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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 00:01

Venezuela, Sénégal…la tentation du pouvoir solitaire (Éditorial du vendredi 10/02/2012)

 

 

Malgré l’avancée des civilisations et toutes les déclarations de bonnes intentions que l’on peut entendre, il est un travers de l’être humain qui revient sans cesse lorsqu’il a goûté au pouvoir : il veut le conserver. Parfois, tous les moyens sont bons comme l’Histoire se charge de nous le rappeler, hélas. Le plus souvent, on emploie des moyens ayant l’apparence de la démocratie mais bafouant les règles établies, en les modifiant, tout simplement.

 

Depuis longtemps, les acrobaties du Russe Poutine ne trompent plus personne. En ce moment, les drames se succèdent  en Syrie avec un Bachar El-Assad qui n’hésite pas à sacrifier une partie de son peuple mais deux autres pays font aussi parler d’eux : le Sénégal et le Venezuela.

 

C’est en 1988, que Hugo Chávez a été élu président de la République avec 56% des voix. L’année suivante, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum. Le pays devient la République bolivarienne du Venezuela. Ensuite, Chavez est réélu pour un mandat  de six ans mais il est renversé par un coup d’État le 11 avril 2002 avant d’être rétabli dans ses fonctions 48 heures plus tard…Un nouveau référendum le maintient au pouvoir jusqu’à ce qu’il soit réélu en 2006, avec 63% des voix. En 2007, il nationalise les grandes entreprises du pétrole, de l’électricité, des télécoms mais subit une défaite électorale alors qu’il voulait réformer la Constitution pour supprimer la limitation du nombre de mandats présidentiels. Finalement, en 2009, il parvient à ses fins, grâce à un nouveau référendum. L’année dernière, il a dû se rendre à Cuba, pour se faire opérer d’une tumeur cancéreuse, le 10 juin. Sa cote de popularité qui était en forte baisse après une poussée importante de l’opposition aux législatives de 2010, est alors remontée nettement alors qu’une nouvelle élection présidentielle est prévue pour le 7 octobre prochain. Certes, Hugo Chávez incarne toujours, dans ce pays, l’espoir des plus pauvres mais ne serait-il pas temps qu’il se trouve un successeur ?

 

De l’autre côté de l’océan Atlantique, c’est Abdoulaye Wade (86 ans), qui veut repartir pour un troisième mandat à la tête du Sénégal alors que la constitution n’en prévoit que deux. Les cinq « sages » du Conseil institutionnel lui permettent non seulement de se présenter une nouvelle fois mais ils ont refusé de valider la candidature du chanteur Youssou N’Dour. Résultat, les manifestations se succèdent à Dakar et ces mouvements de colère dégénèrent parfois en violences sous la pression des forces de l’ordre.

 

Ces dirigeants usés par le pouvoir et qui s’accrochent coûte que coûte, soutenus par une oligarchie très intéressée dans l’affaire, ont-ils d’abord à l’esprit l’intérêt supérieur de leur peuple ?

 

Jean-Paul

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 18:16

Fait rarissime et exceptionnel, en ce début d’année 2012, les avocats de la cour d’appel de Nîmes font part de leur grogne. En ces temps où de nombreuses catégories professionnelles souffrent de la crise, cette fronde n’a rien d’inhabituel… Sauf qu’elle ne se dirige pas contre une réforme gouvernementale ou une fermeture de tribunal mais contre la sévérité plus qu’excessive des magistrats de la Cour d’appel de Nîmes.

 

Rappelons que ce sont 3 de ces magistrats qui ont accompagné la réflexion des jurés de la cour d’assises d’appel lors du procès de Jean-Paul Degache il y a 2 ans. De même, lors de la première audience, 3 magistrats de la Cour d’appel de Nîmes siégeaient à Privas et accompagnaient les jurés.

Les avocats des barreaux de Nîmes, Alès, Avignon, Carpentras, Mende refusent désormais de plaider en appel les dossiers correctionnels. Car ils s’élèvent contre la “sévérité des sanctions prononcées : "extrême aggravation de la peine et multiplication des mandats de dépôt prononcées sur l’audience (...) et les incidents d’audience à caractère répétitif".

 

Sur 500 arrêts rendus en 2011, 40 seulement auraient été des arrêts de confirmation, moins de 20 des arrêts de relaxe, tous les autres étant des arrêts d'aggravation aboutissant au doublement des peines d'emprisonnement ou, pour certains, à la multiplication par dix des amendes prononcées.

