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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 09:28

Les guerres silencieuses  BD de Jaime Martin

Traduit de l’espagnol par Jean-Louis Floc’h, Éditions Aire Libre/Dupuis, 2013, 152 p.

 

Souvent, les générations précédentes fatiguent les plus jeunes en ressassant le passé. La vie telle qu’elle a été vécue au cours d’une époque assez proche semble, pour ceux qui écoutent et débutent la leur, aussi éloignée que la préhistoire…

1334_rot.jpg

Jaime Martin, jeune auteur barcelonais, fatigué par les récits de son père, décide d’en savoir plus et découvre une guerre oubliée, celle que mena l’Espagne, dans le Sahara occidental, fin 1957 et dans les premiers mois de l’année suivante. Ensuite, les jeunes Espagnols furent envoyés faire leur service militaire, là-bas, à Sidi-Ifni. Précisons que ce n’est qu’en 1969 que l’Espagne rendit au Maroc cette colonie du Sahara occidental.

 

José Martin, dit Pepe, père de l’auteur, faisait partie de ces jeunes recrues emmenées sur le territoire africain. Il raconte les brimades, toutes les absurdités d’un conflit oublié où l’ennemi est partout et nulle part. Ses carnets de mémoire et les photos qu’il a ramenés, sont une aide précieuse pour restituer ce passé.

 

En même temps, Jaime Martin décrit la vie sous la dictature franquiste avec le poids des traditions et de l’église catholique. C’est la deuxième guerre menée toujours en silence, guerre intérieure qui a tant marqué ceux qui l’ont subie.

 

Enfin, sans ménagement pour lui-même, l’auteur décrit tout le combat qu’il doit livrer pour aboutir dans son récit. S’il s’appuie sur sa famille, ce n’est pas sans difficultés. Sa mère, Encarna, disparue depuis, joue un rôle fondamental et c’est un bel hommage que son fils lui rend.

 

L’album est magnifique. L’histoire est découpée en chapitres et l’auteur joue bien de la couleur. Son dessin donne des visages très expressifs qui permettent bien de ressentir toute l’absurdité de cette vie de caserne, loin de tout. Ces jeunes avaient « faim, faim de sexe », faim de liberté. Là-bas, ils avaient été « reçus à coup de pierre et ils ont été renvoyés à coup de bâton. »

 

« Les guerres silencieuses » mêle avec bonheur récit historique loin de l’Espagne d’aujourd’hui et chronique familiale. Merci à Vincent de m’avoir fait découvrir cette BD émouvante et instructive à la fois.

Jean-Paul

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 16:15

L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA

par Romain Puértolas, Le Dilettante, 2013, 252 p.

 

789883.jpgJeune écrivain né à Montpellier, Romain Puértolas, après un premier livre édité à compte d’auteur, réussit un premier roman sortant vraiment de l’ordinaire et régalant le lecteur du début à la fin.

 

Tout commence avec cet Indien, Ajatashatru Lavash Patel, qui arrive en France en quête du premier magasin Ikea se trouvant sur son chemin afin d’acquérir « un lit Kisifrötsipik spécial fakir en petit pin suédois véritable avec hauteur des clous (inoxydables) ajustable. » Déjà, le sens de la formule est évident pour ce Lieutenant de la police des frontières qui affirme avoir écrit les pages de son livre sur son téléphone portable au cours de ses trajets dans le RER…

 

L’humour est présent à chaque page comme ce « chauffeur de taxi aussi à l’aise en anglais qu’un chien sur une patinoire », ce qui ne l’empêche pas d’être acide lorsqu’il entre dans le fameux magasin où « comme dans ses tours de magie, tout était faux, les livres, la télé, les robinets. » Il ose même un parallèle avec les casinos de Las Vegas où il n’y a pas d’horloge pour que les clients ne se rendent pas compte du temps qui passe et dépensent plus… comme chez Ikea !

 

Coincé dans son armoire, notre homme se retrouve, par un hasard incroyable, en Grande-Bretagne et le ton du livre change tout en gardant les bons mots et l’humour. Ajatashatru se trouve confronté à ceux qui fuient la misère et la faim : « Les vrais aventuriers du XXIe siècle. » Arrêté par la police des frontières, tiens, tiens… il subit un interrogatoire avant qu’on se débarrasse de lui. Il est envoyé à Barcelone avec les autres et c’est l’occasion de décrire toutes les inepties du traitement accordé aux clandestins.

