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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 15:00

En finir avec Eddy Bellegueule  par Edouard Louis,

Seuil, 2014, 219 p.

 

À 21 ans, Édouard Louis ne s’appelle plus Eddy Bellegueule, un nom qu’il a porté pendant une vingtaine d’années. Dans son premier roman, il se livre à un exercice très difficile puisqu’il parle de ce qu’il a vécu, de toutes les souffrances qu’il a endurées mais aussi de ce qui lui a permis de sortir de l’impasse dans laquelle il se trouvait.

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« De mon enfance, je n’ai aucun souvenir heureux. » Dès la première phrase, il est difficile au lecteur de ne pas être en empathie avec ce garçon qui subit les crachats dans la figure, qui voit son père ivre très souvent et qui se sent un squelette dans une famille d’obèses…

 

Eddy Bellegueule est un nom de dur mais, « Très vite, j’ai brisé les espoirs et les rêves de mon père ». Ses manières sont féminines et ses goûts aussi. Ses parents le traitent de « gonzesse ».

 

Toujours avec cette souffrance à fleur de peau, ce mal-être qui l’empêche de répondre à ce qu’on attend de lui, Eddy fait pourtant des efforts : « On essaye dans un premier temps d’être comme les autres et j’ai essayé d’être comme tout le monde. » Chaque matin, il se dit : « Aujourd’hui, je serai un dur. » Ses tentatives avec Laura puis avec Sabrina sont un échec. Eddy ne peut qu’accepter et vivre cette homosexualité qu’il a découverte et appréciée avec d’autres camarades de son village.

 

C’est au collège qu’il reçoit coups et crachats de la part de deux garçons qui l’ont pris en grippe : « J’appréciais l’école. Pas le collège, la vie du collège : il y avait les deux garçons. Mais j’aimais les enseignants. Ils ne parlaient jamais de gonzesses ou de sales pédés. Ils nous expliquaient qu’il fallait accepter la différence, les discours de l’école républicaine, que nous étions égaux. »

 

Pauvreté, manque d’argent, la vie quotidienne dans son village de Picardie n’est pas facile. Eddy n’a plus qu’une issue : la fuite, n’ayant pas réussi à être comme les autres. « Il fallait fuir. » Son talent pour le théâtre lui permet de partir pour un lycée d’Amiens et l’internat.

 

En finir avec Eddy Bellegueule est un livre dérangeant et terriblement émouvant. Si son auteur l’a qualifié de roman et non d’autobiographie, c’est qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. Par contre, sa lecture donne l’occasion d’une réflexion salutaire sur l’acceptation des différences et sur les souffrances que peuvent causer certaines réflexions et attitudes.

Jean-Paul

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 14:42

Xénia  par Gérard Mordillat, Calmann-Lévy, 2013, 375 p.

 

1480317-gf.jpgGérard Mordillat l’a déjà prouvé à de nombreuses reprises, comme dans Les vivants et les morts, il n’a pas son pareil pour nous plonger dans la vie telle que tant de nos concitoyens la connaissent et dont on parle bien peu.

 

Xénia a 23 ans et un bébé, Ryan, qu’elle doit le plus souvent emmener avec elle sur son lieu de travail, dans ces ménages qu’elle fait très tôt le matin ou tard le soir. Travers, patron sans scrupule de la POP (Propre en Ordre Partout), bafoue les lois du travail mais s’en moque. Xénia fait front car les catastrophes s’enchaînent.

 

Heureusement, il y a Blandine, sa voisine, mère de Samuel, ado métis, qui souffre beaucoup de perpétuels contrôles d’identité et qui n’arrête pas de lire Malcom X et Frantz Fanon. Avec 700 euros par mois, au mieux, Xénia, se bat pour survivre : « Xénia a des abdominaux solides, des bras et des cuisses musclés par les ménages, c’est sa force, son capital. » Mais « Xénia vit perdue dans un tunnel dont elle ne peut apercevoir l’issue. C’est un oiseau affolé qui court d’un côté, tantôt de l’autre, espérant retrouver l’air libre, la lumière du ciel. »

 

Dans sa cité des Proverbes, il y a aussi Aziz et sa mère. Tous sont très solidaires comme ce pauvre garagiste surnommé Biglouche. Au fil des événements, l’auteur dépeint avec justesse tous les problèmes dont souffre notre société : les sans papiers, le monde de la finance, la violence, le racisme ordinaire, l’ouverture des magasins le dimanche et les journées de travail ne respectant même pas un rythme de vie décent.

