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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 09:16

Pays perdu  par Pierre Jourde,

L’Esprit des Péninsules (2003), Pocket (2005) 166 p.

 

9782266143783.jpgUne fois n’est pas coutume mais là, il n’est pas possible de dissocier ces deux livres de Pierre Jourde : Pays perdu et La première pierre dont nous parlerons un peu plus loin.

 

Enseignant et écrivain, Pierre Jourde a beaucoup bourlingué dans de nombreux pays mais c’est en Auvergne, dans le Cantal, que sont ses racines : « C’est un pays perdu, dit-on ; pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire. Rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant on puisse s’en emplir. »

 

Dans ces quelques lignes, il y a la quintessence d’un livre qui a été si mal compris. Revenant au pays pour l’enterrement de Lucie, la petite fille de François et Marie-Claude, Pierre Jourde revoit tout ce qui fait la vie, là-haut. Il lie cela à la mort de son père et, de son style qui peut être percutant et très poétique en même temps, il parle des gens, des machines agricoles qui estropient, des bêtes, des accidents. Il est impossible de détacher une description plus qu’une autre car Pays perdu est un ensemble qu’il faut lire d’une seule traite.

 

Au fil des pages, il n’oublie rien : « Le sort prématuré des maisons qui s’enfoncent en elles-mêmes et ne laissent que le moins possible d’ouvertures au froid polaire de l’hiver. La suie et la sueur, le purin et la poussière comme une tunique protectrice. »

 

Mais, ce qui n’était pas prévu, ce livre a une suite.

 


La première pierre  par Pierre Jourde,

nrf – Gallimard. (2013), 189 p.

 

Un an après la parution de Pays perdu, alors qu’aucun de ses précédents livres n’était jamais parvenu là-haut, la polémique bien orchestrée est lancée : « Surtout, tu ne cognes pas… Si on t’agresse, tu ne réponds pas. » Pierre Jourde, son épouse et ses trois enfants, revenus pour passer quelques vacances dans leur maison, sont littéralement agressés, violentés.

 

Pourtant, après avoir reçu insultes et menaces, il avait pris la peine d’écrire à chaque habitant de Lussaud pour expliquer sa démarche d’écrivain mais ce fut en pure perte. Ici, l’auteur parle à la deuxième personne du singulier, ce qui donne un caractère encore plus émouvant au texte : « Si tu as écrit ce livre, c’est par amour du pays, tu y viens deux à trois fois par an depuis ta naissance. »

 

On lui reproche d’avoir révélé des histoires intimes alors qu’il avait changé tous les noms sans révéler le nom du Pays perdu : «… il y en a qui ne les savaient pas dans la famille. » À peine arrivé, tout dégénère : « Les pierres commencent à voler. Tout le monde s’y met. » Ses deux aînés, métis, sont traités de « sales Arabes » et son plus jeune fils, âgé d’un an est blessé à la tête. Le sang coule.

 

Tout cela aboutit deux ans après au tribunal d’Aurillac et les auteurs des violences sont condamnés mais rien n’est terminé. Pierre Jourde va plus loin dans ce livre pour tenter de comprendre et d’expliquer pourquoi des gens avec lesquels il partageait tant de choses en sont arrivés là.

Jean-Paul

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 17:27

Citoyenneté à revoir  (Éditorial du 11/04/2014)

 

Cela a été dit et répété : les récentes élections municipales ont enregistré un total record d’abstentions. Alors que le droit de vote est une conquête, il est trop souvent délaissé par de nombreux citoyens préférant rester chez eux au lieu d’aller exercer un droit essentiel dont beaucoup d’être humains sont encore privés.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, il faut reconnaître que ces élections locales ont un caractère bien particulier. Chacun peut y trouver matière à commentaire confortant son propre camp ou mettant à mal le camp adverse.  Lorsque les résultats sont franchement défavorables à la majorité dirigeant le pays, sanctionnent-ils le pouvoir en place au bénéfice de l’opposition ou bien ont-ils simplement une signification très locale ?

 

La réponse doit être tempérée et il faut éviter tout commentaire excessif car les deux  éléments se mêlent et se confondent. À cela, il faut ajouter un phénomène prenant une ampleur inhabituelle : la liste unique a été très souvent de mise dans de très nombreuses communes, parfois de taille conséquente, limitant ainsi le choix… puisqu’il n’y en avait pas.

