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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 17:46

Il y a 100 ans, Jean Jaurès…  (Éditorial du 16/05/2014)

 

Il y a 100 ans, Jean Jaurès luttait pied à pied pour que les problèmes de son époque ne se résolvent pas dans la guerre. Hélas, il a été assassiné le 31 juillet 1914 et nous pouvons toujours aujourd’hui nous poser la question, comme le fait Charles Silvestre, journaliste et écrivain : « Qu’aurait-il fait s’il n’avait pas été tué ? »

 

Grand journaliste et député de Carmaux (Tarn), Jean Jaurès était né à Castres, dans le même département, le 3 septembre 1859. Il avait prédit que cette guerre serait un épouvantable carnage. Après 10 millions de morts, rien n’était réglé. Le pire, c’est que, dès 1918, les germes d’un second conflit mondial étaient déjà bien présents.

 

« Si la patrie ne périssait pas dans la défaite, la liberté pourrait périr dans la victoire. » Ainsi s’exprimait Jean Jaurès avant que Raoul Villain ne lui ôte la vie. Comble de l’histoire, son assassin a été acquitté cinq ans après et c’est la veuve de Jean Jaurès qui fut condamnée à verser des indemnités ! Finalement, en 1924, sa dépouille a été transférée au Panthéon.

 

Fondateur du journal L’Humanité, il y a 110 ans, après avoir écrit 1 312 articles pour La Dépêche, cet homme dont quantité de rues, d’avenues, de places, d’écoles, de collèges, de lycées, de stations de métro ou de tram portent le nom, cet homme a vu le temps lui donner raison. Il avait été clairvoyant sur la violence coloniale, courageux dans l’affaire Dreyfus, remarquablement sage pour séparer les Églises et l’État et avait anticipé beaucoup de réformes sociales réalisées ensuite.

 

Homme cultivé, sensible, bon et véritable éclaireur, Jean Jaurès a su ouvrir les yeux devant la réalité sociale de son temps, évoluant en conséquence. Agrégé de philosophie, il semblait parti pour être un intellectuel bourgeois mais en allant sur le terrain, il a changé, adhérant au socialisme après la grève des mineurs de Carmaux en 1892. Il n’a alors pas cessé de soutenir les ouvriers en lutte, comme les verriers d’Albi, s’intéressant aussi au monde agricole puisqu’il a rendu visite aux Vignerons Libres du Languedoc qui ont créé la première Cave coopérative, à Maraussan, près de Béziers. Il était aussi partisan de l’abolition de la peine de mort.

 

Son inquiétude était immense devant la montée des nationalismes et les rivalités opposant les grandes puissances. Cet homme ne voulait pas la guerre et la suite, hélas, lui a donné raison. Jean Jaurès a laissé des traces pour nous guider et il serait bon de s’en inspirer au moment où le monde va si mal.

Jean-Paul

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 21:44

Kongo (Le ténébreux voyage de Józef Teodor Konrad Korzeniowski)

de Tom Tirabosco et Christian Perrissin, Futuropolis, 2013,167 p.

 

Couv 183434

 

Quand la bande dessinée se met au service de l’Histoire, c’est un plaisir décuplé pour le lecteur qui a soif de savoir et d’explorer toujours davantage des sujets méconnus ou à peine effleurés.

 

Kongo, par la magie du dessin très fouillé de Tom Tirabosco et des textes de Christian Perrissin, nous emmène en Afrique, sur ce fleuve Congo, que le jeune Jósef Teodor Konrad Korzeniowski rêve de découvrir. Celui qui deviendra un fameux écrivain sous le nom de Joseph Conrad, est né en Ukraine en 1857 dans une famille d’origine polonaise. Il prendra la nationalité britannique en 1886.

 

C’est quatre ans plus tard qu’il part pour l’Afrique, en tant que capitaine de la marine marchande, pour prendre le commandement d’un vapeur de la compagnie d’Albert Thys. Il parle couramment le français et c’est un atout de plus.

 

Korzeniowski, comme on l’appelle souvent pendant son périple, est vite choqué par l’attitude de ses congénères européens qui traitent les Africains comme des bêtes taillables et corvéables à merci. Le commerce de l’ivoire bat son plein. Au fil des pages, nous découvrons toutes les perversions apportées par les Européens, la vie des autochtones ne valant presque rien.

