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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 09:45

Porteurs de rêve   (D’une rive à l’autre : Algérie – France)

par Daniel Berthet, Kariel B. Edition, 2014, 217 p.

 

Délaissant les déboires des habitants de la Haute-Provence à la fin du XVIe siècle, Daniel Berthet, pour son quatrième roman, après Il faut sauver le Saint-Esprit, Justice aux poings et L’anneau de Saint-Jérôme, traite de la guerre d’Algérie et de ses conséquences. Sa façon d’aborder un sujet très délicat est vivante, passionnante et riche d’enseignements.

 

Tout commence à l’hôpital de la Timone, à Marseille, le 15 janvier 2009. Nous sommes dans la chambre de Béjan, à 4 h du matin et notre homme qui fut sergent en Algérie, se réveille d’un cauchemar lui ayant fait revivre les tortures appliquées dans une villa dominant Alger. Ce Cantalien d’origine a abandonné la ferme familiale pour l’armée, à 18 ans. Parachutiste, il est passé de « l’Amen du curé » à « Oui, Chef ! » Appréciant d’aller « casser du fell, dans le djebel », il se souvient de la réalité du terrain : « Arrestations arbitraires, interrogatoires musclés, détentions administratives, torture, viols, exécutions remplacèrent  nos rêves d’accrochages nocturnes avec les fellaghas. »

Sans titre

L’autre personnage essentiel de l’histoire arrive très vite mais nous sommes maintenant le 25 juin 1957, dans la forêt de Bouarfa, et on l’appelle El Batar ! Ce qu’il vit est terrible car « chaque millième de seconde est une éternité quand tu attends le coup fatal ! » Dans le Bordj Medeira, il est rejeté par tous car il n’a pas de parents. Un colporteur, El Moutanabi, lui a révélé ses origines et il est parti rechercher sa mère dans les bordels du pays ce qui lui a valu d’être arrêté et torturé pendant trois jours : « La torture n’est pas que blessure de chair, c’est aussi anéantissement de l’esprit… La torture tue définitivement  le droit au repos. »

 

Ainsi, l’histoire se poursuit, haletante, alternant entre ce qui s’est passé en 1957, là-bas, et Marseille. L’auteur maîtrise bien son sujet, situant précisément chaque scène, chaque épisode, en indiquant la date et le lieu. L’action se déplace aussi à Nanterre, à Paris où l’on côtoie ceux qui militent pour le Front de libération nationale, le FLN, et subissent une répression policière  qui s’abat sans discernement ni pitié. Daniel Berthet nous fait vivre de l’intérieur le massacre du 17 octobre 1961 et comment le Préfet de police, Maurice Papon, publia son communiqué outrancièrement mensonger.

 

Les rêves s’envolent pour les harkis comme Ben Gouasmi cherchant sa famille dans les camps de Saint-Maurice l’Ardoise (Gard), de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) et du Larzac (Aveyron). L’histoire se termine par un croisement de destins peu ordinaire que nous laisserons découvrir au lecteur.

 

Il fallait du courage et une profonde connaissance du terrain pour aborder un sujet aussi délicat mais la lecture de Porteurs de rêves permet d’avoir un autre regard sur la vie quotidienne de personnes assez ordinaires prises dans une tourmente qui les dépassait mais dont ils étaient les acteurs.

Jean-Paul

 

 

« Pour que vive la Liberté retrouvée » a écrit Daniel Berthet dans sa dédicace d’un livre dont la publication, comme il l’a fait pour ces ouvrages précédents, est associée à une action de solidarité en rapport avec le thème de son récit. Porteurs de rêves  parlant de la lutte contre la colonisation, chaque livre vendu permettra d’apporter 5 € à l’Association France – Palestine Solidarité pour participer au financement  de la rénovation de 45 maisons de Bédoins palestiniens, dans trois villages du sud de la vallée du Jourdain.

 

Voici le lien vous permettant de commander le livre. Et pour toute autre information :

www.danielberthet.com

Page Facebook : Porteurs de rêves

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 21:26

Trop de conflits  (Éditorial du 19/09/2014)

 

Les semaines qui viennent de s’écouler n’ont rien apporté de bien réjouissant et les deux mois d’été, assez pluvieux, n’ont pas vraiment joué leur rôle pour rehausser le moral des Français de plus en plus désorientés par les maladresses et  l’impopularité de leurs dirigeants.

