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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 23:50

ARELATE          

BD de Laurent Sieurac et Alain Genot, Cleopas,

T1 Vitalis, T2 Auctoraus (2012) et T3 Atticus (2013) 63 pages chacun, dossier compris.

 

Travailler en commarelate03.jpgun pour un scénariste – dessinateur et un archéologue est une excellente idée car le résultat est d’une très grande qualité, fournissant un récit passionnant et instructif à la fois. Se basant sur les découvertes les plus récentes, les auteurs battent en brèche pas mal d’idées reçues, sur les gladiateurs, par exemple.

 

Comme site, ils ont eu la très bonne idée de choisir Arles (Arelate), souvent appelée la petite Rome ou la Rome des Gaules. De plus, au cours des trois premiers albums (premier cycle), ils s’attachent à décrire le quotidien des gens du peuple, sans oublier le rôle des femmes. L’histoire débute à la fin du premier siècle après Jésus-Christ et nous sommes tout simplement sur le chantier des arènes, ces arènes qu’il faut d’urgence visiter comme le musée de l’Arles antique, si cela n’a pas encore été fait !

 

Le dessin est précis, impressionnant de justesse et de technique, et les teintes de brun renforcent encore le caractère unique de cette bande dessinée. Nous nous permettrons juste un petit bémol concernant les visages des personnages dont certains se ressemblent un peu trop, ce qui gêne la lecture.

 

Comme l’indique le titre du tome 1, Vitalis en  est le héros. Tailleur de pierre joueur, buveur et belliqueux se fait renvoyer du chantier et doit d’urgence retrouver du travail car Carmilia, son épouse, est sur le point d’accoucher. Nous faisons aussi connaissance avec Neiko qui rêve de devenir naute pour naviguer d’abord sur le Rhône puis en mer.

 

S’étant engagé (Auctoratus) pour être gladiateur, Vitalis a perdu sa liberté mais ce tome 2 permet de comprendre que la gladiature n’était pas une infâme boucherie. Au premier siècle après J-C, les gladiateurs étaient des athlètes de haut niveau comme le détaille très bien la documentation qui termine l’album.

 

Dans le tome 3, Vitalis peut enfin combattre sur le sable de l’amphithéâtre d’Arles, une nouvelle fois magnifiquement dessiné. Atticus, son entraîneur, tente de gagner son affranchissement mais le drame guette cet homme si bon et si courageux. Les dernières pages apportent quantité d’informations et d’explications d’autant plus pertinentes qu’elles sont accompagnées d’illustrations, de photos de fouilles montrant au lecteur où les auteurs ont pris leurs informations.

 

ARELATE, après trois tomes, devrait connaître une suite mais il faut, sans attendre, dévorer ces premiers volumes, témoignages précieux d’une antiquité romaine dont nous avons encore beaucoup à apprendre.

 

Un grand merci à Vincent qui m’a permis cette passionnante remise à niveau riche en découvertes.

Jean-Paul

 

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 18:17

La cote 400    par   Sophie Divry

10/18 (2013), Les Allusifs (2010) 94 pages.

 

Il fallait oser ! É41TP-08uMaL. SY344 BO1,204,203,200crire à propos de la classification décimale des livres mise au point par Melvil Dewey, Sophie Divry l’a réussi superbement avec un humour qui fait du bien.

 

Les amateurs de lecture qui fréquentent les bibliothèques n’y font pas forcément attention mais tous les documents sont cotés et le système adopté est valable partout : « Parce que, théoriquement, que vous alliez à Paris, à Marseille, à Cahors, à Mazamet ou à Dompierre-sur-Besbre, vous devez trouver toujours le même livre au même endroit… À tous les coups ça marche. »

 

L’auteure, par l’intermédiaire de sa narratrice, détaille ce qui a permis de classer «méthodiquement l’ensemble du savoir humain. » Tout cela est agrémenté de phrases très fortes sur les livres : « Eux, ils m’élèvent. » Les confidences se poursuivent avec sincérité et justesse, sans concession pour les lecteurs qu’elle surveille de près : « Ils déclassent, ils volent, ils écornent, ils dérangent. Il y en a même qui arrachent des pages »… sans oublier ceux qui ne se gênent pas pour surligner, pour annoter…

 