 

La maladie oblige Joseph Conrad à rentrer à Bruxelles puis à Londres pour se faire soigner. Non seulement, il n’arrive pas à retrouver du travail mais la maladie le ronge et l’oblige à se consacrer essentiellement à son œuvre littéraire. Il écrit alors de nombreux romans, jusqu’à sa mort, en 1924. Parmi ceux-ci, c’est Au cœur des ténèbres qui a inspiré les auteurs de Kongo.

 

De plus, ils ont eu l’excellente idée de compléter la bande dessinée avec un récit très documenté qui permet bien de comprendre tous les enjeux commerciaux et politiques de cette époque.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis de lire Kongo.

Jean-Paul

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 09:44

S’inspirer du colibri  (Éditorial du 25/04/2014)

 

Pour une fois, commençons cet édito par une légende amérindienne contée par Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture écologique en France mais aussi auteur, philosophe et conférencier :

 

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

 

D’une simplicité incroyable, cette petite histoire est une véritable leçon de vie et d’espoir dont chacun devrait s’inspirer tous les jours car notre planète est un paradis que nous sommes en train de transformer en enfer de souffrances et de destructions.

 

Il est peut-être encore temps de sortir de cette logique, de cesser de glorifier le mythe de la croissance indéfinie. Pierre Rabhi, lors de La Grande Librairie du 11 avril, sur France 5, une émission extraordinairement lumineuse, a rappelé toutes ces évidences que nous refusons de voir, mettant en avant une nouvelle éthique de vie afin d’aller « vers une sobriété heureuse. » Son échange avec Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature 2008, a atteint des sommets d’humanité rares.

 

Depuis 1981, Pierre Rabhi transmet son savoir-faire en Afrique pour permettre aux plus démunis d’acquérir l’autonomie alimentaire tout en sauvegardant leur patrimoine nourricier. De notre côté, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater, malgré de timides efforts, un gaspillage permanent. C’est pourquoi il faut appeler à l’insurrection des consciences pour fédérer ce que l’humanité a de meilleur.

 

Ainsi, chacun d’entre nous a son rôle à jouer, comme le colibri qui fait sa part sans jamais se décourager. Chaque jour, il est possible d’accomplir un ou plusieurs gestes en faveur de notre planète et de ses ressources qui ne sont pas inépuisables. Quelques exemples d’actions, pas toujours réalisables partout mais possibles un jour ou l’autre, méritent d’être cités comme trier ses déchets, les recycler ou les composter, éteindre la lumière dans une pièce inoccupée ainsi que les appareils électriques en veille, fermer le robinet d’eau au lieu de laisser couler, prendre une douche au lieu d’un bain, acheter bio et local le plus possible, consommer des fruits et légumes de saison, récolter l’eau de pluie et utiliser l’eau de rinçage des légumes pour arroser plus tard ses plantes, etc…

 

Enfin, nous conclurons en citant encore Pierre Rabhi : « Dans le futur, la plus grande performance consistera à répondre à nos besoins par les moyens les plus simples et les plus sains. »

Jean-Paul

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 18:00

La Centrale, Élisabeth Filhol, P.O.L., 2010, 140 p.

 

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Ce livre qui a inspiré la réalisatrice Rebecca Zlotowski pour Grand Central avec Tahar Rahim, Léa Seydoux et Olivier Gourmet dans les principaux rôles, nous plonge dans l’univers finalement trop peu connu des travailleurs du nucléaire.

 

Contrairement au film qui situe l’action, en extérieurs, autour de la centrale ardéchoise de Cruas et sur les rives du Rhône, Élisabeth Filhol nous emmène d’abord à Chinon, au bord de la Loire, puis au Blayais, en Gironde..

 

Dès les premières lignes, nous apprenons que « trois salariés sont morts au cours des six derniers mois », et que, sur les 2 000 personnes employées sur place, la moitié seulement est sous statut EDF. Ainsi, l’auteure s’attache aux pas d’un intérimaire, Yann, qui s’exprime à la première personne mettant le lecteur au cœur de la vie de ces ouvriers salariés des sociétés prestataires de services pour les CNPE (Centres nucléaires de production d’électricité).

 

Pour « cette chair à neutrons. Viande à rem », le souci principal est de ne pas dépasser la dose maximum d’irradiation sur douze mois, soit 20 millisieverts, car cela signifie arrêt brutal du contrat, mise au vert. L’irradié, appelé DATR (Directement affecté aux travaux sous rayonnement) est d’ailleurs aussitôt remplacé.

