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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 17:25

Lulu femme nue, BD en deux volumes d’Étienne Davodeau,

Futuropolis, Volume 1 (2008) 77 p. et volume 2 (2010) 77 p.

 

LuluFemmeNue1 28102008 232856-copie-1Ce n’est pas toujours aisé d’adapter une BD au cinéma et la sortie du film de Solveig Anspach, ce 22 janvier 2014, était très attendue. Avant ou après l’avoir vu, il faut se précipiter sur les deux magnifiques BD d’Étienne Davodeau, un pur plaisir, tant par le dessin que par le texte.

 

Tout tourne autour d’un groupe de personnes discutant sur la terrasse d’une modeste villa. Si Xavier, un ami de la famille propriétaire des lieux, raconte dans le premier volume, c’est Morgane, la fille aînée de la maison, qui prend le relais dans le second.

 

C’est bien sûr Lulu qui est au centre du récit. Cette femme bien ordinaire, mère de famille consciencieuse, ne parvient pas à trouver du travail mais une rencontre avec Solange, VRP pour une entreprise pharmaceutique, va tout déclencher. Elle fugue…

 

Très attirée par l’eau, Lulu se retrouve au bord de l’océan où Charles, un marginal bien secondé par deux frangins peu ordinaires, lui apporte des moments de bonheur qu’elle n’espérait plus vivre.

 

Lulu se révèle à elle-même, perd les pédales mais sa rencontre très mouvementée avec Marthe sera déterminante. Elle remet en cause toute sa vie, réalisant des choses dont elle se croyait incapable.

 

Étienne Davodeau mène parfaitement son récit tout en sachant régaler régulièrement son lecteur de planches superbes au bord de la Méditerranée cette fois.

 

Tanguy, le mari, fait des siennes, et les surprises ne manquent pas jusqu’à ce que la boucle soit bouclée. Auparavant, Lulu a tenté de sortir de la médiocrité, Virginie, une serveuse de bar maltraitée par sa patronne.

 

Lulu femme nue, c’est l’aventure simple mais extraordinaire d’une femme qui a réussi à se mettre à nu, à se dépouiller de tout ce qui l’encombrait, de tout ce qui l’empêchait de vivre sa vie, afin de l’apprécier pleinement en la reprenant par le bon bout.

Jean-Paul

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 00:00

Mangez-le si vous voulez  par Jean Teulé, Julliard, 2009, 129 p.

 

jean-teulc3a9-mangez-le-si-vous-voulez.jpgCela commence tout gentiment. Nous sommes en plein été, au nord de la Dordogne, dans le domaine de Bretanges, sur la commune de Beaussac. Alain de Monéys, jeune homme de 28 ans se lève et converse un moment avec Amédée, son père, et Madeleine-Louise, sa mère. Nous sommes le mardi 16 août 1870, une sécheresse terrible sévit sur le pays et notre homme ne sait pas ce qui l’attend.

 

Exempté par le conseil de révision, il ne combat pas les Prussiens en guerre contre la France mais a demandé qu’on lève son exemption pour partir enfin sur le front de Lorraine malgré un léger handicap qui l’empêche de marcher normalement.

 

Comme il est le gérant du domaine familial et en même temps premier adjoint de Beaussac, il décide de se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin. Après avoir fait le trajet à cheval, il commence à rencontrer des gens, tous courtois, comme Madame Lachaud, la femme de l’instituteur. Il ne se montre pas insensible au charme d’Anna Mondout, 23 ans, qui ne sait ni lire ni écrire, un cas fréquent à l’époque : « un enfant à l’école, c’est deux bras en moins à la maison et dans les champs. »

 

La foire de Hautefaye est un événement dans le pays et attire près de 700 personnes dans ce bourg qui compte tout juste 45 âmes. La chaleur, la soif et la sécheresse échauffent les esprits car les nouvelles du front sont contradictoires. Un cousin d’Alain fait savoir que L’écho de la Dordogne annonce des défaites à Froeschwiller, Reischoffen, Woerth et Forbach mais on ne veut pas le croire. Alors que la colère commence à gronder contre ce défaitiste, celui-ci réussit à s’enfuir.

