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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:32

Notre terre servira à la vie… (Éditorial du vendredi 14/12/2012)

 

« Des moutons, pas des canons, jamais nous ne partirons… », ce chant repris en chœur par des dizaines de milliers de manifestants ne s’éteindra pas malgré l’usure du temps. Pour celles et ceux qui ont connu cette lutte qui a duré plus de dix ans et surtout pour ceux qui n’en entendent que des échos assourdis et déformés par le temps, le film-documentaire réalisé par Christian Rouaud est venu à point.

 

"Tous au Larzac", en sélection officielle au dernier festival de Cannes et récompensé par le César du meilleur documentaire, a été projeté à une quarantaine de personnes très attentives et même enthousiasmées par cette lutte menée avec succès contre un projet d’agrandissement du camp militaire qui devait passer de 3 000 à 17 000 hectares. Le Conseil Général de l’Hérault, avec sa Médiathèque départementale de Pierrevives, dans le cadre du mois du documentaire, a eu la très bonne idée de s’associer au Spip (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) pour que ce film soit projeté ici, dans la salle polyvalente de la zone socio-pédagogique de la maison d’arrêt, en présence du réalisateur.

 

Avec une maîtrise remarquable, Christian Rouaud qui a déjà à son actif une trentaine de documentaires dont « Les Lip, l’imagination au pouvoir », en 2007, a su faire revivre toutes les étapes du combat mené par quelques paysans ayant su mobiliser autour d’eux un soutien incroyable. Mai 1968 était déjà passé avec l’affirmation d’un pouvoir contestataire mais ici, sur ce plateau oublié où 103 familles de paysans étaient considérées comme quantité négligeable par le pouvoir politique de l’époque, la lutte commençait, soutenue par Lanza del Vasto, et prenait d’emblée l’option de la non violence.

 

Sur l’écran, comme l’a voulu Christian Rouaud, le plateau du Larzac vit, respire, inquiète, enchante. Bref, c’est le principal personnage du film. Avec lui, témoignent plusieurs personnes qui ont vécu cette interminable bataille : Léon Maillé, Pierre et Christine Burguière, Marizette Tarlier, Pierre Bonnefous, Michel Courtin, José Bové, Christian Roqueirol et Michèle Vincent. Ce qui pourrait paraître fastidieux devient vite passionnant car le temps passe, la lutte évolue, les obstacles s’accumulent et les images d’archives rythment les manifestations à Millau, à Rodez, à Paris, les brebis sous la Tour Eiffel, les tracteurs montant à Paris, la longue marche Larzac – Paris (710 km), la liste serait trop longue tellement les actions ont été nombreuses et, finalement efficaces.

                        

L’occupation du terrain et la construction d’une superbe bergerie à La Blaquière marquent un peu plus la volonté des paysans du Larzac de ne rien céder. Pourtant, le long processus juridique, conduisant à l’extension du camp militaire suit son cours. Les provocations visant à discréditer ou à diviser le mouvement n’obtiennent aucun résultat mais il faut une détermination et un courage immense pour résister. Une mini extension est même évoquée. Une intrusion dans les locaux du camp militaire, pour récupérer des documents, se termine par des condamnations et ils sont plusieurs à connaître la prison.

              
Malgré une mobilisation toujours forte et des actions sans cesse renouvelées, l’usure commence à faire son effet. Les organisations agricoles lâchent le mouvement, début 1981, mais un vote à bulletins secrets voit 99% des membres, tous agriculteurs, décidés à continuer. C’est enfin l’élection de François Mitterand, en mai 1981, qui scelle la victoire des paysans du Larzac, car le nouveau président tient la promesse faite lors d’une visite sur le plateau : le projet d’extension est abandonné. Depuis, le plateau du Larzac compte 120 fermes au lieu de 103 en 1970 et sa population n’a cessé d’augmenter. Les élevages ne fournissent pas seulement Roquefort en lait de brebis mais produisent de la viande et divers autres fromages. Enfin, l’actualité remet à l’honneur cette lutte avec ce qui se passe à Notre-Dame des Landes, près de Nantes.

 

Après plusieurs salves d’applaudissements nourris et mérités, Christian Roaud et son épouse se faisaient un plaisir de répondre à de nombreuses questions très pertinentes montrant tout l’intérêt et toute l’attention portés par les participants à ce film. L’on apprenait même que le journal « Gardarem lo Larzac », créé en 1975, avait gagné 500 abonnés supplémentaires grâce au film et apporte aujourd’hui son soutien à d’autres luttes.

 

« Notre terre servira à la vie… », ces paroles ne sont pas seulement des mots en l’air mais une formidable leçon de vie que ce film a l’immense mérite de faire partager au plus grand nombre et que toutes les personnes présentes à la projection ont particulièrement apprécié.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
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