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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 08:27

Hier samedi, nous avons vu Jean-Paul pendant 1h15. Il nous a appris que sa cellule était enfin chauffée !!! Nous lui avons fait passer quelques livres envoyés généreusement par des internautes que nous remercions. Quant au courrier, il a reçu jusqu'à présent 871 lettres. Nous ne pouvons que vous conseiller de garder le contact avec lui. D'ailleurs, nous vous rappelons que dans 12 jours, le jeudi 26 novembre, il faudra poster sa lettre dans le cadre de l'opération 300 jours - 300 courriers !

A présent, voici les deux derniers articles que Jean-Paul avait écrits pour le journal du 5 novembre, traitant de la crise économique en Europe.


 

 

Islandais en colère (5/11/2010)

 

Dans cette île nordique qui a défrayé la chronique avec son fameux volcan, la population a vu son niveau de vie baisser de 15,5% en 2009. Certaines manifestations ont même dégénéré avec aspersion de peinture sur le Parlement, vitres brisées avec des balles de golf et caillassage des voitures de ministres. Pour un peuple habituellement calme et policé, cela est très inquiétant.

Ce naufrage en cours remonte à deux ans en arrière avec l’effondrement de nombreuses entreprises. Depuis, beaucoup de ménages sont restés insolvables et l’Etat a annoncé qu’il n’y aurait pas de moratoire pour leurs dettes. Pour l’instant, ces manifestations mises à part, la détresse n’est pas visible mais chaque mercredi, c’est jour de distribution des colis alimentaires… De nombreux Islandais ne peuvent plus régler leurs factures et Madame le premier ministre, Johanna Sigurdardottir, a bien du mal à convaincre la population que c’est pour le bien du pays que les dettes des entreprises ont été effacées alors que celles des particuliers sont maintenues.

 

 

 

Atterrés anticrise (5/11/2010)

 

Quand 1139 universitaires, chercheurs, professeurs se retrouvent pour débattre des mesures alternatives aux politiques libérales menées en Europe, on peut se dire que tout n’est pas perdu. Tous, ils ont signé le Manifeste des économistes atterrés qui critique 10 postulats économiques, 10 fausses évidences, et propose 22 contre-propositions.

Philippe Askenazy (CNRS) explique que tout a commencé pendant la crise grecque : « Nous étions atterrés de voir la faible réaction de l’Europe. Atterrés de voir que l’Europe ne semble pas mesurer le risque social et le risque démocratique qui découle de ses choix de politiques libérales ». Contre la dictature des marchés qui gardent la clé du financement des Etats, ils dénoncent cette logique libérale présentée comme légitime. Pour eux, il n’est pas question d’imposer une pensée unique mais avant tout de débattre. James Galbraith, économiste américain souligne que « cette crise est la conséquence d’une coalition de puissants lobbys industriels et financiers qui sont parvenus à transformer des Etats en république-entreprise ».

Pour réduire la toute puissance des marchés financiers, première des 10 fausses évidences, le Manifeste propose de cloisonner ces marchés et les activités des banques, de réduire la liquidité de la spéculation en contrôlant les mouvements de capitaux, de limiter les transactions financières pour répondre à l’économie réelle et enfin de sabrer dans les rémunérations des traders.

Autre fausse évidence, un Etat ne se gère pas comme le ferait un père de famille. Il est suicidaire de couper les dépenses publiques car la réduction des déficits plombe l’activité et alourdit la dette. Le Manifeste propose de maintenir le niveau des protections sociales, même de les améliorer, d’accroître l’effort budgétaire en matière d’éducation, de recherche et d’investissement vers une reconversion écologique sérieuse. L’objectif est d’arriver à une croissance soutenable et de réduire le chômage.

Pour que l’euro puisse réellement protéger les citoyens, les Atterrés veulent une véritable coordination des politiques économiques au sein de la zone euro et une réduction concertée des déséquilibres commerciaux entre pays européens. Il faudrait plancher sur la création d’une « Banque de règlements » capable de financer les prêts entre pays européens.

Il faudrait que tous nos responsables politiques, de droite comme de gauche, tiennent compte des contre-propositions avant qu’il ne soit trop tard.

 

Jean-Paul

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 08:30

De nouveau, nous vous présentons les articles écrits par Jean-Paul, le premier pour la rubrique européenne du journal et le second sur le ressenti des élèves français. Bonne lecture.

 

Boues rouges : une catastrophe pour la Hongrie (5/11/2010)

 

La catastrophe qui s’est produite le 4 octobre dernier en Hongrie, ne doit pas nous laisser indifférents. La marée de boue rouge toxique qui s’est échappée d’un réservoir de l’usine Magyar Alluminium (MAL), situé à 165 kilomètres au sud-est de Budapest, a détruit l’écosystème de plusieurs rivières et a même atteint le Danube.

Ce raz de marée de 1 million de mètres cube contenant de la soude, de l’alumine, du plomb, du cadmium et d’autres éléments radioactifs s’est étalé sur 40 km2, a tué 4 personnes dont une fillette de 4 mois, fait trois disparus et blessé 150 personnes. Cette boue provoque de graves lésions et brûlures de la peau et des irritations aux yeux. Elle va rendre stériles les sols recouverts. Il faudra enlever la couche de terre polluée et la remplacer pour permettre de nouvelles cultures éventuelles. Kolantar, un village de 800 habitants a du être évacué en une heure. « Heureusement, les réserves d’eau potable, situées beaucoup plus profondément, n’ont pas été affectées », a déclaré Sandor Pinter, ministre hongrois de l’intérieur. Pour combien de temps ? D’autres digues menacent de lâcher. Une gigantesque piscine contenant près de 80 millions de tonnes de glaise recouvrant la surface de vingt terrains de football constitue une nouvelle menace. Il faudrait mener de gigantesques travaux pour réparer les fissures dans les digues. Ni l’Etat, ni l’entreprise n’ont les moyens de financer un tel chantier.