 

Entendant ce remue-ménage, Alain de Monéys veut savoir ce qui se passe, défend son cousin et se fait traiter de Prussien et la folie s’empare d’une foule qui a trouvé un bouc-émissaire idéal pour servir d’exutoire. Nous laisserons au lecteur le soin de découvrir la suite racontée avec minutie et truculence comme sait si bien le faire Jean Teulé.

 

Mangez-le si vous voulez raconte une histoire vraie qui a défrayé la chronique et dont le dernier témoin est mort en 1953.

Jean-Paul

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 18:43

Inquiétante Centrafrique  (Éditorial du 17/01/2014)

 

Le 11 janvier 2013, la France intervenait au Mali. C’était l’opération Serval, opération réussie dans l’ensemble, avec 2 500 soldats. Depuis le 5 décembre dernier, suivant une résolution de l’Organisation des nations unies (ONU), notre pays a engagé 1 600 hommes en République Centrafricaine (RCA) pour l’opération Sangaris, aux côtés des 6 000 soldats africains promis par la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (MISCA).

 

Burundi, Tchad, Guinée équatoriale, Cameroun, Congo, Gabon et Rwanda font donc aussi l’effort d’envoyer des militaires pour tenter de ramener le calme dans un pays où affrontements, attaques, lynchages, exactions et représailles ont fait 1 000 morts, des quantités de blessés et des centaines de milliers de déplacés, en quelques semaines. En même temps, la plupart des pays africains rapatrient leurs ressortissants car ils ne sont plus en sécurité.

 

Ce pays de 4 700 000 habitants est une ex-colonie française, l’Oubangui-Chari1, qui faisait partie de l’Afrique équatoriale française (AEF), de 1910 à 1960. Avec ses 623 000 km2, la RCA est presque aussi grande que la France mais est enclavée par le Cameroun à l’ouest, le Tchad au nord, le Soudan et le Sud-Soudan à l’est, la République démocratique du Congo et le Congo au sud.

 

Savanes et forêt équatoriale occupent une bonne partie de ce pays au climat tropical où les ressources naturelles sont l’uranium, l’or, les diamants et les bois tropicaux. On y cultive le manioc, les bananes, le maïs, le café, le coton, la canne à sucre et le tabac. Bangui en est la capitale, la plus grande ville du pays, où vivent environ 1 200 000 habitants.

 

Sur le plan politique, la RCA a connu ses premières élections libres en 1993, portant au pouvoir Ange-Félix Patassé qui a été renversé par François Bozizé en 2003, renversé à son tour, en 2013, par la Seleka, une alliance de milices principalement musulmanes déclenchant une nouvelle guerre civile. La Seleka a mis au pouvoir Michel Djotodia2 mais des milices chrétiennes d’auto-défense se sont constituées. Ce sont les anti-balaka, une expression signifiant « anti-machettes » en sango, l’autre langue officielle du pays, avec le français.

 

Il ne faut pas oublier le coup d’État de Bokassa en 1965, personnage qui se proclama empereur en 1976 et dont la dictature fut renversée trois ans plus tard. Dans ce pays, la situation économique est fragile, la gestion de l’État difficile, les routes sont dégradées et l’insécurité règne.

 

Malgré d’importantes ressources, la République Centrafricaine est un des pays les plus pauvres du monde où les gens doivent  apprendre à vivre ensemble. C’est la seule solution mais la situation est très inquiétante.

Jean-Paul

 

1 : Oubangui et Chari sont deux fleuves. L’Oubangui (2 272 km) qui arrose Bangui, est un affluent du Congo alors que le Chari (1 200 km) coule vers le Tchad dont il baigne Ndjamena, la capitale, avant de terminer sa course dans le lac Tchad.

2 : Michel Djotodia a démissionné, avec son Premier ministre, le vendredi 10 janvier.

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 11:56

Au revoir là-haut par Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2013, 566 p.

