélène sont là et « La chasse au fantôme peut commencer » d’un hôpital à l’autre. Ainsi, ce petit livre poignant et émouvant de simplicité, terrible de douleur, égrène les jours et les heures vécues par ce père qui doit faire patienter un enfant qui ne comprend pas l’absence de sa mère.

 

 

Il faut lui dire et assister, impuissant, à son premier vrai chagrin, après dix-sept mois passés ensemble, tous les trois. Les mots défilent et font mal : « Je ne pardonne rien, je n’oublie rien, je ne passe sur rien et surtout pas si vite. » Pour celle qui ne rentrera jamais : « Elle sera avec nous, invisible. C’est dans nos yeux qu’on lira sa présence. »

 

 

Quant au soutien psychologique, il évite : « J’ai l’impression qu’ils veulent me voler. Me prendre mon malheur. » Enfin, il peut la retrouver à l’Institut médico-légal : « La voir m’a fait du bien » mais il faut affronter « toutes ces tracasseries administratives qui polluent le chagrin. »

 

 

Arrivent alors les mots très forts destinés aux assassins : « Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. » Pour Melvil, « toute sa vie, ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas ma haine non plus. »

 

 

Tous les moments partagés avec son enfant rappellent ceux vécus à trois, comme l’heure du bain. Beaucoup de courrier arrive, des dessins d’enfants ainsi que des mots qui touchent : « C’est vous qui êtes frappés et c’est vous qui nous donnez du courage ! »

 

 

Il faut enterrer Hélène, le 24 novembre, sans Melvil qui est trop petit mais son père écrit pour lui tout l’amour porté à sa maman. « Elle est avec nous. Nous sommes trois. Nous serons toujours trois. »

 

 

Ainsi, Antoine Leiris qui est journaliste, a réussi à mettre par écrit tout ce qu’il a ressenti et vécu après un drame que tant d’autres, comme lui, ont connu. Vous n’aurez pas ma haine est profondément humain, c’est un cri d’amour à celle qu’il aime et une leçon pour tous ceux tentés de répondre à la violence par la violence.

Jean-Paul

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 14:00

La question super-banco du Jeu des 1000 € (France Inter), aujourd'hui, portait sur  l'auteur de : "Underground"... Comme j'ai la critique sous le coude, je vous la livre sans plus attendre.

Underground     par     Haruki Murakami

Traduit de l’anglais par Dominique Letellier

Belfond (2013), 583 pages.

 

L’escalade de l’horreur se poursuivant toujours, nous oublions un peu trop vite, surtout si cela se produit loin de l’hexagone. L’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo, le 20 mars 1995, fait partie de ces faits gravissimes rangés dans un coin de nos mémoires puis délaissés. Un des plus grands écrivains japonais, Haruki Murakami (photo ci-dessous), n’a pas laissé passer cela sans réaliser un impressionnant travail de mémoire et d’écriture en publiant Underground dès 1997, livre publié en français six ans après.

 

 

Pour cela, avec deux assistants, il a recherché des survivants pour les interroger et cela lui a pris toute l’année 1996. Il avait 700 noms mais n’a pu en identifier que 140. Parmi ces personnes, il a réussi à réaliser 62 entretiens dont plusieurs avec des membres de la secte Aum.

 

 

Chaque témoignage, publié après lecture et approbation de la personne, est précédé d’une présentation de l’auteur qui n’oublie pas de détailler chaque lieu, chaque ligne et chaque station de métro, présentant aussi les hommes qui ont sciemment perpétré ces crimes.

 

 

Il ressort tout de suite que chaque criminel choisi par le gourou Asahara et qui s’est installé dans le métro pour percer une ou deux poches de plastique contenant le gaz mortel, chacun avait un complice l’ayant convoyé en voiture et l’attendant à la station suivante. De plus, ces hommes étaient tous très instruits, diplômés, faisant partie de l’élite du pays mais convertis à ce qui se voulait une nouvelle religion.

