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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 00:00

Intérimaire mais plein d’espoir (Éditorial du 6/12/2013)

 

Sous l’impulsion de Hassan Rohani, Président élu en juin 2013, l’Iran sort peu à peu d’un isolement qui commençait à lui coûter très cher. La question du nucléaire, au centre de tous les problèmes, vient de se débloquer grâce à l’accord intérimaire signé récemment à Genève.

 

Les négociations ont été menées avec l’Iran par les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies (USA, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne), plus l’Allemagne. Il s’agit d’un accord pour six mois permettant d’obtenir des garanties sur le caractère pacifique du programme nucléaire iranien. L’enrichissement de l’uranium pouvant déboucher sur l’arme nucléaire, l’Iran a promis de ne pas dépasser 5 % au lieu de 20 % auparavant, ce qui faisait craindre un usage militaire aux pays occidentaux et à Israël.

 

En contrepartie d’une levée partielle des sanctions, la République islamique iranienne promet que cet uranium servira uniquement à son réacteur de recherche et à des fins médicales. Dans ce pays d’Asie de l’ouest qui compte 78 millions d’habitants, le soulagement est grand car les premiers touchés sont les Iraniens eux-mêmes : perte de pouvoir d’achat, classe moyenne étranglée, fossé de plus en plus grand entre les riches et les pauvres, chômage pour plus de 30 % de la population…

 

Pour l’État iranien, la note de cet embargo s’élevait à 89 millions d’euros depuis 2010. Les exportations de pétrole avaient chuté de 45 %. La croissance était négative (- 1,5 %) et l’inflation s’envolait à + 41,6 %. Ce n’est pas étonnant que la nouvelle de la levée limitée, ciblée et réversible des sanctions économiques envers leur pays ait déclenché des scènes de joie à Téhéran.

 

En effet, ce pays était exclu du système financier et bancaire international, ce qui rendait importation et exportation très difficiles. Aussi, la contrebande se développait et les prix grimpaient malgré des tentatives de troc avec la Chine.

 

S’il faudra du temps à l’Iran pour se relever du catastrophique mandat d’Ahmadinejad, élu en 2005 et réélu en 2009 malgré de fortes contestations, l’accord qui a été signé à Genève, va relancer l’industrie automobile iranienne, le commerce de l’or et des métaux précieux ainsi que les exportations pétrolières.

 

Ainsi, ce mois de novembre 2013 aura apporté un signe fort permettant d’espérer une paix de plus en plus solide dans cette partie du monde très sensible. Le contrôle et le suivi de l’efficacité de cet accord qui seront assurés dans les prochains mois, confirmeront ou non l’optimisme raisonnable auquel nous voulons bien souscrire.

 

Jean-Paul

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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 15:24

S’ils savaient par Laurent Brochard et Matthieu Lambert, Éditions Idoines, 2013, 226 p.

 

La rencontre avec Laurent Brochard, le dernier champion du monde français, lors de la Fête du livre de Saint-Étienne, le 19 octobre dernier, a été une belle surprise. Avec beaucoup de simplicité, il présente S’ils savaient…, une autobiographie écrite avec le jeune journaliste, Matthieu Lambert.

 

Tout au long de ce livre, il est possible de cerner la personnalité de ce sportif aux capacités physiques très au-dessus de la moyenne. « Je ne conçois pas la vie sans le sport », écrit-il et il le prouve puisqu’il est revenu à sa première passion : la course à pied. Après avoir couru le Marathon de Paris en 2009, il se consacre maintenant à l’ultra-trail mais ne néglige pas le vélo. Après avoir découvert les cyclosportives, il avoue : « Ma plus grande considération va donc définitivement aux cyclos qui me réservent un très bon accueil, me portant cette reconnaissance que je n’ai plus dans le monde pro. »

 

Une mauvaise chute, à 39 ans, en 2007, au Tour de Pologne, l’a contraint à arrêter sa carrière. Aîné de trois garçons, il se définit comme un enfant timide qui s’exprime d’abord par le sport. Il abandonne l’école à 15 ans pour apprendre la menuiserie puis se met au vélo, dans la roue de son père, à 17 ans.