 

Comment exprimer un avis lorsqu’aucun candidat ne représente ce que l’on pense ? Jusqu’à ce scrutin de 2014, il était encore possible, dans les communes de moins de 3 500 habitants, de rayer les candidats ne convenant pas et même d’ajouter des noms pour les remplacer. Depuis la loi de 2013, le seuil a été abaissé à 1 000 habitants. Ainsi, dans toutes les communes comptant plus de mille habitants, le scrutin se fait sur liste entière, toute rature entraînant la nullité du vote. Les votes nuls ou blancs n’étant pas décomptés comme suffrages exprimés, l’abstention a été aussi un choix ne signifiant pas un désintérêt pour la vie publique mais simplement une désapprobation citoyenne.

 

Pour la prochaine échéance électorale, les élections européennes du dimanche 25 mai, ce sera complètement différent. En France, pas moins de quinze listes vont se présenter à nos suffrages afin de constituer le Parlement européen. Avec un tel éventail, il n’y aura aucune excuse pour les abstentionnistes d’autant plus que les lois votées par ces députés élus pour cinq ans touchent au plus près notre vie quotidienne. Aussi, il est fortement conseillé d’effectuer sans attendre les formalités pour voter par procuration.

 

Notre pays enverra 74 députés à Strasbourg. Ils feront partie d’un hémicycle réunissant 751 élus représentant 28 pays, chacun ayant un nombre de députés proportionnel à sa population. Si nous donnions tort à ceux qui annoncent déjà un désintérêt croissant pour ce type de consultation ?

 

Jean-Paul
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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 15:54

La légende de nos pères  par Sorj Chalandon,

Le Livre de Poche (2012), Grasset, 2009, 253 p.

 

legende-de-nos-peres-01.jpg

 

Entre Mon traitre et Retour à Killybegs, Sorj  Chalandon a livré un quatrième roman qui aborde le problème des souvenirs entretenus, enjolivés, transformés au gré de l’auditoire pour peu que celui-ci soit attentif et assoiffé de récit.

 

Biographe familial,  le narrateur se charge d’écrire les vies que ses « clients » lui confient, un système bien huilé qui va cependant se gripper lorsque Lupuline vient lui demander de rédiger les souvenirs de son père, cheminot  et résistant à 20 ans.

 

Dès le début du livre, nous sommes à l’enterrement de Pierre Frémeaux, père du narrateur, né le 14 novembre 1907, déporté avec le convoi du 27 avril 1944. « Son retour de camp, c’était cela. Des résistants en trop, des déportés en plus, une humanité dont on n’a su  que faire. » Le père n’était guère bavard et l’évidence est là : « On fait son deuil, mais on ne revient pas d’un rendez-vous manqué. » L’auteur livre là une page admirable, très émouvante.

 

Commencent alors les rencontres avec celui qui se fait appeler Tescelin Beuzaboc, 84 ans. Rien n’est simple. L’atmosphère est tendue et nous sommes en pleine canicule, à Lille, en 2003. L’homme a du mal à parler de ce qu’il a fait, se contentant de raconter la guerre. Lupuline propose alors ses notes d’adolescente car son père excellait à raconter ses actions d’éclat contre l’occupant allemand.

 

Peu à peu, le biographe est pris au piège entre ce que l’homme raconte, ce qui s’est passé réellement et ce qu’a vécu son propre père. C’est l’occasion de rappeler des drames comme ces résistants fusillés à Lille, Arras, au fort de Bondues, à Saint-Quentin…

 

Que faut-il laisser à la postérité ? « Vous avez hérité de votre père sa vérité et moi, je ne veux pas léguer mes mensonges », affirme Beuzaboc. Une fin très digne pour cette Légende de nos pères, un livre très courageux.


Jean-Paul

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 23:00

Que faire ?  (Éditorial du 4/04/2014)

 

Même si cette façon de raconter la Première Guerre mondiale a essuyé quelques critiques, il ne fallait pas manquer la diffusion d’Apocalypse, en cinq épisodes, sur France 2, les mardis 18, 25 mars et 1er avril.