Aucune solution ne peut rassurer la population qui a tout perdu dans cette catastrophe. S’il pleut, cela va diluer la boue et étendre encore plus la pollution. S’il fait sec, le vent soulève la poussière. Le port de masque et de lunettes de protections est devenu obligatoire dans la région dévastée par l’inondation.

La production d’une tonne d’aluminium crée près de trois tonnes de boue rouge et le problème de stockage se révèle ainsi au grand jour. La tentation est grande d’économiser sur la gestion de ces déchets extraordinairement importants et de négliger leur suivi.

Cela fait plusieurs années que les associations écologistes alertent le gouvernement hongrois sur les risques de ce stockage de boues rouges mais elles n’avaient pas été prises au sérieux jusque-là. Magyar Aluminium savait donc qu’il y avait trop de boues dans ses réservoirs entraînant une trop forte pression sur les digues. Recherche de productivité, volonté de diminuer les coûts d’exploitation, course vers toujours plus de profits… pour quelques bénéfices engrangés, le coût du désastre se révèle immense et même irréparable.

 

 

Mal être à l’école, faut-il croire aux sondages (5/11/2010)

 

 La nouvelle année scolaire est déjà bien entamée. Lorsqu’octobre arrive, la douceur des vacances d’été semble bien loin… Pourtant, une enquête récemment publiée par l’AFEV (Association de la Fondation Etudiante pour la Ville), vient nous alarmer sur l’Etat moral et mental des écoliers et des collégiens.

Avant de détailler les résultats de cette enquête, il est important de préciser qu’elle a été effectuée d’avril à juin 2010 auprès de 760 enfants (192 de primaire et 568 collégiens). Sans remettre en cause le sérieux de l’AFEV, il faut tout de même relativiser des conclusions portant sur si peu d’enfants.

Cette association, qui veut lutter contre l’échec scolaire, annonce que plus de 73% des enfants « aiment peu, voire pas du tout aller à l’école ou au collège ». Près du quart d’entre eux disent s’y ennuyer mais plus de la moitié reconnaît avoir été victime de violences, ce qui est grave. Sentiment d’échec scolaire, manque de confiance en soi, cela a des conséquences sur la santé et l’état général des enfants. C’est surtout au collège que l’on parle de « lieu de souffrance ».

Inquiétant pour notre pays, la comparaison des résultats scolaires des élèves de 15 ans dans 27 pays européens classe la France en 22ème position pour la qualité de vie à l’école. Peter Gumber, ex-journaliste, maintenant professeur à Sciences-Po Paris, critique une école qui humilie et casse ses élèves avec des remarques et des notes blessantes. Chaque enseignant devrait d’abord mettre l’accent sur les progrès de chaque élève, montrer tout l’intérêt qu’il lui porte et comprendre les difficultés qu’il rencontre. Chaque année, 120 000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme et chaque élève en difficulté stresse parce qu’il a peur d’être du nombre. Malgré tout, ils sont plus de 57% à avoir une opinion positive de leurs enseignants. Si ce pourcentage est encourageant, il semble notoirement insuffisant.

 

Jean-Paul  

 

 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 06:21

Aujourd’hui c’est avec émotion  que nous publions la première partie d’un témoignage à la fois essentiel et poignant. D’une part, Marie-Hélène était présente, de l’autre côté du mur, lorsque les viols sont censés avoir été commis devant toute la classe. Elle était en effet toute jeune enseignante et s’était vue confier les C.E.2. D’autre part, Marie-Hélène est décédée en septembre 2008. Elle s’était confiée à nous au tout début du mois d’octobre 2007. Nous venons de retrouver les notes prises à l’époque.

 

Cette interview posthume se veut un hommage à Marie-Hélène et à la profession d’enseignant.

 

Bonjour Marie-Hélène, merci d’accepter de répondre à quelques questions. D’abord, plusieurs anciens collègues de l’époque disent qu’ils pouvaient voir du couloir ce qui se passait dans la classe, c’était votre cas aussi ?

 

MH : En fait, je ne me souviens pas avoir vu la classe de Jean-Paul dans le couloir, mais plutôtl par la porte de liaison. Nos deux classes se touchaient et je passais souvent de l’une à l’autre pour demander un conseil ou pour quoi que ce soit d’autre.

 

De 1988 à 1992 j’étais enseignante dans la classe contiguë à celle de Jean-Paul, j’avais les CE2, ça changeait donc chaque année.

 

Par ailleurs, je vivais dans l’école, au-dessus de la classe, et durant 4 ans, je n’ai jamais vu de petite fille qui se plaignait, qui aurait pu être réticente, jamais aucune rumeur ni aucune réflexion, vous imaginez bien que je n’ai jamais surpris aucun geste non plus !

 

Comme je vous le disais ma classe était contiguë à celle de Jean-Paul Degache, et une porte reliait directement les deux salles. Je débutais tout juste et lui était directeur de l’école, autrement dit, j’avais souvent besoin de ses conseils et je franchissais souvent la porte de liaison sans qu’il le voit… je n’ai évidemment jamais rien vu, et je n’ai jamais perçu le moindre malaise.