 

Sa progression est très rapide car les résultats suivent ce qui ne l’empêche pas de décrocher des CAP de menuiserie, d’ébénisterie et de sculpture sur bois. L’équipe de France amateur le fait remarquer et Cyrille Guimard lui promet un contrat. Hélas, un contrôle positif bizarre à la nandrolone vient gâcher cette perspective mais il réussit à faire établir son innocence, lui qui ne conçoit même pas l’existence du dopage.

 

Enfin, le voilà parmi les meilleurs et il ne tarde pas à récolter les victoires. Il dispute son premier Tour de France en 1993 : « Je suis ébloui : tout est gigantesque, démultiplié. Lors des premières étapes, je reste subjugué par l’affluence incroyable. » Il quitte Guimard pour Bruno Roussel et l’équipe Festina où il côtoie un certain Virenque : « Richard cristallise toute l’aura autour de sa personne. Volubile, exubérant, fantasque, le chouchou du public entend montrer qu’il est présent, veut exercer son monopole sur tout ce qui l’entoure. »

 

En 1997, il décroche ses plus grands exploits : une étape du Tour de France et le titre de Champion du monde, à San Sebastian. C’est l’année suivante que tout s’effondre. Laurent Brochard ne cache rien : «…la peur de devoir répondre aux légitimes interrogations de mon épouse, totalement ignorante de mes pratiques dopantes. » Comme il y avait un fossé entre ceux qui se dopaient et les autres, « se doper est faire acte de professionnalismecomme tout le monde : EPO, hormones de croissance, cortico, testostérone. » Il ajoute : « Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait. J’aurais pu hypothéquer ma santé, jouer avec ma vie. »

 

D’un scandale à l’autre, le sport cycliste n’est pas détruit. Il est rehaussé, assaini. Les trois saisons passées chez Jean Delatour lui redonnent un peu de bonheur : « Le cyclisme redevient un jeu. » Hélas, des changements d’équipe répétés ne lui permettront pas d’avoir la fin de carrière qu’il méritait.

 

Sincère jusqu’au bout, Laurent Brochard nous fait partager sa vie familiale, ses opinions parfois mal comprises et ses projets. S’ils savaient…est un témoignage à lire pour sortir des idées toutes faites et tenter de comprendre ce qui a été le quotidien de ce champion.

Jean-Paul

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 00:00

Un typhon pour avertissement  (Éditorial du 29/11/2013)

 

Au-delà d’une querelle un peu morbide sur le nombre de victimes, la catastrophe causée par le typhon Huyan, aux Philippines doit nous pousser à réfléchir davantage sur nos modes de vie et, conséquence indispensable, agir pour préserver la vie sur Terre.

 

Cette zone de l’ouest de l’océan Pacifique est celle qui concentre le plus ce type de cyclone tropical, appelé ouragan dans l’Atlantique et typhon en Asie de l’est. La source d’énergie principale de ces événements météorologiques est la chaleur dégagée par l’océan. Le typhon qui a frappé l’est des Philippines était le plus puissant jamais enregistré avec des vents de plus de 300 km/h et des vagues hautes de 5 m. Sur l’île de Leyte, Tacloban, une des villes les plus meurtries, est incapable de compter ses morts. Tous les habitants du cœur de la ville ont disparu.

 

Territoire morcelé, l’archipel Philippin compte 7 107 îles dont 2 000 seulement sont habitées. D’ailleurs, 2 400 autres n’ont même pas de nom. La capitale, Manille, se trouve sur la plus grande des îles, Luçon, qui ne semble pas avoir subi trop de dégâts. On y parle environ quatre-vingts langues différentes mais le tabalog est l’officielle alors que l’anglais est la première à être enseignée dans ce pays qui fut colonie espagnole puis sous domination étatsunienne.

 

Depuis le 8 novembre, les survivants n’ont plus de voitures, plus de carburant et cherchent de la nourriture. On campe, on s’abrite comme on peut et il faut supporter l’odeur terrible que dégagent les si nombreux cadavres. L’arrivée du typhon ayant été annoncée deux ou trois jours avant, les plus riches avaient pu évacuer les lieux mais ceux qui restent cherchent de l’eau potable et sont victimes d’épidémies de diarrhées.

 

Si loin de tout ça, il est difficile d’imaginer ce que furent ces jours, cette semaine d’attente pour voir arriver les premiers secours. Depuis, grâce à la solidarité internationale, des tonnes de nourriture, de l’eau, des tentes sont distribuées mais la tâche est immense car 13 millions de personnes ont été touchées. On compte 1,9 millions de déplacés, 2,5 millions de personnes ayant besoin d’urgence de nourriture plus les communautés isolées, sur de petites îles.