 

Nos tracas hexagonaux ne seraient pas bien graves si, un peu partout sur la planète, drames et souffrances ne s’accumulaient. Alors qu’en Syrie la lutte pour le pouvoir s’éternise, l’extension ultra-rapide d’un État islamique en Irak et au Levant (EIIL) a relégué en arrière-plan le remplacement ou non de Bachar el-Assad. Ces jihadistes font de plus en plus la une de l’actualité en utilisant les atrocités qu’ils commettent, comme un fer de lance afin de terroriser les États-Unis et leurs alliés.

 

Les premières victimes de EIIL sont les populations elles-mêmes, obligées de fuir ou de se laisser massacrer sur place. Les exécutions sommaires se sont multipliées, l’État irakien étant incapable de surmonter ses divisions afin d’assurer la sécurité. Ces massacres causaient peu d’émotion dans le monde occidental jusqu’au moment où les décapitations barbares de journalistes américains ont profondément choqué. Ces mises à mort guerrières niant l’humanité des otages ne correspondent en rien aux principes de l’islam car ces hommes ont été traités comme des bêtes, la souffrance en plus.

 

Les problèmes que nous ne parvenons pas à résoudre chez nous déstabilisent tellement certains qu’ils sont prêts à tout lâcher pour rejoindre ce jihad. Ils commettent ainsi une grave erreur car ce mot ne signifie pas « guerre sainte ». Dans le Coran, le jihad « prescrit à l’être humain de lutter et de faire l’effort constant afin d’atteindre et de demeurer dans le droit chemin. »

 

D’autres conflits ne manquent pas d’inquiéter, révélant toutes les difficultés des êtres humains à dialoguer et à s’entendre. L’État palestinien promis depuis longtemps n’existe pas et les extrémistes de chaque camp poussent à la guerre. Les missiles partent de Gaza et Israël riposte en ratissant, détruisant mais ne se prive pas de continuer à créer des colonies sur des territoires palestiniens, au mépris de tous les accords internationaux.

 

Sur le flanc est du continent européen, l’appétit de Vladimir Poutine ne semble pas avoir de limites, mettant en péril la souveraineté de l’Ukraine après avoir annexé la Crimée. Les pays occidentaux punissent la Russie et ce pays ne se laisse pas faire… un engrenage bien dangereux.

 

En Lybie, il est bien tard pour comprendre que ce pays que l’on croyait libéré d’un dictateur, est en complète perdition, divisé par les factions avec, là encore, d’immenses souffrances pour la population. Sur ce même continent africain, le virus Ebola cause de plus en plus de ravages, montrant qu’il n’y a pas besoin des hommes pour apporter le malheur.

 

Difficile aujourd’hui de trouver une note optimiste pourtant indispensable mais ce repli identitaire qui gagne de plus en plus avec l’Écosse, bientôt la Catalogne mais aussi en France, n’est en aucun cas la solution au moment où union, coopération et compréhension devraient s’imposer.

Jean-Paul

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 08:42

Lambeaux  par Charles Juliet,

POL (1995) et Folio (2011),154 p.

 

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Charles Juliet a écrit Lambeaux à la seconde personne du singulier, un récit consacré à sa mère biologique d’abord avant de devenir carrément autobiographique ensuite. Ainsi, il touche particulièrement le lecteur, le faisant entrer dans une intimité pleine de délicatesse, même si la réalité est souvent très dure à vivre.

 

Aînée de quatre filles, sa mère s’occupe de la ferme, travaille du matin au soir. Classée meilleure élève du canton, elle doit pourtant abandonner l’école et parle de son instituteur : « Ces phrases qui s’écoulaient de ses lèvres. Simples, aisées, passionnantes. Et  qui, bien souvent, exprimaient exactement ce que tu souhaitais entendre. »

 

Toute la rudesse de la vie à la campagne est là avec ce père à qui elle a envie de parler sans y parvenir. Il a ses colères, jamais un remerciement, un encouragement : « Il ne te pardonne pas d’être une fille. »

 

 

Heureusement, il y a ce colporteur qui la fait rêver à un départ. La Bible est le seul livre qu’elle possède. Elle note et tient un journal sans s’en rendre compte. Puis il y a ce jeune étudiant qui lui permet d’ « aimer, oui, mais aimer sans contrôle, sans mesure, dans un don de soi éperdu. »

 

Finalement, elle épouse Antoine qui travaille dans une scierie et s’absente de plus en plus. Après avoir donné naissance à deux garçons et une fille, elle met au monde un quatrième enfant, ce qu’elle ne supporte pas, tant sa solitude est grande. Après une tentative de suicide, elle est internée en psychiatrie : « Une fosse où croupissent des démolis, des effondrés, les crucifiés de l’interminable souffrance. » Abandonnée par tous, elle meurt de faim sous l’occupation nazie, à 38 ans, sort que subirent 40 000 personnes, au moins, dans notre pays.