 

Les drames familiaux sont aussi présents dans ce quotidien qui défile et que personne ne maîtrise vraiment. Arrive enfin Gauvain qui va ouvrir d’autres horizons à Xénia qui sait se donner sans retenue. L’intime description des quatre points cardinaux qu’il réalise pour elle, est tout à fait charmante.

 

Xénia est un roman très actuel, un véritable document sur notre époque qui se lit d’un trait. Malgré un constat très sombre, Gérard Mordillat ne perd pas tout espoir car, avant d’ouvrir une fenêtre assez optimiste, il montre ce que la lutte commune peut obtenir quand chacun met de côté l’individualisme forcené.

Jean-Paul

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 15:28

Croquer le millefeuille  (Éditorial du 20/06/2014)

 

Le découpage administratif de la France en 27 régions (22 en métropole et 5 outre-mer) avec ses 101 départements, sa quinzaine de métropoles, ses 2 581 communautés de communes et ses 36 681 communes va sûrement évoluer au cours des années à venir.

 

Cela couve depuis longtemps avec son lot d’annonces et de démentis mais la fermeté du Président de la République, François Hollande,  et de Manuel Valls, son Premier Ministre, semble lancer enfin ce toilettage indispensable qui commencerait à croquer le millefeuille administratif de la France.

 

Rien ne sera simple. Chaque fois que des limites de territoire sont tracées, surgissent des mécontents qui ont souvent de bons arguments à faire valoir. Il faudra écouter, débattre et surtout trancher pour que cette réforme, souhaitée par tous mais voulue par trop peu, devienne enfin effective.

 

La carte présentée au début de ce mois de juin, fait passer la France métropolitaine de 22 à 14 régions. Outre-mer, La Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Mayotte ne sont pas concernées. Avec Île-de-France, la plus peuplée de toutes les régions de l’Union européenne (12 millions d’habitants), 6 autres régions ne bougeraient pas : Aquitaine, Bretagne, Nord-Pas-de-Calais, Corse, Pays-de-Loire et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Si certaines régions ne bougent pas, cela change ailleurs… Le gouvernement propose 7 regroupements, tous discutables sauf celui des deux Normandie. Il ne touche pas aux limites déjà définies, procédant ainsi à des collages : Poitou-Charentes avec Centre et Limousin, Basse et Haute-Normandie, Alsace et Lorraine, Picardie et Champagne-Ardenne, Auvergne et Rhône-Alpes, Bourgogne et Franche-Comté, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

 

Apparaissent alors de grands blocs dont le plus étendu serait Centre-Poitou-Limousin (81 903 km2), Guyane mise à part avec ses 83 534 km2. Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon arriverait au troisième rang avec 72 724 km2, devant Auvergne-Rhône-Alpes (69 711 km2, la plus petite restant Mayotte avec 376 km2.

Côté population sur le plan de l’UE, Île-de-France déjà citée devancera toujours Lombardia et Andalucía mais Auvergne-Rhône-Alpes serait au 4e rang avec 7,7 millions d’habitants et Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon serait propulsée à la 8e place avec 5,7 millions de personnes.

 

Enfin, il faudra trouver des noms un peu plus courts et s’attaquer aussi aux départements dont la disparition est annoncée pour 2020, sans oublier que la lutte pour l’emploi, la recherche et la formation devront être les priorités de ces nouvelles structures réclamant toujours plus de compétences.

Jean-Paul
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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 19:53

Un homme est mort,

BD de Kris et Étienne Davodeau, Futuropolis, 2006, 63 p. plus un dossier.

 

Un-Homme-Est-MortReprenant le titre d’un poème de Paul Éluard en hommage au journaliste résistant, Gabriel Péri, Un homme est mort sort de l’ombre les événements graves qui se sont produits à Brest, en 1950.

 

Sobre et efficace, Étienne Davodeau a accepté d’apporter tout son talent au projet ambitieux de Kris : raconter la lutte très courageuse des ouvriers chargés de reconstruire la ville, rasée après avoir été détruite par les bombardements de la seconde guerre mondiale. Les patrons refusant d’accorder de meilleurs salaires, les dockers, les traminots et les ouvriers de l’arsenal ont rejoint le mouvement.