 

Autrement dit, lorsque l’on fait appel à Nîmes, on a environ 4% de chance d’être relaxé et 7 % de chances de voir sa peine maintenue…

 

S’il n’est pas possible – et nous nous en réjouissons – de s’immiscer dans les décisions de justice, les avocats de la cour d’appel de Nîmes se sont aperçus que les statistiques étaient calamiteuses.

 

Dans un courrier adressé le 25 janvier 2012 au Garde des Sceaux, le Président du Conseil national des barreaux décrit une situation inquiétante. Il parle de « parti pris incompatible avec la mission de juger », il estime que « l’indépendance ne constitue pas en réalité une excuse à l’arbitraire ». Pire encore, il décrit des comportements signalés en audience : « avocats interrompus, yeux levés au ciel quand tel ou tel s’exprime, conseils donnés à une partie de changer d’avocat en présence de son défenseur… ».

 

Pour reprendre les mots du Président du CNB, si l’honneur du juge consiste notamment à marquer son indépendance à l’égard de toute forme de pouvoir, politique, financier, médiatique, ou autre, il a aussi le devoir d’être indépendant de ses propres préjugés ou de ses propres options personnelles, philosophiques et morales ».

 

Lorsque l’on connait le poids que peuvent avoir les juges professionnels sur les jurés lors d’un procès d’assises, il y a lieu de  s’interroger sur les circonstances qui ont amené le jury à confirmer la peine de 8 années de prison à l’encontre de Jean-Paul Degache.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 00:01

Oscar et la dame rose de Éric-Emmanuel Schmitt, Éditions Albin Michel, 100 pages.

 

oscar-et-la-dame-en-rose.jpgEn quelques pages, Éric-Emmanuel Schmitt nous fait partager le quotidien d’un enfant de dix ans, Oscar. Il écrit à Dieu mais dès la seconde page, il faut supporter la dure réalité : « On m’appelle Crâne d’œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes. »


Petit à petit, il plante le décor avec, en premier lieu, Mamie-Rose  qui se dit ancienne catcheuse, Peggy Blue, celle qu’il aime et le Docteur Düsseldorf. Il y a aussi Pop Corn, son rival, Sandrine, jeune leucémique, Bacon, un grand brûlé qui crie la nuit, Brigitte, trisomique, qui l’embrasse partout, etc… Malgré la dureté de ce qu’il décrit, Oscar nous livre des réflexions savoureuses sur la vie, comme celle-ci : « C’est chouette,  la vie de couple, surtout après la cinquantaine, quand on a traversé les épreuves. » Au fil des jours qui passent, Oscar vieillit en accéléré tout en marquant bien les étapes. Bien sûr, il se heurte à ses parents, se réfugie auprès de la dame rose, fait la leçon au Dr Düsseldorf, avant de conclure : « N’importe quel crétin peut jouir de la vie à 10 ou 20 ans mais à 100, quand on ne peut plus bouger, faut user de son intelligence ».


Muriel a bien fait de me recommander la lecture de ce livre. Je la remercie de m’avoir confié « Oscar et la dame rose » et je ne peux que conseiller à tous de profiter d’urgence de cette leçon de vie et d’amour.

 

Jean-Paul

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 00:01

La Hongrie inquiète (Éditorial du vendredi 3/02/2012)

Le nez dans le cambouis, chaque pays européen se débat avec tant de soucis et/ou d’échéances électorales proches, qu’il est parfois difficile de se rendre compte de ce qui se passe hors de ses frontières. Pourtant, dans notre Europe toujours en construction, la Hongrie suit une évolution de plus en plus inquiétante en adoptant des lois qui vont à l’encontre de ce qui est de mise dans les autres états de l’Union.


Pays de taille moyenne, la Hongrie occupe une position stratégique en étant tournée à la fois vers l’est et les Balkans puisqu’elle est entourée par l’Autriche, la Slovaquie, l’Ukraine, la Roumanie, la Serbie, la Croatie et la Slovénie. La Hongrie est membre de l’Union européenne (UE) depuis 2004 après un référendum ayant obtenu plus de 83% d’avis favorables mais elle ne fait pas partie de la zone euro, sa monnaie étant le forint.


