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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 14:08

La course secrète par Taylor Hamilton et Daniel Coyle,

Presses de la Cité, 2013, 328 p.

Traduit de l’anglais (USA) par Anatole Muchnik

 

L’homme est ainsi fait qu’il n’hésite pas à utiliser tous les moyens naturels ou non pour dépasser l’autre et ceci dans tous les domaines. Là où c’est le plus voyant, c’est dans le sport. Or, depuis longtemps, le cyclisme donne l’exemple en matière de lutte contre le dopage parce que le mal était profond mais nous savons que beaucoup d’autres disciplines ont bien des difficultés à se donner les moyens de retrouver l’équité sportive.

 

Daniel Coyle, célèbre journaliste du New York Times qui a guidé Tyler Hamilton pour rédiger La course secrète, l’écrit en préambule : « Le cyclisme est le sport le plus exigeant du monde, sur le plan tant physique que mental. » Après avoir passé quinze mois avec Lance Armstrong et ses proches, il a publié « La guerre de Lance Armstrong », se demandant si le Texan se dopait, le comparant à « un saint laïque ayant vaincu le cancer » alors que Tyler Hamilton n’est qu’un héros ordinaire, en 2012. Neuf ans plus tôt, celui qui était le coéquipier préféré d’Armstrong est « humble, poli, le parfait boy-scout » mais il devenait insipide dès que l’on parlait cyclisme. Enfin, il faut savoir que Coyle a vérifié tout ce que lui a confié Hamilton au cours de deux ans d’entretiens.

 

C'est donc avec beaucoup de sincérité que cet homme originaire de Marblehead, une ville de 20 000 habitants, située au nord de Boston, confie ses souvenirs et raconte ce qu’il a vécu. Skieur à ses débuts, il reconnaît : « J’ai un don pour la souffrance ». Alors qu’il est espoir olympique à ski, une blessure au dos le pousse à rouler toute l’année. C’est ainsi qu’il devient champion US universitaire en 1993 et que, l’année suivante, il rencontre Armstrong au Tour DuPont. Celui-ci est déjà champion du monde et il est le seul à le féliciter et à le défendre après un excellent prologue.

 

Tyler Hamilton ne cache rien et reconnaît avoir subi sa première injection (fer et vitamines B), en 1995. Cela est légal mais troublant. En 1996, avec l’US Postal, il part pour l’Europe aux côtés de Andy Hampsten mais force est de reconnaître : « On se faisait laminer ». Hampsten qui refuse le dopage, cesse sa carrière à 32 ans alors que l’EPO est en train de tout changer.

 

« Personne ne se lance dans le cyclisme avec l’intention de se doper. Si on aime ce sport, c’est pour sa pureté, il y a toi, ton vélo, la route, la course. » Mais il faut des résultats et Tyler Hamilton décrit bien la spirale infernale où les médecins sont au premier rang. Tout au long de ce livre-témoignage extraordinaire, il cite tous les noms, tous les lieux et détaille les procédés employés. Il confirme que certains coureurs acceptent leur sort et restent « pan y agua », au pain et à l’eau, selon son expression très imagée. Mais ils végètent dans les profondeurs des classements ou bien laissent tomber loin de l’âge limite.

 

Rien n’arrête ceux qui courent après la gloire et l’argent. Après le Dr Ferrari, « notre entraîneur, notre médecin, notre dieu », c’est le Dr Fuentes et les transfusions sanguines qui s’ajoutent aux procédés déjà en cours. Les succès sont là alors qu’il note qu’au Tour 2002, les Français sont à la traîne parce que notre pays est plus rigoureux.

 

Arrivent les premiers résultats positifs et il clame son innocence, lui qui se dope depuis huit ans ! Si L.A. manipule le système, Hamilton devient vite un zombie. S’il récupère sa médaille d’or du contre la montre des JO d’Athènes, il ne réussit pas à effacer le contrôle positif de la Vuelta. Pris une nouvelle fois, il avoue prendre de la DHEA puis arrête le vélo et monte une entreprise de remise en forme à Boulder.

