Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 00:01

Aujourd'hui, nous effectuons un retour en arrière en se replongeant dans les heures qui ont suivi le verdict du premier procès de Privas et qui ont vu Jean-Paul être enfermé alors qu'il clamait son innocence !

 

Partie 1

 

Je ne le sais pas encore, puisque l’on vient de me condamner à 8 ans de prison, moi qui n’ai jamais rien fait de ce qu’on me reproche, qui ne cesse de clamer mon innocence depuis que ce cauchemar a commencé.

 

La porte s’ouvre sur une pièce noire dans laquelle dorment 7 hommes que je dérange en plein sommeil. Il faut allumer pour me permettre d’y voir clair mais je décide d’éteindre assez vite car les projecteurs qui brillent à l’extérieur donnent une clarté suffisante dès qu’on laisse ses yeux s’habituer. Gilbert, je crois, s’est levé pour enlever la table et la chaise qui étaient posées sur le seul lit libre des quatre lis doubles occupant la plus grande partie de l’espace de ce local vraiment exigu pour 8 personnes. Deux hommes me serrent la main. J’apprendrai le lendemain qu’ils se nomment Claude et Jean-Pierre. J’essaie de faire mon lit (celui du haut) comme je le peux afin de me coucher le plus vite possible pour ne pas déranger davantage mes compagnons d’infortune. Avant d’escalader le lit pour m’allonger, il faut passer au WC en étant le plus discret possible… parce qu’il est dans la pièce avec une cloison guère plus haute que la porte…

 

Une fois couché, je n’arrive pas à dormir, bien sûr. Beaucoup d’images s’agitent follement dans ma tête. Je n’arrive pas à croire que cette folie qui me poursuit depuis dix ans m'a amené ici… en prison. Les larmes coulent doucement. Je ne fais plus aucun effort pour les retenir parce que je pense à Ghislaine, à Vincent, à Simon, à ma mère, à mes frères et sœurs, à l’ensemble de ma famille et à ces amis innombrables venus me soutenir. Que vont-ils faire maintenant ? J’ai très mal, très très mal pour mon épouse et pour mes enfants à qui on inflige tant de souffrances imméritées. Pourquoi cette présidente a-t-elle été aussi agressive avec moi, me traitant comme si j’étais coupable dès le début du procès ? Pourquoi tous ces gens que j’ai bien connus et à qui je n’ai pas fait de mal s’acharnent-ils sur moi au point de vouloir me détruire ? Pourquoi ces neuf jurés se sont-ils laissé aussi facilement abuser par ces accusations complètement invraisemblables, n’écoutant qu’une seule version ? Pourquoi mes avocats n’ont pas réussi à faire triompher la vérité ? Pourquoi je me suis si mal défendu ? Une semaine de cour d’assises dans le box des accusés, c’est une épreuve inhumaine pour un innocent.

 

J’ai essayé de faire face du mieux possible et les images de cette semaine folle défilent dans ma tête avec ses moments d’espoir, ses moments d’abattement et cette fatigue qui s’accumule chaque jour un peu plus, faisant qu’à un moment, on en arrive à souhaiter que cela se termine le plus vite possible. Je ne sais plus ce que je dois penser. J’ignore de quoi demain sera fait… Puis je fais connaissance avec ma première ronde de nuit. J’entends l’œilleton s’ouvrir et la lampe centrale s’allume… pas terrible quand on est sur le lit du haut… Mes camarades m’expliquent qu’à chaque fois, le surveillant nous compte à l’intérieur pour vérifier si nous sommes tous là… et cela se reproduit deux ou trois fois chaque nuit. J’ai dû finir par dormir un peu mais c’est déjà l’heure de se lever et il va falloir que je fasse connaissance avec mes camarades de cellule.

 

Je suis très inquiet, mais, tout de suite, ça se passe bien et je dois rendre hommage à Claude, Jean-Pierre, Gilbert, Gérard et Louis qui ont tout fait pour m’aider à supporter cette épreuve insupportable. Les deux autres changeront à plusieurs reprises et, certains jours, nous ne serons plus que six ou sept ce qui nous permettra de vivre un peu plus facilement, sans être obligés continuellement de déranger quelqu’un pour se déplacer.

