Une lettre bouleversante...

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache
  • La vie en prison

Nous débutons cette semaine par un témoignage extrêment fort. Il s'agit d'une lettre, reçue il y a un peu plus d'un mois, d'une de ses anciennes élèves qui fut amenée à témoigner lors des deux procès.

 

Lettre du 4 mars 2011

Cher Jean-Paul, cher instit,

 

J’ai si honte de ne t’écrire que maintenant… Je m’en excuse mais, comme on dit : « Mieux vaut tard que jamais. » J’ai beaucoup pensé à toi et je pense encore souvent à toi et à ta famille. Je ne sais pas trop quoi t’écrire…Ce qui t’arrive est si injuste ! J’espère que tu tiens le coup, toi et ta famille. Il le faut !

C’est si dur pour moi de t’écrire à toi, mon instituteur, mon instituteur avec qui j’ai tellement de bons souvenirs, un instituteur excellent, un instit génial…C’est si dur de t’envoyer cette lettre en prison.

Je crois bien…c’est même certain…les deux procès, tes procès m’ont à jamais traumatisée et, je crois, que c’est pour ça que je ne t’ai jamais écrit plus tôt.

Témoigner à la barre, face à des hommes de loi et à des jurés, je m’en souviendrai toute ma vie mais ce dont je me rappellerai toujours, ce sont les verdicts…injustes…incompréhensibles…les réactions de tes proches, ta femme et tes enfants invincibles face à la fatale décision de cette « justice française » qui se dit juste et la dernière image de toi « instit génial » (ne l’oublie jamais) s’effondrant !

La vie est parfois dégueulasse et si dure ! En fait, ton histoire résume bien l’Homme. L’Homme est mauvais en soi, il détruit tellement de choses autour de lui. Je ne comprends toujours pas ces filles, ces femmes aujourd’hui ! M… qui l’aurait cru ?...

Jean-Paul, je veux que tu saches que je n’ai jamais douté ! Tu es innocent ! Et, pour moi, tu restes l’instit de mes souvenirs…Un instit super ! Qui savait être sévère quand il le fallait et qui savait être attentionné quand il le fallait… Tu nous as tellement fait faire de choses : sport, théâtre, chanson, poésie, sorties…Tu avais des idées plein la tête !

Je pense à toi à chaque fois que la pub du PMU passe à la télé…Je t’explique : on est dans un stade de foot et les footballeurs chantent : « Il s’appelait Stewball…C’était un cheval blanc…Il était mon idole…Et moi j’avais dix ans… » Je pense à toi. J’aime beaucoup aussi : « Les copains d’abord » ou encore « Chante, la vie chante…Comme si tu devais mourir demain… » Je te revois faire le chef d’orchestre !!!

Par contre, j’aimais moins quand tu me disais d’arrêter de papoter !!!

Je me souviens de la sortie en Ardèche où on a essayé de faire du feu comme les hommes de Cro-Magnon. Je me souviens des diapositives que tu faisais défiler pour les cours d’histoire. J’entends encore le bruit de la machine à diapos.

Je me rappelle aussi du Pradet avec le voyage en train et la voile. Je veux que tu te souviennes aussi de tout ça. Je ne veux pas que ces accusations salissent tes souvenirs…Les miens sont intacts. Tu étais un super instit.

Je me souviens du calcul mental avec les ardoises et les dictées que je n’aimais guère. Tu nous as tellement appris !

Et pour tout ça, je voulais te dire merci, cher instit ! C’est en partie grâce à toi que je suis ce que je suis aujourd’hui.

Il faut que tu sois fort, Jean-Paul, pour ta liberté, pour tes proches. Il faut continuer de vivre malgré tout.

Je sais que tu as demandé la cassation de ton procès. Sache que je suis, moi et toute ma famille…nous sommes derrière toi et je serai toujours présente pour un nouveau témoignage en procès1.

Sois fort. Sois libre dans ta tête.

Je t’embrasse et à très vite. Je pense à toi et à ta famille. Sois fort. Ne jamais lâcher.

Claudie

 

1 La lettre a été rédigée avant le résultat négatif de la Cour de cassation.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Charlotte 23/05/2011 09:16



Magnifique ! C'est vrai qu'un instituteur compte énormement dans la vie. Je me souviens moi-même de tous ceux que j'ai eu... Tous géniaux !


 


Courage à tous !


Charlotte



Thème Noodle -  Hébergé par Overblog