 

Tyler Hamilton a tout détaillé au procureur, devant le jury, à ses parents puis à l’USADA malgré les menaces d’Armstrong : « Je vais faire de ta vie un putain d’enfer. »  Il reconnaît enfin : « Mon sport va nettement mieux et nettement moins vite. » Puis, un peu plus loin : « Le courage se trouve plus souvent chez celui qui termine parmi les derniers que chez le vainqueur. »

 

Une postface permet de faire le point sur ce qui s’est passé ces derniers mois après les aveux de Lance Armstrong. Après de telles confessions, Tyler Hamilton se dit calciné, abîmé mais plus fort, comme du bois passé dans le feu.

 

La course secrète (Prix du meilleur ouvrage sportif en 2012) est un témoignage bouleversant, révélateur d’une époque qui a fait très mal aux amoureux d’un sport simple et magnifique. Chacun rêve que tout cela soit révolu mais la recherche effrénée de gloire et d’argent est toujours bien présente.

Jean-Paul

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 19:00

Dans les glaces,  BD de Simon Schwartz,

Traduit de l’allemand par Aurélie Marquer, Éditions Sarbacane, 2013, 175 p.

 

Dans-les-glaces-620x828Quelle histoire ! Simon Schwartz, un allemand, illustrateur et auteur de bandes dessinées, livre ici une interprétation assez libre de la vie de Matthew Henson que personne ou presque ne connaît.

 

C’est pourtant lui le premier homme à avoir atteint le pôle Nord, en 1909. Hélas, parce qu’il était noir, il a été complètement évincé par Robert Peary, un ingénieur dont il fut le domestique, et par le Docteur Frederik Cook qui se sont longtemps disputé la primeur de l’exploit.

 

Simon Schwartz place d’emblée son récit sous le signe du fantastique en se  basant sur les légendes des Inuits qui ont reconnu en Matthew Henson, un personnage qu’ils nomment Mahri Pahluk.

 

D’abord avec Henson, gardien de musée âgé en butte avec la méchanceté ordinaire, nous nous retrouvons vite à Baltimore, en 1879 où le jeune Matthew réussit à se faire engager sur un bateau. Les brimades du passé se mêlent à la bêtise ordinaire puis c’est le Nicaragua, en 1887, où l’on tente de creuser un canal entre le Pacifique et l’Atlantique sous les ordres d’un ingénieur nommé Peary.

 

Grâce à un dessin simple et précis où nuances de bleu et de gris se marient avec bonheur, Simon Schwartz nous emmène vers le Grand Nord, nous faisant partager les tentatives des diverses expéditions pour atteindre le pôle.

 

Le triste sort réservé aux Inuits n’est pas le moins émouvant de l’histoire et rappelle ce qu’à vécu, en Angleterre puis en France, au cours de ce même XIXe siècle, Swatche, la Vénus hottentote.

 

Le temps des expéditions passé, l’auteur ne néglige pas ce qui suit car c’est très révélateur de l’organisation de la société étatsunienne, au début du XXe siècle. Enfin, est c’est précieux, les dernières pages reconstituent le déroulement historique de cette histoire, photos à l’appui.

 

Dans les Glaces est une autre BD distrayante et instructive à la fois. Sa lecture est passionnante et pousse à en savoir plus. Merci à Vincent de m’avoir permis cette découverte.

Jean-Paul

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 13:44

Une Europe des citoyens  (Éditorial du 23/05/2014)

 

Ce dernier dimanche du mois de mai, jour de Fête des Mères en France, est aussi une date importante pour tous les citoyens de l’Union Européenne (UE) puisque ce même jour, dans la plupart des 28 pays membres de l’UE, on vote pour désigner les députés au Parlement européen. Les autres auront voté les jours précédents.

 

La France est découpée, pour l’occasion, en 8 circonscriptions, 7 en métropole plus une pour l’outre-mer. Le Sud-est (Corse, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Rhône-Alpes) aura 13 élus pour 11,6 millions d’habitants. Le Sud-ouest (Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Aquitaine) en aura 10 pour 8,9 millions d’habitants.

