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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 17:32

Benzos, qu’es acò ? (Éditorial du vendredi 25/01/2013)

 

Un peu avant la fin de l’année dernière, nous avons vu fleurir des affiches très intrigantes avec un mot barbare, Benzos, bien en évidence. Cette campagne d’affichage est destinée à attirer notre attention sur les dangers d’une mauvaise utilisation de ces psychotropes dont le nom complet est benzodiazépines.

 

Jusque-là, cela reste encore trop vague, trop technique mais si l’on cite les noms des médicaments contenant ces molécules, cela s’éclaire aussitôt : Temesta, Lexomil, Xanax… mais aussi Rohypnol, Tranxène, Rinotril, ces trois derniers n’étant délivrés que sur ordonnance sécurisée.

 

Les Français, c’est bien connu, sont les champions d’Europe pour la consommation de tranquillisants et de somnifères. 22 psychotropes sont en vente dans notre pays pour traiter l’anxiété, les troubles du sommeil, l’épilepsie ou encore les contractures musculaires douloureuses. En 2010, 1 Français sur 5 en consommait. Or, deux études récentes laissent apparaître des risques de démence en cas de consommation prolongée. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’envoyer un courrier de mise en garde à 75 000 généralistes, 2 500 neurologues et 12 000 psychiatres pour leur rappeler les règles de prescription et de bon usage des benzodiazépines. Pourtant le Vidal, véritable bible du médicament, met bien en garde les médecins à propos des interactions médicamenteuses, de la dépendance, des risques de chute, de perte de mémoire et de troubles cognitifs et du comportement pouvant être causés par ces benzos qui représentent 50,2% des anxiolytiques, 37,8% des hypnotiques et 4,8% des antiépileptiques.

 

Quand les benzos sont arrivés sur le marché, au cours des années 1960, ils ont été accueillis comme des produits miracles en comparaison avec les barbituriques utilisés à l’époque, des médicaments très toxiques. Hélas, le piège, c’est la dépendance car la plupart des gens qui y ont recours en redemandent toujours plus. Les durées ne sont pas respectées et les médecins ont du mal à refuser ou à limiter les prescriptions. Tout sevrage brutal peut avoir des conséquences désastreuses. Il faut donc en parler, informer sur les risques potentiels de démence et faciliter l’accès aux psychothérapies. En France, la consommation de benzodiazépines augmente doucement mais régulièrement et l’assurance maladie a remboursé 21,6 millions d’euros en 2011 pour ce type de médicament.

 

Altération de la mémoire et diminution des capacités cognitives, somnolence diurne, perte de motivation et d’intérêt menant à l’inactivité, les conséquences d’une accoutumance aux benzos et leur abus sont connues maintenant et peuvent aller jusqu’à un comportement destructeur, dangereux pour autrui. Pour éviter de telles dérives, il faudrait que chaque médecin puisse passer plus de temps avec chaque patient afin de remplacer les médicaments par l’écoute. Un accès plus facile aux psychologues permettrait aussi d’éviter une utilisation systématique et dangereuse de ces molécules chimiques qui mettent en péril des gens qui souffrent.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
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