Un homme Viktor Orbán, Premier ministre revenu au pouvoir après un premier bail à la fin des années 90, vient de faire voter une nouvelle constitution, fort de l’appui de son parti majoritaire, le Fidesz (Fédération des jeunes démocrates – Parti civique hongrois). Après avoir fait des études de droit à Budapest puis à Oxford, il est devenu membre du Parlement et chef de son parti en 1990. Constamment réélu, il a poussé ses troupes à un changement complet d’orientation, passant du libéralisme social au conservatisme chrétien. Avec une majorité des deux tiers à l’assemblée, il n’hésite pas à tenir tête à l’Europe. Le nouveau système électoral mis en place rend l’alternance presque impossible. Viktor Orban qui s’est battu pour la liberté en Hongrie veut étouffer les médias indépendants, cherchant à contrôler l’audiovisuel public. Comme les Hongrois s’informent en grande majorité grâce à la radio et à la télévision, le gouvernement laisse un peu plus de liberté à la presse écrite.


Viktor Orbán veut que l’État soit l’organisateur de l’économie avec « une nouvelle société fondée sur le travail » pour remplacer l’actuelle « société dépensière de l’État providence ». Persuadé que l’économie hongroise ne peut que croître et dépasser celles des pays occidentaux empêtrés dans la crise, Viktor Orbán isole toujours plus son pays alors qu’une opposition se motive pour défendre la liberté d’expression, la liberté de culte et la démocratie rognées par la nouvelle Constitution incompatible avec le respect des droits de l’Homme. Polonais, Roumains et Slovaques craignent déjà une contagion des idées nationalistes hongroises et l’on sait que lorsque cette région dérive, c’est toute l’Europe qui doit être vigilante…

Jean-Paul

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 00:01

Grâce à vos courriels, nous continuons de vous proposer des extraits de lettres écritespar Jean-Paul depuis sa cellule. Ainsi, nous pouvons avoir un aperçu de son état d'esprit et de ses préoccupations. Encore merci à vous tous qui faites vivre ce blog, en le lisant et en nous permettant de l'enrichir régulièrement.

 

Vilanova de Magalona, lo 2 de fevrier 2012,

 

Mes très chers amis,

 

Ce coup-ci, l'hiver est bien là ! J'espère que vous n'avez pas trop froid, à Silon. Je me souviens avoir appris à dire, chaque fois que le froid semblait s'en aller en janvier, qu'il fallait attendre que février soit passé pour être enfin tranquille. C'était ce que l'on appelle le bon sens populaire …

A cause de ces intempéries bien normales pour la saison, j'ai peur que Simon et Ghislaine aient des difficultés pour venir me voir samedi matin. Je ne voudrais pas qu'ils se mettent en danger pour moi. Ces si longs déplacements m'inquiètent chaque semaine mais, égoïstement, j'attends la visite de ceux qui me sont le plus cher parce que cela me fait beaucoup de bien et m'aide à tenir, à espérer la fin prochaine de ce cauchemar...même si cela doit durer encore de longs mois. Ici, mon travail au centre scolaire me permet de faire passer assez vite les journées, du lundi au vendredi.

Comme vous devez le savoir, j'attends, depuis la mi-octobre, un transfert pour un centre de détention. Je sais que cela peut se produire du jour au lendemain. Bien qu'étant prévenu, contrairement à ce qui s'était passé à Nîmes, j'appréhende ce moment où on me dira de préparer mes cartons. Ce sera, pour moi, un nouveau départ vers l'inconnu avec tous les problèmes d'adaptation que je devrai affronter une fois de plus. Il y aura le déplacement à gérer, les menottes, les entraves aux chevilles et, là-bas, cette sécurité à assurer, mon souci permanent dans les lieux où je me trouve.

Il y aura, en plus, une période d'attente avant de retrouver une occupation, un travail. Il paraît que ça s'appelle la période d'observation. Cela me donne l'occasion de vous rassurer à propos du livre de Gérard Jacquemin que Ghislaine m'a bien apporté mais que je garde en réserve, avec plusieurs autres, pour le lire au cours de cette période intermédiaire où j'aurai à nouveau beaucoup de temps. Merci de me l'avoir prêté.

[…]

Après ces travaux dont vous me parlez, je vais avoir du mal à reconnaître Silon et je comprends que vous ayez eu du mal à supporter toutes ces nuisances.