 

Dans la seconde partie, Charles Juliet rend hommage à son autre mère, celle qui l’a élevé et lui a donné beaucoup d’amour. Toujours à la deuxième personne du singulier, il raconte en fait son parcours qui le voit passer de la vie à la campagne à l’École des enfants de troupe d’Aix-en-Provence puis à Lyon, au service de santé militaire.

 

Son cheminement vers l’écriture est long et difficile car il se heurte à trois principaux obstacles : la violence de ses émotions, le trop grand désir de bien faire et l’admiration qu’il porte aux grands écrivains.

 

Charles Juliet termine ces Lambeaux en se posant beaucoup de questions, demandant aussi pardon à cette mère que, bien involontairement, il dit avoir poussée dans la tombe. Malgré tout, il conclut ainsi : « Et tu sais  qu’en dépit des souffrances, des déceptions et des drames qu’elle charrie, tu sais maintenant de toutes les fibres de ton corps combien passionnante est la vie. »

 

Un immense merci à Fred, Amandine, Josette et Jeannot pour ce livre plein de sensibilité et d’espoir.

Jean-Paul

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19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 09:37

Un nouveau départ  (Éditorial du 12/09/2014)

 

Une nouvelle rentrée est une belle occasion pour prendre un nouveau départ afin de bonifier ce temps passé privé de liberté. La zone socio-pédagogique est là pour offrir un maximum de chances à tous ceux qui veulent se mettre au travail afin de pouvoir retrouver le monde extérieur plus forts, nantis d’un bagage intellectuel et culturel plus riche et plus diversifié.

 

Les activités, coordonnées par le surveillant, sont suffisamment nombreuses pour que chacun trouve le cours ou l’atelier qui le fera progresser. Amaury Champetier, responsable local d’éducation (RLE) qui animera des cours de secourisme, a autour de lui une équipe d’enseignants de l’Éducation Nationale assurant 28 modules ou classes de 12 élèves, proposant des cours en français, anglais, espagnol, philosophie, histoire, géographie, niveau collège ou lycée. Ces cours sont complétés par la remise à niveau en Français langue étrangère (FLE), apprentissage de la lecture et de l’écriture dans le cadre de la lutte contre l’illettrisme, l’atelier du journal Hector sans oublier les cours d’informatique. Chaque année, de nombreuses personnes détenues réussissent et obtiennent des diplômes comme le DILF (Diplôme d’initiation à la langue française) réservé aux étrangers, le CFG (Certificat de formation générale), le DNB (Brevet), le DAEU (équivalent du Bac) mais aussi des licences ou des BTS (Brevet de technicien supérieur).

 

Les étudiants du GENEPI (Groupe étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées) viendront compléter l’équipe éducative avec du soutien scolaire en langues et divers ateliers. Enfin, il est possible pour chacun de s’inscrire à des cours par correspondance au CNED (Centre national d’éducation à distance) et à Auxilia, avec possibilité d’aide financière.

 

Le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) offre, tout au long de l’année, des actions culturelles (échecs, écriture, dessin, modelage, slam, théâtre, sorties au Musée Fabre, à l’Opéra).

 

Toujours dans la zone socio-pédagogique, l’entreprise Sodexo assure les entretiens pour le travail, les séances d’emploi-formation, des cours d’informatique et de rédaction de CV et l’Unité Sanitaire (US) de VLM anime des groupes de parole à propos de l’alcool, de la drogue. Il ne faut pas oublier le Relais Parents-Enfants qui ne cesse de renforcer les liens familiaux mais aussi Pôle-emploi et ses rendez-vous pris par l’intermédiaire du Spip, la permanence de la CAF (Caisse d’allocations familiales) le 3e jeudi de chaque mois, d’autres groupes de parole du CIDF (Centre d’information sur les droits des femmes et de la famille) et les cultes catholique, protestant, gitan et musulman qui accueillent les croyants.

