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5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 10:35

Rouge dans la brume par Gérard Mordillat.

Calmann-Lévy (2011), 434 pages.

 

Quelle extraordinaire fresque sociale a réussi, une fois de plus, Gérard Mordillat, en écrivant Rouge dans la brume ! Dans ce livre, il y a tous les drames qui bouleversent notre société dévorée par un capitalisme sans scrupule, cette « doctrine économique reposant sur l’exploitation des plus faibles par les plus riches. »

 

Les vivants et les morts nous avait enthousiasmé par sa justesse et sa force mais il faut reconnaître que, dans ce roman écrit six ans plus tard, cet écrivain prolifique qui est aussi un réalisateur talentueux, a réussi une œuvre encore plus forte et plus complète.

 

L’action se déroule dans le Nord. Carvin en est le moteur et le héros. Comme un symbole, tout commence en pleine tempête alors que tout le personnel de Mékamotor vient de recevoir une lettre annonçant la fermeture de leur usine, courrier expédié avec un timbre de la Saint-Valentin !

 

Chantal, l’épouse de Carvin veut divorcer. Elle affirme : « Pas de combat, pas de lutte ! Du confort, de l’argent, de la tranquillité. » Tout l’opposé de ce qui motive son mari. L’auteur mène en parallèle les vies familiales et amoureuses de ses personnages, leur activité professionnelle et la lutte pour préserver un emploi menacé : « Leurs actions sont pilotées par la colère d’être foutus à la porte alors qu’ils font bien leur boulot et que l’usine est rentable. »

 

Weber, délégué CGT, demande à Carvin d’être le porte-parole des ouvriers de cette entreprise dont le groupe, trois mois auparavant, a reçu 55 millions d’euros d’aide de l’État, plus 2 000 € de la municipalité… Pour Carvin, il n’est pas question de se battre pour de meilleures indemnités : « … se mettre sur le terrain de l’argent, c’est se placer sur le terrain que les patrons préfèrent… Réclamer une prime, c’est signer notre défaite avant même d’avoir mené la bataille. » Il s’agit d’abord et avant tout de conserver son travail et sa dignité.

 

Toute l’histoire est d’une justesse extraordinaire. Il faudrait recopier des pages entières lorsque chacun développe ses arguments. Le mot « fatalité » doit être rayé du vocabulaire et les dirigeants ne brillent pas par leur courage, ceux qui décident étant aux États-Unis, sous le couvert d’un fonds de pension.

Régulièrement, l’auteur intercale des « Paroles de dirigeants » et c’est édifiant de lire ces déclarations authentiques signées Sarkozy, Brousse (Medef), Hamon, Estrosi, Dassault, Parisot, Copé, Woerth, Trichet, Cohn-Bendit, Lagarde, etc… Tout cela nous rappelle que nous ne sommes pas dans la fiction mais dans ce que vivent ou ont vécu tant d’hommes et de femmes, bernés par de fausses promesses et niés dans leur humanité.

Maîtrisant parfaitement le suspense et l’enchaînement des faits et des actions qui voient les ouvriers en lutte de trois usines différentes se retrouver sur le terrain malgré leurs divergences, Gérard Mordillat montre aussi le rôle joué par les médias, la police et les sociétés dites de sécurité, sans oublier de révéler ce que cachent les discours officiels faussement rassurants.

 

Comment peut se terminer une telle histoire vécue au plus près des dégâts commis par « une doctrine économique reposant sur l’exploitation des plus faibles par les plus riches » ? Pour le savoir, il suffit de se plonger dans Rouge dans la brume, un livre qui, avec ses 434 pages, se dévore trop vite.

Jean-Paul

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1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 19:32

 

Le 25 octobre 2013, nous vous avions présenté Ma vie n'a pas commencé, le premier tome de l'autobiographie écrite par cet immense artiste et homme de grande valeur qu'est Leny Escudero.

L'information que nous communiquons ci-dessous,nous a paru trop importante et si nécessaire que nous avons décidé de vous en faire part.... À nous d'agir pour que ce nouveau livre de Leny Escudero se vende.

Jean-Paul

 

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 12:55

La délicatesse  par David Foenkinos.