Si je comprends bien, de nouvelles maisons ont poussé un peu partout

[…]

Je n'oublie pas de vous remercier pour votre carte du Palais Idéal, au mois d'août. Ici, je suis dans une région que je ne connais pas, près d'une grande ville que je n'ai jamais visitée et qui possède une vie intellectuelle, artistique et sportive très dynamique mais la Drôme et l'Ardèche me manquent. Jamais, de toute ma vie, je suis resté aussi longtemps sans rentrer chez moi et maintenant, j'ai passé deux années entières en prison ! Pourquoi ?

Ce n'est pas tous les jours facile à vivre et à supporter. C'est pourquoi votre soutien m'est si précieux et que je vous en remercie du fond du coeur. Portez vous bien et ne prenez pas froid !

Je vous embrasse bien fort.

Jean-Paul

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 14:11

Retour sur cet évènement s'étant déroulé il y a 10 ans. Jean-Paul nous livre son témoignage de la garde à vue qu'il a subie.

 

1ère Partie

 

Les gendarmes parlent d’aller manger et l’on m’indique que je vais être conduit en cellule sans faire allusion à une nourriture éventuelle pour moi. Je dois quitter ma montre et poser mes lunettes dans une petite boîte en carton marquée GAV. Je proteste un peu car, sans lunettes, je ne vois plus rien... Mais, c’est le règlement! Après un passage aux toilettes, toujours surveillé, je dois abandonner mes chaussures dans le couloir avant d’entrer en chaussettes dans une cellule équipée d’un w.c. à la turque dans un coin. Je me réfugie sur la plaque en béton qui sert de lit. Elle est recouverte d’un matelas assez mince et il y a quelques couvertures. Aussitôt, j’éclate en sanglots en réalisant ce qui m’arrive et en pensant à Ghislaine, à la maison, avec sa maman... Je me ressaisis un moment plus tard puis, je m’enroule dans une couverture car cette cellule est une vraie glacière. Bien entendu, on a refermé les verrous mais j’entends tous les bruits de la gendarmerie. Je grelotte. À 13 h 30 (j’ai demandé l’heure), la porte s’ouvre et un gendarme dont je devine à peine les contours, me demande si je veux manger parce que ma femme a amené de la nourriture pour moi. Je réponds « Oui, bien sûr! » et il me conduit dans un bureau où un sachet est posé sur une table. Après de longues heures de souffrance, c’est le premier réconfort que je reçois. Savoir que Ghislaine est venue ici m’apporter à manger me fait un bien énorme. C’est peut-être elle que j’ai entendu sonner tout à l’heure... J’apprendrai plus tard qu’elle est venue à chaque fois accompagnée par son frère, Éric... 

 

Je commence à m’engourdir quand la porte s’ouvre et que l’on me ramène dans le bureau de la BR pour un deuxième interrogatoire de plus en plus précis, de plus en plus serré. Mon avocat, Maître Vesson n’a pas encore donné de ses nouvelles et l’on me demande si j’en veux un commis d’office. Je réponds « Non, je veux Maitre Vesson. » Questions, accusations, pressions morales, intimidations se succèdent. Les accusations de viols arrivent et je n’en crois pas mes oreilles : j’aurais introduit le doigt à plusieurs reprises dans le sexe des filles qui m’accusent, dans la classe, à mon bureau, devant tous les élèves! Jamais la fille n'aurait sursauté! Elle se serait laissé faire et n’en aurait jamais parlé à personne, même à sa meilleure copine! C’est ahurissant! En fait, ce qui me surprend le plus, c'est que de pareilles accusations dénuées de tout fondement aient pu être prises au sérieux par des enquêteurs... Les gendarmes semblent au contraire persuadés de ma culpabilité: comment quelqu'un a-t-il pu leur faire croire des choses pareilles? Plusieurs fois, je répète : « Vous m’avez déjà jugé! » D'après eux, ces personnes ne pourraient que dire la vérité. Leurs propos auraient été confirmés par des psychiatres et des psychologues... Toutes ces calomnies et fausses accusations  assénées me font prendre conscience du fait que je suis tombé dans un piège et que même les forces de l'ordre se sont laissées avoir...  je répète encore : « Je n’ai jamais commis de telles atrocités ! » 

 