 

Ce documentaire passionnant et très instructif montrait bien toute l’insouciance qui prévalait en 1913, dans les derniers mois précédant le conflit. Personne ne pouvait prévoir pareil embrasement alors que, comme la plupart du temps, les dirigeants d’un pays qui décident de se lancer dans une guerre, affirment que cela va être vite réglé.

 

Enfin, est apparu clairement le caractère mondial de ce conflit qui a embrasé de nombreuses régions du monde, impliquant des soldats venus des antipodes ainsi que de plusieurs pays d’Afrique. Trop souvent, nous nous limitons au conflit franco-allemand alors que des nationalismes exacerbés ont causé la mort de beaucoup trop d’hommes sur de nombreux champs de batailles.

 

Même si un parallèle avec ce qui s’est passé il y a un siècle pourrait sembler hasardeux, ce qui se passe actuellement en Ukraine ne manque pas d’inquiéter. La volonté de Vladimir Poutine d’élargir l’influence de la Russie à l’est de l’Europe est réelle. Son efficacité prouve toute l’impuissance de l’Union européenne (UE), comme de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), cette organisation politico-militaire destinée à défendre les pays européens contre toute menace extérieure.

 

Ne pas oublier le passé est important afin de ne pas hypothéquer l’avenir. Ainsi, il faut se rappeler qu’en 1990, les pays occidentaux, USA en tête, avaient promis que l’Otan n’irait pas au-delà, après la réunification de l’Allemagne. Depuis, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie, en 1999, puis la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie en 2004, ont adhéré à l’Otan.

 

Le pouvoir russe réagit ainsi brutalement à ce qui ressemble, vu de Moscou, à une tentative d’étouffement. En 1954, Khroutchev, principal dirigeant de l’Union soviétique, avait offert la Crimée à l’Ukraine qui n’acquit sa véritable indépendance qu’en 1991. Après une caricature de référendum organisé à toute vitesse, Poutine a repris ce territoire et fait maintenant planer une menace sérieuse sur tout ou partie du reste de l’Ukraine.

 

Les premières sanctions prises par les pays occidentaux à l’égard de la Russie semblent bien dérisoires mais tout le problème est de savoir où s’arrêtera l’escalade, un engrenage qui a déjà produit, nous l’évoquions plus haut, de terribles catastrophes.

Jean-Paul

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 14:56

L’inauguration des ruines  par Jean-Noël Blanc,

Éditions Joëlle Losfeld, 2013, 416 pages.

 

inauguration-ruines-1293403-616x0.jpg

 

Ce livre commence bizarrement avec cette vieille Joroastre du Briet et cette Kathy Katrina qui découvrent un poupon vivant enveloppé de toiles d’araignées. C’est pourtant ainsi que débute la vie de Loÿs, une vie que Jean-Noël Blanc nous conte avec une verve incroyable et une imagination dense mais toujours proche du réel.

 

Régulièrement, nous retrouvons Loÿs en vieillard égrillard sous perfusion qui n’en finit plus de mourir, au bord de la Méditerranée, contemplant des jeunes gens nus qu’il paie pour s’ébattre devant sa fenêtre, sans oublier d’apprécier les formes de l’infirmière…

 

Il est temps pour l’auteur de nous plonger dans cette vie extraordinaire, la vie de celui qui devint un riche industriel mais qui, chez les Jésuites, où il était interne, était traité de « paysan, péquenot, rustre, maraud, pedzouille, pouilleux, bouseux… » tout en sachant se faire respecter à coups de poings.

 

Ce phénomène, véritable force de la nature, achète, vend, revend et possède vite la moitié de Neaulieu, sa ville où il dirige aussi l’usine de tissage, activité qu’il développe et diversifie rapidement. Le récit est entrecoupé de poèmes, de théâtre, de citations.

 

Un jour, les ouvriers des manufactures Le Briet se révoltent et l’armée tire faisant 13 morts et 21 blessés…Cela n’empêche pas le héros de faire construire son Palais du Travail et du Capital dont nous suivrons les aventures jusqu’au bout du livre. N’ayant pas d’enfant, Loÿs forme son neveu, Fandorle pour lui succéder et sait parfaitement s’attirer les bonnes grâces des financiers parisiens, bruxellois et suisses.

