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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 15:20

Anima par Wajdi Mouawad, Léméac/Actes Sud, 2012, 394 p.

 

poster_188745.jpgAuteur de pièces de théâtre, metteur en scène et comédien libano-canadien qui a vécu aussi en France, Wajdi Mouawad, avec Anima, a livré un second roman extra - ordinaire, mêlant la vie animale à l’activité humaine, faisant vivre au plus juste les instants les plus dramatiques comme les plus anodins de la vie courante.

 

C’est le chat de la maison qui ouvre le récit, à Montréal, en nous présentant Wahhch Debch découvrant sa femme assassinée de la manière la plus horrible qui soit, lorsqu’il rentre à son domicile. Léonie était enceinte et nous allons suivre une quête infernale permettant d’aller au bout de l’horreur et de révéler des secrets profondément enfouis.

 

Chaque en-tête de chapitre annonce, en latin, le nom de l’animal qui va être témoin ou parfois acteur de ce qui se passe. Si le chien qui peut être parfois sécurisant ou très menaçant, revient très souvent, l’auteur donne la parole à des oiseaux, un poisson dans son aquarium, un écureuil, un rat, une fourmi très curieuse, une mouffette terrible, une araignée dans un bar : « Il était sa propre proie, son propre piège. » Beaucoup d’autres animaux entrent en scène et se révèlent de très fins observateurs de l’espèce humaine. Souvent, le lecteur se demande comment Wajdi Mouawad peut décrire aussi bien ce que réalise un animal, un insecte. C’est à chaque fois savoureux et bouleversant.

 

Toujours à la poursuite de l’assassin de sa femme, Wahhch arrive dans une réserve indienne et tout se complique : « Moi, je voudrais tellement être quelqu’un d’autre qui aurait vécu autre chose et qui serait en ce moment ailleurs. » Il se confie ainsi à un âne : «  Il s’adresse à moi sans s’inquiéter de l’abîme qui nous sépare. »

 

Maintenant aux États-Unis, Wahhch vit des moments très difficiles mais l’auteur est capable de faire raconter par un corbeau sa façon de dévorer un raton-laveur percuté par une voiture… Ressort aussi cette loi de l’intégration nord-américaine où il faut « apprendre à l’Indien à avoir honte de sa tribu et de sa terre. »

 

Les équidés ont un rôle important dans l’histoire de Wahhch et une scène psychédélique décrit tous ces chevaux libérés d’une bétaillère et semant la panique sur une autoroute. Une exposition, à Carthage (Missouri) fait remonter à la surface le massacre de Chatila, au Liban, le 17 septembre 1982 : « La mort de Léonie, dans sa monstruosité, a ouvert une brèche d’où ont surgi des visages et je ne parviens pas à savoir si ces visages relèvent du souvenir ou du délire. »

 

Tout se termine avec Homo sapiens sapiens. Aubert Chagnon, médecin coroner à Montréal chargé de l’enquête sur l’assassinat de Léonie conclut un ouvrage que l’auteur a mis dix ans à écrire avec un résultat à nul autre pareil.

 

Merci à Élodie de m’avoir fortement encouragé à lire Anima.

Jean-Paul

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 11:23

Laissées-pour-compte  par Robert Bober,

 POL (2005), Folio (2007), 223 p.

 

9782846820882FS.gifConnu pour ses réalisations au cinéma (assistant de François Truffaut) et surtout à la télévision, Robert Bober dont la famille allemande avait fuit le nazisme, en 1931, pour s’installer en France, a aussi exercé le métier de tailleur comme il l’a prouvé dans Quoi de neuf sur la guerre ?, Prix du livre Inter 1994.

 

Dans Laissées-pour-compte, il réussit à faire vivre et parler des… vestes que Madame Léa, dans l’atelier où elles sont confectionnées, baptise d’un titre de chanson ! Ainsi, nous faisons connaissance avec « Y a pas de printemps », « Un monsieur attendait » et « Sans vous », chansons à la mode en 1949.