 

Partie 4

 

Jean-Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Les procès vécus par Jean-Paul
commenter cet article
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 00:01

Avant de vous faire part de mon témoignage, je tiens à me présenter afin de bien faire comprendre la relation que j’ai entretenue avec Jean-Paul Degache.

 

Je m’appelle Gilbert Risson, je suis retraité de l’enseignement. J’ai témoigné par écrit lors du procès de Privas et de vive voix à Nîmes. Durant ma carrière professionnelle, j’ai été Instituteur à l'Ecole de Félines à partir de 1968 et je n'ai cessé d'être, jusqu'à ma retraite en 1999, un adepte du sport scolaire USEP. J'en ai même été président départemental de 1996 à 1999. Pendant cette période j'ai fréquenté les enseignants de Sarras (M. Valla d'abord puis M. Degache après 1976) lors des rencontres sportives d'athlétisme d'automne que nous organisions régulièrement sur le stade de Sarras fin octobre. J'ai participé aussi avec Jean-Paul à des sorties ski de fond à Presles (26) et surtout à une classe découverte de 11 jours en Tunisie fin mars - début avril 1996.

 

Pendant toute cette période, je n'ai eu avec Jean-Paul Degache d'autre relation amicale, je ne connaissais sa famille que par ce qu'il m'en disait et je n'ai jamais été reçu chez lui pour un repas, rencontre amicale… Nos relations étaient donc strictement professionnelles et je n'ai connu ses deux enfants que lors du procès de Privas.

 

Alors pourquoi Jean-Paul Degache était-il selon moi un enseignant exemplaire ?

Parce que l'on sentait en participant à ses côtés à ces rencontres scolaires son professionnalisme, sa rigueur, ses méthodes éducatives. Il savait utiliser à merveille la pédagogie coopérative, qui laisse aux enfants leur part de responsabilité, leur ouvre le sens critique, leur apprend l’autonomie. Par exemple, il était un des rares enseignants à laisser ses élèves gérer seuls, tout en étant attentif, l'organisation de l'atelier USEP. Il y avait également une assemblée générale en début d'année durant laquelle les élèves élisaient leurs responsables puis ils rédigeaient des comptes-rendus pour l'USEP 07…

 

J'ai témoigné lors du procès et le redis clairement : "un enseignant pour qui l'ouverture d'esprit, le sens de responsabilisation de ses élèves étaient exercés ainsi, ne peut avoir commis en classe, devant tous les autres élèves, les actes qui lui sont reprochés, sans qu'aucun autre élève présent ne s'aperçoive de rien et ne témoigne contre lui de cela "

 

Et preuve en est aucun élève n'est venu témoigner de ces prétendus agissements…

Employait-il des méthodes autoritaires ? Non.

Interdisait-il à ses élèves de parler ? Non.

 

Je peux témoigner aussi de cela, ayant participé avec ma classe à la formidable classe de découverte que nous avons organisée en Tunisie en 1996.

 

Jean-Paul utilisait énormément dans sa pédagogie l'ouverture vers d'autres cultures, d'autres personnes. Et tout cela  avec l'accord et le contrôle de l'Inspection Académique de l'Ardèche. Il fut l'instigateur de sorties scolaires hors du commun emmenant ses élèves en Allemagne et même en Tunisie. Pour certains, ces sorties extraordinaires et très riches n'étaient pas à faire avec des enfants de 10-12 ans… Mais avec la préparation faite, cela se révéla toujours très enrichissant pour eux.

 

Gilbert Risson

Partie 2

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans "L'affaire DEGACHE"
commenter cet article
7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 00:01

Le vendredi 28 janvier 2011, Jean-Paul est sorti "temporairement" de la Maison d'arrêt afin d'effectuer un examen médical. Il nous a fait parvenir le récit de ces quelques heures très particulières.