Prix Goncourt 2013

 

au-revoir-la-haut-360508Plongé instantanément dans les derniers jours de cette Première guerre mondiale qui a débuté il y a cent ans, le lecteur ressent tout de suite la fracture entre les soldats et les officiers. Les premiers entendent parler d’armistice et, on le comprend facilement, sont impatients de voir ce cauchemar se terminer, alors que ceux qui commandent veulent toujours en découdre afin de gagner encore du galon.

 

Albert Maillard, sur le front, ne veut pas faire partie des derniers morts : « Il savait que la guerre n’était rien d’autre qu’une immense loterie à balles réelles dans laquelle survivre 4 ans tenait fondamentalement du miracle. » Alors qu’il se retrouve en très fâcheuse posture, au fond d’un trou d’obus, il pense à Cécile et lui envoie un « Au revoir là-haut » pathétique.

 

 L’autre personnage que nous suivons jusqu’au bout de cette passionnante histoire, c’est Henri d’Aulnay-Pradelle. Arriviste sans scrupules et débordant d’ambition, il n’hésite pas à déclencher l’attaque de la côte 113, le 2 novembre 1918.

 

Le troisième protagoniste se nomme Édouard Péricourt, grand jeune homme, fils d’un riche bourgeois. Jusque-là, il a eu de la chance mais « il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. »

 

Après nous avoir plongés au cœur des derniers jours de guerre, Pierre Lemaitre passe assez vite aux années qui vont suivre grâce aux aventures de ces trois héros permettant enfin d’en savoir plus sur cette période trop longtemps négligée. Qui peut imaginer qu’après l’Armistice signée en novembre 1918, nos soldats attendraient toujours leur démobilisation quatre mois plus tard ? « Voilà comment ça finit une guerre, mon pauvre Eugène, un immense dortoir de types épuisés qu’on n’est pas foutu de renvoyer chez eux proprement », écrit Albert.

 

Pourtant, le pire reste à venir car « Tout le nord et tout l’est du pays étaient constellés de tombes de fortune creusées rapidement parce que les morts ne pouvaient pas attendre, pourrissaient vite, sans compter les rats. » L’État veut regrouper les tombes dans de grands cimetières mais il faut des cercueils et l’on embauche des Chinois, des Sénégalais  pour déterrer les corps car ils travaillent pour une bouchée de pain. C’est le début d’une scandaleuse affaire que l’auteur nous fait vivre de l’intérieur : « Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

 

L’autre affaire concerne les monuments aux morts dont toutes les communes de France veulent se doter pour y inscrire les noms des victimes de cette guerre. Il y a aussi cette incompréhension envers ceux qui en sont revenus : « L’État refourguait aux anciens poilus de vieilles vareuses militaires reteintes à la hâte. »  Entre les démobilisés et ceux qui sont restés à l’arrière, l’incompréhension est totale : « Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants. »

 

1919. 1920. Pour faire plus de bénéfice, on fait fabriquer des cercueils trop petits, les corps sont mélangés, des soldats allemands sont inhumés sous une plaque française…

 

Pierre Lemaitre braque les projecteurs sur ces scandales d’après-guerre et, en plus, c’est passionnant à lire. Jusqu’à la dernière ligne, de rebondissement en rebondissement, le lecteur est tenu en haleine, l’épilogue et les précisions finales de l’auteur complètent parfaitement un Prix Goncourt amplement mérité et à lire d’urgence.

Jean-Paul

 

 

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 18:14

2014  (Éditorial du 10/01/2014)

 

Après ce que nous appelons les fêtes de fin d’année, des moments pas forcément agréables pour tout le monde, une nouvelle année débute et, sans vouloir jouer les devins, il est intéressant de se tourner vers les principaux événements qui nous attendent au cours des douze mois à venir… ceux qui sont prévus, en tout cas.

 

Incontestablement, la Coupe du monde de football, au Brésil, du 12 juin au 13 juillet, monopolisera l’attention des médias. La France ayant eu la bonne idée d’y participer, nous nous sentirons un peu plus concernés dès le France – Honduras, prévu le dimanche 15 juin, à Porto Alegre. Trois jours avant, le pays hôte aura ouvert le bal contre la Croatie, dans l’Arena Corinthians, à São Paulo. Quels pays seront en finale, dans le stade de Maracanã, à Rio de Janeiro ? Les paris sont ouverts mais un tel événement doit donner l’occasion de découvrir un pays immense qui fascine et inquiète tout autant.