 

Cette histoire vraiment extraordinaire se poursuit en Espagne puis en Italie, en Lybie avant le retour en France. Romain Puértolas a cru bon de faire intervenir un personnage récurent, le chauffeur de taxi et sa famille. C’est parfois un peu lourd mais c’est aussi parfois désopilant comme la scène de l’aéroport. Il était aussi inutile de répéter aussi souvent « prononcez … » pour les noms exotiques mais c’était amusant au début.

 

Enfin, l’auteur touche au monde de l’édition avec ce roman écrit sur une chemise mais le plus simple est de découvrir tout cela et de laisser à chacun le plaisir d’une lecture qui pourrait être résumé dans cette dernière citation : « Il avait fait un extraordinaire voyage de 9 jours, un voyage intérieur qui lui avait appris que c’est en découvrant qu’il existe autre chose ailleurs que l’on peut devenir quelqu’un d’autre. »

 

 

Jean-Paul

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 18:30

Pas pleurer  par Lydie Salvayre,

Seuil, 2014, 278 p.

Prix Goncourt 2014

 

paspleurercouverture.jpgAvec Hymne, Lydie Salvayre avait révélé la vie très complexe de Jimmy Hendrix. Dans Pas pleurer, œuvre littéraire riche et très diversifiée sur le plan de la langue, elle donne la parole à sa mère qui nous plonge dans l’Espagne de 1936, alors que la guerre civile va éclater.

 

D’emblée, l’auteure confie que sa mère est une mauvaise pauvre : « Une mauvaise pauvre est une pauvre qui ouvre sa gueule. » Le 18 juillet 1936, elle a 15 ans. Son village où de gros propriétaires ont confisqué les meilleures terres, est coupé du monde.

 

Parallèlement, tout au long du livre, Lydie Salvayre nous parle de Georges Bernanos dont le fils va se battre dans les rangs de la Phalange. Alors qu’il est installé à Palma de Majorque, l’auteur des Grands cimetières sous la lune , est profondément choqué par l’attitude de l’Église : « L’Église espagnole est devenue la Putain des militaires épurateurs. »

 

Mère de l’auteure, Montserrat Monclus Arjona est née le 14 mars 1921 et a toujours été appelée Montse ou Montsita. Elle a 90 ans et elle raconte. Son parler conserve les mots savoureux qu’elle crée en liant espagnol, catalan et français, une vraie  langue transpyrénéenne. Elle décrit la vie de villageois pris dans une tourmente qui va dévaster tout le pays avant de s’étendre.

 

Arrive José, le frère de Montse qui va vite s’opposer à Diego, le fils de don Jaime Burgos Obregón. Celui-ci a pris Montse comme bonne après avoir déclaré : « Elle a l’air bien modeste. », une remarque qui la blesse profondément. José défend passionnément les idées libertaires alors que Diego a adhéré au Parti Communiste, éternel conflit entre ceux qui ont le même idéal au départ mais n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la voie à suivre pour parvenir à une société égalitaire. Le camp républicain ne surmontera pas ces luttes fratricides.

 

Pas pleurer nous emmène aussi dans la Barcelone de 1936, une ville impossible à décrire. Montse la découvre et, pour elle, c’est un véritable séisme. Là, José veut vivre mais n’accepte pas de voir passer « les camions chargés de jeunes gens offerts à la boucherie. »

 

Approuvés entre autres par Claudel, le 27 août 1937, les évêques espagnols plébiscitent la dictature de Franco et Lydie Salvayre nous donne la liste des signataires sans oublier de dénoncer la lâcheté de pays, dont le nôtre, qui n’ont pas soutenu les démocrates espagnols et même interné ceux qui réussissaient à passer la frontière.

 

Bernanos a vu la terror azul, à Majorque, où 3 000 personnes ont été assassinées en 7 mois, soit 15 exécutions par jour, avec la bénédiction de l’épiscopat : « L’Église espagnole a révélé son visage effrayant. Pour Bernanos, l’irréparable  est consommé. » Il quitte Palma pour la France et sa tête est mise à prix par Franco.

 

Déjà mère de Lunita, Montse passe le Perthus le 23 février 1939 et mettra au monde Lidia quelques années plus tard, l’auteure de Pas pleurer qui livre ici un roman passionnant et indispensable.

