Atelier d'écriture, Hors-série Décembre 2010

  • Les amis et proches de Jean-Paul Degache
  • La vie en prison

La semaine dernière, nous vous avions proposé un premier article réalisé par Jean-Paul dans le cadre du numéro hors-série du journal de la prison consacré au thème du voyage. Aujourd'hui, voici  le deuxième article, toujours en rapport avec le cyclisme, passion dont il a été privé de pratique depuis le 26 mars 2010. Bonne lecture !

 

Pyrénées : la route des cols (Hors-série - décembre 2010)

 

S’il est possible de relier le Pays Basque au Roussillon en suivant l’autoroute et quelques nationales, il existe un moyen beaucoup plus sportif et nettement plus respectueux de la nature : le faire à vélo en privilégiant les cols mythiques qui font la gloire du massif pyrénéen. Pour réussir ce périple, il semble raisonnable de prévoir une semaine et de s’organiser afin d’avoir un véhicule d’assistance.

Dans la belle verdure des environs de Saint-Jean de Luz, la route de Cambo-les-Bains puis de Saint-Jean Pied de Port nous rapproche tout doucement de sommets plus impressionnants. Comme à l’autre extrémité du massif, les fières montagnes que Louis XIV prétendait effacer, descendent doucement vers le golfe de Gascogne mais il ne faut pas s’y tromper, les escalades, parfois très difficiles ne manquent pas aux alentours. Volontairement, nous les négligerons, laissant l’exploration cycliste d’Euskadi pour une autre fois.

Le but que nous nous sommes fixé étant d’escalader les cols les plus célèbres, il est impensable de se lancer sur les pentes d’Iraty et du col de Bagargui. Sur les routes du Béarn, se présente un col devenu célèbre depuis ces dernières années : Marie-Blanque (1 038  m). Son altitude n’a rien d’effrayant mais tous ceux qui l’ont abordé avec condescendance, l’ont bien regretté. Alors qu’il semble commencer gentiment après le village d’Escot, la route se redresse rapidement et l’on cherche en vain un répit pendant 9,5  km d’ascension pour 715  m de dénivelé. La pente est raide et aucun paysage grandiose ne vient nous distraire parce qu’elle grimpe, bien encadrée par des sommets qui cachent tout panorama. Le mieux est de se concentrer sur son effort pour ne pas céder, à condition d’avoir prévu les braquets adéquats, précision inutile puisque les pentes pyrénéennes sont réputées pour leur difficulté.

 

Aubisque et Tourmalet, morceaux de bravoure 

Après avoir quitté la vallée d’Aspe, la descente sur la vallée d’Ossau est belle, permettant d’oublier les sacrifices consentis un peu plus tôt. De Bielle à Laruns, le répit est de courte durée. Très vite, les premières pentes de l’Aubisque, 18  km d’ascension pour 1 200  m de dénivelé, viennent rappeler la dure réalité de la montagne. L’effort est exigeant mais cela n’empêche pas d’ouvrir les yeux pour contempler cette vallée que l’on vient de quitter et qui s’étale maintenant tout en bas, de plus en plus bas… Aux Eaux Bonnes, ville thermale, la difficulté augmente et il est important de ne pas céder au découragement car la station de ski de Gourette offre un objectif motivant. Le sommet, à 1 709  m, se rapproche et la sensation d’accéder doucement à la haute montagne devient la meilleure des récompenses. Savoir s’arrêter, pour savourer le bonheur d’être au sommet est indispensable. Si la météo est favorable, le panorama est grandiose sur le Parc National des Pyrénées et ses hauts sommets comme le Balaïtous (3 144  m), la Grande Fache (3  005  m) ou le Vignemale (3  298  m).

Curiosité du lieu, il est possible, ici, d’ajouter sans trop de mal un autre col à son palmarès parce que le Soulor (1 474  m), se présente aussitôt après une courte descente. La prudence est de règle car il est fréquent qu’un troupeau de bovins ou d’ovins stationne sur la chaussée… Quelques coups de pédale suffisent pour franchir ce troisième col avant de basculer sur Argelès-Gazost. Bien que l’on soit à proximité de Lourdes, il ne faut guère escompter de miracle pour reprendre des forces et il vaut mieux prévoir de faire étape avant ou après le double obstacle dont nous venons de parler.