 

Élisabeth Filhol n’oublie pas les problèmes de logement pour ces hommes qui se déplacent d’un arrêt de tranche à un autre afin d’assurer la maintenance et la recharge en combustible. Le camping, en caravane, est le plus souvent choisi, en colocation, car il est trop difficile de trouver une chambre libre à proximité.

 

Au fil des pages, nous rencontrons aussi ceux qui agissent pour alerter l’opinion sur les dangers du nucléaire et dont Yann ne se sent pas solidaire. Son souci principal, c’est le dosimètre qui risque, à tout moment, de s’affoler et de compromettre des mois de travail.

 

« Une énergie colossale, contenue, tout est là, dans un confinement qui ne demande qu’à être rompu pour donner toute sa mesure. » Ce livre nous rappelle tout ce que contient de menace, ce qui est maintenant devenu assez familier dans nos paysages.

 

La Centrale est un livre court, incisif, percutant, émouvant, à lire absolument tellement il ouvre des portes sur un monde si proche de nous et pourtant méconnu.

Jean-Paul

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 23:00

De l’éthique sur l’étiquette  (Éditorial du 18/04/2014)

 

Le temps qui passe bien trop vite n’efface pas toujours les plaies. Le 24 avril dernier, il y a tout juste un an, l’immeuble du Rana Plaza, dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh, s’effondrait, tuant 1 138 personnes, en blessant plus de 2 000. Elles étaient toutes en train de travailler pour des grandes marques européennes et américaines, dans des ateliers de confection. C’est ce qui est appelé le low-cost, ces vêtements bon marché que nous achetons tous sans penser à l’exploitation humaine causée par ce type de commerce.

 

Dans le numéro 807 d’Hector, le 21 juin 2013, nous avions titré Le textile qui tue, quelques semaines après cette catastrophe mais, depuis, hélas, il n’y a pas eu d’évolution. La course folle et criminelle vers toujours plus de profit se poursuit.

 

Les grandes marques n’ont pas voulu prendre conscience de leur responsabilité dans cet esclavage moderne. L’absence de normes ainsi que des conditions de travail abusives brisent des vies et mutilent des corps. Aujourd’hui, les victimes du Rana Plaza ayant survécu ne peuvent plus travailler et attendent toujours d’être indemnisées. Pour la France, Auchan et Carrefour sont nommément visés mais seule une mobilisation citoyenne pourrait faire réagir ces donneurs d’ordre qui ne peuvent continuer à se désintéresser de la manière dont est fabriqué ce qui est vendu dans leurs magasins.

 

Pour que l’éthique s’impose enfin sur l’étiquette, il faut des lois obligeant les multinationales à respecter les droits de l’homme et à ne plus porter atteinte à l’environnement. Cette éthique vise à respecter tous les êtres humains. Elle doit nous pousser à adopter une manière de vivre et d’agir favorisant le bien-être de tous.

 

Plusieurs députés français ont déposé un texte de loi à l’Assemblée nationale mais aucune date n’a encore été fixée pour qu’il soit débattu. En Angleterre, en Italie, aux États-Unis, on agit aussi mais c’est bien insuffisant pour que des résultats tangibles soient enregistrés.

 

Si nos pays dits développés n’agissent pas fermement, cette course folle et criminelle vers toujours plus de profit va se poursuivre indéfiniment causant de terribles souffrances aux plus démunis. Le coût du travail devenant trop élevé en Chine, le Bangladesh a pris le relais mais on ouvre maintenant des ateliers au Vietnam, en Birmanie, en Éthiopie…

Jean-Paul

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 09:16

Pays perdu  par Pierre Jourde,

L’Esprit des Péninsules (2003), Pocket (2005) 166 p.

 

9782266143783.jpgUne fois n’est pas coutume mais là, il n’est pas possible de dissocier ces deux livres de Pierre Jourde : Pays perdu et La première pierre dont nous parlerons un peu plus loin.

