Chronique d'une exécution Partie 3

Jean-Paul nous livre son témoignage sur le 2ème jour de la garde à vue subie en 2002.

 

                Vendredi 8 février. À 7 h, on vient me chercher pour me ramener dans le bureau. Comme 24 heures se sont écoulées, on repart pour une nouvelle garde à vue et on me redemande si je veux voir un médecin. La veille, j’avais répondu négativement à cette question, me sentant en bonne forme. Ce matin, j’ai mal au dos et je demande donc à en voir un. Un gros problème se pose à mes gardiens : les médecins font grève et aucun ne répond à Tournon. Ils doivent donc appeler l’hôpital où personne n’est disponible. C’est enfin à la clinique Ambroise Paré que le Docteur accepte de me voir mais il faut s’y rendre…

            Comme petit-déjeuner, j’ai droit à une tasse de thé. Un peu avant 8 h, nous partons en Laguna Nevada. Quel bien ça me fait de revoir enfin la vraie vie : des gens qui circulent, qui vont à leur travail, la lumière aux fenêtres des appartements… À la clinique, il faut atttendre car le docteur n’est pas encore arrivé. Cela ne me fait rien, au contraire. Les gendarmes s’impatientent et tournent en rond. Après un bon quart d’heure d’attente, le médecin m’examine, enfin, prend ma tension et me dit que tout va bien. Je parle de mon mal au dos. Il touche mes reins et décrète : « C’est chronique. »…

            De retour à la gendarmerie, commence le dernier interrogatoire mais l’intensité a nettement baissé même si les questions restent semblables. Je n’ai pas de raison de changer mes réponses puisqu’il n’est pas question que j’avoue ce que je n’ai pas fait.

            On me laisse manger puis, je dois retourner encore dans cette cellule en attendant maintenant le transfert pour Privas afin d’être présenté au Juge d’Instruction à 14h 30. Malgré l’inquiétude qui me gagne, je suis soulagé d’être arrivé au bout de cette garde à vue très éprouvante. Après tout ce qu’on m’a dit, je ne me fais guère d’illusions : ce soir, je dormirai en prison !

            Les gendarmes ne sont pas partis à l’heure et veulent rattraper le retard en roulant à 160 km/h sur l’autoroute ! Était-ce bien nécessaire ?

            À proximité du Palais de Justice où je sais que Ghislaine m’attend, j’aperçois Françoise, ma sœur, suivie de ma maman ! J’ai aussitôt le cœur serré. Je ne pensais pas les voir ici ! Mon émotion est grande mais il faut que je me reprenne car un nouvel interrogatoire m’attend.

            Le bureau est assez vaste. Le Juge d’Instruction paraît assez jeune et plutôt sympathique. Alors que, machinalement, en m’asseyant, j’avance ma chaise de quelques centimètres, il me demande de la remettre à sa place. Moi aussi, je me sens remis à ma place… Ses questions sont posées calmement. Il les dicte à la greffière qui tape sur le clavier d’un ordinateur. Après ma réponse, il redit ce que je viens de déclarer pour que ce soit enregistré. Même si ça concerne les mêmes accusations, cela n’a rien à voir avec les interrogatoires des gendarmes. Au cours de cet interrogatoire, j’apprends deux choses fondamentales venant corroborer ce que j’affirme depuis le début :

 

             1)      La première personne qui va porter plainte à la Gendarmerie d’Andance en 1997, y retourne 4 jours après pour retirer sa plainte parce qu’elle se sent manipulée. Ceci est noté dans le procès-verbal de la gendarmerie et on ne me l’avait jamais dit !

 

             2)      L’enquête qui a abouti à ce drame que je vis a été relancée suite à la lettre d’une certaine personne, adressée au Procureur de la République en février 2001. Cette lettre de deux pages m’est lue par le juge. Elle transpire à chaque ligne une haine féroce envers moi, me traitant à plusieurs reprises de « pédophile vicieux »… Il faut rappeler que cette même personne faisait partie des quatre anciens élèves qui s’étaient rendus « d’eux-mêmes » à la gendarmerie d’Andance, fin 1997, afin de relancer l’affaire qui avait éclaté en mars de la même année et qui s’était dégonflée aussitôt.

 

            Après une telle lecture, j’indique au juge que ce que j’affirme depuis le début : la machination pour m’éliminer complètement est maintenant prouvée.

            Cela n’ébranle pas la conviction de M Bernard alors je lui cite les noms de personnes qui m’en veulent particulièrement et que je sais acharnées à ma perte. Je sais qu’il y en a d’autres mais je n’ai encore aucun élément concret à apporter pour l’instant.

            Alors que je m’attends au pire, le juge m’indique qu’il me met en examen, qu’il me place sous contrôle judiciaire… soulagement… Je vais rentrer chez moi ce soir… Mais, il retient le viol sur une personne en 1986, 87, 88 et des attouchements sexuels sur huit de mes élèves de 1997 !!! De plus, il m’interdit d’enseigner comme de participer à des activités bénévoles impliquant des enfants ! Je suis effondré mais le fait de rester libre est tellement important… J’essaie bien de lui signaler que, depuis cinq ans, on n’a pu trouver aucun enfant se plaignant de moi et que, depuis, 1997,  j’ai organisé quatre classes de découverte sans le moindre problème, rien n’y fait. Quelques problèmes d’imprimante retardent le tirage du compte-rendu. Le juge et le Bâtonnier Vesson en profitent pour échanger quelques propos sur le manque de moyens du Ministère de la Justice. Il faut que je me résigne. Les deux gendarmes qui avaient assisté à toute la séance, semblent déçus mais je sors du bureau avec Me Vesson à mes côtés.

            L’émotion est énorme lorsque j’aperçois Ghislaine dans la salle des pas perdus du tribunal. Je m’attendais à voir ma maman et Françoise, ma sœur, mais je ne savais pas que ma belle-mère, mais aussi Josette et Joseph avaient fait le déplacement jusqu’à Privas ! J’ai envie de tous les serrer en même temps dans mes bras pour les remercier de leur présence et de leur soutien chaleureux.

Jean Paul

 

Suite à cette garde à vue, Jean-Paul est resté libre jusqu’au premier procès de Privas en 2007. Nous reviendrons en détail sur son contrôle judiciaire.

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