 

Ces vestes observent la vie d’un atelier de confection pour dames, situé au deuxième étage de la rue de Turenne, dans le IIIe arrondissement de Paris. Hélas, dans le monde du prêt-à-porter, la concurrence est rude et chaque saison voit son lot de laissées-pour-compte. Même si cela arrive, tout n’est pas perdu, comme nous le découvrons ensuite.

   


Robert Bober, avec humour et tendresse, nous apprend que ces vestes parlent et chantent mais sont seules à pouvoir s’entendre : « Il fallait, pour que s’engage la conversation, être un vêtement fait. » Présentes à chaque instant de la vie, « elles furent témoins de passions, de haines, d’illusions, de déceptions. »

 

Au rythme de la vie de ces vestes, nous évoluons dans le Paris de l’après-guerre. Après Julia et sa thèse sur les termes et expressions utilisant les parties du corps, « Un monsieur attendait » se retrouve au théâtre, sous les projecteurs, portée par Danielle Darrieux : « Oui, elle avait été dédaignée, rejetée, humiliée, abandonnée, laissée dans l’ignorance d’une vie normale, laissées pour compte. Quelle revanche ! »

 

Porté par ce thème original, Robert Bober écrit tout simplement la vie : « Exposer le passé, c’est dire qu’il a été. Mais qui reviendra en arrière pour dire la distance parcourue, ce que fut leur existence et les projets accomplis, les espoirs déçus ? »

 

Enfin, il faut signaler que  toutes les chansons citées figurent en appendice avec leurs auteurs et compositeurs, une très bonne idée.

 

Un grand merci à Maëlle qui a eu la bonne idée de m’offrir ce livre et de le faire dédicacer si gentiment par l’auteur, lors du Printemps du Livre, à Grenoble.

Jean-Paul

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 21:51

À votre santé !  (Éditorial du 21/02/2014)

 

Tous les signaux sont au rouge. Régulièrement, nous sommes alertés sur les dangers que font courir, pour notre santé, tous les produits chimiques déversés allègrement dans la nature… sans danger, paraît-il…

 

Quand, en 2012, le professeur Gilles-Éric Séralini a sorti une étude montrant les terribles conséquences de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (OGM) et du pesticide Roundup sur des rats de laboratoire, il a été descendu en flammes sous la pression des grands groupes industriels et du fabricant lui-même, le géant étatsunien Monsanto. Pourtant, tout le monde se souvient de ces rats complètement déformés par des tumeurs impressionnantes.

 

Ce chercheur qui travaille à l’université de Caen n’en a pas baissé les bras pour autant. Il a poursuivi ses travaux en les faisant porter sur d’autres pesticides vendus aussi bien aux jardiniers qu’aux agriculteurs.

 

Contrairement aux études préalables, elles ont porté sur la totalité du produit et les résultats obtenus  prouvent que ces pesticides sont 2 à 1000 fois plus toxiques que ce qui est annoncé officiellement.

En effet, avant commercialisation, on ne teste que la substance active du produit laissant de côté les adjuvants. « Il y a méprise sur la réelle toxicité des pesticides », précise Gilles-Éric Séralini qui ajoute qu'il y a toxicité « quand les cellules commencent à se suicider » au contact du produit et « qu'elles meurent en quantités beaucoup plus significatives que les cellules contrôles ».

 

Publiés dans la revue Biomed ResearchInternational, les travaux de M. Séralini ont été cosignés par le Comité de recherche et d’information indépendant sur le génie génétique (Criigen). Ces travaux ont porté sur les 9 pesticides les plus vendus dans le monde : trois herbicides (Roundup, Matin E1, Starane 200), trois insecticides (Pirimor G, Confidor, Polysect Ultra) et trois fongicides (Maronee, Opus, Eyetak). Chaque produit a été testé in vitro sur des cellules humaines. Alors que les fabricants gardent le secret sur les adjuvants utilisés ou les déclarent inertes, leur toxicité est prouvée, le Roundup  étant encore, de loin, le plus toxique de tous.

