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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 07:11

            Jean Paul est en prison : j’écris ces mots, une phrase simple, je la lis, la relis... l’impensable, l’inimaginable, l’impossible ! Pour y croire, je relis ces mots, je les réécris : Jean Paul est en prison, condamné pour des faits qu’il n’a pas commis. Condamné ? Encore un mot inimaginable, impossible, insoutenable !

Jean Paul ? Que ressent-il ? Comment fait-il pour supporter cette injustice ? Pour vivre tous les jours avec et dans cette situation ? Quand je vais le voir, il dit « ça dépend des moments… », « ça va, je fais aller … » et puis, il passe à autre chose et il parle, il parle…de tout…de pub vu à la télé, de sport, des co-détenus, et il parle, il parle…pour oublier sa souffrance, pour nous  rassurer.

 

            Les mots qui suivent, vont-ils transcrire ce que ressentent Ghislaine, Vincent, Simon et tous ceux qui vont le voir ? Quels mots choisir pour dire ce qu’on ressent lors de nos visites ? Pour dire ces émotions là ? Ce nœud dans la gorge, cette respiration qui devient difficile, cette tension ?

Vous attendez qu’on cite votre nom : Degache, pour passer le portique de sécurité, tendre votre carte d’identité, et encore attendre…puis, on passe une porte, on traverse une cour , puis une autre porte, un escalier, une autre porte, un hall, un couloir, et ?...un box ou une cellule ? Où on vous enferme pour attendre Jean Paul…et on « effleure du doigt » ce que doit vivre Jean Paul, tous les jours, depuis 6 mois et pour combien de temps, encore ?

 

            Et là, après la tension des attentes…tout se bloque, les larmes montent aux yeux, je respire mal, j’étouffe…

Pas possible d’être là, je ne devrais pas être là, Jean Paul ne devrait pas être là…Comment dire ces quelques minutes d’attente ? Alors qu’au même instant, Jean Paul prend des risques en venant au parloir…Jean Paul ne doit pas voir mon émotion, mes larmes…Je suis là pour le soutenir, pas pour qu’il me soutienne… Je dois me calmer, me reprendre…je m’étire, je respire à fond, je fais appel à de bons moments récents…OUF ! ça va mieux, il va pouvoir arriver et il n’aura pas besoin de me consoler comme il l’a fait à Privas !! OUF ! mais j’ai envie de crier, de jurer, de frapper !!! IL NE DEVRAIT PAS ETRE LA !!!!

 

Françoise

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Messages d'humeur
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commentaires

éric 10/10/2010 20:33



Françoise, pour tout te dire, ton texte, j'aurais aimé l'écrire.



bernard Devenasse 09/10/2010 22:02



J'ai lu et relu ces lignes qui me prennent au fond des tripes, m'oppressent, me font monter les larmes aux yeux.


Françoise, en quelques mots, vous avez exprimé avec une telle force, une telle intensité, le drame injustement infligé à Jean Paul et à ses proches. Comment, jour après jour, accepter
l'inaceptable? Le coupable, lui au moins, peut, au fil du temps, se résoudre à accepter la peine infligée qu'il a mérité, mais comment l'innocence captive pourrait-elle s'accomoder
de l'inacceptable. Lors de chaque échange: visite au parloir, échange verbal ou même par courrier, le problème se pose en effet pour chacun (pour jean paul et pour celui qui essai
de lui apporter son soutien). Quelle contenance, quel ton, quelle limite adopter, quel sujet aborder? quel sujet ne pas aborder?


Françoise, merci de nous avoir fait toucher de plus près ce pan du drame. Quel courage faut-il, jour après jour pour tenir, pour se battre? Ne baissons pas les bras, Jean Paul nous montre
l'exemple!