 

La guerre de 14 est une aubaine pour le groupe Le Briet qui fournit les vêtements pour l’armée. Fandorle et Viviane, son épouse qui a posé pour Rodin, se font construire une nouvelle villa qui ne plaît pas à leurs enfants, Hubert Honey et Blanche Noire : « La maison tout entière est pour eux comme une lame de silence. Une cicatrice taciturne et impérieuse. Une stupeur immobile. Ils n’ont aucun lieu pour jouer. »

 

Ainsi se poursuit cette véritable saga. Quelle débauche de vocabulaire ! Quelle imagination délirante et fertile ! Déodat succède à Fandorle à la tête du groupe au grand dam des administrateurs : « … quel emmerdeur, quel petit cafard, un fils à papa prétentieux, beau gosse sans doute mais quel cabotin, un pignouf qui joue de son bagou tout neuf et tout amidonné encore, quand donc allait-il fermer son clapet ? »

 

Avec L’inauguration des ruines, Jean-Noël Blanc a réussi une histoire complètement folle mais tellement actuelle, un livre qui régale le lecteur.

 

Un immense merci à Maëlle pour m’avoir offert ce livre à nul autre pareil et agrémenté d’une belle dédicace de l’auteur.

Jean-Paul

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 14:44

Réagir d’urgence  (Éditorial du 28/03/2014)

 

Les signaux se font de plus en plus fréquents mais nous avons tellement de peine à les percevoir qu’il faut encore et toujours mettre le doigt dessus pour tenter d’obtenir une prise de conscience salutaire et une réaction efficace.

 

Pas une période de beau temps ne passe sans alerte à la pollution. Il semblerait même que ce soit la faute à cette météo tellement désirée, que nous pouvons apprécier de moins en moins. Alors, on déconseille aux citadins de faire du sport, on limite la circulation automobile, on rajoute quelques filtres mais les véritables mesures de fond, celles qui pourraient éventuellement inverser la tendance, nous les attendons toujours.

 

Récemment, Paul Jorion, un anthropologue bruxellois, qualifiait notre époque de « grand tournant » car notre espèce humaine est vraiment en danger. Si nous voulons que des générations futures existent, que l’espèce humaine ne disparaisse pas dans une ou deux générations, il faut réagir d’urgence.

 

Le temps presse avant que l’oxygène ne se raréfie, que des pays entiers ne soient inondés et d’autres transformés en désert. Il est prouvé que notre espèce ne se rend vraiment compte du danger que lorsqu’il est trop tard. L’exemple dramatique de la déportation des Juifs durant la seconde guerre mondiale ne doit pas être oublié : un excès d’optimisme a empêché la plupart d’entre eux d’échapper à l’extermination.

 

Savoir que l’optimisme peut être un handicap, un désavantage, ne signifie pas qu’il faille sombrer dans le pessimisme. Il faut simplement ouvrir les yeux sur tous les signaux d’alarme qui ne cessent de clignoter, tout en gardant espoir. Ne serait-il pas utile et efficace de faire enfin communiquer le monde des philosophes avec celui des décideurs ?

 

Aujourd’hui, nous savons que notre société de consommation a des limites. Presque partout, on réduit le pouvoir d’achat en baissant les salaires et les retraites. Pour compenser, on pousse les gens vers le crédit en oubliant qu’il faudra rembourser un jour. Comment accepter que, sur notre planète, les 85 personnes les plus riches disposent d’autant de moyens financiers que 3 milliards et demi de personnes ? Cela n’a plus aucun sens car aucun système économique ne peut continuer à fonctionner de la sorte.

 

Plus le temps passe et plus l’homme installe des robots à sa place, des machines capables de fonctionner sans lui. Si nous continuons ainsi, ces machines poursuivront sans nous car notre espèce humaine est de plus en plus menacée de disparition alors que notre planète restera.

Jean-Paul
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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 14:30

Le Nazi et le Barbier  par Edgar Hilsenrath,

Traduit de l’allemand par Jörg Sticken et Sacha Zilberfarb, Attila (2010), 510 p.

 

51Tg1M0H3QL.jpgCe livre sort vraiment de l’ordinaire car traiter d’un sujet aussi grave et sérieux avec autant d’humour noir et de dérision est la chose la plus malaisée qui soit. Parce qu’il a été lui-même victime de la barbarie nazie, Edgar Hilsenrath sait de quoi il parle mais il le fait à sa façon, très personnelle, unique.