 

Tout au long de l’année, Hector vous tiendra au courant de l’évolution de toutes ces activités pour lesquelles il est nécessaire de s’inscrire en utilisant les coupons de l’avant-dernière page du journal. Le planning de la bibliothèque, partie importante de la zone socio-pédagogique, où plus de 6 000 livres et documents vous attendent, sera aussi présent dans Hector, chaque semaine, pour permettre à chacun de pouvoir lire et s’informer.

Jean-Paul

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 10:09

Dernier convoi pour Buchenwald  par Roger Martin,

Le cherche-midi, 2013, 427 p.

 

dernier-convoi-buchenwald-1350525-616x0.jpg« Toute ressemblance avec des événements, des lieux, des personnes ayant existé n’a rien de fortuit »… et pourtant, Dernier convoi pour Buchenwald est un roman. Roger Martin réussit à faire vivre des personnages créés pour l’occasion avec d’authentiques hommes ou femmes ayant existé et vécu les faits décrits avec beaucoup de réalisme.

 

Robert Danglars dont le nom n’a pas d’importance, est dans ce wagon, le 14 mai 1944 : « Que peut-il y avoir de pire que cet enchevêtrement de corps transformés en loques ou en pelotes de nerfs à vif… » Par les mots, par le texte, Roger Martin réussit à décrire, à faire ressentir aussi fort que cela est possible, toute l’horreur vécue par tant d’hommes, de femmes et d’enfants.

 

« Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres tremblant dans ces wagons plombés… » comme l’a si bien chanté Jean Ferrat mais Dernier convoi place le lecteur là où « …l’air glacé de la nuit tétanise, où une effroyable puanteur de pisse et de merde imprègne chaque centimètre de la peau. » Si « l’homme ne peut vivre sans croire que le pire n’est jamais sûr… », il faut absolument lutter de toutes ses forces contre l’oubli et ce livre y contribue grâce au talent de l’auteur et à la précision de son récit.

 

Retour en arrière indispensable, Robert Danglars raconte sa jeunesse et sa formation à l’École Normale d’instituteurs, institution que Pétain supprime en 1941. Le récit prend corps nous ramenant à Compiègne, au camp de Royallieu où les départs se poursuivent alors que le débarquement de Normandie a déjà eu lieu.

 

Instituteur dans un village, à 12 km de Brest, il commence à militer pour un réseau de résistance de tendance trotskiste, partagé entre lutte armée et internationalisme. Arrestation, torture ne tardent pas après qu’il ait découvert l’amour auprès de Delphine. « … Rossé, battu, torturé presque quotidiennement  par des Français dans une prison française, » Robert Danglars vit ce que beaucoup d’hommes ont subi au cours de ces années terribles. Le chantage fait aussi partie de l’arsenal utilisé contre ceux qui luttent pour reconquérir la liberté.

 

Enfin, à partir du 14 mai 1944, nous découvrons la vie quotidienne à Buchenwald, « la forêt de hêtres » où les humains sont moins bien traités que des bêtes : « On ne peut dire l’indicible. On ne peut décrire l’indescriptible. On n’a pas encore trouvé les mots pour traduire l’horreur de la barbarie et du massacre de masse. »

 

Quand l’armée américaine arrive à Buchenwald, le 13 avril 1945, le camp a été libéré par les prisonniers eux-mêmes qui ont mis les SS en déroute. Ils sont encore 21 400 dont 3 000 malades et 3 000 invalides.

 

Dernier convoi pour Buchenwald est « Une plongée au cœur de l’Histoire, entre barbarie et espoir ! » comme l’a noté Roger Martin dans sa dédicace lors de notre rencontre à Vienne, pour Sang d’encre.

Jean-Paul

 

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 23:00

Journalisme, évolution en cours  (Éditorial du 27/06/2014)

 

Le déversement quotidien de l’information depuis les médias écrits et audiovisuels laisse croire que la profession journalistique peut vous caser bien tranquillement, pour de longues années. C’est principalement à la télévision que nous voyons toujours les mêmes éditorialistes ou commentateurs vedettes monopoliser micros et caméras. Derrière ce rideau de fumée, la réalité est bien différente.