 

Cette année nouvelle sera l’Année européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire  et  il serait bon de prendre de bonnes habitudes afin que tant de saine et bonne nourriture ne finisse plus dans nos poubelles.

 

Toujours au chapitre européen, Marseille et Košice (Slovaquie) doivent céder leur place de capitales européennes de la culture à Riga (Lettonie) et Umeå (Suède) pour 2014. Pour la présidence de l’Union européenne (UE), la Grèce succèdera à la Lituanie, de janvier à juin, puis laissera finir l’année à l’Italie. Enfin, il ne faut pas oublier les élections européennes, huitièmes du nom. 751 députés européens seront élus au suffrage universel direct et l’on votera en France le dimanche 25 mai.

Plusieurs semaines avant, les débats auront été beaucoup plus agités dans l’hexagone à l’occasion des élections municipales dont les deux tours sont prévus les dimanches 23 et 30 mars. Côté historique, le 60e anniversaire du débarquement en Normandie, le 6 juin, précèdera le Centenaire du début de la Première guerre mondiale, le 4 août.

 

Cette liste n’étant pas exhaustive, nous reviendrons au sport pour ne pas manquer les 22e Jeux Olympiques d’hiver, à Sotchi, en Russie, du 7 au 23 février, sans oublier le 101e Tour de France qui partira de Leeds, en Grande-Bretagne, sur les routes du Yorkshire, pour 21 étapes et 3 656 km.

 

Une nouvelle année est en route et c’est l’occasion d’adresser à tous de bons vœux en espérant qu’aux événements annoncés ne viennent pas s’ajouter trop de drames, forcément imprévisibles.

Jean-Paul

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 09:56

Une métamorphose iranienne, BD de Mana Neyestani.

Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran, Éditions çà et là / Arte Éditions, 2012, 196 p.

 

arton74-41289.jpgDifficiles à supporter ces premières pages avec les interrogatoires, les scènes de prison où l’on retrouve tous les mêmes travers, tous les mêmes comportements, quel que soit le pays et les conditions de détention…

 

Mana Neyestani a vécu ce qu’il raconte, ce qu’il dessine tout en gardant un ton teinté d’humour malgré le caractère dramatique du récit. Dessinateur dans les pages jeunesse du supplément week-end du journal Iran, il est inspiré par un cafard auquel il fait vivre de petites aventures. Dans une bulle, il place le mot « Namana » que les Iraniens disent souvent lorsqu’ils cherchent leurs mots. Hélas, ce mot est aussi un terme azéri et voilà que cela est mal interprété par la minorité de cette partie nord du pays en mal de revendications.

 

Au fil des pages et de la dramatisation recherchée par le régime, le lecteur comprend vite que tout cela n’est que prétexte pour faire payer à l’auteur les manifestations qui agitent cette région. Le dessinateur et son rédacteur en chef se retrouvent incarcérés, soi-disant pour les protéger…

 

Passée la moitié du livre, nous quittons les geôles iraniennes pour la fuite de Mana accompagné par Mansoureh, son épouse, car l’auteur ne peut pas supporter la menace bien réelle de retourner en prison. Commence alors un parcours incroyable d’un couple qui n’arrive pas à trouver refuge dans les pays occidentaux et se trouve toujours à la merci de passeurs sans scrupule.

 

D’abord, c’est Dubaï avec le refus du Canada de les accueillir, puis la Turquie, la Chine, la Malaisie et enfin la France où il a pu publier ce récit poignant et révélateur de tellement de souffrances inutiles.

 

Le dessin est précis, toujours en noir et blanc, parfois proche de la caricature mais très expressif. Le texte soutient bien l’action et permet de comprendre ce qui se passe. L’ensemble met souvent le lecteur mal à l’aise car cette histoire est très récente et se reproduit pour d’autres qu’ils soient journalistes, poètes, écrivains….

