Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 23:00

Le textile qui tue (Editorial du vendredi 21/06/2013)

 

Depuis la terrible catastrophe du 24 avril dernier, à Savar, près de Dacca, au Bangladesh, les choses ont-elles vraiment évolué ?

 

1 1247 travailleurs ont été tués dans l’effondrement de l’immeuble abritant leurs ateliers, le Rana Plaza. L’horreur d’une telle catastrophe ne doit pas faire oublier que, depuis 30 ans, des ouvriers du textile meurent chaque jour, en Asie. Les responsables d’une telle tragédie sont principalement le gouvernement bangladais qui ne fait pas appliquer les lois, l’Association bangladaise des fabricants et exportateurs de textile (BGMEA) qui ferme les yeux sur la dangerosité des bâtiments, mais aussi les marques qui recherchent constamment le produit le moins cher possible pour toujours plus de profit. S’ajoute aussi la corruption mais ce n’est pas une exclusivité asiatique…

 

Dans ces ateliers bondés, les journées sont longues. Les employés sous-payés, mal nourris, envoient le peu qu’ils gagnent à leur famille restée à la campagne. Passant des heures à travailler dans la même position, la main d’œuvre, essentiellement féminine, développe des maladies et les femmes font des fausses couches.

 

Vu d’Europe occidentale où le chômage s’accentue chaque jour, il est tentant de réclamer le rapatriement de ces fabrications. Pourtant, il faut savoir que les Bangladais ont besoin de ce travail pour vivre. Là-bas, en cinq ans, le textile a triplé ses exportations avec 5 400 usines employant quatre millions d’ouvriers rapportant 20 millions de dollars par an. Seule la Chine fait mieux. Il faudrait que les travailleurs puissent se syndiquer afin de défendre leurs droits mais, au Bangladesh, la liberté d’association est très limitée.

 

Les consommateurs que nous sommes seraient-ils responsables ? Oui, parce que nous possédons le pouvoir de décider ou non d’acheter tel produit. Non, parce que le manque d’argent disponible pousse les gens à rechercher toujours le produit le moins cher, à qualité égale. Par contre, ces mêmes consommateurs qui savent s’unir s’ils le veulent, ont la possibilité de faire pression sur les marques pour les pousser à changer leur façon de produire.

 

Enfin, il est édifiant de détailler comment se répartissent les 20 € que coûte une chemise confectionnée au Bangladesh. La marque étrangère se réserve 64 % du prix, ce qui laissera 25 % de bénéfice net après déduction de toutes les dépenses. La marque est obligée de passer par un acheteur, étranger lui aussi, et celui-ci prend 8,3 % du prix de la chemise. Ainsi, 72 % du tarif de cette pièce textile partent à l’étranger. Localement, les fournisseurs de matières premières prennent 16,3 %. L’acheteur et l’industriel locaux gardent 6,9 % et, pour la main d’œuvre, il ne reste plus que 4,5 %. Au final, nous savons que ce sont ceux qui laissent leur santé mais aussi leur vie qui paient vraiment la note…

Jean-Paul

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La Feuille d'Hector après le 9 juin 2013
commenter cet article

commentaires