 

Au-delà du constat terrible et qui ne cesse d’évoluer, il va falloir enfin prendre vraiment au sérieux cet avertissement abominable que nous donne la nature. Le changement climatique est en marche. Nous ne pouvons que nous associer à ce qu’a déclaré Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations unies : «Il faut agir avant qu'il soit trop tard. La menace d'une augmentation de seulement 2° de la température du globe nous affectera tous. La menace est bien réelle et nous avons tous la responsabilité de l'empêcher. »


Jean-Paul

 

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 17:29

L’homme qui aimait les chiens par Leonardo Padura, Éditions Métailié, 2013, 741 p.

traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zayas

 

l-homme-qui-aimait-les-chiens-M103571.jpgFresque foisonnant de détails historiques adroitement mêlés à la fiction, L’homme qui aimait les chiens emmène le lecteur à Cuba, d’abord, puis en Espagne, en Union soviétique (l’ex-URSS), en Turquie, en France, en Norvège et enfin au Mexique, suivant le parcours extraordinaire de Lev Davidovitch Bronstein, plus connu sous le nom de Léon Trotski.

 

L’auteur, Leonardo Padura, est un écrivain cubain confirmé qui s’est rendu célèbre grâce à ses romans policiers. Avec talent, il mène de front le récit que fait Iván, un écrivain à la peine, installé à La Havane en 2004, et la vie mouvementée de Trotski. Sans concession pour la situation de son pays, il rappelle : « …des années irréelles, vécues dans un pays obscur et lent, toujours chaud, qui s’effondrait plus chaque jour. »

 

Brusquement, on délaisse Cuba pour se retrouver à Alma-Ata, ville du Kazakhstan (Almaty aujourd’hui), le 20 janvier 1920, avec Trotski, Natalia Sedova, son épouse, leur fils, Liova, et leur chienne, Maya, de la race barzoï. Mis à l’écart, déportés par Staline, les voilà maintenant, par moins 40 degrés, près de Samarkand, en Ouzbékistan aujourd’hui.

 

Enfin, voici Ramón Mercader, en pleine guerre civile d’Espagne, avec sa mère, Caridad, qui lui demande de tout donner pour la cause. L’auteur décrit bien l’ambiance et les luttes internes entre les diverses composantes du camp républicain. Le récit foisonne d’anecdotes. Il est haletant aussi alors que chacun sait comment cela va se terminer…

 

Grand amateur des livres de Raymond Chandler, Iván, sur la plage de Santa María del Mar, lit la nouvelle intitulée « L’homme qui aimait les chiens », publiée en 1936. Sur cette même plage, il se lie avec un homme étrange qui vient faire courir là ses deux lévriers russes, des barzoïs encore. Cet homme dit s’appeler Jaime López.

 

Au fil des pages, le lecteur s’attache aux pas de Trotski, travailleur acharné qui, dans sa sévère disgrâce, réalise ses propres erreurs et comprend toute l’horreur d’une dictature stalinienne qui élimine sans cesse tous ses compagnons de route. En 1932, Trotski et sa famille perdent leur citoyenneté soviétique. Il est même déclaré : « Ennemi du peuple » alors qu’en URSS, des millions de paysans meurent de faim, des centaines de milliers d’hommes et de femmes se retrouvent dans des camps de travaux forcés, des colonies de déportation et vivent pieds nus…

 

Après une île turque, Trotski peut vivre en France, à Saint-Palais (Charente), à Barbizan et même Chamonix et Domène (Isère). Pourchassé et inquiété aussi bien par les communistes staliniens que par les « cagoulards » fascistes, il se réfugie en Norvège où il reconnaît que « le stalinisme s’avérait être la forme réactionnaire et dictatoriale du modèle socialiste. »

 

En parallèle, nous suivons le parcours de Ramón Mercader, conditionné pour commettre l’irréparable alors que disparaissent peu à peu tous les proches de Trotski. À Mexico, nous rencontrons Diego Rivera et Frida Kahlo qui hébergent le proscrit. Tout le stratagème de son futur meurtrier est méthodiquement décrit avec juste ce qu’il faut de fiction pour mener le lecteur au bout de ce qui reste inéluctable : l’assassinat.