Enfin, je rencontre une autre personne que des gendarmes : mon avocat ! Hélas, il n’est guère bavard car il n’a pas eu accès au dossier. Il me conseille de dire la vérité mais rien que la vérité, ce que je fais depuis le début car il est quasiment impossible de revenir sur ce qui est dit au cours de la garde à vue. Une demi-heure, c’est vite passé et je dois revenir avec les gendarmes qui me demandent aussitôt ce que m’a dit mon avocat. Comme je réponds qu’il m’a dit de dire la vérité, un gendarme  explose d'une façon qui me parait complètement surréaliste : « Et bien, dites-la ! » Je recommence alors à répéter que je n’ai pas commis les atrocités dont on m’accuse. Un véritable dialogue de sourds… C’est à ce moment-là que démarre l’interrogatoire le plus « hard ». Ils sont cinq dans le petit bureau. Ils ne me laissent pas respirer. Les questions fusent, les perfidies aussi mais je ne dis rien d'autre que la vérité. Un gendarme se met même à hurler, à 50 cm de moi pour me faire dire ce qu'il veut que je dise, c'est à ce moment là que je comprends qu'on peut avouer n'importe quoi en garde à vue, cela m'inspirera une vraie réflexion sur la "culture de l'aveu" qui a conduit tant d'innocents en prison, qui n'ont fait que dire ce que les enquêteurs voulaient entendre et qu'ils n'avaient jamais fait… Je dois me maîtriser, toujours garder mon calme même si je suis outré de la manière avec laquelle je suis traité. Un autre essaie de me faire peur en me disant que mes enfants et mon épouse seront aussi interrogés. J’en ai le cœur serré. On me menace aussi de confrontations avec les soi-disant victimes… Je réponds au contraire que je ne souhaite que ça! Que cela pourra prouver mon innocence! Enfin, ils se calment et la  séance se termine. Ghislaine a refait le trajet de Tournon pour m’apporter un deuxième repas. On lui a même  permis de glisser un petit mot dans le sachet : « Je t’aime. Courage ! On est avec toi ! » Je reprends des forces et ça me fait un bien énorme avant que l’on me reconduise en cellule non sans me promettre de revenir me chercher un peu plus tard… 


Je ne me souviens plus quand ça s’est passé mais un spécialiste de la gendarmerie est venu faire un prélèvement buccal pour ficher mon ADN comme cela se fait paraît-il maintenant pour toutes les accusations d’ordre sexuel. Je me laisse faire en pensant que rien ne me sera épargné. Le lendemain, j’aurai droit aux empreintes digitales complètes puis aux photos de face et de profil…  


Je m’assoupis un peu dans ma cellule toujours aussi froide. Suite à la remarque notée par Maitre Vesson, on m’a accordé royalement une couverture supplémentaire ! Je le saurai le lendemain en lisant les feuilles me concernant, on revient me chercher à 23h pour une nouvelle séance, en pleine nuit ! Ils ne sont plus que deux. Cet interrogatoire est plutôt intimiste par rapport aux précédents mais je suis bien conscient que ce changement d'atmosphère n'a pour but que de me pousser à avouer des choses que je n'ai pas commises... je réaffirme donc logiquement mon innocence. On me ramène en cellule vers 1 h du matin… 

            

Vers je ne sais quelle heure, un grand bruit me fait sursauter. La porte s’ouvre avec fracas. Je devine deux gendarmes d’assez grande taille. Ils me demandent si je dors puis referment après m’avoir souhaité bonne nuit !

 

3ème Partie

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 00:01

Nous vous proposons aujourd'hui de revenir sur un évènement qui s'est déroulé il y a 10 ans jour pour jour et qui a marqué à jamais la vie d'un homme innocent, Jean-Paul Degache, aujourd'hui enfermé injustement. Jean-Paul nous raconte :

 

Jeudi 7 février 2002, Sarras (Ardèche), Ghislaine vient de partir. Je la suis après avoir fermé le garage. Mon cartable et mes affaires de classe sont dans le  coffre de la Clio. Tout  va bien. Il ne reste que deux journées de classe à assurer puis ce seront enfin les vacances de février, bienvenues après cinq semaines chargées : classe de neige et pas un seul mercredi matin pour récupérer... 