 

Cinéaste engagé après avoir été jeune Résistant dès 15 ans, René Vautier arrive à Brest alors qu’il est recherché par la police pour ses documentaires dénonçant le colonialisme ou soutenant les mineurs en grève et les Algériens luttant pour leur indépendance.

 


Le 17 avril 1950, après un mois d’affrontements de plus en plus violents, alors que deux députés communistes ont  été emprisonnés, les forces de l’ordre tirent sur les manifestants. Plusieurs sont grièvement blessés par balle comme Pierre Cauzien qui doit être amputé de la jambe. Édouard Mazé, un militant de base de la CGT, est tué.

 

René Vautier est à Brest le lendemain et filme aussitôt la vie de ces hommes bouleversés par ce qui vient d’arriver. Il tourne le jour des obsèques d’Édouard Mazé. Une page entière, dans  Un homme est mort, est saisissante d’émotion grâce au talent d’Étienne Davodeau. L’immense foule rendant hommage à la victime est bien là, présente. Les visages sont graves, tous différents, un moment très fort de cette BD.

 

Si le film est réalisé et monté dans des conditions plus qu’artisanales, il s’agit ensuite de le montrer à Brest et dans la région. Commence alors une aventure épique de projections en plein air avec, pour bande son, le poème de Paul Éluard :

 

 Un homme est mort qui n’avait pour défense

Que ses bras ouverts à la vie

Un homme est mort qui n’avait d’autre route

Que celle où l’on hait les fusils… 

 

Enfin, un dossier très complet a été ajouté au récit dessiné et sa lecture apporte tous les éléments nécessaires à la compréhension de ce qui s’est passé. De plus, il détaille toutes les difficultés rencontrées par Kris pour mener à bien ce projet. Ainsi, le souvenir de ceux qui se sont battus pour leur dignité n’est pas tombé dans l’oubli.

Jean-Paul

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 13:10

Immortelle randonnée (Compostelle malgré moi)  par Jean-Christophe Rufin,

Éditions Guérin, 2013, 258 p.

 

90081357_p.jpgJean-Christophe Rufin n’avait pas prévu de raconter son Chemin. D’ailleurs, en rentrant, il s’est lancé dans l’écriture du livre consacré à Jacques Cœur, Le Grand Cœur. Puis, cédant à l’insistance d’amis chamoniards, il a rédigé cette Immortelle randonnée, un petit régal de lecture ne donnant pas forcément envie de se lancer mais qui offre un récit savoureux.

 

Lui, il n’a pris aucune note tout au long de ces 800 km menant d’Hendaye à Santiago de Compostela et il plaignait même ceux qu’il voyait, le soir, noircir les pages d’un carnet… Ce sont ses souvenirs que nous découvrons dans ce livre toujours aussi bien écrit, comme Jean-Christophe Rufin sait le faire, avec un humour omniprésent.

 

Tout commence avec l’acquisition du crédencial et la découverte de cette radinerie qui fait le jacquet : « … que le pèlerin aille ou pas vers Dieu (c’est son affaire), il doit toujours le faire en tirant le diable par la queue. »

 

Au départ d’Hendaye, c’est évident : « Le Chemin est une alchimie du temps sur l’âme. » Un peu plus loin, il précise : « Le Chemin… Il est une force. Il s’impose, il vous saisit, vous violente et vous façonne… Il ne vous donne pas la parole mais vous fait taire. »

 

Hésitant entre el Camino francés, par Burgos et León,  et celui du Nord, par San Sébastián, Bilbao, Santander, Gijón et Oviedo, il choisit ce dernier car il sait qu’il rencontrera peu de monde. Cela ne l’empêche pas de constater assez rapidement que le Chemin est un lieu de drague car certains le font pour chercher l’amour et parfois, le trouvent…

 

Dès la traversée de sa première ville, il remarque que le pèlerin ne compte pas. On ne le voit pas. Lui, l’académicien, l’ambassadeur, devient vite un sauvage, obligé d’obéir à certaines lois naturelles, pour se soulager, par exemple. Il campe aussi le plus souvent, toujours très  solitaire : « Barbe en broussaille, pantalon taché, chemise imprégnée de sueurs recuites, j’étais bien calé dans ma crasse, éprouvant la jouissance d’être protégé par elle comme par une armure. »

 

Son principal problème vient vite de ses pieds. Dès qu’il arrive à l’étape, le pèlerin se déchausse et évolue en tongs, en sandales ou en crocs mais ses chaussures sont de mauvaise qualité. À Guernica, il doit acheter de bonnes chaussures : « Les pingres paient toujours deux fois ! »

 

 

Après avoir voulu arrêter au bout de huit jours, il poursuit en Cantabrie où le Chemin est « monotone, déprimant, mal tracé : trop de passages le long des routes, trop de paysages industriels, trop de lotissements déserts, constellés de panneaux À vendre ». Ses réflexions l’amènent à parler du christianisme avant d’être rejoint par Azeb, son épouse qui termine avec lui.