 

Le 19 octobre 2014, à la Fête du livre de Saint-Étienne, Lydie Salvayre nous dédicaçait Pas pleurer en nous souhaitant « tout le meilleur ». Quinze jours après, son livre était récompensé par le prestigieux Prix Goncourt.

 Jean-Paul

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2 décembre 2014 2 02 /12 /décembre /2014 17:50

Le collier rouge  par Jean-Christophe Rufin,

Nrf Gallimard, 2014, 155 p.

 

collier-rouge.jpg

 

Un gros chien marron à poils courts, sans collier, avec une oreille déchirée, aboie sans arrêt devant la caserne déserte d’une sous-préfecture du Bas-Berry où Jacques Morlac est détenu prisonnier. Un homme est chargé de sa surveillance. Nous sommes en 1919 et ce prisonnier militaire doit être interrogé par le Chef d’escadron Hugues Lantier du Grez, juge chargé de son dossier.

 

Comme il nous en a donné l’habitude, Jean-Christophe Rufin livre un nouveau roman très bien écrit et plein d’enseignements. La Première guerre mondiale est terminée mais « Personne ne pouvait avoir vécu cette guerre et croire encore que l’individu avait une quelconque valeur. »

 

L’auteur apporte un éclairage très intéressant sur le Front d’Orient, à partir de Salonique, des batailles oubliées ou méprisées. Morlac y était et Lantier n’hésite pas à parler des « planqués » en Orient… Là-bas, notre homme a même été décoré de la Légion d’Honneur pour un acte de bravoure exceptionnel, en 1917.

 

Au fil des pages, tout est dit sur les différents ressentis des soldats : « Pour l’homme des villes, l’arrière, c’était le plaisir, le confort, la lâcheté, en somme. Pour celui des campagnes, l’arrière, c’était la terre, le travail, un autre combat. »

 

Profitant de rares permissions, avant de partir pour l’Orient, Morlac, grâce à Valentine, a pu lire Proudhon, Marx, Kropotkine et d’autres auteurs encore qui lui ont ouvert les yeux et donné envie de fraterniser avec l’ennemi bulgare, inspiré par la révolution russe. Son chien qui l’a suivi là-bas, ne peut pas comprendre cela : « Il était loyal, jusqu’à la mort, courageux, sans pitié envers les ennemis. »

 

Au travers de leurs discussions, Morlac révèle le fond de sa pensée à Lantier : « La seule victoire qui vaille est celle qu’il faut gagner contre la guerre et contre les capitalistes qui l’ont voulue. » Allant au bout de ses idées, le prisonnier refuse tout compromis mais l’amour de Valentine aura raison d’une logique implacable et bornée. Pour l’auteur, les décorations récompensent la part animale des hommes alors que la fraternisation aurait justement redonné priorité à notre humanité.

 

Jean-Christophe Rufin a situé Le collier rouge près de Bourges, sa ville natale où il a vécu plusieurs années. Son roman précédent, Le Grand Cœur , se passait aussi en partie dans sa région d’origine puisqu’il retrace la vie mouvementée de Jacques Cœur.


Jean-Paul

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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 10:29

Charlotte par David Foenkinos,

nrf, Gallimard (2014), 220 p.

Prix Renaudot et Prix Goncourt des Lycéens 2014

 

charlotte-david-foenkinos-L-HZft1e.jpegProfondément ému par le destin de Charlotte Salomon, peintre méconnue, David Foenkinos change ici complètement de style. S’il abandonne ses thèmes favoris, il conserve tout son talent. Mieux même, il prend le risque d’écrire en vers libres, un livre qui se lit d’une traite et bouleverse le lecteur : « J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer. »

 

En huit parties et un épilogue, l’auteur de La Délicatesse nous fait vivre sa quête, ses recherches fructueuses ou non, sur les traces de cette Berlinoise qui croyait avoir trouvé, en France, un refuge sûr mais fut dénoncée comme tant d’autres, pour finir gazée à Auschwitz, à 26 ans…

 

Nous faisons d’abord connaissance avec sa tante, prénommée déjà Charlotte, qui s’est suicidée à 18 ans. La sœur de celle-ci, Franziska Grunwald, est devenue infirmière durant la Première guerre mondiale et a rencontré Albert Salomon, jeune chirurgien, en France. Ils se marient mais Albert repart au front et Franziska, à Charlottenburg, un quartier de Berlin, met au monde Charlotte, le 16 avril 1917.