 

Quand je rentrais par la porte de communication, je frappais et entrais immédiatement…quelques secondes ne suffisent pas pour enlever l’effet de surprise sur le visage d’un enfant. A chaque fois que je l’ai fait, je n’ai rien remarqué, je serais d’ailleurs immédiatement allée voir l’inspecteur si j’avais vu quoi que ce soit.

 

Que pensez-vous de l’affaire, de ce qui arrive à Jean-Paul Degache ?

 

C’est terrible : sans preuve, sans rien on peut se retrouver dans une spirale infernale. C’est invraisemblable ce qui lui arrive, j’étais une jeune femme, j’étais la plus proche des élèves au niveau de l’âge, je les voyais aussi le mercredi au korfbal1.

 

: Nous consacrerons très prochainement un article sur ce sport mixte.

 

Partie 2

 

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 01:41

Voici la 2ème partie concernant la classe de découverte de mars-avril 1996. Jean-Paul revient sur cette nuit terrible.

 

Partie 1

 

            Je ne sais plus qui a commencé mais cette nuit a été un véritable enfer. Sans arrêt, un garçon ou une fille venait frapper à notre porte : impossible de fermer l’œil ! Il fallait se précipiter d’une chambre à l'autre, changer les draps, nettoyer les excréments de ces pauvres gosses qui vomissaient aussi et se vidaient sans pouvoir rien faire. L’hôtel était immense, il n’était pas possible d’obtenir une aide quelconque. Mon collègue et moi, plus nos parents accompagnateurs, nous vivions un véritable cauchemar avec nos élèves. Il fallait les consoler, rassurer et surtout parer au plus pressé pour remettre chacun au propre. Pour cela, toutes les salles de bains fonctionnaient et plusieurs enfants sont passés devant mes yeux en toute petite tenue ou totalement nus afin de pouvoir se nettoyer efficacement. Pour qu’ils puissent avoir à nouveau des sous-vêtements propres, j’ai dû laver en catastrophe plusieurs slips, me demandant si le matin allait enfin arriver pour que tout cela cesse.

            Certains enfants étaient plus malades que d’autres et ne purent se lever. Un médecin est venu et je suis allé acheter les médicaments nécessaires dans une pharmacie de Tozeur. Petit à petit, tout le monde se remettait mais nous ignorions ce qui avait pu provoquer un tel désastre : une viande, de l’eau, le vin de palme… ? Nous étions prêts à demander un rapatriement sanitaire mais nous y avons renoncé en voyant nos élèves reprendre rapidement le dessus. Après une seconde nuit dans cet hôtel que nous voulions oublier au plus vite, nous sommes repartis en direction de Kairouan. Mon collègue, à son tour était victime de cette tourista. J’espérais y échapper mais, à la mi-journée, j’y avais droit à mon tour dans le restaurant où nous déjeunions avant d’aller visiter la célèbre mosquée de cette ville sainte de l’Islam…

            Il va sans dire que la fin de notre voyage a été bien gâchée par cette dysenterie. La journée chez nos correspondants, à Testour, n’a pas été aussi enthousiasmante qu’espéré parce que nous étions tous fatigués. Depuis deux années scolaires (CM1 et CM2), j’avais mis en place une correspondance scolaire avec une classe d’une école de Testour, une ville bien à  l’écart des circuits touristiques. Cela avait pu se faire parce que, lors de ma première classe de découverte en Tunisie, j’avais fait la connaissance d’un instituteur très sympa qui était volontaire pour mener à bien ce genre d’expérience. Nos élèves s’étaient écrit à plusieurs reprises et se connaissaient donc un peu. Malgré la dysenterie et la fatigue du voyage, cette rencontre a été formidable et a montré que les gosses, par delà les préjugés des adultes, étaient capables de s’entendre et de fraterniser sans problème. Heureusement, l’accueil très chaleureux de nos amis tunisiens nous a permis d’oublier un peu nos malheurs et de quitter ce pays avec un magnifique souvenir. 

 

Jean-Paul

 

Comment ne pas être révolté lorsque l’on lit ces lignes. Certains de ces enfants reprochent à Jean-Paul, 14 ans après, d’être rentré dans leurs chambres ce soir-là et d’avoir brisé leur intimité. On se rend ainsi compte que la mémoire peut, au fil des années, complètement déformer la réalité. Et lorsqu’à la barre, un autre adulte présent en Tunisie vient décrire cet évènement, le mal est déjà fait puisque les jurés ont entendu des accusatrices comparer leur instituteur à un véritable pervers !

 

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 00:10

Un de nos fidèles lecteurs du blog s’est rendu lundi soir à Annonay afin d’assister à cette rencontre sur le thème de « vivre en prison ». Il nous a envoyé son compte-rendu et nous l’en remercions.

 

C’est devant une salle pleine que le Lundi citoyen sur le thème de la prison s’est déroulé ce lundi 8 novembre. L’intervenant était Charles Bècheras, Aumônier à la Maison d’Arrêt de Privas depuis juin 2000, Aumônier régional (Rhône-Alpes / Auvergne), Aumônier de l’Hôpital psychiatrique de Privas, et chargé de la formation des aumôniers de prison. Il s’est, avant d’exercer ces fonctions, occupé de structures de réinsertion.  Quelqu’un qui maîtrise donc bien son sujet ! Pour information, deux aumôniers travaillent à la Maison d’Arrêt de Privas depuis 2002, ils sont trois depuis 2010. Dans un premier temps, C. Bècheras a tenté de faire le tour du thème, puis, dans un second, il a répondu aux nombreuses questions du public.

