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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 12:04

La femme de nos vies   par   Didier van Cauwelaert

Albin Michel, 2013, 293 p.

 

9782226246868-j.jpgComment un roman peut-il mettre l’Histoire en valeur ? Mieux, comment un roman peut-il révéler des faits gravissimes ignorés totalement ou partiellement ? Ceci, Didier van Cauwelaert l’a réussi dans La femme de nos vies.

 

C’est à Hadamar, « charmante bourgade du Limburg, en Allemagne », que David Rosfeld, le narrateur, retrouve la première femme qu’il a aimée : Ilsa Schaffner : « C’est l’amour de ma vie. L’amour fondateur, la sensualité, l’intelligence, le courage, le don de soi jusqu’à l’abnégation – tout le pouvoir créateur d’une femme… » Si notre homme est très âgé, Ilsa est centenaire et lui a sauvé la vie en 1941, au même endroit où il retrouve Marianne Le Bret, avocate à Morlaix, petite-fille d’Ilsa.

 

Rapidement, nous replongeons dans l’Histoire, à l’époque où David s’appelait Jürgen Bolt, était un autiste léger et travaillait dans la ferme de ses parents. Après un événement que nous laisserons découvrir au lecteur, il se retrouve interné dans l’hôpital psychiatrique d’Hadamar, lieu réel des dernières heures des « pionniers de la solution finale. »

 

Tentant de réhabiliter Ilsa auprès de sa petite-fille, le narrateur maintient page  après page un intérêt maximum, un désir d’en savoir plus. S’appuyant sur l’histoire vraie d’Ida Tacke, chimiste surnommée « la Marie Curie allemande », Didier van Cauwelaert rappelle ces découvertes qui auraient pu changer le cours de l’Histoire puisque Ida Tacke avait émis, dès 1934, l’hypothèse de la fission nucléaire.

 

C’est à Hadamar que les Nazis ont expérimenté les douches à gaz, euthanasiant 12 000 patients en quelques semaines sur un total de 70 000 victimes pour toute l’Allemagne. Ainsi, « la solution finale » était au point et allait être utilisée dans les camps d’extermination.

 

Avec beaucoup de patience et de tendresse pour son auditrice, David remonte le cours de l’Histoire. À 20 ans, Ilsa était « nazie mais nationale-socialiste, pas fasciste. » Oberleutnant dans la Wehrmacht, elle dirigeait une école de petits génies pourtant catalogués comme débiles et destinés à être éliminés. Pourtant, malgré sa déportation à Mauthausen, elle est accusée de crimes de guerre après les témoignages du colonel Grübblick et du maréchal Göring.

 

Au fil des pages, nous rencontrons aussi Hitler, « un sadique caractériel, paranoïaque et versatile… un touche-à-tout absolument inculte… ». Puis le récit, toujours mené sous la forme d’un monologue très vivant ne négligeant pas les petits problèmes de la vie quotidienne, nous emmène aux États-Unis où David Rosfeld a été envoyé en mission. Si la rencontre avec Albert Einstein est un peu rocambolesque, elle permet d’expliquer comment David a pu se faire une place enviée au sein des chercheurs américains. C’est l’occasion, pour l’auteur, de souligner l’attitude  de John Edgar Hoover qui voit des agents soviétiques partout !

 

La femme de nos vies est un roman passionnant, instructif, qui se lit d’une traite.

 Jean-Paul

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Published by Les amis et proches de Jean-Paul Degache - dans Chroniques
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