 

 

Au fil des témoignages des rescapés, on remarque l’incrédulité des gens, la désorganisation complète des secours et l’attitude héroïque des employés du métro. Plusieurs sont morts et d’autres ont été gravement intoxiqués en ayant voulu intervenir.

 

 

En tête de chaque témoignage, l’auteur met en exergue une phrase révélatrice de l’état d’esprit de la personne interrogée. En voici quelques-unes : « Je ne suis pas une victime, je suis un survivant. » (Toshiaki Toyoda, 52 ans) ; « Il ne s’agit pas seulement de décider si je prends le métro ou non ; le simple fait de marcher me fait peur désormais. » (Tomoko Takatsuki, 26 ans) ; « Si je n’avais pas été là, quelqu’un d’autre aurait ramassé les poches. » (Sumio Nishimura, 46 ans) ; « Ce genre de peur, je ne l’oublierai jamais. » (Yoko Iizuka, 24 ans).

 

 

La plupart du temps, il n’y a pas de haine envers les auteurs des attaques même si certains demandent l’application de la peine de mort. Aussi, lorsque Murakami réussit à questionner d’anciens membres de la secte Aum, on essaie de comprendre le phénomène dans le cadre de la société japonaise. Akio Namimura explique qu’il a été séduit parce que Aum s’appuie sur le bouddhisme primitif et certains aspects du yoga mais qu’il fallait donner beaucoup d’argent.

 

 

Là aussi, les témoignages sont impressionnants et il est évident que le problème de fond n’est pas réglé. Les procès qui se sont tenus ont été lugubres, déprimants, désespérants et l’auteur ajoute : « Nous devons pourtant comprendre que la plupart de ceux qui adhèrent à des cultes ne sont pas anormaux ; ce ne sont ni des déshérités ni des excentriques, mais des gens qui mènent une vie normale qui habitent dans mon quartier. Et dans le vôtre. »

 

 

Ainsi, le problème est plus profond et peut concerner toutes les sociétés comme cette radicalisation que nous vivons aujourd’hui.

Jean-Paul

Merci à Vincent qui nous a offert ce livre.

 

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 10:14

Chanson douce     par    Leïla Slimani

Nrf - Gallimard (2016), 226 pages.

Prix Goncourt 2016

 

Cela aurait pu être un polar, un thriller insoutenable mais Leïla Slimani, auteure déjà de Dans le jardin de l’ogre, a choisi de tout révéler dès les premières pages de son second roman pour nous emmener ensuite sur les pas cette Louise, petite femme blonde, chétive mais dotée d’une force physique surprenante afin d’essayer d’expliquer l’incompréhensible.

 

 

Dans ce bel immeuble, rue d’Hauteville (5ème arrondissement), où habitent Paul et Myriam Massé, le drame a eu lieu : Adam, leur bébé, est mort et Mila, sa sœur aînée, va succomber tandis que «… l’autre… il a fallu la sauver… Elle n’a pas su mourir. La mort, elle n’a su que la donner. » Cette autre, c’est la nounou, celle qui savait si bien s’occuper des enfants, de l’appartement et qui chantait une Chanson douce

 

 

Myriam s’était bien occupée de Mila, « chétive et criarde » puis, alors que sa fille avait un an et demi, elle a été enceinte d’Adam. Dès sa naissance, c’est devenu trop lourd pour la maman qui est avocate et rêve de se donner entièrement à son métier. Quant à Paul, assistant son pour un studio d’enregistrement, il passe beaucoup d’heures à son travail et finit tard la nuit.

 

 

Tout a été bien organisé pour recruter la nounou idéale : trente minutes d’entretien pour chacune, un samedi après-midi. Gigi, à peine 50 ans ne plaît pas. Grace, ivoirienne souriante mais sans papiers non plus comme Caroline, blonde, obèse aux cheveux sales, et Malika, marocaine qui a pourtant vingt ans de métier. Myriam ne veut pas de maghrébine.