 

Qu’attend-on pour réagir efficacement ? Il est maintenant impossible de balayer d’un revers de main les conclusions du professeur Séralini d’autant plus que l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) est venu légitimer les graves dangers que font peser ces pesticides sur notre santé, causant de plus en plus de maladies.

lJean-Paul

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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 18:39

L’honneur perdu du commandant K,  par Roger Martin,

Oslo éditions, 2013, 71 p.

 

957993613

 

Parti d’un souvenir d’enfance, Roger Martin a enquêté pour reconstituer la trame de ce qui s’est passé à Blida, en 1961.

 

Quand son voisin est assassiné et que des cris transpercent le silence d’un dimanche matin ensoleillé, cela vous marque forcément. Nous sommes le 24 juin 1962, à Aix-en-Provence. L’auteur n’oubliera jamais ces moments ni la réflexion d’un camarade plus âgé : « Ils l’ont poignardé et achevé au pistolet, ces bâtards, ces fascistes… »

 

« Le commandant est mort »,lui a dit simplement son père et lui revient alors toute l’ambiance de cette époque. Il n’a que 12 ans, adore lire, mais cet événement lui fait connaître la peur. Des manifestations pour la paix en Algérie sont organisées mais l’on parle aussi « d’arracher le chiendent. »

 

Comme Émile Zola et Paul Cézanne, Roger Martin est élève au Lycée Mignet, ex-collège Bourbon. Il se souvient de ces tracts « Algérie française » distribués à la sortie de ce lycée où beaucoup d’élèves étaient politisés.

 


51 ans après, Roger Martin a 63 ans et revient sur l’assassinat du commandant K. Il sait que le chef du commando est devenu le Monsieur Sécurité de la ville de Nice et que son bras droit a même été décoré de la Légion d’honneur… mais il veut savoir ce qui s’est passé à Blida et nous voilà, à 50 km d’Alger, le 20 avril 1961 où les appelés du contingent se sont mobilisés, comme partout en Algérie, pour ne pas suivre les généraux putschistes.

 

Le colonel commandant la base ayant disparu, c’est le commandant Joseph Kubasiak qui a pris ses responsabilités, résistant avec un immense courage à la pression de ses supérieurs et à la présence très intimidante des paras. Pour récompense, le commandant K. sera mis un mois aux arrêts de rigueur « pour prise illégale de commandement ». 

 

L’honneur perdu du commandant K. est un récit bref, précis, tellement important dans une période où tout se mélange, où les mécontentements les plus basiques laissent craindre des votes en faveur de l’extrême-droite alors que nous savons tous que « le sang sèche vite en entrant dans l’Histoire », comme le chante Jean Ferrat.

Jean-Paul

 

Jean-Paul avait réalisé précédemment d'autres chroniques de romans signés Roger Martin. En voici les liens :

 - Les fantômes du passé

 - Les mémoires de Butch Cassidy

- L'affaire Peiper

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 22:33

Chers J.O.  (Éditorial du vendredi 14/02/2014)

 

Normalement, ils devraient revenir tous les quatre ans mais le Comité International Olympique (CIO) a, depuis 1994, décidé de ne plus organiser Jeux Olympiques d’été et d’hiver la même année. C’est pourquoi, seulement deux ans après Albertville (1992), les sportifs adeptes de la neige et de la glace se sont retrouvés en Norvège, à Lillehammer.

 

Ce petit rappel permet de rappeler que c’est en France que ces JO d’hiver ont vu le jour, à Chamonix, en 1924. Ainsi, notre pays a organisé trois fois l’événement puisque Grenoble, en 1968, et Albertville ont vu briller la fameuse flamme.