 

L’homme qui aimait les chiens est une fresque passionnante qui donne envie d’en savoir plus sur toute cette époque et nous conte enfin ce qui fut la suite de ce drame mexicain.

 

Merci à Simon qui a eu la bonne idée de nous offrir ce livre.

Jean-Paul

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 11:00

La grogne gagne (Éditorial du 22/11/2013)

 

Au cours de ce mois de novembre, la grogne semble gagner du terrain et touche de plus en plus de catégories sociales et professionnelles.

 

La prochaine application de l’écotaxe poids lourds a été le déclencheur de nombreuses manifestations, particulièrement en Bretagne. Cela mérite que nous nous attardions un peu sur ce que représente ce prélèvement supplémentaire décidé en 2011.

 

Tout d’abord, il faut bien préciser que l’écotaxe existe depuis plusieurs années et s’applique déjà dans plusieurs domaines car elle résulte du principe du pollueur-payeur. En avance sur le problème de l’eau, la France avait pris du retard sur la fiscalité écologique dans d’autres domaines bien que le bonus-malus appliqué aux véhicules soit une réalité depuis plusieurs années.

 

Le besoin d’explication est grand pour faciliter la compréhension. Hélas, cette nouvelle mesure vient s’ajouter à d’autres hausses ou réformes mal comprises et l’amalgame est vite fait car les revenus stagnent et régressent même.

 

L’écotaxe poids lourds vise à modifier les comportements et à trouver les financements pour le développement de transports moins polluants. Elle ne serait payée que par les transporteurs faisant rouler des camions de plus de 3,5 tonnes, soit environ 600 000 véhicules. En moyenne, cette taxe serait de 13 centimes d’euro par kilomètre mais il faut savoir que des abattements seraient appliqués : 50 % pour la Bretagne et 30 % pour Aquitaine et Midi-Pyrénées, régions excentrées. 10 000 km de nationales et 5 000 km de routes départementales ou communales seraient concernées dans 65 départements.

 

L’ensemble de cette écotaxe poids lourds devrait rapporter 1,15 milliard d’euros par an. L’État garderait 750 millions à consacrer aux voies ferrées et fluviales plus l’entretien des nationales. 150 millions iraient aux collectivités territoriales qui peinent à entretenir leur voirie et 250 millions resteraient à la société Ecomouv, choisie pour créer le système et le faire fonctionner.

 

Il faut aussi savoir que les transporteurs sont déjà taxés dans plusieurs pays comme la Suisse, l’Allemagne, la République Tchèque, la Slovaquie, avec des systèmes différents mais le même boîtier GPS sur les camions. En France, cette taxe concernant tous les poids lourds, français comme étrangers, aurait dû s’appliquer à partir du 1er janvier 2014 mais, pour l’instant, cette date est reportée.

 

Enfin, dans ce contexte de grogne presque générale, les gens qui ont hué le Président de la République en profitant de la cérémonie du 11 Novembre, sur la tombe du soldat inconnu, ont particulièrement choqué bon nombre de Français. Si chacun peut s’exprimer dans notre République, il est indispensable que tous respectent ces temps forts rappelant tant de souffrances et tant de morts.

Jean-Paul
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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 18:54

La dame du Palatin par Patrick de Carolis, Plon, 2011, 442 pages

 

la_dame_du_palatin.jpgAvec ce troisième roman paru en 2011, le célèbre journaliste qui dirigea France télévisions de 2005 à 2010, fait encore honneur à sa région d’origine. Né à Arles, Patrick de Carolis réalise, dans La dame du Palatin, une formidable fresque qui emmènera son héroïne, Paulina, jusqu’à Rome.

 

D’ailleurs, le titre est un peu trompeur puisque près de la moitié du livre se passe non pas dans la capitale de l’empire romain mais au bord du Rhône, dans la bonne ville d’Arles (Arelate). Avec minutie et beaucoup de détails, l’auteur  nous permet de vivre au quotidien la vie d’une famille aisée, émaillant son récit de beaucoup de mots latins employés dans la vie courante. Les descriptions sont soignées et visiblement très documentées. Ce type de roman se révèle fort intéressant puisqu’il permet d’apprendre quantité de choses tout en se laissant prendre par le déroulement d’une vie, ses peurs, ses joies, ses intrigues et surtout ses superstitions dont le poids semble énorme.