 

 

Quand Louise se présente, c’est un véritable coup de foudre amoureux. Elle vit seule depuis la mort de son mari et sa fille, Stéphanie, a déjà 20 ans : « Son visage est une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses. » De plus, de précédents employeurs ne font que des compliments sur elle.

 

 

Le retour en arrière est donc lancé pour nous permettre de comprendre tout le poids que porte Louise. Sa fille lui a causé beaucoup de problèmes et son mari, à son décès, lui a laissé d’énormes dettes. Elle habite Créteil et voudrait rester dans cet appartement où elle s’occupe de tout. La famille l’emmène même en vacances à Athènes puis sur l’île de Sifnos, dans la mer Égée : « Une beauté pure, simple, évidente. Une beauté à la portée de tous les cœurs. » C’est pourtant là-bas que les premiers signes inquiétants se manifestent.

 

 

Tout se dégrade. La relation avec Paul et Myriam n’est plus bonne. Louise est très économe et cela ne plaît pas au couple qui gaspille trop facilement. Ici, l’on sent bien que l’auteure tente d’accumuler un maximum de preuves de la folie de sa meurtrière qui sombre un temps dans « une mélancolie délirante » puis reprend son travail.

 

 

Quand Louise se met en tête de voir venir un troisième enfant dans la petite famille au point d’imaginer une sortie en soirée dans Paris, avec les enfants, c’est beaucoup trop. Paul et Myriam n’ont pas besoin d’elle pour faire l’amour et il est possible qu’ils aient entendu parler de contraception…

 

 

Chanson douce reste un roman très bien écrit, bien mené mais ce Prix Goncourt, nous l’aurions personnellement attribué à Règne animal de Jean-Baptiste Del Amo, présent dans les huit finalistes, roman qui a peut-être payé le prix d’être trop dérangeant pour notre société de consommation… mais qui vient finalement d'obtenir le Prix du Livre Inter.

 

Un grand merci à Cathy qui nous a permis de lire ce livre.

 

Jean-Paul

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 10:21

On dirait nous    par    Didier van Cauwelaert

Albin Michel (2016), 357 pages.

 

« On dirait nous à leur âge », dit Soline à Ilan, son amoureux qui raconte cette histoire peu banale. Ce couple de vieux, main dans la main, sur un banc, suscite leur curiosité mais ce couple idéal - « On ne sait pas lequel des deux protège l’autre. » - va les entraîner dans une aventure inimaginable et passionnante pour le lecteur.

 

 

Soline est violoniste et son instrument, Matteo, va jouer un rôle déterminant après qu’un fonds de pension l’ait repris à cause des problèmes financiers de la musicienne. Le couple observé, Georges Nodier et Yoa, ne tarde pas à rendre visite à Soline et Ilan. Ils habitent l’immeuble en face. Lui est professeur émérite de linguistique à la Sorbonne et elle, vient d’Alaska. Elle est tlingite, une tribu indienne oubliée dont les traditions nous emmènent sur la piste de la réincarnation.

 

 

Yoa est très malade et sait qu’elle va bientôt mourir. Les Tlingits croient en la réincarnation et choisissent leur famille d’accueil : « Les Tlingits n’ont aucune peur de la mort : ils savent où ils vont. » Or, Yoa a décidé de se réincarner en l’enfant à venir de Soline et Ilan…

 

 

Georges n’hésite pas à mettre les moyens pour obtenir l’adhésion des jeunes mais les problèmes s’accumulent comme « les marques de naissance ». Ilan doit décider Soline et il sait que ce « ne sera pas une mince affaire. Surtout pour un athée comme moi qui, en termes d’utopies, ne croit qu’en la justice sociale, l’écologie apolitique et la paix favorisée par l’extinction des fanatismes. »

 

 