 

Ainsi, du 7 au 23 février, Sotchi, une station balnéaire de la Mer Noire, concentre toute l’attention des médias internationaux pour 98 épreuves réparties dans 15 disciplines. En mars, suivront les Jeux Paralympiques. 90 nations sont présentes : 5 pays d’Afrique, 15 d’Amérique, 18 d’Asie, 49 d’Europe et 3 d’Océanie. Les athlètes sont prêts à réaliser des exploits et à lutter pour les fameuses médailles avec toujours cette détestable habitude de les compter.

 

Les JO de Sotchi se déroulent sur onze sites différents répartis sur deux zones, au bord de la Mer Noire, à Adler, et en montagne, à Krasnaïa Poliana, soit à 60 km de Sotchi et à 40 d’Adler. Là-bas, tout est sorti de terre pour accueillir spectateurs et visiteurs.

 

C’est bien là que se situe le problème car ces JO sont les plus chers jamais organisés avec un coût total de 37 milliards d’euros, soit cinq fois le budget prévisionnel. Pour comparer, il faut savoir que les JO de Pékin (2008) ont coûté 26 milliards d’euros et que les JO d’hiver précédents, à Vancouver (2010), sont revenus à 1,4 milliard d’euros…

 

Cela a été dit et redit, ces Jeux sont ceux de Vladimir Poutine, le Président russe. Malgré les protestations des défenseurs de l’environnement, des constructions ont été réalisées dans des espaces protégés. Malgré certaines compensations, il faut savoir que Greenpeace et le Fonds mondial pour la nature (WWF) ont quitté le Comité d’organisation dès 2010 parce que leurs remarques n’étaient pas écoutées.

 

Ces dernières semaines, le pouvoir russe a lâché du lest en libérant plusieurs personnalités médiatiques mais cela n’a pas effacé tout ce qui lui est reproché. Les appels au boycott n’ont guère été suivis mais plusieurs chefs d’État ou de gouvernement comme Barack Obama, François Hollande, David Cameron ou Joachim Gauck (Allemagne) ont dédaigné l’événement contrairement à d’autres hauts responsables politiques.

lJean-Paul

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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 16:13

La démocratie, toujours à conquérir  (Éditorial du vendredi 7/02/2014)

 

Les moments de liesse de ce qui a été appelé le Printemps arabe paraissent bien lointains. Ce que nous avons mis plusieurs décennies à obtenir, nous voudrions le voir réalisé immédiatement ailleurs. Plus que jamais, nous constatons que la démocratie est difficile à conquérir et qu’il faut sans cesse la peaufiner.

 

Mot hérité de l’antiquité grecque, démocratie signifie souveraineté du peuple mais Abraham Lincoln (1809 – 1865) avait précisé ce mot, tant de fois galvaudé, de façon plus complète, en affirmant que la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». L’esprit de cette définition a d’ailleurs été repris dans la Constitution adoptée en 1958, dans notre pays.

 

Bien que son origine remonte à l’antiquité, la démocratie n’a commencé à gagner de plus en plus de pays qu’au cours du XXe siècle. La disparition de Nelson Mandela a été l’occasion de rappeler que ce n’est qu’en 1994 que l’Afrique du sud a permis à tous ses citoyens de voter.

 

Toujours en Afrique mais au nord, cette fois, la conquête démocratique avance malgré tout. Dans un contexte économique très délicat, avec un chômage important, l’Assemblée nationale constituante, le 26 janvier, a adopté une nouvelle constitution pour la Tunisie, trois ans après la fameuse révolution qui a lancé le Printemps arabe. Le pays sera dirigé par un exécutif bicéphale, un Président et un Chef de gouvernement, la place de l’islam est réduite et l’objectif de la parité hommes-femmes dans les assemblées élues est un objectif à atteindre. De plus, cette nouvelle constitution garantit la liberté de conscience, une première dans les pays arabes.