Gallimard (2009), Folio (2013). 209 pages.

 

Qu’on ait vu le film avant ou après avoir lu ce livre, cela n’a guère d’importance mais il ne faut se priver ni de l’un, ni de l’autre, d’autant plus que l’auteur s’est impliqué à fond dans la mise en images de son roman, avec son frère Stéphane.

 

 

Tout commence avec la vie plutôt tranquille de Nathalie et le récit plein d’humour et de sensibilité de sa première rencontre avec François. Mariage, bonheur complet pour cette jeune femme qui travaille depuis cinq ans dans son entreprise suédoise : « Charles était très heureux de la compter parmi ses proches collaborateurs. Il n’était pas rare qu’il l’appelle dans son bureau juste pour la féliciter… Il éprouvait beaucoup de tendresse pour elle, et appréciait ces moments où ils se retrouvaient seuls…. »

 

 

Un drame vient interrompre une vie semblant s’écouler si tranquillement et voilà Charles qui se fait plus pressant. Il arrive que l’auteur, fidèle à son habitude, insère des événements pris dans l’actualité comme le 11 septembre 2001 ou des résultats de Ligue 1… Il nous présente aussi Chloé, la bonne copine, et enfin, Markus, originaire d’Uppsala, en Suède : « Pour lui, Nathalie représentait cette sorte de féminité inaccessible, doublée d’un fantasme que certains développent à l’endroit de tout supérieur hiérarchique. »

 

 

Jusqu’à ce fameux baiser qui bouleverse tout, surtout Markus, « un acte gratuit ». Nathalie ne sait pas pourquoi elle a fait ça : « Ce baiser était comme de l’art moderne… Elle l’avait juste embrassé comme ça. »

 

 

La délicatesse, ce roman mérite alors vraiment son titre. D’abord grâce au style de l’auteur qui confirme, de livre en livre, tout son talent, mais aussi par l’enchaînement des événements jusqu’au coup de théâtre qui amène la scène finale, chez la grand-mère de Nathalie, Madeleine : « Chez les grands-parents, le bonheur émerveillé de voir leurs petits-enfants ne s’accompagne pas forcément de longues tirades. »

 

 

 

 

 

Les souvenirs de l’enfance remontent chez Nathalie qui n’oublie pas François et imagine même la femme âgée qu’elle pourrait être pendant que Markus, alors qu’il se fait tout petit, se cache et éprouve une délicatesse infinie, … « Chose étrange pour ce jour où il se sentait grand comme jamais. »

 

 

Un grand merci à Élodie qui m’a permis de lire La délicatesse et l’envie de revoir le film.

 Jean-Paul

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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 14:52

À l’abri de rien     par Olivier Adam.

Éditions de l’Olivier (2007), Points (2008).

Prix roman France télévisions 2007. 218 pages.

 

« On s’aimait mais c’était planqué sous la graisse du quotidien et des emmerdes, une couche épaisse comme on en a tous. » Marie décrit ainsi son couple, elle qui est au chômage après avoir travaillé comme caissière dans un supermarché. Stéphane, son mari, est chauffeur de bus scolaire après avoir espéré être footballeur professionnel au RC Lens.

 

 

Le ton est donné dans ce roman en prise directe avec la misère sociale, dans cette ville où ceux qu’on appelle « Les Kosovars » attendent de passer en Angleterre. L’embellie arrive soudain lorsque Marie se jette à fond dans l’aide aux réfugiés, trouvant enfin un but à sa vie.  Elle s’attache aussi à Isabelle qui devient son amie et son seul repère. Son mari est furieux car il y a quand même deux enfants à la maison…

 

 

Après la distribution des repas, de vêtements chauds, de gants, de bonnets, le récit s’emballe à cause des interventions brutales des policiers, des expulsions, des arrestations, du rejet de Marie par sa famille alors qu’elle ne cherchait qu’à faire le bien autour d’elle. La chute est vertigineuse, les dégâts considérables.