 

Depuis le 3 août 2010, je n’avais plus remis le nez dehors, je n’avais plus revu la vraie vie, celle où les gens sont libres. Dans le cadre de mon ALD (Affectation longue durée), après le cancer du rein opéré en janvier 2008, il y a tout juste trois ans, je devais passer un scanner à l’hôpital.

A jeun depuis 8 heures, j’ai été appelé vers 13h30 et je me suis rendu tout seul à ce que l’on appelle, ici, le vestiaire. Là, on m’a pris ma carte de circulation puis je me suis dirigé vers l’entrée, avec les trois surveillants prévus pour m’accompagner. J’avais vu les menottes mais aussi les entraves pour les chevilles et j’étais très inquiet lorsqu’on m’a attaché les poignets. J’ai demandé au surveillant si on allait aussi m’entraver les chevilles et il a rigolé en me répondant : « Pourquoi pas la tête, aussi ? ». J’étais soulagé d’échapper à cette humiliation supplémentaire et à cette gêne importante pour marcher.

 

Un fourgon attendait mais le gradé l’a renvoyé, demandant une voiture. Finalement, le fourgon est revenu et je suis monté dans une sorte de cage grillagée pour deux personnes. J’étais tout seul dans ce véhicule prévu pour six détenus. Et… je suis sorti ! Tout le long du trajet, j’ai essayé de regarder au maximum l’extérieur mais, avec cette grille, ce n’était pas terrible. Soudain, j’ai été surpris d’entendre la sirène du véhicule hurler. Puis, j’ai compris. Dès qu’il y avait un ralentissement, un feu rouge, un rond-point encombré, la sirène entrait en action. C’était pénible surtout lorsque le chauffeur est monté deux ou trois fois sur un trottoir et une bordure pour contourner d’autres véhicules. Qu’est-ce que nous étions secoués !

 

Arrivé à l’hôpital, le Centre Hospitalier Universitaire La Peyronnie, j’ai suivi mes trois accompagnateurs. Il y avait peu de monde et je n’ai jamais remarqué de mauvais regards. Seules, certaines personnes faisaient semblant de ne rien voir. Au scanner, on m’a allongé pour me préparer pour la perfusion. C’est un jeune étudiant en médecine de 2ème année, en fin de stage, qui a été chargé de poser cette perfusion… sous l’œil d’une infirmière qui le supervisait. Il a été parfait, se faisant simplement reprendre lorsqu’il m’a demandé si je craignais les piqûres… Le personnel hospitalier était très sympathique et très attentionné.

 

Quand le scanner a été terminé, j’ai retrouvé mes anges gardiens. On m’a remis les menottes et nous sommes repartis en ne croisant pratiquement personne

 

Le trajet du retour s’est fait par « le chemin des écoliers » et sans sirène. Nous avons traversé le charmant village de Lavérune puis roulé en pleine campagne pour revenir à Villeneuve-lès-Maguelone. Avec beaucoup d’émotion, j’ai vu l’entrée des familles pour le parloir. J’ai aussitôt pensé que, le lendemain, Ghislaine et Simon passeraient par là pour venir me voir après avoir effectué, une fois de plus, beaucoup de kilomètres...

 

Voir le monde extérieur ne m’a pas trop ému parce que je sais que ce n’est pas pour moi, pas pour tout de suite. J’ai regardé davantage par curiosité, me demandant pourtant ce que je faisais là, dans ce fourgon de l’Administration pénitentiaire… J’ai pensé à tous les frais que cette condamnation impliquait, à tout cet argent des contribuables dépensé pour rien, sur la foi de simples paroles, sans la moindre preuve à mon encontre, alors que je suis INNOCENT.

 

Enfin, une fois revenu à l’intérieur de la Maison d’arrêt, j’ai remercié les trois personnes qui m’avaient accompagné, pour m’avoir traité avec humanité.

 

Jean-¨Paul

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
commenter cet article
6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 00:01

Mon très cher petit Papa,

 

Nous sommes bien rentrés hier soir de Montpellier.

