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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 23:01

Hier, nous avons publié le dernier éditorial de la saison consacré au théâtre et plus particulièrement à la pièce de Will Eno, Ameriville, adaptée par Jean-Marie Besset. Celle-ci a été jouée en partie par des détenus de la Maison d'arrêt. En voici le prologue, passage lu par Jean-Paul.

 

 

Ameriville De Will Eno Adaptation française de Jean-Marie BESSET

 

PROLOGUE

 

Le Présentateur :

 

Mesdames et Messieurs, distingués collègues, membres du conseil d’administration, Amerivilliens, mesdames messieurs les officiels, tout le monde en fait, agents de change, transporteurs, célébrités, quidams, vous tous qui êtes venus, nouveaux venus, nouvellement défunts, piètrement décrits, qui vous faites encore les dents, qui cherchez le verbe adéquat, la phrase belle à citer, l’antiphrase à ne pas dire, vous dont l’ossature est moyenne, les veines quelconques, les alcoolos, les allumés, les cafardeux, les paumés, los pueblos, los animales, les étrangers, les inconnus, les rats de bibliothèque, ceux dont les yeux sont fatigués de s’escrimer à lire quelque chose dans toute chose, ceux à la croisée des chemins, en crise, en quête, dans un fauteuil de velours, les salaces, les affamés, oui, nous les râleurs, les assoiffés, les furieux, les heureux, qui sommes pleins de vie, engorgés de vie, gavés de mots, et bien sûr les endeuillés, les dévastés, et sans oublier les commerçants du quartier, les visages souriants, les gardeurs de place de parking, nous, tant que nous sommes à grisonner doucement, à partir lentement, qui rendons tout cela possible, cette activité, cette festivité, cet espoir, ce rêve rêvé les yeux grand ouverts, amis des disparus, des malades, amis des dépossédés, et aussi bien sûr vous les gens sympathiques et en bonne santé, avec une peau éclatante et une déficience cardiaque congénitale, vous les fanas de sport, les autistes, les fêtards, les non-croyants, les protecteurs des animaux de tout poil, les gens dans le genre vrais gens, avec des doutes, sans certitudes, ni rien d’autre qui vaille la peine d’être mentionné, la majorité d’entre nous, silencieux, bâillonnés, délinquants, à l’arrière-plan, traînant la patte, à bout de temps, d’espoir, de souffle, de cœur, de nerfs, de chances, d’argent, de sang, d’amis, de courage, de foi, de cheveux, de temps, de dents, de temps, de temps, de santé, d’espérance, à bout de tout, de tout ça, ceux dépourvus de tout, ceux nantis de rien, qui n’en peuvent tout simplement plus, qui n’en ont jamais trop pu du reste, les gentils gens gentils, les infiniment blessés, les âmes perdues, les esprits malins, les revenants, les descendants, les fantômes, les ombres, les ancêtres futurs, Mesdames, Messieurs, je sais que j’oublie quelqu’un, les amis, les sympathiques immédiats, les assombris, les citoyens, les gens, les pleins d’espoir, d’espérance, tout le monde, jusqu’au dernier malheureux crevant d’inconsolable solitude, humains mes frères, vous tous êtres vivants et respirant, qui respirez et vivez…bienvenue ! La sortie de secours est par là. Mais vous pouvez tout aussi bien passer par ici.

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
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