 

Pompeius Paulinus, le père de Paulina, est un riche armateur, qui décide de fiancer sa fille, âgée de 14 ans, à un questeur du Sénat, afin de favoriser ses propres espoirs de promotion. Le mariage arrive et elle devient une jeune matrone avant de donner naissance à un garçon. Le livre devient alors un vrai manuel de puériculture avec tant de traditions à respecter où l’on voit se mêler le passé de ces peuples occupant la Gaule et la modernité romaine. Pauline va voir un Vieux sage, une sorte de druide, grâce à sa tante, Bubate, et une phrase pleine de sagesse a retenu notre attention : « La vie ressemble à une roue qui roule, un jour dans l’herbe tendre, un autre dans le sable, un autre dans le marais. L’essentiel est qu’elle ne se brise ou ne s’enlise pas. »

 

Après divers événements, Pauline découvre enfin la réalité romaine, les intrigues, une ville « étrange, grouillante, pétrie d’orgueil. » Le retour de Sénèque qui était exilé en Corse, va changer la vie de l’héroïne : « Rome est un théâtre où l’on peut jouer toutes les pièces et se livrer aux pires folies, » déclare Sénèque qui parle d’expérience.  Nous sommes en 54 après J.C, soit en l’an 807 pour les Romains,  et l’empereur Claude décède à l’âge de 64 ans. L’auteur nous fait vivre alors toutes les vicissitudes de ces gens assoiffés de pouvoir avec Agrippine aux commandes puisqu’elle réussit à mettre Néron, son fils, sur le trône. Il n’a que 17 ans.

 

Sénèque, qui avait été le précepteur du nouvel empereur, voit celui-ci dégénérer de plus en plus. Il organise des fêtes, flattant son talent supposé d’artiste, chante, joue de la lyre, écrit des poèmes mais n’hésite pas à supprimer tous ceux qui pourraient le gêner : « Nul n’ignore la cruauté de Néron. Que reste-t-il à celui qui a assassiné son frère et sa mère, sinon à se faire le bourreau du maître qui l’a instruit ? », s’exclame Sénèque qui ajoute : « Rien de plus inégal que la destinée. Le terme de chaque vie est fixé d’avance et rien ne peut le modifier. »

 

Jean-Paul

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 18:46

Un centenaire se prépare (Éditorial du 15/11/2013)

 

Même le prestigieux prix Goncourt est dans le ton. En couronnant « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre, ce prix littéraire attire l’attention sur l’après 1914 – 1918 et permet de comprendre un peu mieux ce qu’a été ce terrible affrontement et surtout ses conséquences pour le quotidien des Français.

 

2014 sera donc l’année du centenaire du déclenchement de ce que l’on appelle communément la Première guerre mondiale et qui devait être « la der des ders »… Pendant ces quatre années, 60 millions de soldats ont été concernés et l’on a dénombré environ 9 millions de morts, plus 20 millions de blessés. Une course aux armements avait précédé le conflit et, dans les principaux pays d’Europe, un impérialisme conforté par de nombreuses colonies, surtout en Afrique et en Asie, renforçait des nationalismes de plus en plus exacerbés.

 

D’énormes changements géopolitiques ont découlé de cette guerre. La Société des Nations (SDN), précurseur de l’Organisation des nations unies (ONU), a été créée afin de maintenir une paix bien fragile. Hélas, nous savons ce qui s’est passé ensuite et que les conflits armés sont toujours d’actualité.

 

Afin de préparer au mieux cet anniversaire, une grande collecte de souvenirs familiaux est organisée du 9 au 16 novembre. Tous les documents (lettres entre soldats ou avec des proches, carnets de croquis, souvenirs écrits, photos ou objets) seront numérisés puis rendus à leurs propriétaires car ils racontent une histoire qui ne doit pas s’évanouir et disparaître.

 

Intéressante à plus d’un titre, cette collecte, il faut le souligner, est européenne. En effet, menée par Europeana 1914 – 1918, elle a déjà été réalisée en Allemagne, en 2013. C’est au tour de la France, cette année, et elle est organisée par les Archives nationales, la Bibliothèque nationale et la Mission du centenaire. Espérons que la date limite ne soit pas trop stricte car ce n’est pas toujours facile de se plonger dans les archives familiales et de rechercher des documents précis. Pour faciliter cette grande collecte, il faut noter aussi que l’Éducation nationale a été mobilisée et que tous les établissements, de l’école primaire au lycée, devraient servir de relais avec les Archives de chaque  département.