 

Chaque jour, l’actualité nous rappelle que cette conquête de la démocratie est une lutte, même dans les pays où on la croit bien installée. Depuis longtemps, la démocratie directe n’est plus d’actualité car les nombreux essais qui ont jalonné l’Histoire, ont échoué. Reste la démocratie indirecte, celle qui voit les citoyens élire leurs représentants que le régime soit parlementaire, présidentiel comme aux Etats-Unis ou semi-présidentiel comme en France depuis le début de la Ve République.

 

Enfin, ce type de fonctionnement, censé demander l’avis de toutes les personnes concernées, se retrouve aussi dans les organismes sociaux, les associations et certaines entreprises où l’égalité entre tous les membres doit être respectée et se concrétiser par des votes et des élections.

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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 00:00

Les souvenirs par David Foenkinos, nrf Gallimard, 2011, 265 pages

 

FOENKINOS--Les-souvenirs.jpg

 

Juste après La Délicatesse, roman adapté avec bonheur au cinéma, David Foenkinos a livré un autre texte tout en nuances et plein de sensibilité, basé sur une cascade de souvenirs.

 

Tout commence avec ce narrateur qui parle de ses grands-parents, de ce grand-père à qui il n’a jamais pu dire qu’il l’aimait : « Toute mon enfance, j’ai été émerveillé par ce personnage joyeux et facétieux. » Expliquant les problèmes de son père avec toujours beaucoup de délicatesse et de justesse, l’auteur est très agréable à lire.

 

Il aborde très justement tout ce qui touche à la vieillesse, cette maison de retraite où ses fils veulent emmener sa grand-mère. Bien sûr, elle refuse puis finit par dire : « D’accord. » Ensuite, il y cet appartement vendu par les enfants… Tout est vendu ou donné : « Ils n’avaient pas saisi la mémoire des objets… »

 

Le ton employé est toujours juste : « Il y a un âge où les seules sorties que l’on accepte sont les enterrements. » C’est justement là que le narrateur croise le regard d’une jolie fille et  le voilà qui revient dans ce cimetière en espérant la revoir. Régulièrement, une pause-souvenir vient interrompre le rythme de l’histoire et ce rendez-vous régulier est attendu par le lecteur car ces souvenirs, distillés comme de délicieux bonbons, sont parfois très émouvants. Ainsi, l’histoire de Sonia Semerson, cette danseuse classique russe qui quitte Paris pour tenter de retrouver son mari revenu dans son pays pour combattre durant la seconde guerre mondiale et dont elle n’a jamais eu de nouvelles.

 

La recherche de sa grand-mère qui a fugué de la maison de retraite, nous emmène à Étretat où notre homme, gardien de nuit dans un hôtel parisien et qui veut devenir écrivain, rencontre Louise. Ainsi, nous glissons dans la seconde partie du livre, cette histoire d’amour toujours imbriquée dans les soucis familiaux car les parents du narrateur causent quelques soucis.

 

Amour, disputes, réconciliations, la fin est moins riche en émotion mais Les souvenirs est un roman très touchant qui mérite vraiment une lecture se révélant à la fois distrayante et émouvante, poussant à la réflexion sur cette vie qui passe et fuit.

Jean-Paul

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6 février 2014 4 06 /02 /février /2014 00:00

Fusions et confusion  (Éditorial du 31/01/2014)

 

Après avoir été enterré plusieurs fois, le débat ressurgit. Ce que nous appelons le millefeuille administratif de la France est bien une réalité. Les dernières évolutions ne font qu’ajouter à la confusion, confusion qui coûte cher au pays.

 

Avec 37 000 communes, la France en a 4 fois plus que l’Allemagne ou l’Italie mais les 35 000 communautés de communes qui ont été créées, n’ont rien supprimé alors que les premières intercommunalités mises en place commencent à se regrouper. S’ajoutent 16 000 syndicats mixtes pouvant gérer l’eau, les ordures ménagères, etc… mais aussi 371 « pays », 101 départements et 26 régions dont les limites ont été fixées en 1960.

