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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 23:01

Ce mardi, nous souhaitions revenir sur une chronique judiciaire réalisée le vendredi 13 mai sur France Inter concernant un point central de l'affaire Degache : "la parole de l'enfant". Merci au lecteur qui nous a transmis le lien.

 

"10 ans après le fiasco de l'enquête sur le drame d'Outreau, la question de la parole de l'enfant ne semble toujours pas réglée pour la Justice...


Oui, quand un enfant accuse ou quand il se rétracte, la justice semble soudain plongée dans un profond désarroi. Faut-il le croire ou pas ? Le croire totalement ou partiellement ? Peut-on douter ? Comment savoir ?

 

Et, à la décharge des magistrats qui parfois se trompent, les cas qui leur sont soumis sont d'une complexité vertigineuse1.

Cette semaine, le jeune Gabriel a écrit au procureur de Grasse pour lui dire que tout était faux. Que son grand père ne l'a jamais violé. Pourtant, Gabriel avait auparavant, et depuis plus de 10 ans, systématiquement raconté les mêmes souvenirs d'enfant abusé, d'ailleurs, des médecins avaient relevé des cicatrices indicatives de sévices sexuels, et ils avaient conclu à la crédibilité de sa parole. Jusqu'au procès il y a 3 mois, Christian, lui, avait toujours crié son innocence : "je suis incapable de toucher un gosse, je suis même incapable de l'imaginer"2 avait il dit aux jurés. Il avait été condamné à 9 années de prison. Cette semaine donc, Gabriel a dit que son grand-père n'avait rien fait, qu'il avait été violé mais qu'il ne se souvenait plus par qui. Et maintenant, qui faut-il croire ? Et quand doit on croire Gabriel ? Dans ses accusations invariables ou dans ses rétractations subites ? Est-ce que la vérité s'est enfin imposée à lui, comme il l’a écrit aujourd’hui, ou se retrouve-t-il soudainement submergé par le remords d'avoir envoyé son grand père en prison ?


- Qui va répondre à toutes ces questions maintenant ?

Et bien toujours la même institution : la justice, avec les mêmes moyens, c'est à dire de nouvelles expertises médicales et psychologiques. Et la Cour de Révision dira dans quelques années s'il faut innocenter le grand père ou s'il faut s’en tenir à ce qui a déjà été jugé.


- Que fait la Cour de Révision en pareil cas ?

Alors, il n'y a pas de jurisprudence. Il y a 5 ans, Virginie Madeira a ainsi voulu innocenter son père qu'elle avait accusé d'inceste et qu'elle avait fait condamner à 12 années de réclusion. Elle a même écrit un livre, "j'ai menti", elle a écrit qu'elle avait dénoncé son père parce qu'elle était en colère, puis qu'on l'avait enfermée dans la spirale du mensonge. Tout le monde, les enseignants, les enquêteurs, les médecins, les experts, tout le monde l'avait crue d'emblée parce qu'une enfant, ça ne fait pas de mensonges aussi gros. Virginie va finalement demander qu'on innocente son père mais la cour de révision dira NON. Elle expliquera en substance que des rétractations ne lui suffisent pas, qu'il lui faut des preuves de l'innocence du père.


- En revanche, la Cour de révision va avoir une analyse inverse dans un autre dossier ?

Oui, c'est pourtant un dossier similaire. Une fillette violée. Son agresseur condamné à 16 ans de réclusion. Et au bout de 9 ans, la victime reconnait son mensonge. Dans cette affaire, il n'y a pas de preuve non plus, rien que des rétractations, mais les magistrats de la même Cour vont pourtant accorder la révision. 2 poids, 2 mesures, preuve supplémentaire du malaise persistant de la justice avec la parole de l'enfant."

 

Jean-Philippe Deniau

1 L'affaire Degache est un parfait exemple. (Cf chronologie des faits)

2 Jean-Paul crie son innocence depuis le début des accusations.

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Actualité judiciaire
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