 

Enfin, il faut signaler que le 101e Tour de France marquera aussi ce centenaire, le 10 juillet 2014, puisque l’étape Arras – Reims passera par le département de l’Aisne, empruntant le tristement fameux Chemin des Dames où de sanglantes batailles ont opposé les armées allemande et française. Pour l’occasion, des bandes de bleuets seront plantées le long de cette route chargée d’histoire. Cette fleur a été choisie comme le symbole de la mémoire et de la solidarité envers les Anciens combattants et les autres victimes de la guerre.

Jean-Paul

 

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 12:15

Mauvais genre, BD de Chloé Cruchaudet, Éditions Delcourt, 159 pages

d’après « La garçonne et l’assassin » de Fabrice Virgili et Danièle Voldman (Éditions Payot)

  

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C’est d’abord un beau livre, très agréable à prendre en mains, un superbe roman graphique.

 

Dans Mauvais genre, Chloé Cruchaudet nous conte, à partir de faits réels et d’après le livre de deux historiens, Fabrice Virgili et Danièle Voldman (La garçonne et l’assassin), l’histoire de Paul Grappe et de Louise Landy.

 

Les premières pages placent le lecteur en pleine cour d’assises, un procès qui ne manque pas d’intriguer. « Reprenons au commencement » demande le président et l’histoire défile au rythme des dessins au tracé toujours fin et subtil. Au travers de toutes les nuances du noir au blanc, seul le rouge intervient de temps à autre, surtout pour du sang ou quelques vêtements féminins.

 


L’histoire est prenante, émouvante, dramatique aussi car Paul, pour échapper à l’enfer des tranchées, a déserté et il est devenu… Suzanne Landgard. Se transformer en femme n’est pas chose facile mais Paul - Suzanne va aimer ça et les rencontres, plutôt cocasses au début, frôlent rapidement le drame car l’on touche à l’homosexualité, au changement de genre : « Elle était plusieurs partenaires à la fois, un être complet et magnifique », déclare un témoin, à la barre.

 

La jalousie aussi déchire ce couple avant que Suzanne ne puisse retrouver sa véritable identité suite à l’amnistie des déserteurs, en 1925. Hélas, cela ne règle rien, bien au contraire. En effet, les traumatismes du front ne sont jamais effacés, ce que l’auteure a su si bien illustrer dans une série de doubles-pages d’une force incroyable.

 

Le texte est présent, seulement si nécessaire, prouvant tout le talent de Chloé Cruchaudet. Au moment où débute la commémoration du centenaire de la Première guerre mondiale, Mauvais genre est encore plus d’actualité.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis de découvrir ce magnifique ouvrage.

Jean-Paul

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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 15:57

Hier jeudi, le Goncourt des Lycéens 2013 a été attribué à Sorj Chalandon pour Le quatrième mur, livre dont vous aviez pu lire la chronique très récemment. Nous vous la proposons à nouveau.

 

Le quatrième mur par Sorj Chalandon, Grasset, 2013, 325 pages

 

sorj-chalandon-le-quatrieme-mur.jpgUne fois de plus, Sorj Chalandon sort de l’ordinaire. Après avoir traité de la mort dans un petit village de Mayenne (Une promesse) puis nous avoir éclairé sur  la terrible histoire des indépendantistes de l’Irlande du nord (Mon traitre  et Retour à Killybegs), il nous emmène cette fois au Liban. L’auteur qui fut journaliste à Libération puis au Canard enchaîné, était présent à Beyrouth en 1982 et a vécu ce qu’il décrit.

 

Si l’on commence par une scène dramatique avec un tank syrien qui tire sur un taxi, à Tripoli, le jeudi 27 octobre 1983, le retour en arrière permet de faire connaissance avec Samuel Akounis, Sam, un résistant grec d’origine juive qui se lie d’amitié avec Georges, le narrateur, un double de l’auteur puisque Georges est son second prénom.