 

Aujourd’hui cela fait 370 jours que je peux te voir seulement une fois par semaine et uniquement dans un espace minuscule où chaque minute est comptée. Je n’arrive toujours pas à le croire !!!

 

Je voulais souligner à travers cette lettre qui constitue également un témoignage pour le blog, ton courage et ta force face à ce calvaire que tu subis depuis trop longtemps maintenant. Tant de jours où tu as été privé des simples moments du quotidien, de tes proches, de la liberté. Mais tu continues à tenir. Je suis tellement fier de toi. Je me rappelle qu’après ta sortie de la maison d’arrêt de Privas fin 2007, tu n’avais mis que quelques jours pour retourner, la tête haute, faire les courses à Sarras et Saint-Vallier. A aucun instant tu n’as baissé la tête et les bras. Et je suis persuadé que cela sera de même lorsque tu sortiras définitivement cette fois ! Tu clames haut et fort depuis 14 ans ton innocence et nous savons que ces accusations dont tu fais l’objet ne tiennent pas la route : aucun témoin et tellement d’incohérences…

 

Si nous avons ouvert ce blog avec Arnaud et Christian, c’est évidemment pour que l’on n'oublie pas à travers ton exemple, qu’un citoyen français, INNOCENT, peut être à n’importe quel instant de sa vie mis en prison. Je te le répète sans cesse mais être ton fils est une très grande fierté. J‘ai toujours été admiratif de tes engagements pris à l’école et dans les diverses associations auxquelles tu as adhéré. Une partie de ton temps, tu le consacrais aux autres sans oublier le bien-être de tes proches et évidemment de tes enfants. Avec Ghislaine, tu m’as fait découvrir tant de domaines qui sont devenus naturellement des passions et même mon métier… : ainsi j’ai su très vite vers quelle voie professionnelle j’allais me diriger. Je me rappellerai toujours de ce voyage à Berlin, quelques mois après la chute du mur, alors que je n’avais que 10 ans ! Les restes du mur, les villes de l’ex-RDA avec leurs « Trabants » et l’histoire de l’Europe qui était là en train de se faire devant moi…  

 

Mais depuis 1997, tout a basculé suite aux évènements que nous ne cessons de relever et d’analyser sur ce blog. Mais cela a conforté mon admiration envers toi. Convaincu que l’institution judiciaire ne condamnerait pas un innocent, tu t’es battu pour ton honneur mais aussi pour ta famille et tes proches. Il est évident que ton et notre regard sur la nature humaine a bien changé depuis. Toi le premier ; toi qui faisais confiance à l’être humain et à sa sincérité, tu as été berné par des personnes qui doivent être relativement mal à l’aise aujourd’hui. Mais encore une fois on va se battre avec toute la famille et tous les amis qui nous entourent ! On ne lâchera JAMAIS.

 

Je t’embrasse et te dis à très vite.

 

Simon

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article
5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 00:01

Voici aujourd'hui la publication du témoignage de Michèle, institutrice à la retraite, ancienne collègue de Jean-Paul.

 

Cher Jean Paul,

 

Ces quelques mots pour te renouveler tout mon soutien dans la dure épreuve que tu subis et que tu n'as pas méritée.

Sois fort et courageux, car moi, qui ai fait un long parcours en équipe avec toi au sein de notre école où enseignants et élèves étaient heureux de travailler, je sais que tu es innocent et victime d'une terrible injustice.

Certains t'ont privé de liberté mais sache bien que le combat continue pour que ton innocence soit prouvée et reconnue.

Michèle

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article
4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 00:01

Les rayons du Soleil d’hiver répandent une chaleur douce dans le salon. Assise devant l’ordinateur, je me retrouve face à une page blanche. Que dire en cet injuste anniversaire ? Que faire ? Ecrire ? Oui, écrire pour l’innocent qui subit injustement l’enfermement. Les mots sont si peu de chose. Pourtant, ce sont des mots qui ont précipité Jean Paul DEGACHE en prison.

