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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 15:57

Hier jeudi, le Goncourt des Lycéens 2013 a été attribué à Sorj Chalandon pour Le quatrième mur, livre dont vous aviez pu lire la chronique très récemment. Nous vous la proposons à nouveau.

 

Le quatrième mur par Sorj Chalandon, Grasset, 2013, 325 pages

 

sorj-chalandon-le-quatrieme-mur.jpgUne fois de plus, Sorj Chalandon sort de l’ordinaire. Après avoir traité de la mort dans un petit village de Mayenne (Une promesse) puis nous avoir éclairé sur  la terrible histoire des indépendantistes de l’Irlande du nord (Mon traitre  et Retour à Killybegs), il nous emmène cette fois au Liban. L’auteur qui fut journaliste à Libération puis au Canard enchaîné, était présent à Beyrouth en 1982 et a vécu ce qu’il décrit.

 

Si l’on commence par une scène dramatique avec un tank syrien qui tire sur un taxi, à Tripoli, le jeudi 27 octobre 1983, le retour en arrière permet de faire connaissance avec Samuel Akounis, Sam, un résistant grec d’origine juive qui se lie d’amitié avec Georges, le narrateur, un double de l’auteur puisque Georges est son second prénom.

 

« Lui la gaieté, moi le chagrin. Lui, le cœur au printemps, moi, la gueule en automne. » C’est ainsi que Georges les définit tous les deux, Sam ajoutant : « J’ai trop souffert pour être malheureux. » À 34 ans, Sam a décidé de faire jouer Antigone, de Jean Anouilh, par des acteurs libanais dont les camps se font la guerre et nous apprenons que « le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public ». Cette paroi invisible sépare la scène de la salle mais certains rôles permettent de la franchir. Dans Antigone, c’est le Chœur qui brise ce quatrième mur.

 

Ils sont palestinienne, sunnite, druze du Chouf, maronite du Yemmayzé, chiites, chaldéenne et catholique arménienne. Sam a mis deux ans pour réussir le casting mais la maladie le cloue au lit et il demande à Georges de partir là-bas pour réaliser la mise en scène.

 

La violence est présente d’abord avec les batailles d’étudiants militants d’extrême-gauche de la fac de Jussieu dont faisait partie Georges, et les membres d’Ordre nouveau, groupuscule d’extrême-droite. Parallèlement à ça, ce que va vivre le narrateur, au Liban, est d’une horreur incroyable. : « Juste le choc terrible, répété, le fracas immense, la violence brute, pure, l’acier en tous sens, le feu, la fumée, les sirènes réveillées, les unes après les autres, les klaxons des voitures folles, les hurlements de la rue, les explosions, encore, encore, encore. » Terrible description du bombardement de Chatila que complètera Georges par sa visite de ce quartier après le massacre… Le comble de l’horreur.

 

Il y croit jusqu’au bout par amitié pour Sam, par fidélité pour ces jeunes Libanais pleins d’espoir mais embourbés dans leurs contradictions et dans les obligations de leur camp. Enfin, la conclusion est d’une froideur terrible lorsque Georges répond : « Personne ne quitte ce monde vivant. »

 

Le quatrième mur est poignant, terriblement émouvant. Sorj Chalandon a ramené un sac de pierres du Liban et il en remet une à chacun de ses lecteurs, comme il nous l’a confié à la Fête du livre de Saint-Étienne. Ce roman faisait partie de l’avant-dernière sélection pour le Prix Goncourt 2013.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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