 

Enseignant et écrivain, Pierre Jourde a beaucoup bourlingué dans de nombreux pays mais c’est en Auvergne, dans le Cantal, que sont ses racines : « C’est un pays perdu, dit-on ; pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire. Rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant on puisse s’en emplir. »

 

Dans ces quelques lignes, il y a la quintessence d’un livre qui a été si mal compris. Revenant au pays pour l’enterrement de Lucie, la petite fille de François et Marie-Claude, Pierre Jourde revoit tout ce qui fait la vie, là-haut. Il lie cela à la mort de son père et, de son style qui peut être percutant et très poétique en même temps, il parle des gens, des machines agricoles qui estropient, des bêtes, des accidents. Il est impossible de détacher une description plus qu’une autre car Pays perdu est un ensemble qu’il faut lire d’une seule traite.

 

Au fil des pages, il n’oublie rien : « Le sort prématuré des maisons qui s’enfoncent en elles-mêmes et ne laissent que le moins possible d’ouvertures au froid polaire de l’hiver. La suie et la sueur, le purin et la poussière comme une tunique protectrice. »

 

Mais, ce qui n’était pas prévu, ce livre a une suite.

 


La première pierre  par Pierre Jourde,

nrf – Gallimard. (2013), 189 p.

 

Un an après la parution de Pays perdu, alors qu’aucun de ses précédents livres n’était jamais parvenu là-haut, la polémique bien orchestrée est lancée : « Surtout, tu ne cognes pas… Si on t’agresse, tu ne réponds pas. » Pierre Jourde, son épouse et ses trois enfants, revenus pour passer quelques vacances dans leur maison, sont littéralement agressés, violentés.

 

Pourtant, après avoir reçu insultes et menaces, il avait pris la peine d’écrire à chaque habitant de Lussaud pour expliquer sa démarche d’écrivain mais ce fut en pure perte. Ici, l’auteur parle à la deuxième personne du singulier, ce qui donne un caractère encore plus émouvant au texte : « Si tu as écrit ce livre, c’est par amour du pays, tu y viens deux à trois fois par an depuis ta naissance. »

 

On lui reproche d’avoir révélé des histoires intimes alors qu’il avait changé tous les noms sans révéler le nom du Pays perdu : «… il y en a qui ne les savaient pas dans la famille. » À peine arrivé, tout dégénère : « Les pierres commencent à voler. Tout le monde s’y met. » Ses deux aînés, métis, sont traités de « sales Arabes » et son plus jeune fils, âgé d’un an est blessé à la tête. Le sang coule.

 

Tout cela aboutit deux ans après au tribunal d’Aurillac et les auteurs des violences sont condamnés mais rien n’est terminé. Pierre Jourde va plus loin dans ce livre pour tenter de comprendre et d’expliquer pourquoi des gens avec lesquels il partageait tant de choses en sont arrivés là.

Jean-Paul

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 17:27

Citoyenneté à revoir  (Éditorial du 11/04/2014)

 

Cela a été dit et répété : les récentes élections municipales ont enregistré un total record d’abstentions. Alors que le droit de vote est une conquête, il est trop souvent délaissé par de nombreux citoyens préférant rester chez eux au lieu d’aller exercer un droit essentiel dont beaucoup d’être humains sont encore privés.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, il faut reconnaître que ces élections locales ont un caractère bien particulier. Chacun peut y trouver matière à commentaire confortant son propre camp ou mettant à mal le camp adverse.  Lorsque les résultats sont franchement défavorables à la majorité dirigeant le pays, sanctionnent-ils le pouvoir en place au bénéfice de l’opposition ou bien ont-ils simplement une signification très locale ?

 

La réponse doit être tempérée et il faut éviter tout commentaire excessif car les deux  éléments se mêlent et se confondent. À cela, il faut ajouter un phénomène prenant une ampleur inhabituelle : la liste unique a été très souvent de mise dans de très nombreuses communes, parfois de taille conséquente, limitant ainsi le choix… puisqu’il n’y en avait pas.

 

Comment exprimer un avis lorsqu’aucun candidat ne représente ce que l’on pense ? Jusqu’à ce scrutin de 2014, il était encore possible, dans les communes de moins de 3 500 habitants, de rayer les candidats ne convenant pas et même d’ajouter des noms pour les remplacer. Depuis la loi de 2013, le seuil a été abaissé à 1 000 habitants. Ainsi, dans toutes les communes comptant plus de mille habitants, le scrutin se fait sur liste entière, toute rature entraînant la nullité du vote. Les votes nuls ou blancs n’étant pas décomptés comme suffrages exprimés, l’abstention a été aussi un choix ne signifiant pas un désintérêt pour la vie publique mais simplement une désapprobation citoyenne.