 

Il conte ici l’histoire de Max Schulz, fils illégitime mais aryen pure souche de Minna Schulz. Il grandit avec son voisin, Itzig Finkelstein, qui a le même âge, à Wieshalle où il y a 99 Juifs pour 33 099 habitants. L’épisode de la circoncision, au début du livre premier, est désopilant, donnant bien le ton. Max apprend le yiddish chez les Finkelstein et va à la synagogue : « Avec Itzig, on était cul et chemise. » Itzig est blond aux yeux bleus, nez droit… alors que Max à les cheveux noirs, des yeux de grenouille, un nez crochu, des lèvres charnues et des dents pourries…

 

Pourtant, après la visite d’Hitler à Wieshalle, Max va devenir un SS, l’auteur démontrant bien la montée du nazisme dans le peuple. Tout y est : les pogroms, la Nuit de cristal, les synagogues brûlées, les magasins pillés, l’invasion de la Pologne et la Shoah par balles décrite d’une tout autre façon que dans Les Bienveillantes de Jonathan Littell avec le ton sarcastique inimitable d’Edgar Hilsenrath.

 

Ainsi, nous suivons le parcours très compliqué de Max qui tuait avec le sourire, un mégot au coin des lèvres : « J’étais de la SS, c’est-à-dire un de ceux qui faisaient le sale boulot pour les bricoleurs du Nouvel Ordre ». Toujours teinté d’humour noir, le récit nous emmène de la forêt polonaise au Berlin en ruines où Max prend sans vergogne l’identité d’Itzig Finkelstein !

 

Il réussit à gagner la Palestine sur un rafiot qui déjoue la surveillance britannique. Il se porte même volontaire pour soigner les enfants : « Moi, le meurtrier de masse, Max Schultz, je me suis rendu immédiatement à l’infirmerie… je me sentais comme un saint, un exterminateur rédimé, métamorphosé. »

 

Il n’oublie jamais tout ce qu’il a fait mais se retrouve, les armes à la main, à combattre aux côtés des sionistes, découvre les kibboutz, reprend son métier de coiffeur que lui avait appris le père d’Itzig dont il porte bien sûr toujours le nom, et se marie. Lucide jusqu’au bout, l’auteur lui fait dire : « Aucun châtiment n’apaisera mes victimes. » Puis, un peu plus loin : « Les génocidaires : la plupart courent toujours… La plupart sont retournés au pays »

 

Lire Le Nazi et le Barbier est une expérience marquante et il est heureux que cette oeuvre ait été rééditée en France après avoir eu tant de peine à paraître en Allemagne.

Merci à Vincent pour ce livre.

Jean-Paul

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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 22:15

Années décisives pour la presse  (Éditorial du 21/03/2014)

 

Tenir dans ses mains un journal ou un magazine est un plaisir en voie de régression avec le développement exponentiel d’internet. Certains se demandent même si ce type de lecture n’est pas menacé de disparition, tellement la lecture sur écran gagne du terrain.

 

Depuis que la presse existe, des journaux sont nés, d’autres ont disparu mais ce que nous vivons semble irréversible. Malgré tout, la résistance s’organise car la lecture d’un texte sur écran ne remplacera jamais le plaisir apporté par ce papier que l’on tient dans ses mains… même si cette vision des choses paraît passéiste…

 

Aujourd’hui, les conséquences d’une telle évolution se font de plus en plus lourdes pour des publications qui tentent de se maintenir à flot grâce aux aides de l’État (tarif postal préférentiel, TVA réduite…) afin de favoriser le pluralisme et d’encourager la libre communication des pensées et des opinions.

 

Il faut d’ailleurs déplorer que ces aides soient plus substantielles pour des magazines comme Point de Vue, Closer, Le Journal de Mickey ou Auto-Moto que pour Le Monde diplomatique qui, par exemple, a touché 38 fois moins d’argent que Télé 7 jours, en 2012.

 

Les graves difficultés rencontrées actuellement par le quotidien Libération mais aussi le déclin de la presque totalité de la presse écrite finissent par toucher les agences d’information comme l’Agence France Presse (AFP), la troisième agence mondiale qui fonctionne 24h/24. La concurrence des réseaux sociaux et des vidéos tournées par les particuliers met en grande difficulté une agence au sérieux incontestable.