L’approche du fameux col du Tourmalet est un peu fastidieuse car les faux-plats montants sont longuets et l’on est impatient d’arriver enfin à Luz Saint-Sauveur qui marque le début d’une ascension de 19 km pour 1 404  m de dénivelé. Comme pour chaque grand col, les premiers kilomètres sont ingrats parce qu’ils n’offrent pas de belles perspectives. Dans Barèges, la pente devient nettement plus sévère. C’est à partir de là que se joue la réussite ou l’échec, même s’il est permis de s’accorder des pauses réparatrices. Tout là-haut, on aperçoit le col de ce « mauvais détour » comme l’étymologie de Tourmalet nous l’explique. Qu’il est haut ! Qu’il est loin ! C’est l’obstacle le plus impressionnant de notre périple parce qu’il ne se cache pas et défie toute personne qui tente de le franchir. Comme le Galibier, son cousin alpestre, ce col du Tourmalet (2 115  m) représente une aventure à lui tout seul. Chacun doit négocier avec la pente s’il veut réussir à l’apprivoiser, mais, comme toutes les montées mythiques, l’avoir gravi une fois ne donne pas la garantie de pouvoir le franchir à nouveau. Mètre après mètre, le sommet se rapproche mais le dernier kilomètre réserve une mauvaise surprise à celui qui n’a plus de forces : la route se redresse encore plus. Pourtant, même épuisé, chacun saura trouver les ultimes ressources pour s’arracher jusqu’au sommet, tout proche du fameux Pic du Midi de Bigorre (2 872  m) et de son observatoire. Alors, une halte s’impose et l’appareil photo est un accessoire indispensable pour immortaliser l’exploit où tant de héros du Tour de France ont conquis la gloire.

Le versant plongeant sur La Mongie et la vallée de Campan est magnifique mais l’on résiste difficilement à la vitesse accentuée par la pente vertigineuse. Il est bien permis de se venger des souffrances endurées de l’autre côté en se laissant griser…

Dans Sainte-Marie de Campan où Eugène Christophe répara lui-même sa fourche aux temps héroïques du Tour, il faut sans hésiter prendre à droite. Le temps de souffler un peu et les pentes du col d’Aspin (1 849  m) ne tardent pas à se manifester. D’aucuns vous diront que ce col est facile (24,5  km  pour 934  m de dénivelé)… à condition d’avoir gardé un peu d’énergie ou d’avoir bien récupéré. Par rapport à l’ascension précédente, celle-ci est tout de même plus douce et très agréable au milieu des sapins.

La plongée sur Arreau offre de belles enfilades de virages et permet d’envisager une halte réparatrice dans la belle vallée d’Aure. Le lac de Loudenvielle est tout près et l’approche du col de Peyresourde (1 569  m) permet de passer à côté de ce site magnifique, au cœur des montagnes. Dès que se présente la première épingle, la pente devient plus sévère. Ici aussi, les vues sont superbes au fil de l’ascension. Si ce col ne figure pas parmi les plus célèbres avec ses 18,7  km  pour 934  m de dénivelé, il demande toutefois de puiser dans ses forces pour venir à bout de l’obstacle. La descente débute par de beaux lacets très bien dessinés et Bagnères-de-Luchon se rapproche trop vite. Au passage, il est possible de jeter un coup d’œil à la route qui débouche sur la gauche et qui arrive du fameux Port de Balès (1 755  m), un obstacle en train d’acquérir de belles lettres de noblesse.