 

« Lui la gaieté, moi le chagrin. Lui, le cœur au printemps, moi, la gueule en automne. » C’est ainsi que Georges les définit tous les deux, Sam ajoutant : « J’ai trop souffert pour être malheureux. » À 34 ans, Sam a décidé de faire jouer Antigone, de Jean Anouilh, par des acteurs libanais dont les camps se font la guerre et nous apprenons que « le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public ». Cette paroi invisible sépare la scène de la salle mais certains rôles permettent de la franchir. Dans Antigone, c’est le Chœur qui brise ce quatrième mur.

 

Ils sont palestinienne, sunnite, druze du Chouf, maronite du Yemmayzé, chiites, chaldéenne et catholique arménienne. Sam a mis deux ans pour réussir le casting mais la maladie le cloue au lit et il demande à Georges de partir là-bas pour réaliser la mise en scène.

 

La violence est présente d’abord avec les batailles d’étudiants militants d’extrême-gauche de la fac de Jussieu dont faisait partie Georges, et les membres d’Ordre nouveau, groupuscule d’extrême-droite. Parallèlement à ça, ce que va vivre le narrateur, au Liban, est d’une horreur incroyable. : « Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l’acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées, les unes après les autres, les klaxons des voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore, encore, encore. » Terrible description du bombardement de Chatila que complètera Georges par sa visite de ce quartier après le massacre… Le comble de l’horreur.

 

Il y croit jusqu’au bout par amitié pour Sam, par fidélité pour ces jeunes Libanais pleins d’espoir mais embourbés dans leurs contradictions et dans les obligations de leur camp. Enfin, la conclusion est d’une froideur terrible lorsque Georges répond : « Personne ne quitte ce monde vivant. »

 

Le quatrième mur est poignant, terriblement émouvant. Sorj Chalandon a ramené un sac de pierres du Liban et il en remet une à chacun de ses lecteurs, comme il nous l’a confié à la Fête du livre de Saint-Étienne. Ce roman faisait partie de l’avant-dernière sélection pour le Prix Goncourt 2013.

Jean-Paul

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 00:00

Après une interruption liée aux vacances scolaires, nous retrouvons l'éditorial de la Feuille d'Hector que Jean-Paul continue de rédiger. Bonne lecture.

 

Gaz de schiste : c’est non (Éditorial du 8/11/2013)

 

Depuis que 64 permis d’exploitation du gaz de schiste ont été délivrés en 2010 par le gouvernement français, la bataille fait rage entre opposants et partisans de cette source d’énergie.

 

Après des débats houleux et de nombreuses manifestations montrant la ferme opposition des populations concernées, principalement dans le sud de la France, la loi du 13 juillet 2011 a interdit la fracturation hydraulique des sols, seule technique permettant d’extraire le gaz et le pétrole de schiste. Situé entre 2 000 et 3 000 mètres de profondeur, ce gaz est piégé dans la roche. Pour l’extraire et le faire remonter à la surface, il faut injecter à haute pression de 7 à 15 milliards de litres d’eau mélangée à du sable et à des produits chimiques. Partout où cette technique a été utilisée, des dégâts sérieux sur l’environnement ont été constatés. Cette loi répond donc à un principe de précaution et  surtout de prévention bien réel.

 

Or, la société texane Schuepbach contestait l’annulation de ses permis d’exploitation à Nant (Aveyron) et à Villeneuve-de-Berg (Ardèche). Espérant obtenir gain de cause, elle avait déposé une question prioritaire de constitutionalité (QPC) contre la loi de 2011 mais le Conseil constitutionnel a validé récemment la loi. Maintenant, cette société étatsunienne réclamerait un milliard d’euros d’indemnisation à la France…

 

En Europe, la France est le pays le plus radical sur ce sujet car la multiplication de petits forages serait un véritable désastre. L’Allemagne en est encore au stade de la réflexion alors qu’en Pologne, la ressource est exploitée et se révèle d’ailleurs inférieure aux prévisions.

 

La loi de 2011 n’interdisant pas l’expérimentation, il est évident que les pétroliers ne lâcheront pas leur proie et tenteront de s’engouffrer dans cette brèche en faisant du lobbying à tous les niveaux.

 

Il est donc important que tous les citoyens fassent preuve d’une vigilance extrême et s’intéressent au débat qui n’est pas terminé, loin de là. D’autres sources d’énergie existent et beaucoup d’autres ne sont encore qu’à peine explorées. C’est le moment de faire preuve d’imagination.

Jean-Paul

 

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La Feuille d'Hector après le 9 juin 2013
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