           

Soudain, ma vie bascule vers l’inimaginable, l’insoutenable. Ils sont là à m’attendre au bout du jardin de ma belle-mère : trois voitures plus quelques gendarmes... mais je n’ai pas compté. L’un d’eux est au milieu de la route et me fait signe de me ranger à gauche. Je lui souris car je le connais. Il est de la brigade d’Andance. Je pense qu’ils veulent vérifier mes papiers même si ça m’étonne beaucoup. Je ne me suis pas assez bien garé et il me demande de me ranger mieux que cela... Je comprends de moins en moins. Maintenant, il faut que je descende de la voiture, que j’arrête le moteur, que je ferme à clé et j’entends : « Vous êtes arrêté pour agressions sexuelles et viols sur mineurs. Montez. »  Tout cela se passe comme dans un rêve ou plutôt un cauchemar. Je sais que j’ai répondu : « Allons bon, ça recommence... » Je jette un coup d’œil sur la maison d’Éric, mon beau-frère, mais tous les volets sont fermés. 

           

Il est 8h 05 et une voiture de gendarmerie m’emmène à Tournon. Deux autres véhicules nous accompagnent : l’un devant et l’autre derrière! Ce que je ne sais pas, c’est que Ghislaine, ne me voyant pas dans son rétroviseur, s’est garée à Silon pour m’attendre. Elle est un peu inquiète car les gendarmes l’ont arrêtée mais quand elle a baissé sa vitre, on lui a fait signe de circuler. Elle fait finalement demi-tour et croise les trois véhicules. Ça la rassure plutôt car ils ne vont pas vers Andance. Quand elle arrive à la route de la Cance, stupeur ! La Clio est garée, là ! " Ils ont emmené mon Jean Paul !" s’écrie-t-elle. Croyant me retrouver à l’école, elle s’y rend mais ne trouve que deux collègues de l’école élémentaire, qui essaient de la rassurer. Ce n’est qu’après une série de coups de téléphone qu’elle apprend que je suis en garde à vue à Tournon. 

Pendant que mon épouse est complètement affolée par ce qui se passe, je prends connaissance de mes droits : un papier remis, un autre à signer. La gendarme qui conduit et celui qui est à côté de moi essaient d’engager la conversation en m’indiquant que c’est très grave et que je ne vais pas m’en tirer... J’évite de leur répondre parce que je pense que je vais avoir à faire à d’autres personnes à Tournon. Je me trompe car je suis avec les deux principaux officiers de police judiciaire (OPJ) qui conduiront la majorité des interrogatoires. 

           

À Tournon, je suis amené dans les locaux de la compagnie jusqu’au bureau de la brigade de recherches et là, ça commence. D’emblée, on me fait bien comprendre que ce dont je suis accusé est très grave et que je ne vais pas "m’en tirer" comme en 1997, que je ne rentrerai pas chez moi le soir et que ça se poursuivra le lendemain.  Je ne comprends pas vraiment ce qu'ils veulent dire: je n'ai rien fait et je ne me suis "tiré" de rien en 1997: l'affaire a été logiquement classée parce que les enquêteurs avaient estimé à raison que j'étais innocent et qu'il n'y avait pas lieu de me poursuivre car le dossier était vide! Ils sont trois puis quatre à intervenir. Pour l’instant, ce ne sont que des généralités sur ce que me reprochent d’anciennes élèves. Je réexplique alors que j’étais très affectueux avec les élèves comme cela avait été dit en 97. J’affirme que depuis, j’ai radicalement changé d’attitude puisque tout est interprété de façon négative faisant passer une attitude paternelle que la plupart des enseignants de ma génération adoptaient et que l'on nous préconisait lors de notre formation pour perverse. Après une petite pause, les questions recommencent et deviennent plus précises. On me cite des noms et on me reproche des gestes violant l’intimité des filles, accusations que je ne cesserai de démentir, elles n'ont en effet pas l'ombre d'un fondement, je nie en bloc, je suis innocent, je ne suis pas le pervers qu'ils décrivent. Je me demande comment j’ai pu susciter autant de haine, de jalousie, de méchanceté pour que d’anciennes élèves aujourd’hui adultes puissent inventer des actes aussi graves de la part d’un maître qui a toujours donné beaucoup de son temps et de son énergie pour favoriser leur réussite. J’essaie de répondre à toutes les questions même si, parfois, elles sont vicieuses, m’emmenant sur un sujet pour mieux tenter de me piéger ensuite, mais en fait, ils peuvent toujours essayer de me piéger, je ne dis que la vérité, je ne vais pas inventer des faits pour leur faire plaisir ! Un peu avant midi, on s’arrête et je dois relire avant de signer."