 

Première Partie


Le parcours judiciaire  

- L’accusé, ou prévenu, est sous mandat de dépôt. Il est en détention provisoire. Ces gens, en attente de jugement, ne peuvent pas se reconstruire.

- La personne a été jugée. Si elle a été condamnée à plus d’un an de détention, elle part le plus souvent dans un centre de détention. Si la peine est très lourde, c’est en maison centrale.

- Les aménagements de peine :

            * Les remises de peine automatiques, à raison de 2 mois par an. Elles peuvent toutefois sauter en cas de mauvaise conduite.

            * A mi-peine, une demande de liberté conditionnelle peut être faite

            *Lorsque le reliquat de peine est inférieur à 2 ans, le port du bracelet électronique peut être demandé.

L’aumônier voit la personne à un moment précis de son « parcours » judiciaire. Les perceptions sont donc très différentes d’une personne à l’autre.

 

Le sens de la peine 

A terme, le but est la réinsertion du détenu. Or, certaines personnes qu’il rencontre n’ont jamais été insérées dans la société ! Il cite l’exemple de R. qui a alterné pendant 14 ans prison et squat.

La restauration de l’humanité de la personne passe par la « fabrication » d’hommes nouveaux en prison. Pour cela il doit reconnaître le délit commis.

Dans la réalité, une peine de prison est une punition. C’est la vengeance de la société, souvent relayée par les médias sur les grandes affaires criminelles.

On met en prison pour protéger la société, mais peut-on se protéger à vie d’une personne ? La perpétuité avec peine incompressible de 30 ans est de plus en plus utilisée.

 

La maltraitance 

- La cellule est un espace exigu, concentrant souvent plusieurs détenus avec les conflits que ça peut entraîner.

- La maltraitance, selon C. Bècheras, c’est aussi le temps supprimé, c’est-à-dire que rien n’est fait pour faire du détenu quelqu’un d’autre.

- L’attente terriblement angoissante du jugement est également une forme de maltraitance.

- L’infantilisation de la personne est omniprésente. Elle se concrétise par l’attente, la multiplication de différentes demandes du prisonnier à l’administration restant sans réponses, l’impossibilité de rentrer certains objets ou l’attente d’une hypothétique autorisation.

L’aumônier de la Maison de Privas rappelle que théoriquement le détenu est seulement privé de la liberté, pas de sa dignité.

 

Auteurs et victimes 

La société ne doit pas se servir de la victime comme d’un instrument. La victimisation dessert la cause de la victime car celle-ci se retrouve enfermée dans son statut. Elle ne peut pas devenir une personne nouvelle.

C. Bècheras rappelle qu’un aumônier ne défend pas un coupable ou présumé coupable. Il est à ses côtés.

 

Psychiatrie et prison

20% des détenus ont une pathologie psychiatrique lourde. On estime qu’ils sont jusqu’à 40% avec une pathologie légère.

 

 

 

Seconde Partie

 

- Que faut-il privilégier : la prison, les amendes, les peines de remplacement ?

CB : Selon la loi, « la prison c’est l’exception ». Dans la réalité ce n’est pas le cas. Néanmoins peu de monde est prêt à prendre des Travaux d’Intérêt Général (TIG).

La mise en place de peines planchers pour les récidivistes fait exploser les emprisonnements, et souvent pour de longues durées.

 

- Qu’en est-il de la politique pénitentiaire actuellement ?

CB : Le Contrôleur général des lieux de privation de libertés, Jean-Marie Delarue, fait le constat qu’un établissement de plus de 300 places est peu efficace. Or, aujourd’hui, les établissements pénitentiaires sont beaucoup plus grands, et on y perd toute humanité.

C’est par exemple le cas de la Maison d’Arrêt de Corbas, qui a vu le transfert des anciennes prisons de St Paul, St Joseph et Montluc. Elle concentre quelques 900 détenus. Six mois après son ouverture, 25% du personnel était en arrêt maladie. Il y a encore moins de réinsertion dans ces grandes prisons.

En ce qui concerne les Etablissements pénitentiaires pour mineurs (EPM), cela coûte cher, et celui de Meyzieu a des résultats décevants.

Le problème est peut-être ailleurs que dans la prison…

 

- Quels sont les différents types de médiation ?

CB : Tout d’abord, il y a le service médical, qui n’est pas du personnel pénitentiaire. Il y a également l’aumônier, la famille, les visiteurs de prison, les intervenants extérieurs, la bibliothèque…

Les liens familiaux ne résistent pas toujours à l’incarcération. Par exemple, à l’EPM de Meyzieu, le directeur n’avait vu que 5 familles sur la quarantaine de détenus…

A noter que l’aumônier est le seul, avec le personnel pénitentiaire, à pouvoir rentrer dans les cellules. Il assure une dimension spirituelle.

 

- Que ce soit en prison ou dans d’autres institutions, prend-on réellement soin de l’Homme ?

CB : On les soigne techniquement parlant, mais on ne prend pas soin de la personne, de son intégrité. C’est en partie une question d’argent !

 

- Quelles sont les contraintes du travail d’aumônier en prison ?

CB : Le prosélytisme est interdit. A part cela, la liberté de l’aumônier est grande.

 

- Y a-t-il un dialogue entre l’aumônier catholique et les détenus musulmans ?

CB : Il n’y a aucun problème, les échanges existent avec tous. La dimension spirituelle, quelle que soit la religion, est la même.

 

- Quelles sont les conséquences de faire cohabiter dans une même cellule des gens condamnés ou prévenus pour des motifs bien différents ?

