Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 23:01

Nous retrouvons ce lundi les propos tenus par Maître Rault concernant la remise en question de l'institution judiciaire après l'affaire d'Outreau.

 

1ère Partie

 

"Aucun des verrous de sûreté n’a joué son rôle. On pourra toujours dire qu’il ne faut pas laisser un juge tout seul, qu’il ne doit pas être trop jeune, ni trop inexpérimenté, mais que dire d’une chaîne d’environ quatre vingt magistrats qui ne bouge pas ?

 

On peut se poser la question aussi de savoir si la justice dysfonctionne toujours et à tout propos. Et à ça, je crois pouvoir répondre que la justice fonctionne la plupart du temps très bien. Cela peut vous surprendre, mais dans les autres matières que les moeurs la justice fonctionne plutôt bien. Prenez un vol à main armée par exemple qu’on retrouve souvent aux assises. Les juges savent dire qu’il faut des preuves, et respectent plutôt la présomption d’innocence. Ce que déclare la victime n’est pas forcément pris pour acquis. La procédure est respectée et le psy ne constitue pas le maître à penser. Mais dès lors que l’on investit cet autre champ, tabou, tellement compliqué à débattre, auquel il est si compliqué de faire face, les juges sont comme paralysés.

Revenons à cette comparaison entre le crime « ordinaire », et le crime extraordinaire qu’est devenu l’acte sexuel, ou ce que l’on suppose être un acte sexuel. Hors champ sexuel, la justice fonctionne, et elle est capable de s’opposer, y compris aux victimes, sans état d’âme. Face à des allégations d’abus sexuels la justice est désarmée. Elle se croit obligée de « réparer » les victimes.

 

Comme si elle avait quelque chose à se reprocher et qu’elle devait compenser. Mais compenser quoi ?

 

L’affaire d’Outreau, et sa formidable médiatisation, a quelque chose d’exceptionnel. Car les accusés sont en nombre. C’est sans doute aussi pour cette raison qu’ils ont suscité l’intérêt des médias puis de la France entière. Le nombre a fait leur force. Mais dans bien des cas les accusations ne concernent qu’une seule personne. Pour une seule personne mise en cause on accepte tous les jours l’inacceptable. Combien d’enseignants mis en cause ont crié leur innocence et combien n’ont pas été entendus ! Combien ont été victimes d’experts en tous genres ? Des Outreau, il y en a des dizaines, aux quatre coins de la France, encore maintenant. L’affaire d’Outreau, a montré que ça ne pouvait plus durer. L’opinion publique a dit stop. A sa suite les politiques ont voulu aussi dire stop. Qu’ont-ils fait précisément ? Des déclarations de bonnes intentions, ça n’a pas manqué. Il fallait changer la loi, ce n’est pas nouveau, elle change tous les deux ans à peu près. Mais qu’est ce que ça va changer pour l’avenir ? Je vous disais tout à l’heure que je n’étais pas si optimiste que cela. Lorsque la commission parlementaire s’est réunie pour entendre des tas de gens pendant quatre mois, on s’est pris à rêver que les choses allaient enfin changer et certaines résolutions se sont dessinées. Des projets de loi ont même vu le jour. Et puis finalement la commission a terminé ses travaux. Elle a rendu un rapport qui est très bien. Mais qui est enterré. Et puis toutes les belles promesses qui avaient été faites, et tout ce que l’on avait découvert et qui ne se reproduirait plus, qu’en reste t-il ?

 

S’agit-il vraiment de dysfonctionnement à OUTREAU ? J’ai tendance à penser, à la lumière de nombreuses affaires, qu’il s’agit plutôt d’un fonctionnement habituel de la justice dès lors qu’elle est confrontée à la question sexuelle. Tout de suite après les juges ont semblé se ressaisir, certains ont même crié au scandale. Peu être sincèrement. Mais dans la pratique rien ne change vraiment. Il reste qu’on fait peut-être plus attention pour que les manquements soient moins criants. Mais les mentalités devront encore évoluer pour déboucher sur un vrai changement, une autre façon de traiter ces affaires si dérangeantes."

 

A suivre

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Actualité judiciaire
commenter cet article

commentaires