 

L’arrivée n’est pas très emballante car l’entrée de Santiago de Compostela est un cauchemar pour le marcheur. Enfin, il doit faire la queue pour obtenir la fameuse Compostela délivrée à tout marcheur ayant accompli au moins 100 km ou à tout cycliste ayant roulé 200 km. Jean-Christophe Rufin méritait huit fois le diplôme… avant de replonger dans une vie quotidienne à nouveau trépidante.

 

Merci à Marisette de m’avoir permis de faire ce Chemin dans les pas de Jean-Christophe Rufin.

Jean-Paul

 

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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 19:34

Tourné vers l’été  (Éditorial du 13/06/2014)

 

La mi-juin est déjà là et l’actualité se tourne résolument vers l’été. Du côté du sport, la coupure est nette. Les différents championnats de sports collectifs ont bouclé leur palmarès 2013 – 2014, Roland-Garros est terminé, mais surtout la Coupe du Monde de football a débuté ce jeudi 12 juin, au Brésil où l’Espagne remet son titre en jeu.

 

Cet événement, mobilise, tous les quatre ans, l’attention des médias du monde entier et passionne aussi, bien au-delà des habituels aficionados qui suivent le football. Là-bas, les problèmes signalés il y a quelques mois n’ont pas été réglés et il faut peut-être s’attendre à quelques vagues durant ce mois consacré à la compétition puisque la finale est prévue le dimanche 13 juillet, à Rio de Janeiro.

 

Ici, nous sommes bien loin avec un décalage horaire de 5 heures et même 6 h pour Manaus et Cuiabá. Quand il est 17 h à Brasilia, la capitale, il est déjà 22 h à Paris ou à Montpellier. Aussi, là-bas, les matchs se joueront pour la plupart en fin d’après-midi, comme la finale qui débutera à 16 h au Brésil alors qu’il sera 21 h en France. Voilà pourquoi certains matchs des huit groupes qualificatifs pour les huitièmes de finale commenceront à minuit ou même 3 h du matin, heure française.

 

L’équipe de France, emmenée par Didier Deschamps devra se montrer supérieure au Honduras, à la Suisse et à l’Équateur pour espérer finir en tête ou à la seconde place du groupe E. Il n’est pas trop risqué de parier sur un meilleur parcours qu’en Afrique du sud, en 2010…

 

Puisque nous ne ferons pas partie de 17 000 Français qui seront au Brésil pour assister à un ou plusieurs matchs, il faut bien se pencher sur ce que va retransmettre la télévision. Seule la chaîne payante BeINSports, filiale du groupe qatarien Al Jazeera, diffusera la totalité des matchs. TF1, chaîne privée généraliste gratuite, a acquis le droit de diffuser 28 rencontres : les trois matchs de groupe de l’équipe de France après le match d’ouverture, puis des matchs concernant les équipes d’Espagne, des Pays-Bas, d’Angleterre, d’Italie, de Suisse, Allemagne, du Portugal, de Belgique, d’Algérie, du Brésil, du Ghana, du Cameroun, etc… Elle pourra choisir 5 matchs de 1/8 de finale puis 3 des ¼, donnera les deux ½ finales et la finale.

 

Lorsque tout sera joué, l’été sera déjà bien entamé. Le Tour de France cycliste sera déjà lancé depuis 8 jours mais il sera bien temps d’en reparler…

Jean-Paul

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 13:52

La nuit tombée  par Antoine Choplin,

La Fosse aux ours, 2012, 121 p.

 

La-nuit-tombee-choplin.jpegAprès Le héron de Guernica, un livre étonnant plein de sensibilité et de justesse à propos d’un drame absolu, Antoine Choplin prouve une nouvelle fois tout son talent dans un autre petit bijou : La nuit tombée.