 

Sur l’ensemble des élèves qui ont été en classe avec Jean Paul DEGACHE certains de leurs témoignages ont été préférés à d’autres. Pourquoi ? J’ai écrit un témoignage au juge d’instruction il y a quelques années. Il me semblait légitime d’être prise en compte puisque j’avais été l’élève de Jean Paul DEGACHE durant deux ans (CM1 et CM2). Et durant deux années, alors que nous faisions beaucoup de sports, que nous sommes partis en séjour découverte d’une semaine loin de nos familles, alors qu’en classe chaque jour, nous allions au bureau de l’instituteur pour rendre un devoir, un exercice ou pour réciter une poésie, notre instituteur n’a jamais intenté à notre intimité. Jamais.

 

On pourrait sans fin revenir sur l’instruction à charge, sur  les procès. Mais le cœur n’y est pas et ce serait omettre le facteur le plus important : le facteur humain. L’institution judiciaire telle une machine infernale a broyé un homme, un innocent. Et voilà 365 jours qui ne lui seront jamais rendus, 365 jours de trop, 365 jours de cauchemars éveillés où je ne cesse de penser à mon ancien instituteur, sa famille, ses amis.

 

Depuis mars dernier, depuis que le couperet est tombé, dramatique, incompréhensible, il me semble si complexe de vivre normalement. Comment étouffer ce sentiment d’injustice ? Comment ne pas penser à la douleur de son épouse, de ses fils, de sa maman, de ses frères et sœurs, de toutes celles et ceux qui l’aiment. Cette absence, cet éloignement forcé, ces longs silences qu’implique la vie carcérale, ces moments qui ne se représenteront plus, la souffrance qu’un innocent doit ressentir au quotidien derrière les barreaux…en pensant à tout cela, on ne peut qu’être démuni. Il serait tellement plus aisé de tourner la page, de passer à autre chose. Mais l’amnésie n’est pas possible quand cela nous touche en plein cœur, au plus profond de notre conscience, de nos préceptes.

 

Il ne me reste comme à toutes celles et ceux qui soutiennent Jean Paul que le lien ténu des mots, des lettres. Nous ne t’oublions pas Jean Paul, nous sommes avec toi comme nous l’avons été durant tous ces trop longs jours d’incarcération. Je demeure l’ancienne élève reconnaissante pour l’enseignement qu’elle a reçu de son instituteur, pour les valeurs qu’il a brillamment et respectueusement su inculquer.

La nuit prend à présent le pas sur le jour, la page n’est plus blanche. La douceur du foyer n’est qu’apparence. La quiétude n’a plus sa place et à la fin de la page on peut lire un cri sourd, le VOX CLAMANS IN DESERTO de Jean Paul : INNOCENT !

 

Aurélie

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article
3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 00:01

Témoigner sur Jean Paul ? Témoigner sur mon frère ? Pour dire quels souvenirs ? Pour dire qui il est, ce qu’il m’a apporté comme frangin ? Pourquoi pas ?

 

Chercher dans ses souvenirs, dans son enfance…quand les souvenirs peuvent être mensonges, on le sait bien puisque c’est à cause de cela, en partie, que je me retrouve à écrire. Alors, avec honnêteté et fidélité, j’essaye de les retranscrire, sans les modifier, les tronquer, les adapter… avec  le temps qui passe, le temps qui les a engloutis plus ou moins.

Quel est le premier souvenir avec Jean Paul ? Comment ne pas confondre un vrai souvenir avec ce que dit une vieille photo ? On a des photos de nos visites à Vourles, où il était en pension de la 6ème à la 3ème et je me souviens très vaguement que nous y sommes allés…mais, rien de précis, de marquant…

Et puis, plus tard… Jean Paul et sa guitare, Jean Paul et ses chansons : Georges Brassens, Hugues Aufray, « Johnny prends ton harmonica »…mais ça date de quelle époque ? Quand il venait en vacances, au cours de ces 3 ans de pension à Villefranche-de-Rouergue, ou plus tard, quand il a occupé cette nouvelle chambre aménagée pour lui ? Je ne sais pas… alors, des souvenirs en vrac, dans le désordre, mais qu’importe ?