 

« Pour Charlotte, la voix de sa mère est une caresse » mais Franziska est touchée par le mal familial, la dépression, et réussit à se suicider, chez ses parents, où elle est censée se soigner, séparée de son enfant qui ne comprend pas et à qui l’on cache la vérité. L’auteur nous fait vivre l’enfance de Charlotte puis son adolescence quand son père se remarie avec Paula, une cantatrice :

« Paula partage avec la jeune fille l’amour qu’elle reçoit. »

 

Hélas, tout commence à dégénérer dans le pays car le nazisme s’impose peu à peu : Paula est insultée en plein concert parce qu’elle est juive. Faut-il quitter le pays ?

« C’est hors de question.

C’est ici, leur patrie.

C’est l’Allemagne.

Il faut être optimiste, se dire que la haine est périssable. »

 

 « En janvier 1933, la haine accède au pouvoir. »L’auteur ne se contente pas de suivre le destin de son héroïne mais dresse un tableau de ce qui se passe alors, citant de nombreux cas célèbres ou non. Un an avant le bac, Charlotte ne peut plus étudier mais elle réalise déjà des tableaux prometteurs car un voyage en Italie, avec ses grands-parents, a été comme un révélation grâce aux musées qu’ils ont visités.

 

Enfin admise à l’Académie des Beaux Arts, elle fait la connaissance d’Alfred Wolfshon, professeur de chant de Paula, un homme qui sera le grand amour de sa vie. En 1938, elle obtient le 1er Prix de l’Académie mais ne le recevra pas, une énorme humiliation. Son père est arrêté sans raison et envoyé dans un camp de concentration, au nord de Berlin :

« Les arrestations ont visé avant tout les élites.

Les intellectuels, les artistes, les professeurs, les médecins. »

 

S’il revient, profondément marqué, il veut que sa fille parte alors qu’il aurait besoin de sa présence. Vie mouvementée, vie bouleversée, celle de Charlotte se poursuit à Villefranche-sur-Mer puis à Saint-Jean-Cap-Ferrat où elle réalise son œuvre majeure : Vie ? ou Théâtre ?, des tableaux accompagnés d’un récit. Auparavant, l’État français enfermant les Allemands réfugiés, elle a été internée au camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques), avec son grand-père.

 

Avant le drame final, Charlotte Salomon a pris la précaution de confier son œuvre au Dr Moridis, un médecin de Nice, lui déclarant :

« C’est toute ma vie. »

Moridis la remettra à Ottilie Moore, riche américaine si généreuse avec Charlotte. Cette œuvre se trouve aujourd’hui au Musée juif d’Amsterdam où elle est, nous dit l’auteur, trop souvent reléguée dans les sous-sols.

 Jean-Paul

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 17:49

Come Prima, BD d’Alfred, Delcourt, 2013, 223 p.

 

616561-comeprima.jpgPrix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2014, Come Prima est d’abord un très beau livre. Alfred soigne les couleurs et son dessin parfois très simplifié sait aller à l’essentiel.

 

L’histoire se passe au début des années 1960 quand Giovanni retrouve Fabio, son frère, sorte de brebis égarée, pour tenter de le ramener dans leur Italie natale afin d’y retrouver leur père annoncé comme mort. Des pages aux teintes étonnantes sont là pour évoquer le passé et ce pays écrasé de soleil. La déchirure familiale est toujours là, causée par les années noires du fascisme. Le père, militant syndical et politique, n’a pas supporté qu’un de ses fils passe dans le camp des chemises noires puis choisisse la fuite…

 

Voilà donc Giovanni et Fabio dont les retrouvailles sont très mouvementées, à bord d’une Fiat 500, sur la route où les aventures se succèdent en même temps que les comptes tentent de se régler au fil des discussions et des rencontres.

 

Puis, il y a Maria qui a aimé les deux frères et que Giovanni retrouve au cours d’une scène centrale du livre, un grand moment, remarquablement dessiné, sorte de valse hésitation entre les draps blancs que Maria est en train d’étendre. Alfred a beaucoup de talent et cette séquence le prouve une fois de plus.

 

Certaines scènes sont dures, d’autres très tendres mais l’espoir subsiste jusqu’au bout d’une histoire que l’auteur a voulu bâtir comme un film italien de l’après-guerre, ces films qui décrivaient remarquablement la société de l’époque.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis de découvrir et d’apprécier ce bel album.

