Première sortie dans le monde des Hommes libres...

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Le vendredi 28 janvier 2011, Jean-Paul est sorti "temporairement" de la Maison d'arrêt afin d'effectuer un examen médical. Il nous a fait parvenir le récit de ces quelques heures très particulières.

 

Depuis le 3 août 2010, je n’avais plus remis le nez dehors, je n’avais plus revu la vraie vie, celle où les gens sont libres. Dans le cadre de mon ALD (Affectation longue durée), après le cancer du rein opéré en janvier 2008, il y a tout juste trois ans, je devais passer un scanner à l’hôpital.

A jeun depuis 8 heures, j’ai été appelé vers 13h30 et je me suis rendu tout seul à ce que l’on appelle, ici, le vestiaire. Là, on m’a pris ma carte de circulation puis je me suis dirigé vers l’entrée, avec les trois surveillants prévus pour m’accompagner. J’avais vu les menottes mais aussi les entraves pour les chevilles et j’étais très inquiet lorsqu’on m’a attaché les poignets. J’ai demandé au surveillant si on allait aussi m’entraver les chevilles et il a rigolé en me répondant : « Pourquoi pas la tête, aussi ? ». J’étais soulagé d’échapper à cette humiliation supplémentaire et à cette gêne importante pour marcher.

 

Un fourgon attendait mais le gradé l’a renvoyé, demandant une voiture. Finalement, le fourgon est revenu et je suis monté dans une sorte de cage grillagée pour deux personnes. J’étais tout seul dans ce véhicule prévu pour six détenus. Et… je suis sorti ! Tout le long du trajet, j’ai essayé de regarder au maximum l’extérieur mais, avec cette grille, ce n’était pas terrible. Soudain, j’ai été surpris d’entendre la sirène du véhicule hurler. Puis, j’ai compris. Dès qu’il y avait un ralentissement, un feu rouge, un rond-point encombré, la sirène entrait en action. C’était pénible surtout lorsque le chauffeur est monté deux ou trois fois sur un trottoir et une bordure pour contourner d’autres véhicules. Qu’est-ce que nous étions secoués !

 

Arrivé à l’hôpital, le Centre Hospitalier Universitaire La Peyronnie, j’ai suivi mes trois accompagnateurs. Il y avait peu de monde et je n’ai jamais remarqué de mauvais regards. Seules, certaines personnes faisaient semblant de ne rien voir. Au scanner, on m’a allongé pour me préparer pour la perfusion. C’est un jeune étudiant en médecine de 2ème année, en fin de stage, qui a été chargé de poser cette perfusion… sous l’œil d’une infirmière qui le supervisait. Il a été parfait, se faisant simplement reprendre lorsqu’il m’a demandé si je craignais les piqûres… Le personnel hospitalier était très sympathique et très attentionné.

 

Quand le scanner a été terminé, j’ai retrouvé mes anges gardiens. On m’a remis les menottes et nous sommes repartis en ne croisant pratiquement personne

 

Le trajet du retour s’est fait par « le chemin des écoliers » et sans sirène. Nous avons traversé le charmant village de Lavérune puis roulé en pleine campagne pour revenir à Villeneuve-lès-Maguelone. Avec beaucoup d’émotion, j’ai vu l’entrée des familles pour le parloir. J’ai aussitôt pensé que, le lendemain, Ghislaine et Simon passeraient par là pour venir me voir après avoir effectué, une fois de plus, beaucoup de kilomètres...

 

Voir le monde extérieur ne m’a pas trop ému parce que je sais que ce n’est pas pour moi, pas pour tout de suite. J’ai regardé davantage par curiosité, me demandant pourtant ce que je faisais là, dans ce fourgon de l’Administration pénitentiaire… J’ai pensé à tous les frais que cette condamnation impliquait, à tout cet argent des contribuables dépensé pour rien, sur la foi de simples paroles, sans la moindre preuve à mon encontre, alors que je suis INNOCENT.

 

Enfin, une fois revenu à l’intérieur de la Maison d’arrêt, j’ai remercié les trois personnes qui m’avaient accompagné, pour m’avoir traité avec humanité.

 

Jean-¨Paul

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Arnaud 07/02/2011 17:23



ça fait du bien de lire ça...


le pire c'est que les matons, au bout d'un moment, doivent bien s'apercevoir que JP ne "colle" pas avec le profil du détenu classique.


JP "sent" l'innocence à plein nez... c'est ce que Marie-Monique Robin nous avait dit lorsqu'elle l'avait rencontré, c'est aussi ce que Paul Bensussan avait conclu.


Malgré cela, il est là pour longtemps encore, et ça me retourne l'estomac de lire ça!



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