Cela fait un an !

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Pour moi, ça fait plus, beaucoup plus. On se connaît depuis presque 20 ans et j’ai l’impression que je t’ai toujours connu avec tes emmerdes.

 

J’ai aussi l’impression, naïve, qu’on va te libérer du jour au lendemain, comme ça, en te disant « désolé, on s’est plantés, ça ne peut pas être vous ! »

 

Je n’arrive pas à m’y faire, en fait. Je me souviens de plusieurs moments avec toi. D’abord, quand ton fils me parle de tes problèmes, c’était au siècle dernier, ensuite quand tu me demandes mon avis dessus quelques jours après, quand on s’enferme dans ton sous-sol pour rédiger un historique et un argumentaire…

 

Pour moi, ça suffit, c’est fini. Je n’imagine pas qu’il en soit autrement, en fait. Je sais bien que tu n’as rien fait, j’étais au lycée avec certaines plaignantes, je t’ai surpris en classe un nombre incalculable de fois quand, avec Vincent le vendredi après-midi, on avait besoin des clés de la 4L pour aller faire la fête. Pour moi, tu étais un instituteur normal, un peu chiant, un peu raide, ce que je n’aime pas trop chez les pédagos, mais normal.

 

Alors forcément, quand tu me demandes de t’aider, je t’aide, et je m’en vais. Pour moi, c’est réglé.

 

On s’est ensuite beaucoup plus vus, quasiment tous les jours, quand ça allait mal pour moi, j’habitais quasiment chez vous et rien ne transparaissait vraiment. Je pense que personne n’y croyait, moi pas plus que les autres.

 

Puis un jour en 2007, en été, tu m’as appelé. Ça y est le procès allait avoir lieu, ça n’allait pas traîner, mais tu aurais aimé que je vienne à Privas. Je m’en souviens bien parce que je n’ai pris des congés que jusqu’au jeudi, tellement on était sûrs que ça allait se régler vite fait, cette histoire.

 

Puis vendredi soir, on t’a emmené.

 

Puis un mois et demi de bataille après ce jour, on t’a sorti de là.

 

Puis l’an dernier, tu y es retourné.

 

Entre temps, il s’est passé plein de choses, je n’ai toujours pas compris comment ni pourquoi tu étais enfermé, pourquoi tu étais accusé. Ce n’est juste pas possible.

 

En septembre 2007, ma vie a changé, il manque quelqu’un et je ne comprends pas pourquoi.

 

C’est énervant ça, de ne pas comprendre les choses. Je sais que ce n’est pas possible, que tu n’as pas fait tout ça, j’ai vécu chez toi, je t’ai aidé autant que j’ai pu, je t’ai vu avant, après, pendant… Tu es innocent, c’est un fait, mais pourquoi tout le monde ne le voit pas ?

 

Parfois, souvent en fait, j’ai l’impression que les gens vont le voir, vont se rendre compte qu’ils ont été enfumés. J’ai foi en ça, certains croient en Dieu, moi c’est au fait qu’un jour, l’hallucination collective va se dissiper, que tout le monde va redevenir lucide, que quelqu’un va ouvrir ta cellule et dire « désolé M Degache, on s’est plantés… »

En général, après avoir pensé à ça, je me réveille et me dis que ce n’est pas possible, en fait, que tu y es pour de bon et que la justice est implacable.

 

Alors je réfléchis davantage, et je me dis que la justice n’est décidément pas infaillible et que si elle s’est trompée avec toi, les innocents doivent remplir les prisons.

 

Mon esprit s’embrouille Jean-Paul.

 

Alors je revois certains moments. Le 12 juillet 1998, sur ta mezzanine, devant la télé à chanter la Marseillaise. Les moments où j’imite les chiens sur la terrasse pour faire aboyer ceux de ton quartier. Les cafés que tu remplis à raz bord sans qu’ils ne débordent. Je te vois avec tes petits enfants, je te vois avec Ghislaine, je te vois avec tes frères et sœurs.

 

Je me dis qu’ils ne furent pas assez nombreux, ces moments, et qu’on en vivra de nouveaux, bientôt.

 

A très vite, Jean-Paul,


Je t’aime fort.

 

Arnaud

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