Jean-Paul

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 11:48

Mes Utopies…,  L’avenir de l’école se conjugue-t-il au passé ?

par Claude-Alain Kleiner, Éditions Attinger, 2014, 190 p.

 

CAK.jpgNé à Bâle (Suisse), en 1951, Claude-Alain Kleiner a profité de son début de retraite pour mettre par écrit son ressenti d’enseignant et ses idées afin que cette tâche si noble favorise toujours plus la réussite et le plein épanouissement de tous les élèves.

 

D’abord instituteur-maître de stage à La Chaux-de-Fonds pendant quatorze ans, il a été chargé  de mission ensuite au Service de l’enseignement secondaire pour le canton de Neuchâtel puis a été Inspecteur d’écoles à partir de 1990, pendant une vingtaine d’années. De plus, lorsque neuf communes ont fusionné pour créer Val-de-Travers, en 2009, il a été élu membre de l’exécutif, responsable de l’éducation, de la culture, des sports et des loisirs, charge qu’il a abandonnée depuis pour se consacrer pleinement à l’écriture.

 

Dès le début du livre, il précise ses intentions : « Transmettre, empreint de ce besoin permanent de m’inspirer des Aînés. Héritier d’un passé, je me suis toujours senti comme nanti d’un inconscient devoir moral d’inventer l’avenir. Projeter, encore et toujours… Initier, expérimenter, remédier. Au service des élèves, des plus démunis d’entre eux, au service de l’institution scolaire. En acteur plutôt qu’en spectateur. »

 

Il va sans dire que nous nous retrouvons complètement dans ces lignes comme lorsqu’il affirme que sa passion est « en permanence empreinte de raison ! » Pour Claude-Alain Kleiner « L’utopie n’est-elle pas toujours ancrée dans la réalité ? » Plus loin, il affirme : « Je crois à un monde meilleur au sein duquel l’école, dans sa définition politique d’institution républicaine, continuerait de tenir un rôle majeur. »

 

Ce retour nécessaire aux fondamentaux de la mission enseignante implique « un brûlant besoin d’humanisation… Cette école du cœur et du labeur, que je prône depuis toujours. » Il ajoute que l’école doit redevenir une « institution respectée dans son autorité, une autorité reconnue auprès des parents et de la population. » Ses utopies prennent racine dans ce passé, ressourcement indispensable afin de se projeter vers l’avenir car : « seuls des êtes instruits et éduqués sauront défendre les intérêts de nos démocraties. »

 

Après avoir posé la question du sens de l’école, il s’appuie sur l’expérience de la Suisse romande pour distinguer instruction, éducation, culture et citoyenneté. Les disciplines sont passées en revue, comme l’évaluation du travail de l’élève. Le chapitre consacré à l’enseignant m’a particulièrement touché car cet être à part, très mal rémunéré, «  dont la mission est sans doute la plus déterminante pour la vie future des enfants qui lui sont confiés », n’est pas différent aujourd’hui de celui qui exerçait hier.

 

L’implication de l’enseignant dans la vie de la collectivité à laquelle il appartient renforce les liens entre l’école et la communauté. Il n’oublie pas le transfert affectif indispensable aux apprentissages, l’apport efficace des nouvelles technologies et cette « relation pédagogique placée sous le sceau de l’autorité de l’enseignant, » qui « vise le plein épanouissement de la personnalité de l’enfant, dans le respect de son autonomie. »

 

Claude-Alain Kleiner donne aussi son avis sur ce système scolaire que l’élève devrait quitter par choix et non par exclusion, sur la formation des enseignants, sur les moyens et termine avec deux textes : la lettre de François Guizot aux instituteurs primaires, datée du 18 juillet 1833 et la circulaire de Jules Ferry du 17 novembre 1883. Dans la première, cet extrait me touche personnellement :  «  Destiné à voir sa vie s’écouler dans un travail monotone, quelquefois même à rencontrer autour de lui l’injustice ou l’ingratitude de l’ignorance… »

 

Enfin, je remercie vraiment du fond du cœur Claude-Alain Kleiner pour ses longues lettres si précieuses durant les années d’enfermement et pour avoir cité mon nom en préambule de mes Utopies…, le complétant par : Instituteur à Sarras en Ardèche.

Jean-Paul

 

Pour commander ce livre au prix de 29 € (frais d’envoi compris), merci de le faire par courriel directement auprès de l’auteur à kleiner@valtra.ch

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 20:36

 

Un brillant avenir  par Catherine Cusset,

Gallimard (2008), Folio (2010), 366 p.