Au passage, notre bibliothécaire livre ses sentiments sur la Révolution et cite les trois événements qui, pour elle, ont façonné notre histoire : la Révolution, les massacres de la guerre de 14 et la pilule. Napoléon en  prend pour son grade, qualifié de fossoyeur de la lecture : « Faire lire le peuple, ce n’était pas son truc, il préférait trucider la jeunesse en marchant dans la neige. Saviez-vous que les guerres napoléoniennes ont tué plus de petits Français que la Première guerre mondiale ?... Quand je vois tous les bouquins qui sortent chaque année sur ce nabot mal élevé, je ne comprends pas cette fascination…»

 

La vie au jour le jour, au milieu des livres, peut réserver des surprises, comme ce Martin qui revient régulièrement et dont elle ne comprend pas l'indifférence. Elle peste contre ceux qui n’empruntent que des « dévédés », explique que, pendant l’hiver, le chauffage attire les plus démunis mais ajoute aussi : « C’est fou le nombre de chômeurs, retraités, Cotorep, érémistes qu’on croise ici, l’été. » Ce qui l’amène à déplorer : « Quand je pense que certains maires osent fermer les bibliothèques au mois d’août ! »

 

La cote 400 est donc un petit trésor de réflexions bien senties comme cet encouragement pour la lecture qu’il faut citer encore : « Empruntez, car autant l’accumulation matérielle appauvrit l’âme, autant l’abondance culturelle l’enrichit. » Voilà une petite sucrerie bien délicieuse qui apporte plaisir, réflexion et sourire… ingrédients fort précieux.

 

Un grand merci à Muriel qui m’a offert ce livre choisi avec beaucoup d’à-propos.

 Jean-Paul

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 00:00

Mémé    par   Philippe Torreton

L’iconoclaste, 2014, 143 p.

 

meme2.jpgC’était l’époque où nous appelions notre grand-mère « Mémé » et cela, Philippe Torreton ne l’a pas oublié. Aujourd’hui, les petits-enfants les appellent « Mamie »… le plus souvent. C’est plus sympa, ça vieillit moins et cela permet de réserver l’appellation « Mémé » à l’arrière-grand-mère, ce qui est une bonne chose.

 

Comédien célèbre, excellent acteur aussi bien au théâtre qu’au cinéma, Philippe Torreton n’en est pas à son premier ouvrage puisqu’il a déjà publié deux livres auparavant. Dans ce texte rempli forcément de quantités de souvenirs, il nous emmène en Normandie et nous fait partager la maison de mémé, l’humidité, la pluie : « L’énergie, comme le sang dans les jambes de mémé, circulait mal. Sa maison avait froid aux arpions. »

 

Dans cet inventaire charmant, doucereux, nostalgique de l’enfance et de l’adolescence, c’est l’amour qui ressort à chaque page pour cette femme, « fille de la campagne ». Petit à petit, l’histoire familiale défile mais le petit-fils n’a pas oublié la venue de mémé à Paris lorsque, pour la première fois, il a joué à la Comédie française, dans Le Barbier de Séville. C’est l’occasion de faire un parallèle : « La Comédie française, c’était ma ferme, mes champs, mes prés, c’était là que je m’usais chaque jour… »

 

Au cours de cette seconde partie du XXe siècle, tout évolue très vite : « Tu as vu la France s’enrichir de Noël en Noël… Tu es passée de Noëls en terre battue à des Noëls de parquets cirés. »  La vie de mémé aussi a changé lorsqu’elle a dû abandonner la ferme pour l’usine afin de permettre à ses trois filles de poursuivre leurs études.

 

Au fil des pages, l’auteur aborde un peu tous les sujets : l’argent, la politique, les syndicats, les naissances, les décès. C’est une vie qui défile : « Jeune on t’a donné le nécessaire, adulte tu n’avais que l’utile et à la fin de ta vie il ne te restait que l’indispensable. »

 

Dans la dernière partie, Philippe Torreton revient à la naissance de mémé, en 1914, décrivant en termes savoureux son époque, la comparant avec la modernité, ce respect du vivant, cette écologie au naturel  alors que le mot n’existait pas. On ne prélevait que le nécessaire et « Rien n’était gâché, jamais. »

 

C’est avec une infinie tendresse que se termine l’histoire de mémé, une histoire intimement liée à l’amour de son petit-fils…

 

Merci à Simon pour ce livre.

Jean-Paul

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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 20:18

L’impasse   par   Antoine Choplin

La Fosse aux ours, 2006, 152 p.

 

9782912042811.jpgLire Antoine Choplin est toujours très agréable. C’est pourquoi, après Le héron de Guernica et La nuit tombée, nous n’avons pas hésité à nous plonger dans un roman antérieur, son sixième texte édité.