 

Pour la prochaine échéance électorale, les élections européennes du dimanche 25 mai, ce sera complètement différent. En France, pas moins de quinze listes vont se présenter à nos suffrages afin de constituer le Parlement européen. Avec un tel éventail, il n’y aura aucune excuse pour les abstentionnistes d’autant plus que les lois votées par ces députés élus pour cinq ans touchent au plus près notre vie quotidienne. Aussi, il est fortement conseillé d’effectuer sans attendre les formalités pour voter par procuration.

 

Notre pays enverra 74 députés à Strasbourg. Ils feront partie d’un hémicycle réunissant 751 élus représentant 28 pays, chacun ayant un nombre de députés proportionnel à sa population. Si nous donnions tort à ceux qui annoncent déjà un désintérêt croissant pour ce type de consultation ?

 

Jean-Paul
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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 15:54

La légende de nos pères  par Sorj Chalandon,

Le Livre de Poche (2012), Grasset, 2009, 253 p.

 

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Entre Mon traitre et Retour à Killybegs, Sorj  Chalandon a livré un quatrième roman qui aborde le problème des souvenirs entretenus, enjolivés, transformés au gré de l’auditoire pour peu que celui-ci soit attentif et assoiffé de récit.

 

Biographe familial,  le narrateur se charge d’écrire les vies que ses « clients » lui confient, un système bien huilé qui va cependant se gripper lorsque Lupuline vient lui demander de rédiger les souvenirs de son père, cheminot  et résistant à 20 ans.

 

Dès le début du livre, nous sommes à l’enterrement de Pierre Frémeaux, père du narrateur, né le 14 novembre 1907, déporté avec le convoi du 27 avril 1944. « Son retour de camp, c’était cela. Des résistants en trop, des déportés en plus, une humanité dont on n’a su  que faire. » Le père n’était guère bavard et l’évidence est là : « On fait son deuil, mais on ne revient pas d’un rendez-vous manqué. » L’auteur livre là une page admirable, très émouvante.

 

Commencent alors les rencontres avec celui qui se fait appeler Tescelin Beuzaboc, 84 ans. Rien n’est simple. L’atmosphère est tendue et nous sommes en pleine canicule, à Lille, en 2003. L’homme a du mal à parler de ce qu’il a fait, se contentant de raconter la guerre. Lupuline propose alors ses notes d’adolescente car son père excellait à raconter ses actions d’éclat contre l’occupant allemand.

 

Peu à peu, le biographe est pris au piège entre ce que l’homme raconte, ce qui s’est passé réellement et ce qu’a vécu son propre père. C’est l’occasion de rappeler des drames comme ces résistants fusillés à Lille, Arras, au fort de Bondues, à Saint-Quentin…

 

Que faut-il laisser à la postérité ? « Vous avez hérité de votre père sa vérité et moi, je ne veux pas léguer mes mensonges », affirme Beuzaboc. Une fin très digne pour cette Légende de nos pères, un livre très courageux.


Jean-Paul

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 23:00

Que faire ?  (Éditorial du 4/04/2014)

 

Même si cette façon de raconter la Première Guerre mondiale a essuyé quelques critiques, il ne fallait pas manquer la diffusion d’Apocalypse, en cinq épisodes, sur France 2, les mardis 18, 25 mars et 1er avril.

 

Ce documentaire passionnant et très instructif montrait bien toute l’insouciance qui prévalait en 1913, dans les derniers mois précédant le conflit. Personne ne pouvait prévoir pareil embrasement alors que, comme la plupart du temps, les dirigeants d’un pays qui décident de se lancer dans une guerre, affirment que cela va être vite réglé.

 

Enfin, est apparu clairement le caractère mondial de ce conflit qui a embrasé de nombreuses régions du monde, impliquant des soldats venus des antipodes ainsi que de plusieurs pays d’Afrique. Trop souvent, nous nous limitons au conflit franco-allemand alors que des nationalismes exacerbés ont causé la mort de beaucoup trop d’hommes sur de nombreux champs de batailles.

 

Même si un parallèle avec ce qui s’est passé il y a un siècle pourrait sembler hasardeux, ce qui se passe actuellement en Ukraine ne manque pas d’inquiéter. La volonté de Vladimir Poutine d’élargir l’influence de la Russie à l’est de l’Europe est réelle. Son efficacité prouve toute l’impuissance de l’Union européenne (UE), comme de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), cette organisation politico-militaire destinée à défendre les pays européens contre toute menace extérieure.