 

Comme nous l’avions souligné dans Hector n° 834 du 11 avril dernier, cette élection prend à chaque échéance une importance plus grande. Ceux qui dénigrent cette consultation géante ont tort parce que les décisions prises à Strasbourg où siège cette assemblée de 751 députés, concernent de plus en plus notre vie quotidienne. Ces élus agissent principalement sur les plans législatif et budgétaire avec le Conseil de l’UE où siègent les ministres de tous les pays, contrôlent l’activité de la Commission composée d’un représentant par pays membre, et élira pour la première fois le Président de cette Commission, véritable organe exécutif de l’UE.

 

Parlement, Conseil européen, Conseil de l’UE, Commission, sans oublier d’ajouter la Cour de justice, la Banque centrale et la Cour des comptes, cela paraît un peu compliqué mais c’est un fonctionnement qui vise tout de même à de plus en plus de démocratie. Les pouvoirs accrus accordés au Parlement élu le 25 mai, le prouvent. C’est une responsabilité supplémentaire pour celles et ceux chargés de nous représenter. Leur présence assidue, à Strasbourg, serait un gage apprécié.

 

Les citoyens que nous sommes ont aussi un peu de mal avec cette capitale éclatée entre Bruxelles, Luxembourg, Strasbourg mais aussi Francfort pour la Banque centrale et encore, nous n’avons pas précisé que certaines sessions du Parlement se tiennent à Bruxelles… C’est très compliqué à suivre et pareille organisation coûte aussi très cher mais il faut ménager toutes les susceptibilités et tenir compte de l’évolution historique de cette Union Européenne qui devrait d’abord être source de paix, de coopération et d’amitié entre tous ces peuples qui se sont tant de fois combattus et meurtris.

 

Jean-Paul

 

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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 17:46

Il y a 100 ans, Jean Jaurès…  (Éditorial du 16/05/2014)

 

Il y a 100 ans, Jean Jaurès luttait pied à pied pour que les problèmes de son époque ne se résolvent pas dans la guerre. Hélas, il a été assassiné le 31 juillet 1914 et nous pouvons toujours aujourd’hui nous poser la question, comme le fait Charles Silvestre, journaliste et écrivain : « Qu’aurait-il fait s’il n’avait pas été tué ? »

 

Grand journaliste et député de Carmaux (Tarn), Jean Jaurès était né à Castres, dans le même département, le 3 septembre 1859. Il avait prédit que cette guerre serait un épouvantable carnage. Après 10 millions de morts, rien n’était réglé. Le pire, c’est que, dès 1918, les germes d’un second conflit mondial étaient déjà bien présents.

 

« Si la patrie ne périssait pas dans la défaite, la liberté pourrait périr dans la victoire. » Ainsi s’exprimait Jean Jaurès avant que Raoul Villain ne lui ôte la vie. Comble de l’histoire, son assassin a été acquitté cinq ans après et c’est la veuve de Jean Jaurès qui fut condamnée à verser des indemnités ! Finalement, en 1924, sa dépouille a été transférée au Panthéon.

 

Fondateur du journal L’Humanité, il y a 110 ans, après avoir écrit 1 312 articles pour La Dépêche, cet homme dont quantité de rues, d’avenues, de places, d’écoles, de collèges, de lycées, de stations de métro ou de tram portent le nom, cet homme a vu le temps lui donner raison. Il avait été clairvoyant sur la violence coloniale, courageux dans l’affaire Dreyfus, remarquablement sage pour séparer les Églises et l’État et avait anticipé beaucoup de réformes sociales réalisées ensuite.

 

Homme cultivé, sensible, bon et véritable éclaireur, Jean Jaurès a su ouvrir les yeux devant la réalité sociale de son temps, évoluant en conséquence. Agrégé de philosophie, il semblait parti pour être un intellectuel bourgeois mais en allant sur le terrain, il a changé, adhérant au socialisme après la grève des mineurs de Carmaux en 1892. Il n’a alors pas cessé de soutenir les ouvriers en lutte, comme les verriers d’Albi, s’intéressant aussi au monde agricole puisqu’il a rendu visite aux Vignerons Libres du Languedoc qui ont créé la première Cave coopérative, à Maraussan, près de Béziers. Il était aussi partisan de l’abolition de la peine de mort.