 

Seule, au bord de la mer, elle se voit ainsi : « … j’étais un corps qui marche et rien d’autre, un corps qui vole un corps gazeux un corps en suspension, invisible, incolore indolore absent fondu élémentaire. » Le souvenir de sa sœur, Clara, tuée dans un accident de la route, la hante et la fin d’un tel récit pourrait être tragique mais Olivier Adam laisse la porte ouverte à un certain optimisme : « Dehors la lumière sera la même. Et moi aussi je serai la même. Ni neuve ni recommencée. Rafistolée à peine. »

 

Merci à Maëlle pour ce livre touchant et bouleversant.

 Jean-Paul

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 12:52

Les Pays   par Marie-Hélène Lafon.

Buchet/Chastel (2012), 202 pages.

 

Lire Marie-Hélène Lafon, c’est s’embarquer sur un fleuve que conduit un récit impulsé par de longues phrases et rythmé par de plus courtes, un récit étonnamment attachant, surtout lorsqu’il parle des détails de la vie quotidienne, de la vie des gens simples.

 

 

Tout commence avec un départ pour Paris, en train, même si le père aurait préféré voyager en voiture… Claire fait partie des deux enfants accompagnant leurs parents et c’est elle que nous allons suivre tout au long de ce livre où l’auteure semble avoir mis beaucoup d’elle-même.

 

 

Sans cesse, elle nous ramène dans ce Cantal qu’elle a laissé pour étudier dans la capitale, tout donner pour réussir ses études puis enseigner, sans oublier le pays du Saint-Nectaire et toutes les difficultés, toute la peine de ceux qui tentent de rester pour vivre et travailler sur place.

 

 

Après la visite décevante au Salon de l’agriculture, voici la Sorbonne et un professeur de grec remarquable qui invitait ses étudiants, en fin d’année, après la publication des résultats. Claire détaille sa propriété et note, à propos d’un cerisier méritant une taille sévère : « … sachant que l’on verserait sa procrastination au compte déjà bien garni des atermoiements inhérents aux littéraires éthérés. » Quel vocabulaire !

 

 

Les années d’internat sont aussi évoquées, comme ces rares amies liées à Claire qui n’hésite pas à consacrer la presque totalité de son repos estival à travailler au guichet d’une banque. Le hasard lui fait rencontrer un Pays, magasinier à la bibliothèque de la Sorbonne et c’est tout le Cantal qui revient…Plus loin, elle explique sa réussite aux examens : «  Elle avait fiché, compartimenté, absorbé sans fin, en brute méthodique. Elle avait ruminé, digéré et recraché. »

 

 

 

Nous la retrouvons à la quarantaine, de retour du pays, gare de Lyon où elle remarque : « Les filles des affiches sont des bêtes longues et maigres au pelage soigné, elles vendent des produits, elles sont dressées pour ça et appointées. » Finalement, elle reconnaît avoir deux terriers : un dans la ville minérale et un autre, là-haut, « son terrier des champs »

 

 

Pour finir Les Pays, voici le père de Claire à Paris, dans le métro, au Louvre et ses réflexions sont savoureuses mais le constat est simple : " Le bref séjour annuel à Paris permettait au père de mesurer la distance creusée entre Claire et lui par cela même qu’il avait toujours souhaité pour ses filles, la réussite dans les études et un métier stable." 

 Jean-Paul

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 09:47

Les Sauvages  par Sabri Louatah

 Flammarion/Versilio.

Tome 1 (2012) 307 pages. Tome 2 (2012) 477 pages. Tome 3 (2013) 589 pages. Tome 4 à venir…

 

 

Si ce n’est encore fait, lancez-vous sans délai dans la lecture du roman fleuve de Sabri Louatah : Les Sauvages. Le quatrième volume est promis pour bientôt et tous ceux qui ont dévoré les trois premiers attendent impatiemment de savoir ce qui va arriver à Fouad Nerrouche et à Idder Chaouch, sans oublier sa fille, Jasmine, et la journaliste, Marieke, abandonnée en très fâcheuse posture tout en haut d’un rocher de la forêt de Fontainebleau…

 

 

Les Sauvages débute à Saint-Étienne, avec la famille Nerrouche qui se prépare pour le mariage de Slim, fils de Dounia, frère de Nazir, homme très mystérieux, et de Fouad, acteur à succès. Les noms se bousculent, se mélangent un peu car il y a du monde dans cette famille d’origine algérienne, kabyle plutôt, installée en France depuis cinquante ans.