 

Depuis la dernière conférence de presse du Président de la République, les spéculations reprennent. Certains proposent de supprimer les départements mais François Hollande n’y est pas favorable, surtout pour les territoires ruraux. Alors, ce sont les régions qui sont dans le collimateur. Les projets de réduire leur nombre à une quinzaine existent mais les réactions sont vives de la part d’élus qui craignent de perdre tout ou partie de leur pouvoir et de se voir dépossédés de leur fief.

 

Devant ce genre de réforme pourtant indispensable tellement les doublons coûtent cher, le problème essentiel vient de ceux qui ont le pouvoir de décider mais ne veulent rien céder.  En France, nous sommes arrivés à un point tel que plus personne ne sait qui fait quoi. Logement, développement économique, aménagement du territoire et tant d’autres compétences se retrouvent à plusieurs niveaux alors qu’il faudrait qu’elles soient strictement et clairement identifiées.

 

Enfin, dans toute cette confusion, il ne faut pas oublier de mentionner cette loi votée en décembre dernier, créant 13 métropoles autour d’une grande ville. Celle de Lyon est la plus avancée puisqu’avec ses 1 300 000 habitants, elle reprend les compétences du Conseil général (aide sociale, voirie, collèges, petite enfance, transports), ne laissant plus que 436 000 habitants au département du Rhône. Si le nombre de fonctionnaires ne change pas, 4 000 d’entre eux sont transférée du département à la métropole et 1 milliards d’euros de recettes changent de caisse.

 

Ainsi, comme Barcelone ou Milan, Lyon détiendra une puissance économique beaucoup plus attrayante. Lille, Paris, Strasbourg, Rennes, Brest, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice vont suivre cet exemple.

Jean-Paul

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 00:00

Le Testament français par Andreï Makine

(Mercure de France) 309 pages

Prix Médicis, Prix Goncourt et Prix Goncourt des Lycéens en 1995

 

index-copie-1.jpgAvec de telles récompenses, un fait rarissime, il faut bien reconnaître que ce fut le livre de l’année 1995. Malgré le temps passé, nous étions curieux de réparer une négligence bien regrettable, à l’époque.

 

Dire qu’on avait refusé la nationalité française à un tel homme ! Fou amoureux de notre langue et de notre culture, Andreï Makine est né à Krasnoïarsk, en Sibérie, le 10 septembre 1957 mais a été élevé en français par sa grand-mère, Charlotte, fille de Norbert et Albertine Lemonnier : « Quant au français, nous le considérions comme un dialecte familial. » Égarée dans l’immensité neigeuse de la Russie, elle avait même appris aux femmes russes à dire « petite pomme »…lorsqu’on les prenait en photo…

 

Avec son style plein de sensibilité et de poésie, dans un français parfait, l’auteur fait revivre ses souvenirs d’enfance, retrouvant les photos de sa grand-mère lorsqu’elle était enfant et les traces d’un lointain amoureux français, avant grand-père Fiodor. Il y a aussi les articles de presse que Charlotte aimait à découper.

 

Andreï Makine fait revivre cette ville de Saranza, au bord des steppes, des souvenirs d’un charme indéfinissable, sa grand-mère qui n’allait pas s’asseoir avec les babouchkas qui l’appelaient « Choura » et les transformations apportées par la Révolution. L’église avait été amputée de sa coupole  et transformée en cinéma…

 

Alternant sa découverte progressive de notre pays et de Paris en particulier, avec la vie mouvementée de sa grand-mère, l’auteur détaille le retour de Charlotte en Russie, en 1921, comme infirmière de la Croix-Rouge parce qu’elle parle russe. La description de son voyage depuis Moscou jusqu’en Sibérie, dans un continent repu de sang, nous fait côtoyer l’horreur car elle découvre l’enfer. Toujours avec beaucoup de sensibilité, Andreï Makine nous fait partager le quotidien de ces femmes qui doivent surmonter les rigueurs d’un hiver qui tombe d’un seul coup, protégées seulement par leur isba.

