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14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 15:24

S’ils savaient par Laurent Brochard et Matthieu Lambert, Éditions Idoines, 2013, 226 p.

 

La rencontre avec Laurent Brochard, le dernier champion du monde français, lors de la Fête du livre de Saint-Étienne, le 19 octobre dernier, a été une belle surprise. Avec beaucoup de simplicité, il présente S’ils savaient…, une autobiographie écrite avec le jeune journaliste, Matthieu Lambert.

 

Tout au long de ce livre, il est possible de cerner la personnalité de ce sportif aux capacités physiques très au-dessus de la moyenne. « Je ne conçois pas la vie sans le sport », écrit-il et il le prouve puisqu’il est revenu à sa première passion : la course à pied. Après avoir couru le Marathon de Paris en 2009, il se consacre maintenant à l’ultra-trail mais ne néglige pas le vélo. Après avoir découvert les cyclosportives, il avoue : « Ma plus grande considération va donc définitivement aux cyclos qui me réservent un très bon accueil, me portant cette reconnaissance que je n’ai plus dans le monde pro. »

 

Une mauvaise chute, à 39 ans, en 2007, au Tour de Pologne, l’a contraint à arrêter sa carrière. Aîné de trois garçons, il se définit comme un enfant timide qui s’exprime d’abord par le sport. Il abandonne l’école à 15 ans pour apprendre la menuiserie puis se met au vélo, dans la roue de son père, à 17 ans.

 

Sa progression est très rapide car les résultats suivent ce qui ne l’empêche pas de décrocher des CAP de menuiserie, d’ébénisterie et de sculpture sur bois. L’équipe de France amateur le fait remarquer et Cyrille Guimard lui promet un contrat. Hélas, un contrôle positif bizarre à la nandrolone vient gâcher cette perspective mais il réussit à faire établir son innocence, lui qui ne conçoit même pas l’existence du dopage.

 

Enfin, le voilà parmi les meilleurs et il ne tarde pas à récolter les victoires. Il dispute son premier Tour de France en 1993 : « Je suis ébloui : tout est gigantesque, démultiplié. Lors des premières étapes, je reste subjugué par l’affluence incroyable. » Il quitte Guimard pour Bruno Roussel et l’équipe Festina où il côtoie un certain Virenque : « Richard cristallise toute l’aura autour de sa personne. Volubile, exubérant, fantasque, le chouchou du public entend montrer qu’il est présent, veut exercer son monopole sur tout ce qui l’entoure. »

 

En 1997, il décroche ses plus grands exploits : une étape du Tour de France et le titre de Champion du monde, à San Sebastian. C’est l’année suivante que tout s’effondre. Laurent Brochard ne cache rien : «…la peur de devoir répondre aux légitimes interrogations de mon épouse, totalement ignorante de mes pratiques dopantes. » Comme il y avait un fossé entre ceux qui se dopaient et les autres, « se doper est faire acte de professionnalismecomme tout le monde : EPO, hormones de croissance, cortico, testostérone. » Il ajoute : « Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait. J’aurais pu hypothéquer ma santé, jouer avec ma vie. »

 

D’un scandale à l’autre, le sport cycliste n’est pas détruit. Il est rehaussé, assaini. Les trois saisons passées chez Jean Delatour lui redonnent un peu de bonheur : « Le cyclisme redevient un jeu. » Hélas, des changements d’équipe répétés ne lui permettront pas d’avoir la fin de carrière qu’il méritait.

 

Sincère jusqu’au bout, Laurent Brochard nous fait partager sa vie familiale, ses opinions parfois mal comprises et ses projets. S’ils savaient…est un témoignage à lire pour sortir des idées toutes faites et tenter de comprendre ce qui a été le quotidien de ce champion.

Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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