 

Son inquiétude était immense devant la montée des nationalismes et les rivalités opposant les grandes puissances. Cet homme ne voulait pas la guerre et la suite, hélas, lui a donné raison. Jean Jaurès a laissé des traces pour nous guider et il serait bon de s’en inspirer au moment où le monde va si mal.

Jean-Paul

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 21:44

Kongo (Le ténébreux voyage de Józef Teodor Konrad Korzeniowski)

de Tom Tirabosco et Christian Perrissin, Futuropolis, 2013,167 p.

 

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Quand la bande dessinée se met au service de l’Histoire, c’est un plaisir décuplé pour le lecteur qui a soif de savoir et d’explorer toujours davantage des sujets méconnus ou à peine effleurés.

 

Kongo, par la magie du dessin très fouillé de Tom Tirabosco et des textes de Christian Perrissin, nous emmène en Afrique, sur ce fleuve Congo, que le jeune Jósef Teodor Konrad Korzeniowski rêve de découvrir. Celui qui deviendra un fameux écrivain sous le nom de Joseph Conrad, est né en Ukraine en 1857 dans une famille d’origine polonaise. Il prendra la nationalité britannique en 1886.

 

C’est quatre ans plus tard qu’il part pour l’Afrique, en tant que capitaine de la marine marchande, pour prendre le commandement d’un vapeur de la compagnie d’Albert Thys. Il parle couramment le français et c’est un atout de plus.

 

Korzeniowski, comme on l’appelle souvent pendant son périple, est vite choqué par l’attitude de ses congénères européens qui traitent les Africains comme des bêtes taillables et corvéables à merci. Le commerce de l’ivoire bat son plein. Au fil des pages, nous découvrons toutes les perversions apportées par les Européens, la vie des autochtones ne valant presque rien.

 

La maladie oblige Joseph Conrad à rentrer à Bruxelles puis à Londres pour se faire soigner. Non seulement, il n’arrive pas à retrouver du travail mais la maladie le ronge et l’oblige à se consacrer essentiellement à son œuvre littéraire. Il écrit alors de nombreux romans, jusqu’à sa mort, en 1924. Parmi ceux-ci, c’est Au cœur des ténèbres qui a inspiré les auteurs de Kongo.

 

De plus, ils ont eu l’excellente idée de compléter la bande dessinée avec un récit très documenté qui permet bien de comprendre tous les enjeux commerciaux et politiques de cette époque.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis de lire Kongo.

Jean-Paul

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 09:44

S’inspirer du colibri  (Éditorial du 25/04/2014)

 

Pour une fois, commençons cet édito par une légende amérindienne contée par Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture écologique en France mais aussi auteur, philosophe et conférencier :

 

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

 

D’une simplicité incroyable, cette petite histoire est une véritable leçon de vie et d’espoir dont chacun devrait s’inspirer tous les jours car notre planète est un paradis que nous sommes en train de transformer en enfer de souffrances et de destructions.

 

Il est peut-être encore temps de sortir de cette logique, de cesser de glorifier le mythe de la croissance indéfinie. Pierre Rabhi, lors de La Grande Librairie du 11 avril, sur France 5, une émission extraordinairement lumineuse, a rappelé toutes ces évidences que nous refusons de voir, mettant en avant une nouvelle éthique de vie afin d’aller « vers une sobriété heureuse. » Son échange avec Jean-Marie Le Clézio, Prix Nobel de littérature 2008, a atteint des sommets d’humanité rares.

 

Depuis 1981, Pierre Rabhi transmet son savoir-faire en Afrique pour permettre aux plus démunis d’acquérir l’autonomie alimentaire tout en sauvegardant leur patrimoine nourricier. De notre côté, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater, malgré de timides efforts, un gaspillage permanent. C’est pourquoi il faut appeler à l’insurrection des consciences pour fédérer ce que l’humanité a de meilleur.

