Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 12:56

Fleur de tonnerre  par Jean Teulé,

Julliard, 2013, 282 p.

 

9782260020424.JPG

 

À Plouhinec (Morbihan), au hameau de Kerhordevin, vit « Fleur de tonnerre – très jolie petite Hélène, blonde, coiffée comme un pissenlit et aux pattes maigres sous son jupon violet ». Voici sûrement la plus grande tueuse en série de tous les temps que Jean Teulé nous fait suivre dans ce roman qui sort encore de l’ordinaire.

 

Hélène Jégado baigne dans un monde peuplé de légendes et de contes permettant d’agrémenter les longues veillées, au coin du feu. Sa mère, Anne, ne cesse de parler de l’Ankou, « l’ouvrier de la mort », et des Poulpiquets, vilains nains velus et noirs qui hantent la lande et dansent autour des menhirs.

 

Dans la chapelle des Caqueux, Hélène a rendez-vous avec l’Ankou. « Dieu paraît vaincu en cette église dégénérée qu’éclaire un rayon de lune traversant un vitrail. » C’est ainsi que cette fillette s’identifie à celui qui donne la mort, se déplaçant avec sa karriguel, cette carriole qui grince et annonce son passage.

 

La première victime de Fleur de tonnerre, c’est sa mère dont elle prend bien soin : « Elle est devant quelqu’un qui va mourir… C’est comme la naissance d’une vocation. » Le père vend alors sa ferme et place sa fille au presbytère de Bubry, chez l’abbé Riallan, mais, au passage, elle a déjà empoisonné Michelet, l’homme qui l’a conduite jusque-là.

 

L’auteur a cru bon d’ajouter deux Normands dès le début de l’histoire. De mésaventure en mésaventure, nous les retrouvons tout au long du cheminement macabre de notre empoisonneuse qui cuisine partout où elle est placée. Ainsi, de lieu en lieu, à une époque où les moyens de communication sont rares, elle sème la mort et s’en va avant d’être soupçonnée.

 

Cette histoire romancée par l’auteur est véridique. Fleur de tonnerre a tué au moins 60 personnes, des gens qu’elle appréciait la plupart du temps et qui étaient bons avec elle. Lorsqu’on lui parle du retour des cendres de Napoléon en France, un instituteur lui dit qu’on lui doit 2 millions de morts. Elle s’exclame : « Combien ? » Interloquée, humiliée, elle ajoute : « Je ne sais pas ce qu’il cuisinait celui-là mais ce devait être un fameux tambouilleur. »

 

Utilisant l’arsenic, efficace à l’époque contre les rats, elle va ainsi jusqu’à Rennes où, comble de l’ironie, un ancien juge, professeur de droit, l’embauche comme cuisinière. C’est là, après une mort de trop, qu’elle est arrêtée : « Ah, je l’aurais manqué de peu, l’expert en affaires criminelles. » Hélène est confondue avec son lieu de naissance et les petits souvenirs qu’elle conservait de ses victimes.

 

Son procès commence quatre jours après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte du mardi 2 décembre 1859. C’est pourquoi on en a si peu parlé. Bien que son avocat ait plaidé la folie, elle est guillotinée le 26 février 1852 puis disséquée : « C’est incroyable, son cerveau est normal, ce qui met à mal la théorie du tueur né. Elle n’a pas la bosse du crime… »

Jean-Paul

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
commenter cet article

commentaires