CB : Il est difficile d’empêcher les rencontres et les conséquences néfastes qu’elles peuvent avoir à la sortie des détenus. L’encellulement individuel n’empêche pas les contacts qui ont lieu lors des promenades ou diverses activités.

 

- Que pensez-vous des jurys populaires ?

CB : Ils existent en cours d’assises, on en parle en correctionnelle. Si cela est mis en place en correctionnelle, la justice ne pourra pas y faire face. Les délais de jugement seront encore rallongés.

Je suis favorable à des jugements prononcés par des professionnels. Un juge a plus de recul dans une affaire  qu’un jury populaire composé par monsieur tout le monde, et qui va réagir bien souvent sous le coup de l’émotion. De plus, le juré ne connaît ni le droit, ni le dossier.

 

 - Quelle est la journée type en Maison d’Arrêt ?

CB : Ceux qui ne travaillent pas font ce qu’ils veulent dans leur cellule.

Ceux qui travaillent, à Privas, déjeunent dans leur cellule. Ils travaillent de 8h à 14h puis retournent manger dans leur cellule une nourriture souvent froide. L’après-midi, ils peuvent avoir parloir, école, aller à la bibliothèque ou en promenade, ou rien. Le repas du soir est servi à 17h15.

 

- Qu’en est-il du métier de surveillant en prison ?

CB : Leur formation est très courte, de quelques semaines à quelques mois. Une assistante sociale passe les voir seulement une fois par trimestre environ.

Ils peuvent parler avec l’aumônier des nombreuses difficultés de ce métier, éprouvant physiquement et psychologiquement.

 

- Comment est gérée la sexualité des détenus ?

CB : Rien n’est fait. Des préservatifs sont distribués, c’est tout.

Le détenu est aussi privé de relations affectives, ainsi que les conjoints.

 

- Comment sont gérées la télé et les courses ?

CB : A Privas, la Télé c’est 13 euros par détenu, par mois ! Tous les membres de la cellule doivent payer cette somme, même s’ils sont 6 !

Théoriquement, un prix unique par cellule doit être mis en place.

Pour les courses, on observe un écart très important entre ce que « cantine » le détenu, et le prix affiché en magasin.

 

- Qu’est-ce que l’indigence en prison ?

CB : A Privas, l’indigence c’est lorsque la personne rentre avec moins de 25 euros. Si un mois après il n’a pas reçu de mandat, est mis en place un contrat d’indigence. La personne s’engage sur certains points (aller à l’école, se faire soigner…) et en échange il reçoit 55 euros par mois.

Outre le fait d’améliorer un tout petit peu le quotidien des détenus les plus pauvres, le but est d’éviter que ceux-ci soient corvéables à merci vis-à-vis des autres détenus.

 

- Existe-t-il une école en prison ?

CB : L’éducation nationale est présente dans tous les établissements. C’est capital pour la réinsertion des personnes.

L’association Auxilia joue également un rôle primordial.

 

 

- Comment se passent vos entretiens avec les détenus ?

CB : J’ai les clés des cellules. Je frappe toujours avant d’entrer. La discussion s’engage dans la plupart des cas. Les liens se tissent peu à peu. Un prévenu ou un condamné ne peut et ne doit pas être réduit à son acte. Je les aide souvent pour rédiger leurs courriers, faire leurs devoirs. Les gens pris en accompagnement par l’aumônier sont vus plus souvent. Les rencontres sont soit individuelles, réalisées au parloir, soit collectives, à travers une discussion dans la cellule, de travail de groupe autour d’un texte biblique ou d’évènements d’actualité. Les grandes fêtes religieuses sont l’occasion de se retrouver autour d’une célébration religieuse.

 

 

Charles Bècheras a conclu son intervention de presque 2h30 sur cette réponse concernant son quotidien d’aumônier de prison. Le public a beaucoup apprécié les éclaircissements apportés sur le milieu carcéral, l’humanisme et l’engagement  de cet homme passionné.

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 06:29

Que pense Jean-Paul Degache de la suite de son affaire ? On sait qu’il a été condamné une première fois en 2007, puis en appel en 2010. Dès son emprisonnement à la Maison d’arrêt de Nîmes, Jean-Paul a effectué un pourvoi en cassation.

 

Persuadé de son innocence, Jean-Paul Degache a choisi de prendre le risque d’un troisième procès. Il en parle à l’un de ses amis dans une récente lettre :

 

« Maintenant, je me demande comment je faisais à Nîmes… Ma famille, malgré l’éloignement, continue à assurer les trois visites possibles chaque semaine, grâce au pourvoi en cassation. Sinon, ce serait une seule.

                                                     

Ce pourvoi, je l’ai signé et maintenu parce que je ne pouvais plus faire que ça pour clamer encore mon INNOCENCE. Pourtant, je n’en attends rien parce que je sais qu’un troisième procès donnerait le même résultat que les deux premiers et peut-être pire.

 

J’ai compris que dans l’état actuel de l’institution judiciaire, il faudrait que la principale accusatrice reconnaisse enfin qu’elle a menti et qu’elle explique pourquoi. Cela arrivera peut-être un jour, mais quand ? Le pire, c’est que je ne peux pas lui en vouloir, en faisant cela, elle deviendrait réellement LA personne qui a sauvé ma vie et m’a rendu mon honneur…

 

En attendant, ma famille a relancé le blog (http://soutien.jean-paul.degache.over-blog.com) afin de lutter contre cet oubli qui s’installe peu à peu… »

 

Tout d’abord, merci à cet ami de Jean-Paul qui a gentiment accepté de nous transmettre ce courrier, nous vous invitons à en faire autant quand le contenu vous semble intéressant.