 

 

Cette fin de semaine ne s’annonce pas comme ordinaire car, le mariage a lieu la veille du second tour de l’élection présidentielle, second tour qui devrait voir la victoire de Chaouch, député socialiste et maire de Grogny, en Seine-Saint-Denis. Grâce à son charisme et à sa façon très simple de se comporter avec tout le monde, il s’apprête à détrôner le sortant, un certain Sarkozy…

 

 

Tout cela serait trop beau s’il n’y avait le comportement bizarre de Krim et l’absence de Nazir pourtant frère du marié mais fâché avec Fouad. Le danger rôde autour de la fête et nous allons du quartier de Montreynaud à l’Hôtel de Ville où attendent Kenza, la mariée, et sa famille, avant d’aller chez la mémé Nerrouche puis à la salle des fêtes.

 

 

Plongés dans la vie stéphanoise grâce à la parfaite connaissance de cette ville où l’auteur est né et a vécu, nous avons droit au parler gaga avec le savoureux beauseigne, ponctué d’expressions ou phrases en kabyle et en arabe. C’est la vie des quartiers avec cette jeunesse très attachée à la famille mais remettant en cause les efforts d’intégration déployés depuis des décennies par leurs aînés.

 

 

Le tome 1 se termine avec le drame : la tentative d’assassinat de Chaouch. Krim était monté à Paris, a pris le taxi : «  Il avait l’air d’un chameau dans un escalier, » pour aller voir Aurélie avant d’être pris en charge par un rouquin…

 

 

Le tome 2 est de plus en plus palpitant. L’auteur nous fait vivre les intrigues dans les plus hautes sphères de l’État, au cœur des services secrets et de la guerre des polices. Les implications politiques sont de plus en plus inquiétantes. Le pays est secoué par des émeutes jamais vues alors que le Préfet de Police et le juge d’instruction chargé de l’affaire jouent au tennis chaque mardi.

 

 

Idder Chaouch a été élu avec 52,9 % des voix et 89,4 % de participation… mais il est dans le coma ! « C’était plutôt le soleil, dans un stupide retournement de situation, qui venait d’être kidnappé. » Si l’action revient parfois en Forez, nous voyageons aussi en Suisse car « un spectre hante l’Europe. » Les portraits sont toujours d’une précision impressionnante, souvent au vitriol et l’auteur ne ménage personne.

 

 

Le tome 3 est encore plus long bien que trop court pour le lecteur. En préambule, l’auteur nous ramène cinq mois en arrière, chez les Nerrouche qui font un repas pour Noël, même si Nazir trouve « bizarre de fêter Noël ». Rabia polémique « au sujet du voile dont se parent volontairement les jeunes filles d’aujourd’hui, alors que les générations précédentes avaient tout fait pour s’en affranchir. »

 

 

Le nom des Nerrouche étant devenu synonyme de terroriste, Fouad se trouve devant une situation inextricable. Lui qui avait vendu des sous-vêtements sur un marché puis été serveur, ouvreur dans un théâtre, animateur de MJC avant de réussir un casting surprise grâce à sa douceur et à sa bienveillance, il se retrouve fiché et suivi, suspecté même de faire partie d’un réseau terroriste.

 

 

Tout se complique avec Pierre-Jean de Montesquiou, jeune et diabolique directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, Marie-France Vermorel. La description des milieux parisiens est sans faiblesse. Il montre aussi comment sont traités les prévenus : « Le juge ne se soucie pas de la vérité… Une injustice vaut mieux qu’un désordre.» Fouad parle du retour de l’islam. Esther, l’épouse de Chaouch s’exclame : « Que sommes-nous devenus pour couvrir de boue un homme qui vient de regarder la mort en face ? »

 

 

Sabri Louatah, comme le groupe Zebda, rend hommage aux chibanis, les anciens en arabe : « jadis, ces hommes brisés ont reconstruit la France. » Droite et extrême-droite se rapprochent et menacent de priver la gauche de succès aux législatives car « l’opinion publique c’est comme un gros curé ivre mort, dites-vous bien qu’il suffit d’une pichenette pour la faire se retourner et regarder dans la direction opposée. »