 

Je suis malade, je dois avoir 11-12 ans, et Jean Paul me fait découvrir mes premiers romans : « Le mas Théotime » d’Henri Bosco : une grande découverte et la lecture, pour de belles émotions !

Et puis, son voyage en Espagne avec des amis et toutes les diapositives qu’il nous a projetées à son retour… des années plus tard, j’ai voulu aller à Grenade, visiter l’Alhambra…

Jean Paul, du haut de mes 10-12 ans, c’est l’ouverture au monde, vers un autre monde…par la musique, les livres, sa guitare, ses voyages…et son vélo !!

Parler de Jean Paul, sans parler de vélo : impossible ! Et nous avons arpenté les routes Ardéchoises et Drômoises, et nous avons attendu ses arrivées pour tous ensemble l’encourager…et nous faisions de nouvelles connaissances, hors du cadre familial, et nous découvrions de nouveaux paysages… et il nous a fait avoir de belles frayeurs… Je crois, que je n’oublierais jamais son retour d’un entraînement hivernal, où les sourcils givrés, bleu de froid, il est revenu hagard à la maison… Jean-Paul et ses défis : le vélo lui a permis d’en réaliser et  peut être que, pour tous ses frères et sœurs, il a transmis le goût d’une activité sportive pour un équilibre mental nécessaire : « une tête bien faite, dans un corps en forme », c’est comme ça, qu’on dit ?

Grâce à Jean Paul, je découvre et … j’aime ce qu’il me fait découvrir donc j’ai un grand frère qui me « montre le chemin ». Avec nos 9 ans d’écart, Jean Paul me permet de belles découvertes en musique, livres, spectacles, ski de fond… certaines soirées sont mémorables : Lavilliers en concert dans une petite salle… et plein d’autres souvenirs, souvent très drôles mais aussi très émouvants ! Je dois à Jean Paul, beaucoup de premières : premier meeting politique, premier concert, première pièce de théâtre, première expérience sur des skis, …  j’ai 16-17 ans et 2 nouveaux amis : Ghislaine et Eric.

 

Et  puis son boulot ? « Etre instituteur ou faire l’instituteur » ?, il nous en parle avec passion, il a plein de projets pour des activités avec ses élèves… Maman nous a souvent dit qu’elle aurait voulu « être maîtresse » : maîtresse, institutrice, professeur des écoles : 3 mots pour le même métier, le vocabulaire évolue et Jean Paul, passionné par son travail, est toujours à la recherche d’un nouveau projet. Pour travailler dans la confiance, il s’appuie sur une proximité affective qui permette à l’élève d’avoir envie de toujours faire mieux …ce qui marchera avec la plupart des élèves…sauf quelques unes… qui lui en voudront au point de transformer son « bonheur à travailler » en cauchemar ? Pour Jean Paul, faire réussir ses élèves, c’est réussir aussi lui-même et il n’imagine pas cette réussite dans le conflit, dans la souffrance, il en serait trop malheureux…et la douleur l’a submergé quand il a été injustement accusé !!

 

Ah, j’oubliais, j’ai aussi voulu être institutrice et le hasard des concours m’a permis d’être prof !!! Pas de hasard, quand même et je comprends parfaitement ce qu’a voulu faire Jean Paul dans son travail…et ce qu’il n’a pas pu faire !!!

 

Françoise

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article
2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 00:01

Pour moi, ça fait plus, beaucoup plus. On se connaît depuis presque 20 ans et j’ai l’impression que je t’ai toujours connu avec tes emmerdes.