 

Qu’apprend-on ? D’abord que Jean-Paul Degache est toujours combatif. Il a choisi la solution difficile et risquée de la cassation. Cette solution peut tout à fait le conduire en prison pour 20 années (puisque c’est le maximum qu’il encourt) mais elle laisse la possibilité à l’accusatrice principale de faire éventuellement amende honorable, il précise même qu’il est prêt à pardonner et à comprendre que l’effet d’entraînement à fini par avoir des conséquences dramatiques qui ont échappé aux auteurs des accusations.

 

Nous apprenons ensuite qu’il est bien conscient que l’institution judiciaire, composée de représentants du peuple tirés au sort, ne peut pas l’acquitter, ou alors par miracle. Il est quand même prêt à prendre le risque, même si le procès devait se tenir à une date proche de sa libération. Il ne souhaite que connaître la vérité, comprendre comment on a pu en arriver là.

 

On comprend aussi que le fait qu’il ne soit pas condamné définitivement permet – et c’est extrêmement important pour son équilibre affectif et psychologique – à sa famille de le voir plus souvent, trois fois par semaines au lieu d’une fois.

 

Jean-Paul Degache souffre, mais il veut sortir de cet enfer la tête haute, il nous invite à poursuivre le combat pour son INNOCENCE, il invite les accusatrices au repentir, sans haine ni rancune.

 

En relisant ses mots, nous nous devons de continuer… et de Ne Jamais Lâcher.

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 07:57

Cette semaine, nous avons décidé d’évoquer un évènement majeur dans l’affaire de Jean-Paul Degache : la classe de découverte en Tunisie qui s’est déroulée  en mars-avril 1996. Pourquoi avons-nous demandé à Jean-Paul de nous relater ce voyage ? Tout simplement car lors des deux procès, certaines élèves sont venues témoigner du fait que leur instituteur aurait agi à cette occasion tel « un véritable pervers ». A présent, voici le texte de Jean-Paul en 2 parties et nous vous laissons vous faire votre opinion.

 

            Ce séjour itinérant, nous l’avions bâti ensemble, mon collègue et moi, pour nos classes respectives de Félines et de Sarras. Pour y arriver, nous avons suivi les conseils de la FALEP (Fédération des Associations Laïques et d’Education Populaire) du Gard, organisatrice expérimentée de séjours d’enfants en Tunisie, en liaison avec la F.O.L. (Fédération des Œuvres Laïques) de l’Ardèche. C’est deux ans auparavant, au cours de ma première classe de découverte tunisienne, que j’avais eu l’idée de ce voyage dans le sud tunisien, suivant les conseils de Monsieur L., correspondant de la Falep en Tunisie.

            Nous étions hébergés dans des hôtels ou dans des centres de vacances et nous visitions dans la journée en nous déplaçant à bord d’un bus mis à notre disposition. Deux animateurs tunisiens nous servaient de guides et facilitaient tous nos déplacements, résolvant tous les problèmes qui pouvaient se présenter. Conscients des risques de dérangements intestinaux pouvant surgir à cause de la consommation de l’eau du robinet, nous achetions toute la boisson nécessaire afin de pouvoir confier une bouteille d’eau à chaque enfant, en permanence.

            Plus nous nous enfoncions dans le sud, plus nous nous rapprochions du désert du Sahara avec toute l’excitation et l’émotion que l’on peut supposer. Dans un centre de vacances où nous étions hébergés, il y avait une piscine et tous nos élèves ont pu s’offrir un magnifique moment de détente. Le soir, on nous a fait goûter du vin de palme, une boisson très agréable et très sucrée. Tous nos élèves étaient en pleine forme et ont bien pu profiter de la superbe balade à dos de chameau dans les premières dunes du Sahara.

            Nous sommes enfin arrivés à Tozeur, la ville la plus au sud de notre périple. Après le repas de midi pris à l’hôtel, nous sommes montés à bord des 4x4 pour partir à la découverte des oasis de montagne. C’est au cours de cette randonnée, que le premier élève est tombé malade. Il avait une forte fièvre et dut se coucher dès notre retour en attendant la visite de médecin que nous avions appelé. Lorsque tous nos élèves se sont couchés, tout semblait normal mis à part le souci que me causait mon élève. Je partageai ma chambre avec un parent d’élève avec qui je m’entendais très bien. Cette nuit-là allait être un véritable enfer.

 

Partie 2

 

Jean-Paul

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:18

Aujourd’hui, Jean-Paul nous a demandé de publier deux textes reçus en prison écrits par son ami Charly. A cette occasion, nous tenions à remercier l'ensemble des personnes qui nous a aidé à construire ce blog et à l'enrichir chaque jour.

Bonne lecture. 

 

Le joueur, le dirigeant et l'argent

(Version moderne des fables de La Fontaine)

 

Compère dirigeant se mit un jour en frais

Et, espérant de bons joueurs attirer

Accepta de bourse délier.

"Je vous paierai, dit-il, largement

Repas et frais de déplacement

-Mais encor?       - Prime de présence

Prime d'équipement ainsi qu'un forfait

Dont le montant, par prudence

Je ne peux encore vous dévoiler.

Messire joueur par l'odeur alléché

Comprit que l'heure était enfin venue

De tirer parti de ses énormes qualités.

Le magot était là et son cœur battait

Devant les billets dans le coffre aperçus…

Hélas! La main du sire y pouvait bien passer

Mais la tête était d'autre mesure!

(Les victoires passées avaient fait leur effet)

Compère Dirigeant ne voulut d'abord donner

Que ce qu'en caisse il avait

Et n'accepta de bourse délier

Qu'aux joueurs de qualité sûre.