 

Mémoire du Tour

A Bagnères-de-Luchon, il faut se laisser aller au long de la vallée de la Pique. Nous vous conseillons de souffler au maximum pour récupérer le plus vite possible. Même si nous n’en avons pas parlé jusqu’ici, il va de soi qu’il est indispensable de s’alimenter régulièrement entre chaque col et d’avoir dans la poche du maillot de petits sachets de gel apportant aux muscles les sucres rapides venant à manquer. Pour arriver à Saint-Girons, deux cols devront être enchaînés : Mente (1 349  m) et le Portet d’Aspet (1 069  m). Même si ces cols ne sont pas aussi longs que les géants pyrénéens, chaque ascension requiert patience et persévérance. Nous ne sommes plus tout à fait dans la haute montagne mais les pentes du premier (9,3  km d’ascension pour 849 m de dénivelé) sont très raides. A proximité du sommet, il faut avoir une pensée pour Luis Ocana qui perdit le Tour de France 1971 sur chute dès le début de la descente alors qu’il avait creusé un bel écart sur l’ogre Eddy Merckx.

 

 

Dans l’ascension du Portet d’Aspet qui débute sans le moindre répit, un autre évènement tragique de l’histoire récente du Tour ne peut être oublié grâce à la stèle aménagée sur la gauche de la route, alors que l’on grimpe dans la forêt. Venant  dans l’autre sens, une descente très rapide et tortueuse, Fabio Casartelli, italien, champion olympique en 1992 à Barcelone, s’est tué en tombant sur cette route pendant le Tour de France 1995. Le port du casque l’aurait peut-être sauvé mais ce n’était pas encore obligatoire cette année-là. D’altitude déjà plus modeste, ce col permet de basculer vers Audressein et Saint-Girons, en Ariège.

Afin d’éviter la grande route qui relie directement Foix, il est beaucoup plus bucolique de s’enfoncer dans la vallée du Salat afin d’arriver au beau village de Massat qui marque le début de l’ascension du col de Port (1249  m). Celle-ci est assez longue avec ses 17  km mais ne comporte pas de pourcentages impressionnants puisque l’on ne s’élève que de 777  m. Ici, c’est encore la verdure qui domine et une longue descente permettra de gagner les bords de l’Ariège où Tarascon-sur-Ariège attire de nombreux touristes venant visiter la célèbre grotte de Niaux. Son fameux « salon noir » permet d’admirer des peintures murales remontant jusqu’à 12 000  ans avant J.C., pendant le magdalénien. Une visite s’impose mais, en pleine période touristique, il est prudent de se renseigner auparavant.

Parvenu à ce stade de cette traversée pyrénéenne, il est intéressant de s’offrir l’ascension du fameux Port d’Envalira (2 409  m) qui dure 27, 5  km pour 1378  m de dénivelé. A partir d’Ax-les-Thermes, il faut beaucoup de patience et d’endurance pour venir à bout de la difficulté qui a pour mérite de nous ramener à proximité de hauts sommets proches de 3 000  m. Jamais de pourcentages impressionnants sur cette belle route qui présente un inconvénient gênant pour le cycliste : une circulation automobile importante. Si quelques emplettes andorranes vous tentent, il faut bien sûr se laisser glisser jusqu’à Andorre-la-Vieille mais nous conseillerions, pour le retour, de remonter le col en voiture puis de vous laisser glisser tranquillement jusqu’à Bourg-Madame par le défilé de la Faou. Suivant l’état de vos forces, il est possible de passer par Font-Romeu pour gagner Mont-Louis et admirer au passage le four solaire d’Odeillo. L’avant-dernière journée de cette traversée des Pyrénées peut se terminer dans les parages pour une dernière nuit en altitude afin de pouvoir savourer pleinement le bon air qui a si bien réussi à tant d’athlètes. Le lendemain ce sera la longue descente vers Perpignan.

Du côté de Prades, la plaine du Roussillon paraîtra un peu monotone après l’ivresse des sommets qui a prévalu les jours précédents. Ce sera une bonne occasion de faire tourner les jambes afin de chasser le plus possible de toxines. Pourquoi ne pas terminer cette superbe randonnée montagnarde par un bain salvateur dans la Méditerranée du côté du Canet-en-Roussillon où les plages accueillantes ne manquent pas ?

 

Jean-Paul

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Stéphane 09/01/2011 13:43



Bravo Jean-Paul pour ces textes toujours aussi bien écrits. Vivement que tu puisses remonter sur ton vélo !



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