 

fiche-de-code-160.jpgJonglant d’une époque à l’autre, de 2003 à 1941, puis 1988 ou en encore de 2008 puis à 1958, en passant par 1975 et 1998 et j’en passe, l’auteure raconte l’histoire d’une famille déchirée entre sa Roumanie d’origine, un échec israëlien et sa vie nouvelle aux États-Unis.

 

D’ailleurs, tout commence là-bas, à Manhattan, en 2003. Helen trouve Jacob, son mari, âgé de 72 ans, en fâcheuse posture… Nous apprenons qu’ils ont une petite-fille de 4 ans, Camille qui les relie à la France.

 

La saga familiale étant lancée, brusquement, nous sommes en Bessarabie (territoire partagé aujourd’hui entre la Moldavie et l’Ukraine), en 1941, avec Elena, petite-fille orpheline, obligée de suivre la famille qui lui reste, toujours en fuite, pour aboutir en Roumanie où son oncle et sa tante l’adoptent. Elena Cosma devient Elena Tiberescu.

 

Les époques se succèdent, s’entremêlent mais l’auteure maîtrise superbement tout cela, réussissant à maintenir son lecteur en haleine tout en éclaircissant petit à petit son tableau, les pièces du puzzle prenant leur place.

 

Les conflits ne manquent pas, tout au long de cette histoire mouvementée. Lorsqu’Elena annonce à ses parents adoptifs qu’elle veut épouser Jacob dont la famille est juive, cela se passe très mal : « Il n’y avait aucune relation entre eux et elle. Ils étaient brutaux et vulgaires. » La société roumaine étant antisémite, Jacob doit dire qu’il est Arménien pour pouvoir épouser Elena et ils devront porter son nom de famille à elle.

 

Le séjour parisien d’Elena, en 1968, décrit bien l’émerveillement ressenti par cette jeune Roumaine qui découvre Paris, Versailles et doit utiliser un stratagème afin de pouvoir rapporter au pays une paire de bottines pour Alex, son fils.

 

Ce fils, nous le retrouvons au USA, et ses amours avec Marie, la petite Française, animent une bonne partie de l’histoire assez tumultueuse entre Helen Tibb et sa belle-fille…Tout cela donne l’occasion à Catherine Cusset de bien décrire diverses sociétés à des époques différentes mais elle aurait pu nous épargner cette cigarette envahissante et omniprésente.

 

Si Catherine Cusset est née à Paris, elle vit à New-York. Elle prouve, tout au long du livre, qu’elle connaît bien la ville et le pays. Un brillant avenir est son neuvième roman et a été couronné, en 2008, par le Prix Goncourt des Lycéens, une récompense toujours significative.

 

Un grand merci à Gwen qui m’a offert ce livre qu’elle a aussi beaucoup aimé.

Jean-Paul

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 12:56

Fleur de tonnerre  par Jean Teulé,

Julliard, 2013, 282 p.

 

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À Plouhinec (Morbihan), au hameau de Kerhordevin, vit « Fleur de tonnerre – très jolie petite Hélène, blonde, coiffée comme un pissenlit et aux pattes maigres sous son jupon violet ». Voici sûrement la plus grande tueuse en série de tous les temps que Jean Teulé nous fait suivre dans ce roman qui sort encore de l’ordinaire.

 

Hélène Jégado baigne dans un monde peuplé de légendes et de contes permettant d’agrémenter les longues veillées, au coin du feu. Sa mère, Anne, ne cesse de parler de l’Ankou, « l’ouvrier de la mort », et des Poulpiquets, vilains nains velus et noirs qui hantent la lande et dansent autour des menhirs.

 

Dans la chapelle des Caqueux, Hélène a rendez-vous avec l’Ankou. « Dieu paraît vaincu en cette église dégénérée qu’éclaire un rayon de lune traversant un vitrail. » C’est ainsi que cette fillette s’identifie à celui qui donne la mort, se déplaçant avec sa karriguel, cette carriole qui grince et annonce son passage.

 

La première victime de Fleur de tonnerre, c’est sa mère dont elle prend bien soin : « Elle est devant quelqu’un qui va mourir… C’est comme la naissance d’une vocation. » Le père vend alors sa ferme et place sa fille au presbytère de Bubry, chez l’abbé Riallan, mais, au passage, elle a déjà empoisonné Michelet, l’homme qui l’a conduite jusque-là.