Mais bientôt, par les succès enflammé,

Il donna de plus en plus largement.

Messires joueurs allaient, venaient, partaient

Et de leur club éperdument se moquaient

Ne regardant que leur propre intérêt

Oubliant ce qu'aux autres ils devaient.

Compère  Dirigeant essaya bien

De rester maître de la situation

Mais le pli était pris et pour de bon.

Et que croyez-vous qu'il arriva?

CE FUT LE CLUB QUI EN CREVA !

 

Je te portais dans mes bras

 

            L’homme s’allongea et s’endormit.

            Une fois de plus, il refit, en rêve, le chemin qui l’avait conduit en prison.

Il vit que tout au long de ce chemin, il y avait de nombreuses empreintes de pas sur le sable, auprès des siennes. Cela le réconforta : c’étaient ses amis, connus ou inconnus, qui l’accompagnaient.

Mais il remarqua qu’à certains moments, il n’y avait plus que quatre traces de pas sur le sol : les siennes et celles de l’Espoir. Heureusement qu’il y avait l’Espoir !

Pourtant… dans les moments les plus difficiles, il nota qu’il n’y avait plus que deux empreintes sur le sable. Très surpris, et même peiné, il s’adressa à l’Espoir :

« Je vois justement que c’est dans les moments les plus difficiles pour moi que tu m’as laissé seul !

- Mais non, lui répondit l’Espoir, les traces de pas, c’étaient les miennes, mes traces de pas à moi, parce qu’alors, je te portais dans mes bras ! Que ferais-tu sans moi ? Je serai toujours avec toi. Tu ne dois pas te sentir seul… Et puis, les centaines d’empreintes qui t’accompagnaient avant que tu sois ici, tu ne les vois pas, mais elles sont toujours là, aussi présentes qu’avant !


Charly

 

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 08:16

Bonjour à tous. Aujourd'hui nous vous proposons la deuxième partie du témoignage d'une des nièces de Jean-Paul qui a été son élève. Bonne lecture.

 

Partie 1

 

Pour en revenir à Jean-Paul, je l'ai côtoyé quasi quotidiennement pendant 8 ans puisqu'il était déjà instituteur quand je suis rentrée en maternelle à l'école à Sarras en 1978.

 

Son fils aîné  avait alors un peu plus d'un an et notre mamie le gardait le matin, je ne sais plus si c'était tous les jours ou pas. J'ai eu la chance de déjeuner tous les midis chez ma grand-mère pendant l'école primaire. Ainsi Jean-Paul me récupérait à la maternelle le midi et me ramenait chez elle en allant chercher son fils avant de rentrer chez lui. Puis, quand son fils est rentré à l'école, Mamie a décidé de nous avoir tous les deux à déjeuner le jeudi midi. Comme mon cousin et moi avions deux ans d'écart, ces jeudi midi chez Mamie étaient des moments où l'on s'amusait bien. Jean-Paul nous emmenait alors chez elle à 11h30. Tout cela pour dire que pendant toutes ces années, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu ou entendu quoi que ce soit de ce dont on accuse Jean-Paul.

De plus, et ce qui est étonnant, c'est que l'on ne m'ait jamais interrogé en tant que nièce de Jean-Paul, alors que, souvent, les pédophiles s'attaquent d'abord à leur entourage proche, et comme j’étais  la première de ses nièces, j’aurais pu être sa première victime si vraiment il avait été un dangereux pervers …

 

A l'école, dès le CP, on souhaitait tous grandir très vite et arriver en CM1 pour être dans la classe de Jean-Paul. Comme il faisait CM1 et CM2, il fallait "tomber" la bonne année pour être dans sa classe. Les parents d'élèves eux-mêmes souhaitaient que leur enfant soit dans la classe de Jean-Paul. Je me souviens en avoir entendu certains qui disaient à Mamie, quand elle venait me chercher à la sortie de l'école "Qu'est-ce qu'on a de la chance que notre fils/fille soit dans la classe de Jean-Paul !".

Pourquoi ? Certainement parce qu'il était (et sera toujours) un très bon instituteur.

Avec lui, chaque élève avait sa place et sa chance. Il n'enseignait certes pas de la même façon que ses collègues de l'école. Sans vouloir critiquer les autres instituteurs de l'école à l'époque, Jean-Paul n'enseignait pas à "l'ancienne méthode", derrière un bureau, de façon autoritaire. Il permettait à chacun de s'exprimer et de développer sa propre personnalité alors que d'autres enseignants souhaitaient nous rendre "uniformes", nous faire rentrer dans le moule. Pendant les deux années dans sa classe, je crois que nous avons tous gagnés en confiance en soi et en autonomie. Non seulement sa façon d'enseigner nous permettait d'enrichir notre savoir mais surtout de grandir et d'être fin prêt à affronter le collège et l'adolescence.

 

D'ailleurs, lorsque je suis rentrée en 6ème à Saint-Vallier, je me souviens que plusieurs profs ont fait remarquer que les élèves arrivant de la classe de Jean-Paul Degache à Sarras étaient les mieux préparés du coin à l'entrée en 6ème et que cette année serait pour eux très cool et plus une année de révision qu'autre chose.