 

Cette fois-ci, l’auteur nous emmène loin, à l’est, en Ukraine, pas très loin de Kiev, tout près de Tchernobyl, dont le nom, sauf erreur, n’est jamais cité. Avec sa délicatesse habituelle, Antoine Choplin, nous plonge tout doucement dans l’horreur d’après catastrophe, avec Gouri qui, sur sa moto attelée d’une remorque, se rapproche de « la zone ».

 

Au fil des pages, les éléments s’accumulent. On apprend qu’il ne faut pas boire le lait des vaches. À Bober, les maisons sont désertées, les fenêtres brisées, les portes défoncées, d’autres barricadées.

 

Enfin, le voici à Chevtchenko où il retrouve Vera qui lui confirme : « Tout le monde est parti. » Les souvenirs de cet été 1986 reviennent, se mélangent avec ce qu’était la vie avant puis ce qu’il a fallu faire ensuite. Son mari, Iakov, est très malade. Avec Gouri, ils se souviennent de leur travail sur le toit du réacteur où il ne fallait pas rester plus de 40 secondes…

 

« Certaines nuits, les arbres se mettaient à rougeoyer », des équipes devaient « enterrer la terre. Autrement dit, enlever la couche supérieure du champ et l’enfouir profondément… et après, répandre partout, à la place, du sable de dolomie, un truc d’un blanc tel qu’on se serait cru sur la lune. »

 

Avec ces détails d’un réalisme glaçant, l’auteur mène tous ses dialogues sans tirets mais cela ne gêne pas la lecture, lui donnant même une fluidité naturelle assez agréable. Au cours d’un repas, Kouzma raconte la destruction de sa maison, séquence impressionnante, très émouvante. Vera chante, s’accompagne à l’accordéon et Iakov dit des poèmes. Cela évoque les musiciens du Titanic continuant à jouer alors que le bateau coule…

 

Gouri veut revenir à Pripiat, dans son appartement pour récupérer la porte de la chambre de sa fille, Ksenia, morte depuis. Dessus, elle avait peint et la progression de sa taille est restée gravée. Kouzma l’accompagne et lui permet d’échapper à la surveillance interdisant l’accès à « la zone ».

 

Les souvenirs d’un monde disparu se bousculent. Avec un seul bagage par personne, ils avaient été évacués le troisième jour : « Ce n’était pas la guerre, ni un tremblement de terre. Nul effondrement, nul cratère d’obus. N’empêche, il fallait partir. » Ainsi, une ville animée est devenue catacombe, une tombe où il faut prendre garde de ne pas trop remuer la poussière et mettre des gants.

Jean-Paul

 

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6 juin 2014 5 06 /06 /juin /2014 17:57

70 ans, c’était hier  (Éditorial du 6/06/2014)

 

Cette année 2014 fait s’entrechoquer les anniversaires et il est important d’y voir clair entre le centenaire du déclenchement de la Première guerre mondiale (1914 – 1918) et le soixante-dixième anniversaire du débarquement des Alliés en Normandie, le fameux D day, le 6 juin 1944.

 

Dans cette Normandie qui a été dévastée par des combats d’une violence inouïe, c’est le renversement de la barbarie nazie qui s’amplifie alors que les convois de déportés vers une mort atroce et programmée ne cessent de circuler et que l’on continue à infliger des souffrances inouïes aux peuples d’Europe et à gazer les gens par milliers dans les camps imaginés et construits pour cela.

 

Cette offensive tant attendue pour renverser le IIIe Reich vient après un débarquement des Alliés en Afrique du nord, le 8 novembre 1942 et surtout après la bataille de Stalingrad (Volgograd aujourd’hui), bataille qui s’est terminée le 2 février 1943. Sur le front de l’est, pour la première fois, les armées hitlériennes sont tenues en échec et doivent reculer après des pertes humaines considérables tant du côté militaire que civil.

 

Sur le front ouest, Hitler a fait ériger le fameux mur de l’Atlantique, de la Norvège à la frontière espagnole, pour parer à toute offensive des Alliés. L’opération Overlord lance la plus grande armada de tous les temps avec 6 939 navires et 11 500 avions et planeurs. 156 200 hommes sont engagés dès le premier jour et des milliers de tonnes de bombes sont déversées sur le littoral normand.

 

Un seul contingent de soldats français fait partie de cette première vague : les 177 fusiliers marins du commando Kieffer. Dans la France occupée, la Résistance qui aurait aimé recevoir davantage d’armes pour lutter plus efficacement, ne reste pas inactive multipliant les sabotages sur les lignes téléphoniques et contre les transports de troupes et de munitions en détruisant, par exemple, 98 locomotives. De plus, les services secrets mis en place par la France Libre du général De Gaulle ont fourni 80 % des renseignements nécessaires aux Alliés avant le débarquement.