 

Une enquête récente, dirigée par Christine Leteinturier, Maître de conférences en sciences de l’information à l’Institut français de presse (IFP) de l’Université Panthéon-Assas (Paris II), montre qu’une carrière moyenne de journaliste ne dépasse pas 15 ans. Dans ce métier, comme dans bien d’autres, les carrières sont courtes, la précarité est en hausse et lorsqu’un journaliste subit une vague de licenciements, il éprouve de plus en plus de difficultés à retrouver du travail.

 

En 1990, 8,4 % des journalistes travaillaient en CDI (contrat à durée indéterminée) mais dix-huit ans plus tard, ce pourcentage a chuté à 1,9 % ! Sur les 36 000 journalistes français titulaires d’une carte de presse, un tiers seulement peut espérer faire une longue carrière. Les autres doivent se contenter de contrats précaires, travaillant à la pige, c’est-à-dire seulement payés pour les reportages, textes ou photos diffusés ou publiés, ou encore avec un CDD (contrat à durée déterminée) mais aussi, de plus en plus, avec des contrats de qualification et des stages…

 

La réalité économique et l’évolution des habitudes obligent la presse écrite à hausser ses tarifs comme l’ont fait récemment Le Parisien, Libération et surtout Le Monde qui a atteint le seuil symbolique de 2 euros. Si cela apporte de l’argent dans les caisses, les ventes continuent de chuter. Devant ces transformations et cette crise permanente de la presse écrite victime d’une désaffection croissante des lecteurs, une enquête comme celle de l’IFP, publiée sous le titre « Les journalistes français et leur environnement (1990 – 2012) » ouvre d’autres horizons.

 

En effet, est constatée une diminution de la production d’informations dans tous les médias où l’on confond de plus en plus information et communication. De plus, le champ d’action des journalistes se limite trop à l’information générale et politique alors que des besoins réels existent, tant sur le web que sur papier, dans les secteurs spécialisés comme le social, le juridique, l’économique et le scientifique. Un nouveau modèle de presse se prépare mais reste à encore à inventer.

Jean-Paul

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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 23:00

Du Yorkshire aux Champs-Élysées  (Éditorial du 4/07/2014)

 

Le Tour de France semble prendre goût aux départs insulaires car, pour sa 101e édition, ce samedi 5 juillet, il s’élance depuis le centre du Royaume-Uni, à Leeds, capitale du Yorkshire. Les trois premières étapes d’un feuilleton comptant 21 épisodes auront donc l’accent anglais car les coureurs visiteront en plus Harrogate, York, Sheffield, Cambridge et Londres.

 

Retrouvant le continent au départ du Touquet pour Villeneuve-d’Asq, les trois étapes qui suivront marqueront le centenaire du déclenchement de la Première guerre mondiale. Ypres, ville belge tristement célèbre pour les attaques au gaz moutarde appelé depuis ypérite, lancera la 5e étape, redoutée par tous les grimpeurs puisque 9 secteurs pavés de Paris-Roubaix sont au menu avant l’arrivée à Arenberg. Entre Arras et Reims, les coureurs traverseront un champ de bleuets, au Chemin des Dames, nouvel hommage aux Poilus morts sur les champs de bataille, comme le lendemain, entre Épernay et Nancy  en passant par Verdun.

 

Si une cinquantaine de coureurs ayant disputé le Tour depuis sa création, en 1903, ont été tués entre 1914 et 1918, trois anciens vainqueurs ont disparu au cours des combats : Lucien Petit-Breton (1907 et 1908), François Faber (1909) et Octave Lapize (1910).

 

Entre Tomblaine et Gérardmer, le Tour abordera les Vosges, continuant dans ce massif jusqu’à Mulhouse plus, le 14 Juillet, une terrible étape se terminant au sommet de La Planche des Belles Filles.

 

Après une journée de repos à Besançon, la course piquera au sud jusqu’à Oyonnax pour honorer le Jura. Elle s’offrira un bref échantillon de Massif Central avec l’arrivée à Saint-Étienne, une étape partie de Bourg-en-Bresse car deux journées alpestres se profilent avec l’arrivée à Chamrousse puis l’étape GrenobleRisoul, le samedi 19 juillet, avec le col d’Izoard (2 360 m), toit du Tour 2014.

 

Entre Tallard et Nîmes, les sprinters pourront se défouler avant une seconde journée de repos programmée à Carcassonne, ville qui lancera l’assaut des Pyrénées avec la plus longue étape (237,5 km) se terminant à Bagnères-de-Luchon après le terrible Port de Balès. Le 23 juillet, de Saint-Gaudens au Pla d’Adet, il y aura 4 cols au programme. Le lendemain, en Pau et Hautacam, le col du Tourmalet rappellera le souvenir d’Octave Lapize, déjà cité, premier coureur du Tour à avoir franchi ce col en tête.