Didier van Cauwelaert (photo ci-dessus) mène son récit de main de maître, comme à son habitude, avec un style précis, efficace, imagé et toujours captivant. Soline et Ilan donnent finalement leur accord : « Nous mordions à l’hameçon. À leurs appâts respectifs. Nous étions sous leur emprise et sous leur charme. »

 

 

Sans révéler la suite des péripéties de cette histoire peu ordinaire, il faut dire que l’auteur, bien documenté, nous fait découvrir une civilisation et ce qu’elle est devenue, victime du modernisme et de l’invasion touristique. Bien sûr, il nous emmène en Alaska où l’on trouve : « un tiers de militaires, un tiers de pétroliers et un tiers d’irréductibles natifs qui chassent ou pêchent ou tronçonnent la forêt, d’artistes en résidence, de commerçants franchisés et de fuyards qui se planquent. Tout le reste, c’est un faux rêve pour touristes… »

Jean-Paul

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 09:17

Vivre près des tilleuls    par    L’AJAR

Flammarion (2016) 127 pages

 

Vivre près des tilleuls, petit bijou de littérature, signé par L’AJAR (Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands) offre une sociologie du deuil basée sur un recueil d’impressions, de pensées et de souvenirs écrit par Esther Montandon dont la fille, Louise, est morte accidentellement en 1980. Elle allait avoir quatre ans.

 

 

Soixante-trois chapitres ou plutôt fragments se succèdent alors, pouvant faire une ligne ou aller jusqu’à deux ou trois pages. Esther confie ses états d’âme mais aussi la préparation concrète de la chambre de l’enfant à venir, un enfant désiré depuis dix ans : « une existence encore insoupçonnée occuperait cet espace. »

 

 

Le souvenir de son ventre rond qui attirait les regards, les mots des autres femmes puis l’accouchement : « Je l’ai expulsée, la douleur comme un ami intime me soufflant l’importance de l’instant… J’ai vu l’amour faire son apparition. »

 

 

Le temps passe trop vite. L’enfant grandit… Louise devient Louise et découvre l’espace puis les premiers mots arrivent et c’est Jacques qu’elle réussit à dire d’abord ce qui rend le père très fier. Dès sept mois, elle imitait les animaux.

 

 

De temps à autre, est noté qu’il manque un feuillet ou que le feuillet a été déchiré.

 

 

Louise veut une poupée noire qu’elle nomme Alice. Cela lui permet d’imiter sa mère, se montrant tendre et dure. « Petit être bien en chair », elle progresse vite mais le malheur arrive.

 

 

« L’enfance, c’est croire que la vie ne s’arrêtera jamais », cette phrase est très belle et traduit bien le malaise ressenti par le lecteur qui souffre avec la mère comprenant tout ce qu’elle éprouve, ce qu’elle ressent devant l’avis de décès, les amis trop prévenants, le choix des fleurs, la cérémonie donnant le chapitre le plus bref : « Le pasteur chuinte. »

 

 

Les questions sur la foi, la religion sont inévitables et le temps pour émerger est long : « Le chagrin est moins un état qu’une action… Le chagrin est un engagement de tout l’être. »

 

 

Je suis très impressionné par la délicatesse, la précision de ces pages qui se suivent, s’enchaînent. Sur un sujet aussi délicat, aussi difficile, le travail collectif de ces dix-huit jeunes auteur-e-s de Suisse romande (photo ci-dessous) est admirable. En effet, il faut le dire car rien n’est caché, les dernières pages l’annoncent : « La fiction n’est pas le contraire du réel. »

 

 

Dans Vivre près des tilleuls, tout est inventé et pourtant tout est si vrai, si juste. Comme il est écrit, c’est « une déclaration d’amour à la littérature », une preuve, s’il en fallait, que le roman est absolument nécessaire pour comprendre le réel. L’AJAR l’a complètement réussi.