 

« Les sanglots longs des violons de l’automne », ce premier vers de Paul Verlaine est diffusé le 1er juin 1944 par la BBC, pour la Résistance. Il annonce l’imminence du débarquement confirmé la veille par la suite du poème : « Blessent mon cœur d’une langueur monotone. »

 

Ce 6 juin 2014. Le Président de la République, François Hollande, reçoit 18 Chefs d’États. Du Mémorial de Caen à Aromanches, en passant par le cimetière américain de Colleville, Utah Beach, Hermanville, Bayeux, Bénouville, Ouistreham (cérémonie internationale), Urville-Langannerie et Courseules-sur-Mer, hommage sera rendu à la mémoire des soldats venus principalement des USA, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, du Danemark, de Norvège, de Pologne et du Canada, mourir pour que nous vivions libres.

Jean-Paul
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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 17:59

Un transat inconfortable  (Éditorial du 30/05/2014)

 

Il faut croire que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), décidée en 1995, ne suffit pas puisque se prépare un Accord de partenariat transatlantique (APT) appelé aussi Transatlantic trade and investment partnership (TTIP).

 

En fait, ce projet de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis couvre un champ bien plus large que le simple commerce. Il entend s’attaquer à la sécurité des aliments, aux normes de toxicité, à l’assurance-maladie, au prix des médicaments, à la liberté du Net, à la protection de la vie privée, au secteur de l’énergie, à la culture, aux droits d’auteurs, aux ressources naturelles, à la formation professionnelle, aux équipements publics, à l’immigration… La liste pourrait s’allonger mais il faut préciser qu’à la demande du gouvernement français, dans le domaine culturel, le secteur audiovisuel a été exclu du traité, temporairement.

 

Actuellement, la Commission européenne négocie un traité qui devra être approuvé par le Conseil des Chefs d’État et de gouvernement puis par la majorité du Parlement européen élu le 25 mai 2014 et, enfin, par chaque Parlement national des 28 États membres. Il faut donc que l’ensemble des citoyens européens se montre très attentif à ce qui va se passer dans les mois à venir.

 

En effet, lorsque cet accord sera  entériné, les pays signataires devront mettre leurs lois, règlements et procédures en conformité avec les dispositions de ce traité. C’est maintenant qu’il faut faire pression sur les élus afin qu’ils refusent un nivellement par le bas car les normes européennes sont beaucoup plus exigeantes que celles en vigueur aux USA.

 

Par contre, il ne faut pas s’arrêter aux slogans trop simplistes prenant pour exemple le poulet chloré, le bœuf aux hormones ou l’usage de la ractopamine, ce médicament utilisé aux USA et au Canada pour gonfler la teneur en viande rouge chez les porcs et les bovins. Ce traité ira beaucoup plus loin car il prévoit d’instituer des tribunaux privés, des cours spéciales qui défendront les intérêts privés face aux États.

 

Malgré un déséquilibre énorme, il ne s’agit pas de refuser de commercer avec les USA. Il faut quand même savoir que 3 300 entreprises européennes ont 24 000 filiales aux États-Unis et que 14 400 compagnies Étatsuniennes en possèdent 50 800 en UE.

 

Avec un nivellement par le haut des normes et des exigences, il faut que l’UE exclue de ce futur traité l’agriculture, la culture et les services publics tout en ayant la volonté de renforcer le droit du travail et l’accès pour tous à un travail décent. Seulement ainsi, ce traité transatlantique pourrait apporter un progrès dans nos échanges sans donner tous les pouvoirs aux multinationales.

Jean-Paul

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 14:08

La course secrète par Taylor Hamilton et Daniel Coyle,

Presses de la Cité, 2013, 328 p.

Traduit de l’anglais (USA) par Anatole Muchnik

 

L’homme est ainsi fait qu’il n’hésite pas à utiliser tous les moyens naturels ou non pour dépasser l’autre et ceci dans tous les domaines. Là où c’est le plus voyant, c’est dans le sport. Or, depuis longtemps, le cyclisme donne l’exemple en matière de lutte contre le dopage parce que le mal était profond mais nous savons que beaucoup d’autres disciplines ont bien des difficultés à se donner les moyens de retrouver l’équité sportive.