 

Ainsi, chacun d’entre nous a son rôle à jouer, comme le colibri qui fait sa part sans jamais se décourager. Chaque jour, il est possible d’accomplir un ou plusieurs gestes en faveur de notre planète et de ses ressources qui ne sont pas inépuisables. Quelques exemples d’actions, pas toujours réalisables partout mais possibles un jour ou l’autre, méritent d’être cités comme trier ses déchets, les recycler ou les composter, éteindre la lumière dans une pièce inoccupée ainsi que les appareils électriques en veille, fermer le robinet d’eau au lieu de laisser couler, prendre une douche au lieu d’un bain, acheter bio et local le plus possible, consommer des fruits et légumes de saison, récolter l’eau de pluie et utiliser l’eau de rinçage des légumes pour arroser plus tard ses plantes, etc…

 

Enfin, nous conclurons en citant encore Pierre Rabhi : « Dans le futur, la plus grande performance consistera à répondre à nos besoins par les moyens les plus simples et les plus sains. »

Jean-Paul

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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 18:00

La Centrale, Élisabeth Filhol, P.O.L., 2010, 140 p.

 

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Ce livre qui a inspiré la réalisatrice Rebecca Zlotowski pour Grand Central avec Tahar Rahim, Léa Seydoux et Olivier Gourmet dans les principaux rôles, nous plonge dans l’univers finalement trop peu connu des travailleurs du nucléaire.

 

Contrairement au film qui situe l’action, en extérieurs, autour de la centrale ardéchoise de Cruas et sur les rives du Rhône, Élisabeth Filhol nous emmène d’abord à Chinon, au bord de la Loire, puis au Blayais, en Gironde..

 

Dès les premières lignes, nous apprenons que « trois salariés sont morts au cours des six derniers mois », et que, sur les 2 000 personnes employées sur place, la moitié seulement est sous statut EDF. Ainsi, l’auteure s’attache aux pas d’un intérimaire, Yann, qui s’exprime à la première personne mettant le lecteur au cœur de la vie de ces ouvriers salariés des sociétés prestataires de services pour les CNPE (Centres nucléaires de production d’électricité).

 

Pour « cette chair à neutrons. Viande à rem », le souci principal est de ne pas dépasser la dose maximum d’irradiation sur douze mois, soit 20 millisieverts, car cela signifie arrêt brutal du contrat, mise au vert. L’irradié, appelé DATR (Directement affecté aux travaux sous rayonnement) est d’ailleurs aussitôt remplacé.

 

Élisabeth Filhol n’oublie pas les problèmes de logement pour ces hommes qui se déplacent d’un arrêt de tranche à un autre afin d’assurer la maintenance et la recharge en combustible. Le camping, en caravane, est le plus souvent choisi, en colocation, car il est trop difficile de trouver une chambre libre à proximité.

 

Au fil des pages, nous rencontrons aussi ceux qui agissent pour alerter l’opinion sur les dangers du nucléaire et dont Yann ne se sent pas solidaire. Son souci principal, c’est le dosimètre qui risque, à tout moment, de s’affoler et de compromettre des mois de travail.

 

« Une énergie colossale, contenue, tout est là, dans un confinement qui ne demande qu’à être rompu pour donner toute sa mesure. » Ce livre nous rappelle tout ce que contient de menace, ce qui est maintenant devenu assez familier dans nos paysages.

 

La Centrale est un livre court, incisif, percutant, émouvant, à lire absolument tellement il ouvre des portes sur un monde si proche de nous et pourtant méconnu.

Jean-Paul

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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 23:00

De l’éthique sur l’étiquette  (Éditorial du 18/04/2014)

 

Le temps qui passe bien trop vite n’efface pas toujours les plaies. Le 24 avril dernier, il y a tout juste un an, l’immeuble du Rana Plaza, dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh, s’effondrait, tuant 1 138 personnes, en blessant plus de 2 000. Elles étaient toutes en train de travailler pour des grandes marques européennes et américaines, dans des ateliers de confection. C’est ce qui est appelé le low-cost, ces vêtements bon marché que nous achetons tous sans penser à l’exploitation humaine causée par ce type de commerce.