 

Foisonnant de références historiques, le livre fait revivre la visite du tsar Nicolas II à Paris et la mort, quelques années après, de Félix Faure, le Président de la République qui l’avait reçu. Mort, à 58 ans, dans les bras de sa maîtresse, Marguerite Steinheil…Pour le jeune Andreï, ébahi, c’est la preuve du romanesque de cette France qui l’attire tant : « Les amants de l’Elysée m’aidèrent à comprendre Madame Bovary. » Les Français, toujours en train de revendiquer, l’étonnent beaucoup car ils ne sont jamais contents du statu quo, ce sont des mutins-nés, des contestataires par conviction, des râleurs professionnels. Les idées et les images s’entrechoquent, se poursuivent, se contredisent dans un amour-haine de la France où il n’arrive à faire éditer ses premiers livres qu’en faisant croire qu’ils sont traduits du russe…

 

Il serait bien vain de vouloir détailler tout ce qui foisonne dans ce roman autobiographique tellement émouvant et révélateur de ce que fut la vie d’une famille au fil de l’Histoire. Le Testament français  est accompagné d’un autre texte du même auteur : Confession d’un porte-drapeau déchu, une autre description de la vie de gens du peuple, en Russie. Bonne lecture !

Jean-Paul

 

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 18:15

Faucon ou colombe ?  (Éditorial du 24/01/2014)

 

Après huit années passées dans un coma artificiel, Ariel Sharon qui fut général dans l’armée et homme politique de premier plan en Israël, vient de décéder. À lui seul, cet homme représente toute la complexité d’une situation dont souffrent les peuples palestinien et israélien.

 

Ariel Sharon est né Scheinermann, en 1926, de parents qui avaient immigré en Palestine sous mandat britannique, depuis l’Europe centrale, dès 1920. Très jeune, il s’est engagé dans la lutte armée au sein de la Haganah. Dans cette armée secrète qui deviendra Tsahal en 1948, il se bat, mène des actions violentes contre la Légion arabe. En 1948, il est gravement blessé.

 

La guerre des Six jours, en 1967, voit notre homme se distinguer dans le Sinaï et son prestige commence à grandir. C’est après une nouvelle victoire de l’armée israélienne dans la guerre du Kippour, en 1973, qu’il abandonne l’uniforme pour se lancer en politique, son prestige ayant encore augmenté.

 

Ministre de l’Agriculture dès 1974, Ariel Sharon pousse aux implantations agraires juives en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Jusqu’en 1981, ce sont plus de 25 000 Juifs qui s’installent dans les territoires occupés.

 

Arrive 1982 et l’invasion du Liban que Sharon dirige en tant que Ministre de la Défense. Tsahal couvre les phalangistes chrétiens libanais lors des massacres de Sabra et Chatila. La Commission d’enquête officielle évoque sa responsabilité personnelle et le contraint à démissionner.

 

Quelques années plus tard, Ariel Sharon revient au gouvernement puis est député à la Knesset, le Parlement israélien. C’est en 1998, alors qu’il est Ministre des Affaires étrangères, qu’il fait avancer le processus de paix. Premier ministre en 2001, réélu en 2003, il stoppe les négociations avec Yasser Arafat et réprime très durement les activistes palestiniens. C’est sous son gouvernement que la barrière de séparation à l’intérieur de la Cisjordanie et autour de Jérusalem commence à être édifiée malgré une condamnation de l’Onu.

 

Plus le temps passe et plus Sharon devient réaliste. Il retire les troupes de Gaza et entame un désengagement des territoires occupés malgré l’hostilité de la droite israélienne. Alors qu’il était donné grand favori des élections de 2006, il est victime d’une attaque cérébrale.

 

Ariel Sharon a toujours été plus faucon que colombe. Ce n’est que dans les dernières années qu’il a accepté quelques concessions pour tenter de ramener la paix dans cette région où rien n’est encore réglé, le cycle infernal attaque – représailles ne semblant pas encore avoir de fin.

 

Jean-Paul

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