Extrait de courrier

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Lettre de Jean-Paul à des amis

Datée du 15 novembre 2010, à Villeneuve.

 

            Mes très chers amis,

 

Dans une heure, je serai je l’espère, avec mon Simon qui doit venir me voir avec Eric, le frère de Ghislaine. Malgré la distance encore plus grande, mon fils tient à venir chaque semaine de Grenoble. Pour moi, c’est bien parce que cette heure et quart que nous passons ensemble est vraiment précieuse pour mon moral. Par contre, je me fais toujours du souci pour la route et cette fatigue qui s’accumule… Si seulement un petit coup de téléphone pouvait me rassurer quand il est rentré ! Maintenant que les gros bouchons du mois d’août sont passés, surtout pour Ghislaine qui venait le samedi, il y a les rigueurs de l’hiver. Bref, que des soucis !

 

J’ai bien reçu la belle carte que J. m’a écrite puis la longue lettre avec les deux derniers numéros de votre revue, les 20 timbres, les chemises de couleur et les feuilles. Vraiment, merci à tous les deux ! Tout y était dans la grande enveloppe même si ça a posé quelques problèmes. Il était écrit « retour à l’expéditeur » et « refusé », puis noté « interdit » au stylo rouge avec une flèche dirigée vers les revues et les chemises. Finalement, on m’a tout remis. Je ne comprends pas ; ce qui passait sans problème à Nîmes, crée des difficultés ici. Une dame de 81 ans qui m’écrit pratiquement chaque semaine depuis la fin mars, me découpe parfois des articles dans le Dauphiné libéré. A Nîmes, j’avais tout mais ici, ça a été retiré une fois et laissé une autre…

 

Quand tu me parles de Sète et du Mont Saint-Clair, ça me rappelle ce week-end de février dernier que nos enfants nous avaient offert. Avant de passer la nuit dans un hôtel, à Marseillan, nous avions fait une halte à Sète. Nous avions visité l’Espace Georges Brassens, un régal. Puis, nous avions cherché sa tombe dans le cimetière voisin. Encouragés par notre succès, pas difficile, c’est très bien fléché, nous avions tenté de trouver celle de Paul Valéry dans le fameux cimetière marin. Devant son immensité et le nombre incalculable de tombes, nous avons abandonné non sans avoir profité du panorama. Comme vous, nous avons terminé la visite par les deux points de vue du Mont Saint-Clair. Le premier qui donne vers Agde, nous a un peu déçus. Par contre, celui qui surplombe la ville, est magnifique. Comme tu l’as pensé aussi, ça fait envie d’escalader ça à vélo. Je me souviens avoir suivi en direct une arrivée du Midi Libre au sommet : c’était impressionnant… la descente aussi ! On me dit que ce n’est pas très loin d’ici mais j’ai du mal à le croire. […]

 

C’est incroyable mais mon premier vélo était aussi un « Winster ». Je crois que c’est un grossiste de Valence qui assemblait ces vélos. Moi, j’ai laissé les garde-boue et le porte-bagage parce que mon père me l’avait acheté pour que je puisse partir en camp cycliste en Italie et en Suisse avec le collège de Vourles ! C’était en juin 1964… A Sarras, tous mes copains avaient un vélo et moi, j’étais toujours à pied… Pour les idoles, je crois bien que j’avais les mêmes mais moi, j’étais pour Anquetil alors que mon père était pour Poupou. L’année du fameux duel du Puy-de-Dôme suivi à la radio, bien sûr, il jubilait mais je patientais et le dimanche, à l’arrivée à Paris, je prenais ma revanche. Je me souviens que, ce jour-là, nous pique-niquions en famille, dans un bois près de Lalouvesc mais bon, j’aimais bien Poupou aussi. En 1966, l’année où le grand Jacques abandonne son dernier Tour de France dans la côte de Serrières, j’étais allé voir l’arrivée à St Etienne, sur mon Winster. Ferdinand Brake avait gagné l’étape. Comme je dormais chez un copain, j’avais pu, le soir, faire le tour des hôtels des coureurs. Celui de l’équipe Mercier était en plein centre-ville et je vois encore les cuissards qui séchaient aux fenêtres. Avec un peu de patience, j’avais pu voir notre Poupou national sortir de l’hôtel et… il m’avait serré la main ! J’avais été impressionné par cette main musculeuse.

 

J’ai eu encore des sueurs froides avec mon parloir parce que le surveillant est venu me chercher à 10h20 alors que ça commençait à 10h10… Quand c’est comme ça, tu tournes comme un fauve en cage à attendre qu’on veuille bien ouvrir la porte. […]

 

Depuis quelques semaines, j’ai été intégré à l’équipe qui réalise le journal. C’est un hebdomadaire dans lequel nous pouvons écrire sur ce qui se passe à l’extérieur et ça paraît une fois passé à la censure. C’est diffusé à tout le monde ici mais aussi aux institutionnels qui subventionnent cela. Chacun dispose d’un ordinateur fonctionnant en réseau mais non connecté à Internet, bien sûr. […]

 

Je vous embrasse bien fort tous les deux.

 

Jean-Paul

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