 

A suivre...

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 00:01

G 229  de Jean-Philippe Blondel aux Éditions Buchet-Chastel, janvier 2011, 240 pages.

 

9782283024782.jpgTout de suite, il faut donner la clé d’un titre aussi énigmatique. Non, il ne s’agit pas du nom de code d’un agent secret, ni d’une appellation bien mystérieuse d’une quelconque base secrète mais, tout simplement, de la salle de classe dans laquelle l’auteur, professeur d’anglais, enseigne.

G 229 permet de vivre cette vie de jeune prof avec ses doutes, ses satisfactions, au contact des élèves et des autres profs. Dans ce lycée Édouard Herriot de province où il ne devait être que de passage, Jean-Philippe Blondel décrit son quotidien avec humour et précision. Se mêle aussi sa vie familiale avec tous les soucis inévitables d’un jeune père de famille. Il y a aussi les voyages pédagogiques en Angleterre avec « trente ados survoltés et/ou râleurs, pendant une semaine ». Jamais on ne s’ennuie avec G 229, un roman écrit de façon très directe et donc très agréable à lire. Non sans émotion, l’auteur conte les premiers amours entre ses élèves. Il fait partager aussi son angoisse lorsque s’annonce une inspection, parle des textes étudiés en classe et de l’omniprésence de la chanson, un formidable outil pour apprendre l’anglais. Enfin, il y a les messages d’anciens élèves, traits d’union avec un passé déjà lointain, signes évidents du temps qui passe et du renouvellement  des générations.

Jean-Paul

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 00:01

AAA…Atchoum ! (Éditorial du vendredi 27/01/2012)
 

Sans-titre-copie-3.jpgCes fameuses agences de notation dont la moitié d’entre nous ignorait encore l’existence il y a quelques mois, font constamment parler d’elles en ce moment. Presque tous les pays du monde tremblent devant Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch et compagnie. Pas seulement les pays, d’ailleurs, puisque la mode veut, maintenant, que tout soit noté : les entreprises, les banques… et quand les notes baissent, tout le monde éternue.
À une époque où la notation des élèves est de plus en plus remise en cause, voilà que cette manie devient à la mode et concentre toute l’attention des médias. Cela pourrait être un exercice plaisant si la conséquence directe d’une baisse ne se révélait pas rapidement inquiétante, voire dramatique pour les pays concernés et ceux qui y vivent. Pour pouvoir fonctionner, chaque état doit emprunter et l’on dit même que des pays comme la France empruntent pour rembourser les intérêts d’autres emprunts précédemment souscrits. Cela pourrait prêter à sourire si les répercussions d’une pareille gouvernance ne touchaient, au final, la vie de chacun.


Plus la note d’un état est élevée, et moins les intérêts de ses emprunts sont forts. Le vieil adage « on ne prête qu’aux riches » n’a jamais été aussi vrai. Ainsi, l’Allemagne qui bénéficie toujours du fameux triple A, pouvait emprunter à 1,8 %. La France, avec une note identique, était déjà à un taux de 3,1 %. Après la rétrogradation qui fait tant de bruit, cela ne devrait pas s’arranger. Que dire alors de pays comme la Grèce (CC) ou encore le Portugal (BB), Chypre (BB+), l’Irlande et l’Italie (BBB+) ? Au lieu de remonter la pente, les pays les plus en difficulté de la zone euro risquent de s’enfoncer toujours plus si nous ne changeons pas de logique.

La toute puissance des marchés financiers reflète la réalité de notre économie et il est certain que les mesures d’austérité de plus en plus drastiques prises par les différents gouvernements vont peser sur les gens. On ne peut pas avoir détruit des quantités d’emplois, fermé des milliers d’usines et fabriquer de moins en moins de choses sans que cela ait des conséquences très concrètes. La note risque d’être salée.


Pourquoi ne pas choisir une autre logique économique ? Chaque citoyen veut bien faire des efforts à condition que tout le monde soit logé à la même enseigne. Il serait temps que ceux qui nous dirigent et ceux qui aspirent à le faire prennent conscience de cela.

Les chiffres de la semaine

300 000 femmes auraient reçu des prothèses PIP en France.

En Égypte, la baisse des recettes touristiques est de 30 % pour 2011.

8 joueurs, sur les 17 que compte l’équipe de France de handball actuellement en Serbie pour le championnat d’Europe, évoluent à l’étranger.