 

Dans L’impasse, nous ne savons pas où nous nous trouvons. Est-ce la Tchétchénie comme évoqué sur la quatrième de couverture, est-ce un autre territoire dévasté par la haine des hommes envers leurs semblables ? Cela n’a que peu d’importance tant les mêmes scènes peuvent se reproduire ici ou là sur notre planète.

 

Le capitaine Kalinski et ses trois hommes (Romanov, Vologuine et Youssov) nous plongent d’emblée, sans ménagement, dans une scène horrible avec deux vieillards ridiculisés, maltraités, torturés simplement pour le plaisir.

 

Parallèlement, l’auteur nous fait vivre dans l’intimité d’une famille où plusieurs générations cohabitent : grand-mère Aïchat, Magomed et Zarema sa femme, Moumadi, Timour, Louisa, sans oublier Hard-rock, le lapin…

Heureusement, il y a la rencontre assez magique entre Timour et Oleg Youssov, un type bien, un géant, athlète lanceur de poids. Tous les deux, ils ont en commun une passion pour l’athlétisme et Giacometti. C’est dans la bibliothèque de l’Institut dévasté par la guerre qu’ils font connaissance et se retrouvent.

 

Malgré cela, la tension est palpable à chaque page : « La guerre est finie, peut-être, déclare Timour, mais il y a partout sa marque, pour longtemps, et le feu des canons brûle au fond des crânes. Il y brûlera encore et encore. Les regards des hommes seront vides et asséchés. »

 

L’atmosphère devient de plus en plus pesante dans cette impasse que Kalinski veut « nettoyer ». On apprend que Timour et sa famille se sont installés ici après la destruction de leur immeuble. Les drames et l’angoisse sont encore bien présents dans tous les coins de la ville. Malgré tout, la rentrée peut avoir lieu à l’Institut… sous surveillance militaire mais même si Louisa danse remarquablement pour « oublier  tout ça », Kalinski menace toujours…

 

Fidèle à son habitude et à son style d’écriture, Antoine Choplin démontre, une fois de plus, tout son talent pour décrire et faire ressentir toute la complexité des rapports humains. Enfin, même dans les moments les plus graves, il laisse percer quelques lueurs d’espoir.

Jean-Paul

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 09:49

Michel Vaillant 

1.Au nom du fils  2.Voltage 

BD de Graton, Lapière, Bourgne et Benéteau

Graton Editeur / Dupuis (2012 vol. 1 ; 2013 vol. 2) 56 et 54 pages.

 

Nostalgique de bandes dessinées lues passionnément au début de l’adolescence, quelle ne fut pas notre surprise d’apprendre que tout renaissait ! Jean et Francine Graton avaient fait vivre les aventures de Michel Vaillant dans Le journal de Tintin dès 1957 puis, à partir de 1959, pendant la bagatelle de 70 albums. Alain Prost avait même dit s’être lancé dans la compétition automobile, inspiré par Michel Vaillant ! L’aventure s’était terminée en 2007, Philippe Graton, troisième fils de la famille, devenu scénariste, a mis fin à ce que l’on peut appeler aujourd’hui, la première saison.

 

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C’est en 2012 que renaît enfin ce héros des circuits automobiles dont la vie colle à l’actualité. Marc Bourgne et Benjamin Benéteau dessinent ce que Philippe Graton et Denis Lapière scénarisent.

 

Deux albums sont déjà sortis et c’est avec plaisir et émotion que nous retrouvons Michel Vaillant, son père, son frère, bref, toute la famille. Nos héros n’ont guère vieilli mais le fameux constructeur est aux prises avec les évolutions technologiques. D’importantes décisions doivent être prises.

 

« Il est bougon, il râle sur tout, il n’est jamais content… Dès que je touche de près ou de loin à ce qui ressemble à une voiture, il s’emporte immédiatement ! » Voilà ce que déclare Madame Vaillant mère à propos de son mari qui ne supporte plus de ne plus voir de Vaillante sur les circuits de Formule 1.

 

Intrigue sentimentale avec une journaliste curieuse et très présente, gros soucis avec Patrick, son fils qui s’est lancé dans un projet très innovant, les aventures de Michel Vaillant sont toujours palpitantes, le second album nous emmenant sur le Lac Salé, aux USA, pour une tentative mouvementée de record de vitesse en véhicule électrique. C’est d’ailleurs l’occasion de retrouver Steve Warson que les fidèles de Michel Vaillant n’ont pas oublié. De plus, un drame se produit…

 

D’autres albums suivront sûrement pour rassurer, intriguer et permettre toujours d’apprécier ce dessin simple et bien construit, fidèle à ce qu’avaient créé Jean et Francine Graton.