 

Dans le numéro 807 d’Hector, le 21 juin 2013, nous avions titré Le textile qui tue, quelques semaines après cette catastrophe mais, depuis, hélas, il n’y a pas eu d’évolution. La course folle et criminelle vers toujours plus de profit se poursuit.

 

Les grandes marques n’ont pas voulu prendre conscience de leur responsabilité dans cet esclavage moderne. L’absence de normes ainsi que des conditions de travail abusives brisent des vies et mutilent des corps. Aujourd’hui, les victimes du Rana Plaza ayant survécu ne peuvent plus travailler et attendent toujours d’être indemnisées. Pour la France, Auchan et Carrefour sont nommément visés mais seule une mobilisation citoyenne pourrait faire réagir ces donneurs d’ordre qui ne peuvent continuer à se désintéresser de la manière dont est fabriqué ce qui est vendu dans leurs magasins.

 

Pour que l’éthique s’impose enfin sur l’étiquette, il faut des lois obligeant les multinationales à respecter les droits de l’homme et à ne plus porter atteinte à l’environnement. Cette éthique vise à respecter tous les êtres humains. Elle doit nous pousser à adopter une manière de vivre et d’agir favorisant le bien-être de tous.

 

Plusieurs députés français ont déposé un texte de loi à l’Assemblée nationale mais aucune date n’a encore été fixée pour qu’il soit débattu. En Angleterre, en Italie, aux États-Unis, on agit aussi mais c’est bien insuffisant pour que des résultats tangibles soient enregistrés.

 

Si nos pays dits développés n’agissent pas fermement, cette course folle et criminelle vers toujours plus de profit va se poursuivre indéfiniment causant de terribles souffrances aux plus démunis. Le coût du travail devenant trop élevé en Chine, le Bangladesh a pris le relais mais on ouvre maintenant des ateliers au Vietnam, en Birmanie, en Éthiopie…

Jean-Paul

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 09:16

Pays perdu  par Pierre Jourde,

L’Esprit des Péninsules (2003), Pocket (2005) 166 p.

 

9782266143783.jpgUne fois n’est pas coutume mais là, il n’est pas possible de dissocier ces deux livres de Pierre Jourde : Pays perdu et La première pierre dont nous parlerons un peu plus loin.

 

Enseignant et écrivain, Pierre Jourde a beaucoup bourlingué dans de nombreux pays mais c’est en Auvergne, dans le Cantal, que sont ses racines : « C’est un pays perdu, dit-on ; pas d’expression plus juste. On n’y arrive qu’en s’égarant. Rien à y faire. Rien à y voir. Perdu depuis le début peut-être, tellement perdu avant d’avoir été que cette perte n’est que la forme de son existence. Et moi, stupidement, depuis l’origine, je cherche à le garder. Je voudrais qu’il soit lui-même, immobilisé dans sa propre perfection, et qu’à chaque instant on puisse s’en emplir. »

 

Dans ces quelques lignes, il y a la quintessence d’un livre qui a été si mal compris. Revenant au pays pour l’enterrement de Lucie, la petite fille de François et Marie-Claude, Pierre Jourde revoit tout ce qui fait la vie, là-haut. Il lie cela à la mort de son père et, de son style qui peut être percutant et très poétique en même temps, il parle des gens, des machines agricoles qui estropient, des bêtes, des accidents. Il est impossible de détacher une description plus qu’une autre car Pays perdu est un ensemble qu’il faut lire d’une seule traite.

 

Au fil des pages, il n’oublie rien : « Le sort prématuré des maisons qui s’enfoncent en elles-mêmes et ne laissent que le moins possible d’ouvertures au froid polaire de l’hiver. La suie et la sueur, le purin et la poussière comme une tunique protectrice. »

 

Mais, ce qui n’était pas prévu, ce livre a une suite.

 


La première pierre  par Pierre Jourde,

nrf – Gallimard. (2013), 189 p.

 

Un an après la parution de Pays perdu, alors qu’aucun de ses précédents livres n’était jamais parvenu là-haut, la polémique bien orchestrée est lancée : « Surtout, tu ne cognes pas… Si on t’agresse, tu ne réponds pas. » Pierre Jourde, son épouse et ses trois enfants, revenus pour passer quelques vacances dans leur maison, sont littéralement agressés, violentés.