 

J’ai aussi l’impression, naïve, qu’on va te libérer du jour au lendemain, comme ça, en te disant « désolé, on s’est plantés, ça ne peut pas être vous ! »

 

Je n’arrive pas à m’y faire, en fait. Je me souviens de plusieurs moments avec toi. D’abord, quand ton fils me parle de tes problèmes, c’était au siècle dernier, ensuite quand tu me demandes mon avis dessus quelques jours après, quand on s’enferme dans ton sous-sol pour rédiger un historique et un argumentaire…

 

Pour moi, ça suffit, c’est fini. Je n’imagine pas qu’il en soit autrement, en fait. Je sais bien que tu n’as rien fait, j’étais au lycée avec certaines plaignantes, je t’ai surpris en classe un nombre incalculable de fois quand, avec Vincent le vendredi après-midi, on avait besoin des clés de la 4L pour aller faire la fête. Pour moi, tu étais un instituteur normal, un peu chiant, un peu raide, ce que je n’aime pas trop chez les pédagos, mais normal.

 

Alors forcément, quand tu me demandes de t’aider, je t’aide, et je m’en vais. Pour moi, c’est réglé.

 

On s’est ensuite beaucoup plus vus, quasiment tous les jours, quand ça allait mal pour moi, j’habitais quasiment chez vous et rien ne transparaissait vraiment. Je pense que personne n’y croyait, moi pas plus que les autres.

 

Puis un jour en 2007, en été, tu m’as appelé. Ça y est le procès allait avoir lieu, ça n’allait pas traîner, mais tu aurais aimé que je vienne à Privas. Je m’en souviens bien parce que je n’ai pris des congés que jusqu’au jeudi, tellement on était sûrs que ça allait se régler vite fait, cette histoire.

 

Puis vendredi soir, on t’a emmené.

 

Puis un mois et demi de bataille après ce jour, on t’a sorti de là.

 

Puis l’an dernier, tu y es retourné.

 

Entre temps, il s’est passé plein de choses, je n’ai toujours pas compris comment ni pourquoi tu étais enfermé, pourquoi tu étais accusé. Ce n’est juste pas possible.

 

En septembre 2007, ma vie a changé, il manque quelqu’un et je ne comprends pas pourquoi.

 

C’est énervant ça, de ne pas comprendre les choses. Je sais que ce n’est pas possible, que tu n’as pas fait tout ça, j’ai vécu chez toi, je t’ai aidé autant que j’ai pu, je t’ai vu avant, après, pendant… Tu es innocent, c’est un fait, mais pourquoi tout le monde ne le voit pas ?

 

Parfois, souvent en fait, j’ai l’impression que les gens vont le voir, vont se rendre compte qu’ils ont été enfumés. J’ai foi en ça, certains croient en Dieu, moi c’est au fait qu’un jour, l’hallucination collective va se dissiper, que tout le monde va redevenir lucide, que quelqu’un va ouvrir ta cellule et dire « désolé M Degache, on s’est plantés… »

En général, après avoir pensé à ça, je me réveille et me dis que ce n’est pas possible, en fait, que tu y es pour de bon et que la justice est implacable.

 

Alors je réfléchis davantage, et je me dis que la justice n’est décidément pas infaillible et que si elle s’est trompée avec toi, les innocents doivent remplir les prisons.

 

Mon esprit s’embrouille Jean-Paul.

 

Alors je revois certains moments. Le 12 juillet 1998, sur ta mezzanine, devant la télé à chanter la Marseillaise. Les moments où j’imite les chiens sur la terrasse pour faire aboyer ceux de ton quartier. Les cafés que tu remplis à raz bord sans qu’ils ne débordent. Je te vois avec tes petits enfants, je te vois avec Ghislaine, je te vois avec tes frères et sœurs.

 

Je me dis qu’ils ne furent pas assez nombreux, ces moments, et qu’on en vivra de nouveaux, bientôt.

 

A très vite, Jean-Paul,


Je t’aime fort.

 

Arnaud

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article
1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 00:01

Voilà 365 jours que Jean-Paul est séparé de nous et qu'il est privé de liberté !  Liberté, c'est le titre du poème réalisé par Charlotte, une personne soutenant Jean-Paul sans jamais ne l'avoir rencontré. 

 

Liberté

 

Liberté, te souviens-tu de moi ?

Nous étions amis, je croyais en toi.

Liberté, où es-tu ? Je te sens loin.

Les barreaux sont larges mais mon esprit croît.