 

Fondée en 1945, l’AFP compte 2 260 collaborateurs de 80 nationalités différentes travaillant dans 200 bureaux, répartis dans 150 pays. L’AFP travaille dans six langues différentes : français, anglais, allemand, portugais, arabe et espagnol. Chaque jour, elle publie 5 000 dépêches, 2 000 photos et des centaines de sujets télévisés. Ainsi, pas une journée ne passe  sans que nous ne soyons touchés par une info émanant de l’AFP, la plupart du temps sans le savoir.

 

Si l’AFP est dans le trio de tête mondial des agences d’information, il ne faut pas oublier de citer ses deux grandes rivales : Associated Press (USA) et Reuters (GB – Canada). Enfin, beaucoup de pays ont tenté de créer leur propre agence, les plus connues étant Chine Nouvelle, ITAR – TASS (Russie), EFE (Espagne) ou ANSA (Italie).

 

Enfin, de disparitions de titres en concentration dans les mains d’un même propriétaire, l’uniformisation de l’information devient un sérieux problème alors que, sur la toile, la plus grande diversité existe même si un tri est nécessaire. Sans aucun doute, pour la presse, les années à venir s’annoncent décisives.

lJean-Paul

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14 mars 2014 5 14 /03 /mars /2014 13:43

Le Comité de soutien a l'honneur et le plaisir d'accueillir une nouvelle fois, après 2008, Alain Hiver. Cette fois-ci, il interprètera le répertoire de Georges Moustaki.

Alain Hiver chante Moustaki

 

Pour vous donner envie, voici un extrait de concert :

 


 
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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 15:15

Investir, employer  (Éditorial du 28/02/2014)

 

Rendre la France plus attractive afin que les investisseurs étrangers viennent y créer tous ces emplois qui manquent, ce n’est pas chose facile. Les idées existent mais ne résistent guère à une mondialisation galopante.

 

Globalement, la France est plutôt un exportateur de capitaux comme l’a vérifié Élie Cohen, économiste et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les flux de capitaux depuis 1999, début de l’euro, donnent un solde positif net de 641 milliards d’euros en faveur de l’étranger.

 

De plus, il faut se méfier des annonces affirmant que notre pays est la seconde destination la plus attractive pour les capitaux, après le Royaume-Uni. Ce classement est trompeur puisqu’il mélange tout : les flux de trésorerie, les vrais investissements et divers autres comme les rachats de réseaux de distribution en France.

 

Si nous comparons avec notre voisin allemand, il y avait deux fois plus d’implantations chez nous, dix ans en arrière. Maintenant, l’Allemagne en attire 50 % de plus. Pourtant, les bonnes nouvelles se succèdent pour les investisseurs potentiels comme une fiscalité globalement plus avantageuse, le crédit impôt recherche (CIR), les accords avec les partenaires syndicaux…

 

La France est en train de se convertir à économie de l’offre. C’est pour cela que François Hollande, après avoir rencontré des patrons en Californie, en a reçu d’autres à l’Élysée pour vanter l’attractivité de la France. L’enjeu est de taille car, aujourd’hui, 1 emploi sur 7 dépend des investissements étrangers.

 

Une nouvelle agence de promotion de la France prendra la place de deux déjà existantes avec 1 500 personnes animant un réseau dans 65 pays. Un « passeport talent » pour créateurs et jeunes diplômés, valable 4 ans, s’ajoutera à des visas express pour investisseurs, visas délivrés en 48 h au lieu de plusieurs semaines et pour 5 ans. Les étudiants et les chercheurs pourront obtenir une carte de séjour pour la durée nécessaire à leurs travaux. Les start-up auront droit à un accueil VIP avec une aide de 25 000 € plus un accompagnement à l’installation et des aides de la Banque publique d’investissement. Enfin, les procédures d’import et d’export seront dématérialisées et la TVA simplifiée.

 

Espérons que toutes ces mesures se révèleront efficaces car l’objectif numéro un est, plus que jamais, de fournir de l’emploi et des possibilités de travail à tous afin de laisser le moins de monde possible au bord du chemin.

Jean-Paul
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