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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 17:44

La petite Borde  par Emmanuelle Guattari,

Mercure de France (2012), 141 p.

 

Pour bien sa729429.jpgvourer ce petit livre rempli d’anecdotes, de petites touches d’une enfance hors du commun, il faut savoir que l’auteure a grandi dans l’établissement psychiatrique codirigé par son père : La Borde, à Cour-Cheverny (Loir-et-Cher).

 

Proche de Jean Oury, le fondateur de cette clinique, Félix Guattari, psychanaliste et philosophe, très en avance pour son temps, rompait, là-bas, avec les méthodes employées jusque-là en faisant participer les malades mentaux à la vie matérielle et collective.

 

Ce château, entouré d’un parc immense avec des forêts et des étangs, était, pour « les enfants de La Borde », un fantastique terrain de jeux et d’aventures. Manou, comme on l’appelle, en faisait partie et nous fait partager ses souvenirs, alternant épisodes, anecdotes, moments de vie familiale. Ceux que l’on appelait les fous, sont bien là mais ceux qui étaient élevés avec eux les nommait « pensionnaires ».

 

Au fil des pages, on rencontre ce singe ramené d’Afrique par son père. Il adorait son maître mais détestait les enfants… Celui qu’ils appelaient « La chauffe », un pensionnaire, les menait à l’école en 2 cv, roulant au maximum à 20 km/h… Grandir avec des malades mentaux, même responsabilisés, n’est pas toujours simple et l’auteure n’oublie pas de mentionner les consignes que les enfants devaient respecter. Malgré tout, ils font des bêtises, jouent un peu partout… même au-dessus de cette « fosse à merde à ciel ouvert » : fascinante… si bien qu’un éducateur leur est affecté.

 

L’ordre n’est pas chronologique mais c’est souvent émouvant comme lorsqu’elle parle de sa mère : « Ma mère a disparu de ma vie comme une bulle de savon qui éclate. » Un peu plus loin, elle livre le fond de son cœur : « Je suis prête à faire un marché avec la vie : prenez moi dix ans, pour un quart d’heure de parloir avec ma mère. »

 

Il y a aussi cet accident de voiture, M. Belin qui ramasse des asperges et garde Emmanuelle qui n’a pas oublié le carrelage glacé et la soupe préparée par Mme Belin que Manou laissait refroidir, tellement elle avait besoin de parler… Même un rat déboule un jour : « Mon père a fait un bond prodigieux, sur place (pourtant il n’est pas très sportif). »

 

« La guerre, fond du récit familial » est présente à plusieurs reprises quand l’auteure indique que la Seconde a effacé la Première et lorsqu’elle raconte comment sa mère a sauvé son père d’une arrestation à cause de papiers compromettants, pendant la guerre d’Algérie…

 

Patchwork délicieux, étonnant, La petite Borde est un roman unique dans son format littéraire, offrant un bon petit régal de lecture.

 Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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