Jean-Pierre Élissalde est resté 40 jours à la tête de l’Aviron Bayonnais , avant-dernier du Top14.

9 pays de l’Union européenne (UE) dont la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie et l’Autriche, refusent la culture du maïs transgénique MON810 de Monsanto.

The Artist, le film muet de Michel Hazanivicius a récolté 3 Golden Globes, le 15 janvier 2012, à Los Angeles.

 

Jean-Paul

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 16:07

Jean-Paul reste dans l'attente d'être transféré dans un centre de détention, transfert dont il ne connaîtra la date qu'au tout dernier moment. Ainsi, il continue de lire de nombreux romans dont nous vous proposons les chroniques. Celles-ci nous sont envoyées par courrier puis tapées et publiées sur le blog. Aujourd'hui, voici :

 

Au-delà des pyramides   par  Douglas Kennedy,

Éditions Belfond, mai 2010, 310 pages.


En avant-propos, l’auteur détaille la genèse de ce livre publié en 1988 et dont l’édition française n’existe que depuis 2010. Douglas Kennedy, entre ces deux dates, est devenu un auteur à succès.
Il nous livre ici le récit d’un voyage de trois mois, en Égypte. Il avait découvert ce pays en 1981, lors d’un premier voyage mais il décide d’y retourner, quatre ans plus tard afin de pouvoir vérifier ses premières impressions. Son souci principal est d’étudier la vie du pays en profondeur, en évitant les hauts lieux touristiques. Aussi, après le Printemps arabe de 2011 et tous les soubresauts que connaît aujourd’hui l’Égypte, la lecture de ce livre est très intéressante et fort instructive.
 
Douglas Kennedy commence son récit au départ de Dublin et nous gratifie d’anecdotes et d’observations très pertinentes tout au long de son voyage passant par Londres, Boulogne, Innsbrück et Venise, grâce à l’Orient-Express. Ensuite, il prend le bateau pour débarquer à Alexandrie, une ville qu’il nous fait découvrir en détails. Il constate qu’il doit abandonner ses préjugés, nous faisant partager la vie des expatriés en Égypte. Il constate aussi que les jeunes Égyptiens ne lisent pas.

Quittant Alexandrie, il se lance en bus, jusqu’à Mersa Matrouh, sur les traces de Cléopâtre, de César mais aussi de Nasser et de Rommel. Pour se rendre à l’oasis de Siwa, tout près de la frontière lybienne, il doit apprendre la patience afin d’obtenir les autorisations nécessaires : « En Égypte, la patience est une religion… » Revenu au Caire, il nous fait découvrir la cité des morts, cette nécropole habitée par 40 000 êtres vivants, à l’époque, 250 000 vingt-cinq ans plus tard.

Tout au long de ce livre, Douglas Kennedy nous montre que, là-bas, la situation est explosive, que la bureaucratie, héritage du nassérisme, est tentaculaire et sclérosée et que la démographie est galopante. Il nous emmène passer quelques jours dans le monastère Saint-Macaire, Deir Abou Magar, puis rentre au Caire. Il rend bien compte de la situation impossible des Juifs dont 11 000 d’entre eux ont quitté le pays à cause du conflit Israëlo-Palestinien. À ce moment-là, les Coptes commencent à être inquiets pour leur avenir car ils sont en situation de guerre froide…

Notre homme prend alors le train pour la Haute-Égypte, s’arrête à Al-Minya, va à Assiouf, un fief intégriste musulman et constate qu’à l’université, les filles sont mises à l’écart. À Louxor, il fustige l’attitude des touristes puis se lance dans une épique remontée du Nil en felouque : « le Nil est un univers coupé du monde, et donc rassurant. » Finalement, c’est en bus qu’il parvient à Assouan qu’il décrit comme une ville aseptisée. Avant que son voyage n’arrive à son terme, il rappelle les étapes qui ont abouti à la construction du second barrage inauguré en janvier 1971, tout juste trois mois après la mort de Nasser. Pour lui, ce barrage est en équilibre précaire entre deux mondes.

Un grand merci à Elisabeth qui m’a permis de lire ce récit de Douglas Kennedy, un Voyage au-delà des pyramides qui permet bien d’éclairer ce qui se passe aujourd’hui, là-bas, de chaque côté du Nil.

Jean-Paul
 

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