 

Merci à Vincent de m’avoir permis cette petite cure de rajeunissement…

Jean-Paul

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 09:26

La petite communiste qui ne souriait jamais

par   Lola Lafon  Actes Sud, (2013), 317 pages

 

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Nadia Comaneci, jeune gymnaste roumaine qui éclaboussa de son talent les Jeux Olympiques de Montréal, en 1976, si vous ne connaissez pas, les vidéos mises en ligne permettent de découvrir ses exploits ou de se rafraîchir la mémoire. Avant elle, le 10 n’existait pas en gymnastique. Quand les juges ont voulu lui attribuer la note parfaite pour ce qu’elle venait de réaliser, la banque de données de Longines a sauté, le tableau lumineux ne pouvant afficher que : 1,00 !!!

 

Nadia n’a que 14 ans mais Béla Károlyí et son épouse, Martá, la font travailler très dur depuis près de huit ans, avec d’autres filles d’Onesti, petite ville située à près de 500 km au nord de Bucarest. Nadia « ne sculpte pas l’espace, elle est l’espace… La grâce, la précision, l’amplitude des gestes, le risque et la puissance sans qu’on n’en voie rien ! »

 

Lola Lafon connaît bien ce pays pour y avoir grandi. Elle raconte ce que fut Nadia jusqu’à sa fuite du pays quinze jours avant la chute de Ceausescu, plongeant dans la vie quotidienne des Roumains, leurs souffrances, leurs difficultés, sans oublier de mentionner les avantages d’un régime se voulant égalitaire avant de dériver, hélas, vers un totalitarisme ridicule.

 

La lecture de ce roman est passionnante de bout en bout grâce au talent de l’auteure qui a su mener à bien un dialogue imaginaire avec Nadia C. qui vit maintenant aux États-Unis. Cela lui permet de confronter les différentes versions de la vie de la championne et du monde qui l’entoure. Dans une vie, tout n’est pas blanc ou noir comme on tente trop souvent de nous le faire croire mais c’est justement la confrontation entre des récits différents des mêmes faits qui permet de se forger une opinion.

 

L’auteure nous fait partager le quotidien de ces petites championnes, sportives de haut niveau obligées de calculer tout ce qu’elles mangent, de subir des entraînements de plus en plus poussés avec les conséquences qui s’appellent claquages, entorses et les médicaments qui suivent : anti-inflammatoires, antidouleurs, corticoïdes… Parfois, les figures les plus étonnantes sont créées à partir d’une erreur très dangereuse mais Nadia, parvenait à écarter le danger.

 

Pour Nadia, le temps passe et elle devient femme. Elle a toujours envie de manger, rêve qu’elle mange alors que son corps subit les ampoules, les minuscules coupures, les bleus aux cuisses, les fibres musculaires qui lâchent, les tendons claqués et la codéine, la cortisone… Elle se sent laide, informe alors qu’elle subit cette « Maladie », ces règles qu’elle ne supporte pas. Ayant quitté Béla pour Bucarest, elle sort, danse, flirte avec un garçon, mange, ne s’entraîne plus. Elle est devenue « un monstre ».

 

Lola Lafon parle alors du sort des Roumaines obligées d’avoir des enfants, subissant « la police des menstruations » jusque sur leur lieu de travail. Puis c’est la chute des Ceausescu, fin 1989, Nadia est aux USA  « réfugiée politique » dont l’image est ternie. Elle a 28 ans… Une autre vie commence mais ce qu’elle a réalisé en tant que sportive ne s’effacera  pas.

Jean-Paul

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:04

La femme de nos vies   par   Didier van Cauwelaert

Albin Michel, 2013, 293 p.

 

9782226246868-j.jpgComment un roman peut-il mettre l’Histoire en valeur ? Mieux, comment un roman peut-il révéler des faits gravissimes ignorés totalement ou partiellement ? Ceci, Didier van Cauwelaert l’a réussi dans La femme de nos vies.

 

C’est à Hadamar, « charmante bourgade du Limburg, en Allemagne », que David Rosfeld, le narrateur, retrouve la première femme qu’il a aimée : Ilsa Schaffner : « C’est l’amour de ma vie. L’amour fondateur, la sensualité, l’intelligence, le courage, le don de soi jusqu’à l’abnégation – tout le pouvoir créateur d’une femme… » Si notre homme est très âgé, Ilsa est centenaire et lui a sauvé la vie en 1941, au même endroit où il retrouve Marianne Le Bret, avocate à Morlaix, petite-fille d’Ilsa.