 

 

« Chaouch, c’était la Fraternité de la devise républicaine » et il le prouve encore en affirmant à Fouad : « La foi de la jeunesse, les illusions de la jeunesse sont infiniment supérieures au prétendu savoir des cyniques. Car la lucidité des cyniques n’éclaire jamais qu’eux. » Les lignes écrites par Sabri Louatah sont belles et, en attendant la suite de cette saga valant bien tant de séries qui envahissent nos petits écrans, citons-le encore pour conclure : « Les rêves, c’est tout ce que nous avons pour nous barricader contre la mort… un par un nous les voyons se briser… Chaque rêve que nous formulons, nous le formulons pour survivre… »

Jean-Paul

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 17:02

Réparer les vivants   par Maylis de Kerangal.

Verticales (2014), 280 pages.

 

Réparer les vivants a beaucoup fait parler, troublant ceux qui se plongeaient dans sa lecture. Écrire sur les transplantations n’est pas facile mais Maylis de Kerangal a su le faire en partant d’un cas concret, nous plongeant d’emblée dans la vague de ces jeunes surfeurs, amateurs de sensations fortes.

 

 

L’écriture est déferlante avec de très longues phrases semblables à ces vagues s’étalant sans cesse sur le rivage mais cela change et s’accélère jusqu’à l’accident, au retour. Dans le van, Simon est le seul à ne pas avoir de ceinture de sécurité. Lorsque le Samu l’amène aux urgences, le constat est sans appel : « Le cerveau de Simon Limbres est en voie de destruction, il se noie dans son sang. »

 

 

Toujours très technique comme pour chaque sujet qu’elle aborde, l’auteure présente tous les protagonistes dont Pierre Révol, chirurgien de garde en réanimation, à l’hôpital du Havre. Il est né en 1959, année où on a redéfini la mort : « L’arrêt du cœur n’est plus le signe de la mort, c’est désormais l’abolition des fonctions cérébrales qui l’atteste… cela autorise et permet les prélèvements d’organes et les greffes. »

 

 

La famille de Simon est avertie et la coordination des prélèvements d’organes et de  tissus entre en action avec Thomas Rémige qui joue un rôle fondamental. Là aussi, l’auteure réalise une description soignée de tout ce qu’on peut entendre dès qu’il s’agit de l’hôpital. Maîtrisant son sujet à fond, Maylis de Kerangal présente l’Agence de la biomédecine, à Saint-Denis pendant que Marianne et Sean, les parents de Simon sont assommés par la demande de don d’organes : « Le corps de Simon n’est pas un stock d’organes… »

 

 

« Enterrer les morts et réparer les vivants », tout est détaillé jusqu’au Pôle national de répartition des greffes qui recense les receveurs compatibles. La course contre la montre est palpitante jusqu’au moment où « … un bocal spécial qui recèle le cœur de Simon Limbres, qui recèle rien moins que la vie, une potentialité de vie…» arrive à Paris.

 

Au fil des pages, l’extrême difficulté de telles avancées médicales est évidente mais l’auteure ne néglige aucun des obstacles moraux et psychologiques que doivent surmonter les proches, sans oublier la reconstruction indispensable du corps du donneur pendant que son cœur, ses reins, ses poumons et son foie permettent à d’autres de vivre.

 

 

En écrivant Réparer les vivants, sans négliger ceux qui meurent, Maylis de Kerangal a réussi un formidable récit captivant de bout en bout tout en ménageant quelques pauses pour atténuer une tension extrême.

 

 

Merci à Pauline qui m’a permis de lire Réparer les vivants, un roman logiquement distingué par plusieurs prix littéraires.

 Jean-Paul

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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 13:59

L’Adversaire    par   Emmanuel Carrère.

P.O.L. (2000), 221 pages.

 

Le dernier livre d’Emmanuel Carrère, Le Royaume, où il évoque à plusieurs reprises ce qu’il avait écrit à propos de Jean-Claude Romand, a motivé la lecture de L’Adversaire.