 

Daniel Coyle, célèbre journaliste du New York Times qui a guidé Tyler Hamilton pour rédiger La course secrète, l’écrit en préambule : « Le cyclisme est le sport le plus exigeant du monde, sur le plan tant physique que mental. » Après avoir passé quinze mois avec Lance Armstrong et ses proches, il a publié « La guerre de Lance Armstrong », se demandant si le Texan se dopait, le comparant à « un saint laïque ayant vaincu le cancer » alors que Tyler Hamilton n’est qu’un héros ordinaire, en 2012. Neuf ans plus tôt, celui qui était le coéquipier préféré d’Armstrong est « humble, poli, le parfait boy-scout » mais il devenait insipide dès que l’on parlait cyclisme. Enfin, il faut savoir que Coyle a vérifié tout ce que lui a confié Hamilton au cours de deux ans d’entretiens.

 

C'est donc avec beaucoup de sincérité que cet homme originaire de Marblehead, une ville de 20 000 habitants, située au nord de Boston, confie ses souvenirs et raconte ce qu’il a vécu. Skieur à ses débuts, il reconnaît : « J’ai un don pour la souffrance ». Alors qu’il est espoir olympique à ski, une blessure au dos le pousse à rouler toute l’année. C’est ainsi qu’il devient champion US universitaire en 1993 et que, l’année suivante, il rencontre Armstrong au Tour DuPont. Celui-ci est déjà champion du monde et il est le seul à le féliciter et à le défendre après un excellent prologue.

 

Tyler Hamilton ne cache rien et reconnaît avoir subi sa première injection (fer et vitamines B), en 1995. Cela est légal mais troublant. En 1996, avec l’US Postal, il part pour l’Europe aux côtés de Andy Hampsten mais force est de reconnaître : « On se faisait laminer ». Hampsten qui refuse le dopage, cesse sa carrière à 32 ans alors que l’EPO est en train de tout changer.

 

« Personne ne se lance dans le cyclisme avec l’intention de se doper. Si on aime ce sport, c’est pour sa pureté, il y a toi, ton vélo, la route, la course. » Mais il faut des résultats et Tyler Hamilton décrit bien la spirale infernale où les médecins sont au premier rang. Tout au long de ce livre-témoignage extraordinaire, il cite tous les noms, tous les lieux et détaille les procédés employés. Il confirme que certains coureurs acceptent leur sort et restent « pan y agua », au pain et à l’eau, selon son expression très imagée. Mais ils végètent dans les profondeurs des classements ou bien laissent tomber loin de l’âge limite.

 

Rien n’arrête ceux qui courent après la gloire et l’argent. Après le Dr Ferrari, « notre entraîneur, notre médecin, notre dieu », c’est le Dr Fuentes et les transfusions sanguines qui s’ajoutent aux procédés déjà en cours. Les succès sont là alors qu’il note qu’au Tour 2002, les Français sont à la traîne parce que notre pays est plus rigoureux.

 

Arrivent les premiers résultats positifs et il clame son innocence, lui qui se dope depuis huit ans ! Si L.A. manipule le système, Hamilton devient vite un zombie. S’il récupère sa médaille d’or du contre la montre des JO d’Athènes, il ne réussit pas à effacer le contrôle positif de la Vuelta. Pris une nouvelle fois, il avoue prendre de la DHEA puis arrête le vélo et monte une entreprise de remise en forme à Boulder.

 

Tyler Hamilton a tout détaillé au procureur, devant le jury, à ses parents puis à l’USADA malgré les menaces d’Armstrong : « Je vais faire de ta vie un putain d’enfer. »  Il reconnaît enfin : « Mon sport va nettement mieux et nettement moins vite. » Puis, un peu plus loin : « Le courage se trouve plus souvent chez celui qui termine parmi les derniers que chez le vainqueur. »

 

Une postface permet de faire le point sur ce qui s’est passé ces derniers mois après les aveux de Lance Armstrong. Après de telles confessions, Tyler Hamilton se dit calciné, abîmé mais plus fort, comme du bois passé dans le feu.

 

La course secrète (Prix du meilleur ouvrage sportif en 2012) est un témoignage bouleversant, révélateur d’une époque qui a fait très mal aux amoureux d’un sport simple et magnifique. Chacun rêve que tout cela soit révolu mais la recherche effrénée de gloire et d’argent est toujours bien présente.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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