 

Pourtant, après avoir reçu insultes et menaces, il avait pris la peine d’écrire à chaque habitant de Lussaud pour expliquer sa démarche d’écrivain mais ce fut en pure perte. Ici, l’auteur parle à la deuxième personne du singulier, ce qui donne un caractère encore plus émouvant au texte : « Si tu as écrit ce livre, c’est par amour du pays, tu y viens deux à trois fois par an depuis ta naissance. »

 

On lui reproche d’avoir révélé des histoires intimes alors qu’il avait changé tous les noms sans révéler le nom du Pays perdu : «… il y en a qui ne les savaient pas dans la famille. » À peine arrivé, tout dégénère : « Les pierres commencent à voler. Tout le monde s’y met. » Ses deux aînés, métis, sont traités de « sales Arabes » et son plus jeune fils, âgé d’un an est blessé à la tête. Le sang coule.

 

Tout cela aboutit deux ans après au tribunal d’Aurillac et les auteurs des violences sont condamnés mais rien n’est terminé. Pierre Jourde va plus loin dans ce livre pour tenter de comprendre et d’expliquer pourquoi des gens avec lesquels il partageait tant de choses en sont arrivés là.

Jean-Paul

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14 avril 2014 1 14 /04 /avril /2014 17:27

Citoyenneté à revoir  (Éditorial du 11/04/2014)

 

Cela a été dit et répété : les récentes élections municipales ont enregistré un total record d’abstentions. Alors que le droit de vote est une conquête, il est trop souvent délaissé par de nombreux citoyens préférant rester chez eux au lieu d’aller exercer un droit essentiel dont beaucoup d’être humains sont encore privés.

 

Pourtant, à y regarder de plus près, il faut reconnaître que ces élections locales ont un caractère bien particulier. Chacun peut y trouver matière à commentaire confortant son propre camp ou mettant à mal le camp adverse.  Lorsque les résultats sont franchement défavorables à la majorité dirigeant le pays, sanctionnent-ils le pouvoir en place au bénéfice de l’opposition ou bien ont-ils simplement une signification très locale ?

 

La réponse doit être tempérée et il faut éviter tout commentaire excessif car les deux  éléments se mêlent et se confondent. À cela, il faut ajouter un phénomène prenant une ampleur inhabituelle : la liste unique a été très souvent de mise dans de très nombreuses communes, parfois de taille conséquente, limitant ainsi le choix… puisqu’il n’y en avait pas.

 

Comment exprimer un avis lorsqu’aucun candidat ne représente ce que l’on pense ? Jusqu’à ce scrutin de 2014, il était encore possible, dans les communes de moins de 3 500 habitants, de rayer les candidats ne convenant pas et même d’ajouter des noms pour les remplacer. Depuis la loi de 2013, le seuil a été abaissé à 1 000 habitants. Ainsi, dans toutes les communes comptant plus de mille habitants, le scrutin se fait sur liste entière, toute rature entraînant la nullité du vote. Les votes nuls ou blancs n’étant pas décomptés comme suffrages exprimés, l’abstention a été aussi un choix ne signifiant pas un désintérêt pour la vie publique mais simplement une désapprobation citoyenne.

 

Pour la prochaine échéance électorale, les élections européennes du dimanche 25 mai, ce sera complètement différent. En France, pas moins de quinze listes vont se présenter à nos suffrages afin de constituer le Parlement européen. Avec un tel éventail, il n’y aura aucune excuse pour les abstentionnistes d’autant plus que les lois votées par ces députés élus pour cinq ans touchent au plus près notre vie quotidienne. Aussi, il est fortement conseillé d’effectuer sans attendre les formalités pour voter par procuration.

 

Notre pays enverra 74 députés à Strasbourg. Ils feront partie d’un hémicycle réunissant 751 élus représentant 28 pays, chacun ayant un nombre de députés proportionnel à sa population. Si nous donnions tort à ceux qui annoncent déjà un désintérêt croissant pour ce type de consultation ?

 

Jean-Paul
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