 

 

Le samedi 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand tue sa femme et ses deux enfants avant d’aller faire subir le même sort à ses parents et à leur chien. Partant de ce terrible constat, l’auteur détaille tout son cheminement pour tenter de comprendre l’homme qui a commis de tels faits sans se dispenser de raconter une vie basée sur un monstrueux tas de mensonges.

 

 

À Ferney-Voltaire, « les Romand ? Tout le monde les aimait. » Luc Ladmiral, le médecin généraliste du lieu, était le grand ami de Jean-Claude, parrain de sa fille, considéré comme une sommité dans le monde de la recherche. Tout le monde croyait qu’il travaillait à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à Genève, mais après qu’il eut survécu à l’incendie de sa maison, les vérifications établirent qu’il n’y avait pas de Dr Romand à l’OMS, qu’il n’était pas inscrit à l’Ordre des médecins et qu’il avait arrêté ses études à la fin de la seconde année…

 

 

Dans le Pays de Gex, banlieue résidentielle de Genève, en France, on ne veut pas croire ce qui apparaissait au grand jour à propos d’un homme disant fréquenter Bernard Kouchner et dont un prétendu cancer  était soigné par le Pr Schwartzenberg… Pas à pas, Emmanuel Carrère décortique cette vaste et dramatique imposture.

 

 

Six mois après les événements, il écrit à J-C Romand et ne reçoit une réponse que deux ans après car celui-ci vient de lire La classe de neige et a beaucoup apprécié. Une correspondance débute entre les deux hommes. Malgré la peur et la honte qu’il éprouve à vouloir écrire sur ça, Emmanuel Carrère se rend sur les lieux, parcourt les chemins forestiers du Jura où Romand passait ses journées, lui, le fils d’une famille de forestiers jurassiens.

 

 

Le livre retrace aussi la jeunesse de Romand, ses études, comment il réussit à s’attacher les faveurs de Florence qui deviendra sa femme. Ainsi, l’auteur décortique patiemment cette vaste supercherie si difficilement explicable, sans omettre de souligner les moments où tout aurait pu être découvert, évitant le drame final.

 

 

À force de ponctionner de grosses sommes d’argent à sa famille et à ses amis, l’étau se resserre : « Sans savoir d’où le premier coup allait venir, il savait que la curée approchait. » Il tue méthodiquement puis revoit Corinne, une femme connue à Ferney, qui vit maintenant à Paris et qui lui réclame de plus en plus fermement les 900 000 F (137 204 €) qu’elle lui avait confiés pour qu’il place cet argent dans une banque suisse, système déjà employé avec d’autres personnes crédules.

 

 

Condamné à perpétuité avec 22 ans de sûreté, Jean-Claude Romand est devenu très croyant, influencé par Marie-France et Bernard, visiteurs de prison, mais Emmanuel Carrère se demande si le menteur qui est en lui, L’ Adversaire, ne le trompe pas une fois de plus.

 Jean-Paul

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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 15:04

Le vrai lieu  par Annie Ernaux.

nrf, Gallimard (2014), 110 pages.

 

Dans un film documentaire achevé en 2013 puis diffusé sur France 3, Annie Ernaux parlait de son métier d’écrivain au cours d’un entretien avec Michelle Porte. Dans de longues réponses très détaillées et très intéressantes, l’auteure révélait quantité d’informations permettant de connaître au plus près le travail d’écriture qu’elle mène avec beaucoup de talent.

 

 

Il était absolument indispensable de fixer tout cela par écrit, ce que Le vrai lieu réalise avec un intérêt supplémentaire puisque l’intégralité de ces entretiens filmés est retranscrite. Elle qui avait beaucoup de peine à parler de ses livres reconnaît finalement : « Dire ce qu’est pour moi l’écriture, j’y arrive un peu plus. Parce que, si on me pousse dans mes derniers retranchements, c’est tout de même là où j’ai l’impression d’être le plus. Mon vrai lieu. »

 

 

C’est à Cergy, près de Paris, qu’elle a écrit tous ses livres, sauf les deux premiers rédigés en Haute-Savoie. Bien qu’elle vive aux portes de la capitale, elle assure : « Je suis restée une fille de la terre par mes parents, une fille de la province aussi avec les jardinets autour des maisons. »

 

 