 

De Maubourguet à Bergerac, ce sera presque plat, juste avant la seule étape contre-la-montre au programme, une première depuis 1953 : 54 km entre Bergerac et Périgueux. Les coureurs ne traîneront pas ensuite pour gagner Évry, lieu de départ de la dernière étape, le dimanche 29 juillet, pour Paris, les Champs-Élysées et l’Arc de Triomphe dont les coureurs feront à nouveau le tour, comme en 2013.

 

Christopher Froome se succèdera-t-il à lui-même ? Alberto Contador ne semble pas d’accord. Côté tricolore, ce serait encourageant de faire mieux que le jeune Romain Bardet, 15e en 2013…

Jean-Paul

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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 15:00

En finir avec Eddy Bellegueule  par Edouard Louis,

Seuil, 2014, 219 p.

 

À 21 ans, Édouard Louis ne s’appelle plus Eddy Bellegueule, un nom qu’il a porté pendant une vingtaine d’années. Dans son premier roman, il se livre à un exercice très difficile puisqu’il parle de ce qu’il a vécu, de toutes les souffrances qu’il a endurées mais aussi de ce qui lui a permis de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouvait.

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« De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. » Dès la première phrase, il est difficile au lecteur de ne pas être en empathie avec ce garçon qui subit les crachats dans la figure, qui voit son père ivre très souvent et qui se sent un squelette dans une famille d’obèses…

 

Eddy Bellegueule est un nom de dur mais, « Très vite, j’ai brisé les espoirs et les rêves de mon père ». Ses manières sont féminines et ses goûts aussi. Ses parents le traitent de « gonzesse ».

 

Toujours avec cette souffrance à fleur de peau, ce mal-être qui l’empêche de répondre à ce qu’on attend de lui, Eddy fait pourtant des efforts : « On essaye dans un premier temps d’être comme les autres et j’ai essayé d’être comme tout le monde. » Chaque matin, il se dit : « Aujourd’hui, je serai un dur. » Ses tentatives avec Laura puis avec Sabrina sont un échec. Eddy ne peut qu’accepter et vivre cette homosexualité qu’il a découverte et appréciée avec d’autres camarades de son village.

 

C’est au collège qu’il reçoit coups et crachats de la part de deux garçons qui l’ont pris en grippe : « J’appréciais l’école. Pas le collège, la vie du collège : il y avait les deux garçons. Mais j’aimais les enseignants. Ils ne parlaient jamais de gonzesses ou de sales pédés. Ils nous expliquaient qu’il fallait accepter la différence, les discours de l’école républicaine, que nous étions égaux. »

 

Pauvreté, manque d’argent, la vie quotidienne dans son village de Picardie n’est pas facile. Eddy n’a plus qu’une issue : la fuite, n’ayant pas réussi à être comme les autres. « Il fallait fuir. » Son talent pour le théâtre lui permet de partir pour un lycée d’Amiens et l’internat.

 

En finir avec Eddy Bellegueule est un livre dérangeant et terriblement émouvant. Si son auteur l’a qualifié de roman et non d’autobiographie, c’est qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. Par contre, sa lecture donne l’occasion d’une réflexion salutaire sur l’acceptation des différences et sur les souffrances que peuvent causer certaines réflexions et attitudes.

Jean-Paul

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 14:42

Xénia  par Gérard Mordillat, Calmann-Lévy, 2013, 375 p.

 

1480317-gf.jpgGérard Mordillat l’a déjà prouvé à de nombreuses reprises, comme dans Les vivants et les morts, il n’a pas son pareil pour nous plonger dans la vie telle que tant de nos concitoyens la connaissent et dont on parle bien peu.

 

Xénia a 23 ans et un bébé, Ryan, qu’elle doit le plus souvent emmener avec elle sur son lieu de travail, dans ces ménages qu’elle fait très tôt le matin ou tard le soir. Travers, patron sans scrupule de la POP (Propre en Ordre Partout), bafoue les lois du travail mais s’en moque. Xénia fait front car les catastrophes s’enchaînent.

