Réforme de la garde à vue : l'accès au dossier

Lors de la table ronde du 25 février, Daniel Berthet avait proposé, afin d'améliorer les conditions lors d'une garde à vue en France, que chaque personne interrogée puisse avoir accès au dossier (hormis pour les affaires de  terrorisme et de drogue). Il avait également demandé que l'on pose la question à Jean-Paul. Nous vous proposons aujourd'hui son avis sur la question.

 

 

 

Le 7 février 2002, lorsque j’ai été amené par les gendarmes dans leurs locaux de Tournon, je ne savais qu’une chose : j’étais accusé de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs… Je n’ai d’ailleurs pu que dire : « Ca recommence… » en pensant tout de suite aux souffrances endurées en 1997, lors des deux premières gardes à vue à Andance. Je me demandais bien de quoi il pouvait s’agir, ne voyant pas du tout qui m’accusait et pour quoi on pouvait m’accuser. Je pense que pour quelqu’un qui a commis réellement un délit, les choses doivent être différentes mais, dans mon cas, c’était terrible. A chaque seconde, je me demandais bien ce qui allait me tomber sur la tête. D’ailleurs, la personne qui a conduit la plus longue partie des interrogatoires de cette horrible journée, en jouait avec un plaisir sadique. Pour me déstabiliser, elle lâchait petit à petit des éléments, me parlant de fille anorexique, en extrême souffrance. Ce n’est que longtemps après le début de cet interrogatoire que j’ai enfin pris connaissance du nom de cette personne qui avait été dans ma classe durant deux ans mais cela remontait à une dizaine d’années. Il fallait que j’en parle, comme ça, livrant des souvenirs aussitôt consignés par écrit. J’avais bien conscience que chaque mot prononcé pouvait être retenu contre moi mais, comme je l’ai toujours affirmé, je n’ai pu dire que la vérité. Comment reconnaître des faits que l’on n’a jamais commis ? Pourtant, pendant près de 48 heures, comme je l’ai déjà raconté, on m’a pressé d’avouer pour espérer bénéficier de la clémence du juge…

 

Je pense que, si j’avais eu connaissance des dépositions de ces personnes, dès la première heure, en présence de mon avocat, nous aurions pu déminer le terrain. J’aurais été moins stressé, moins inquiet, moins affolé par tous ces sous-entendus. Maître Vesson, venu de Privas en début de soirée, me conseillait de dire la vérité parce qu’il ne connaissait pas le dossier. Moi non plus. Je ne pouvais que lui répéter les quelques informations lâchées au compte-gouttes et selon une stratégie bien établie par mes interrogateurs. Tout cela est bâti pour obtenir des aveux. C’est la religion de l’aveu qui préside encore dans toutes les gardes à vue. Pourtant, nombreux sont les innocents à avoir avoué, simplement pour avoir la paix, ne plus avoir à subir ces questions-pièges, ces alternances de séquences dures et de temps plus faibles.

 

Si nous avions simplement pu lire le détail de ces dépositions, j’aurais pu rassembler plus facilement mes souvenirs et construire ma défense de citoyen présumé innocent et accusé sans la moindre preuve d’actes que je n’ai jamais commis.

 

Jean-Paul

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Daniel 13/04/2011 11:17



Le témoignage de Jean-Paul confirme ce que nous avons détaillé sous forme de roman dans notre livre "Il faut sauver le Saint-Esprit". La garde à vue à la française est
moyennâgeuse. Pour les affaires de moeurs, on ne recherche que les aveux de la personne mise en cause et cela par tous les moyens : Torture physique (non abolie)
par la privation de liberté, de nourriture, de chauffage, de lunettes, de montre etc...   et par la torture psychologique (le témoignage de Jean-Paul le démontre.)


La réforme qui vient d'être votée et concernant en priorité la présence de l'avocat pendant les interrogatoires est insuffisante si la personne mise en cause ne dispose pas de la possibilité de
lire la déposition des plaignants (avec le temps nécessaire qui doit lui être accordé.)



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