 

Rapidement, nous replongeons dans l’Histoire, à l’époque où David s’appelait Jürgen Bolt, était un autiste léger et travaillait dans la ferme de ses parents. Après un événement que nous laisserons découvrir au lecteur, il se retrouve interné dans l’hôpital psychiatrique d’Hadamar, lieu réel des dernières heures des « pionniers de la solution finale. »

 

Tentant de réhabiliter Ilsa auprès de sa petite-fille, le narrateur maintient page  après page un intérêt maximum, un désir d’en savoir plus. S’appuyant sur l’histoire vraie d’Ida Tacke, chimiste surnommée « la Marie Curie allemande », Didier van Cauwelaert rappelle ces découvertes qui auraient pu changer le cours de l’Histoire puisque Ida Tacke avait émis, dès 1934, l’hypothèse de la fission nucléaire.

 

C’est à Hadamar que les Nazis ont expérimenté les douches à gaz, euthanasiant 12 000 patients en quelques semaines sur un total de 70 000 victimes pour toute l’Allemagne. Ainsi, « la solution finale » était au point et allait être utilisée dans les camps d’extermination.

 

Avec beaucoup de patience et de tendresse pour son auditrice, David remonte le cours de l’Histoire. À 20 ans, Ilsa était « nazie mais nationale-socialiste, pas fasciste. » Oberleutnant dans la Wehrmacht, elle dirigeait une école de petits génies pourtant catalogués comme débiles et destinés à être éliminés. Pourtant, malgré sa déportation à Mauthausen, elle est accusée de crimes de guerre après les témoignages du colonel Grübblick et du maréchal Göring.

 

Au fil des pages, nous rencontrons aussi Hitler, « un sadique caractériel, paranoïaque et versatile… un touche-à-tout absolument inculte… ». Puis le récit, toujours mené sous la forme d’un monologue très vivant ne négligeant pas les petits problèmes de la vie quotidienne, nous emmène aux États-Unis où David Rosfeld a été envoyé en mission. Si la rencontre avec Albert Einstein est un peu rocambolesque, elle permet d’expliquer comment David a pu se faire une place enviée au sein des chercheurs américains. C’est l’occasion, pour l’auteur, de souligner l’attitude  de John Edgar Hoover qui voit des agents soviétiques partout !

 

La femme de nos vies est un roman passionnant, instructif, qui se lit d’une traite.

 Jean-Paul

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 16:28

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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 09:33

Wotan (Vent furieux)    BD d’Éric Liberge

1939 – 1940 ; 1941 – 1943 ; 1943 – 1945 + dossier historique, Dupuis, 2014, 181 p.

 

album-cover-large-13182.jpgAprès la publication d’un premier album couvrant 1939 et 1940, Dupuis, l’éditeur a décidé de rassembler ce qui devait l’être en trois livres, dans un seul et bel album. Ainsi, Wotan, nom, en vieil allemand, du dieu de l’orage et de la tempête, passionne de bout en bout le lecteur qui apprécie aussi la qualité des dessins très fouillés d’Éric Liberge.

 

L’histoire débute avec Louison, un jeune garçon hanté par le traumatisme extrêmement violent qu’il a vécu. Elle se poursuit avec Étienne Murol qui va vivre au plus près l’atrocité des crimes nazis et Yin-Tsu, photographe japonaise vivant à Paris, se retrouvant enrôlée par Himmler, lui-même. Les destins de ces trois personnages s’entrecroisent, se mêlent parfois mais rien ne nous est épargné au cœur de l’horreur de ces années les plus sombres de ce qu’on appelle pourtant l’humanité.

 

Éric Liberge le confirme : « Tous les faits historiques décrits, extraits de discours, de propagande raciale qui nourrissent le récit, tous les propos tenus sur ces sujets, aussi aberrants soient-ils, sont tristement authentiques. » Ainsi, on comprend mieux pourquoi l’auteur parle de cet obscurantisme imposé comme système politique, ajoutant que « la Seconde guerre mondiale reste un formidable miroir de notre époque actuelle. »

 

Se basant sur les récits de ses parents ajoutés dans le dossier historique, l’auteur décrit bien la mobilisation de son père, l’exode et les tourments de l’occupation. Au cœur du récit, les hésitations, les questions que se posent les principaux protagonistes permettent de nous interroger sur notre attitude éventuelle face à l’idéologie nazie et à son emprise sur les consciences en utilisant tous les moyens d’une violence rare.