 

Heureusement, il y a Blandine, sa voisine, mère de Samuel, ado métis, qui souffre beaucoup de perpétuels contrôles d’identité et qui n’arrête pas de lire Malcom X et Frantz Fanon. Avec 700 euros par mois, au mieux, Xénia, se bat pour survivre : « Xénia a des abdominaux solides, des bras et des cuisses musclés par les ménages, c’est sa force, son capital. » Mais « Xénia vit perdue dans un tunnel dont elle ne peut apercevoir l’issue. C’est un oiseau affolé qui court d’un côté, tantôt de l’autre, espérant retrouver l’air libre, la lumière du ciel. »

 

Dans sa cité des Proverbes, il y a aussi Aziz et sa mère. Tous sont très solidaires comme ce pauvre garagiste surnommé Biglouche. Au fil des événements, l’auteur dépeint avec justesse tous les problèmes dont souffre notre société : les sans papiers, le monde de la finance, la violence, le racisme ordinaire, l’ouverture des magasins le dimanche et les journées de travail ne respectant même pas un rythme de vie décent.

 

Les drames familiaux sont aussi présents dans ce quotidien qui défile et que personne ne maîtrise vraiment. Arrive enfin Gauvain qui va ouvrir d’autres horizons à Xénia qui sait se donner sans retenue. L’intime description des quatre points cardinaux qu’il réalise pour elle, est tout à fait charmante.

 

Xénia est un roman très actuel, un véritable document sur notre époque qui se lit d’un trait. Malgré un constat très sombre, Gérard Mordillat ne perd pas tout espoir car, avant d’ouvrir une fenêtre assez optimiste, il montre ce que la lutte commune peut obtenir quand chacun met de côté l’individualisme forcené.

Jean-Paul

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 15:28

Croquer le millefeuille  (Éditorial du 20/06/2014)

 

Le découpage administratif de la France en 27 régions (22 en métropole et 5 outre-mer) avec ses 101 départements, sa quinzaine de métropoles, ses 2 581 communautés de communes et ses 36 681 communes va sûrement évoluer au cours des années à venir.

 

Cela couve depuis longtemps avec son lot d’annonces et de démentis mais la fermeté du Président de la République, François Hollande,  et de Manuel Valls, son Premier Ministre, semble lancer enfin ce toilettage indispensable qui commencerait à croquer le millefeuille administratif de la France.

 

Rien ne sera simple. Chaque fois que des limites de territoire sont tracées, surgissent des mécontents qui ont souvent de bons arguments à faire valoir. Il faudra écouter, débattre et surtout trancher pour que cette réforme, souhaitée par tous mais voulue par trop peu, devienne enfin effective.

 

La carte présentée au début de ce mois de juin, fait passer la France métropolitaine de 22 à 14 régions. Outre-mer, La Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Mayotte ne sont pas concernées. Avec Île-de-France, la plus peuplée de toutes les régions de l’Union européenne (12 millions d’habitants), 6 autres régions ne bougeraient pas : Aquitaine, Bretagne, Nord-Pas-de-Calais, Corse, Pays-de-Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Si certaines régions ne bougent pas, cela change ailleurs… Le gouvernement propose 7 regroupements, tous discutables sauf celui des deux Normandie. Il ne touche pas aux limites déjà définies, procédant ainsi à des collages : Poitou-Charentes avec Centre et Limousin, Basse et Haute-Normandie, Alsace et Lorraine, Picardie et Champagne-Ardenne, Auvergne et Rhône-Alpes, Bourgogne et Franche-Comté, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

 

Apparaissent alors de grands blocs dont le plus étendu serait Centre-Poitou-Limousin (81 903 km2), Guyane mise à part avec ses 83 534 km2. Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon arriverait au troisième rang avec 72 724 km2, devant Auvergne-Rhône-Alpes (69 711 km2, la plus petite restant Mayotte avec 376 km2.

Côté population sur le plan de l’UE, Île-de-France déjà citée devancera toujours Lombardia et Andalucía mais Auvergne-Rhône-Alpes serait au 4e rang avec 7,7 millions d’habitants et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait propulsée à la 8e place avec 5,7 millions de personnes.

 

Enfin, il faudra trouver des noms un peu plus courts et s’attaquer aussi aux départements dont la disparition est annoncée pour 2020, sans oublier que la lutte pour l’emploi, la recherche et la formation devront être les priorités de ces nouvelles structures réclamant toujours plus de compétences.

Jean-Paul
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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La Feuille d'Hector après le 9 juin 2013
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