Aucune excuse n'est envisageable si tu ne veux plus d'une proie.

Liberté, de toi autant que de ma famille, j'ai besoin.

Je te retrouverai où que tu sois

Mais c'est plus simple si tu viens à moi.

Ce n'est pas toi mais mon âme que l'on retient.

En revenant, frôle-les une fois

Que leurs esprits comprennent l'innocent en moi.

Liberté, je t'en prie, reviens.

Pour Jean-Paul

 

Charlotte B.

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article
31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 00:01

Demain, mardi 1er février, Jean-Paul aura affectué 365 jours de prison. En cette triste occasion, nous avons décidé de consacrer la semaine à des témoignages provenant de sa famille, de ses amis, d'anciens élèves, d'anciens collègues de travail et de personnes ne l'ayant jamais vu.

Aujourd'hui, c'est son ami Jean-Pierre qui nous a fait part de son texte et nous l'en remercions. 

 

Mon cher Jean-Paul,

 

D'ordinaire, pour un anniversaire on est heureux !  Je peux t'affirmer que pour celui qui concerne les 365 jours passés loin des tiens, je suis triste. Je pense souvent à toi et à ta famille meurtrie à tout jamais par cette affaire, je suis toujours sous le choc, outré, abasourdi par le verdict qui en a découlé ! Comme pour beaucoup de monde c'est toujours l'incompréhension.

 

Certains soirs, j'ai du mal à m'endormir, ton affaire défile en boucle dans ma tête, passe, repasse comme un vieux disque rayé, j'essaie de comprendre, en vain... ce soir, je prends ma plume et viens avec ces quelques lignes passer un moment avec toi.

 

Je ne peux m'empêcher de me demander d’où "cette terrible rumeur dévastatrice" est partie ? Rumeur qui, telle une tornade, a tout entraîné sur son passage et a sinistré une famille entière.

 

Je m'interroge toujours sur le pourquoi tant de haine ?  Pourquoi tant de méchanceté ?  Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?  Mille fois pourquoi ?   

           

Jean-Paul, je suis tellement fier d'avoir un AMI comme toi, je veux te l'écrire pour te dire à toi et à tes proches qui souffrez tous les jours de cette injuste et insoutenable situation que plus les jours défilent et plus je suis content de n'avoir jamais douté un seul instant de ton INNOCENCE !

 

Chaque jour, je découvre sur le blog les témoignages de tes anciens élèves qui affirment qu'ils n'ont jamais rien vu et que tout cela n'est qu'affabulation.  Je peux t'avouer que, lorsque je lis tous ces courriers, je me dis que j'aurais voulu avoir un Maître d'école comme toi dans ma jeunesse... Période que j'ai eu tant de mal à traverser et où j'aurais eu tant besoin que l'on me recadre un peu, que l'on fasse attention à moi tout simplement. Toutes ces lettres éloquentes de nombreux parents d'élèves qui te soutiennent et qui s'élèvent contre ces mensonges, ces lettres de tes collègues, celles de tes nombreux amis font que peu à peu, la vérité se fait jour MON JEAN-PAUL !

 

Nous partageons beaucoup de valeurs Jean-Paul. Avec ma femme, nous les avons transmises à nos enfants et continuons à les distiller autour de nous car nous les pensons justes, humaines tout simplement. Ces valeurs, Jean-Paul, personne ne pourra t'en priver, c'est plus fort que tout. 

 

De plus, nous avons une passion commune : le sport, le dépassement de soi, que nous vivions intensément avec la pratique du vélo ! Jean-Paul je pense très fort à l'instant où nous pourrons enfin savourer le simple plaisir d'une balade et peut-être même "nous tirer la bourre" sur les routes de notre belle région, mais je sais très bien qu'il nous sera difficile d'oublier tout le mal que l'on t'a fait et tous ces précieux jours que l'on t'a injustement volés.

 

Jean-Paul  MON AMI, je t'embrasse bien affectueusement. Tiens-bon !

 

Jean-Pierre

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
commenter cet article