Son enfance et sa jeunesse, elle les a passées dans le café-épicerie de ses parents, à Yvetot mais ses études et la voie qu’elle a choisie lui font penser sans arrêt qu’elle est, en fait, un transfuge de classe. Elle qui a appris le beau langage à l’école, ne renie pas le patois du Pays de Caux car « Le langage d’origine fait corps avec nous, vraiment. »

 

 

Elle parle beaucoup de ses parents : « Ma mère était une femme violente, très autoritaire… Les lois religieuses gouvernaient sa vie… C’était une femme flamboyante… qui portait haut le savoir. Mon père était doux. » Adolescente, elle était en lutte avec elle dans le domaine sexuel et avoue : « elle se comportait en gardienne, gardienne de mon corps. »

 

 

Au fil des confidences, elle cite ses principaux livres et explique les changements de style, de ton. Les armoires vides parle de son avortement et son écriture est violente. La place est plein d’une violence rentrée. Une femme est consacré à sa mère. Les années traite du temps qui passe, de cette évolution incroyable de 1950 aux années 2000.

 

Annie Ernaux affirme enfin haut et fort : « Je ne suis pas une femme qui écrit, je suis quelqu’un qui écrit. » et précise plus loin : « Qu’on soit homme ou femme, c’est l’origine sociale qui détermine. » Dans ce lieu immatériel qu’est l’écriture, elle excelle et Le vrai lieu est une belle occasion de faire connaissance avec cet écrivain et donne encore plus envie de lire ses livres.

 Jean-Paul

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 13:34

Rural ! (Chronique d’une collision politique).

BD d’Étienne Davodeau (Préface de José Bové)

Delcourt. (2001. Réédité en 2013) 138 pages.

 

Chaque fois qu’un grand chantier s’annonce, les dégâts collatéraux sont trop souvent traités par le mépris ou considérés comme négligeables. Dans Rural ! Étienne Davodeau met en application, avec talent, ce qu’il explique en avant-propos : « Regarder, écouter. Raconter, dessiner. »

 

 

En Anjou, à 25 km au sud d’Angers, dans le Maine-et-Loire, sur la commune de Chanzeaux, l’auteur nous plonge sans temps mort dans le quotidien d’une ferme, en plein vêlage. La ferme du Kozon, produit, chaque jour, toute l’année, 800 litres de lait biologique, grâce à une soixantaine de vaches mais, il y a un gros MAIS… Tout près de là, un chantier vient de débuter, celui de la future A 87, une autoroute reliant Angers à La Roche-sur-Yon, via Cholet.

 

 

Pour mettre en place leur GAEC (Groupe agricole d’exploitation en commun), Jean-Claude, Étienne et Olivier ont regroupé deux  fermes : La Percerie et l’Épinay, soit 120 hectares.

 

 

Tout en enquêtant, Étienne Davodeau nous fait vivre le travail de la ferme. Il rend aussi visite à Philippe et Catherine dont la maison va être sacrifiée. Depuis, les voitures passent à 130 km/h dans… la salle de bains de ce couple qui a dû quitter un lieu qu’ils avaient entièrement rénové et aménagé.

 

On en vient enfin aux implications politiques, aux intrigues permettant à l’autoroute d’éviter un vignoble prestigieux et intouchable… « Résultat : pour abîmer une vigne plutôt qu’une autre, un détour de 4 km, à plus de 40 millions de francs le km… Quatre ponts supplémentaires, un immense viaduc sur le Layon dont nous estimons  le coût global à 600 millions de F… et un autre pour franchir l’Hyrôme, 200 millions de F ! », explique Georges Cesbron, agriculteur retraité, père d’Étienne et Olivier. Dossiers, manifestations, interventions, rien n’y fait.

 

 

Pendant que l’autoroute investit le paysage et modifie définitivement la vie quotidienne de ses riverains contraints et forcés, Étienne Davodeau vit encore un peu le quotidien de la ferme, décrivant toujours avec humour le travail de Jean-Claude, Étienne et Olivier : « L’aventure du GAEC du Kozon continue… »

 

 

Un grand merci à Françoise pour m’avoir offert Rural !, une BD lue et relue avec toujours autant d’intérêt et de plaisir.

Jean-Paul

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