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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 08:22

Il y a quelques semaines, une internaute nous avait sollicités afin de demander à Jean-Paul comment étaient ses rapports avec les autres détenus de la Maison d'arrêt. Voici sa réponse, en sachant que Jean-Paul est, depuis près de 10 jours, avec une autre personne dans sa cellule.

 

Partie 1


Pour moi, il n’y a aucun problème avec les autres détenus qui se comportent normalement et sans agressivité. Je me suis fait rapidement quelques bons camarades que j’ai plaisir à retrouver. Hélas, une Maison d’arrêt rassemble toutes sortes de gens dont une bonne partie se révèle très agressive. Certains sont là parce qu’ils viennent d’être arrêtés et sont par conséquent très inquiets devant ce qui les attend. Leurs démêlés avec l’institution judiciaire commencent et cette privation de liberté violente qui leur est imposée subitement leur cause de sérieux troubles psychologiques. Comme ils découvrent ce monde parallèle où rien ne fonctionne comme ce qu’ils ont connu auparavant, ils parlent sans arrêt de leurs problèmes et les sujets de conversation ne sont guère variés.

 

Il y a aussi beaucoup d’hommes en train de subir une courte peine, souvent de quelques mois. Eux aussi ne parlent que prison, juges, avocats, etc… et ont tendance à demander sans arrêt aux autres pourquoi ils sont là.

Heureusement, parmi ceux que l’on appelle les prévenus, en attente de jugement, ceux qui sont condamnés à de courtes peines et ceux qui sont condamnés à de longues peines, il y a des gars très bien, respectueux des autres. Ils essaient de vivre au mieux ce temps de détention en participant aux activités qui leur sont ouvertes.

Certains détenus sont ce que l’on appelle des « indigents » parce qu’ils n’ont aucun revenu. Certaines aides leur sont accordées mais ils n’ont pas d’argent à leur disposition pour « cantiner », c’est-à-dire acheter ce qui est proposé par la Maison d’arrêt : nourriture, produits d’entretien, d’hygiène, journaux, revues, etc… Il est parfois possible de se dépanner. Les produits les plus recherchés sont le tabac et le café, pour ne parler que de ce qui est licite. Depuis que je subis l’épreuve qui m’est imposée si injustement, j’ai vu plusieurs camarades souffrir du manque de tabac et en rechercher sans cesse. Leur seul espoir est de travailler pour pouvoir toucher un peu d’argent chaque mois.

Il y a enfin cet ostracisme dont sont victimes les personnes détenues pour mœurs. C’est un véritable problème parce qu’il est impossible d’expliquer ce qui nous a conduit là, surtout si l’on est innocent. L’administration pénitentiaire regroupant ces personnes-là sur un  étage donné, cela a pour avantage d’assurer une certaine protection mais cela stigmatise et les insultes peuvent pleuvoir. Ce sont alors des forts moments de stress.

A Villeneuve-lès-Maguelone, il y a un quartier réservé aux mineurs. Leur cour de promenade étant contigüe à celle des adultes de leur bâtiment, ils sont fréquemment en train d’insulter leurs vis-à-vis mais aussi de lancer des cailloux, ce qui est non seulement très désagréable mais très dangereux

Enfin, il est possible de se faire de vrais amis en prison mais ils peuvent être déplacés à tout moment ou, c’est la meilleure chose qui puisse leur arriver, retrouver la liberté. A ce moment-là, il faut tisser des liens avec d’autres mais c’est toujours un moment difficile à passer lorsque disparaît une tête sympathique et que l’on reste sur place…

 

Jean-Paul

Partie 3

 

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans La vie en prison
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