 

Merci à Pauline et à Simon pour ce livre à la fois instructif et très émouvant.

Jean-Paul

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 00:00

Dernier éditorial pour 2013 de la Feuille d'hector et l'occasion de vous adresser nos meilleurs voeux pour 2014. Cette année écoulée aura vu la libération tant attendue de Jean-Paul, libération qui nous a comblés de joie et de bonheur. Bonne lecture !


Un si long chemin vers la Liberté  (Éditorial du 20/12/2013)

 

Nelson Mandela, après 95 années passées à lutter, à souffrir pour obtenir enfin une égalité complète entre les êtres humains, s’en est allé.

 

Tout ce temps passé au service du plus grand nombre, il l’a raconté dans une autobiographie qu’il est encore plus nécessaire de lire aujourd’hui : Un long chemin vers la liberté. Ce livre, traduit par Jean Guiloineau, publié en 1996, en France, chez Fayard, existe en Livre de Poche. Ces quelques 700 pages ont été écrites, pour la plupart, en captivité, sur l’île de Robben Island, un terrible pénitencier. Pour pouvoir sauver le témoignage d’une vie extraordinaire, il a dû tromper la vigilance de ses geôliers, comme il le raconte lui-même.

 

« Je suis né le 18 juillet 1918, à Mvezo, un petit village au bord de la rivière Mbashe, dans le district d’Umtata, la capitale du Transkei. » Dès la première page, il se présente de manière très simple et nous apprend que son père l’a appelé Rolihlahla, ce qui, en xhosa*, signifie littéralement « tirer la branche d’un arbre » mais il précise que « dans la langue courante sa signification plus précise est : celui qui crée des problèmes… » Son prénom anglais ne lui a été donné qu’au premier jour d’école par son institutrice, Miss Mdingane.

 

Excellente motivation pour dévorer toutes ces pages, un film biographique adaptant l’œuvre de Nelson Mandela, est sorti ce 18 décembre. De son vivant, celui qu’on appelle aussi Madiba, du nom de son clan, avait confié le soin de réaliser cette œuvre au producteur sud-africain, Anant Singh. Même si le film est contraint à des raccourcis et doit écarter de nombreux événements d’une vie tellement dense, il aura le mérite de sensibiliser toujours plus de monde à la lutte anti-apartheid menée par Mandela.

 

Celui qui, en 1993, a accepté de recevoir le Prix Nobel de la Paix avec Frederik De Klerk, le dernier président de l’apartheid, est considéré comme le père de la nation sud-africaine. Tout au long de sa vie politique, il est passé de la non-violence à la lutte armée pour répondre à la violence de la ségrégation raciale, avant de prôner la réconciliation, le pardon.

 

Au cours de 27 années passées en prison, il a tenté de comprendre ses ennemis afin de pouvoir négocier avec eux malgré les violences qui ont causé tant de morts, là-bas. Quand il a été libéré enfin, en 1990, il s’est bien gardé d’humilier ses adversaires, pensant d’abord au bonheur de son peuple, et c’est bien normal que les dirigeants du monde entier se soient rendus à Soweto pour lui rendre hommage.

 

Nous terminerons en citant à nouveau Madiba, en espérant que le message qu’il nous laisse, soit suivi partout dans le monde : « Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. »

Jean-Paul

* Le xhosa est la seconde langue officielle de l’Afrique du Sud, après le zoulou, et elle est parlée par 8 millions de personnes.

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 11:53

Hymne par Lydie Salvayre

Seuil (Fiction & Cie), 2011, 240 p.

 

hymne-d5a4f.jpg« On dit qu’il ne sortait de sa timidité que pour être, sur scène, l’audace même. » Lydie Salvayre nous parle, ici, de Jimi Hendrix qui, le 18 août 1969, à 9 h, sur la scène de Woodstock, s’empara de l’hymne national étatsunien : The Star Spangled Banner pour en faire un cri : « il l’empoigna, le secoua, et aussitôt en fit jaillir une liberté qui souleva l’esprit. »

 

Avant d’aller plus loin, donnons tout de suite un conseil aux éventuels lecteurs : ne commencez surtout pas ce livre ! Si vous le faites, vous serez happés, pris dans la spirale de l’écriture de l’auteure. Fille de républicains espagnols exilés en France, Lydie Salvayre décrocha une licence de lettres modernes avant d’entrer en fac de médecine pour devenir psychiatre à Marseille puis à Argenteuil. Elle a déjà publié de nombreux romans dont certains ont été adaptés au théâtre.