 

L’auteur a cru bon d’ajouter deux Normands dès le début de l’histoire. De mésaventure en mésaventure, nous les retrouvons tout au long du cheminement macabre de notre empoisonneuse qui cuisine partout où elle est placée. Ainsi, de lieu en lieu, à une époque où les moyens de communication sont rares, elle sème la mort et s’en va avant d’être soupçonnée.

 

Cette histoire romancée par l’auteur est véridique. Fleur de tonnerre a tué au moins 60 personnes, des gens qu’elle appréciait la plupart du temps et qui étaient bons avec elle. Lorsqu’on lui parle du retour des cendres de Napoléon en France, un instituteur lui dit qu’on lui doit 2 millions de morts. Elle s’exclame : « Combien ? » Interloquée, humiliée, elle ajoute : « Je ne sais pas ce qu’il cuisinait celui-là mais ce devait être un fameux tambouilleur. »

 

Utilisant l’arsenic, efficace à l’époque contre les rats, elle va ainsi jusqu’à Rennes où, comble de l’ironie, un ancien juge, professeur de droit, l’embauche comme cuisinière. C’est là, après une mort de trop, qu’elle est arrêtée : « Ah, je l’aurais manqué de peu, l’expert en affaires criminelles. » Hélène est confondue avec son lieu de naissance et les petits souvenirs qu’elle conservait de ses victimes.

 

Son procès commence quatre jours après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte du mardi 2 décembre 1859. C’est pourquoi on en a si peu parlé. Bien que son avocat ait plaidé la folie, elle est guillotinée le 26 février 1852 puis disséquée : « C’est incroyable, son cerveau est normal, ce qui met à mal la théorie du tueur né. Elle n’a pas la bosse du crime… »

Jean-Paul

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 09:45

Bleus horizons  par Jérôme Garcin,

Gallimard, 2013, Feryane, 2014, 244 p.

 

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La commémoration d’un centenaire comme celui de la Première guerre mondiale, effroyable massacre de toute une jeunesse, réserve quelques surprises comme celle de sortir de l’oubli ce poète oublié au nom à rallonge : Jean de la Ville de Mirmont.

 

Pourtant, François Mauriac qui fit ses études avec lui et fut son ami, avait célébré son talent. Gabriel Fauré avait mis en musique ses poèmes réunis sous le titre : L’horizon chimérique, ces mêmes poèmes qui inspirèrent plus tard Julien Clerc.

 

Louis Gémon, narrateur créé par l’auteur, rentre du front. À Paris, en permission, il retrouve la mère de son ami, Jean de la Ville de Mirmont « parti pour le front avec le pressentiment qu’il n’en reviendrait pas. » Il lui raconte leur première rencontre, à Libourne, le 12 septembre 1914 puis les combats, les villages rasés, les fermes détruites, les forêts brûlées : « La guerre puait. » Toujours avec beaucoup de réalisme sur leur vie, il ajoute : « L’avantage des mains noires de saleté, c’est qu’elles dissuadent de se ronger les ongles. »

 

Un obus allemand met fin à la vie de ce poète qui périt le 28 novembre 1914, à Verneuil, sur le Chemin des Dames. Jérôme Garcin n’oublie pas de parler aussi de Charles Péguy, tué à 41 ans et Alain-Fournier, mort aussi sur le front, à presque 28 ans, comme Jean de la Ville de Mirmont. Il évoque en plus Louis Pergaud, instituteur disparu à 33 ans, près de Verdun, Prix Goncourt en 1910 avec De Goupil à Margot et toujours célèbre aujourd’hui grâce à La guerre des boutons, roman adapté plusieurs fois au cinéma.

 

Hanté par le souvenir de cet ami, le compagnon d’armes imaginaire du poète disparu se lance dans une quête interminable de ce que fut cet homme fauché en pleine jeunesse comme tant d’autres. Il en sacrifie même sa vie sentimentale.

 

Jérôme Garcin est un passionné de littérature et son livre le confirme. C’est aussi un formidable hommage à l’amitié qui va bien au-delà de la mort. Avant de mourir à la guerre, Jean de la Ville de Mirmont avait été fonctionnaire à la Préfecture de la Seine, chargé de s’occuper des vieillards : « La littérature le dédommageait de l’ennui qu’il éprouvait à brasser du vide et à obéir aux ordres de bureaucrates qu’il méprisait. »

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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