 

 

J’adresse un grand merci à lecteurs.com qui m’a permis de découvrir ce livre qu’il ne faut pas manquer et qui annonce peut-être d’autres réussites…

Jean-Paul

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 20:44

Le Chat du Rabbin    BD    par    Joann Sfar

Dargaud – Poisson Pilote. Couleurs : Brigitte Findakly.

 

6.  Tu n’auras pas d’autre dieu que moi (2015) 54 pages.

 

Toujours avec son tracé paraissant hésitant mais en fait très précis, Joann Sfar renoue avec le couple Zlabya et son mari, le rabbin venu de Paris. Bien sûr, le Chat est toujours là et avoue : « Un chat, c’est pas une personne. Quand elle me fait des confidences, c’est comme si elle écrivait dans un journal intime. » Par contre, il ajoute : « Et mes souffrances ? Je les dis à qui, mes souffrances, à moi ? »

 

 

Zablya est enceinte et n’arrive pas à le dire à son mari, ni à son père. Dépité, le Chat laisse échapper : « J’ai une boule au ventre… Je n’arrive pas à me faire à cette idée atroce… Je ne serai jamais le père de ses enfants. » L’humour aigre-doux se poursuit avec les pensées du Chat qui réalise que ce bébé devient le centre du monde pour sa maîtresse.

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu’au bout, le Chat déclare son amour à Zlabya pour conclure cette belle histoire cruelle parfois, humoristique la plupart du temps, instructive aussi mais qui régale le lecteur jusqu’au bout.

Jean-Paul

 

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 14:06

Le Chat du Rabbin    BD    par    Joann Sfar

Dargaud – Poisson Pilote. Couleurs : Brigitte Findakly.

 

5.  Jérusalem d’Afrique (2007) 84 pages.

 

« Sans ton rabbin et ton chat, le monde serait moins beau. Heureusement, ils ne font ni ne prétendent faire le bonheur. En revanche, ils y contribuent et c’est pour ça que je t’aime », écrit Philippe Val en préface de l’avant-dernier album de la célèbre série de Joann Sfar.

 

 

Zlabya n’est pas heureuse avec son mari qui ne fait qu’étudier mais un événement peu ordinaire va bouleverser la vie de nos amis avec ce jeune russe découvert dans une caisse destinée à l’Éthiopie mais arrivée à Alger. Il s’appelle Astenov et l’auteur s’amuse à écrire ses réparties en cyrillique… Heureusement que le Chat le comprend mais c’est un riche russe émigré qui se charge de traduire.

 

 

Astenov explique la situation dans son pays : « … pour nous, en Russie, un juif ça n’est pas un Russe, ça reste un juif… Un Russe, on peut provoquer en duel, un Juif, on brûle. Un Russe, on séduit sa femme, un Juif, on se sert. »

 

 

Astenov veut aller en Éthiopie où vivent les descendants de la reine de Saba et du roi Salomon, des nègres « Des Juifs noirs ? Mon fils, c’est péché de dire ça, les Juifs d’Afrique, c’est nous ! » s’écrie le Rabbin. Il ajoute : « Les Noirs, ils ont l’esclavage. Les Juifs, ils ont les pogroms. C’est trop lourd à porter. Alors, imagine un peuple qui aurait les deux à la fois, c’est pas possible. »

 

Ce peuple, ce sont les Falachas et c’est le début d’une expédition dans le désert en autochenille Citroën qui a fait la croisière noire (1924 – 1925) avec Audoin-Dubreuil. Après un repas dans une tribu nomade, un débat sur les religions se termine de façon cruelle puis c’est la rencontre pleine d’ironie avec un certain reporter belge très sûr de lui… Clin d’œil à Hergé.

 

 

Astenov tombe amoureux et corrige un peintre français aux théories scientifiques racistes puis c’est cette Jérusalem du désert, fantasme ou réalité ?

À suivre...

Jean-Paul

 

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