 

La seconde partie traite de la Shoah par balle accomplie par les Einsatzgruppen sur le front de l’Est, des massacres planifiés trop longtemps ignorés. Éric Liberge met aussi en lumière cet institut de recherches  Ahnenerbe, Société pour la recherche et l’enseignement sur l’héritage ancestral, créée par le Reichsführer SS Himmler, allant jusqu’aux expérimentations médicales dans les camps de concentration et en particulier dans celui du Struthof, en Alsace, en liaison avec l’Institut d’anatomie de l’université de Strasbourg.

 

Wotan est une fresque très impressionnante qui révèle le cheminement psychologique, difficilement compréhensible aujourd’hui, de ceux qui ont été plongés bien malgré eux dans la tourmente.

 

Remerciements à Vincent qui a eu la bonne idée de me faire découvrir cet ouvrage.

Jean-Paul

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 09:31

Du Sahara aux Cévennes    par Pierre Rabhi

Éditions du Candide (1983), Albin Michel (1995 et 2002), 241 p.

 

33996625_7011247.jpgDu Sud algérien au sud de l’Ardèche, l’itinéraire de Pierre Rabhi intrigue et passionne à plus d’un titre. Tout ce qu’il réalise en faveur de l’agroécologie afin de réconcilier l’homme avec la nature motive de plus en plus de monde comme toutes ses conférences le prouvent. Voilà pourquoi ce livre, édité pour la première fois, en 1983, par un petit éditeur ardéchois, connaît toujours autant de succès.

 

Cet Itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère, comme l’ouvrage a été sous-titré lors de sa réédition en 2002, est passionnant et plein d’enseignements pour chacun. Cela va bien au-delà de la simple mise en culture de terres parce que Pierre Rabhi, né en 1938, a d’abord grandi à Kenadsa, une oasis qui a vu naître deux autres écrivains : Malika Mokeddem et Mohamed Moulessehoul, connu sous le nom de Yasmina Khadra.

 

Après avoir baigné dans le monde imaginaire de l’enfance, aux portes du désert, voilà que son père qui fut forgeron, mécanicien, horloger, électricien, bâtisseur, musicien, poète et guérisseur, veut pour lui le meilleur et décide de le confier à un couple de Français. Sa mère était morte alors qu’il n’avait que 4 ans. Après avoir été initié à l’ésotérisme musulman, le jeune Rabah Rabhi se trouve écartelé entre deux civilisations, se fait baptiser et prend le prénom de Pierre.

 

Toujours avec beaucoup de sensibilité, il raconte les recommandations de son père qui lui ordonne de ne pas manger de porc ni de boire du vin, sa découverte du rêve magique des petits Européens, le Père Noël, avant de découvrir la mer, les autos, le tram… Quand il raconte cela au village, on ne le croit pas !

 

À Oran, c’est la vie en appartement pendant qu’au village, les houillères du sud transforment son père en mineur, changeant complètement la mentalité d’une population qui savait vivre en autosuffisance. Lui, il travaille dans une banque mais il est fâché avec les chiffres, rétif aux impératifs financiers. Seuls les rapports humains l’intéressent. Deux mois après avoir quitté la banque, il embarque sur le Clémenceau alors qu’il vient de voir son pays déchiré par la guerre. Ses nouveaux amis chrétiens sont indifférents au sort des Algériens et son père adoptif a choisi le camp de l’Algérie française…

 

Magasinier dans une entreprise de banlieue, il fait la connaissance de Michèle, partageant avec elle les mêmes goûts, les mêmes valeurs, les mêmes préoccupations, s’intéressant aussi à la musique, au théâtre, à la littérature. C’est la réponse encourageante du Dr Pierre Richard qui est en train d’essayer de créer le Parc national des Cévennes qui pousse le couple à tenter de s’installer là-bas, dès 1960.

 

« Le rêve prend de l’ampleur, je m’y noie complètement. » Rien n’est facile. Son corps est brisé par le travail qu’il apprend auprès de paysans qui l’embauchent avant qu’il n’achète enfin cette ferme dont ils rêvent : « une grande coquille déserte ». Le livre détaille toute l’aventure, 7 ans passés en manque d’eau, 13 ans sans électricité, 6 enfants à élever et cette terre ingrate, rocailleuse, bonifiée grâce à « l’agriculture organique, facteur de cohérence, de joie et d’autonomie. »

 Jean-Paul

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