 

Ne pas oublier le passé est important afin de ne pas hypothéquer l’avenir. Ainsi, il faut se rappeler qu’en 1990, les pays occidentaux, USA en tête, avaient promis que l’Otan n’irait pas au-delà, après la réunification de l’Allemagne. Depuis, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie, en 1999, puis la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie en 2004, ont adhéré à l’Otan.

 

Le pouvoir russe réagit ainsi brutalement à ce qui ressemble, vu de Moscou, à une tentative d’étouffement. En 1954, Khroutchev, principal dirigeant de l’Union soviétique, avait offert la Crimée à l’Ukraine qui n’acquit sa véritable indépendance qu’en 1991. Après une caricature de référendum organisé à toute vitesse, Poutine a repris ce territoire et fait maintenant planer une menace sérieuse sur tout ou partie du reste de l’Ukraine.

 

Les premières sanctions prises par les pays occidentaux à l’égard de la Russie semblent bien dérisoires mais tout le problème est de savoir où s’arrêtera l’escalade, un engrenage qui a déjà produit, nous l’évoquions plus haut, de terribles catastrophes.

Jean-Paul

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 14:56

L’inauguration des ruines  par Jean-Noël Blanc,

Éditions Joëlle Losfeld, 2013, 416 pages.

 

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Ce livre commence bizarrement avec cette vieille Joroastre du Briet et cette Kathy Katrina qui découvrent un poupon vivant enveloppé de toiles d’araignées. C’est pourtant ainsi que débute la vie de Loÿs, une vie que Jean-Noël Blanc nous conte avec une verve incroyable et une imagination dense mais toujours proche du réel.

 

Régulièrement, nous retrouvons Loÿs en vieillard égrillard sous perfusion qui n’en finit plus de mourir, au bord de la Méditerranée, contemplant des jeunes gens nus qu’il paie pour s’ébattre devant sa fenêtre, sans oublier d’apprécier les formes de l’infirmière…

 

Il est temps pour l’auteur de nous plonger dans cette vie extraordinaire, la vie de celui qui devint un riche industriel mais qui, chez les Jésuites, où il était interne, était traité de « paysan, péquenot, rustre, maraud, pedzouille, pouilleux, bouseux… » tout en sachant se faire respecter à coups de poings.

 

Ce phénomène, véritable force de la nature, achète, vend, revend et possède vite la moitié de Neaulieu, sa ville où il dirige aussi l’usine de tissage, activité qu’il développe et diversifie rapidement. Le récit est entrecoupé de poèmes, de théâtre, de citations.

 

Un jour, les ouvriers des manufactures Le Briet se révoltent et l’armée tire faisant 13 morts et 21 blessés…Cela n’empêche pas le héros de faire construire son Palais du Travail et du Capital dont nous suivrons les aventures jusqu’au bout du livre. N’ayant pas d’enfant, Loÿs forme son neveu, Fandorle pour lui succéder et sait parfaitement s’attirer les bonnes grâces des financiers parisiens, bruxellois et suisses.

 

La guerre de 14 est une aubaine pour le groupe Le Briet qui fournit les vêtements pour l’armée. Fandorle et Viviane, son épouse qui a posé pour Rodin, se font construire une nouvelle villa qui ne plaît pas à leurs enfants, Hubert Honey et Blanche Noire : « La maison tout entière est pour eux comme une lame de silence. Une cicatrice taciturne et impérieuse. Une stupeur immobile. Ils n’ont aucun lieu pour jouer. »

 

Ainsi se poursuit cette véritable saga. Quelle débauche de vocabulaire ! Quelle imagination délirante et fertile ! Déodat succède à Fandorle à la tête du groupe au grand dam des administrateurs : « … quel emmerdeur, quel petit cafard, un fils à papa prétentieux, beau gosse sans doute mais quel cabotin, un pignouf qui joue de son bagou tout neuf et tout amidonné encore, quand donc allait-il fermer son clapet ? »

 

Avec L’inauguration des ruines, Jean-Noël Blanc a réussi une histoire complètement folle mais tellement actuelle, un livre qui régale le lecteur.

 

Un immense merci à Maëlle pour m’avoir offert ce livre à nul autre pareil et agrémenté d’une belle dédicace de l’auteur.

Jean-Paul

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