 

Ici, elle utilise une écriture à rebonds qui donne au lecteur l’impression d’être au cœur du tourbillon qui emporta Jimi Hendrix, sacrifié par la crapulerie financière. Elle n’hésite pas à dénoncer Jefferey, son immonde manager, qui l’obligea à faire 255 concerts en 1967 et presque autant l’année suivante tout en lui fournissant drogues et psychotropes qu’il décomptait d’ailleurs en frais généraux !

 

Pour nous faire davantage comprendre la personnalité de Jimi Hendrix, Lydie Salvayre nous emmène au cœur de ce qui fut son enfance avec un père qui « interdit à ses deux fils d’aller à l’enterrement d’une mère qu’il jugeait indigne. » Toute sa vie, Jimi fut inconsolable, se sentant même coupable de la triste fin  de sa mère.

 

« Sa guitare fut sa raison de vivre. » Son père lui avait acheté la première pour 5 dollars mais il la remplaça très vite par une guitare électrique et c’est ainsi qu’il créa, peu à peu, ce style inimitable : « trop pittoresque, trop osé, trop abondant, trop outré, trop inconvenant, son rock... irrecevable » mettant Jimi Hendrix « out, dehors, hors catégorie, hors norme… Sa guitare électrique était sa femme et sa maison et sa patrie. »

 

Jimi Hendrix joua jusqu’à sa mort, à 27 ans, le 18 septembre 1970, d’un excès de barbituriques. Une fois de plus, nous citerons l’auteure, à propos de ce fameux hymne qu’il joua à Woodstock : « Un Hymne qui portait en lui le refus véhément de tout ce qui amputait et saccageait la vie, mais qui disait aussi son désir de bataille, et l’espoir que la hideur et la violence puissent par la musique être converties en beauté. »

Jean-Paul

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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 00:00

L’Ukraine européenne ?  (Éditorial du 13/12/2013)

 

Sur une carte, la place occupée par l’Ukraine est importante mais, à l’est, la Russie est imposante, presque écrasante. Tout au long de l’histoire, le puissant voisin a tenté de dominer ce pays qu’on appelait autrefois « le grenier à blé » de l’ex-Union soviétique.

 

Alors que le gouvernement ukrainien s’apprêtait à signer un accord de libre échange avec l’Union européenne (UE), Moscou s’est fâché, menaçant de sanctions commerciales un pays qui réalise le quart de ses exportations avec la Russie. Gazprom, premier producteur et exportateur de gaz naturel au monde, menace à nouveau de sanctions, parlant de factures en retard et même de fermer le robinet… en plein hiver…

 

Lorsque Vladimir Poutine, le président de la Fédération de Russie, a convoqué son homologue ukrainien, Viktor Ianoukovitch, pour le sermonner, ce dernier a rapidement cédé tout en refusant d’adhérer au pacte de sécurité collective que Poutine voudrait imposer à une sorte d’union slave, la Biélorussie s’ajoutant à ses deux voisins.

 

Aussitôt après ce renoncement, la colère d’une partie des Ukrainiens s’est exprimée dans la rue. Les heurts ont été violents entre les manifestants et les forces de l’ordre. De nombreux blessés dont une quarantaine de journalistes, ont été dénombrés alors que la foule tentait de bloquer le siège du gouvernement afin d’obtenir le départ du Président Ianoukovitch.

