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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 09:28

Jean FERRAT, L’homme qui ne trichait pas de Jean-Emmanuel Ducoin aux Éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2011, 224 pages.

 

Tout nous attache à Jean Ferrat et ses chansons vont trotter encore longtemps dans nos têtes. Un an  après sa mort, un ouvrage superbe édité par Jean-Claude Gawsewitch permet à Jean-Emmanuel Ducoin, rédacteur en chef de l’Humanité, de retracer un parcours marqué constamment par la fidélité  aux  idées et par la sincérité des sentiments. Le même auteur s’était déjà fait remarquer avec, entre autres, deux livres sur le Tour de France et Nous étions jeunes et insouciants, avec Laurent Fignon.

 

Les titres des chansons de Jean Ferrat rythment cet ouvrage au grand format et magnifiquement illustré. Quoi de plus naturel que de commencer par Nul ne guérit de son enfance pour faire connaissance avec Jean Tenenbaum, né le 26 décembre 1930 à Vaucresson ? Son enfance est heureuse à Versailles, au contact avec la nature et entouré par sa famille. Son père Mnacha, est un artisan joaillier qui a dû se reconvertir dans la vente des fruits et légumes pour pouvoir faire vivre sa famille. Jean a deux frères, Pierre et André et une sœur, Raymonde tous plus âgés.

 Hélas, Nuit et brouillard arrive bien trop vite. Il a 9 ans lorsque la guerre commence. C’est la fuite en Bretagne devant le nazisme et l’antisémitisme. La famille revient à Versailles mais Jean a pris conscience de sa  judéité et il se sent marqué, considéré comme un paria. Son père qui se fait appeler Michel, était venu de Russie  à l’âge de 20 ans. Il est  arrêté dans la rue, interné à Compiègne puis à Drancy et déporté à Auschwitz le 30 septembre 1942. Il ne reviendra jamais. Pendant ce temps, la famille se réfugie à Font-Romeu, revient à Versailles, repart pour le sud, Toulouse puis l’Ariège où elle est protégée par des résistants communistes. Quand la guerre est finie, après un autre passage par Font-Romeu, les voilà à nouveau à Versailles mais sans le père.

 

Je ne chante pas pour passer le temps, Ma môme, permettent de suivre Jean comme aide-chimiste dans un labo de Paris travaillant pour le bâtiment. Il adhère à la CGT et il est séduit par le matérialisme historique et dialectique. En fait, c’est le monde des artistes qui l’attire. Il fait partie d’un petit groupe de jazz, fait du théâtre amateur, est figurant dans plusieurs films et commence à écrire de la musique sur Les yeux d’Elsa d’Aragon. Une grave infection pulmonaire le frappe à cette époque et il doit même subir une intervention chirurgicale. Ayant abandonné son travail de chimiste, il travaille la guitare et court les cabarets de la rive gauche où il côtoie Boris Vian, Léo Ferré, Juliette Gréco, Catherine Sauvage, Germaine Montero, Francis Lemarque, Charles Aznavour, Mouloudji, Cora Vaucaire, Monique Morelli, Georges Brassens, Jacques Brel puis Barbara, Guy Béart, Anne Sylvestre, Claude Nougaro, Pierre Perret, Serge Gainsbourg, Georges Moustaki, Bobby Lapointe, Francesca Soleville… Il passe une audition à La Rose Rouge mais n’est pas pris. Finalement, il obtient son premier engagement à L’Échelle de Jacob, chez Suzy Lebrun, en lever de rideau d’Aznavour, sous le nom de Jean Laroche. Il interprète quatre chansons à la guitare. Il a 24 ans. Après deux mois dans un cabaret à Anvers, il court le cachet mais lorsqu’il veut s’inscrire à la Sacem, Laroche est déjà pris. On dit que c’est par hasard, en regardant une carte de France, qu’il est tombé sur Saint-Jean-Cap-Ferrat  qu’il a choisi et avec lequel il obtiendra la célébrité.

 

En 1956, il rencontre Christine Sèvres, jeune comédienne et chanteuse, et ils ne se quitteront plus jusqu’à ce qu’elle décède d’un cancer en 1981. Il adopte la fille de Christine, Véronique Estel. Tous les deux, ils seront jusqu’au bout fidèles à leurs idées et resteront  libres face au Parti communiste Français dont ils sont très proches. Il rencontre Louis Aragon en 1961 et une amitié profonde les reliera bientôt.

 

Un premier 45 tours, chez Vogue est un fiasco total. Chez Philips, on pense que Jean Ferrat ne réussira jamais. C’est Gérard Meys, un passionné de chanson française, qui devient son producteur et manager unique alors qu’il signe chez Decca. Son second disque, en décembre 1960, est un coup de maître avec Federico Garcia Lorca et Ma môme, une chanson écrite à l’origine pour Yves Montand.

 

Son premier 33 tours (10 titres), sorti fin 61 avec Deux enfants au soleil, lui permet d’obtenir le Grand prix national du disque. Eddie Barclay « mécène et esthète » l’accueille pour son second 33 tours sur lequel figure Nuit et brouillard, une chanson qu’il avait en tête depuis des années et qui obtient un succès considérable.

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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