 

Pendant ces deux ans, je n'ai rien remarqué d'anormal dans le comportement de Jean-Paul. Il avait comme toujours, 10 000 projets pour l'école et pour la classe, des tas d'idées d'activités et de sorties qui rendaient envieux les élèves des autres classes. Nous avons fait de nombreuses sorties pendant ces deux ans : ski de fond, sorties à vélo  à la Tour d'Albon et au barrage d'Arras, nous sommes partis également à Beauchastel faire de la voile et du tennis (je m'en souviens très bien, Coluche est mort pendant cette classe verte). Nous avons certainement été une dernière première école équipée en informatique (de magnifique MO5 avec crayon optique) et l'une des premières classes de découverte à faire de la photo, de la vidéo et de l'informatique !

 

Par ailleurs, s'il avait fait quelque chose dans la classe, on l'aurait remarqué. La classe était entièrement vitrée côté cour de récréation. Tous les élèves et instituteurs passaient sous les fenêtres au minimum 4 fois par jour pour rentrer et sortir de l'école, aller à la cantine, en salle informatique, ... L'entrée à l'école maternelle se faisait également en passant devant les fenêtres et pour la maternelle, c'était non seulement les enfants mais les parents qui passaient devant. Sans compter que de la cour de récréation des maternelles on avait une vue d'ensemble de la classe de Jean-Paul. Cela s'est passé en classe devant toute la classe ? Où sont les témoins ?

 

Que dire de plus si ce n'est que ces deux années resteront pour moi les meilleures de l'école primaire, voire de ma scolarité.  Peu d'instituteurs ou de professeurs restent en effet, dans nos mémoires lorsque l'on est adulte. Aujourd'hui, je ne comprends pas, comme beaucoup de personnes, comment on a pu arriver à le condamner à 8 ans de prison sans qu’il n’y ait un seul témoin !!!

 

Toujours est-il que Jean-Paul est en prison pour 8 ans ... Comme toute la famille et ses proches, je garde espoir de pouvoir le voir bientôt prendre ses petites-filles dans ses bras, remonter sur un vélo, dévorer un plat de quenelles préparé par Mamie ... Ces choses simples dont on l'a privé le vendredi 26 mars 2010 ...

 

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 00:39

On nous a souvent dit que les témoignages des membres de la famille de Jean-Paul n'avaient aucune valeur. Voici celui d'une des nièces de Jean-Paul.

 

Je tiens à vous faire part de mon témoignage à double titre : en tant que nièce de Jean-Paul, tout d'abord, mais aussi parce que je suis l'une de ces anciennes élèves.

 

C'est d'ailleurs au simple titre d'ancienne élève que j'ai été interrogée par la gendarmerie d’un village ardéchois voisin à celui de Sarras. Cet interrogatoire, je m'en rappellerai longtemps puisque c’est un officier de permanence qui l’a mené ! Tout a commencé par un message sur le répondeur téléphonique à la maison à Avignon un soir en rentrant du travail. La gendarmerie me demandait de rappeler très vite une certaine personne. Pas d'indication sur le pourquoi de l'appel. A l'écoute de ce message, un grand frisson me monte dans le dos : il est arrivé quelque chose de grave à quelqu'un de la famille ? Je saisis mon téléphone pour rappeler. On me répond qu'il n'y a qu’une personne qui peut me dire pourquoi il a appelé et qu'il ne sera pas là avant le lendemain après-midi. Malgré mon insistance et ma voix paniquée en pleurs, on ne veut rien me dire. J'ai de suite appelé mes proches à Sarras pour savoir ce qu'il se passait. Tout le monde allait bien et au bout d'un moment, nous avons fini par comprendre qu'ils avaient certainement appelé dans le cadre de l'enquête sur Jean-Paul, dont j'avais été informée par la famille.

 

Effectivement, le lendemain, j'ai enfin cette personne au téléphone qui m'a confirmé que les gendarmes devaient m'entendre en tant qu'ancien élève sur l'enquête qui était menée. Comme je résidais et travaillais à Avignon à l'époque, j'ai profité d'un week-end à Sarras pour me rendre à la gendarmerie le samedi matin qui a suivi. Le premier contact avec la gendarmerie au téléphone m'avait déjà donné un aperçu de la délicatesse et du tact de ses officiers.

 

Ainsi le samedi matin, je me rends à la gendarmerie qui est alors occupée par un seul officier, de "permanence" apparemment. C'est lui qui va m'interroger, parce qu'il est là, et non pas parce que c'est lui qui est en charge de l'enquête. Il commence à me poser les questions, en m'indiquant bien que je suis entendue en tant « qu'ancien élève ». Pourtant, et je lui fais remarquer, il commence ses questions par « votre oncle » ! A plusieurs reprises, il s'absente du bureau pour répondre au téléphone. Quand il revient, il s'est passé plusieurs minutes à chaque fois, et il reprend la frappe de la déposition. Je vous laisse imaginer la fidélité de la déposition quand on est dérangé sans cesse. Lorsqu'à la fin de l'interrogatoire il m'a demandé de relire et de signer, j'ai fait modifier plusieurs phrases : des propos avaient été amalgamés alors que je n'avais dans mes paroles, jamais fait de lien entre deux idées qui se retrouvait dans la déposition de cause à effet.

 

Je me suis même fait la réflexion, à l'époque, que j'avais été très attentive lors de la relecture de cette déposition mais que ce ne serait peut-être pas le cas de tous ceux qui avaient été ou seraient interrogés ... et que ces interrogatoires devraient être réalisés par deux personnes, toujours les mêmes, et être enregistrés ou filmés pour ne pas déformer les propos. Je ne blâme pas l'officier qui m'a interrogé ce jour-là. Il a fait son boulot, dans les conditions dans lesquelles on lui impose de le faire ... Cependant, il est regrettable que cela puisse aujourd'hui avoir les conséquences que l'on connaît...

 

Partie 2

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