 

Devant de tels débordements, la Lituanie qui assure en ce moment la présidence semestrielle de l’UE, a demandé une enquête sur les violences survenues à Kiev, la capitale. Le Président François Hollande et Donald Tusk, le Premier ministre polonais, ont condamné les  violences et appelé le pouvoir ukrainien et ses opposants à dialoguer rapidement. Enfin, Laurent Fabius, Ministre des affaires étrangères, a affirmé : « Il n’y a pas d’opposition entre le fait d’avoir un accord d’association avec l’Union européenne et le fait d’être proche de la Russie, il n’y a pas de contradiction. »

 

Dans ce pays de 46 millions d’habitants, indépendant depuis 1991, où l’on parle ukrainien  et russe, Ioulia Tymochenko, ancien Premier ministre, est en prison pour 7 ans depuis 2011 alors que la Cour européenne des droits de l’homme a jugé sa détention « illégale ». C’est aujourd’hui Vitali Klitschko, triple champion du monde de boxe poids lourd, qui s’affirme comme le leader de l’opposition et futur candidat aux présidentielles de 2015.

 

Les semaines à venir permettront peut-être de renouer le dialogue mais l’Ukraine balancera toujours entre l’est et l’ouest alors que sa population est très attirée par notre Union européenne.


Jean-Paul

 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 21:33

Fausto Coppi  BD de Davide Pascutti,

Traduit de l’italien par Samuel Delerue, Éditions Cambourakis, 2013, 105 p.

 

couv-coppiDe sa naissance, le 15 septembre 1919, à sa mort, le 2 janvier 1960, victime de la malaria contractée au Burkina-Faso qu’on appelait à l’époque la Haute-Volta, la vie de Fausto Coppi est un véritable roman. Davide Pascutti, l’auteur de cette BD, a vite laissé tomber l’idée d’une autobiographie pour se concentrer sur l’année 1949 qui rend au mieux toute la personnalité de celui qui restera le Campionissimo.

 

Le dessin est soigné, précis, délicatement ombré et nous commençons par vivre l’étape Cuneo – Pinerolo, la dix-septième du Giro 1949. Deux gamins, Gianni et Vittorio attendent les coureurs sur le bord de la route. Ils patientent en suivant l’étape sur un poste de radio. L’auteur précise : « D’un côté, les supporters du vieux lion catholique, le sanguin et le provocateur (Gino Bartali, ndlr). De l’autre, ceux du jeune Fausto, le laïc et le taciturne. »

 

Pages suivantes, une superbe planche, toujours en noir et blanc, offre un impressionnant décor de montagne, au milieu des sapins et des rocailles, et, au loin, un cycliste minuscule qui s’en va seul.

 

Des commentaires des suiveurs aux pensées du coureur, nous suivons, col après col, la chevauchée fantastique. Davide Pascutti nous livre même un extrait du Corriere della Sera, du 11 juin 1949, signé Dino Buzzatti.

 

Biaggio Cavanna, le masseur aveugle, est là aussi. Il livre ses conseils et ses prédictions se vérifient. Il encourage le Campionissimo à tenter le doublé Giro – Tour de France, performance encore jamais réalisée. Une chute semble tout compromettre et les planches montrant le coureur brisé en mille morceaux font froid dans le dos.

 

Le 18 juillet 1949, dans l’étape Cannes – Briançon, les deux champions que tout le monde veut opposer, font preuve d’une amitié très forte : « Moi, j’ai un goût de boue dans la bouche. Je tombe un million de fois mais je remonte toujours en selle. Gino souffre avec moi, se relève avec moi. » Fausto pense ainsi dans les rampes difficiles de l’Izoard et laisse gagner son coéquipier car c’est son anniversaire. C’est le lendemain que le Tour bascule définitivement en faveur du Campionissimo, Bartali lui ayant donné l’ordre de continuer alors qu’il était à terre.

 

Pour finir, l’auteur se confie avec beaucoup de franchise. Il n’oublie pas de présenter les principaux protagonistes de l’histoire avant de laisser une chronologie de la vie de Fausto Coppi qui complète bien l’ouvrage.

 

Fausto Coppi en BD, ça se lit, ça se relit et s’apprécie encore. Un grand merci à Simon pour ce bel album paru en 2009 en Italie sous le titre : Fauto Coppi. L’Uomo e il Campione.

Jean-Paul

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