Chronique d'une exécution Partie 1

            Afin d’essayer de comprendre dans quel engrenage Jean-Paul a été plongé, voici son témoignage de la garde à vue qu’il a vécue en 2002. Cette période, comprise entre 1997 et 2002, demeure capitale puisqu’a lieu la première enquête de la gendarmerie. Celle-ci s'est révélée, lors des deux procès, dévastatrice puisque les magistrats se sont appuyés exclusivement dessus.

           

               Jeudi 7 février 2002, Sarras (Ardèche), Ghislaine vient de partir. Je la suis après avoir fermé le garage. Mon cartable et mes affaires de classe sont dans le  coffre de la Clio. Tout  va bien. Il ne reste que deux journées de classe à assurer puis ce seront enfin les vacances de février, bienvenues après cinq semaines chargées : classe de neige et pas un seul mercredi matin pour récupérer... 

            Soudain, ma vie bascule vers l’inimaginable, l’insoutenable. Ils sont là à m’attendre au bout du jardin de ma belle-mère : trois voitures plus quelques gendarmes... mais je n’ai pas compté. L’un d’eux est au milieu de la route et me fait signe de me ranger à gauche. Je lui souris car je le connais. Il est de la brigade d’Andance. Je pense qu’ils veulent vérifier mes papiers même si ça m’étonne beaucoup. Je ne me suis pas assez bien garé et il me demande de me ranger mieux que cela... Je comprends de moins en moins. Maintenant, il faut que je descende de la voiture, que j’arrête le moteur, que je ferme à clé et j’entends : « Vous êtes arrêté pour agressions sexuelles et viols sur mineurs. Montez. »  Tout cela se passe comme dans un rêve ou plutôt un cauchemar. Je sais que j’ai répondu : « Allons bon, ça recommence... » Je jette un coup d’œil sur la maison d’Éric, mon beau-frère, mais tous les volets sont fermés. 

            Il est 8h 05 et une voiture de gendarmerie m’emmène à Tournon. Deux autres véhicules nous accompagnent : l’un devant et l’autre derrière! Ce que je ne sais pas, c’est que Ghislaine, ne me voyant pas dans son rétroviseur, s’est garée à Silon pour m’attendre. Elle est un peu inquiète car les gendarmes l’ont arrêtée mais quand elle a baissé sa vitre, on lui a fait signe de circuler. Elle fait finalement demi-tour et croise les trois véhicules. Ça la rassure plutôt car ils ne vont pas vers Andance. Quand elle arrive à la route de la Cance, stupeur! La Clio est garée, là! " Ils ont emmené mon Jean Paul !" s’écrie-t-elle. Croyant me retrouver à l’école, elle s’y rend mais ne trouve que deux collègues de l’école élémentaire, qui essaient de la rassurer. Ce n’est qu’après une série de coups de téléphone qu’elle apprend que je suis en garde à vue à Tournon. 

            Pendant que mon épouse est complètement affolée par ce qui se passe, je prends connaissance de mes droits : un papier remis, un autre à signer. La gendarme qui conduit et celui qui est à côté de moi essaient d’engager la conversation en m’indiquant que c’est très grave et que je ne vais pas m’en tirer... J’évite de leur répondre parce que je pense que je vais avoir à faire à d’autres personnes à Tournon. Je me trompe car je suis avec les deux principaux officiers de police judiciaire (OPJ) qui conduiront la majorité des interrogatoires. 

            À Tournon, je suis amené dans les locaux de la compagnie jusqu’au bureau de la brigade de recherches et là, ça commence. D’emblée, on me fait bien comprendre que ce dont je suis accusé est très grave et que je ne vais pas "m’en tirer" comme en 1997, que je ne rentrerai pas chez moi le soir et que ça se poursuivra le lendemain.  Je ne comprends pas vraiment ce qu'ils veulent dire: je n'ai rien fait et je ne me suis "tiré" de rien en 1997: l'affaire a été logiquement classée parce que les enquêteurs avaient estimé à raison que j'étais innocent et qu'il n'y avait pas lieu de me poursuivre car le dossier était vide! Ils sont trois puis quatre à intervenir. Pour l’instant, ce ne sont que des généralités sur ce que me reprochent d’anciennes élèves. Je réexplique alors que j’étais très affectueux avec les élèves comme cela avait été dit en 97. J’affirme que depuis, j’ai radicalement changé d’attitude puisque tout est interprété de façon négative faisant passer une attitude paternelle que la plupart des enseignants de ma génération adoptaient et que l'on nous préconisait lors de notre formation pour perverse. Après une petite pause, les questions recommencent et deviennent plus précises. On me cite des noms et on me reproche des gestes violant l’intimité des filles, accusations que je ne cesserai de démentir, elles n'ont en effet pas l'ombre d'un fondement, je nie en bloc, je suis innocent, je ne suis pas le pervers qu'ils décrivent. Je me demande comment j’ai pu susciter autant de haine, de jalousie, de méchanceté pour que d’anciennes élèves aujourd’hui adultes puissent inventer des actes aussi graves de la part d’un maître qui a toujours donné beaucoup de son temps et de son énergie pour favoriser leur réussite. J’essaie de répondre à toutes les questions même si, parfois, elles sont vicieuses, m’emmenant sur un sujet pour mieux tenter de me piéger ensuite, mais en fait, ils peuvent toujours essayer de me piéger, je ne dis que la vérité, je ne vais pas inventer des faits pour leur faire plaisir! Un peu avant midi, on s’arrête et je dois relire avant de signer.

 

Partie 2

Jean-Paul

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